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1-3
1-3
REVUE
DKS
LANGUES ROMANES
MoN'ITKM.lKlt. IRirRlMKEMi: « KNTIîALK IH' MIDI, MAIMKLIN KItKKKS
REVUE
DES
LANGUES ROMANES
PUBLIÉE
PAU LA SOCIÉTÉ
POUR L'ÉTUDE DES LANGUIIIS KÛMANES
D e 11 X i è m e Série
TOME UINQUIÈMt:
(t. Xlll* DE LA collection)
MONTPELLIER ] PARIS
AO BUREAU DES PUBLICATIONS j M AISONNEU VE ET Ci"
DE LA SOafiTÉ j I.IBIUrriESi-ElJlTEDRS
FOU» L'*Td™ DÏS I^QUKB HOMAN-E^ I W. QUAI VOLTAIRE, Î.S
REVUE
DES
LANGUES ROMANES
DIALECTES MODERNES
ETUDES
1
SUR !. HISTOIRE DE QUELQUES MOTS ROMANS
I DAMEJANE
« Dame-jbanne (da-me-jà-n*), s. /. Sorte de très-grosse bou-
)) teille en terre ou en verre, qui sert à garder et à trans-
» porter du vin ou des liqueurs, et qui est ordinairement de la
» contenance de 50 à 60 litres. Dans la marine, grosse bou-
» teille de verre de la contenance de 17 à 18 litres, garnie de
» natte et servant à la distribution de Téquipage. — Au plur.
» Des dames-jeannes. . . — Etym. Dame et Jeanne, » (Littré.)
Littré ajoute, dans le Supplément àQ son Dictionnaire :
« Dame-jeanne, — Etjm. Au lieu de ce qui est, lisez : Mot
» arabe introduit parle commerce du Levant : Notre vin était
)) dans de grands flacons de verre, damaJaneSy dont chacun te-
» nait vingt bouteilles. Nibbuhr, Voy, en Arabie, t. I, p. 171
)) (édit. de 1776). Le dict. arabe -français de Kasimirski a da-
)> majan, dame-jeanne, bocal. »
L'étjmologie arabe n'est pas mieux fondée que celle c»e
Dame Jeanne, car damajan ne se rattache, pour le sens, à
aucune racine arabe ou sémitique; et, si ce mot est en usage
167900
6 DIAX.EOTES MODERNES
chez les Orientaux, ainsi que le constate Kasimirski, c'est
qu'ils l'ont pris, comme tant d'autres mots grecs, latins et
romans, des marins italiens, provençaux ou catalans.
Damejane ou damajàna est le féminin de l'adjectif roman
demija ou demijan, fém. demijàna, formé du latin dimidius ou
dimidianuSj a, um, et ce mot est d'origine méridionale, puis-
que la langue d'oïl n*en a obtenu que la forme moyen,
moyenne *. Le sens et la formation sont tellement évidents que
toute discussion serait inutile. Il n'y a donc qu'à rechercher
l'histoire du mot, et il suffira de citer les documents du dialecte
catalan du Roussillon.
Le latin medianus, dérive de médius (sanscrit madhya), a
donné en provençal meian, et en catalan mijà * ou mi/'an et mi-
jàna, « moyen, moyenne »; mijanar^ « partager par le milieu m,
eimijanîa, « milieu », qui sont tous employés dès le XIII" siècle
et se conservent encore en catalan. Dans l'ancien temps, ces
formes étaient employées simultanément et dans le même
sens avec demig, demija, demijà, demijàna, qui sont évidem-
ment l'origine de notre « dame-jeanne.» Les voyelles de dimi-
dius avaient été déjà altérées anciennement par l'usage vulgaire,
comme on le voit au IX* siècle par \e^ Préceptes orthograph,
publiés par P.Meyer [Recueil, p. 3) : dimidius non demidius. On
lit dans un acte de 1112 : etdimedia eiminade ordeo (Arch. des
Pyr.-Or. B, 65). Quant aux e et i de demidius ou dimedius, de-
venus a dans damajàna, il n'y a rien de plus commun en ca-
talan ^.
La forme mijà, mijàna, n'a jamais cessé d'être employée
en catalan; mais il n'en a pas été de même pour demig et de-
mija, qui ont complètement disparu dans la langue écrite après
* Littré cite, il est vrai (v. Afoî/en),pour le XI V* siècle : cpetites moianM,
grans, agues » (H. de Mondeville, f* 30), mais il donne moiiennes dès le
XIII* et dans tous les autres exemples.
2 C'est par erreur que Littré cite parmi les étymologies de « moyen »
le catalan média, qui ne se trouve pas dans les textes anciens ou dans
la langue actuelle, quoiqu'il y ait medi, « moyen», substantif.
3 En catalan, on prononce damajàna avec le son a bien marqué pour
da et ja, mais avec celui d'un a bref et presque muet pour ma eina. Il
ne faut pas oublier, d'ailleurs, que Ve de meditAS est devenu o dans le fran-
çais moyen.
ETUDES SUR QUELQUES MOTS ROMANS 7
le XIIP siècle, sans laisser d^autres traces que la locution ca-
talane endemiçy al endemig, en aquest endemig ( qui se trouve
déjà dans B. Des Ciot, capit. 47, et ailleurs), et le gros vase
dit damejâna, resté dans la langue populaire, mais dont je ne
connais aucun exemple dans les écrits avant 1700. Voici les
exemples de demig et demi/a que j'ai pu recueillir dans les
anciens documents du Roussillon.
Dans un acte de vente faite à Salses en Roussillon, en 1120,
il est fait mention de «m. alnaset deiniga de^ nadiu, » (Archiv.
des Pjr.-Orient., B, 35.)
Un capbreu (papier terrier) de Saint-Féliu-d'Avall en Rous-
sillon, de Tan 1150 environ, et dont il existe deux rédactions
contemporaines, emploie indifféremment et presque à chaque
article médius ou dimidius; mais on lit à Tarticle 31 : donat
terciam partem de.i.migeram devino et de demig sester de blado.
(Arch. des Pjr.-Or., B, 50.)
En 1283, dans le capbreu catalan de la Vall de Ribes : t.
sester e demig de ciuada, (Revue des iang, rom.J
En 1292, dans le capbreu latin d'Argelès en Roussillon, une
propriété située loco vocato loPuig demiga (Arch. des Pjr.-Or,,
B 30, f* 18). Ce même Puig Demiga de 1292 est ainsi désigné
en 1360: loch apellat Puyg Miygan, dans le cartulaire catalan
de Collioure, f» 8 (Arch. de Collioure) ^.
Enfin, en 1384, on lit dans le reg. m de la Procurado real
(f" 1): /a obra que^y es tengut fer als molins demigans de Salses,
Il est vrai que le scribe a ensuite barré le de ; mais, puisqu'il
avait d'abord écrit demigans, ne peut-on pas présumer que
cette forme archaïque était encore employée dans la langue
vulgaire, quoiqu'on eût soin de l'éviter dans la langue écrite,
* Il n'y a guère d'autre étymologie possible pour nadiu que celle de
neo, nés, nevi, netum, a filer », et, si oa l'admet, netus ou *netivus, « filé
tissu », offrirait, pour ce mot aujourd'hui perdu, un exemple remarquable
du changemeut de e en a dès l'an 1112.
2 II y a aussi, en 1168, un mansum de migana^ et en 1267 un mansus
qui dicitur de Meya [Lib. feudorum. A, f" 10); mais il n'y a sans doute ici
que Ja urépos. de et l'adject. mija. Les masos ou métairies sohirans,
mijansQijusans, sont d'ailleurs innombrables en Roussillon, à toutes les
époques; mais je n'en trouve aucun pour lequel on ait conservé la déno-
mination de dêmijàt qui a pu cependant être fort commune à l'origine.
8 DIALECTES' MODERNES
qui s'en tenait à la forme équivalente mija? Ne faut-ii pas at-
tribuer au même purisme Texclusion du mot daméjana par
tous les scribes du moyen âge, quoique cette espèce de bou-
teille ou de vase existât alors comme aujourd'hui.
La capacité de là damajana se rapporte probablement à
Tancienne charge de vin, qui est aujourd'hui de 120 litres en
Roussillon, et dont la moitié forme bien les 50 à 60 litres in-
diqués par Littré ; mais, en Roussillon, la damajana actuelle
ne contient guère plus de 40 litres. Il devait bien exister un
vase de capacité identique dans Tancien temps, mais quel
nom portait-il? On connaît bien la migerola, à Marseille, vers
1300; mais, en Catalogne, il n'y avait que la mi'gera pour le
vin (cette mesure n'a d'ailleurs aucun rapport avec \&dama-
jana pour la capacité) et le miger pour les grains/ Quant à la
damajana, on n'en connaît aucune mention dans les textes
anciens; mais ce vase existait, en Roussillon, sous le nom de
mijana, et il était en bois, et non en verre comme la damajana
actuelle. En voici la preuve. On lit dans un règlement du
3 août 1311, relatif à la forêt de Sant-Guillem, dans la vallée
de Prats de Mollô : Que tôt hom qui fassa vaxels, botam o mi-
ganes de royre en los boschs de la Vaylde Pratz e Sent G. pach
per cascuna somada ii, s Barc. (Arch. dés Pyr.-Or., Procuracio
real, reg. xvii, f» 13); et dans une ordonnance du 3 août 1321:
QueH s, rey ni hom per el no do licencia a negun hom [que] no
gaus taylaj' ni fer migans ni semais nicoimaleres ni escaunes en
h bosch de Comalada (ibid., f° 65). Dans ces deux exemples,
les migans ou miganes sont compris dans la vaisselle vinaire
{vaxels, botàm et semais) et assimilés à des meubles façonnés
[cornaleres et escaunes); on peut en conclure que la mijana
était un vase ou tonneau fermé, distinct de la semai, qui est
découverte, mais de même capacité, autrement dit la grosse
bouteille que le vulgaire a toujours appelée damajana. Il en a
été de ce mot comme de cent autres, tels que predicar, odi,
noblessa, bellesa, pedra, nuga, judici, etc., pour lesquels la lan-
gue vulgaire du Roussillon n'emploie encore que la forme
archaïque, au lieu des formes preycar, oy, noblea, bellea, pera,
nôUfjuy, etc., qui sont à peu près les seules employées par
les écrivains du moyen âge. Alart.
LETTRES A GRÉGOIRE
SUR LES PATOIS DE FRANCE
[Suite)
SoQs-dialecte du Dauphinô
La petite lettre que voici est du conventionnel Colaud de la
Salcette (1733-1796); (?est Tœuvre d'un observateur qui ai-
mait à se rendre compte des choses et qui ne se payait pas de
grands mots, comme tant d'autres de ses contemporains. Elle
est de 1792, mais c'est une réponse à la circulaire de 1790.
En marge: liépondu le 18 février 1792 (note de Grégoire)
Frère et ami,
Ayant une fort mauvaise santé depuis mon retour de Pa-
ris, j'espérais toujours pouvoir me livrer au travail que vous
exigiez de moi; mais, quand j'ai voulu l'entreprendre, j'ai vu
qu'il était au-dessus de mes forces ; le peu de ressources qu'on
trouve dans les livres qui parlent du pays que j'habite, et qui
n*est pas le mien, me forcera à répondre d'une manière très-
imparfaite aux éclaircissements que vous demandez, et sans
suivre l'ordre indiqué dans votre imprimé.
1. — r L'usage de la langue française est universel ; tout le
monde l'entend dans le district de Die et dans tout le dépar-
tement de la Drôme. Le patois, dans presque tout le départe-
ment, a peu de différences ; le seul district de Nions et le Buis
ont plus de ressemblance avec le provençal.
2. — Le patois a une origine très-ancienne, et on ne sau-
rait fixer son époque.
3. — Il dérive en totalité du français, à quelques motsprès
qui dérivent du latin ; on n'en sera pas surpris quand on saura
que Die et Vaison sont deux villes des Voconces et que les
Romains y envoyèrent des colonies.
4. — On ne connaît point le droit coutumier; tout le Dau-
phiné, jadis, et aujourd'hui les trois départements de l'Isère,
la Drôme et les Hautes-Alpes, sont régis par le droit romain^
5. — Tous les paysans parlent patois, même dans les villes;
10 DIALECTES MODERNES
mais tous, comme je Tai dit, entendent le français, et plu-
sieurs le parlent avec facilité.
6. — Le patois n'est pas plus abondant en mots que le fran-
çais, et les paysans sont fort libres en rendant, presque sans
pudeur entre eux et en leur langage, les idées obscènes.
7. — Les finales du patois sont presque toutes voyelles.
8. — Le caractère de la prononciation est doux et très-
accentué.
9. — L'écriture en patois est la mêpae qu'en français.
10. — On a prêché en patois ; mais, depuis plus de trente ou
quarante ans, l'usage en est aboli, excepté dans le district de
Nions, voisin de la Provence, où il arrive, mais rarement, de
prêcher en patois.
11. — On n'a point ou peu d'ouvrages patois, et qui sont
sans valeur, excepté dans le département de l'Isère, où il
existe, à Grenoble surtout, quelques ouvrages patois assez
bons . Je ne connais ni dictionnaire, ni grammaire en patois .
12.— Les habitants ont beaucoup de proverbes dont le grand
nombre dérive des proverbes français ; ils en ont qui sont plus
énergiques en patois qu'ils ne le seraient en français. Par
exemple, en parlant d'une femme qui dit qu'elle ne voudrait
point d'amant, ou d'un homme qui assure qu'il ne voudrait
point d'emploi, la réponse en proverbe patois est celle-ci:
Autant plou que comme terro beourio; ce qui veut dire; SHt
pleuvait autant d'eau que la terre en boirait.
13. — Il ne serait de nulle importance de détruire le patois;
tous entendent également le français et le patois.
14. — L'enseignement se fait en français, et les livres sont
uniformes.
15. — Les villages un peu considérables ont des maître^
d'école depuis la Toussaint jusqu'au printemps. Les maî-
tres d'école viennent du Briançonnois (département des Hau-
tes-Alpes ) ; ils arri^ ent quand tous leurs travaux sont finis
dans leurs montagnes, à la fin de l'automne, et s'en retour-
nent à la fin de mai. Il n'y a point de maîtresses d'école. On
enseigne à lire, écrire, chiffrer, et le catéchisme, qui mettait
au nombre des commandements de l'Eglise le payement de
la dîme, quod notandum.
LETTRES À GRÉGOIRE II
16. — Les curés ont peu la surveillance des écoles payées
par les communes; les oflSciers municipaux trouveraient mau-
vais les soins du curé, avec d'autant plus de raison qu'il est
des villages où il n'y a presque point de catholiques, et qu'il
en est oti le maître d'école est protestant.
17. — Les curés ont peu de livres, et les paysans aiment
peu la lecture ; les calvinistes, qui sont nombreux, sont très-
exacts à se procurer une Bible.
18. — Les habitants ont peu de préjugés et peu de religion.
Il n'en existe que de deux sortes: la catholique et le calvi-
nisme, et cette rivalité conduit nécessairement les gens peu
éclairés au doute ; de là naît l'insouciance. Aussi, dans nos
villages, les écrits incendiaires contre la religion ne font point
de prosélytes. Le discrédit des assignats est d'une autre con-
séquence. Les habitants sont éclairés ; leurs mœurs sont dé-
pravées.
19. —La Révolution a fait grand plaisir, mais le défaut de
numéraire fatigue les citoyens ; et il est surprenant que, dans
notre district, le ministre n'ait point encore envoyé des sols,
conformément au décret.
•20. — L'intérêt est plus fort que le patriotisme ; ils laissent
à présent les nobles tranquilles, mais ils ne payent pas les
rentes foncières. Les maires et les municipalités n'excèdent
pas leurs pouvoirs. Au surplus, je suis suspect, je suis oificier
municipal. Tous les ecclésiastiques fonctionnaires publics ont
prêté serment dans le district, et il n'y a eu personne à rem-
placer.
Mes éclaircissements, mon cher collègue, se ressentent de
ma paresse et d'une tête encore fatiguée ; mes réponses ne
sont point exactement analogues à vos questions, mais on peut
y trouver quelques solutions. Je le désire, comme aussi de
conserver une place dans votre amitié. Comme sous-diacre,
j'offre mon respect à M. l'évêque deBlois ; comme votre con-
frère, attachement sincère à mon ami Grégoire, que j'aime de
tout mon cœur.
COLAUD LA SaLCETTE.
Die, le 12 janvier 1792. District de Die, département de la Drôme,
Tan IV de la liberté.
Compliment à M. Brisson ; c'est à lui que je prends la liberté
^-
12 DIALEC'i'BS MODERNES
fV adresser votre lettre. Tous les patriotes et les amis do la
Constitution doivent être empressés de s'obliger.
Nous avons dans notre ville, où il n'existe plus de couvent
de dominicains, deux religieux qui en portent toujours le
costume ; il me semble qu'ayant abandonné les maisons de
Tordre, ils ne devraient plus en porter Tùniforme. Ils font
tout le mal qu'ils peuvent ; leurs pouvoirs sont heureusement
petits .
Dialecte provençal
Les admirables travaux^de la philologie moderne ont trop
bien fait connaître la langue et la littérature de la Provence
à toutes les époques, pour que nous ayons à regretter d'avoir
si peu de documents sur cette région au début de la Révolu-
tion française. C'est même à titre de simple renseignement
que nous donnons la petite Grammaire provençale qu'on va
lire. Elle a été composée au mois d'avril 1794, au plus fort
de la Terreur, et le nom de son auteur, Achard*, bibliothécaire
national à Marseille, peut contribuer à la rendre intéressante.
On y verra d'ailleurs quelques fragments de la poésie proven-
çale au XVIIP siècle.
Adressé au Comité d'instruction publique et inscrit sous le
n® 2894 (ce qui prouve à tout le moins que l'on travaillait en-
core, même à cette époque de désolation), l'opuscule d' Achard
fut renvoyé à Grégoire le 49 floréal an II, comme l'indique une
petite note marginale, signée Plaichard, Il est probable que
la marche des événements ne permit pas à Grégoire d'en faire
usage, et qu'il est ainsi demeuré dans ses papiers, au grand
chagrin de l'auteur.
' Achard (Claude-François), né à Marseille en 1751, mort en 1809, fut
secrétaire de rAcadômie et bibliothécaire de la ville de Marseille. On lui
doit : le Dictionnaire de la Provence et du Comtat Venaissin (vocabu-
laire fiançais-provençal et provençal-français), 1785, 2 vol. in-4o; une
Description historique, géographique et topographique de la Provence et
du Comtat Venaissin, etc.; un Tableau de Marseille et divers autres ou-
vrages. (A. R.-F.)
LETTRES A aREGOIRE 13
SYNTAXE DE L'IDIOME PROVENÇAL
Présentée au Comité d^instruction publique
INTRODUCTION
Lorsque je publiai le Vocabulaire provençal, je m'étais
proposé d'j joindre la syntaxe de cet idiome ; mais les sa-
vants que je consultai alors me conseillèrent de me borner à
quelques remarques sur la prononciation. J'oubliai dans mon
portefeuille mes recherches sur l'inflexion des verbes, et je ne
les ai retrouvées qu'avec peine ; je me suis fait un devoir de les
mettre en ordre et de les présenter au Comité d'instruction
publique, qui invite les citoyens des départements à s'occu-
per de recueillir les syntaxes des idiomes vulgaires ; mon zèle
sera bien récompensé si le Comité daigne approuver mes fai-
bles travaux.
Je ne répéterai pas ici ce que j'ai dit de la formation et de
l'origine de la langue française ; on y trouve des mots grecs,
latins et celtiques; il en est quelques-uns qui paraissent dé-'
rivés de l'hébreu ; mais, dans un idiome qui a éprouvé des
changements aussi multipliés et qui est aujourd'hui bien dif-
férent de ce qu'il était dans son origine, il serait difficile
d'appliquer à chaque terme l'époque de son introduction dans
le langage du pays.
Il me reste à exposer la méthode que j'ai employée dans ce
petit ouvrage. Je le divise en deux parties, dont l'une com-
prend ce qu'il y a de plus nécessaire à connaître pour les noms
et les serbes considérés séparément ; la seconde partie expli-
que la propriété des mots dans la liaison du discours.
PREMIERE PARTIE
Chapitre premier
DES LETTRES ET DE LA PRONONCIATION
Les Provençaux emploient les mêmes lettres que les Latins
14 DIâLECTBS M0DBRNB8
et les Français, nsfont sonner toutes les lettres et n'aspirent
pas Vh. Aussi voyons-nous que la plupart des écrivains pro-
vençaux ont retranché dans leurs ouvrages les lettres finales
qui ne se prononcent que lorsque le mot est suivi d'une
voyelle.
DBS VOYELLES
A se prononce comme en français.
E se prononce, en provençal, de deux manières: lorsqu'il se
trouve à la fin des mots, il se prononce to^ours comme Vé
fermé du français; il est cependant d'usage de ne pas l'ac-
centuer. L'è ouvert est toujours pronpncé fortement, comme
celui que nous indiquons par un accent circonflexe. Exemples:
Addusès, venguet, /m^e; prononcez adûzë, vênguë, lingé. 11 faut
observer que ïe suivi d'une consonne se prononce toujours de
même que s'il était seul. Ainsi, dans le mot venguety que j'ai
* cité, il ne faut pas dire vangué, mais vé-ngué, comme nous
prononçons ennemi et non pas annemi.
I se prononce comme en français, et il se prononce comme
en latin dans les monosyllabes im, in, et dans les mots qui en
sont composés.
0. Cette voyelle, dans les mots, a la .même prononciation
qu'en français, mais à la fin des mots elle remplace Ve des
Français. Ainsi il est reçu d'écrire verguo, qui se prononce
comme vergue en français.
U, La voyelle u n'a rien de particulier, si ce n'est qu'il faut
prononcer i« dans le mot un comme nous le prononçons dans le
mot une, et ne pas le changer en la diphthongue eun, comme
le font les Français.
a
DES DIPHTHONGUES, ETC.
Les diphthongues sont l'union de deux voyelles qui ne for-
ment qu'une seule syllabe. Voici les principales :
AU que l'on prononce aki.
Au, qui se prononce ahou^
El, prononcez ehi,
la, — tha, ) mais par un simple son.
lé, — thé,
lo, — iho,
Oi, — ohi, etc.
LBTTRES A aRBGOlRB 15
Les diphthongues et les quadriphthongues sont aussi usitées
en provençal :
Aou pour auy prononcez ahou, \
Uou ou uhou, -^ huhou, f „
rr •/ t •/ L ' ? d nn seul son .
Ueil ou uhetl^ — nui, i
Yeou — hieou, /
DES CONSONNES
Les seules consonnes dont la prononciation diffère de la
syntaxe française sont le G et 17 consonne. Les Provençaux
prononcent ces lettres mouillées comme les Italiens. Il en
est de même du CH; mais il est impossible de donner cette
prononciation à un homme qui n'a jamais entendu parler un
Provençal ou un Italien, par de simples caractères ; il ne con-
naîtra pas la façon de prononcer ces lettres en plaçant un d
devant le g, ni un / devant le ch. Il faut, pour le mettre au
fait, l'inviter à prononcer ces lettres très-lentement, comme
on le fait en français ; qu'il observe le mouvement de la lan-
gue, et nous lui ferons sentir la différence.
Le Français, pour prononcer le g ou le ;, porte le bout de
la langue au palais, à p^u près à la racine des dents de la mâ-
choire supérieure. Le Provençal et Tltalien poussent le bout
de la langue jusques aux dents, relèvent un peu la langue et
prononcent plus de la bouche que du gosier. Au reste, une
seule fois qu'on entende prononcer cette lettre, on en saura
plus qu'avec les plus longues explications. La même chose doit
être appliquée au ch.
Il ne faut pas oublier de dire ici que, lorsqu'un mot pro-
vençal a deux / mouillées, on prononce comme le peuple de
Paris. Ainsi mouille ou mouilhe se prononce en provençal
comme si l'on écrivait mouyé, et comme ceux qui parlent mal
le français prononcent l'adjectif woMî7/e.
Chapitre II
DES ARTICLES
L'idiome provençal a deux articles : lou, le, pour le mas-
culin, et la pour le féminin. Au pluriel, Tarticle kis, qu'on pro-
16 DIALECTES MODER^ES
nonce lei devant une consonne, sert pour les deux genres.
L'article lou et Tarticle la s'élident devant un mot qui com-
mence par une voyelle ; ainsi Ton dit Fat, Tâne, et non pas
lou ai; tanduecho, Tandouille, et non pas la anduecho.
Les Provençaux ne changent pas leurs terminaisons dans
les déclinaisons, en cela nous ne différons pas de la langue
française. Exemple :
Singulier
masculin
»
féminin
Nom.
Franc.
le
prov
lou Fr.
la prov.
la
Gén.
du
doou ou dau
de la
de la
Dat.
au
aou ou au
à la
à la
Ace.
le
lou
la
la
Voc.
à
ô
ô
ô
Abl.
du
doou ou dau
Pluriel
de la
de la
masculin et féminin
Nom.
Français
•
les
provençal leis
prononcez
lei
Gén.
des
deis
—
dei
Dat.
aux
PIS
—
ei
Ace.
les
Içis
—
lei
Voc.
ô
6
ô
Abl.
des
deis
_—
dei
Tous ces mots sont monosyllabes.
Chapitre III
DES NOMS
Tous les noms prennent Tarticle devant eux, excepté les
noms propres et ceux que Ton prend indéterminément, comme
députa, administratour; député, administrateur.
La particule de remplace souvent Tarticle en provençal ;
aussi les Provençaux font-ils beaucoup de provençalismes en
parlant français, par Thabitude qu'ils ont de leur idiome.
Donnez-moi d'eau, de vin, diront-ils, au lieu de dire donnez-
moi de T eau, du vin; cela vient de ce que le Provençal dit
donnas -mi d'aiguo, de «m, etc.
LETTRES A GREGOIRE 17
Il n'y a pas de règle générale pour les genres des noms;
presque tous les mots français masculins sont du m^me genre
dans leurs correspondants provençaux. Il y a cependant des
exceptions: ainsi, le s^/estmasc. en français, et la saou est f.
en provençal; l'huile est fém., l'oli ou tholi est masc; le peigne
se rend par la pigno ; le balai par Vescoubo, fém., et quelques
autres|^de même.
Les terminaisons des noms varient beaucoup, de même que
dans le français ; mais elle est^ presque toujours la même au
pluriel et au singulier. Ainsi chivau) cheval, fait au pluriel
chivaus, et se prononce comme au singulier. De là vient
encore que les enfants disent ici très-communément en parlant
français, le clievau ou les chevals.
Les substantifs masc. forment quelquefois des substantifs f.
d'une terminaison différente. En général, les noms qui se ter^
minent par une n donnent un fém. en y ajoutant un o qui
équivaut à notre e muet. Par exemple: couquin, masc; cou-
quino, fém.; — landrin, masc; landrino, fém.
Les mots terminés en r changent cette dernière lettre en la
syllabe so ; voulur, vouluso, fém.; recelur, receluso, fém., etc.
Les mots français terminés en aire sont assez ordinaire-
ment terminés en ari dans Tidiome provençal.
Les adjectifs sont également très-variés; ils ont un rapport
direct avec ceux de la langue française. Ceux qui se terminent
en e' pour le masc, et en ee pour Icfém., se rendent en pro-
vençal par la terminaison aty ado : fortuné; fortunée, fourtunat,
fourtunado.
Les adjectifs terminés par un e muet en fiançais se termi-
nent de même au fém. provençal, mais au masc. ils ont un é
fermé. Ainsi iwyu/neVaWe fait au masc. invulnérable, et au fém.
invulnerablo, que Ton prononce tout comme en français.
i Ici railleur a oublié que le sujet do la phrase est au pluriel ; lisez :
elles sont .
18
DIALECTES MODERNES
Chapitra IV
DBS PJEIONOMS
Il 7 a, dans les pronoms, des observations importantes à faire
sur la différence qui existe entre le français et le provençal.
Je donne d'abord la déclinaison des pronoms personnels :
Singulier. Nom. Je ou. moi y yeou»
Gén. de moi, de yeou, sans élision.
à yeou, ou mi, en quelques
lieux me.
mi, ou me, et yeou dans le pléo-
nasme.
per yeou.
Il me conduisit moi-même, Mi menet yeou-même, ou M'aduguet
yeou-même.
Dat. à moi,
Ace. moi,
Abl. par moi,
Singulier. Nom. Tu, toi,
Gén. de toi,
Dat. àtoiy
Ace. toi ou te,
Abl. par toi,
Sing. Nom
Gén. de soi,
Dat. à soi,
Ace. soi,
Abl. par soi,
Pluriel. Nom. Nous,
Gén. de nous,
Dat. à nous.
Ace. nous,
Abl. par nous,
Plur. Nom. Vous,
Gén. de vous,
Dat. à vous.
Ace. vous,
Abl. par vous,
tu.
de tu.
à tu, ou ti, en quelques lieux te.
ti, ou te.
per tu.
de si, mieux de si-même,
à si, ou si, on se.
si, ou se.
per si-même.
nautreis, qui signifie nous autres.
de nautreis.
à nautreis, ou nom.
nautreis, ou nous.
per nautreis.
vautreis .
de vautreis.
à vautreis, ou vous.
vautreis, ou vous.
per vautreis.
Il vous a donné, v'a dounat. Il nous accuse, n' accusa.
LETTRES A GREGOIRE 19
Ces exemples sont faits pour faire connaître que le pro-
vençal fait une élision de trois lettres devant un mot qui com-
mence par une voyelle, lorsqu'il est précédé d'un pronom plu-
riel.
Le pronom se est le même au pluriel qu'au singulier.
Sing. Nom. Lui, eou, elle, ello,
Gén. de lui, d'eau, d'elle, d'ello.
Dat. à lui, an eau, à eou, li, à elle, an ello, ou li.
Ace. lui, eou, ou lou, la, la.
Abl. par lui, per eou, par elle, per ello.
Plur. Nom. Eux, elleis, elles, elleis.
Gén. d'eux, d'elleis, d'elles, d'elleis -
Dat. à eux, an elleis, ou li, à elles, an elleis, ou li.
Ace. eux, elleis, leis, elles, elleis, leis,
Abl. par eux, par elleis, par elles, per elleis,
PRONOMS POSSESSIFS
Les pronoms possessifs sont mieou, tieou, sieou, nouestre,
vouestre ; ils sont précédés de l'article et prennent les deux
genres :
Lou mieou, la mieouno, le mien, la mienne,
Lou tieou, la tieouno, le tien, la tienne,
Lou sieou, la sieouno, le sien, le leur; la sienne, la leur,
Lou nouestre, la nouestro, le, la nôtre,
Lou vouestre, la vouestro, le, la vôtre,
PRONOMS. DiSMONSTRATIFS
Il j a deux pronoms démonstratifs : aqueou, qui fait 'au fé-
minin aquelo, et aquestou, qui fait au fém. aquesto, c'est-à-dire
celui-ci, celle-ci; celui-là, celle-là,
PRONOMS RELATIFS
Lequel, laquelle, louquaou, laqualo, se déclinent avec l'ar-
ticle ; qui se traduit par quu ou par que. Les composés sont
queque sieque, quoi qu*il en soit ; quelqu'un, quelqu'une, quau-
quun, quaouqu'uno, Ex.: l'homme qui vint, Chôme que venguet,
— Ce qui me surprend, ce que m'estouno. — Qui est là? quu
es aqui? — Qui va, qui vient ? quu va, quu ven ?
20 DIALKGTES MODERNES
Chapitre V
DBS VERBES
Le provençal a des verbes auxiliaires, des actifs et des pas-
sifs. On appelle verbe auxiliaire celui qui sert à former les
temps des autres verbes, comme j'ai, ai; je suis, sieou.
Les verbes actifs peuvent être réduits à deux conjugaisons
principales, qui se connaissent par TinAnitif : les verbes qui se
terminent à Tinfinitif en ar, et ceux qui finissent par un e ou
en ir.
Tous les verbes en ar font le participe .passé en af, les au-
tres le font en it ou en ut.
Commençons par les verbes auxiliaires.
Aver, inf. avoir, dérivé du latin habere,— Ind. prés. Ai, as,
a, aven, avés, an; j'ai, tu as, etc. — ïmparf. Avieou, aviès, avié,
avian, avias, ai'2>n; j'avais, etc. — Parf. Ai agut ou agueri,
as agut ou agueres, a agut ou aguet^ aven agut ou agueinan,
avès agut ou aguetnas, an agut ou agueroun ; y &[ eu, etc. — Plus-
que-parf. Avieou agut, aviés agut, etc.; j'avais eu, etc. — Fut.
Aurai, auras, aura, auren, aurcs, ai/ran; j'aurai, etc. — Impér.
Agues, que ague ; aguen, agués, que aguoun, aie, etc. — Subj.
pi'és. Que agui, que agues, que ague, que aguen, que agués, que
aguoun; que j'aie, etc. — ïmparf. Aguessi ou aurieou, Cbguesses
ou auriés, aguesse ou aun'é, aguessian ou aurian, aguessias ou
aurias, aguessoun ou aurien; que j'eusse ou j'aurais, etc. —
Parf. Que agui agut, agues agut, ague agut, aguen agut, agusé
agxCty aguoun agut; que j'aie eu, etc. — PI. -q. -parf. Aguessi
ou aurieou agut, etc.; que j'eusse ou j'aurais eu, etc. — Fut.
Aurai agut, etc.; j'aurai eu, etc. — Inf. i^vés.Aver, avoir. — Parf.
A ver agut, avoir eu. - Gérondif. Per aver, à avoir. —* Part,
prés. Ayent, ayant. — Part, passé. Ayent agut, ayant eu.
A
Le Verbe Etre
Ind. prés. Sieou, sies, es, sian, sias, soun.
ïmparf. Eîi, ères, ero, erian, erias, eroun.
Parf. Sieou estât, sies estât, etc., ou fougucrij fouguercs, fou-
guet, fouguerian, fofujucrias, fnuguerou)).
LETTRBS A GREGOIRE
21
Pl.-q.-parf. Eri estât, ères estât, etc.
Futur. Sarai, saras, sara, saren, sarés, saran,
Impér. Siegues, siegue, sieguen, siegués, siegoun,
Subj. prés. Que sicgui, siegjues, siegue, sieguen, siegués, siegoun.
Imparf. Fouguessi, fouguesses, fouguesse, fouguessian, fou-
guessias, fouguessioun, ou sarieou, sariès, sarié, sarian, sarias,
sarien,
Parf. Que siegui estât, siegues estât , etc.
PJ.-q.-parf. Fouguessi estât, ou sarieou estât, etc.
Futur. Sarai estât, saras estât, etc.
Inf. prés. Estre, ou esse.
Parf. Estre estât.
On voit que Tauxiliaire aver n'entre pas dans la conju-
gaison provençale du verbe estre. C'est ce qui nous fait en-
tendre l3 provençalisme impardonnable : Je suis été, pour dire :
fai été.
Tableau des conjugaisons des verbes actifs
1
re
CONJUGAISON
Verbe Adoûrnr
2® CONJUGAISON
Verbe Es tendre
Ind. prés.
Adoûran, Estëndi,
AdoûraSy Estëades,
Adoroun. Es tende,
Imparf.
.4 douràvian , Estendieou,
Adouràvias. Estendies,
A dourôvoun . Estendié,
PARFArr
Ai adourat. As adourat, etc., Ai estendut, etc.,
Adourerian, ou Estenderi, Estenderian,
Adourerias, Estenderes, Estenderias,
Adoureroun. Eslendet, Estenderoun.
Plus-q.-parf.
Avieou adourat, Avieou estendut,
Avies adourat, etc. Aviès estendut, etc.
Adori,
Adores,
AdnrOy -
Adouràvi,
Adouràvis,
Adouràvo,
Estënden,
Estmdes,
Estmdoun .
Estendian,
EstendiaSy
Estendian.
ou Adourëri,
Adourëres,
Adoûrel,
22 DIALECTES MODERNES
Futur
Adourarat, Adouraren, Estendrai, Estendren,
Adouraras, Adourarés^ Estendras, Estendrés,
Adourara, Adouraran. Êstendra, Eslendran,
Impératif
AdorOy EstendCy
Qu^adore, Qu'estendCy
Adoûren, Estenden,
Adoûras, ' Esiendes,
Qu'adoroun, Qu^estendoun,
SUBJ. PRÉS.
Qu'adori, Qu'adou7^en, Qu^estendi, Qu'estënden,
adores, adourés, estendes, estëndés,
adore, adoroun, estende, estëadoun.
Imparfait
Quadonressiy Quadouressian, Qu'estendessi, Questendessian,
— esses, — essias, — ^55^5, — essias,
— esse, — essoun. esse, — essoun,
ou Qu'adouraneou, Quadourarian, ou Questendrieou, Qu'esten-
darian,
— ariés, — arias, — ariés, — arias,
— arié, — arien. — arié, — arien.
Passé
Que agui adourq^t, etc. Que agui estendut, etc.
Plus-q.-parf.
Que aguessi adourai, etc. Que aguessi estendut, etc.
ou Aurieou adourat, etc. ou Aurieou estendut, etc.
Futur
Aurai adourat, etc. Aurai estendut, etc.
Infin prés.
Adourar. Estendre,
Passé
Aver adourat. Aver estendut.
Part. prés.
Adourant. Estendent.
LETTRES A GREGOIRE 23
Le passif se conjugue par rauxiliaire estre^ en ajoutant le
participe passif adourat, estendut, etc. Sieou adourat, sieou
esiendut, etc.
On a vu que la seule différence de terminaison des verbes
se trouve dans l'imparfait, où les verbes qui ont Tinfinitif en
ar font ce temps en avi, et ceux qui ont une autre terminai-
son font rimparfait en ivou. D'après cela il est facile de connaî-
tre les conjugaisons provençales. Il est bien quelques verbes
irréguliers; mais, comme ils ont un rapport direct avec leurs
correspondants français, il est inutile d'en faire mention ici.
SECONDE PARTIE
Chapitre premier
La syntaxe de la langue provençale a tant de rapports avec
la française qu'il n'y a point de règles à donner, mais seu-
lement des observations à présenter sur les tournures des
phrases.
DES ARTICLES
On met quelquefois l'article avant l'adjectif, au lieu de le
mettre avant le substantif. C'est une chose qui nous est com -
mune avec les Grecs, et certainement c'est d'eux que nous
tenons cette façon de nous exprimer. Lou mieou béoul Mon
beau; Lou mieou bel enfant , Mon bel enfant; Lou sieou fraire, Son
frère, etc.
DES NOMS
J'ai dit plus haut que les noms ne changeaient pas de ter-
minaison dans les nombres, et qu'il était même reçu de ne
pas ajouter Y s final pour désigner le pluriel, à moins que le
mot suivant ne commence par une voyelle. Mais cette règle
n'est pas encore générale ; on dit bien leis ais, prononcez lei-
zai, mais on ne dit pas leis ais aoien en prononçant lei-zai-
zavieny mdX% lei-zai-avien ; eu sorte qu'il faut nécessairement
24 DIALECTES MODERiNES
entendre parier le provençal, ou récrire comme on le parle.
C'est un défaut de la langue, défaut qui ne doit pas sur-
prendre ceux qui savent que les idiomes vulgaires n'ont pas
de règles bien certaines, et que Tusage est la première de ces
règles.
Les Provençaux ne connaissent pas de mot qui forme seul
un comparatif. C'est une faute de dire en provençal milhour
que l'autre, piegi que vous; meilleur que vous, pire f/ue vous ; il
faut dire plus milhour, plus piegi, ce qui en français serait un
pléonasme détestable.
Chapitre II
DES PRONOMS
Les pronoms personnels se sous-entendent toujours devant
les verbes, comme on Ta vu dans les conjugaisons que j'ai
placées en leur lieu. Ainsi on dit vendrai, je viendimi ; es
veray, il est vrai, etc.
Lorsqu'on parle de plusieurs personnes, on emploie toujours
le pronom soun, sa, comme s'il ne s'agissait que d'une seule :
Ils viennent de leur maison de campagne, Venoun de sa bastido.
De même l'on dit pour les deux nombres: Li ai donnât, Je lui
ai ou Je leur ai donné ; Li digueri. Je lui ou Je leur dis, etc.
Lorsque l'on parle indéterminément de quelque chose, on
emploie la particule va au lieu de l'article Ion, le.^x.iLe croyez-
vous? Va cresez? ou Va creses-ti? Je le ferai. Va far ai. Mais,
s'il était question d'une personne on dirait : Lou veiray. Je le
verrai.
L'adverbe relatif y, qui signifie en cet endroit-là, s'exprime
en provençal par li. Veux- tu y aller? Li voues anar? T(y)irai,
IJanarai; Passe-s-y, Passas4i; Prends-y garde, Pren-li gardo.
Le relatif ^wî s'exprime par ç'ww toutes les fois qu'il j a inter-
rogation. Quu piquo? Qui frappe? Mais dans le cours d'une
phrase il se rend par le mot que : Aqueou que douermCy Celui qui
dort; Lou cavaou ou Lou chivau que vendra, Le cheval qui viendra.
LEITRKS A GKBGOIRE 25
Chapitre III
DES VERBES
Le nominatif précède toujours le verbe ; cependant j'ai sou*
vent entendu les gens de la campagne, et surtout les enfants,
dire: A dicli moun paire^ pour Moun paire a dicli.
Le verbe es^re, être, s'emploie ordinairement comme gou-
vernant Taccusatif : Si je fusse (sic) en leur place, Se fouguessi
elleis. On dit aussi 5e fouguessi delleis, en sous- entendant en
plaço.
Les infinitifs forment tout autant de noms substantifs ; on
dit lou proumenar pour la proumenado, lou dourmir ^omv Ion
souen, etc.: il semble même que cette façon d'exprimer les,
choses est plus énergique.
Il est d'usage encore d'employer le pronom si, se, à la pre-
mière personne du pluriel: Nous nous reverrons, Si.vereins ;
Allons-nous-en, S'en anan ou Enanen s'en.
On dit aussi Sau pas ce que si fa, Il ne sait pas ce qu'il fait.
Quelle heutre e^it-il? Quant soun d'kouro? ce qui signifie littéra-
lement Combien est-il d'heures?
Je ne dirai rien des adverbes et des prépositions, mais il
j aurait encore beaucoup de choses à dire sur les tournures
des phrases. J'ai cru qu'il ne serait pas hors de propos de
donner une courte notice de la poésie provençale et de citer
ici quelques morceaux qui n'ont p9,s été livrés à l'impression.
Leur lecture, jointe à la traduction que j'ai mise à côté, fera
connaître le génie de la langue de mon pays, bien mieux que
les plus longues dissertations ne pourraient le faire.
DE LA POÉSIE PROVENÇALE
Les vers provençaux font connaître les beautés d'une lan-
gue qui fut longtemps la langue de plusieurs provinces, et'
qui servit à créer la langue française, l'italienne, etc.
Les vers provençaux ne consistent que dans une mesure
égale de syllabes et dans la rime. Il y a des rimes masculines
et des féminines ; on suit assez communément, dans notre poé-
sie, les lois et les règles de la poésie française; mais les rimes
26 DIALECTES MODERNES
sont moins pénibles parce que, en écrivant comme on parle,
un substantif singulier peut rimer avec un pluriel de la même
terminaison. Marchand rimera avec galants et avec le verbe
anaran, ils iront ; de sorte qu'on peut établir comme règle
générale que la rime, dans nos vers, n'est que pour Toreille.
Depuis longtemps on n'a plus fait des tensons ni des pièces
#
de vers dans le style des troubadours. Nos poésies modernes
sont presque toutes légères et amusantes. Le modèle de ce
genre est F. T. Gros, dont les poésies, imprimées à Marseille
en 1734 et réimprimées en 1763 avec quelques additions, at-
tireront toujours l'estime des vrais connaisseurs. Germain a
fait aussi une ode intitulée la Bourrido deis Dious, qui a beau-
coup de sel, mais ses autres poésies n'ont presque pas de mé-
rite.
Les vers de douze syllabes sont les moins usités en pro-
vençal; on emploie le plus souvent ceux de huit syllabes.
Je vais 'donner quelques pièces de poésie pour les faire con-
naître à mes lecteurs; j'y joindrai à côté la traduction fran-
çaise littérale et la traduction avec les termes et les tour-
nures qu'exige la pureté du français. Je m'étais proposé,
dans le temps que je fis imprimer le Vocabulaire provençal^ de
publier un recueil des poésies et des morceaux de prose les
plus recherchés dans l'idiome provençal, mais les dépenses que
je fis alors m'ont empêché de satisfaire mon désir.
t^A suivre) A. Gazier
LOU PECH-TRINAL
A MOUN CAR NEBOUT AlBERT
Quand lou tems es siaud, un mati d'abrial,
Dins lou rousal fresc, al claus de la Lando,
Sus garrabiès blancs qu'i fan une brando,
Fier, lou roussignol dis soun cant nouvial ;
Dal rec secarous, raijant coumo un fiai,
Qu'apelan, aissi, la Ribieiro-Grando,
Das oumats ramuts que Tedro engarlando,
Das bousquets d'èusis e das camps de sig^l,
Das malhols galhards e de las auserdos,
Dal cel clar eblu, de- las tounos verdos,
Das pechs, de las vais, de las founts, das rieus,
Ven de lais d'amour, de crids de batalho.
De gaios cansous. Tout ris, tout cascalho
Dejoust lou soulel, clar regard d'un Dieus.
Clar Gleizos.
Azilhanet, 30 d'abrial 1871.
LE PUY-TRINAL
A MON CHER NEVEU AlBERT
Quand le temps est calme, un matin d'avril, — dans la rosée
fraîche, au clos de la Lande, — sur les églantiers blancs qui lui font
une bordure, ~ heureux, le rossignol dit son champ nuptial;
Du ruisseau desséché, coulant (menu) comme un fil, — que nous
appelons, ici , la Rivière-Grande, — des ormeaux feuillus que le
lierre enguirlande, — des bosquets d'yeuses et des champs de sei-
gle,
Des jeunes vignes luxuriantes et des luzernières,— du ciel clair
bleu, et des voûtes de verdure, — des puys, des vallées, des fontai-
nes, des ruisseaux,
Sortent des lais d'amour, des cris de bataille, — de gaies chan-
sons . To'it rit, tout gazouille — sous le soleil, clair regard d'un
Dieu.
Clair Gleyzes.
\zillanet, lo 30 avril 1871.
BEUMOUNO
0 chato! fres rasin ounte voudriéu beca !
Uno fai mi délice e me poung d'amaresso :
Sis iue verd coume Taigo, un brisounet maca,
Treluson d'ignourènço e d'estranjo arderesso.
Soun viésti lôugeiret noun semblo la touca ;
Lou fichu clarinèu à poulit plet caresso
Soun sen arredouni que se vèi boulega.
Un vèspre, n'aviéu fam, e dins mi bras l'ai presso,
L'ai empourtado au founs dilèio... Li viôuloun
Jougavon, «ianserian : elo, sus moun espalo,
Revessant .tendramen sa tèsto fino e palo ;
léu à long flot bevènt l'oundo de si peu blound,
Que lou van de la danso à mi bouco enraandavo;
E de si grands iue ve*rd, muto, me regardavo.
Teodor Au ban EL.
(Provençal. Avigaon ei les bords du Rhône).
BELMONE
0 jeune fille ! frais raisin où je voudrais mordre! — Une fait mes
délices et me poind d'amertume : — ses yeux verts comme l'eau,
un peu battus,— scintillent d'i^çuorance et d'étfange ardeur.
Son vêtement léger ne semble pas la toucher ; — le fichu trans-
parent à plis charmants caresse — le sein arrondi que l'on entre-
voit remuer.— Un soir, j'avais faim d'elle, et dans mes bras je l'ai
prise,
Je l'ai emportée au fond des allées. . . Les violons — jouaient,
nous dansâmes: elle, sur mon épaule,—- renversant tendrement sa
tête fine et pâle ;
Moi à longs flots buvant l'onde de ses blonds cheveux, — que
l'élan de la danse envoyait à mes lèvres ; — et de ses grands youx
verts, muette, elle me regardait.
Thkodore Aubanel.
LOU GARDA-MAS
(Fin)
End aquel rôdou, mai quicon lou destrassouna;
N'a pas ime de qu'es. Sariè-ti lou labech
Que gandls tout escàs de vers la Magalouna,
E que» tant lèu çai estre, emb soun alen doucet
Couma lou d'un enfant ou de la femna aimada, '
A.uboura lou fiolhan de Tespessa ramada,
Zouzouna à soun ausida, afresqueiris soun front,
E, de soun peu de ;ièu regoulant à flecadas,
A Tentour de soun col brandis las aneladas?
Sariè-ti lou labech qu'afach acô, de bon ?
Ou be lou roussignôu? Dau tems que tout paupava,
Tristàs, bec alandat, dins la rama chaumava ;
Juste s'aviè lou vanc d'escampà dins lou siau
Un quicon que retrai au graulà dau grapaud.
Mais tant lèu qu'a sentit la fresca labechada,
S'escarrabilha, vai, aduse la becada
LE GARDE-MAS
(Fin)
Ici, de nouveau quelque chose l'éveille en sursaut. — Il ne sait pas
ce que c'est. Serait-ce la brise — qui se lève mollement du côté [de
nie] do la Maguelone, — et qui, en arrivant avec son souffle aussi
doux — que celui d'un enfant ou de la femme aimée, — soulève le
feuillage de l'épaisse tonnelle, — murmure à son oreille, rafraîchit
son front, — et, de ses cheveux de neige ruisselant en spirale, —
tout autour de son cou secoue les longues boucles ? — Serait-ce la
brise qui a fait cela, bien vrai ? — ou bien le rossignol ? Au temps
où tout était calme, — triste, Je bec ouvert, dans la feuillée il se
tenait tapi ; — il avait seulement la force de jeter dans le silence —
quelque chose de semblable au coassement du crapaud. — Mais,
dès qu'il a senti la fraîche brise, — il se dégourdit, va porter la
becquée — à la couveuse [assidue] au nid, qui se trémousse,
l'admire et le suit avec ses yeux de jais. — Alors, sautillant de
3
30 DIALECTES MODERNES
A Tacouida as iôus, qu'en fasent graumilhet,
Lou bada e lou seguis emb sous iols de jaiet.
Adounc sautourlejantper griihous et branquilhas,
Reprend sous cants d'amour. Sariè sas bêlas trilhas
Que Tan destracassat ? Ven-ti de Tacanau ?
D'un nis de giroundouns, lou paure caga-trauc
A vist un à per un s'énvoulà sous frairetas.
N'a be la petelega, ai ! mais de sas aletas
A paurafe; tabé, sus lou berle dau nis
Es aqui que prend vanc, tremola, s'escarnis :
L'espaça ie fai pou; mais lou paire e la maire,
Per força ou per bon grat, l'an enbandit dins l'aire,
E lou paure alateja e s'arqueta e, pieu-pieu,
Un vol à soun entour roda per lou mantene.
Maugrà 'cô, de pieula noun se pot mai destene
E lou vol ie respond.... Mais, nou; despioi un brieu,
Dau caire d'en amount s'auboura una chamada :
Es d'aqui, de segu, que lou destourbe ven.
Gralina, gai, guindard, cascalhou, pieulou 'nsen.
La clouca çai reven, la plouma e.-foulissada,
Couchant sa cloucadeta en foga à l'endavans,
Couma lou pastourel quand fugis la groupada.
brancheltes en brindilles, — il reprend ses chants d'amour. Se-
raient-ce ses belles trilles — qui l'ont distrait? Est-ce le bruit qui
vient des cheneaux? — D'un nid déjeunes hirondelles, le pauvre
dernier éclos — a vu ses petits frères s'envoler à la file. — 11 a
bien le désir d'en faire autant ; oui, mais dans ses faibles ailes —
il a peu de confiance; aussi, sur le rebord du nid, — il restç, es-
sayant de prendre son essor : il tremble, se décourage; — l'espace
répouvante. Mais le père et la mère, — de force ou de bon gré,
l'ont lancé dans Tair, — et le pauvre petit agite ses ailes, s'arc-boute
et, piaulant, — une volée [d'hirondelles] circule autour de lui pour
Pencourager. — Malgré cela, il ne peut s^empècher de crier, — et
la volée lui répond... Mais^non, depuis quelque temps — du côté du
nord s'élève une grande clameur : — c'est de là, bien sûr, que vient
l'interruption. — Poule, coq, dinde, jabotent, piaillent à la fois. —
La couveuse se retourne, la plume hérissée, en chassant sa couvée
avec vigueur devant elle, — comme le berger quand il fuit l'averse;
— elle fuit, parce que le coq et le dindon sont aux prises. — Toute
LOU OARD\-MAS 31
Fugis per que lou gai emé lou guin'dard n'an ;
E la cournada en plen, pareis, s'en embarrassa.
Belèu una lingousta, un verme, una torassa,
Soun Tencausa de tout aquel rabaladis.
Couma que siegue, un cop que se soun ben sarcits,
Lou guindard tout sannous à Tescart se pavouna,
Dau tems que lou galastre es quilhat, glorious,
Sus la paret,brandanteme un vanc nervious
Sas alassas, e canta, e boumba, e dessambrouna
Lous ressouns de Tentour. Mais, encara enclausit
De soun pantai, lou viel a pas pus lèu ausit
Lou eant de soun vesiat que, torna mai sounjaire
E brandilhant la testa, à mots entrecoupats :
— « 0 França! barboutis, moun pais, paura maire I »
Una larma perleja à sous iols miech-barrats,
Atravès sa parpela un bricoun enaigada.
A miech entravalat, vei be toujour soun gai,
Lou vei b'alatejà ; i'ausis be sa cantada.
Mais couma on vei una oumbra au vespre en ailaval;
Esoun cant assourdant e soun ûajelà d'ala
Retrasoun dins soun inie à la cansoun troumfala
Mandada à plen galet dins lou tron das canouns,
•
la basse-cour s*en mêle, il paraît. — Peut-être une sauterelle, un
ver, une grosse chenille, — sont-ils la cause de tout ce tumulte. —
N'importe, après s'être bien déchirés, — le dindon tout sanglant
fait la roue à Técart, — pendant que le coq est perché, orgueilleux,—
sur la muraille, secouant d^m mouvement fébrile — ses grandes
ailes, et qu'il chante, et qu'il frappe, et qu'il réveille — les échos
d'alentour. Mais, encore sous le charme — de son rêve, le vieillard
n'a pas plutôt entendu — le chant de son préféré, qu'il redevient
rêveur, — et, secouant la tête, s'interrompant à chaque mot : « — O
France 1 balbutie-t-il, mon pays, pauvre mère!» — Une larme scin-
tille à ses yeux demi-clos, — à travers sa paupière tant soit peu
humide; — à demi endormi, il voit toujours son coq, — il le voit
bien secouer ses ailes, il entend bien son chant, — mais comme on
voit une ombre le soir dans le lointain; — et son chant éclatant et
ses battements d'aile — ressemblent, dans sa pensée, à la chanson
triomphale — jetée à plein gosier dans le tonnerre des canons;—
rien qued'y penser seulement, on se sent frémir.— Et l'ombre croît
32 DIALECTES MODERNES
Que de ie pensa soul dona lous fernissouns.
E Foumbra crei e crei, escala e rebecina
Sa testa fins au ciel, dedins Tauba clarina ;
Negreja couma un fum ques'auboura en tems siau
D'un cros de crema-sôuda, ou couma una tourrassa
Que monta dau pounentun jour de caumagnassa.
Majencant en silence e lou tron e Tilhau.
Mais, en s'esperloungant dins Tautura enlusida,
Pauc à pauc dau gai perd estampadura e biais ;
Pioi de tout en per tout, lou tems soul de dire : Ai ! >
De Tome a près la forma e la cara espoumpida,
E Tome espetaclous qu'es alin ie retrai.
Endacô pioi se môu e, de sas grands cambadas,
Afranquis la planura, e mounts, e valounada.
A cade pas que fai, bourjant à plenaman
Dins un semenadou penjoulat de biscaire,
Escampa à plens pougnats la semença dins Taire;
Sous brausents cops de bras, dau pounent au levant,
Dralha un miech ceucle inmense ; on diriè qu'à la terra
Ensegna soun camin. Alin, la bestia fera
Devès Tescuresina as quatre sauts fugis,
Souta 'Soun pas pesuc s'aterrisla roucalha,
t et croît, et s'élève et redresse — sa lête jusqu'au ciel et dans
l'aube brillante; — brunit comme la fumée qui s'élève par un temps
calme — d'une fosse où l'on brûle la soude, comme un grand nuage
— qui s'élève du ponentun soir de chaleur étouffante, — préparant
en silence le tonnerre et Téclair. — Mais, en s'élevant dans l'es-
pace lumineux, — peu à peu elle perd du coq la structure et la
forme, — puis, tout d'un coup, le temps de faire un soupir, — de
rhomme elle a pris la forme et la face épanouie, — et l'homme gi-
gantesque qui est là lui ressemble; — ent-uite il se met en mou-
vement, et de ses grandes enjambées — il franchit la plaine, les
monts et les vallons. — A chaque pas qu'il fait, puisant à pleine
main — dans le semoir suspendu à son côté, — il répand à plei-
nes poignées la semence dans l'air; — son rapide mouvement de
bras, du ponent au levant, — décrit un immense demi-cercle: on
dirait qu'à la terre — Il montre son chemin. Au loin, la bête sauvage
— vers l'obscurité s'enfuit en toute hâte; — sous son pied pesant la
roche s'effrite; — le ruisseau débordé reprend de nouveau sa voie; —
{
LOU GARDA-MAS 33
Lou rajôu desmairat retorna dins sa dralha.
La lona s'apradis, Tarmàs s'agarachis ;
La mar, Taurage même, ansin que lou terraire,
Tout ce qu'es d'aiçaval, pas pus lèu que parei
Emb soun pas soubeiran, emb soun anà troumflaire,
Clena, fai siau, coungria ou fuch davans soun rei.
E zou, toujour, avans e bresseja e camina,
E la semença à ûoc s'escampilha e brounzina,
Beluguejanta ansin que pampalhetas d'or.
Pioi, gran per gran, au sou reboumbis, sautourleja,
Couma Tenfantounet qu'en lou mudant cambeja,
Mais, pas pus lèu au sen de sa maire, s'endor.
S'endor be, mais ben lèu sarà derevelhada.
Laissas que lou bouirac Fage ben acatada
Jouta soun coubertoun blet, imouisse e tebés ;
Laissas qu'à la sournuda âge à bêles pauquets
Poumpat rimou dau sôu, pounit sa racineta :
Lou veirés pounchejà fora sa bressouleta
Per s'abeurà d'aigage, e d'aire, e de sourel.
Tabé, dins riôu qu'an mes sont la clouca acouïda,
Lou pouletou dourmis ; amai e despèr el.
Quand lou tems es vengut de fa soun espelida,
le marais devient pré, la lande est défrichée ; — la mer, l'orage
même, ainsi que le territoire, — tout ce qui est d'ici-bas, dès quTl
apparaît, — avec son pas souverain, avec sa pose triomphale, — s'in-
cline, se tait, se multiplie ou fuit devant son roi. — Et toujours en
avant il agite ses bras et chemine ; — et la semence à profusion
se répand et bruit, — étincelante ainsi que des paillettes d'or ; —
ensuite, grain à grain, rebondit à terre, sautille — comme le jeune
enfant qui agite ses jambes lorsqu'on l'emmaillotte, — mais qui
s'endort aussitôt qu'il est au sein de sa mère. — Elle s'endort bien,
mais bientôt elle se réveillera, — Attendez que le bouvier Tait bien
recouverte — sous sa couverture molle, moite et tiède;^ attendez
qu'en cachette elle ait, petit à petit, — absorbé l'humidité du sol,
formé sa petite racine : — vous la verrez poindre au-dessus de son
berceau, — pour s'abreuver de rosée, et d'air, et de soleil. — De
même, dans Tœuf que l'on met sous la poule couveuse, — le petit
poussin dort; cependant et de lui-môme, — quand le temps est
venu de faire son éclosion, — avec son petit bec il perce la coque,
34 DIALECTES MODERNES
Embé soun bequetou trauqailha lou cruvel,
E per d'aut la ploumada e las alas caudetas
De la maire ajoucada, urousa que noùn sai,
Branquejoun bequetous e poulidas testetas,
Enmascadetas d'estre e vieure. 0 dous pantai !
Que lous lauraires vengou' e vendran... Ah! pas mai,
De fet, de iras en tras, lou valent semenaire
Devista lou masiè sous très garruts maiôus,
Reguejant l'abladat cadun emb soun araire,
Doublisses roussegats per de coubles de miôus,
Repoufant per la narra aura, fum e flamada ;
Detràs lous doublissiès, de touta Tencountrada,
Çai ven d'aucelounets à vol, voulatejant;
Pioi dins lous tais douberts bequejoun, fan mangilha
De cadela, babot, courcoussoun ou canilha,
Tout ce que debouris e pampa, e grel, e gran.
Tems linde e grèu ! Alena un pauc de la marina.
Bèu tems per la grelhada ! à travès lous trauquils,
Lou nourrigat lou sent dau founs de sa jassina ;
Adounc se dereVfelha, embugat de transpils,
Befi en lach, grelha e nai : causa mère vilho usa.
— et au-dessus de la plume et des ailes chaudes — de la mère
couchée, heureuse comme on ne peut plus, — s'agitent petits becs
etjoUes petites têtes, — toutes surprises d'être et de vivre. Oh!
doux rêve! — que les laboureurs arrivent, et ils viendront sans nul
doute. . . — En effet, à la suite du vaillant semeur, — le garde-mas
aperçoit ses trois robustes fils, — sillonnant le champ semé dru,
chacun avec sa charrue; — charrue au double collier, traînée par
des couples de mulets — répandant par les naseaux vent, fumée et
flamme ; — derrière les couples, de tous les alentours,— des petits
oiseaux à volée tourbillonnent, — qui, dans les tranchées ouvertes
becquètent, se rassasient de charançon, de chrysalide, de bruche,
de chenille, — tout ce qui dévore et feuille, et bourgeon, et grain.
Temps limpide et lourd ! Il souffle un peu de la mer. — Beau
temps pour la germination ! A travers les pores [ de la terre ], —
le nourrisson le sent au fond de sa couche : — alors il s'éveille,
imbibé d'infiltrations; — gorgé de laii, il germe et naît: chose mer-
veilleuse. — Tandis que vers le sud l'ombre prodigieuse — marche
LOU GARDA-MAS 35
De ce qu'en ailaval Toumbrassa espetaclousa,
Camina e se marida emb la fousca lionchou,
De ce que lous bouiracs seguissoun Tenregada,
Ë que dau semenà la sôuca es adracada,
Lou grel sus lous acrins çai ven faire espinchou.
Verdeja aqui ; de çai, en gagnant l'autre caire,
Girberja, s'amatis, canouna, espiga amount.
Una blanqueta ûou coubris Tespigau blound
Que blaqueja à Talen dau magistrau granaire ;
E pioi en ailamount rousseleja', es madu,
E lou glop, que lou pes de Tespiga a rendut
Clena, brausit e, lèu, jout lou voulam croussina,
Jout lou voulam brandit per de valents gavots
Que relents de susou, la cansouneta as pots,
Envoulamoun de vanc, e la cola camina,
Sas ligairas darriès; aiçai dor lou masiè.
De per davans lou blat pauc à pauc s'amadura ;
En molas per darriès Tacampa lou soubriè,
E pioi de per délai, seguissent d'amesura.
D'enfants entenciounats trevoun dins lou garban.
Tout en espepidant Tespiga estrabacada.
et se confond avec le lointain brumeux, — tandis que les bouviers
suivent la trace du sillon, — et que du champ semé le sillon a formé
croûte, — sur les crêtes, le germe vient faire son apparition. — Il
verdoie ici; ailleurs, en allant du côté opposé, — il forme gazon ;
il est touffu, il élève ses tuyaux, il épie au sommet. — Une
blanche petite fleur couvre l'épi blond, — qui s'agite au souffle
du mistral, favorable aux grains; — et puis, tout à fait à l'extrémité,
il est roux, il est mûr; — et le chalumeau, surchargé par le poids de
Tépi, — fléchit, se dessèche, et bientôt craque sous la faucille, — sous
la faucille secouée par de vaillants montagnards, — qui, trempés de
sueur, la chansonnette aux lèvres, — scient le blé avec entrain,
et la troupe s'avance, — les lieuses après, de ce côté -ci, vers le
garde-mas. — En avant, le blé peu à peu mûrit. — En arrière, il est
ramassé et mis en tas par un souhrier^.^ Puis au delà, suivant pas
à pas, — des enfants ardents au travail rôdent dans la masse des
gerbes, — tout en glanant l'épi échappé des mains des moisson-
* Le souhrier est, dans une ferme, le valet rqui remplace indifférem-
ment, et au besoin, les autres valets.
36 DIALECTblS MODERNES
»
E la cola camina emb soun baile davans,
E la garbela tomba, e tant lèu es ligada.
E sega e liga e, zou, canta que cantaràs,
Talament que dau viel soun ben lèu aqui ras .
Adounc das prefachès las esquinas s'agrejoun,
Lous voulams aubourats dins lous aires ûamej ou n :
— a Ben-estre e longa vida à nostre majourau ! » —
Crida en cor la coulada; e reprend mai soun frau.
Las ligairas après fan sas revenenciatas,
Lou soubriè qu'enmoulava auboura soun capel,
E das maissounairets lou graciouset troupel,
Un rire amistadous esclairant las facietas,
Sa manada cadun se sarra. Tantequant
Lou paure trementis : a sentit de manetas
Que frustoun soun ginoul, pioi de vosses doucetas,
Que ie traucoun lou cor, sonoun : — « Hou ! noste grand !
)).Bon vespre, dourmissès ? Es nautres, que çai sian !
)) Osca dous copsi pourtan jougalhas e belesas
)) Au mens una carrada, amai soun pas fouresas.»
S'aubourant tout d'un vanc, à travès Tescabour,
Te vei soun oustalada, e, cadun à soun tour,
Lou galeja en risent d'una tala suspresa.
neurs. — Et la troupe s'avance avec son chef en tête, — et la gerbée
tombe et elle est à Tinstant serrée, — et on moissonne et on lie,
et en avant la chanson ! — Si bien qu*à la fin ils sont là tout près
du vieillard. — Alors des ouvriers à la tâche les reins se redressent,
— les faucilles soulevées dans les airs scintillent': — « Bien-être
et longue vie à notre maître î » — crie en chœur toute la troupe;
et elle reprend Touvrage à nouveau. — Les lieuses ensuite le sa-
luent humblement. — Le soubrier qui entassait soulève son chapeau.
— et des petits grapilleurs la gracieuse troupe, — un rire d'amitié
éclairant leurs jolies figures, — chacun une poignée d'épis à la
main, s'approche. Tout à coup — le dormeur frissonne : il a senti
effleurer ses genoux — par de petites mains; puis de petites voix
douces — qui lui percent le cœur l'appellent « Holà ! notre grand-père,
— bonsoir, vous dormez ? C'est nous qui sommes ici 1 — Oh ! quel
bonheur I nous portons des jouets, de jolies choses, — une charretée
au moins, et qui ne sont pas de pacotille. » — Se soulevant tout à
coup à travers la brume, — il voit toute sa famille, et chacun tour
LOU GARDA-MAS 37
Mais el de sous felens, ce qu'au mounde mai presa,
Que per eles fai, dis, de fouliès, de bauchuns,
Qu'en desfasent sa vos couma eles bretouneja,
De sous felens fai cas, pas mai. Abeles uns.
Sus sa fauda lous prend e pioi lous poutouneja,
Mut e la larma as iols . • . . De qu'es pas, peracô !
Aube, lou grand plouret, mais de joia, aquel cop.
IV
Aquela nioch, à las Aubetas,
Lous enfants, dins sas bressouletas,
Jaguts cadun emb sous jouguets,
Subrant lou soupà per se jairé,
Fagueroun pas qu'un som, pecaire î
De talament qu'eroun lassets !
A. Langlade.
(Languedocien, Lansargues et ses enrirons.)
à tour — le plaisante en riant d'une telle surprise. — Mais lui, de
ses petits-fils, ce qu'il aime le plus au monde, — car pour eux il
fait et dit des folies, des naïvetés, — en contrefaisant sa voix
comme quelqu'un qui bégaye, — de ses petits-fils, il fait cas seu-
lement. L'un après l'autre, — sur ses genoux il les prend, puis les
couvre de baisers, — muet et la larme à l'œil. .. . Ce que c'est pour-
tant ! — Et oui, le grand-père pleura, mais de joie cette fois.
IV
Cette nuit-là, au mas des Aubes, — les enfants dans leurs petits
berceaux, — couchés chacun avec ses joujoux, — laissant de côté le
souper pour se reposer, — ne firent qu'un somme, les pauvres
enfants ! — tellement ils étaient fatigués !
A. Langlade.
BIBLIOGRAPHIE
he Bréviaire d'amour de Maifre Ermengaud, publié par la Société
archéologique, littéraire et scientifique de Béziers^ tom. II, 2» livraison.
Les amis de notre ancienne littérature regrettaient vivement que
la publication du Breviari damor, commencée il y a une quinzaine,
d'années, restât depuis si longtemps interrompue. Aussi devons-
nous remercier tout d'abord la Société archéologique de Béziers,
et particulièrement son savant et zélé secrétaire, notre -confrère
M. Azaïs, de ce qu'ils la reprennent aujourd'hui. La livraison an-
noncée ci-dessus renferme environ 5500 vers, dont près de 5000
sont consacrés à la vie de Jésus-Christ. Je ne dirai rien ici de leur
valeur poétique, sinon qu'elle est fort médiocre, — comme au
reste, en général, celle de tout l'ouvrage, — malgré la grandeur du
sujet, qui aurait dû, ce semble, mieux inspirer Tauteur et l'élever
un peu au-dessus de son niveau ordinaire; et je passerai immé-
diatement à l'examen philologique du texte.
J'aurais à soumettre aux éditeurs des remarques assez nom-
breuses ; mais plusieurs pourraient paraître minutieuses ; je me
bornerai aux plus importantes.
V. 21282. Elizàhetque n'ac sentit, — Ceci ne donne aucun sens
satisfaisant. Il fallait lire queu au lieu de quen, Queu est pour
que 0. C'est une contraction dont le catalan offre des exemples
très-nombreux, mais que l'on constate plus rarement en provençal.
Notre texte en offre , dans cette livraison même, deux de plus. C'est
dans les vers 24610 et 24980, où l'on a également pris u pour n. Il
faut lire, au premier de ces deux vers, queu sofria, et non quen s.;
au second : nou disseron ( =i no o ), et non pas non d. J'ai cité
ailleurs* des exemples, également biterrois, de la contraction du
même pronom avec un i final : quiu = qui o ; siu, et, par suite
sieu = 810. Dans le v. 21282 ci-dessus, au lieu de queu ac, on
pourrait aussi lire que vac^ et l'on y aurait ainsi un autre exemple
ancien de la forme vo (ouva), à joindre àceuxque j'ai relevés dans
le travail auquel je viens de renvoyer.
21486. Pot esser cauzit, —Le ms. principal donne jpoc, rejeté je
ne sais pourquoi (la leçon des autres mss. n'est pas indiquée), et
« Romania, V, 233.
BIBLIOQIUPHIE 39
qui seul peut ici convenir, le contexte exigeant le parfait ou Tim-
parfait.
21776. Montera s'en, Vhangel dizen, — Otez la virgule, dont la place
est à la fin du vers précédent, et corr. Wcmgel »= U angel, moyen-
nant contraction, ou Ihi angel, moyennant élision. La même faute
se remarque aux vers 23064, où, au lieu de Vhaltre, il faut Waltre,
et 23064, où, au lieu de Vhagro, il faut Wagro. On en peut voir an
autre ex. dans la partie anciennement publiée, v. 9831 : /aaâfl,
Vhom, Il est dit en note que les autres mss. omettent l'article.
C'est une erteurde considérer ici l comme tel ; il faut écrire fas^
salh om, ou Ih est le pronom U (à lui) ,
21833. Vers trop long ; supprimez «e,qui forme pléonasme, puis-
que nois = no se.
21865. Icis de Betleem, Corr. ieis.
21891. Aia vista, La leçon du ms. A, rejetée en note, indiquait
la bonne correction : ai ja. Le copiste a répété ja, par méprise.
22183. E vie. C'est la leçon du ms. C. Mais il valait mieux vi
forme constante de ce mot dans A, et que donne peut-être ici
également le ms., au lieu de m que l'éditeur y a lu. — Faute pa-
reille au V. 26362, où l'on a inutilement ajouté un c à vi du ms.:
vi[c] .
22200. Seguiro, Leçon du ms. B, inutilement substituée à «e-
guero de A, qui n'est pas moins correct.
22299. Despertar. Leçon d'un des mss. auxiliaires. Le ms prin-
cipal (A) a desddar, qu'il n'y avait aucun motif de rejeter. C'est un
verbe aussi régulièrement formé que ressidar. Cf. desvelhar, à côté
de revelhar.
22359. Dos partz. Leçon de C. Mais celle de A, doas partz, est
bien plus correcte et devait être conservée, doas pouvant fort bien
ne compter que pour une syllabe. On peut même dire que c'est
l'ordinaire. Cf., d'ailleurs, les vv. 25739, 41, 44, 60, où, comme
l'éditeur en avertit lui-même, ce mot n'en doit, en efTet, avoir
qu'une seule.
22555. Ce vers a été mal compris. Dek n'y est pas une exclama-
tion ; c'est simplement debeo, comme au v. 22549. Il n'y avait pas
lieu, conséquemment, à modifier la leçon du vers précédent, qui est
le complément de ce deh:
Ë ai ters jorn resuscitar
Deh
22561. Enutz «oi. . .ne m'offre aucun sens. Je corrigerais iraiz,
d'après le ms. C. Mal rrCes du vers précédent traduit scandalum est
mihi de Math., xvi, de 23.
40 BlBLIOURAPfflE
22602. Abussatz. C'est la leçon du ms. principal. Mais celle de
G (ahocatz) est ici certainement la meilleure, comme le prouve le
passage correspondant de Tévangile (Matth., xvii, 6) : ceciderunt
infaciem suam. Sur abocar, qui manque à Raynouard, voy. Noulet,
Étude sur G. de la Barre, p. i3, et cf. Revue VI, 293. Le même mot
existe en catalan. On en trouvera un ex. au v. 647 du Romandes
sept sages, publié par M. Mussaâa et dont nous avons récemment
rendu compte.
22780. Vos wrefef. Faute évidente* de lecture pour niretz =vom
irez. On voit ici l'adverbe ne déjà aussi étroitement uni au futur irai
qu'il l'est aujourd'hui, au moins dans plusieurs dialectes, tant à ce
futur qu'au conditionnel : nirai, rdrio,
22848. Il n'y avait aucun motif de substituer ici la leçon de G à
celle de A, qui est au contraire plus rapprochée du texte de Matth.
XXI, 16. jEJ qui commence le vers suivant n'est pas copule. On le
traduirait bien par dcme, Gf. ci- après la note sur le v. 23161.
22921. Escapadamen . Gorr. escampadamen, d'après le ms. G.
22952. Una bella gauda . Je n'ai aucune correction à proposer
pour ce vers, qui d'ailleurs n'en demande point. Je veux seule-
ment appeler l'attention sur le mot gauda (vase, bassin), parce que
ce mot me semble indiquer, avec sa propre étymologie, qui est évi-
dente (^awato), celle du français ^06?e^. M. Littré propose avec doute
guttus. Mais le gauda provençal autorise pleinement, ce me semble,
à admettre, en ancien français, un substantif de même sens, gode,
dont godet serait le diminutif normal .
22965. Je n'aurais pas hésité à substituer à e (in) me du ms. A,
am me de G. L'évangile, en effet (Joan. xiii, 8), dit mecum.
23101. Fermas^ de A, ne pouvant rimer, on aurait dû corriger
JmaSf d'après B G.
23157, 23162, 25011. Dans ces trois passages, ieu soi, qui traduit
exactement egosum de l'Évangile (Joan., xvni, 5), a été changé en
ieu [l] soi sans nécessité et au détriment de la correction. En effet,
l ne peut être ici que pour lo, et Ton ne saurait dire en provençal
ieu lo soi, au sens de ieu soi et (c'est moi) .
23161. E Jésus lora[c] demandât. — Correction qui semble indiquer
que l'éditeur n'a pas reconnu le vrai rôle en ce passage de la con-
jonction e, qui commence le vers. Cette conjonction, ici, n'est pas
> Paute analogue au v. 2886, où, au lieu de vagues, il faut lire n'agues,
et encore au v. 10220 '. recobrar vas; lis : recobrar n'as. L'inverse se re-
marque, entre autres passages, aux vv. 3694-5, où l'on a imprimé deux fois
dans pour daus-
V
BlBLIOGRiLPHIB 41
copule; on peut la considérer comme ezplétive ou la traduire par
alors. C'est un emploi qu'elle remplit fréquemment, en provençal
comme en ancien français*.
23231. 11 faut un point d'interrogation à la fin de ce vers.
23240. Vers trop court.; corr 8i[ieu] die be. ..
23260-1 . Ces deux vers ne riment pas ; la bonne correction
était :
Puais li vesque conjur[er]o
Lo filh Dieu e demaiid[er]o.
23530. « Dizian doit être compté pour trois syllabes. » Note bien
inutile, puisque telle est la règle. Plus loin, v. 23658, on a cru que
le même mot n'en avait que deux; mais la mesure et la rime s*y
•opposent. Il faut lui en laisser trois et réduire, soit emp^ro kpero^
soit lo k l,
23760. Lhi aiei uelh.Le ms. a uuelh (lis. vuelh), forme très-légitime.
Cette prosthèse du «, aujourd'hui si commune, commence à se
montrer fréquente dès la fin du XIII* siècle.
23785. Ben deuria[m] donc sovenir. — Ben deuria[m] est une correC"
tion malheureuse et qui fait un solécisme d'une expression par-
faite. L'ancienne langue ne disait jamais je me souviens (façon de
parler dont l'habitude que nous en avons nous dissimule la barba-
rie), mais i7 me souvient. Il fallait simplement, dans le vers ci-des-
sus, conserver la leçon du ms., sauf à lire, au lieu de beusjinàïqué
dans la note, hens, c'est-à-dire he nos: Bens deuria donc sovenir.
24450. Homes près. Leçon inacceptable. Il faut corriger, d'après
le ms. B : hom mespres.
24581. Qui Vescorgues. Ces mots devraient être placés entre
deux virgules. Le sens en est : si on le saisissait (terme judiciaire),
d'««corre, même sens que encorre. Cf. escontra = encontra, etc. Les
deux préfixes en et es se substituent assez souvent l'un à l'autre^.
24671. Quez a vist. — La bonne leçon est certainement celle du
ms. C {quel a vist).
24745. A d^autras. Lis. ad autras.
24907. Corr. em rememhran. Avec en, la phrase n'a pas de verbe.
24920. Piegres, admis dans le texte, est impossible. Il faut réta-
^ Et aussi dans l'italien et l'espagnol anciens. Ex : « E quando si sa-
rebbe voluta dormira o forse scherzar cou lui, ed agli le raccontava la
vita di Christo» {Decamerone); — <i Yacaeciô que estando un dia que
tanian ante alun astormanto, . . ^ al ray parô miantes » {El Conde Luca-
nor).
3 Cf. estonces = entonces eu vieil espagnol.
42 BTBLlOaRàPHIB
h\ÏT piégera, dont piegres ne peut être qu'une altération orthogra-
phique, résultat d'une métathèse inconsciente.
24935. Escapassem de A a été rejeté à tort, d'autant plus qu'on
a admis plus loin doptassem. Sur ces formes de subjonctif impar-
fait en a, voy. le Donat prov., p. 16, et cf. ma Gramm. limousine,
p. 282(i2etme, VII, 164).
25032 - 3. Deux vers mal compris, comme le prouve la ponc-
tuation. Ils font partie de la réponse de Gléophas, et doivent être
écrits :
E no sabes se que dizem
Quez es f ah lay novelamen !
Il faut ensuite mettre deux points à la fin du vers suivant.
25088. Digs. Je soupçonne ici une mauvaise lecture pour diys^
qui est une forme très-commune.
25116. Mo8 pes molatz. Lis. mos pes, mo latz.
25187. Tro8. Lems A. donne tor, qu'on pouvait garder, saufày
ajouter une «. Tors est la forme primitive du mot. On peut la voir
dans le Donat provençal , 55 b.
25204. Cordas du ms. A est une faute évidente. La bonne leçon
est indiquée par les autres mss. C'est cobdatz ou coydatz, Cî,Joan,
xxiy 8 : a longe. . . . quasi cubitis ducentis.»
2bWS, Lofuoc dissendut. Mauvaise leçon, qu'il aurait fallu cor-
riger au moyen de B G D, en eyssendut = allumé, de eissendre =
encendre.
25236. La leçon de A, rejetée en note, n'est pas moins conforme
que celle de B G, adoptée par l'éditeur, au texte sacré, où il y a, en
premier lieu, pasce agnos Ttieos{Joan, xxi, 15 et 16). il fallait seu-
lement corriger angels en agnels ou anhsls.
25259. 11 est impossible de compter ^M^i«, comme on le veut ici,
pour deux syllabes. Suppléez, devant cZ ce/, la particule sus, que
donnent les autres mss.
25391 . G'est pure illusion de prendre segro de ce vers pour une
forme du parfait de esser.Ce mot, qui traduit era/nt sedentes {Act.
apost. Il, 2), est simplement la 3^ pers. plur., aussi régulière que
possible, du prétérit de sezer (seder^ sieire), qui fait an singulier sec.
11 faut traduire étaient assis.
25560. Estahlis. Le contexte indique clairement queestoôZen des
mss. auxiliaires est ici la bonne leçon. Il est possible que le co-
piste de A y ait substitué estahlis, parce qu'il aura cru voir dans
establen la 3e pers plur.de l'ind. présent, au lieu du participe pré-
sent.
BIBLIOGRAPHIE 4â
25615. Preïcadors, Leçon qui fausse le vers et que repousse le
contexte. Corr. preguadors, d'après les autres mss.Gf. v. 25619.
25853. L'éditeur remplace ^awrt^^riAo*, qui, dit-il, fausse le vers,
par pao7V8, Mais ces deux mots ont l'un et l'autre trois syllabes, et
c'est trois syllabes que la mesure exige.
25878. Errors. Gorr. terrors^ d'après G.
25909. Avosfay, Il faut évidemment corrif»erno«. Cf. v. 25911.
Le contexte indique clairement que ce n'est pas nos de ce dernier
vers qui doit être corrigé vos.'
25964. No Van ci^ezero, Gorr. lan ou Mn(laen),
25994. Vers trop court. Gorr. vil[a\8 ou [e]ml8.
26069. iVos don vezer se. Le ms. a nos de, qui est excellent. Mais
réditeur n'y a pas reconnu sans doute le latin det, Ge même sub-
jonctif^se rencontre déjà, à la première personne, au commencement
du poëme, v. 63 : « Soplegan qu'ieu , , . de doctrina vertadieira. »
26096. Qu'ilh[8] van neguar. Adjonction, à cette place, fort inso-
lite et d'ailleurs tout à fait inutile dans le cas présent. Neguar, en
effet, à lui seul, signifie se noyer. Les ex. en sont sans nombre
dans nos anciens textes.
26175. Nutz de A est certainement une mauvaise leçon; il faut
vins, qu'ont les autres mss.
26203. Sufreiras. Leçon inadmissible. Le futur de mfrir serait
su/riras: mais le subjonctif ici convient mieux; il faut donc su/ras,
comme dans les autres mss. Pour rétablir la mesure, ajoutez un mo-
nosyllabe, comme hels dewsint senher ou o àeysLni sufras .
26409. Quet faray. Les autres mss. ont quen , très-préférable.
Peut-être quet est-il une mauvaise lecture pour quei. L'échange de
rôles entre en et i est assez fréquent.
26333. La leçon de A, rejetée en note, est très-bonne; seulement
il fallait lire (au lieu de sil voc, etc.) : si luoc aparelhat en vis .
J'exprimerai le vœu, en terminant, qne la Société archéologique
de Béziersne nous fasse pas maintenant trop longtemps attendre
les livraisons suivantes du Breviàri. Ce seront de beaucoup les
plus intéressantes, non pas seulement en raison du sujet traité
dans les dernières parties du poëme, à savoir l'amour des dames,
mais encore et surtout à cause des nombreuses citatiojis de poésies
des troubadours que l'auteur y a semées.
Gamîlle Chabaneau.
44 BIBLIOGRAPHIE
Victor Balagubr, De la Poesia provenzal en Gastilla y an Léon
Madrid, 1877; in-12, 64 pages.
Les préocupations d'une vie politique agitée n*ont point tari
chez D.Victor Balaguer la source de l'inspiration poétique, et
n'ont pu davantage arracher l'éminent auteur de VHistoria de Ca-
talirna aux chères études de sa jeunesse. Après le volume des Tra-
jedias, auquel la Revue des langues romanes consacrera un compte
rendu détaillé, voici un chapitre détaché de l'ouvrapce inédit inti-
tulé Historia poUiica y Uteraria dels Trovadors.
Ce grand travail contiendra plus de trois cents biographies de
troubadour s. Celle d'Aimericde Pegulhan paraît en ce moment dans
l'excellente revue catalane la Renaixensa . L'introduction compren-
dra des études sur le rôle politique auquel les troubadoitrs ont
aspiré et sur celui qu'ils ont joué réellement dans les deux groupes
d'états espagnols : le groupe castillan-léonais et le groupe arago-
nais-catalan. C'est un des chapitres de cette introduction qui vient
d'être traduit en castillan et pubUé à Madrid .
Gomme Jovellanos, comme Milâ y Fontanals, comme tous ceux
qui se sont occupés sérieusement de l'histoire du moyen âge, Vic-
tor Balaguer a été frappé des clartés que la vieille poésie pro-
vençale, a cette liberté de la presse des temps féodaux », suivant
l'heureuse expression de Villemain, jette sur les hommes et les cho-
ses de son temps. Il est impossible d'écrire l'histoire du XI* siècle
au XIV® sans recourir aux sirventesdes troubadours comme à des
chroniques plus vivantes, plus passionnées et, par conséquent, plus
attachantes, que les œuvres historiques proprement dites . Victor
Balaguer l'a prouvé, en ce qui concerne les royaumes de Gastille
et de Léon, dans le travail intéressant et coloré qui fait le sujet de
cet article. Avec la loyauté qui le caractérise, l'auteur de cette
nouvelle histoire des troubadours rend pleine justice à ses pré-
décesseurs. Nous ne pouvons nous empêcher de citer le passage
suivant, à l'adresse de l'illustre et vénéré philologue catalan, que
nous avons l'honneur de compter parmi nos collaborateurs et nos
amis : « Si sa modestie bien connue, d'honorables scrupules, ou
peut-être des opinions que je respecte sans les partager, n'avaient,
empêché Milâ de dire, dans ses Trovadores en Espana, tout ce qu'il
sait et tout ce qu'il a à sa disposition sur cette matière, mon hum-
ble travail serait complètement inutile.»
La nouvelle œuvre de Balaguer est loin d'être inutile. L'admira-
ble talent d'écrivain, qui donnera tant de charme aux vies des
troubadours racontées par leur successeur et leur émule , con-
tribuera à répandre dans un monde plus lettré qu'érudit des no-
BIBLIOGRAPHIE 45
lions que personne ne doit ignorer ; il propagera le goût des
études provençales, et aussi l'habitude de faire de l'histoire en vi-
vant, pour ainsi dire, au milieu des événements du passé, et non
en les considérant à distance, à travers les idées et les préjugés de
notre époque. G.-J. T.
Recueil de versions provençales pour l'enseignement du français
en Provence, par un professeur; troisième partie . Avignon, Aubanel
frères, 1876; in-l2, 195-90 pages.
Cette chrestomathie, où sont colligés les plus beaux morceaux des
félibres et de quelques-uns de leurs devanciers, a paru déjà depuis
quelque temps; mais il n'est jamais trop tard pour faire con-
naître un livre utile. Son titre surprendra peut-être certaines per-
sonnes. Eh quoil un recueil de versions provençales pour ren-
seignement du français! Mais le provençal exlste-t-il aujourd'hui
comme langue parlée, au point de pouvoir être étudié dans les
écoles conjointement à une autre langue de même souche, et do
fournir ainsi matière à un parallèle dont toutes deux puissent pro-
fiter ?
Appartenant à une Société qui a demandé la création de chaires
(le littérature romane dans les établissements d'enseignement
supérieur du Midi, nous ne pouvons qu'approuver l'introduction
d'une étude analogue dans l'enseignement primaire. Les intentions
de l'auteur sont, du reste, des plus modestes. En publiant ces mo
dèles, il semble avoir eu pour but principal de faciliter la connais-
sance du français aux élèves des écoles inférieures. Rien ne fami-
liarise avec les difficaltés d'une langue, pense-t-il. avec raison,
comme l'effort opéré pour y transporter d'une façon grammaticale
et fidèle le sens et.la lettre d'un idiome à tournures quelquefois
très-différentes *. « Les sujets recueillis, dit-il dans sa préface, ap-
partiennent à l'idiome provençal, qui fait les délices des lettrés
dans la Finlande, la Suède, l'Allemagne, l'Angleterre, PEspagne,
le Portugal, l'Italie et même dans le Nouveau Monde. Aux qualités
d'une littérature fondée par des œuvres de génie, cet idiome join-
dra, pour le Midi, un privilège spécial, celui de venir en aide au
français, si difficile pour ceux qui n'apprennent pas le latin ; il
servira, comme la langue de Virgile, à parvenir plus sûrement à
la connaissance du langage immortel de Racine et de Bossu et.
Les élèves de l'enseignement primaire, n'ayant pas d'études com-
* V. sur le môme sujet, dans lou Prouvençau (n* du 21 janvier 1877),
un article de M . de Villeneuve-Esclapon .
4
46 • BIBLIOGRAPHIE
paratives, pourront suppléer à l'insuffisance des exercices classi-
ques par la traduction des morceaux dune chrestomathie provençale.
On ne tardera pas à reconnaître l'utilité de cette mesure, que l'en-
seignement secondaire, au moyen des langues mortes, pratique avec
un succès incontesté. »
Des progrès sensibles ont été faits dans ce sens. Il ne paraît plus
étrange d'étudier le provençal. Il y a quelques mois à peine, la
Cigale venait de Paris à Arles fêter le félibrige et fraterniser avec
lui. La plupart des recueils de la capitale ont rendu compte de
ces réunions, elles journaux illustrés, dans plusieurs numéros
consécutifs, en ont reproduit par le dessin les principaux épisodes.
La paix est donc faite et l'alliance signée entre deux littératures qui
peuvent se regarder en face. La chanson de Magali se chantera
bientôt à Paris, comme au Brésil, dans l'idiome d'Arles et d'Avi-
gnon ; et qui sait si l'on n'y verra pas bientôt des opéras composés
par les maîtres de la musique contemporaine sur des paroles pro-
vençales ? Gela ne vaudrait-il pas certaines œuvres lyriques, où les
tragédies de nos grands auteurs sont converties en Ubretti qui ne
donnent souvent de l'original qu'une idée assez imparfaite?
Le choix des versions a été fait avec soin et ne contient que
des modèles. Mais pourquoi l'auteur n'a-t-il pas élargi en même
temps et le cadre et le titre de son travail, de manière à pouvoir
l'appeler: Recueil de versions pour l'enseignement du français dans
les pays de langue d'oc, plutôt que dans la seule Provence? Les sous-
dialectes de la Provence proprement dite tiennent dans le Uvre à
peu près toute la place. Si nous avons bien compté, six auteurs
seulement, non Provençaux par leur naissance, y ont été admis :
V. Balaguer, G.Azaïs, A. Mir, A. Arnavielle, Jasmin et Mathieu;
et encore, sur sept pièces à eux empruntées, trois sont-elles écrites
en provençal. Sans doute la langue dont les grands maîtres se ser-
vent a naturellement plus de chance d'expansion et de durée. A ce
titre, le provençal contemporain, qui a produit des chefs-d'œuvre
que le temps respectera, ne peut manquer d'exercer une influence
sur les autres variétés de la langue d'oc ; mais laissons à chacun
sa Uberté philologique, et, en attendant que l'œuvre de génie ail
imposé sa forme à tous les dialectes, n'ensevelissons pas dans
l'oubli des productions respectables. C'est un sentiment de cette
nature qui inspirait, le 25 mars 1-877, M. de Tourtoulon, lorsque,
aux applaudissements d'un auditoire venu d'un peu partout, il
disait : ... /Se se capita dins quaucas unas de nostras escolas d'esci'ioans
d'elei, se n'en sourtïs d'ohras majouralas, veiren las parladuras d'alentour
retraire de mai en mai au parla d'aquela escola ; e hus
BIBLIOGRAPHIE 47
dialeites que mwprcm pas provdure seran, embé lou temSf estoufats sans
qu'ajotm lou drechni loupoudé de seplagne.
Dounàs-nous de cops dohra, e vostra parladura sera inmourtala.
N'y avait-il rien à citer dans tout Tœuvre de Favre, bien que
cet auteur ait eu le tort de consacrer uniquement à la parodie et à
la farce un talent capable de productions plus élevées; dans Pey-
rottes, le potier clermontais, qui a maintenu la tradition à une épo-
que où elle semblait prête à finir, dont Roumanille a inséré, en 1852,
trois jolies pièces dans li Prouvencalo, et auquel M. de Berluc-Pe-
russis a rendu toute justice dans son discours prononcé le 10 sep-
tembre 1877, aux jeux floraux de Sainte- Anne d'Apt*; dans l'auteur
de Prouvençaj du Roumieu, du Michant Rêve, du Brinde à las raças la-
tinas, qui a, le premier, ainsi qu'on l'a si bien dit, élevé jusqu'à
l'ode le langage populaire de Montpellier ^ ?
A part les plus beaux morceaux des félibres, l'auteur a eu Pbeu-
reuseidée de rééditer quelques pièces rares et moins connues que
les précédentes, telles que Hou de l'oustau de Saboly, et les Ar-
mounio d'uno niue de mai de Gastil-Blaze ; mais, sans remonter aux
troubadours, dont Tidiome trop dissemblable de la langue d'oc
actuelle rebuterait les écoliers, n'aurait-il pas pu reproduire quel-
ques pièces de la Bellaudière, de Gros et de Bellot, et, parmi les
auteurs étrangers à la Provence, Goudelin, Bonnet (de Béziers),
Foucaud, Jacques Azaïs, etc., ne pouvaient-ils rien lui fournir?
Un lexique et la traduction française de tous les morceaux con-
tenus àdin^lvi chrestomathie terminent Touvrage. Nous n'avons rien
à dire du premier, sinon qu'il n'aurait rien perdu à. contenir un
plus grand nombre de mots. Les secondes sont généralement exac-
tes ; mais parfois l'auteur, se méfiant trop de la langue française,
la croit impuissante à rendre quelques figures provençales qui ne
sont pas pourtant d'une hardiesse excessive, et il ne serre pas, ce
nous semble, le texte d'assez près. Entre les belles infidèles de
Perrot d'Ablancourt et le rigorisme littéral de M. Leconte de l'Isle,
il est des limites rationnelles. Voici deux exemples qui justifieront
peut-être notre dire:
Tei parfum aboun Jous poutounejon la narre (p. 12) ;
Eigrejant lei pestèu de l'Oulimpe auturous (p. 140).
* Ce discours est, comme plusieurs écrits analogues sortis de la plume
du môme auteur, un fin morceau d'histoire littéraire. {Lou Prouvençau
du 30 septembre 1877.)
•2 G. de Tourtoulon. UeviAe des lanq.ies romanes, t. F, p 119; 1870.
48 BIBLIOGRAPHIE
Tradtbction. — Tes parfums abondants sont délicieux; — Péné-
trant dans TOlympe élevé (p. 5 et 66 des traductions).
C'est le sens, mais un peu trop condensé.
L'auteur s'est attaché à n'introduire dans son recueil que des
morceaux pouvant être lus par des enfants. On peut le dire à
l'honneur du félibrige, ses productions n'ont rien de commun
avec les crudités et les licences que la littérature méridionale
prodiguait à ses lecteurs aux XVII» et XVIIP siècles . Mais si, parmi
les vers d'une pièce admirée pour la beauté de la poésie et la
pureté du langage, il s'était glissé quelque peinture trop expres-
sive, sa suppression, dans un livre classique, ne devrait blesser
personne. En suivant cette méthode, l'auteur n'a fait que se con-
former aux traditions de l'enseignement secondaire, et il a publié
un véritable Selectœ e provengalihus . . . assimilable aux ouvrages de
même nature dont nous avons usé au collège pour Tétude des
auteurs anciens. â. E.
Gounteis e Viorlas. . . per A.ugusto Ghàstanbt, felihre majourau.
Rebeirac, in -8®.
M. Auguste Ghastanet, qui s'est placé d'emblée, il y a trois ans,
par son charmant poème hus Bouquets de la Jano, au premier rang
de nos modernes troubadours, a réuni dans la brochure que nous
avons le plaisir d'annoncer ici une fable et diverses anecdotes
plaisantes, fort agréablement rimées.
Les lecteurs de la Revue y retrouveront plusieurs pièces dont ils
ont eu la primeur, et dans le nombre ce piquant récit, Un tour de
Moussu Roumieu *, qui suffirait seul à prouver que l'auteur est un
des meilleurs ouvriers que possède aujourd'hui la langue d'oc dans
l'art d'écrire en vers. Les autres pièces du recueil achèveront au
besoin la démonstration, particulièrement la première, dédiée à
Mistral, et qui, dans trente strophes de dix vers, d'une très-exacte-
et très-habile facture, développe avec esprit et, — vers la fin sur-
tout, — avec une poétique éloquence, l'histoire, si répandue dans
nos campagnes, du curé de Pierre Buffière*.
G. G.
' Voy. Revue, X, 94.
-' Cette histoire se lit déjà, en français et en limousin, dans V Apologie
pour Hérodote de Henri Estienne. Je transcris ici tout le passage, d*après
la l" édition (1566), pp. 450-451 :
« Mais, sur le propos des âmes données en garde aux curez, je ferois
grand tort au curé de Pierrebuffière, au haut Limosin, si je Toubliols.
Ce bon personnage, pour mieux exhorter se» parroiciens à bien vivre, leur
dict entr'autres choses, Quand le jour du jugement sera venu, Dieu vou-
PERIODIQUES
Romania, 22. — P. 161, A. Wesselofsky, Le Dit de l'empereur
Constant,'^, A. W. édite pour la première fois ce court poëme de
630 vers octosyllabiques, et le rapproche des autres légendes ana-
losjues qui ont eu cours à différentes époques et dans différents
pays. — P. 199, F. d'Ovidio, Délie Voci italianeche raddoppiano
una consonante prima délia vocale accentata. — P. 212, Gosquin,
Contes populaires lorrains, recueillis dans un village en Barrois, à
Montiers sur-Saulx (Meuse) . Suite d'une étude comparative très-
soignée. Cette partie contient les contes suivants : le Prince et son
cheval, les Trocs de Jean-Baptiste, le Fils du Diable, les Dons des trois
animaux, la Fille du meunier, TŒseau de venté, le Pou et la Puce (ce
dernier en patois lorrain). — P. 247, Mélanges: 1° les noms propres
latins en ittus, itta, et les diminutifs romans en ett (J. Cornu);
2° tanit = tenehat dans les Serments (J . Cornu) . M.C . revient incidem-
dra que je luy rende comte de vous autres, et m'appellera, Curé de Pierre-
bufûère, qu'as tu faict de tes brebis ? Et moy mot. Or dict-il ceci par trois
foiS; se cachant en la chaire chasque fois qu'il disoit Et moy mot. Mais
puis il leva la teste, et viat a dire : Je sçay bien que je lui respondray,
Bestes vous me les avez baillées, bestes je les vous ren. Vray est que cec,
ne peut avoir telle grâce ainsi traduit, qu'il a en sa propre langue, a sça-
voir estant couché en nayfs atticismes limosins: et pourtant je me suis
faict bailler par un du lieu Toriginal, qui est tel, Quan se vendre lou jour
deu jugamen, Dieu me demandero que you li rende comte de vou autre :
et me apelaro, Chapelo de Peyrobufieyro, en quai eytat son ta olia? Et
you ny mot. Et eu m' apelaro enquero, et dire, Chapelo de Peyrebufieyroi
en quai eytat soi ta olla? Et you ny mot. Et enquero eu me dire, Chapelo
de Peyrebuûeyro, en quai eytat son ta olia? Jusque a tre viage. Et you
li reypondray, Seigne, beytia la m'a beylada, et beytia la te rendi. »
Ce curieux texte, qui remonte à plus de trois cents ans, nous fournit la
preuve que le parler du haut Limousin a à peine varié depuis lors. Un de
ses caractères essentiels, Thorreur de Vs ûnale, même devant les voyelles,
y est déjà bien marqué ( ta olia, vou autre, etc. ). On y remarquera en-
core es devenu ei [eytat) ^ mais seulement dans le corps des mots ; en fi-
nale, ce groupe laisse simplement tomber V s ( ire viage au lieu de trei
viagei, qu'on dit aujourd'hui) . Relativement à l'orthographe, il faut noter
l'a simple maintenu par tradition au lieu de ou, surtout devant n ( son,
reypondray, aussi olia), ce qui a duré jusque vers 1650 au moins ( cf.
Revue, XII, 196), et l'emploi de g pour j (jugamen), abus fort ancien et
dont les exemples sont encore assez fréquents dans les actes limousins de
ta même époque ou un peu antérieurs, publiés par Ley marie et Buben*
50 PERIODIQUES
ment sur dist des Serments, qu'il lit difl. J'ai déjà eu occasion de
faire observer que le groupe latin /lî ne devait pas être connu des
copistes de ce temps-là, puisqu'ils lui substituaient pt. Du reste,
M. G. semble reconnaître, tout le premier, que cette combinaison
ne se rencontre pas ailleurs. Quant au rapprochement que M. C.
fait entre tanil et tenebat, il ne me paraît pas fondé. Tenebat aurait
produit alors tanie ou tanee, ou encore peut-être taniety taneet; mais
il est inadmissible que Va atone ait pu disparaître aussi complète-
ment à cette époque, jja forme sit, qu'il cite à l'appui, ne prouve,
rien ; c'est le latin tout pur tombé saijs changement, dans un texte
en langue vulgaire, comme nostro, nunquam et damno, La terminai-
son if de tomï peut n'être qu'une épave de l'orthographe mérovin-
gienne, qui substituait très-volontiers ce groupe à et J'avais déjà
rapproché tan de cet autre tan qu'on retrouve dans l'italien in-
contanenle (Revue des l. rom., 1876, p. 18). Dans ce même article,
j'ai proposé de lostanit, rappr oché de losHng (Saint Léger), une
explication qui diffère de celle qu'en a donnée Diez. 3o Spigolature
provensali (Pio Rajna). A signaler l'article excellent dans lequel
M. P. R. réfute l'opinion reçue jusqu'ici, relativement à la pré-
tendue abbaye defllles publiques fondée à Niort par Guillaume IX,
comte do Poitiers. 4° Déclinaison de l'article maintenue jusqu'à ce
our dans le Valai8](3, Cornu). Constatation très-curieuse d'une
très^ancienne habitude, qui ne semble pas avoir laissé de trace
ailleurs, 5o Français R pour D (L. Havet). 6° Unnuovo codice di
chansons do Geste del ciclo di Guglielmo (P. RajnaJ. 7o Du Passage
d'i^ Zi\ H et d'R kSZÇX, Thomas). Utile complément des ar-
ticlos do M. P. Meyer sur les mêmes matières. 8° Termes de
^^êi'he i Jarret, houguière (J. Bauquier). 9° Une ballade hippique (G.
P.), — P. Comptes rendus : Hermanus Hagenus, Carmina medii œvi
miumam partem inedita (L. Havet). Article soigné et intéressant.
\V A, h. Hardou, le Martyre de sainte Agnès (P. M.) Défavorable.
^^» Adolf Mus8alia,7^îe Catalanische metrische Version der sieben Wei-
*i»H Mmtt*r (G. P.)- Favorable. 4» Ernest Sabatier, la Reine Esther,
Ira^Hllo provongale (P. M.). ô^G. Fiechia, Intomo ad una peculia-
iHt\\ di li^monr rerbalein alcuni dialetti lombardi (G. P.). — P. 303,
/VWiM/iV/wt»*»..— P. 310, Chronique,
A. B.
Romanla, 23. — P. 321, L. Havet, îa Prononciation de lE en
h\^H\Hti9, — 1*. 328, A. Wôber, la Vie de saint Jean Bouche-d'Or,
IViUuo pioux (io 870 vers èctosyllabiques, par Renaut, extrait du
hiH. U. L. IV. 283, fol' 78, vo (Bibl. de l'Arsenal). L'auteur pré-
i»Mul ttvoir prîK son sujet dans la « Vita patrum ». Mais M. Webej
PÉRIODIQUET 51
ne se fie guère à cette assertion. L'éditeur s'est à peu près borné à
la reproduction du texte, qu'il a corrigé en plusieurs endroits, en
ayant soin d*indiquer en note la leçon du ms., chaque fois qu'il l'a
changée. Voici les remarques que j'ai faites en le hsant. Pourquoi,
V. 9, laisser arme ^ anima et rimant avec ^ame, lorsque ailleurs,
par exemple au v. 52, Téditeur écrit ame, V. 67, ne faut-il pas lire
sainteé = sancUtatem, en élidant e do que devant il? V. 73, il n'est
pas absolument nécessaire de changer est en ert, puisque le vers
précédent contient un verbe au présent ; cf. le v. 347. Au v. 154,
je changerais l'invraisemblable ptewwen^ en piteusement, et rétabli-
rais le vers tout entier d'après le v. 783: Si li dist moult piteusement,
V. 340, aoroient vaut mieux que aorerent, V. 390, je lirais Por en-
trer en haute bataille, et je mettrais un point à la fin- de ce vers.
V. 438, contradictoire, pour la correction de que en qui,'d\ec\Q
V. 491, où l'éditeur n'a rien changé à la leçon du ms. — P. 341,
P. Meyer, Traités catalans de grammaire et de poétique. M. P. M.,
utilisant le ms. étudié par M. Milà y Fontanals (Eevista de Ar-
chivos, Bibliotecas y Museos, 1876), publie une nouvelle leçon des
Reglas de trobar de Raimon Vidal, qui, bien que souvent incorrecte
et incomplète, servira à la constitution définitive de ce texte im-
portant.— P. 359, Pio Rajna^ Novella boccaccesca del Saladino . —
P. 369, J. Cornu, Phonologie du Bagnard, Travail très-soigné»
P. 375, borateyre doit avoir la même origine que bluter, blutoir. Ca*
tyeyre'ne présuppose-t-il pas un b. -latin *captaria, analogue pour
le sens kcapsarium ^ garde-robe ? P. 378, * lacticelluin ne corres-
pond guère à ahle. Peut-être vaut-il mieux supposer *Za€^iMm.
P. 402, quelques négligences «seau à porter à manger aux cochons»,
« s devant les voyelles s'endurcit en x. » Ibid. faute d'impression;
K seyto, faucheur «, i^our xey ta. — P. 428, V. Smith, la Romance de
Clotilde. Ce sont trois variantes delà chanson dite de Glotilde, en
, patois lozérien, publiée pour la première fois par M. Cayx, de Mar-
véjols. M . Smith prouve que le vrai titre de cette chanson n'a rien
à voir avec Clotilde, fille de Clovis et femme d'Amalaric. — P. 432,
Mélanges. !<> Colubra en roman ( L. Havet). 2° Soucy, solside, somsir
(G. P. ). Je verrais dans soucy, solside, des dérivés de *8oliscidium
(préférable k solicidium, donné par M. P. Meyer), déchirure du sol.
Je séparerais de ce groupe sumsir, somsir, somsitz,. que je ratta-
cherais à sumere par l'intermédiaire du supposable *sumescere,
*8ume8cire. Sorpsir, que cite M. G. P., se laisse ramener sans diffi-
culté à sorbere par sorbescere, *sorbescire. Sorpsus, ou plutôt le supin
sorptum, n'aurait pu former qu'un verbe de la première conjugai-
son. Zo La Ville de Pui dans Mainet (G. A.). 4^* Ti, signe d'interro-
gation (G. P.). 5* Ti interrogatlf en provençal m,odeme [C Chabaneau).
5^ PERIODIQTîKS
M. G. P. et M. C. donnent chacun une explication différente du
même phénomène. Celle du second me paraît plus vraisemblable.
Dans tous les cas, il n'est guère admissible que les dialectes méri-
dionaux aient emprunté l'emploi de cette particule au français,
comme on le dit en note ( p. 442), puisque ces mêmes dialiectes
du Midi sont jusqu'à présent les seuls qui donnent des exemples
anciens de cette particularité. Voir, notamment, le vers de Flamenca
cité par M. G. 60 Da Traitement des labiales P, B, V, F, dans le rou^
main populaire {X, Lambrior). 7o Métathèse de TS en ST, etdeDZ
en ZD ( J . Gornq ). J'avais indiqué le môme rapprochement dans
mon compte rendu de \diIiomania (Eei^ue des langues romanes, 2* sé-
rie, t. III, p. 138 ). 8® Un extrait du Roman de la Rose ( P. M. ). —
P, 450, Coirections sur le Donat proensal (B.-J. Buuquier). Bon
article. 10-11. Il faut lire lœvis, lisse. — P. 454, Comptes rendus ,
1» Histoire de la langue et de la littérature française au rrvoyen âge, par
Gh. Aubertin, recteur de l'Académie de Poitiers (G. P.). Article
favorable, avec certaines réserves. 2° Etude historique et littéraire
sur l'ouvrage latin intitulé Vie de saint Guillaume, par Gh. Révillout
(G. P.). Très-favorable. —P. 472, Périodiques. —P. 479, Chro-
nique. A. B.
Archivio glottolog^co italiano. vol. IV, puntata seconda. —
G. Morosi, Il Vocalismo del dialetto leccese. L'auteur a étudié sur place
le dialecte dont il parle. — P. 145, F. d'Ovidio, Fmietica del dialetto di
Campohasso, Travail analogue au précédent, et composé d'après les
mêmes principes de précision rigoureuse et de classement métho-
dique.— P. 185, Vincenzo Joppi, Testi inediti frhdani dei secoli XIV
al XIX. Utile recueil précédé d'une courte notice historique sur le
dialecte frioulan. A. B.
Le gérant responsable : Ernest îÎam lin
Montpellier, Imp. centrale du Midi.— Hamelin frères.
DIALECTES ANCIENS
lAAA/V^
POÈTES LYRIQUES CATALANS
En 1868, nous avons fait de longs extraits de quatre re-
cueils de poëtes catalans, que Ton pourrait, en souvenir des
deux Bavants qui en ont été les derniers possesseurs, nommer
Chansonniers Vega-AguilôK Ajournant d'autres projets ad hac-
iendas grœcas, nous nous servons aujourd'hui de ces extraits
pour le petit travail suivant, qui comprend un index généraP
et une collection de pièces inédites. Dans le texte de ces
pièces, nous hasardons des rectifications souvent plus que
douteuses ; mais, dans les notes, nous donnons les passages
correspondants tels que les porte notre copie.
GhfiiisoDnier A
— fccLi, v®Torna&a. En lieys seruir.
ccm, V® Tornada. Prix unolar (ni uoler?), engeny, seny ni
scienca.
ccLin. . . Finit une autre chanson.
ccLim... Los angells... Los apostols... Los martris...
Les vergens.
CCLV, V** Si m'auets toit amor del tôt la pensa.
ccLvii Amarch penser m'a venguts sobtament.
ccLin Joy (?) ne sogorn.
< Voyez la Codolada, etc., pag. 39. Ces chansonniers appartiennent
tous au XV*" siècle ; mais nous croyons A et B antérieurs par le fond,
G et D (plus semblables à ceux de Paris et de Saragosse) postérieurs
à l'année 1450.
2 Nous signalons par ->,au commencement des lignes, les interruptions
provenant de feuilles coupées, perdues ou en tout ou en partie non écrites,
et par ... les passages où l'écriture est effacée ou peu lisible. Nous
notons la numération (romaine ou arabe), quand il y en a dans le ms.
5
54 DIALSGTES ANCIENS
ccLin, v° Eu saj un prat bon ha fulhas e flors.
ccLx Resposta de Johan d'Oliuella. . . Autre réponse,
ccLX Altre. Jach. Bonet. Resposta primera de Mossen Sant
Dainis (?). Autre réponse. Feuille coupée qui peut-être avait été
la dernière du ms.
— ... 2* strophe. Mas quant mos prechs no vol auzir.
XXI En mi donch (dons ?) vey bondat e cortesia .
XXI, v°. . . 2® str. E quant vas autre no crey
Proxita. . . 2® str. Quaj (Guaj?) sim mostra brau aquelh
Sparsa.'Be volgr' esser tan beneuenturos
P. Dels parladors vulh per tôt temps mal dir
P. Si lo mon perre (!) deuia
P. Si per sentir de cor e de voler.
Autre pièce. . . Per gran pena
P. Sparsa. Puys he d'amor co qu'auer ne solia
P. Dels aymadors so li pus cossiros.
P. Dona del mon nos pens que per amors.
Madré por no me dar nada. Pièce castillane; écrit, plus mo-
derne.
Cobles de la ballesta. Vna ballesta fas fer.
Guillem de Cabestang. Lo dois cossire.
Fragment d'une autre pièce.
Esparça. Mant homens son en est mon quez stan.
Partimens Amich nArnaut cent domnes de peratge [Lo
Coms de Proensa].
Atressim pren. . . 2® etc. Souen me fay (!) [li] mey ulh men-
songer.
Amor e com es de me [Cadenet].
Aici com sel quiz aim'e no's amat [A. de Maroill],
Mossen P. March. Al punt c'om naix.
M. P. M. [Jom merauell],
M. P. M. Dona val tan com de far mal s'esta.
M. P. M. Donam platz ben arreada.
Siruentesch de P. M. Tots grans senyors.
Enigmes. Y. Revue des langues romanes, 2e se, III, 5.
C. . .fan . . . , 2® str. Ab tal voler fes amor autreyar.
Per. . . 2® str. Mas com nom par puscats fer falhiment.
Si tôt me suy [F. de Marselha].
POETES LYRIQUES CATALANS 55
Tres« . . Tornada A la valent comtesa de Proensa.
«
Axi com. « . 2® str. Si ool signes que no canta ni crida.
Autra. Ben fayts pernen (!) amor que pauch vos costi.
Autra. Axi cant. . . Tornada Als set senjors trameti mon
oomplanj.
Autra. ^ com per dol fenix quant es aritich.
Autra. Ab joj mou lo vers al comens [B. de Ventadom].
A Dieu coman vostra valor e vos.
f . Ixxi. La Rejna de Mallorques.
Ixxi, Y^ Ja no es hom tan prous ni tan presan.
Ixxni. Eras diray ço queus dey dir.
Ixxv. Arnaut Daniel. Lo ferm voler que dins el cor me
iiitra.
Ixxvn. Bernart de Ventadorn. Amors e que m'es vijaire.
Ixxix. Guillem de Sant Leidier. Dompna yeu vos soy mes-
satgiers.
Ixxx. Amor com faitz amar tan aut.
Ixxxi. Andreu Fabrer. Sobrel pus naut alament de tots
quatre.
Ixxxii. A. F. Ja perdi vos mon cor e mon talan.
Ixxxiii. Autra. Lo tal (fol?) dezir qu'amor me fai intrar.
Endressa : Na Beatriu .
Ixxxv. A. F. Elas amors tan pauc vos cal de me.
Ixxxvi. A. F. Del cor pregon mi parton li sospir.
Ixxxvu. A. F. Domna lo jorn que me perti de vos.
Ixxxin. A. F. Si'n lo mon fos gentilesa perduda.
Ixxxix. Serventes fet per A. F. per lo passatge de Bar-
beria .
xc. A. F. Pus que stors suy del lach de la mar fonda.
CI (sic). A. F. Combas e valhs, puys, montanhas e cols.
cil. A. F. Balada. Ay cors auar sias rich de merce.
cm. A. F. Del cor me cuidave lexar.
ciiii vo A. F. Aram plats be com Tafan el martire.
A. F. Amors qui tost fer quant li play.
— Dança e scordit (scondit) 1" couplet. Lo jorn qu'ieu
vi vostra cor gay .
Cobles. No m'azaut d'om (Mossen Jordi ).
Ya donal mon nom fara del blanch groch.
56 DIALECTES ANCIENS
. . . E per pasor. Voir plus bas Pus vey.
. . . 2*str. Essen per los fins amans. Tornada. Tal senyor ai.
... 2® str. Aylas quant cuidave sauber.
... 2® str. Li auzelets vey que per semblant festa.
Lamia(?) No me le digais mal. Pièce castillane ; écriture plus
moderne.
Riambau de Vaqueiras. Bona domnaun conseil vos deman
R. de V. S [ieu] ai perdut mon sauber.
R. de V. Ar pren comiatper tostemps de xantar.
cxxvii. . . del Velhat. En breu veirem unafragor (?) abatre.
Li fait de Dieu son scur.
Nuls hom no val ni deu esser presats.
Gxxxiv. De pena'n mal e de mal enimartire. Tornada. Na
sobreprets [Serueri?]
Com sia just que per gran mantenensa. Commentaire mar-
ginal.
Cercats duy may jan siats bella e pros [Lo Mercader mal-
lorqui].
Cel qui s'irais ni guerreg'ab amor [A. de Peguillan].
— CLV. . . Tornada. Mos gays désirs la vostra senyoria.
Luis Icart e Rejadell. [Tenso] 2® str. Mon crusells plany. -
. . . Dona presan on gran valor s'alberga.
Consolacio ô avis d'amor. Malaut e greujats
Autra. Icart Eras quan vey dels brots [caure] la flor Tor-
nada Castells d^onor.
L. L. Deux sparses.
Johan... 2® str. Dons elhas fan de lur cor lur ministre
Sparça.
Canso, Bacet. Una canso novellavuU xantar.
B. Temps ha que gran malaltia.
Coble del cor. Creure podets senyora valerosa.
0 vida mia oygats. Quelques lignes en prose.
Senyora valen.
Sparsa.
Dança de Nostra Dona. Ab letras d'aur per mesura.
Mayres de Deu valerosa princesa.
Astres nos fuig (?) pus tan sabers se planta
Cobla sparsa diminutiva. Autre sparsa.
POETES LYRIQUES CATALANS 57
Bacet. Dir me conve si bem tinch Tengeny flach
Plant fet per la mort del Reuerent Cardinal de Tholosa fet
per fra B. Terribles crits agrès provocataris.
Dansa. B . . . Tornada. Bella ses frau gloriosa.
Un drach fe[r]au8 va pel mon tôt correns. Endressa.
Al naut prélat Bisbe de Barchinona.
Letoari que fra B. ha fet per Garau de Massanet. Coraus
amiehs.
Amar, seruir, honran, presan e tembre.
. . .2* couplet. Eras perdenmon repaire. Tornada. Bella ses
frau. Parle, comme existant, du schisme d'Occident,
m
B. Yeu vos requir.
Pus auets bontats despesa
— Liyaltats .... nda. 2* str. Li auzelet vey que per sem-
blant festa
Sparsa Ja donal mon.
Car vey en Peroney (?)
Autre. Atressi com Tolifant [R. de Barbezill]. Tornada. Tal
senyor ai.
Si nay perdut mon sauber.
Amoros joy. Tornada. Corals blanchs dins vostr'agnella.
- Senyen Bernats dues puncelles say, Jacme. Respon vos
donchs puisque ve'l temps dé mai. Bernats. Mos jutges pros en
aquest partimen. Jacme. MossenRamonque bon entendemen.
Sentensa donada per los jutges ço es per los vu mantenedors
de Tholosa lo jorn de Santa Creu de may ab la quai fou con-
demnat Bernât.
E quant m'es greu quant no remire.
Disputa dels hulhs ab lo cor e parla primer lo cor.
Totes ensemps no valen tan com una.
Un xipellet de vu fiors enramat.
Eres quant vey los arbres gen florir.
Tôt lo voler.
Puigs ( Puiys ? ) per amors fos près e mantenguts.
En amors es gaug e tôt alegriers.
Trasfort(?).Jovencel qui no a'ymia.
Père Trasfort. Ab fletxes d'aur untas d'erba amorosa.
L'estat d'onor e d'amor fet per Mosen Jordi. No pot ren dir
58 DIALECTES ANCIENS
ni far. Honor, Amor, etc. Tornada. Reina d'honor excellent
Margarita .
Domna tôt jorn vos vaypregan.
Chansonnier B
[ Eu ] me cuydey que nom pogues .
Qu'amor val ( Qui amor vol ? ) gen retenir. Tornada. Reina
d'onor.
Eras quant vey arbres e brots florir.
Feuilles numérotés (qui avaient peut-être appartenu à un autre
chansonnier) depuis ccliv à ccclxxx (?) avec de considérables in-
terruptions. Francesch de la Yia. Senyorade valor, La Senyora.
Dixmossen sotsueguer, etc. Longue pièce en forme de procès.
Le poète est qualifié de sotsvaguer de Gerona.
Vers tractant de la salutacio angelical fet per en Gabriel
Ferruç ab lo quai guanya joya. Sancta dels sants excellent e
suprema.
Requesta d'amor tençonacta per en G. F. ab la quai guanya
a joya Reyna de prêts doctrina dels saubers.
G. F. Plus flach son que nulha stopa [ Dansa ].
G. F. Complant'fet per la mort de Rey en Ferrando (+ 1410)
en personade la Reyna.
Tenso moguda per en Gabriel Moger contra en G. F. stant
en Mallorques per les dones de la dita ciutat. Senyor Ferruç
vos qui tenits procura.
Tenso moguda per en G. F. an Garau de Massanet. Amich
Garau en cuy fis près sagensa. // propose de choisir « Bandos
ho playts e ses nulha valensa. d
Bernât Metge Seguiscal temps.
B. M. Jats queu sia.
Aci comença una Ventura la quai feu en Vicens Comes.
Aici comensa una requesta la cual trames un frare a una
monge .
Passio amoris studens Ouidium .
Aici comenca la faula den Torroella.
Amis mon cuer e tout a ma pensée. Suivent le titre Cen[t]
balades et plusieurs pièces françaises, la plus grande partie de
Granson, Parmi ces pièces se trouve le nom de Jach. Scriua(!).
POSTES LYRIQUES CATALANS ^
Dansa de Figueres (avec une autre écriture). Si mor sim
planch ne vaig ploros.
Clam de amor fer per F. Mort cujt las.
Lo bell guarda-cors que feu fraRamon de Cornet. Lo meu
car fill un noble garda-corps. Preambol; iS strophes.
Jaume Rouira en lahor de uirtuts. Qui vol al mon délits
prêts fama granda.
Seruentesch tôt uniçonant fer per en Père Cardenal. Si
tots temps vols viure valens e pros .
Prose ajoutée. Miracles de Notre-Dame.
Aci commensa la historia de Amich et Melis (Écriture du
XVI I^ siècle?) Une page.
Chansonnier G
P. March. lommeravell.
P . M . Al punt corn naix .
— Strophe d'une poésie incomplète. Tots los potents plens
d'ergull et de vent (De P. M . ?) .
— LoditMossen Johan Berenguer de Masdouelles . Merce
de mi hajes mon sol senjor .
Lo dit J. B de M. Dins un grau prat a totes parts e caire.
Poésie allégorique : elle parle xles se]^t\o^s mais (les sept péchés),.
Maldit fet per lo dit M. Pus dau raho a mi de mal perlar.
Altre maldit fet per lo dit M. Ara conech ço que no co-
nexia.
Lo dit M. Amich mostrau haver que us vulla be .
Lo dit M. Perquem digues que sens vostre voler.
Complants per depertiments. Un jorn mirant axi con far
solia .
Loament. Lo dit M. Certes a tots quamor es cosa pura.
Lo dit M . Si prest nom val la vostra gentilesa .
Lo dit M. Pus per amor he de morir.
Lo dit M. Ja que lo temps nos vuy tal com solia.
Lo dit M. Jo vull j am la pus bella ques mir.
Lo dit M . Ara pus son si forts enamorats .
Lo dit M. Unissonant. De vos amor no puch ningun be dir.
Lo dit M. Caualler Amor me te incessantment lunjat.
Lo dit M. Pus nom feu be ni fer nol me voleu.
Lo dit M. So que no vol ma disposicio.
60 DIALBCTE8 ANCIENS
Resposta fêta à la predita obra per Mosaen Marti Gralla.
Lo dit M. Resposta. Mossen Francesch lo nohible 'guillo.
Lo dit M. Despuis partim de la bona ciutat.
Lo dit M. Destret damor ab cujtat anament.
Lo dit M. Pusque sabi la vostra senyoria.
Lo dit M. Tant he sofPert que pus anant ( auant ! ) sofferre
Lo dit M. Si James puch del tôt aconseguir.
Lo dit mossen M. Quant me sove d'aquell jorn que parti.
— P. March Be sabem tots.
Mossen Jacme March. Cobles de fortuna. Quant heu cus-
sir.
Blaj Cesolles (Ceselles). Dona gentil e dexellent natura.
Mossen. Jordi de Sant Jordi. En mal poders. •
Les annuigs de Mossen Jordi.
Mossen P. Dez Puig caualler. Pus que bontats.
Mossen Auzias March. Molt he tardât.
Pastrana. Ara mon cor me coue descubrir. Tenson entre lo
cor et lo cors,
Tresfort notari Gran carrech han huy tuyt lom de peratge .
Père Johan de Masdouelles. Dona donor qui viure vol ho-
nesta.
Cobla segons la qualitat d'un fat gros qui pensa molt saber
lo quai no vuU dir, fêta per lo dit Père.
Johan. Tôt ignorant se pense molt saber.
Cobla sparsa fêta per un home d'onor qui ha perduda la
vergonya fêta per lo dit P. J. L'ome d'onor qui tronqua la pe-
raula.
Maldit fet per lo dit P. J. Temps es estât quen anaueu
pescar.
Altre maldit fet per en P. Johan en la setmana santa Liu-
radeus sou a mi no per amor.
Johan Fogassot. Si be non sent enves lo foch d'amor.
^Tornada d'une autre pièce. No se quius sou ni quius
vuUau .
Resposta den Guillem Tinter (?).Per lo just do que demanau.
Tornada. Fra Vilagut.
Guardia. Monsenyer meu per conseguir ( Dansa) Tornada.
Bon caualler no sia smair.
Johan Fogassot* Fins aci me 'beu mostrada.
POBTES LTRIQUBS CATALANS ô1
Senjora pus pietat •
Lo conort de Fràncesch Ferrer*
«
De gran dolor cruzel ab mortal pena.
Lay de Père Torroella. Qui podra veurem(sic) en pobre stat.
Luis de Vilarasa. Les V balades.
P. Torroela. Si voleu, enamorats.
Luis de Villarasa obra unissonant. Quant yo no (!) pens que
ja no puch entendre.
Père Torroella ma fêta. Enamorats los qui per ben amar .
Mossen Jordi caualler no sia smair (I) Enyorament ennuig
dol et dezir.
Gomiat de M. J. Souint sospir domna per vos de luny.
M. J. caualler. Dauer lo nom e lo dret tall daymia.
M. J. caualler. Ara hoyats.
Mossen P. de Queralt caualler. Ses pus tardarmen e de vos
partir
Vilarasa. Lennuig es meu e vostrel dan.
Mossen Auzias March. Deux pièces connues .
Rambautde Vaqueiras. Bona dompnaun conseil vos deman.
Mossen Jordi de Sent Jordi. Tots jorns aprench.
Ramon de Cardona preuera. Lo vostre sguart ences Fau-
trir granflama.
R. de C. Amant amor d'amor suy ben amats.
Deseximent e comiat fet per Blay Seselles. Per a tots temps
hay cremat Tincensary.
Pau de Belliure. Domna gentil vos m'encolpats a tort.
Lo setje d'amorfetper mossen Jordi.
Coble equivocada fêta per mossen Jacme March a mossen
Père March. Resposta fêta per m. P. M. à m. J. M.
Mossen Jordi. Un cors gentil .
M. J. Désert d'amichs.
Mossen Bernât Serra. Pus soy destrets.
Chansonnier D
f. 25 Perello (nom ajouté en écriture moderne)... perque
dells veritat podeu creure.
26. . . [p] assat yo viu Guillem de Capestany. Fragment de
la Gloria de Amor de Rocaberti.
26 v* Macies Pus veho que mi dolor {pièce castillane).
62 DIALECTES ANCIENS
35 (?) Obra fêta per mossen Auzias. March coj^onada.
Es requesta de amor de Madame sans Merci (en écriture
plus moderne). No ha gran temps caualquant io pensaua[r7*ad.
(TA . Chartres, par Oliver),
37 Vq Auzias March. Quelques pièces connues .
45 Mossen Jaume March. [D]os sou los alts segons lo meu
parer.
46 Auzias March.
54 Mossen] Jachme^March. Un sobres pler mes vengut per
lo veure.
55 Auzias March
93 (?) Complanta. Délit nom ve per me dir gran tristura.
Sparça de P.Torroella. Per très migans son poder abilita.
Complanta de la mort. 93 v®. Ho (?) [mon] car fill continuu
per tu mor.
94 Lahors de P. Torroella. Callen aquells abzegats per
amor.
95 yo Figueres. Lahors de sa senyora. Enteniment saber ne
sente nsia (? lisez fentesia).
96 Vo Obra de Figueres ab la sua oracio
97 Maldit en cobles de Masdouelles. Pus dau raho a mi
de mal perlar. — Suit Masdouelles.
Débat de mossen Masdouelles ab amor. Parla primer lo dit
M. 13 répliques avec leurs tornades.
133 Canço damor tençonada fêta per Arnau -March.
134 Mossen Bernât Serra. Pus so destret nom tengats a
follia.
134 VpJMossen Jordi. Désert damichs. . .
135 vo M. J. Un cors genill. . .
136 vo [L] ennuig es meu e vostrel dan.
138 Obra fêta per Ffranci Guerau perlahor de la nobladona
Leonor de Cardona. Quim pora [dir] donzella virtuosa.
138 yo Altra fêta per lo dit Ffranci Guerau. Si col malalt
quant la febrel combat.
139 Sparça com lo questa sentenciat a mort.
139 vo Altra obra fêta per lo dit Ffranci Guerau. Un gua-
rant (sic) enuig.
POBTBS LTRIQUB8 CATALÂ19S 63
140 Gomiiâ^ demossen Jordi.
140 voCobla èquivocada fêta permossen Jachme March, etc.
141 \ltra sparsa fêta per fra Vilagut. Certes dich pus que
la millor.
Aiu^res sparses de mossen Corella, Luis de Requesens, Franci
Gruerau .
144 Mossen Jordi. Aiustat vey.
Mossen P. de Queralt caualler. Sens vos {lisez pus) tardar
me ve de vos partir.
145 Mossen Jordi de Sent Jordi. Tots jorns aprench. .
146 Desaximent e comiat d'amor fet per Blay Seselles.
146 v® Pau de Belluire. Dompna gentil vos m'inculpats a
tort.
147 En Guillem de Bergueda an Père de Gauseran. En Gau-
seran gardats cal es lo pes. Respos den Père de Guauseran.
Sener Guillem lo pes que dit maues. Cette pièce a été ajoutée,
147 vo Lay de Père Torroella.
152 Vo Lay de Marti Garcia.
153 V® Obra figurativa ab rims estram's en y lahor del Rej
fêta per Dionis Guiot, notari de Valencia. Reys magnifichs
trop me per causa folla.
154 V® Mossen P. March. Quant eu cussir ?
157 V** Blay Cassolles (sans doute Cesselles;. Obra encade
nada, corrigé, cruada Dona gentil e d'accellent natura.
158 Altre obra fêta per mossen Jordi de sant (?) [Jordi] Uni-
çonant aperiada la meytat En mal podiers .
158 VO Mossen, P. des Puig caualler seruentesch. Pus que
bondats .
159 Débat del cor ab lo cors encadenat e unissonant fet per
en Pastrana.
160 Trasfort notari unissonant croada. [G]ran correg han.
161 Johan Roquafort solta e croada. [EJnamorat no fou
mes de 1 solda .
161 Depertiment fet per soit et encadenat. Tots mos desigs
e pensa tan joyosa.
162 Luis de Vilarasa. Les V balades.
164 Gabriel Ferruig requesta damor ab rims crohats e
encadenats ab ampelt e bioch tôt soit e capfinit, Reyna de
64 DIALECTES ANCIENS
prêts doctrina dels sabens. Resposta de la enamorada. Repli-
cacio del enamorat. Replicacio. Tornada. Resposta.
164 v° Johan Fogassot notari en lahor de la venguda del
Rej solta ab rims crohats e un perdut. Rey virtuos.
166 Valmanya.
166 vo p. Torroella. No m'aiut Deu.
167 P. T. No sent ne veig. . . .
167 v® Ara pots fer amors tes voluntats.
168 vo No so partit e partint me partia.
Francesch Ferrer. Qui be serueix lexan que grat ne ten.
169 yo F. F. [D] e fi en fi uos am tan finament.
. . . 193 Altra obra so es maldit fet per en Simon Pastor. Per
diuulgar lapractica maluada.
193 V** Anthoni Valmanya obra intitulado Sort, etc. ?
206 V® Altra obra fêta per lo dit V. per una senjora que
repta son enamorat de desconexensa. [Q]uala vuj es que per
amor lenguesca.
208 Altra obra apellat escondit ab la quai obra Fenamorat
demunt dit se escu^a de la colpa falsament imposada per sa
'namorada. Quai es aquell ennemis (?) qu'a bastat. Unisonant
et maridat compas.
209 V® Altra scondit fet per lo dit V. scusantse e desan-
colpantse de una colpa falçament imposada. Novellament
he sentida Tempresa. Dans la marge. Fou espandida la pré-
sent escusacio diumenge a ti de maig any m cccc lviu pér mi
A . V . en lo cor de Valldoncella bon se ténia consistori de la
canco (tanço ?) del sastre e del argenter quai offîci merexia mes
honre[s].
211 V. Junt es lo temps fer de ma dolor crida.
1. — GuiLLBM DE BeRGADAN AN PeRE GaUSBRAN
En Qauseran, gardats quai es lo pes
Que porti eu ses poderlo tocar ;
Pousar nom play, vuU e no pusch portar,
E sil me luny ser[t] say que mes me pes.
Lop es nomnat, lop es e lop no es ;
Mas so quel fech clapat de nègre e blanch
POB TBS LYRIQUES CATALANS 65
Desigs^en mays qui est fait' de carn e sanch
Qu'eu desiguantz pendre fuy primer pes.
Respos d'en Pare de Ganseran
Sener Guillem, lo pes que dit m'aves
Gint portaray, sil pusch ferm abras[s]ar,
I enquer'grieu mort me playra sufertar,
Pus deffallins sobre lo pes caigues.
Vos forets gay s'est lop Tanquam *^mordes,
leu si mon cor ab fort arrap m'arranch ;
Son beil clapat ha fayt catiu de franch
A uos assats y assats à mi de mes*.
2. — Tenso*
(Senyer en Peyres)
Car vey en Peyronet * ploran
Venir ab n* Arnau tritxador,
De tots mos amichs ay pasor
E demandels ab regart gran : ,
Diatz, amich, e com estan
Mes payres ' el Rey mon senhor ® f
Sius han fait onta ne dan.
Ni hauets trobat robadors *,
Diatz ho, car vengar vos han
Mant homs *° que sia de valors ;
E tornatz vostra ** plor en xant,
E parlem d'armes e d'amors.
^ Ms. se deig*t ^ ^ Ms, fonch — » Jlff. lenquam. — * Cette énigme
n*apas le sens aussi mauvais que le pouvait faire croire le nom de Ber-
gadan; il s'agit, à ce qu*U.paraitt de célébrer une dame appelée Lop
[on se souvient de la fameuse Loba de Penaultier) et ayant une tache
(clapat) de ceUes qu'on attribué à un désir (desig) de femme enceinte.
- 5 Le Chansonnier A contient deux transcriptions de cette pièce. Lapre^
mière [A] a perdu les deux premiers vers et conserve seulemeru. . . e per
pasor Ë demandels.. . des deux suivants. Nous donnons la seconde dans le
texte- — 6 Peyroney (pour Peyronell,)*?— ^ A. parens. —^ A. senyors.
ToviJtes ces finales en or devraient être sans s.— ^A, raubadors.— *o^. hom.
— ** -4 vostre.
m
66 DIALECTES ANCIENS
(Peyronet)
Major pasar agues entan^
C'om vis fugir en mil sols d'or%
Can ' la bandera de color
D'Anglesola vos vis denan;
Senj' en Peyres, pats ab ajfan
Pusch* dira bon entendor^.
D'Anglesola trasques entan
Senyor li vostra posador
A despit ez a desonor ®,
Ë no li hauetz fait deman;
Perqu' yeu hich ' suy vengutz ploran
Ez ab mi n' Arnau tritxador.
3. — Là Retna de Mallorques *
Ez yeu am tal que 's bo e belh,
E suy gaya col blanch auzelh '
Que per amor cria son chant,
E suy senyora e capdelh.
Eu vueylh qu'en am[or] (?) nos n'apelh,
Car sus totes suy mils aman,
Que chausit ay lo pus presan
Et mils del mon, e Tame tant
Quez en pensan lo cuey veser
E car tenir ;
E cant no 's ver
Un desesper me fer ten gran *°,
Cant lo say lay ves Ffrança.
L'anyorament el gran désir
Qu'ieu ai per vos, me cuid' alcir.
^ A. Maior pasor agaes l'altr* an.— 2 ^, ves fugir ab mil sous d'or {lisez
milsoldor). — ^ À cand.— * A. Pux. — ^ A. cntendador. — ^ À. e a d. —
' A. hic— 8 Nous croyons qu'on peut lire avec sûreté Reyna et non pas
Ffemnaou Domna.et que cette reine-poète fut Constance, fille d'Alphonse IV
d'Aragon, laquelle se maria en 1325 avec Jacques II de Mayorque.—
9 Ms. solelh — »o if*, gen.
POOI^ÏS LYRIQUES CATALA^^S 6^
Mon dois senyor e car,
E ben Uey poray tost morir
Per vos qu'ieu am tan e dezir,
Si breu deçay nous vey tornar,
Que tant me tarda Pabressar
El raysonar
E tota res ;
E quant me pens queus n'ets anats
E no tornats,
E quan lunyats vos etz,
Desesperatz caix viu mon cor;
Per pauc no mor,
Si breu no n'ay guirença.
Tornada
Mer ce, mairits, que sufren pas
Los mais quem dats e donchs tornats,
Que nulh trésor
No val un cor
Que per vos mor
Ab amorosa pensa.
4. — Danca de Nostra Don
Bacet*
Ab letras d'aur per mesura
Seruiray lausors notables
De vos, humils verges pura,
Mayres de Dieu redutables '^
Fflors mot belha d'auta planta,
Vegats quem' fay vostra forma :
Can myr luy elha diforma (!)
Mos grieus mais e ma complanta;
E per santedat queus mura
De virtuts incep arables
Trespessats tota natura,
Mayres de Dieu redutables.
Peyra fina preciosa,
^ Ce poète était presque inconnu ; c'est pourquoi nous donnons cette
pièce, qui n'est pas des meilleures en son genre, -'^ Ms. redubtables. —
3 Ms qnom .
68 DIALB0TB8 ANCIENS
Despuys que Dieu fech lo segle,
Van per dret compas e règle
Le trobador, Virtuosa,
Lausans tug vostra figura
Ab novelhs chants e agréables,
E de vos laus nols fretura,
Mayresde Dieu redutables.
Tots vostres laus quils por dire ?
Qu'autre mays Dieus nols diria,
Tants son e de tal valia,
Quel pus mendres sech remire
A sent Bernât, que'b* gran cura
Vos lausa d'innumerables,
E fech sagrad' escriptura,
Mayres de Dieu redutables.
Tomada
Belha ses frau, vestidura
Dels paubres nuts misérables,
DesUiurats nos de tristura,
Mayres de Dieu redutables.
Endressa
Cauelheresa d'altura
De rendiment (?) onorable
Madona Costabeura (??)
Legits los prédits vocables,
5. — Pau de Belluiure^ [Chans, C)
Dompa gentil, vos m'enculpats à tort :
Si^ m'aiut Deus sotsne mal informada.
Car per Tristany no fon sa don'amada
1 Que'b ou qu'eb pour qu'ab. On trouve souvent dss cas semblables
- On connaissait un seul couplet, souvent cité par une allusion au Vir-
gile magicien, de ce poète, qui, d'après Auzias March, per amar sa dona
lorna foll. La pièce qu'on va lire ne manque pas d* intérêt ; malheureuse-
ment nous avons oublié de noter les variantes du Chansonnier D,
3 Ms. Esi.
P0ETB8 LYRIQUES CATALANS 69
Mils ne tant ferm ne pus leyal ne fort,
Que n'es per mi la dona qu'es leyal,
Can yeu vey cert qu'en vol hu a cabal ;
Mas quant eu vey dos pardals en Tespiga
Reneg d'amor e dig vos que no liga.
Perque no preu lo valent d'una flga
Dona del mon ne val [p]oyrida* malla,
Qu'en l'uy d'altri veu patita palla,
Ez en lo seu no veu la grossa biga ;
Ans la preu menjs que fanch ne podrit fems
Ë vull la mal com marinier mal temps,
E crech que [a] Deu sia caus'anuyosa
Dompna vestir la pel de larabosa.
Nou hu dich per vos car say qu'ets valerosa,
Mas parle tan per les que fan malesa
Rompent l'estil de vera gentilesa,
Dans fel per mel e carn pudent per rosa ;
Les quai no vull amar, ans las desam,
Puiys fan ab art dos peys caur'en un am,
E simbell fan d'amor ab traydor loure^ ;
E no stan bells dos coltells en un foure.
La^ cruseltals de dompna que nom planya
Qu'ab un sguart tôt sol me pot ser metje,
E nou vol far, com si fos hun aretge
Contra la fe, de merce fora stranya.
Donchs perqueu fayts ? cuydats fer benefici
En dar Famor [a] hun sol vassall afflicte,
Qu'ieu contra* vos jamay no fi delicte
Perquem tingats en hoy hi en deffici.
De Dieu tôt cert e de gents haurets blasme,
C'aissim fassats morir en crusel signe;
E'squassejant me d*un sguart bénigne
Portât m'auets al derrer punt de spasme
^ Dans le ms.^ la première lettre de ce mot a été bifféç.
^ James Falcô no veach tant prest al ioure.. . Em feu simbell d'una
alcandora iinda, F. Lavia.
3 Jl9. A. — ^ Ms. coneix.
6
70 DIALECTES ANCIENS
Qui s'es, nis pus* Tenerbat colp profonde ;
E si merce ab vos breu nom recorre
Morray sobtos, pus vey la mort quim corre,
Mas sii^s volets quitim farets e monde.
Tornada
De vostre tort a vos mateix' en clam
Dienme fais qu'en diversos lochs am,
Ayci com mants qu'enveje los fa meure :
No menjen Tos nel volen lexar roure.
6. — MossEN Jaume March^
[D]os son los alts segons lo meu parer
Ab que amor fa sa perfeta obra,
E del hun sols alqun pora esser
Un poch temps près, ma sa libertat cobra ;
Que no stan ^ pus lo durar d'un cars tal
Sino en tant com se tardai partir,
Si sta be4 Pals don Taltr' ait deu venir,
Sens lo quai res noy ha perfet ni val .
Siy son abduy vos dich que ['s] cas mortal,
E tal que ans vos porieu morir
Que Ver remey, si s'en volgues jaquir
Amor axi sens [c]obrar pus j ornai ;
Per que nos pot fer sens una manera
Qu'ell ha de far una tal egualtat,
Quel loch don ve l'occasio primera
Haials dos alts e no sia scusat.
D'aquest dos alts lo primer [es lo fat (?)]
Qu'om ha tantost sol vehent la persona,
Jove gentil ab gest pie d'onestat
E molt de bons de[ls] que natura dona.
Aquest aytals mou del ulls e primer
De[u] dar al cor que altre mouiment,
i Ms, mis pos ?
* On cùimaU peu de poésies de oe célèbre chevalier^ auteur d*un Die-
tioQaire de rimes et l'un des fondateurs du Gonsistori del gaysaber de
Barcelone. — > Seau? — ^ /l parait que le sens exigé : Si no sta.
POBTeS LITRIQVRS GATALANS 71
Per que tal ait sino 's primerament
No pot depuys esser tan vertader.
Enapres ve Taltre queus dich darrer
Quen Tesperit fa son bon fonament^
Car vol bondat, graci' e sentiment
Ab gentil cor, seny, vertut e saber.
De cosas tais e semblants s^acontenta
L'enteniment hi s'i va délitant :
Aquest es Tait que dona la empenta
E des amar (?) ver' amor reffermant.
Tais son los alts e semblant virtut han
Que daros fa[n] la bona soldadura,
Ab que d'amor soldats amig fan gran ^
Los dos volers e [s] fa Tobra que dura ;
E jo per ço li suplich tan com soe
Que pus en mi vol tan perfet obrar,
Dantmels dos alts que nos vulla cansar,
Ans lia on sap los vulla dar tambe .
Tornada
Digna de m oit, eu a vos ^ clam merce,
Que si amor de mius voira tocar.
No li vullau gens en res contrestar.
Ne guardeu so si maresch tan de be .
7. - MossEN Pbrb March
Dona val tan com de far mal s'esta ^,
Ez a coselh de bon hom vol atendre,
Es * guard d'aço que mal la pot apendre
E ques albir si fa mal ques sabra ;
E que bes guard de tôt' auinentesa
E davol gest e de mal perlamen,
E tema Dieu el marit examen
E quen bondats pensa mais quen bellesa.
* Ms. anuig (?) afan gran . — * Ms. cabos. ^
« Ms. c'eata.- « Ms. Ez.
72 DIALECTES ANCIENS
8. — MossEN Père March
Dompnam platz ben arreada
E caualhier ben armât,
Ë donzella enfresada
E seruen arremengat
E caual ab gran illada,
Ardit e be afErenat
E sufren la trenujtada.
[Em platz veser host parada]
En loch pla e ben p[elat],
E veser foch e fumada
Es enemich assenât
C'aia tenir tots jorns bada,
E no si'asegurat
Si donchs no'sta dins murada.
E platzme * la'nemorada
Ab lo cors prim e delgat,
Ab ques tinga per pegada
De me per enamorat,
E quem fassa gran hulhada
Per tener mol cors ^ pegat
Ela quan sera prejada.
Enquer hi a plus quim agrada
Senyor ben amesurat,
C'om nol seruesca de bada,
Ardit e franch ses bàrat,
E que tinga gran maynada
Segons Fesser que es dat,
Que Tais es causa trop fada.
[Tambem platz grossa cassada,
L'exir] del sol esp[erat],
E que fos aperelhada
Missa [per] clerga espectat,
' Ms plalme. ^ ^ Cor ? Ce serait plus digne de celui que Santillann qua-
lifie d'aïUeur de proverbes de grande moralité.
POBTBS LYRIQUES CATAJAiNS 73
Baxa que no pas cansada,
Sino'n dia feriat
Per fer la festa honrada.
9.— ESCONDIT PET PER MoSSEN JORDi'
Tan son li mais quem fay sofrir
Com nom cresets, dona valen,
Que de cert vos am leyalmen,
Quel cor del cos me vol sortir.
Lo jorn qu'eu vi vostre cors gay
Al pun[tj quem mis en vos amar
Mon cor nos pot certes lunyar
Un punt de vos per autra may.
Donchs cresets me qu'ai no désir
Ne tinch null altre pensamen
Mas sol qu'en puxa finamen
A vos amar e car tenir.
Si nous dich ver que (eu?) prech aDeu
Que [de] tal crim si' acusats
Don prenga ^ mort apedregats
Per mans d'un malestruch jueu,
Si que planguts d'aycell martir
No sia pas de nulla gen,
Ans me censelmen mal disen',
E ma fas vengan escupir.
Si non dich ver, qu'ans de ma fi
Ab ira fort me desesper,
Que l'arma [e]l cors ab Lucifer
Dimonis mil porten prop si,
E nom puixem may saboUir,
Ans per tots temps haje turmen[t],
^ Cet escondit, quoique différent dans la forme métrique, est três-sem-
blahle dans le fond à ceux de B. de Born^ Petrarca et Mallol. On peut
observer que les deux poètes catalans se permettent des menaces encore
plw horribles que celles de leurs modèles. — ^ Ms. prenga. — ^ Ms.
Ans mal (lisent me censelmen. Nous ne connaissons pas ce verbe, qui est
])iiutrétre corrompu*
74 DIALBGTJBS ANGI^W
£ no trop amich ne paren,
Quem vuUa be sino mal dir.
Tornada
Castells d'[h]onor prech Deu m'asir
Ab tots los Sants, si coralmen
Nous sp ôs corn leyal seruen,
Eus vuUaamar sens defallk.
10. — . • . DE Velhat (?) *
En breu veurem una fragor (?j^ abatre
De vas mig jorn que[l] mar fondra pels camps
La flor el frug, pujs sera tans grieus fams
Que d'alguns bons costaral dine[r] quatre ;
Apres la mort perseguira tan yida
Quels pochs e grans alcira vint à vint,
Si que dels vins no restaran lo quint
Del solelh colch tro Tinfernal pertida.
Car us grius vey que sus TEsglesia crida
Ffaren del bech al portai de la fe,
Hon poch a poch lo pilar quil soste
S'aûequeseix e chay deuers Tasida.
Perquè Testors met la perditz a clusa
Sus l'altar vil (î), on se beura del sanoh
L'aygla gentil que sap visar al ranch,
On ronicornpels aguilospren musa.
Pero nol val doctrina d'art confusa,
Si manifest non adust per simbell
Lo cor, el fren dun blanch laupart nouell
Noyrit de leyt o de carn d'ome crusa,
Neta de crims*, sens carn al payre nada
En temps d'iuerns e de guerres duptos,
Ez autremen non aura dels ayglos
Tro si' ab * joy la colompna dressada.
^ Cette pièce, déjà nalurelltiment obscure, l'est devenue davantage.
}i(ir la corruption de son texte. ~ ^ Ms. frayor? — ^ Als crins - ^ Ms.
si de.
\
POSTES LTRIQUB8 C4TÂLANS 7$
Mas dubtans [qqvb qwb] triga Ha joroada
Cessiran trop, car un drach molt cruzel
fVeuran]* orat volar sus vas lo cel,
Que geta foch stant gola badada ;
Lo quai foch creix e destrutz e derrocha
Yiles e borchs e castells e ciutats
E trencha murs e portais e valhats
El plus, el mils del remanen que tocha.
Per ayços pert sobrel fluvi la rocha
Per on s'enclau la gran vapor del fum,
El golf stem don spirital lum
SotratsT aurelh' a la serpent badocha,
Moren Testorc* en la val tenebrosa
9
Qui's Tabre vert, per qui fonch peradis
Ubert ab gaug als deuots pelagris
Ques eren ôlhs de virginal sposa.
[Toroada]
Mos belhs safflrs, vos ets mar preciosa
Qu'esta ' forest enclau e' ncircuncis,
On crex le past que Folifan noyris
Qui deu portar als f ranchs vide joyosa.
11. — ANONYBffB
D'un xipelet de vii flors enramat
Vos fiu presen per vostra cap garnir,
E son les flors la blanca flor de lir,
Kautra gessem plena de gran beutat ;
La tersa es una belha' nglantina,
La quarta es la gentil clauellina,
La quinta es viola ben olen.
Les autres son gaug e rosa brulhen.
Del liri flor s'enten quez est molt bella,
E del gessem s'enten quez est molt blancha,
La'nglentina qu'est conexens e francha,
E del clauell qu'est ferma ses parelha ;
Acompar [a] la viola saber,
E la del gaug que sots blanda y ver ;
' Ms. . .en — - m s. lesturç. —^ Ms. quenta
75 DIALBCTËS ANCIENS
Lo roser es quez acul&îr sabetz
De totes gens segons valen lurs prêts.
Margarida, lo xipellet vos do
Car er ysnell j dret (?) sobre la testa
Qu'eu cuit * de fior de flors deu esser lesta,
E vos belha prenetz * lo sius par bo ;
Be que milhors lo merexets cent tan,
No guardau elh mas sol [lo] bon telan
Qu'ay de seruir vostre cors auinen,
Valons e bell, grasit de tota gen.
Tomada
Belha domina, vostre cors ben stan
Enten e pot e sab e val aytan
Que tôt lo mon n'es d'uymay conaxen ;
De mius recort qui suy vostre siruen.
12. — Andreu Fbbrbr*
Si'n lo mon fos gentilesa perduda
Eu saj lo cap de la fon qui la dona,
Qu'ins en Postal del pros coms de Cardona
La trobarets que nos camge nés muda ;
On près, dompnejs e valor fan hostatge
E nojrimens e man faits ben stants
Que saubon far les pros dompnes presans
Qu'en celha cort menon gran alegratge.
Qu'anch pus Artus fech d'aquest mon pessatge
No crey que fos cort de tanta valia,
Ni ten plasens, ten gaya, ten jolia
Ne ten gentils^ tan baud'a mon uisatge ;
Car noj vejrets argull, cima ne brancha,
Mas l'acculhir honest e gracios,
El gen perlar, el gay dits amoros
Als strangers, ez humil cara francha.
4 Ms. quez aut*f — 2 prouetz (î).
'^ Andreu Fabrer ou, mieux, Febrer, si célèbre comme tradiusUur de
Dante. On ne connaissait de lui d'autre œuvre originctle qu'une strophe
ritée dans le poëme collectif de Torroella .
POETES LYRIQUES CATALANS '7
E tôt primer a qui beutat no mancha
Lay trobarets Tauta valent comptessa,
Qui de valor e de grandaproesa
Val mays qu'Isolt ne Serena la blancba.
A luy va be semblant dona Johana,
Que'b belhs aculhs e grecios peruent
Se fay gresir, amar a tota gen
E plus d'aycelhs ques de terra londana.
Nom lays a* dir celha qu'es la fontana
De gay comport : c'es (?) dona Francesquîna,
Car sus la flors es vioF argentina
Qu'el temps gentil naix et floreix e grana.
Na Sobre-Joy mirai de gentilesa,
Don' Elfa us dich, que Deus voch ton bell far,
Lo sieu gay cors de prêts sobrepugar
Qu'el, mon no crey altra pas de belhesa.
Altra n'i say en qui natur' a mesa
Gentils faisos e'morosa peruensa,
Don' Yolant que'b gaya captenensa
Ab dois sguart mostra sa gran noblesa.
Na Beatris d'Anglesola s'auansa •
Lossanamen los stranys aculhir
E Johana Pineda qui felhir
No sap, n'enquer Elphita la de Ffrança.
[Endressa]
Vaiten xanso lai on valor s'atanca
Al Coms dels Carts qui sab prêts mantenir ;
E s'en no say tôt son laus expendir,
Yeu lo sopley que nol venga pesança.
[Tornada]
Angel, noy ay alors ma confiança
Mais solamen en vos quim fayts jequir
D'ira, d'esmay, de dol et de cozir,
Can me soue de la vostr' amistansa.
- Ms. laysba
78 DIALECTES ANCIENS
13. — SiRUBNTESCH FET PER AnDREU FaBRBR
PER LO PASSATGB DE BaRBARIA
Doloros crits, ab vois * braua, terribla,
Fellonament de vas mig iorn nos crida ;
0 crestians ! fenits tots vostra vida,
O recobratz Dieu veraj impassible,
Ques a nos han ^ près en ^ gran vituperi
Li * Serazi fors de son tabernacle,
Ë tornats lo laut (?) denant lo trinacle,
0*n la pena del segrat^ ciminteri.
Qu'er e$ lo temps pel diuinal misteri
Predestinats, e'n coue morts abatre
Tots los Infels qu'en las parts del mon quatre
Del Crucifix metreso l'aut imperi ;
Say comensant per terra de Granada,
E discorrent tota la Barbaria,
Que del sol colch tro lay on naix lo dia
Non reman us de lor secta maluada.
Ë donchs prengam tuyt la santa cruzada,
E comensem crusel batalha fera.
Car lonch temps a que'b gran joy nos espéra
La grand'[h]onor quins sta aparelhada ;
Car lay veyrem trocegar [e] scuxendre ®
Morts per quartiers e volar caps e troces,
Intrar murs forts, torrçe ' castells per forces,
Que nos pora res contra nos deffendre.
La nos dira que no pot mays compendre
Lo preyon pots del infernal abisma
Dels sperits qu'exiran del morisme,
Car al intrar feran lo portai fendre.
E noy haura Satans qui plus ne vulha
Ans diran tots : gitat los al * defora ;
1
M8, vetz. — 2 Ms» que ce no say. — » Ms. e. — * Ms. E. — « Ms,
penat dei cegrat.
« Vostre cors vey e trencar e scuxendre. Anonyme : 0 gran dolor.
■^ Ms torç e ( tors e ? ) — ^ ^y^. lor los.
POETES LTRIQUB8 CATALANS 79
E H erusats orid9i*an ar es Fora
Que*l lach d'infern tots los moros aculha.
E tombaran com fay la sequa fulha
Dels cims, dels brancha quel forts vent enderrocha,
Barbres e turchs, alarps els de Marrocha,
E nos ûren pendrem la lur despulha,
Meten a fons e gitan foch e âama,
Viles e borchs, lochs ciutats e mesquites
E no curets que ne sia la quites
Si donchs lo nom de Ihesuxrits no clama.
Mayres de Deu, a vos sola reclama
Qu'ets segars port de la nostra ventura
Lo poble Xrist, quel guardets de pressura
Dels inimichs quels peccador[s] aâama,
Sopleyan cel qui fon sus la colonda
Greument batutz per Tamor quens hauia,
Qu'entre los sants benehuyrada sia
En Peradis nostra vida segonda.
[Tomada]
Angel, per ço que Taspra mort nom tonda
Digats per mirent jorns TAue Marta
Quem promates, car en la companyia
Dels sants crusatz passi delay vas Fonda.
14. - Andreu Fabrbr
Pus qu'estorts suy del lach de la mar fonda
Mayre de Deu, reclaman vostr' aiuda,
Mos genolhs flechs, ab cor ferm qui nos muda,
Rendi merces a vos, pura flor monda,
Quins hauets trayts de perilh ten saluatge
De l'aspre mort e del aygue pregon
0 s'erem* tots cabucat ins al fon
Quan vos, Verges, nos trasquetsdelpelatge.
So fo celh jorn que segjuin lo viatge
Ms 1er an î
80 DIA.LEGTBS ANCIENS
Dels sants crusats, fom lay deuan Mallorques,
Quan Tenamich nostres mayres exorques,
Volch de nos far, gitan nos a carnatge;
E l'aura forts ab molt gran felhonia
E mar traues nos saltet al deuan,
On tuit forçat Verge vos recla[majn
Desemperem tuyt nostre companya
E cridan tuit: valons Santa Maria,
La mar, el vent pugan tostemps a Torça
Tota la nuyt tro que per fina força
Tornam* atras layssan la dreta via;
E perilhan sus Fonda quins portaue
Agolflanssat nos lexem correr jus,
Mas, Verges, uos nos vinguets al dessus
Quins desUuires de Taygua quins sobraue.
Car per mants lochs saltan nos trespessaue
L'onda corren de proa fins à popa
Que nous fech ^ ges calafatar d'estopa
Postes ne trauchs, car dedins nos intraue ;
On fayta fon entre nos mortal crida
Merce claman ab gran plants, ab granvotz
A vos, Mayre del Senyor sobre tots,
Qu'en aquelh cas saluassets nostra uida.
Car le[s] satans fais hauia bastida
Celha'cayso per torbar nostra 'npresa,
Per que no fos crestiandat estesa
Entre la gent que lay Tan scarnida
De ves Marrochs, on tost perdra la renda
Del Serazis que lay ten alcegats,
* Ois tindra tost en infern cadenats
Car Dieu nol vol mays lur secta s'estenda.
15. — Andreu Febrer
Sobrel pus naut alament de tots quatre,
Prop del cendier on la jusana roda
* Ms. Tornan. - '^ Ms. tech ?
POETES LYRIQUES CATALANS 81
Celestials naut'ab sa fredor tempre,
Perqu'eu pogues d'aut abax apercebre
Montech amors ymaginant ma pensa
L'autrir e vi set contra set combatre;
Mas de valor vengren en egual pati,
Nos pogren ges senyorejar per força
Es us sol cors hac lo pris de quatorsa
Pels prims set pre nch set mouments mouibles
Qu'ins lo gran torn de la mundana spera
Son colhocat pel Vagilant i * Fabra
Distinctamen en set graus per dreg orde .
Al prims del quais pus baix la Luna régna
E le [se]gon Mercurius, pus Venus
Qu'es le terciers, lo quart loch senyorea
Le Solelhs clars [e] lo quint Mars ocupa ;
Pus Jupiter, pus naut sta Saturnus.
Per l'un d'aycests segons cors de natura
En aquest mon cal que 2 [tôt] mortals visque
Per calitat ab que fay acordansa
Al punt que naix ab la ^ua planeta ;
E puis obran mal o be, ques que face,
Si tôt Deus fe tota res que fos bona,
De lay de çay ^, per virtut causitiva;
Donchs tuyt li be que son fayt en lo segle
Han près de tal materia lur forma.
Li autre set que 'b lur manauen * guerra,
Qui de valor portauen sobreuesta,
Ay ben ausit que foron vu regines
Ezenea^ , Dehiphile, Sinope,
Semiramis, Tauraris e Lampheto
E la valen de cor Pantasilea,
Qu'ins lo palais de gloria mundana
Foro per vu miralls del mon scrites ;
On près gran laus natura femenina.
^ ? Ms» magiianti ?— ^ Ms, calsque. -^ ^ JAs, cay.— ^ Ms. manamen.—
s Us, Ëz enea.
St DIALBGTES ANCIENS
Aquestes vii de tan com pot spandre
Vas orien ne mig iorn que mils tanoha
Terra ne mar, ne les palus d'Uzerna
Del Port del Ferr ultra la Mar de Caspis,
Part Camballesch tro la regio freda,
Per llur esforç e batalhe mot aspra
Donan, gastan ab franquesa mot granda
Hagron lo pretz e Fauta senjoria,
On foron dreig al prims vn comperades.
Celha qu'obtench lo prêts de vn parelhes
Vesem trastujt cays dins lo consistori
Qui sobrel sol la Luna goasanya
De resplandor, mas no tem que s'éclipsa,
Com d'anduy fa sa gran beutat, nés muda^
Venus me par que d'amor sobremunta
Car tota n'es del pe tro al cim cuberta,
E cuy feris de s'amorosa tralha
Crey no sanar plus tost* que de cop d'herba.
Mercurius, planeta fortunada,
Passa, car es remey contra fortuna;
Jupiter venç d'umilitàt benigna
Sos dolçs esguarts ab que s'atray es tira
Man cor altiu' ; Mars de poder abaixa,
Ë Faltitud de Saturnus enfoscha
Per Fauta sanch quel ve de son linatge ;
Car dels primers hereters del Sépulcre
Yenc lo començ de sa naturalesa.
Tornada
Reina 'xcelhens,' senyora del Trinacle,
Los reynes set son la vostr' auanguarda
Que vos pessats de renom e de fama,
E passarets sils amichs de Mahoma
Fats abaxar de lur maluada secta.
[Endressa]
Londan' amor *, del vostre 'beceduri
' Ms, ues ninda (îmes lindà?). — ^ Ms. tart. - 3 Ms. aiçui. — * Ms.
Loy danamor.
POETES LYRIQUES CATALANS 83
Trasch les vertuts don les altreâ adorni;
Parlar no pueis que nous tengu 'n la bocha,
Per quel jorn d'uej, pus que fassa ne diga,
Vostre roman, que nom tors ni biaxi.
16. — Andreu Fabrer
Combas e valhs, pugs, montanyes e cols
Vey ja vestits de comblais e de neus,
Bojs e jardis tots deâpulhats de rams,
L'ayre cubert de vents plugs e de grops
El màr tôt blanch d'escuma per mal temps,
E tuyt Tausel star en terra mut,
Qui per riuern no mono xants ne crits;
Mas ieu suy cals quan Taltri bufon Tungla
Tornada
Londan' amor, un ffurt entretostemps
Vos hay yeu fayt, nom sie maltengut,
Com yeu vos pris del vn dels vostres dits
Celadamen lo gay joyell del ungla.
L'aut rey guerrier vulh seruir altre temps
Qui pels tirans es lur mal grat temut[z]
Vas Mongibel, quels ben e mal vestutz
Fay mantes vetz bufar lo cap de Tungla*.
M. MlLA Y FONTANALS.
Vilafranca-del-Panadès, août 1877.
' Dans Tindex, on peut voir la première ligne des autres pièces de ce
poète. Nous donnons, de plus, deux petits passages qui nous paraissent
remarquables, Tun par son caractère personnel, et l'autre par Tallusion
classique :
Qn'ieu maintes vêts axi pensant m'oblit
Tan fort que sim saluda[n] ne respon.
Don 11 plusor dison qu'erguiios son.
Ja perdi vos.
Qu*ieu suy pus ricb, dona, d'aço queus quir
No fo Jason del velhor conquistar
Quan los périls del drach ûer poch obrar,
B mays del bous quel cuidaven aucir .
Del cor pregon.
DIALECTES MODERNES
LOUS BORDS DAU LEZ*
Ribada de moun poulit Les
Per queflourejà tantserena;
Par que cantà, gents aucelets,
Quand moun cor es coumoul de pena ?
Lou trauca, toun gazoulhadis,
Aucel dau rounzàs espignaire :
Me bremba moun gaud fugidis. . . .
Per tourna jamai pus, pecaire !
Per tous dougans, moun poulit Lez,
Quand las rosas se maridavoun,
Qu'ensen aven trepat de fes !
(Lous amours das aucels cantavoun);
Lou cor gai culisse una flour
Douça sus soun ram espignaire :
Mais El, michant, raubet ma flour^, . .
Me quitant Tespigna, pecaire ! . . .
LiDiA DE Ricard.
(Languedocien, environs de Montpellier.)
LES BORDS DU LEZ.
Rive de mon joli Lez, — pourquoi fleurir si sereine; — pourquoi
chanter, gentils oiselets, — quand mon cœur est plein de peine? —
Il le transperce, ton gazouillis, — oiseau de la ronce épineuse : — il
me rappelle ma joie enfuie, — pour ne plus jamais revenir, hélas 1
Par tes berges, mon joli Lez^ — quand les roses se mariaient, —
qu'ensemble nous avons erré de fois ! — (les amours des oiseaux
chantaient). — Le cœur gai, je cueille une fleur — douce sur sa tige
épineuse : — mais Lui, méchant , vola ma fleur, — me laissant
l'épine, hélas 1 Lydie de Ricard
* Poésie imitée de Burns (1758-1796).
^ Cette monorioie existe dans le texte écossais
LE VI NCBDOU
A LA BATESTO DE POULES
d'En Alecsandre Falguiero, estatuari toulousan
A 'N Rbmi Marcelin
Aviat tant pla qu*uno matrassino,
Uno cambo en Taire, estirant Tesquino,
Fa peta les digts, le bras adreitat ;
Es nud coumo un verm, linge, pie de gracio;
Filo as quatre peds, a d'alos ; — sa facio
S'enlusls d'un gauch coumoul de fiertat.
Le valent mainage espingo, fresino,
Sens buf e le cor tustant la petrino.
Le poulh enjoucat sul sieu bras esquer ;
L'aucel de coumbatl Tourgulh rapitarrol
Tantost se palaiso e tantost se carre,
L'uelh escarcalhat, dambe un laucet fer.
LE VAINQUEUR
AU COMBAT DB COQS
d*Alexandre Falguière, statuaire toulousain
A M. RÉMI Marcelin
Lancé aussi bien qu'une flèche, — une jambe en Tair, étirant
l*échine, — il fait claquer les doigts, le bras dressé; — il est nu
comme un ver, svelte, plein de grâce ; — il file [comme s'il avait]
quatre pieds ; il a des ailes ; —sa face s'illumine d'une joie com-
ble de fierté.
Le vaillant enfant gigotte, frémit ; — sans souffle et le cœur
heurtant [contre] la poitrine, —le coq juché sur son bras gauche.
— L'oiseau de combat! l'orgueil le soûle I — Tantôt il se prélasse
et tantôt il se carre, — l'œil écarquillé avec un éclair sauvage.
♦•. . ^.
86 DIALECTES MODERNES
Brandis la barbolo, airisso la cresto,
Boulego r plumalh coumo à la batesto,
Le garrou sannous, le paf bategant.
Soun ka-karaka souno la victorio ;
L'arditI a raubat un ram à la glorio
Qu'intre sous arpieus semblo foulcejant.
Canto : a 0 ma patrio ! 0 ma terro maire !
Que le soulelhet toutjoun vous esclaire,
Dins la pax sereno e la poutestat î
Salut I E 'stripat les de Tescurino;
— Me truii del gorp e de la mourino !
Soun le pichou gai de la Libertat.
» Le pople à la â te vei trioumflanto,
0 Divesso fiero e reviscoulanto !
Dambe toun aie musicaire e pur,
Que bufo à plasé vam as trabalbaires
E que me fregant m'anausso pes aires,
Ves tu, Libertat, que fas le bounur,
» Les omes milhous e las nacieus belos,
1 oundrejantle frount de fuelhos nouvelos
E mai de vertut glaufissent Ihour cor ;
Il brandit la fraise, hérisse la crête, — remue les pennes [de
ses ailes] comme à la lutte, — l'ergot saignant, le jabot pantelant.
— SoQ ka-karaka sonne la victoire ; — le hardi 1 il a dérobé un
rameau à la gloire, — qui entre ses griffes semble foudroyant.
11 chante : ci 0 ma patrie ! 0 ma terre mère ! — Que le soleil
toujours vous éclaire, — dans la raix sereine et la puissance!. —
Salut I J'ai étripé ceux de l'obscurité; — je me ris du corbeau et de
ce qui fait mourir î — Je suis le petit coq de la Liberté.
DLe peuple enfin te voit triomphante, — ô Déesse fière et re\î-
vifiîinte! — avec ton haleine harmonieuse et pure, — qui souffle à
plaisir courage aux travailleurs, — et qui, me frôlant, me hausse
par les airs, — vers toi, Liberté, qui fais le bonheur,
»Les hommes meilleurs et les nations belles, — leur ornant le
front de feuilles nouvelles — et môme de vigueur remplissant leur
A TRENCH dVuBA 87
0 lum ! que jamais toun flam nou s'escounde !
Sus toun pedestalh d'ount gaitos le mounde,
Veni, Libertat, pausa moun ram d*or. »
A. FOURÈS.
Selembre 1877.
cœur; — ô lumière! que jamais ton éclat ne disparaisse! — Sur
ton piédestal d'où tu regardes le monde, — je viens, Liberté, poser
mon rameau d'or. i>
A. FounÈs.
Septembre 1877.
A TRENCH D'AUBA
Ja de ta finestreta
Trucant als vidres entelats, lo dia
Te ve à oferir, nineta,
Un mon, com no '1 podria
Ni en somnis fabricar ta fantasia.
Son canastrell de perles
Buydant festiua va per ell Taurora,
Y rossinyols y merles
Ab gajs cantars, â«rhora
Lg, Hum saludan que 'Is espays colora.
Saltant grahons de molsa
A i;aube
7
Déjà de ta petite fenêtre, — frappant aux vitres ternies, le jour —
vient t'offrir, enfant, — un monde tel qu'elle ne pourrait jamais, —
ton imagination, en créer de semblable par les songes.
Sa corbeille de perles, — l'allègre aurore la verse dans le monde,
- — et les rossignols et les merles, — de leurs gais refrains, à la fois,
— saluent la lumière qui colore l'espace.
Baignant la verte mousse, — la fontaine joyeuse et riante coule,
8S DIALECTES MODERNBS
Corra la font alegre y riallera,
Deixant de sa véu dolça
Y sa ilusiô primera,
Escumes j remors per la pradera.
Y escampa Toretjada
Ruixats'de perles trontollant les fulles,
En tan que à la besada
Del llabi séu, remulles,
Les flors despertan de perfums curulles.
Amor, natura tota
Engalanada ab sos joyells desperta,
Y riu, flajra o rebrota
Y un cântich dolç concerta
Que al esperit del feixuch jou lliberta.
Corrents d'or fus y ratxes
De tebis flayres per tôt Uoch rodolan,
Y mentres valls y platxes
Y serres s'arrebolan,
Refilan gralles y oranells pidolan .
Deixa donchs ta cambreta
Y en lo festi de Tauba à barrejarnos
Corrém, que alli, amoreta,
— laissant de son doux murmure — et de sa première illusion —
récurae et le bruit qui résonne dans la prairie.
L'air frais répand, — en agitant les feuilles, une grêle de perles;
— tandis que, sous un doux baiser,— -le zéphyr humecte ses lèvres,
— les fleurs s'ouvrent à l'aurore et parfument les airs.
L'amour réveille la nature entière, — embellie de tous ses atpurs;
— elle rit, elle respire et bourgeonne ; — puis, par un doux cantique,
elle ordonne — que Tesprit soit affranchi de tout joug pesant.
L'or coule en ruisseaux limpides, — de doux parfums s'exhalent
partout; — et, «tandis que les vallées, les plages — et les montagnes
se colorent, — les cornemuses résoQinent et les hirondelles pé-
pient.
Quitte donc ta petite chambre, — et au festin de l'aube allons
nous mêler; — courons ; là, mon amie, — nous pourrons nous
A TRENCH d'aUBA 89
Podrém d*amor parlamos
Y ab roses Tun al altre coronarnos.
Lo braç à les espatlles
Y unides per Toreig les cabelleres,
Aném, com dues guatUes
Saltironant Ueugeres,
Corrent les hortes j trascant les ères.
Y alli, al cim de Taltura
D'aquella serra hont te mes llum lo dia,
Lo cel blavor mes pura,
Y Tayre que destria
Los brins dels pinatells mes armonia ;
Alli podre en mos polsos
Sentir lo nou bateig d'ajgua sagrada,
Que de tos llabis dolços,
La font may estroncada,
Prôdiga dona al qui 't té fe jurada.
En pach de mercé tanta,'
Ta falda ompliré jo de fruits gustosos
De tota lley de planta,
De flors, y de xamosos,
Nius de pardals axiribits j hermosos.
parler d'amour — et nous couronner mutuellement de roses.
Les bras enlacés, — les boucles de nos chevelures par Tair mê-
lées, — allons comme deux cailles, — qui, sautant légèrement, --
parcourent les vergers et traversent les airs.
Et là, tout en haut, sur le sommet — de cette montagne où
plane la lumière du jour, — où le ciel est d*un bleu plus pur, — où
Tair qui se joue —dans les branches des pins aie plus d'har-
monie,
Là je pourrai, sur mon front, — sentir le nouveau baptême de
l'eau sacrée, î— qui, de tes douces lèvres, — fontaine toujours fé-
conde,— coule avec abondance sur celui qui t'a juré sa foi.
En récompense de tant de bonheur, — à tes pieds je déposerai
les fruits les plus savoureux, — les plantes de toute espèce^ — les
fleurs les plus belles — et des nids d'où s'échappent des gazouille-
ments enchanteurs
90 DIALECTES MODERNES
Y anant tôt de passada
Esbarjint jo papallonets y abelles
Que al veurer ta faldadada
Voldrant, per se mes belles,
Flors de tes galtes, cada jorn novelles;
Se 'n tornarem à vila
Gantant abdos une tonada ayrosa.
Com lo jovent estila...
Jo ab veu del cor conmosa
Y tù, roja del sol, com maj hermosa.
Amor, Tauba garrida
A ta porte ta s'ha vingut à seure,
Per darte, desseguida
Que '1 cap t'hi veja treure,
La dolça copa del plaher à beure.
Obrala donchs, totduna
Corra à mos braços, beu, y una glopada
Deixan, amor, sols una,
Pel qui no surt Faubada
Montres no sent Tescalf de ta mirada.
Francesch Ubach y Vintbta.
Puis, lorsque nous cheminerons, — j*écarterai les papillons et
les abeilles, — qui, en voyant ton bouquet, — choisiront, les trou-
vant plus belles, — les fleurs de tes joues, à chaque jour nouvelles.
Nous retournerons au village, — chantant tous deux une gra-
cieuse chanson, — de celles que chante la jeunesse. . . — Moi,
d'une voix, comme mon cœur, émue ; — toi, rouge par le soleil,
mais plus belle que jamais.
Mon amour, l'aube charmante, — à Jta petite porte est venue gra-
s*asseoir, — afin de t'offrir, aussitôt — que tu t'en approcheras, —
la coupe du bonheur pour y boire à longs traits.
Ouvre-la donc; viens vite, — cours à mon bras ; approche tes
lèvres de la coupe enchanteresse; — mais laisses-y, mon amour,
une gouttelette — pour ceux qui ne verront pas briller l'aurore, —
lorsqu'ils jouiront du doux feu de ton regard.
François Ubach y Vinyeta.
LOUS POULEITS
Unaifemna, autreis cops, pourtava à soun curet,
Au coumencament de Tannada,
Un parei de pouleits. Daus paubreis de Tendret
Qu'era la renta acoutumada.
De soun paniè quand lous tiret,
La marchandiô gaire presava.
Lou curet, que lous sôupesava
E qu'aviô Ter de lous troubà pitits,
Li disset : « Eitranuden-t-is ? »
E la femna, que s'eitounava
De la questieu, li disset: a Nou. » — «iTant piei I
Li disset-eu, co fai pas lur eiloge,
Ma brava femna ; un auriô lou plasei
De lur reipoundre : «Dieu vous froje ! »
A. Chastanet.
(Pôrigourdin, Mussidan et ses environs.)
LES POULETS
Une femme portait autrefois à son curé, — au commencement
de l'année, — ^une paire de poulets. Des pauvres de Tendroit — c'était
la redevance accoutumée.
Quand elle les sortit de son panier, — la marchandise n'avait pas
bonne apparence. — Le curé, qui les soupesait — et qui semblait les
trouver petits, — lui dit : « Éternuent-ils ?»— Et la femme, qui s'é-
tonnait — de la question, lui dit : « Non. » — « Tant pis ! — lui
dit-il, cela ne fait pas leur éloge, — ma brave femme ; on aurait du
plaisir — à leur répondre : « Dieu vous profite ! »
A. Chastanet.
BIBUOGRAPHIE
CORRECTIONS DU TEXTE d'eSTIENNB DB FOUGÈRES
(Addenda à l'article de M Boucherie)
C'est à M. Boucherie que Ton doit la première notice sur un ou-
vrage qui est de la plus grande importance pour l'étude du dia-
lecte normand, le Livre des manières d'Etienne de Fougères, évo-
que de Rennes, qui vivait au milieu du XII* siècle. Tandis que
M. Boucherie en préparait une édition, M. Talbert, ignorant ce
détail, publiait la sienne (Angers, 1877, in-4o). Dans ce début de
l'éditeur, connu d'ailleurs par son travail sur le dialecte blaisois,
se trouvent un grand nombre de fautes de lecture qui trahissent
une inexpérience paléographique peu commune. La Revue de
Montpellier publia dans son numéro de juin 1877 (n® 6), p. 252-262,
une étude remarquable de M. Boucherie sur ce texte, suggérée
ou par la comparaison de sa copie avec le texte autographié ou
par ses solides connaissances philologiques.
C'est avec un extrême intérêt que j'étudiai et le texte de
M. Talbert et l'article de M. Boucherie. Malheureusement il se
trouvait qu^il restait, après tout, beaucoup d'endroits corrompus
et de mots énigmatiques qui réclamaient impérieusement des
éclaircissements.Me trouvant en ce temps, par hasard, pas trop loin
d'Angers, je résolus d'examiner de nouveau le manuscrit, ce que
je fis au commencement de septembre. Cet examen a donné lieu
à maintes corrections, qui malheureusement ne portent souvent
que sur l'orthographe du texte (l'éditeur s'est laissé entraîner
trop souvent par l'orthographe actuelle). Je me suis assuré que
l'éditeur avait eu une tâche ardue, le manuscrit étant écrit par
un copiste négligent, et à ce qu'il parait très-pressé, dont l'é-
criture, en certains endroits, ressemble tout simplement à un
griffonnage presque illisible. C'est précisément dans de tels en-
droits que l'éditeur montre quelquefois une rare pénétration, qui
nous fait très-bien augurer des travaux semblables qu'il prépare
pour l'avenir.
Les lignes suivantes contiennent le relevé de ma collation,
auquel j*ai ajouté quelques-unes de mes corrections. J'ajoute que,
une fois le mauvais état du ms. constaté, je n'ai consacré que
deux heures à son examen, d'autant plus que M. Talbert nous pro-
BIBLIOGRAPHIE 9%
met une seconde édition de ce texte. Cette édition ne devrait pas
manquer d'un glossaire, qui apporterait à lui seul plus de mots
nouveaux qu'une douzaine d'autres textes de la même étendue.
Je ne relève pas les passages et mots corrigés par M. Boucherie,
sauf les cas très-rares où il doute de sa leçon et où il y a quelque
remarque à faire.
3. enivre] eiure, ms. — 11. moult] ^ mit (avec l'abréviation habi-
tuelle) ; c'est sous cette forme que le ms. présente le plus souvent
le mot qui doit être écrit molt et, pour la fin du XIP siècle, mowf.
— 32. Corriger la virgule après deceiventen point. — 40 {b21)^Etrebei-
vent cel qu'il (corr. que il) hrascent, M. Talbert corrige cel en ce; cel
(neutre) n'est pas moins bon, bien que cette forme ne soit pas si-
gnalée dans les grammaires. Le premier qui l'ait relevée est, à ma
connaissance, M. Mail dans son Comput, p. 108, qui cite pot cel
estre, etc.; comp. le Traité du pronom en français de M. Gessner,
I, p. 32; s. Brandan 1708. Bartsch, 123, 30. Demèmecea*, ibid.,
93, 10. — 45. temor (=trésor), v. s.-Brandan 1754, répond au latin
themaurua, et s'est maintenu dans le breton ten*aowr; voy. Diez,
Dict, étym. — 48. Tort un bestenc, en marge: subj. pr. de tomer.
Je ne connais pas la locution tomer un bestenc ( = dispute) et je
corrigerais tort en sort (surgit). — 50. maloeise] malueisse. — 55.
vençon]tencon{t pointé^ u au-dessus). — 57. peis\peiz, — 58. La corr. de
M,B. est bonne, mais non nécessaire ; l'hiatus, après les mono-
syllabes »î^ scj ni, ney qui, que, etc., est légitime. — 59. coueitisse.
— 63 Les maus tondre et estaucier, M. Boucherie préfère eslancier
=5 arrêter. Le sens, il est vrai^ serait excellent ; mais il Test aussi
si l'on garde la leçon du ms. Il y a un verbe estaucier, synonyme
de bertauder, reognier= tondre, couper. Gliget, 1941. Et cil fièrement
''es enchaucent Qui les reoignent et estaucent , Birbazan, III, 80^ 135.
Ces biaus crins a fait reoignier, Corne valiez fu estauciée. Dom Car-
pentier se trompe (Du Cange, Vil, s. v. estauceure), quand il donne
au verbe estaucier la signification de parer, habiller, ce qui a été
répété sans aucune critique par Roquefort, Henschel et Hip-
peau. Il suffit de lire les passages cités d'un fabliau qui se trouve
dans Barbazan, III, 78, 77, et dont nous venons de citer un autre
exemple. — 64. cerf] cers. — 65. desconvenue] descouenue, — 66.
corr. enoine, — 67 gens] genz, — 69 dis] di — que a, — 71 . Dont]
Dom, ce qui se trouve souvent dans les textes normands. — 75 beji]
bien. — 76. peut] pent. — 77 raison] raisson. — 78. sans] sanz. —
80. messon, — 94. n'a. — 94. Esgaugrinier . — 99. enn a] enna, ms..
c'est-à-dire enn'a; inde = inné, enne, qui a donné les deux formes
en ^l ne en vieux français, mais dont la première seule a survécu.
d4 BIHLIOGRAPHIB
— 107. NencUs, je .propose ne neU ; de môme v. 1154. Nenteis. —
114. cuivert], le ms. donne cuurertj ce qui est faux. — 118. ip^rt]
ipé'^st (» pointé). — 121 . mortel] moriaL — 12^. A aonjor en avra sa
teise. Comp. pour le sens Besant 173. (quand il mourut), N'otque
siet piez tant solement, A tant revint 8on tenement, et la note de
M. Martin — 126. La correction de M. Boucherie (fols) est excel-
lente.— {Z2. pécheras. —142. ms. te?kir« (< pointé et surmonté de c).
146. net] nez. — 148. dont le] dom li — corr. princes. — 151 . corteiz]
corteis. — 162. corr. nen est. — 163. le(s) cOmons moz {m biffé et
surmonté de w), 1. voz(^\ôU)s) — 164. moz (avec a fermé) ?. — 170.
grans] granz — 172. ent] enz — le vers 178 se trouve placé, dans le
msc, qprès 180, à la fin de la strophe. — 186 eteive] 7 em\ c'est-à-
dire et mer {et deux fois). — 196. aurunt] aurut; le copiste a oublié
le trait au-dessus d'w.— 200. ms. woate, avec abréviation au-dessus
lie z — 203. quienpeire], msc. qui est (biffé) êpe{p barré). — 204. Et
cels que donne le msc. est faux ; lire ou avec M. B. Icels ou 203. gui
est peire De cels. Écrire encore 201. avolteire 202. teire à cause de
la rime. — 209. Lor soignanz peissent, lor mestriz, Del patremoine au
crucefiz. Qu'est-ce que mestrizf 11 est clair que c'est un synonyme
de soignanz (maîtresse). Mestriz du msc.= metriz (comp. mestre au
V, 172 = mettre, mittere), qui, à xîause de la cacophonie produite
parles deux r du mot originaire, est pour mer triz .= meretricem;
comp. serouge= serorge, abre= arbre, preste =s prestre. Le génie de
la lanj^ue a trouvé encore un autre moyen pour éviter le son dé-
sagréable de deux r dans un seul mot. Comme au lieu depererin
forterecey miserere, cribre. berfroi, on ûisait pèlerin ou perelin, fortelece,
miserele, crible, belfroi, on trouve de même la forme meltrizaM lieu de
mertriz, qui donne (conformément à l'analogie de bels=biaus,)miau'
triz, mautris; p. ex. Gaydon 130. Aliscans 80. — 220.1. Qu'au. — 222.
Qui de usure nen a roable. Je doute que l'éditeur ait compris ce vers,
qu'il n'a pas bien lu ; le msc. donne la bonne leçon : Qui de usure
(lisoz : d'usure) rien aroable. Voici le sens : Les prêtres anathémati-
sent celai qui amasse {aroabler) quelque chose {rien) par usure(<f'w-
sure). Roable, en bas-latin rotabulum; dans Caton, Suétone, etc., rur
tahulum, paraît aujourd'hui un terme vieilli (il man quedans Littré,
se trouve dans Sachs, mais le mot s'est conservé dans la forme
contractée râble), d'où aroabler ^ propr. ramasser avec un râ-
teau. — 224. de monte 6^, comp. 63. 172.233.699, etc. On sait qu'il
y a des textes qui permettent l'hiatus , quand Te muet du premie
mot est appuyé d'une consonne double — 231 . au lieu de ci ceste
ice, que donne l'éditeur, il y a dans le msc. ci cest ior, qui me pa-
raît irréprochable. L'objet du verbe creire se tnuve dans le vers
BIBLIOGRAPHIE 95
suivant, ç^^ f'<^, c'Q^t,i'^W^^lçî««JSeWjpon>, ci = id-bas.chez nous
— 232. moine] mp;^i;e. •— 233. 4.rcedicicre et deien IcU sunt el Uen sei
qtteien. J'avoue queie n'y comprends rien du tout. Heureusement
les mèipaos mots énigmatiques se retrouvent v. 96'î'. Le forfet re-
vient au deien. Si r^etplor ne sei queien ; ici je comprends : pleur ne
sais lequel! On connaît l'advçrbc queinement, queinnement, qui est
très-fréquent dans un texte normand, la Chronique de Beneit ; ici
nous trouvons l'adjectif dans sa forme primitive queien, que je
m'explique de quid-anus, cf. meanus» Pour en revenir au v. 234, je
propose donc de lire, en attendant mieux : Arcediacre et deien [i]
Cil 8unt el bien {ne) sei queien = non sapio quales. c.-à-d. = ne
valent pas f^rand'chose. — 238. Il est plus simple de lire ici au lieu
de d. — 240. si est meilor que sainte Jame. Il est inutile de chercher
cette nouvelle sainte dans un martyrologe ; il faut lire jame^^
gemma. — Après cette strophe je suppose une lacune. C'est ce
doyen qui vient à la maison du curé, soupçonné ou accusé d'avoir
des maîtresses, à cause de l'enquête pour constater le fait. Or
suit v. 241 , qui ne s'accorde pas avec le texte de M. Talbert. J'ai
lu : OrH comandent (co surmonté du tiret horizontal) con (en abrégé)
augie — r. — 242. estragier ; on pourrait lire aussi bien oltragier.
245. Après ce vers^ on lit dans le msc : que lostel en ser—a. Suit
246: Quel'ostel en sera curé^ c.-à-d. de la maîtresse. Cwrer = net-
toyer; V. Littré et Mir. N.-Dame^ 11, p. 353^ v. 125. — 249. clierc,
— 251 . famé. — 271 . msc : l copase {co surmonté du tiret horizontal)
tôt a {a pointé) o auour (f) — 272. secon] seron, bonne forme, qui
se trouve Mont-s. -Michel, 1085. soron, Disme de pénit. 503. se-
ront; secundum a donné \.segont, segon 2. *seony forme hypothétique,
qui s'infère de la forme son, som. 3. se-r-on, Vr étant intercalé
pour détruire l'hiatus, comme l'a démontré M. Tobler (Zsch. f.
vgl. Sprachf. , III, 4.), comp. estuire, remire^ etc. 4. selon avec le
changement ordinaire d'r en l. — En ce qui concerne cette stro-
phe, M. Boucherie avait raison de la qualifier d'obscure, « même
après les corrections de M. T. ^> J'aimerais mieux dire que les
corrections sont toutes impossibles eî. ne donnent aucun sens ;
d'ailleurs, elles pèchent contre la rime. La rime est en ou, non pas
dans la prononciation française moderne ( = w allemand), mais
comme diphthongue avec la prononciation de Vou (ôou) en pro -
vençal.Ow pourrait répondre au latin OÛ=ô, comme le croit M. T.,
corrigeant ^owr, ^owr, amour; mais alors /owr ^ furnum, fr. four.
Dans notre cas, c'est plutôt = ô, cf. 1091. 1113. 1117. etc., son
qui se produit du lalin *) au 2), d en position et ^), hors de posi-
tion, quand il ne diphthongue pas.
96 BIBLIOaRAPHIB
Je vois dans fmt/r s^faer, et de même ïespow ( c'est comme cela
que l'on doit lire, au lieu de Us powr, qui ne donne pas de sens ) =«
Vespuer, employé ici dans un sens métaphorique. J'attends que
l'on m'explique le dernier mot, qui reste obscur: auour, qui devrait
être =s avtier, que je ne connais pas (augùrium? cp. dilûvium =
dehuve, deluve, et flùvium = flueve, fluve, Gomp. ot = ot* et le
portg. agouro à côté de Tesp. <iguero,). — 276. emalent, msc,
corr. enmallent ( mettre en malle ). — 283. a'àhandone, — 288. qui
=s si l'on.— 293. meneir, —310. Je corrigerais : Penst à Judas qui V
seit entendre . —3 1 1 . Jhesu . —3 1 5 . meitre, v . 187.— 326. revirer, qui
signifie en vieux français craindre, redouter, ne vient-il pas de
revitaref — 330. pôle à. côté de poule, pule ne doit pas être changé. —
331. toz — tochier.-^ 334. ni] ne quil ni tache, et (abrégé) uoche msc.
— 335. quil blasme o boche (le & de blasme était d'abord un ;)), msct.
— 339 . n'en] 1. nen, — 340. suivra] siliura msc, 1. sivra, — 346. Neust,
— 352. communer (co surmonté du tiret horizontal ). — 357. Dau-
mones uit aumon* (avec une abréviation à la fin) seit. —365. bone ]
bon! — affaire est en sa qualité d'infinitifdevenu substantif, toujours
masculin en v. français. — 383. gueires.' — 399. sanz. — 400. Toz
cels, — 401 . L'initiale (A) manque, 461. — deit {t pointé) (= dei). —
408. Le texte donne uerite, en marge charité. — 413. Nenprunt. —
421. con. — 424. deire, par l'intermédiaire de dueire = duire cf. 204,
449, que l'on dérive ordinairement àedûcere, lat. U ne pouvant don-
ner ue, il vaut mieux prendre dôcercy comp. Frag. de Valenc. Pour
la rime, il faut corriger sofeire, esleire, leire; de même dans la stro-
phe suivante : 7i«îre (nocere), teire (mateire mscr.), despeire, comp.
201. sqq. — 441. no est aussi bon que do 289. — 343. J'hésite si
je dois lire ou a tort ou en acort. — 451 e] msc. 7 {et abrégé) de même
957, etc. Le msc. donne tantôt cette abréviation, tantôt e et et. —
452. Ze {e pointé) apostre. — 458. Qua,^^ pareiliez est do martire
(a en surcharge au-dessus d'une lettre empâtée ) prima manus. —
461; et] est msc. — 467. corr. repentanz. — 468. le msc. semble
plutôt donner roarfer, mais la leçon n'est pas sûre. —J'aimerais
mieux que les deux strophes cxvm et cxix ne vinssent qu'après le
V. 484. — 471. quant] qua (a surmonté du tiret horizontal). —
481 . wosfre. —485. chief. — 491 . enleidist l'areine. — 497 . Neuiuge (?; —
499. nule.^bOl. corr. jEJ^(?)— 511. tZ]corr. lui.-^bX^. De8or]Desoz
— cardinal (écrit d'abord cardonal, o pointé et surmonté de i). — 516.
c'm^woZ (avec abréviation au-dessus de c)=cremiwo/.— 536. meintenir.
— 539. qui msc; on s'attend plutôt à voir les chevaliers défendre
ceux qui se plaignent des autres et non ceux qui font les autres
plaindre. En o\xixe, prendre ei défendre ne riment pas Sivec pleindre
BIBLIOGRAPHIB 97
et eaieindre. Je propose donc : 537. ceindre. 538. destreifidre. — 554.
non]? La leçon du msc. n'est pas sûre; la première lettre commence
avec la forme d'un n, après il y a une petite tache. — 558. ^,'«^. —
565. «an».— 567. Issi soleiz {t)perere (corr. perier) garder, ^^Les vers
567.8. sont transposés dans le msc. , mais leur vraie place est indi-
quée par un signe de rappel. — bl^.machie.mscr, — 573.re/rapa. — 574.
uescot (u souligné et corrigé en r) tre {e surmonté d'une abréviation) ,
— 575./Si7(l.cil) s'emmarit et cil 8'engabe= L'un s'en fâche et l'autre
s'en moque. — 577. cher] ms. ch'es (avec abréviation entre cA et «,)
corr. chiers. — Après ce vers, on en lit dans le ms. un autre : Qtwir
H uilen portât les sûpea, qui e§t reproduit, mais corrigé dans la ligne
suivante. — 578. aomes (o surmonté du tiret horizontal). — 579.
quant ] q^, — 580. cheualiera,—' 582. crestien eulien, le premier biffé.
— 585. L'initiale manque comme souvent. — 600. Changer le point
en virgule. — 619 dit msc. -635. mereier] mènoier. — 638. depris.--
648. Gorr. (*?) : Qui seront mal etdegené. — 660. L. Mis^ est justise.
— 662. Il faut lire D'escommunge. — 669. entreamer. — 673. Li —
l'initiale manque comme 801 (lisez : [A]s), 873. voir la note de
M. B., 973. 1253. — 679. sanz. — 683. seime(i surmonté du tiret
horizontal; = seinme, — 683. hère, corrigé par l'éd. en kerce; j'y
verrais volontiers la 3. sgl. du présent^ara^; ici, dans le sens res-
treint: recouvrir avec la charrue. — 685. paliz. — 697, uigne{i
surmonté du tiret horizontal )= vingne, — 698. enerre]. J'ai repro-
duit fidèlement les traits du msc, qui donne plutôt enerde. — 699.
grinne = grigne. On connaissait déjà grignier et grignos, — 702.
Ne il, qui est la bonne leçon, n'est pas ne illum, mais ille, se.
vilain. — 712. retreites, — 719. que] q^K — 723, 727. ge. — 728.
quei{s)] çfis, — 729. parseit ] par sert [ servit), — 735. quana g. etq
v^surmonté du tiret horizontal) semote (o avec le tiret horizontal) ? —
736. iarbe. — 746. MM. ï. et B. corrigent le vers. Je le trouve
parfait ; seulement il faut lire regain, c'est ce que demande là rime.
Voir le simple ga-in, cité par Henschel et assuré par la rime.
— 747. féal] le msc. donne JoeZ ou jcel = icel, — 749. contant. —
750. vaïr a. été bien expliqué par M. B. ( = i;ic?erc ); l'autre mot
qui l'embarrasse est el nombre. — 761. A cel {l en surcharge) q
( surmonté de i ) set. — 7G2. goûtes. — 766. dôme ( 1. deme, comp.
745) . — lioS. Force qnepoeut emjoir (?)== Por ce que n^ eii poeit joir (?).
— 769. Garder Dex: Dieu fut bon prêtre du don d'Abel (?), puis-
qu'il accepta et brûla l'offrande. — 770- mein. — 111.' Puis l'ar^
tût osunfou(^o au-dessus d unw pointé) celistre. — 780. U soi] losot
(l'osait). — 781. enhait en un mot. — 783. ensenble. — 792. eei'
sance, que M. B. lit reisance, que je ne connais pas, est écrit dans
98 BÎBLfOaRAPHiE
le ms. /eisahce, qui convient parfaitement. Pour son sens, i^8îf le
gl. fç. de D.-C. s. V. /aisance %— 192. funt] ms. st' (avec abrévia-
tion J = sunt, c'est-à-dire « sunt vobis mali magistri.» — 795. sedes-
tre] je lis sodesire; je ne connais ni l'un ni Tautre.— 803. segim. —
804. hial, — 805. Menesteral. — SOS ,areckeanl mse. — Si^.covetsUse,
—814. ne faut-il pas quauque =quaiemque ? — Sih.ddt. — 817. eive,
— 83 i . Mescil en reseit, — 837. IL — 847. Draa viezsi ( msc.) chne
Van treis ( msc. i^is) peire. — 848. la quitance, et non sa quitance,
859. corr.«'eZ« (se. sa femme) n'i. — 861. Mes face la beivre a la jalle
(v.Diez II c. et D. G.s.v.; c'est le même vaisseau qui, 865, est
nommé la seille. — S^Z.acoust, je crois avoir lu odorat; il me semble
que le sens de ce vers doit être : et qu'il la batte ; — corr. atorni,
869. pmeitre (tiret horizontal au-dessus du/?) = premeitreaiu. lieu de
prametre; cf. tremeitre 872. — 882. M . B. a bien lu. — 885 (sa desmé
ri?nde) Delgaain qu'il porj, ve[e]ir = qu'il pourra apercevoir. — 888.
aveir — 890. /Sow» — ne ne (e surmonté du tiret horizontal) e8tende^S9\.
ci] ai.— 892.^6 w'ôTi saj,l. sai. — 893. =B.— 897. msc. Ne fats (a et t
pointés, ien surcharge=-^e^s = feci {féis serait la 2™« personne)—
fet doit être corrigé. — 901. Qu^n. — 909. Qmi dez (decem) dez p (avec
abréviation semblable au 8 horizontal) {== por)M{?).i,fètil (f)pre8te.
— 911.Zc^. — 912. ceste ( cessitat) de M. B. exisle-t-il réellement
en v.fç.? — 913. ma^s — 924. Parjura s'en v. i.i.i. ounof=huit[fei8']
ou nof. — 933. msc. quedoye [que avec une abréviation qui n'est pas
le tiret horizontal), (inconnu) — 945. cegoine — 956. cAarone (o avec
tiret horizontal). — 949. voz— 950. = B — 954. lire avec T. — 961.
= B. — 969-971. nos] vos. — 911. =B.-— 973. L'initiale D manque.
— 991. ne voie, voie ne peut être ^ videat, qui donnerait dans
notre texte veie, Corr. nen oie .ssnon audiat. — 1001. que. — 1004. ^ar
un = per unde, au lieu de /^ar où ; voir ma note dans la Eoma-
nische Zeitschrift^ I, 148. pour le v. 612. — past est le subj. àe passer
— 1032. l'afeite — 1035. meniere — 1041. tient] msc. t*it=i trait —
1048. corr. Que, — 1057 se'] sei — Î074. prier] pHer (avec abrévia-
tion au-dessus du p) = preier. — 1075. trouer du msc. est tout sim-
plement trover = trouver. — 1083.. isi — J084. Dun — 1104. msc.
ruer. — 1105. i.jieu. — 1109. piquenpance. —H 10. sanz — {i'il croffe
— 1123 V. à peine lisible ; on voit q. comme Lunfor(f) tet (f'j
7(e^abrégé) laate polie. — 1124. roffle. — 1131. /ame. — 1139. S'unl
point après^^ai/e. — 1147. corr. celei, — 1156. corr. de. — 1160 re
leison.-^\ 174. [.qui ques (=queles) treisse=^trmsse na lieu de*truei8se.
— 1176. toz. — 1185. la corr. do B.est bonne, mais n'est pas néces-
saire (quomodo illud cogito, je peut manquer). — 1199. ase-ent est de
trois syllabes, quoi qu'en dise M. T. — corr. (chasteaus) [et] as. —
B[BLIOGRAPHIE 99
1206. Seit — 1216. Cfefo. — 1223. javenor étant de deux syllabes, il
faut corr. [Et] H, etc. — 1229. norie. — 1233. marc^'é».— 1235. oil]
cil — 1236. clos et enp. — 1253. L'initiale manque. — genz — 1263]
osez, — Le vers 1267 est de la façon de l'éditeur, de même que le
v,1286. — 1270 suz] auj. —1271 . dapnez] msc. dagvqit)-- 1279. il
manque une syllabe (à dreit). — 1293./eî*a] si je ne me trompe, le
msc. donne /re««. — 1301. Orapauz. — 1311. corr. MichieL — 1329.
preiere, de même 1337. nozpreieres, — [ySS.Estemure T., Eatenvre
B. Estemôre, msc. — On connaît les habitudes des copistes nor-
mands, qui écrivent ie au lieu de d, et vice versa. C'est ainsi que la
bonne forme est Estienvre, qui se trouve, par exemple, dans le Ro-
man du Mont-Saint-Michel, v. 65. — 1340. Z)on — 1344. noz,
Wendelin Foerster.
PERIODIQUES
Romania, 24. — P. 481. P. Meyer, Mélanges de poésie française.
Cet intéressant article se divise en quatre parties : 1<> Fragments
d*une rédaction de Garin le Lorrain en alexandrins ; 2° le Poëme de la
Croisade^ imité de Baudri de Bourgueil, fragment nouvellement dé-
couvert ; 3o un Prologue en vers français d'une histoire perdue de Phi-
lippe-Auguste; k? xm Plaidoyer en faveur des femmes. Le curieux frag-
ment du poëme de la Croisade est accompagné d'un /ac-wz/iiVe pho-
tographique. P. 492, Saveircoment illefront, que M. P. M. corrige en
Saveir corne le feront, doit se lire S. com le feront ou, si l'on préfère se
tenir plus près dums., S. cornent le front. P. 497, v. 33-34, reportez
la virgule du v. 33 après por voir du vers suivant. P. 502, v. 43,
au lieu de Mes unes jens desloisont la, lûsez Mes unes jens la desloifont, .
Ihid. Je ne comprends pas le v. 45. V. 48, je lirais [Ejpriegne d'els,
V. 87, il n'est pas nécessaire de changer la leçon du ms., la pré-
position à pouvant .se sous-entendre en pareil cas. — P. 504. jV.Mo-
rel-Fatio, le Roman de Blaquema, notice d'un ms. du XIV^ siècle.
Étude irès-soignée. M. M. -F. a eu soin de mettre en regard le
texte du ms. Piot et celui de Tédition de Valence, 1521, et, à la fin
de son travail, le texte latin en regard des deux autres. Sans entrer
dans des recherches philologiques minutieuses, qui n'auraient pas
reposé sur une base suffisamment étendue, M. iVI.-F. fait remar-
quer que la langue du ms. Piot est un catalan fortement impré-
gné de formes provençales. Il ajoute que cette particularité est im-
'. --, •^'•
* ' '.
100 PERIODIQUES
putable au copiste plutôt qu'à l'auteur, Ramon Lull, dont un autre
ouvrage, le Libre de maravelles, est au contraire écrit dans un cata-
lan relativement très-pur. — P. 529. E. Gosquin, Contes populaires
lorrains recueillis dans'un village du Barrois, à Montiers-sur-SauIx
(Meuse) (suite). Voici les titres de ces différents contes : le Petit
Bossu, Richedeau, la Biche blanche, Jeanne et Brimboriau, le Poirier
d'or, avec une variante t les Clochettes d'or», la Laide et la Belle,
le Cordonnier et les Voleurs^ le Sifflet enchanté, Ropiquet, le Taureau
d'or, la Pouillotte et le Coucherillot, le Foie de mouton, l'Homme de
fer, — P. 588. Mélanges : 1° Pruehes(G[, P. ). Explication définitive
et complète de celte vieille locution française. 2o Deux Jeux-ParUs
inédits d'Adam de la Halle (Gaston Raynaud ). Ces deux jolies piè-
ces avaient été oubliées par M. de Goussemaker, éditeur des œu-
vres complètes du célèbre trouvère artésien. P. 593, v. 47, cane est
une faute de lecture ou d'impression. Lisez tarie, tourmente. 3oXe
redoublement des consonnes en italien dans les syllabes protoniques (Hugo
Schuchardt) . Article concluant dans sa brièveté. 4<^ Charrée(=cQTL'
dre lessivée), (=appât) (Gh. Joret). Lapremièrede ces étymologies
reste douteuse. Joindre aux différentes formes citées le limousin
tsadrier, que m'indique M. Ghabaneau. 5° Un débat chanté {y .^miih),
6® Fragmentd'une complainte du Juif-Errant ( V. Smith ). M. V. S.
prouve que certaines allusions à des faits historiques feraient re-
monter la composition de ce fragment à 1592 ou 1596. — P.
600. Corrections, M. P. Meyer revient sur les textes publiés par
lui dans Xd^ Romania^ d'après le ms. bourguignon, addit. 15606 du
Musée britannique, faisant de lui-même les corrections que lui a
révélées une seconde et plus attentive lecture de l'original. P. 603,
1. 31, et règne avec lui sanz lui. Lisez « et règne avec lui sans^. »
P. 604 ( P. S.) £)é sa main se soigna. Lisez, avec M. Constants,
selgne = signât. Revertir ne convient pas autant pour la forme
que pour le sens, du moins si on le rapproche de la leçon du
ms. reparir, — P. 605. Comptes rendus: 1° A. Darmesteter, De
Floovanle vetustiore gallico poemate et de merovingo cyclo (G. P . ) .
Compte rendu très-détaillô de la thèse latine de M. A. D., et fa-
vorable, sauf quelques réserves. 3° E.-L. Edstroem, la Passion du
Christ, poëme provençal d'après un ms. inédit de la Bibl. de Tours.
Gœteborg, 1877 (P. M.). Peu favorable. 4» Gaston Raynaud, Étude
sur le dialecte Picard dans le Ponthieu, d'après les chartes des XIII®
et XIV- siècles (1254-1333). Paris, Franck 1876, in-8o, 123 p.
(G. P. ). M. G. P. reproche à l'auteur un peu de précipitation et
une certaine obscurité, mais trouve que son mémoire est bien exé-
cuté etapporte des résultats intéressants. 5^ James-Bruys Andrews,
0 ^
GHROMQUË loi
Vocabulaire frcmçaib-mentonaia, Nice, 1871. in-12, 174 p (P. M).
Peu favorable. 6" Abbé Léon Bellanger, Études historiques et phi-
lologiques sur la rime française. Essai sur l'histoire de la rime, prin-
cipalement depuis le XV® siècle jusqu'à nos jours. Paris, Mulot,
1876; in-8«, 302-26 p. (G. P. ). Favorable. — P. 626. PéHodiques.
— P. 685. iMronique, A. B.
CHRONIQUE
Le Comité dont nous annoncions la formation dans l'avant-
dernier fascicule de la Revue s'est donné le nom de Comité des
fêtes latines^ et il a constitué son bureau de la manière suivante :
Président: M . Charles de Tourtoulon. Vice-Présidents: MM. Louis
Faliès, Léon Mares, Ernest Michel et Charles Revillout. — Trésorier:
M. B. Cantagrel. — Secrétaire: M. Alphonse Roque-Ferrier.
L'adhésion récemment donnée par V Institut des Provinces, la Société
de tirde l'Hérault^ Fa Cigale, le Parage, la Pomme et d'autres associa-
tions méridionales, aux fêtes qui doivent solenniser le Concours
latin, ont développé le programme primitif dans une telle mesure,
que le Comité s'est demandé tout d'abord si la deuxième quinzaine
du mois de mai ne devait pas être préférée à la date déjà tradition-
nelle du mardi de Pâques. Sur l'avis de M. de Quintana, le Comité
s'est rangé à la première opinion, et il a décidé que les fêtes seraient
reportées au 22 mai et dureraient jusqu'au 27 inclus <.
Le programme définitif ne devant pas être arrêté avant la fin de
mars, nous devons nous borner à signaler les décisions prises
jusqu'ici :
un Concours des musiques civiles du département de l'Hérault
et des départements limitrophes aura lieu les 25 et 26 mai. Il sera
complété par un Concours de hautbois et de tambourins, et par un
Concours de musiques militaires, si Tautorité compétente l'autorise.
Dans sa séance du 9 février, le Comité a fixé, en outre, les condi-
tions d'un programme d'archéologie et de critique musicales, por-
tant sur les quatre sujets de prix qui suivent:
I. Un choix de chants populaires communs au bas Languedoc,
à la Catalogne et aux îles Baléares, donnant en regard du texte et
de l'air bas-languedocien le texte et l'air catalan, ainsi que les prin-
cipales variantes ;
II. Un choix de chants populaires des peuples de race latine
ayant, comme VEscriveta ou la Pourcairouna, dans le midi de la
France, une sorte d'intérêt historique ou national. Ce recueil, né-
cessairement très-limité, serait accompagné des principales varian-
tes du texte et de la musique.
* A la suite de cette décision, lé délai d*envoi des inanuscrits el des
imprimés au Concours philologique et littéraire de la Société des langue
romanes a été prorogé au 1*' avril prochain.
102 CHRONIQUE
m. Un choix de pièces de musique inédite, de quelque ^enre
qu'elles soient, appartenant au midi de la France par leur ongine
et antérieures a.u xviie siècle.
IV. Une étude des airs de musique : Ai un ped que me dbu, —
Coumpagnous de Lezignan, — la Giroundela canla, etc., indiqués
en tète des couplets de ï Opéra de Frontignan^ ^ de V Opéra d'Auhaià^ ,
du Trésor de Substantion ^ et des pièces de théâtre biterroises* et
toulousaines des xviie et xviiie siècles. L'auteur de celte étude
aurait aussi à examiner si les poètes du théâtre biterrois n*ont pas
quelquefois utilisé dans leurs comédies des fragments de véritables
chants populaires.
Les manuscrits doivent être adressés à M. Alphonse Roque-
Ferrier, secrétaire du Comité des fêtes latines et de la Société des
langues romanes, ou bien à M . Vincent, secrétaire de la Commis-
sion de musique des fêtes, avant le 10 mai prochain, terme de ri-
gueur.
A la première pensée de ce Concours se rattache indirec-
tement un sujet de prix proposé par M. Baudouin, secrétaire
de la Cigale : une étude biographique et critique sur un peintre
de Montpellier ou de l'école de Montpellier aux deux derniers
siècles 6 .
La Société de tir de V Hérault et son président. M. Léon Mares, ont
arrêté les conditions d'un Concours international de tir, auquel
seraient spécialement invités les tireurs de Barcelone, de Valence,
de Tarragone et des îles Baléares.
La coupe votée le 21 mai 1876, à Avignon, par TAssemblée gé-
nérale du Félibrige, sera remise aux Catalans dans l'enceinte de la
promenade du Peyrou. Elle sera précédée et suivie de l'exécution
musicale d*airs populaires ou nationaux des pays néo-latins.
C'est également au Peyrou, le samedi 25 mai, que l'attribution
solennelle du prix du Chant duLatinsera. présidée par M. de Quin-
tana.Un compositeur espagnol du plus remarquable mérite, M. Pe-
drell, a mis en musique, pour celte journée, la Can^ llatina du
poète et député de Toroella de Montgri.
Les grands Jeux floraux duFélibrige seront présidés par M. Mis-
tral, le vendredi 24 mai; la distribution des prix du Concours inter-
national de tir, par M. Mares, le dimanche 26. Une large part sera
faite aux jeux et aux divertissements populaires. On veut remettre
en usage certaines danses, certains jeux du moyen âge : le che-
valet, les treilles, le perroquet, la danse des faucheurs, leô Joutes
1 Opéra languedocien de Nicolas Fizes, imprimé par M . Léon Gaudin
dans la Hevue des langues romanes et tiré à part sous ce titre : V Opéra
de Frounlignan, obra galoya, a^^coumpagnada de découratieous de
tliéâlre e de symphonias escarabilladas (1679), publié d'après un ancien
7715. inédit et suivi de quelques autres poésies patoises, également inédites,
du même auteur; Montpellier. Séguin, in-8o, 120 pag.
2-* Opéras- vaudevilles deTabbé Favre.
^ Elles ont été publiées dans le BuUetin de la Société archéologique de
Béziers (XSii étonnées suivantes).
^ Un tableau ou un objet d'art sera décerné comme récompense. Les
manuscrits doivent être adressés au Secrétaire du Comité des fêtes latines,
à Montpellier, avant le 10 mai prochain.
CHRONIQUE 10$
Tiautiques.On veut même organiser, pour l'après-midi du dimanche
26 mai, une entrée successive des animaux qui, comme la tarasque
-à Tarascon, le chameau à Béziers , le bœuf à Mèze. le loup à Lou-
£ian, le poulain à Saint-Thibéry et à Pézenas, l'âne à Gignac et à
ansargues, sont, aujourd'hui encore, le prétexte de fêtes populaires
-fort originales .
Le lundi serait consacré à la visite de Maguelone et à la séance
littéraire du Parage, tenue, selon l*usage, à l'abri des murs de l'é-
glise, en face du soleil et de la mer. M. Roumieux réserve à cette
réunion la deuxième et la troisième partie de sa Jarjaiado, encore
inédites. Quelques personne^ étudient, de leur côté, la possibilité
de faire représenter, avec la musique du moyen âge, un des mys-
tères en ancienne langue romane du midi de la France.
La journée du Parafe serait terminée par un banquet d'un genre
nouveau, car il aurait lieu au bord de la mer et serait exclusive-
ment composé de poissons de la Méditerranée ou des étangs. Au
dessert seraient lus les plus beaux sonnets du Concours sur la Mer
JaUne, pour lequel M. de Berluc-Perussis a mis une médaille d'or à
la disposition de la Société des langues romanes.
Des excursions particulières sont indiquées pour le 28 mai dans
les bois de Montferrier et delà Valette, à la grotte des Demoiselles, à
Saint-Guilhem-le-Désert, etc.; le 29, une grande fête de nuit serait
organisée dans le port de Cette, de manière à coïncider avec Pou-
verture de l'Exposition de la Société d'horticulture de l'Hérault.
Le lendemain, 30 mai, jour de l'Ascension, sera tenue à Béziers
In, jsétLnce solenneWe de la, Société archéologique àe cette ville. Nous
e^pait-il permis de souhaiter que la jeunesse biterroise pût trouver
dans cette autre coïncidence l'occasion de ressusciter l'ancienne fête
de Caritach, le jeu du Roumani et les divertissements si curieux qui
^n formaient autrefois le caractère obligé ?
M. Mistral vient de faire distribuer le prospectus du Dictionnaire
provençal-français qui depuis vingt ans, depuis l'apparition de Ca-
hndau surtout, était devenu l'objet principal de ses travaux. Le
spécimen qui fait suite au prospectus donne une excellente idée
de la richesse de l'ouvrage et de la disposition des matières qui le
composeront. Ce sera bien là l'encyclopédie alphabétique et popu-
laire, le trésor de ce dialecte provençal que l'auteur avait restitué,
comme langue, dans ses deux grands poèmes et dans ses Hes d'or,
et à qui il élève aujourd'hui un monument philologique d'une im-
portance capitale.
Le Dictionnaire provençal-français, ou Trésor dôu Felihrige, contien-
dra: «tous les mots usités dans le midi de la France, avec leur signi-
fication française, les acceptions au propre et au figuré, les aug-
mentatifs et diminutifs, et un grand nombre d'exemples et de ci-
tations d'auteurs ; — les variétés dialectales et archaïques à côté de
chaque mot, avec les similaires des diverses langues romanes; — les
radicaux, les formes bas-latines et les étymologies;— la synonymie
de tous les mots dans leurs divers sens; — le tableau comparatif des
verbes auxiliaires dans les principaux dialectes; — les paradigmes des
104 CHRONIQUE
verbes réguliers, la conjugaison des verbes irréguliers et les em-
plois grammaticaux de chaque vocable;— les expressions techniqued-
de l'agriculture, de la marine et de tous les arts et métiers ; — le»
termes populaires de l'histoire naturelle, avec leur traduction scien-
tifique; — la nomenclature géographique des villes, villages, quar-
tiers, rivières et montagnes du Midi, avec les diverses formes an-
ciennes et modernes; — les dénominations et sobriquets particuliers
aux habitants de chaque localité ; — les noms propres historiques et
les noms de famille méridionaux ; — la collection complète des pro-
verbes, dictons, énigmes, idiotismes, locutions et formules popu-
laires ; — des explications sur les coutumes, usages, mœurs, insti-
tutions, traditions et croyances des provinces méridionales; — des
notions biographiques et historiques sur la plupart des célébrités»
des livres ou des faits appartenant au Midi. »
Il formera deux grands volumes in-4« et sera publié par sous-
cription, à 2 francs la livraison de cina feuilles.
Le nombre des livraisons s'élèvera ae quarante à quarante-cinq
environ. Le payement des souscriptions sera recouvrable au pro-
rata de la réception des fascicules.
Le manuscrit de l'ouvrage étant complètement terminé, l'impres-
sion commencera très-prochainement et sera continuée sans in-
terruption jusqu'à la fin.
Nous engageons vivement nos lecteurs à s'associer, par leuf
adhésion, au succès de l'œuvre du grand poète provençal.
On souscrit par carte postale chez l'auteur, à Maillane, par Gra-
veson (Bouches -du-Rhone).
* *
Dans le fascicule du 15 juillet dernier, nous annonçâmes pré«-
maturénient la distribution des Ordenamas et CoustumoB délLihM
blanc, rééditées par M. le docteur Noulet, et formant le tome III
des publications spéciales de la Société. Le travail de notre savant
collaoorateur est aujourd'hui terminé; il forme un volume d'environ
200 pages, comprenant, avec une introduction, le texte des Ordé-
nansas, selon l'exemplaire unique de 1555; un texte corrigé , toi'
glossaire des noms de rues, des notes sur les superstitions de
répoque et les équivalents qu'elles ont dans VÉvangile des Quê^
nouilles, un vocabulaire très-étcndu, presque toujours appuyé sur des
citations empruntées àla littérature toulousaine des xvi* et xvii« siè-
cles, et enfin l'index alphabétique des ouvrages cités.
La troisième livraison du Dictionnaire des idiomes romans du Midi
delà France^ par M. Gabriel Azaïs, a été distribuée au commen-
cement du mois de janvier Elle complète le tome !«' de l'œuvre de
M. Azaïs, lequel forme ainsi un volume de xvi-687 pages in-8* à
2 colonnes.
A. R.-F.
Le gérant responsable : Ernest Hamelin
Jdonipeilier, Imp. centrale du Midi. — HameUn Frères.
DIALECTES ANCIENS
L'EVANGILE SELON SAINT JEAN
• EN PROVENÇAL OU X1I1° SIÈCLE
tiré du ms. 33 de la Bibliothèque du Palais des A.rts, à Lyon
Le manuscrit qui nous a conservé ce vieux monument de la
langue provençale, connu sous le nom de Bible vaudoise,%e trouve
à la bibliothèque du Palais des Arts, à Lyon, dont il constitue
un des plus beaux ornements. Il contient les quatre Evan-
giles, les Actes des Apôtres, l'Apocalypse, les Epîtres de saint
Paul aux Romains, Corinthiens, Galates, Ephésiens, Philip -
piens, Thessaloniciens, Colossiens, et celle aux Laodicéens,
regardée comme apocryphe depuis longtemps. Après suivent
les Épîtres de saint Paul à Timothée, Tite, Philémon et aux
Hébreux, Ce volume, terminé par bon nombre d'oraisons,
aura été peut-être un rituel albigeois.
Le manuscrit forme un petit iu-8° à deux colonnes ; le texte
est écrit en très-petits caractères minuscules du XIIP siècle,
et Ton n'y trouve que peu de mots qui n'aient pas reçu toutes
les abréviations dont ils étaient susceptibles. On comprendra
que la lecture n'en est pas trop facile pour un lecteur peu
familiarisé avec cette sorte de textes.
Naturellement, le nôtre ne porte pas la division actuelle en
chapitres et versets ; celle-ci, comme on le sait, ne date comme
le texte même, que l'on appelle la Vulgate vaticane, que du
XVP siècle;celle en chapitres date du XIIP, il est vrai ; mais
elle n'a été généralement reçue que plus tard. Le Nouveau
Testament de Lyon a une division à lui ^ qui est marquée
dans le manuscrit par de grandes lettres majuscules, dont la
* La division du texte albigeois n'est pas non plus identique avec les
/.s^âXaia ammonio-eusôbiens.
9
106 DIALECTES ANCIENS
couleur est tour à tour rouge et bleue ; en outre, on y trouve
une division en versets, dont un trait rouge coupe la première
lettre. Nous avons marqué la première division, celle en cha-
pitres, par des lettres grasses, qui, chaque fois qu'elles coïnci-
dent avec la division actuelle, forment un nouvel alinéa. Nous
n'avons pas marqué la seconde division ; mais, pour faciliter
la comparaison de notre texte avec la Vulgate romaine, nous .
avons introduit le numérotage des versets dans le texte et
marqué les chapitres d'un chiffre romain mis à la marge.
La ponctuation du msc • est très-soignée ; seulement elle ne
correspond pas trop souvent à la ponctuation actuell^. Nous
l'avons respectée autant que le sens le permettait.
Il va sans dire que nous avons suivi de même rigoureuse-
ment l'orthographe du msc. Le texte en est généralement
très-soigné, et nous n'avons été forcé que très -rarement d'y
introduire des corrections. Les lettres que nous avons ajou-
tées sout mises entre crochets [ ], les lettres retranchées entre
parenthèses ( ). Nous n'avons pas régularisé strictement l'or-
thographe, qui n'est pas toujours la même, ni la déclinaison,
qui se trouve quelquefois violée ; là-dessus, comme sur les
autres ■ choses pareilles, on trouvera de plus amples détails
dans les remarques grammaticales qui paraîtront dans une des
prochaines livraisons, où nous traiterons les traits , les plus
saillants de la phonétique et de la morphologie qui sont pro-
pres au dialecte de notre Bible.
Quant au texte lui-même, il diffère plusieurs fois sensible-
ment de celui de la Vulgate vaticane, aussi bien que de celui
de saint Jérôme (on sait que ces deux derniers ne concordent
pas toujours ensemble) ; le traducteur n'a pu altérer sciem-
ment un texte canonique généralement reçu, puisqu'il n'y en
avait pas alors, mais il a suivi une rédaction dont nous possé-
dons assez de traces dans certains manuscrits latins.
On trouvera la description de notre ms. dans Gilly : tlie Ro*
fnaunt Version of the Gospel according to st. John, etc.; Lon-
dres, 1848, p. Lix-Lxi. Quant à la note : « ir (le msc.) is preser-
ved in the public library of Lyons (bibl. delà ville), and its no is
60», il faut ajouter qu'il a été restitué plus tard à la bibl. du
Palais des Arts, où il se trouve actuellement
ÉVANGH B SELON SAÏNT JEAN 107
On sait que le livre de Gilly (qui, parait-il, est devenu
extrêmement rare) contient le texte provençal de TÉvangile
selon saint Jean d'après les manuscrits de Dublin et de Paris
(8086)*, ce qui nous a déterminé à publier, pour le moment,
la partie correspondante de la Bible lyonnaise, pour en facili-
ter la comparaison.
II va sans dire qu'un texte d'une si grande valeur que le
nôtre réclame péremptoirement une édition complète, aussi
exacte que possible. Nous nous livrerons à ce travail et nous
tâcherons de le rendre digne de l'importance qui lui est due,
autant que nos forces le permettront, quand nous aurons con-
staté qu'une édition complète de ce texte, commencée il y a
trois ou quatre ans par une dame anglaise et interrompue de-
puis quelque temps, est définitivement abandonnée.
Espérons pourtant que notre publication de cette partie du
texte servira d'enicouragement à l'éditeur anglais pour persé-
vérer dans son travail, et pour mener à bout une entreprise
si utile au monde savant.
Je m'empresse d'adresser ici mes remerciements au direc-
teur de la bibliothèque du Palais des Arts, à Lyon, le célèbre
poëte M. Soulary, à qui je dois la permission d'y avoir pu
travailler en pleines vacances (1872). En outre, c'est un de-
voir sacré que je vais remplir en rendant les hommages dus
à l'obligeance du savant bibliothécaire du même établisse-
ment, M. de Valons, qui m'a facilité mes travaux en me don-
nant les indications les plus utiles. C'est encore à lui que je
dois la révision du premier chapitre de notre texte, que je ne
possédais que dans la copie de Gilly, l'édition anglaise, qui
fourmille de fautes grossières, ce qui s'explique facilement par
ce que j'ai dit auparavant de Pécriture du manuscrit.
W. Fœrster.
**Ce dernier texte a été imprimé encore une Ibis par M. Wollenberg
(Berlin, 1868), qui n'avait pas connu l'édition de Londres, où figure,
en outre, le premier chapitre de l'Évangile de saint Jean d'après les ms.
provençiux de Grenoble, Zurich, Lyon, Paris (6833) . •
L'EVANGILE SELON SAINT JEAN
I [F. 78 bis ^2] 1. xn principioeratuerbum. etuerbum erat
X apud deum e deus era la paraula. —
2. Aisso era el comenzament ab deu. — 3. Totas causas so
faitas per lui. e senes lui es fait nient. — 4. Zo qu'es fait en
5 lui era uida e la uida era lutz dels homes ~ 5. E la lutz lutz
en tenebras.e las tenebras non la presero. — 6. Vs hom fo
trames de deu. al quai era noms Jouans. —7. Aquest uenc en
testimoni. que testimoni dones de lum. que tuit crezesso per
lui. — 8. No era el lutz. mais testimoni donec de lum. —
10 9. Era lutz uera que enlumena tôt home uenent en aquést mon.
10. El mon era el mons es fait per lui el mons nol conoc. —
11. En sas propr[i]as causas ueo e li sei nol receubero. --
12. Mais cantz que cantz lo receubero. dec ad els pozestat(z)
esser fait filh do deu. ad aquels que crezo el nom de lui. —
15 13. li cal no so de sanc [78^^1] ni de uolontat de carn ni de delet
de baro. mais de deu so nat. — 14. E la paraula es faita
carns et estec e nos. E uim la gloria de lui enaissi co,ma
gloria d'u-engenrat del paire, ple(s) de gracia e de ueritat.
— 15. Jouans testimoni portée de lui e cridaua e dizia.
20 aquest es de que eu dissi. qui es a uenir seguentre mi. quar
abantz de mi es faitz. qui primers de mi era. — 16. E de
la plenetat de lui nos tuit rcceubem gracia per gracia.
• 17. que la leg per Mojsen es dada, gracia e ueritat per Jhesu-
Crist es faita. — 18. Ane dcgus hom no ui deu. lo âls us-
25 engendratz lo quais es el se delpaire, el mezoiss o recontcc —
19. Et aquest es lo testimonis de Jouan. cant tramesero li
Juseui de Jherusalera preuoires c diagues ad el quel ente-
rogucsso. quais est tu ? — 20. K confessée e uo neguec. e cQn-
fessee. quar eu no so Cristz. — 21. E demandero li, adoncas
30 cals causa? Helias est tu? E dix. no so. Propheta est tu? E
respos. no. — 22. Adoncas dixero a lui. Quais est? que donem
resposta ad aquestz que nos tramezero. que dizetz de tu [78bv2]
mezeis? — 23. E dix. Eu so la uotz dei cridant el désert, en-
dressatz la uia del senhor. enaissi cum dix Ysaias lo propheta.
BVANGULB SELON SAINT JEAN 109
— 24. Et aquilhi que auian estât trameissi era dels Fariseus, — 35
25. E demandero li e dixero. adoncas per que batedas si tu no
est Crisiz ni Elias ni propheta? — 26. Respos a lor Jouans
dizentz.Eu bateigi en aiga. mais e meg de uos esta lo quai uos
no sabetz. — 27. el es que après mi es uenidors lo quais enantz
de mi fo faitz. del quai eu no so dignes qu'eu deslie lo 40
coreg de la causamenta de lui. — 28. Aquestas causas foro
faitas en Betania part ilum Jorda on era Jouans bateiantz. —
29. Eil autre dia ui Jouans Jhesu uinent a si e dix. uec uos
Fanhel de deu. uec uos lo quais toi los pecatz del mon. —
30. Aquest es del quai eu dissi. après mi ue bar lo quais fo 45
faitz denant mi. quar primers de mi era. — 31. Et eu no sabia
lui. mais que sia manifestatz en Israël, em per aisso uengui eu
en aiga bateiantz. — 32. E Jouans donec testimoni dizentz. quar
eu ui resper[79*' 1] it deissendent enaissi coma colomba del
cel et estec sobre lui. — 33. Et eu no sabia lui. mais lo quais 50
me trames bateiar en aiga, el dix a mi. sobrel quai ueiras
Tesperit deissendent. et estant sobre lui. aquest es que bateia
en sant esperit. — 34. Et eu ui. e donei testimoni. car aquest es
filhs de deu. — 35. De rescaps el autre dia estaua Jouans e
doi dels decipols de lui. — 36, E regardantz Jhesu anant dix. 55
uec uos Crist l'anhel de deu. — 37. E li doi decipol auziro lui
parlant, et seguiro Jhesu. — 38. Mais Jhesu uiratz e uezentz
aicels sçguentz si, ditz ad els. qui queretz? — Li quai dixero
a lui. Rabbi. que es ditz enterpretat maestre. on estas? —
39. Ditz ad els. uinetz et ueiatz. Vengro e uiro on estaua. et 60
ab lui estero aicel dia. Mais la ora era aissi co dezena. —
40. Mais era Andreus fraire de Simon Peire us dels dos li cal
[auian] auzit de Jouan e Tauian seguit. — 41. Aquest atrobec
primeirament Simon lo seu fraire e dix a lui. Nos auem trobat
Meissias. [79^2] que es enterpretatz Cristz. — 42. Et amenée lo 65
a Jhesu. Mais Jhesu esgardantz lui dix. tu est Simon fils de
Joanna. tu seras apelatz Cephas qui es enterpretatz Peire. —
43. En Tendema uolc issir en Galilea. et atrobec Philip, e dix
ad el Jhesu. seg me. — 44. Mais era Philips de Betsaida delà
ciutat d'Andreu et de Peire. — 45. Atrobec Philips Nathanael 70
e dix a lui. lo quai escrius Mojsen en la leg e li prophetas,
atrobem Jhesu fil(s)de Josep de Naçaret. — 46. E dix a lui
Nathanael, de Nazareth pot esser alcuna causa de be ? Ditz a
110 DIALECTES ANaENS
lui Philips, uei e ueias, — 47. Vie Jhesu Nathanael uinent
75 a si e dix dç lui. uec uos uerament Israelitenc el quai no es
engantz.— 48. Dix ad el Nathanael. don me conoguist ? Respos
Jhesu e dix a lui. primeirament que Philip te apeles cum fosses
sotz lo figuer te ui.— 49. Repos a lui Natanael e dix. tnaestre
tu est fils de deu. tu est reis dlsrael. — 50. Respos Jhesu e
80 dix a lui. quar dixi a tu. cum ui tu sotz lo figuer crezes.
maior causa d'a[que]stas ueiras. — 51. E dis ad el(s). Ve*
[79v Ijrament uerament die a uos. uos ueiretz lo cel ubert
els angels de deu puiantz e deissendentz sobrel fil del home.
85
E'
II 1 . T^t el tertz dia nossas foro faitas en CanaGalilea. et era
la maire de Jhesu aqui. — 2. Mais fo apelat Jhesu
e li decipol de lui a las nossas. — 3. e defalhent lo ui. dix la
maire de Jhesu ad el. No an ui. — 4. e dix a lei Jhesu. Qui
es a mi et a tu, femna ? Encara no uenc la mia ora. — 5. Ditz
la maire de lui als ministres. Qualque causa dira a uos,faitz. —
90 6. Mais eran aqui .vi. uaissel de peira pausatz. segon lo nedeia-
ment dels Juzeus, prendentz senglas mesuras o doas o très. —
7. E dix ad els Jhesu. Ompletz los uaissels d'aiga. Et ompliro
los entro desus. — 8. E dix ad els Jhesiv Pozatz ara e portatz
ad archit[r]icli. E portero. — 9. Mais depuiss que ac tastat archi-
95 t[r]iclis lo ui fait d'aiga. e no sabia don fos. mais li ministri o
sabian que auian pausada Taiga. archit[r]iclis apela Fespos. —
10. E ditz a lui. Totz hom pausa primer lo ff. 79^ 2J bo ui.
E cum seran eniorat. adonc aquest qu'es plus auols. Mais tu
seruest lo bo ui entro encara. — 11. Mas aisso fe Jhesu enco-
100 mensamentde signes en Cana Galilea e manifestée la sua gloria.
e crezero li decipol de lui. — 12. Apres aquestas causas deissendec
el Cafarnaum el ela maire de lui. e lifraire de lui. e li decipol de lui
et estero aqui no montz dias. — 13. Et era prop la Pasca dels
Juzeus e Jhesu poiec en Jherusalem. — 14. E atrobec el temple
105 los uendentz los bous, e las ouelhas. e las colombas. els cam-
biadors sezentz. — 15. E cum agues fait coma coreiada de cor-
detas, totz los gitec del temple, atressilas ouelhas els bous, et
espars Fauer dels cambiadors. è trastornec las taulas. -— 16. e
ad aquels que las colombas uendian. dis. Ostatz aquestas cau-
110 sas d'aici e nio uulhatz far la maiso del meu paire maiso de
mercadairia. — 17. Mais recordero se li decipol de lui. quar
EVÂNGILB SELON SAINT JEAN lll
escriut es. la eueia de la tua maiso maniée [f.80' 1] mi. —
18. Adonc resposero li Juzeu(sj e dixero alui: Quai signa(s) de-
mostras a nos. quar aquestas causas fas? — 19. Respos Jhesu
6 dix ad els. Delhiatz aquest temple, et e très dias refarei lo. 115
— 20. Adoncas dissero li Juzeu. En .xlvi. ans fo edeficatz
aquest temple e tu en très dias refaras lui? — 21. Mais el o
dizia del temple del seu cors. — 22. Adonc co el fos resusitatz
dels morz, li decipol de lui se recordero que d' aquest o dizia.
E crezero a la escriptura et a la paraula la quai dis Jhesu. -^ 120
23. Mais cum fos en Jherusalem en la Pasca el dia de la
festa. mouti crezero el nom de lui vezentz las signas de lui
que fazia. — 24. Mais el mezeiss Jhesu no crezia si mezeiss
a lor. emper aisso que el los conoissia totz- — 25. e quar no
era bbs a lui que alcus dones testimoni del home, quar el 125
sabia aquo que era en home.
l.Mais era us hom dels Fariseus per nom Nicodemus prin- III
ceps dels Juzeus. — 2. Aquest uenc a Jhesu de nuitz e dis a
lui. Maestre nos sabem que [SC 2] de deu ueguist. Maes-
tre. quarnegusno pot far aquestas signas que tu fas. si deus 130
no sera ab lui. --3. respos Jhesu e dix a lui. Verament
uerament die a tu. si alcus no serarenatz de rescaps no pot
uezer lo règne de deu. — 4. ditz a lui Nicodemus. En quai
mesura pot hom naisser cum sia uelhs? doncas pot intrar de
rescaps el uentre de la sua maire e renaisser? — 5. respos 135
Jhesu. Verament uerament die a nos. si alcus no sera renaz
d'aiga e de .s. esperit no pot intrar el règne de deu.— 6. Aquo
que es nat de carn. carn es. Et aquo que es nat d'esperit.
esperitz es. — T.notmerauilhes. quar dissi atu.Coue uos nais-
ser de rescaps. — 8. L'esperitz on uol espira. e la uotz de lui 140
auzetz. mais no sabs don uenga o on ane. Enaissi es totz cel
q .e es natz d'esperit. — 9. Respos Nicodemus e dix alui. Co
podo esser faitas aquestas causas ? — 10 Respos Jhesus e dis
a lui. Tu est maestre en Jsrael et aquestas causas mesconois-
ses? — 11. Verament uerament die a tu. Quar aquo que(s) sa- 145
bem parlam [80^ 1] et aquo que uim testimoniiam. el nostre
testimoni no receubetz. — 12. Si eu las terrenals causas dissi
a uos. e no crezes. si direi a uos las celestials, en quai ma-
nera creizetz? — 13. E negus no puia el cel. sino aquel que
112 DIALRCTKS ANCIENS
150 deissendec del cel. lo fils del home que es el cel. — 14. Et
aissi co Mojses eissauzec lo serpent el désert, enaissi coue
esser eissausat lo fil de deu. — 15. Quar totz aquel que cre
en lui no perisca. mas aia uida durabla. — 16. Quar enaissi
amec deus lo mon quel séu fil .i. engendrât dones que totz cel
155 que cre en lui no perisca. mas aia uida durabla. — 17. Quar
deus no trames lo seu fil el mon. que iuge lo mon. mais que
sia saluatz lo mons per lui. — 18. Aquel que .cre en lui no es
iuiatz. mais qui noi cre ia es iuiatz. quar no cre el nom del
uengendrat fil de deu. — 19. Mais aquest es lo iudicis, quar
160 la lutz uenc el mon. et am[er]o li home plus las tenebras que
la lutz. quar las obras de lor ero malas. — 20. Quar totz cel
que fa mal açira la lutz. e no ue a [80^ 2] la lutz. que no
sian reprezas las obras de lui. — 21. Mais qui fa ueritat, ue
a la lutz que sian manifestadas las obras de lui, car en deu
165 so faitas. — 22. Apres aquestas causas uec Jhesu ab sos deci-
pols en la terra de Judea. et estaua la ab lor. e bateiaua. —
23. Mais era Jouans bateia[n]tz en Ennon costa Salim. quar
montas aigas eran la. E uenian et eran bateiat. — 24. Quar
encara Jouans no era estatz mes e la carcer.— 25. Adonc fo
170 faita questios dels decipols de Jouan ab los Juzeus de la puri-
ficatio. — 26. E uengro a Jouan e dixero li. maestre qui era
ab tu part fium Jorda. al quai donest testimoni. vec te aquest
bateia(t) e tuit ueno a lui. — 27. Respos Jouans e dix. Hom no
pot recebre alcuna causa sino sera donat a lui del cel. —
175 28. Vos mezeissi donatz a mi testimoni que eu dissi. eu ne so
Critz, mas que so trames denant lui. — 29. Qui a esposa es
espos. mais amix del espos lo quais esta et au lui, de gaug
s^esgauziss per la uotz del espos. Em per aisso aquest gaugs
meus es cump[82' l]litz. — 30. Lui coue creisser. mais mi
180 esser amermat. — 31. Aquel que uec desus. sobre totz es.
Qui es de la terra, de la terra es. et de la terra parla. Aquel
que uenc del cel. sobre totz es. — 32. Et aisso que uic et au-
zi; testimonieia. e negus no recep lo testimoni de lui. —
33. Mais cel que recep lo testimoni de lui, fa signe, quar deus
185 es uers. — 34. Quar acel que deus trames, parla las paraulas
de deu. Quar deus no dona esperit a mesura. — 35. Lo paire
ama lo fil. e totas causas donec en la ma de lui. — 36. Qui
ci'o el fil, a uida durabla. mais qui es encredols al fil, no ueira
uida. mas la ira de deu esta sobre lui.
EVANGILE SELON SAINT JRAN 113
1 A doncas depuis que Jhesu conoc quarliFariseu(s)auziro IV 190
JnL que Jhesu fa plusors decipols ebateia que Jouans.
— 2. Ja sia aisso Jhesu no bateies mas li decipol de lui. —
3. laissée Judea. et anec de rescaps en Galilea. — 4. Mas
couenialui traspasar per Samaria. — 5. Adoncas uenc Jhesu
on la ciutat de Samaria la quais es dita Sychar decosta Talo lo 195
([ual Jacob donec a Josep so fil. — 6. Mais era aqui [82' 2]
la fontz de Jacob. Adonc Jhesula (i)ssatz del uiage sezia enaissi
sobre la fontz. Mas la ora era coma seisena. — 7. Et uenc
una femna de Samaria pozar de Taiga. dix a lei Jhesu. Dona
a mi a heure. — 8. Mais li decipol de lui anero e la ciutat 200
que compresse maniar. — 9. Adoncas dix a lui la femna
aicela Samaritana.Enqualmaneiratu co sias Juzeus. requeres
de mi a heure que so femna samaritana ? Quar li Juzeui no
an paria ah los Samaritas. — 10. Respos Jhesu e dix à lei.
Si tu saubesses le do de deu e quais es aquel que ditz a tu, 205
dona a mi a heure, tu per auentura querias de lui que dones
aiga uiua — 11 . E dix a lui la femna. Senher e no causa as
en quen pozes. elpotz es nautz. doncas don as aiga uiua? — 12.
Doncas est tu maier del nostre paire Jacob que dec a nos le
potz? et el meteis bec de lui. e li fil de lui. e las bestias de lui. 2i0
— 13. Respos Jhesu e dix a lei. Totz cel que beura d'aquesta
aiga. sedeiara de rescaps. mais qui beura de raiga[82'^ 1 ]
la quel eu darei a lui. no sedeiara en durable. — 14. Mas
Taiga qu'eu darei a lui. sera faita fontz d'aiga salhant en uida
durabla. — 15. Mais ditz a lui la femna. Senher dona a mi 215
aquesta aiga qu'eu no sedeie. ni no uenga za pozar. - 16. Ditz
a lei Jhesu. Vai apela lo teu marit. e uei za. — 17. Respos
la femna e dix a lui. No ei marit. e dis a lei Jhesu. be dissist
que no as marit — 18. Quar .v. marist aguist. et aquestque
as no es lo teus maritz. d'aisso uer dissist. — 19. E dis a lui 220
la femna. Senher eu ueig que tu est propheta. • — 29. Li nostri
pairo azorero en aquest pug. e uos dizetz qu'en Jherusalem es
lo lox on coue azorar. — 21. E dix a lei Jhesu. femna creia
•
mi. quar uenra la ora quan en aquest pug ni en Jherusalem no
azoraretz lo paire. — 22. Vos azoratz zo que no sabetz. nos 225
azoram zo que sab'em. quar la [sajlutz es dels Juzeus.— 23. Mais
ue la ora et ara es. quan li uer azorador azoraran lo paire, en
esperit et en ueritat. Quar el paire [82^ 2] quer aitals que
114 DIALECTES ANCIENS
azoro lui. — 24. Deus es Tesperitz e aicels que azoran lui.
230 en esperit et en veritat coue azorar. — 25. E dix a lui la
femna. Eu sei que Messiasue lo quais esdigs Cristz. adoncas
cum el er uengutz. anonciara a nos totas causas. — 26. Dix
a leiJhesu. Eu so el que parli ab tu. — 27. E uiasament
uengo li decipol de lui. e merauilhauan se. quar ab la femna
235 parlava.Empero negus no dis, que queres o que parla[s] ab ela?
— 28. Per aisso la femiïa laissée so uaissel. et anec ela
ciutat. e dix ad jaicels homes. — 29. Vinetz e ueiatz Tome
lo quais me dis totas las causas quais que quais eu fi. doncas
es elmezeiss Cristz. — 20. Adoncas issiro de la ciutat e uenian
240 a lui. — 31. E domentre aquestas causas parlaua pregauan
le li decipol. e dixero a lui. Maestre mania. — 32. Mas el
dix ad els. Eu ei maniar a maniar lo quel uosno sabetz. —
33. Per aisso li decipol dizio entre lor. doncas alcus aportec
li a maniar. — 34. E dix a lor [83' 1] Jhesu. Lo meus
245 maniars es qu'eu fassa la uolontat del meu paire qui mi trames,
e qu'eu acabe la obra de lui. — 35. Doncas nos no dizesz
que encara so catre mes. e la meissos ue. Vec nos eu die a
uos. leuatz uostres ulhs. e ueiatz las regios, quar ia so blancas
las meissos. — 36. Et aquel que meissona recep loguer. et
250 aiusta fruit en uida durabla. Quar aicel qui semena. e qui
meissona essems s'esgauzisca.— 37. Quar en aisso es la pa-
raula uera. quar autre es aquel que semena et autre es aquel
que meissona. — 38. Eu tramese uos meissonar aquo que
uos no laboretz. Autrilaborero. c uos intresz els labors de lor.
255 — 39. Mais d'aicela ciutat mouti crezero en lui dels Samari-
tas per la paraula de la femna douant testimoni. quar dix a
mi totas las causas qu'eu fi. — 40. Adoncas co fosso uengut
li Samarita's) a lui, preguero lo que aqui estes, et estec aqui
dos dias. — 41. E mouti pus crezero en lui per la paraula
260 de lui. — 42. Et a la femna dizian. Quar ia per la tua pa-
rau[83'^ 2]la no crezem. quar nos meteissi auem auzit de lui
meteis. e sabem quar aquest es uorament lo saluaire del mon.
— 43. Mais après dos dias issic d'aqui et anec en Galilea. —
44. Quar el meteis Jhesu donec testimoni. que propheta no a
265 honor e sa encontrada. — 45. Adonc cum fos uengut en
Galilea. receubrolui li Galileu. co agro uistastotos las causas
que auia faitas Jhesu en Jherusalem el dia de la festa. Quar
EVANGILE SELON SAINT JEAN 115
feli uenian al dia de la festa. — 46. Adoncas uenc derescaps
Jhesa en Cana G-alilea. on fe de Taiga ui. Et era aqui us
reigz paux del quai us fils era malautes en Cafarnaum. — 270
47. Aquest co agues auzit que Jhesu uengues de Judea en Ga-
lilea, anec a lui e pregaua lo que dissendes e sanes lo fil de lui.
Quar comensaua morir. — 40. Adoncas Jhesu dis a. lui. Si
no ueirez las signas e las merauilhas. no crezetz. ~ 49. E
dis a lui lo reietz. Senher deissent enantz que moira lo meus 275
fils. — 50. E dix a lui Jhesu. Vai lo teus fils uiu. E crezee
Tom a la parau[83v l]la la quai dis a lui Jhesu. et anaua.
— 51 . Mais ia lui deissendent. li serui coregro encontra a lui.
e nunciero dizent quel fils de lui uisques. — 52. Adonc de-
mandaua de lor la ora. en la quai agra melhs estât. E dixero 280
a lui qu'era la ora setena. quel laissero las febres. — 53. Adonc
conoc lo paire que aquelaora era. en la quai dix a lui Jhesu.
lo teus fils uiu. E crezee el etotala maisos de lui. — 54. Aquesta
segonda signa fe de rescaps Jhesu cum fos uengut de Judea en
Galilea. 285
A
1 . 1^ près aquestas causas era lo dias festiuals dels Ju-
zeus. e pugec Jhesu en Jherusalem. — 2. Mas pis-
cina sobre esproada es en Jherusalem. la quais es es sems
nomn^,da en hebraic Bethsaida et a .v. intradas. — 3. En
aquest iazia grans mouteza de languentz. de cex. de ranx. 290
de contraitz. esperantz lo mouementde Taiga. — 4. Mais Tan-
gels del senhor segon lo temps deissendia e la piscina e Taiga
era moguda. E aquel que primers dissendia e la piscina après
lo mouement de Taiga era faitz sas. [83v 2] de quai que efer-
metat era tengutz. — 5. Mais era aqui us hom que auia .xxx. 295
viii. ans estât malautes. — 6. Co Jhesu agues uist aquest
iazent. é agues conogut que ia auia moût temps, ditz a lui.
Vols esser faitz sas? -* 7. Respos a lui lo languentz. senher eu
no eihome. que co sera turbada Taiga me meta e la piscina.
Quar domentre qu'eu uenc autre deissen denant mi. — 8. Dis 300
a lui Jhesu. leua, pren lo teu leit e uai. — 9. E uiasanâent fo
faitz sas Fom. epres sus lo seu leit et anaua. Mais era, sabtes
en aicel dia. — 10. Adoncas dizian li Juzeui ad aicel que auia
estât faitz sas. sabtes es. no coue a tu prenre lo teu leit. — 11.
Mais el respos ad els. Aicel que fe mi sa, dix a mi. pren lo teu 305
116 DIALECTES ANCIENS
leit e uai. — 12. Adoncas demandero li. Quais es aicel hom
que dix a tu. pren to leit e uai?— 13. Mais aquest que era faitz
sas. no sabia quis fos. Mais Jhesu départie se de la cumpanha
establida elloc— 14. Apres Jhesu atrobec lui el temple, e dix
310 a lui. Vec te que sas est [84''1J faitz, ia no uulhas pecar que
alcuna causa peier no endeuenga a tu . — 15. Anec aicel hom
e nunciec als Juzeus. que Jhesu eralo cals fe lui sa. — 16. Per
aisso perseguian li Juzeu Jhesu eluolianaucire. quar aquestas
causas fazia el sabte. — 17. mas Jhesu respos a lor. Lo meus
315 paire entro ara obra. et eu obri. — 18. Adoncas peraisso
maierment li Juzeui lo uolian aucire. no solament quar soluia
lo sabte. mais neis dizia lo seu paire deu, fazentz si égal a deu.
— 19. Emper aisso respos Jhesu e dis ad els. Verament uera-
ment die a uos.lo fils no pot far alcuna causa de si mezeiss.
320 sino aquo que aura uist lo paire fazent(z). Quar quais que causas
el fe, el fil fa issament aquestas causas. — 20. Quar lo paire
amalo fil. e totas las causas que el fa demostra a lui e demos-
trara a lui maiers obras d'aquestas. per que uos meruilhetz.
— 21. Quar aissi cum lo paire resuscita los mortz e uiuifica.
325 enaissi el fils aquels que uol fa uiure. — 22. Quar [84'2]
lo paire no iuia alcu. mas tôt lo iuiament dec al fil. — 23. que
tuit ondresso lo fil. enaissi coma onran lo paire. Qui no onral
fil. no onral paire, que trames lui. — 24. Verament uera^nent
die a uos. Quar cel que au la pa(i)raula de deu. e cre lui que
330 mi trames, a uida durabla. e no ue en iuziui. mais traspasara
de mort a uida. — 25. Verament uerament die a uos. Quar ue
la ora et era es quant li mort auziran la uotz del fil de deu e
li cal auziran uiuran. — 26. Quar aissi cum lo paire a uida e si
meteis. enaissi al fil donec uida auer en si meteis. — 27 E
335 pozestat donec a lui far iuiament. quar fil d'ome es.— 28. No
uos uulhatz merauilhar d' aisso. quar la ora ue en la quai tuit
aqueli que so els monimentz auziran la uotz de lui. — 29. et
issiran. aqueli que fero be en resurectio de uida. mas aqueli
que fero mal en resurectio de mort. — 30, Eu no pusc farr de
340 mi mezeis alcuna causa, mas enaissi co auzigui iugi. El meus
iuiament[z] es iustz. Quar no querilam[84vl]ia uolo[n]tat. mais
la uolontat de lui qui mi trames. — 31. Si eu doni testimoni
de mi mezeis. lo meus testimonis no es uers. — 32. Autre es
lo quais dona testimoni de mi. e sei que uers es lo testimoni que
ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 117
dona demi.— 33. Vos tramezes a Jouane dbnec testimoni a 345
la ueritat. — 34. Mais eu d'orne no recebi testimoni . mais
aquestas causas die que uos siatz salui. — 35. El era luzerna
ardentz e luzentz. mas uos uos uolguesz aleg(i)rar az ora e la
lutz de lui. —36. Mais eu ei maior testimoni que Jouans. Quar
las obras las quais donec a mi lo paire qu'eu acabe elas. me- 350
zeissaslas obras que eu fasz dono testimoni de mi quar lo paire
me trames. — 37. El paire que me trames el donec testimoni
de mi. Et anc la uotz de lui no auziss. ni la cara de lui no uistz.
— 38. E la paraula de lui no auetz estant e uos. Quar uos no
crezetz ad aquest lo quai el trames. — 39. E cercatz las escrip- 355
turas. quar uospessatz en elas auer [84^2] uida durabla. et elas
so que dono testimoni de mi.-r- 40. E no uoletz uenir a mi que
aiatz uida. — 41. Clartat no receubi d'omes. — 42. mas cono-
gui uos que Famistat de deu no auetz e uos. — 43. Eu uengui
el nom del meu paire eno me receubesz. si autre uenra el seu 360
nom lui recebretz. — 44.- En quai maneira podetz uos creire, li
quai recebetz gloria Tus de l'autre, e la gloria que e3 de sol
deu no queretz.— 45. No uulhatz cuiar qu'eu sia acusaire de
uos ab lo paire, mas autre es qui uos acussa. Mojses en cuiuos
esperatz. — 46. Quar si uos crezessetz a Moysen.crezeratz per 365
auentura e a mi. Quar el escrius de mi. — 47. Mais si no cre-
zetz a las letras de lui, cossi crezeretz a las mias paraulas?
1 A près aquestas causas anec Jhesu part la mar de Ga- Vï
XXlilea que es de Tabaria. — 2. E seguia lui grans cum-
panha. quar uezian las signas que fazia sobre aquestz que 370
eran malaute. — 3. Adoncas Jhesu pugec el puic et aqui sezia
ab SOS decipols. — 4. Mais era prop [85"^!] la Pascalo dias de
la festa dels Juzeus. — 5.Adonc cum Jhesu agues susleuatz sos
ulhs.et agues uist que moût grans gentzvenc a lui, ditz a Phi-
lip, don cumprarempas que manio aquesti?— 6.Mais aissodizia 375
essaianz lui. quar el sabia que fos fazedor. — 7. Respos a lui
Philips, li pa de .ce. diners no auondo ad els que us quex ne
presseso u pauc— S.Edix àlui us dels decipols de lui, Andreus
lo fraire de Simon Peire, — 9. Aici es us macips que a .v.
pas d'ordi e dos peisses. mas aquestas causas que so entre ai- 380
tantz? — 10. Adoncas dis a lui Jhesu. faitz los homes repau-
zar. Mais era moutz fes elloc. Adonc repausero li baro per
118 DIALECTES ANCIENS
nombre enaissi coma .v. milia. — 11. Adoncas Jhesu près los
pas. e co agues faitas gracias donec als repauzantz. issament
385 e dels paisses ai tant cant uolian. — 12 . Mais depuiss que foro
azemplit. dis a sos decipols . Culetz las franementas que so-
brero que no perisca.— 13. Adoncas culiroet empliro .xii. co-
fres [85' 2] de franementas que sobrero dels .v. pas d'ordi ad
aquestz que auian maniât. — 14. Em per aisso aicilh home, co
390 agueso uista la signa que auia faita dizian. quar aquest es
uerament propheta que es uenidors el mon. — 15. Adoncas
co Jhesu agues conogut que uenidor fosso quel presesso el
fesso rei. de rescaps el fugic sols el paig. — 16. Mais depuiss
que sers fo faitz. dissendero li decipol de lui al mar. — 17. E
395 co fosso puiat e la nau, uengon part la mar en Cafarnaum e ia
eran faitas tenebras.e no era vengutz a lor Jhesu. — 18. Mas
lo gran uent bufant lo mar se leuaua. —19. Adonc cumaguesso
naueiat enaissi coma .xx. estadis o .xxx. uiro Jhesu anant so-
brel mar e prop esser fait a la nau. e temso. — 20. Mais el dis
400 ad els. Eu so, no uulhatz temer. — 21. Adonc uolgro recebre
lui e la nau e la naus fo uiasament a la terra a la quai
anauan. — 22. E l'autre dia la cumpanha que estaua part la
mar ui que autra [85^ 1] naueta no era aqui sino una. e quar
no fos intratz Jhesu ab sos decipols e la nau, mais soli li de-
405 cipol de lui anero. — 23. Mais autras naus sobreuengon de
Tabaria decostal loc on auian maniât lo pa gracias fazentz
al senhor. — 24. Adonc co la cumpanha agues uist qne Jhesu
no fos aqui ni li decipol de lui, puiero e las nauetas. e uengro
en Cafarnaum querentz Jhesu. — 25. e co Taguesso trobat
410 part la mar dixero a lui. maestro quan ueguistza? — 26. Res-
pos Jhesu e dis ad els. Verament uerament die a uos. uos me
queretz. no quar uistz las signas, mais quar maniesz dels pas
etesz sadolat. — 27. obratz nol maniar que péris mas lo quais
esta e uida durabla. lo quai lo fils de deu" dara a uos. Quar
415 aquest senhec deus lo paire. — 28. Adoncas dixero a lui. Qui
farem que obrem las obras de deu ? — 29. Respoa Jhesu e dix
ad els. Aquesta es la obra de deu. que uos crezatz en lui lo
quai el trames. — 30. Adoncas dixero a lui. doncas quai signa
fas tu, que ueiam e crezam a tu? que obras? — 31. Li nostre
420 paire man[85^2]iero la manna el désert aissi co es escriut.
pa del cel deo ad els a maniar. — 32. Adoncas dis a lor Jhesu.
EVANGILE SELON SAINT JEAN 119
Verament ueramentdic a uos. Moyses no dec a uospa del cel.
mais lo meus paire dona a uos lo uer pa del cel. — 33. Quar
pas de deu es lo quais deissendec del cel. e dona uida az aquest
mon. — 34. Adoncas dixero a lui. Senher dona a. nos totas 425
oras aquest pa. — 35. Mais Jhesu dis ad els. Eu so pa de
uida. Qui ue a mi no aura fam.e quicre e mi. no aura sed. —
36. Mais eu dissi a uos. quar me uisz e no crezetz. — 37. Tôt
aquo que dona a mi lo paire uenra a mi. et aicel que ue a mi
ia nol gitarei fora. — 38. Eu deissendei del cel. no qu'eu fassa 430
la mia uolontat. mas la uolontat de lui qui mi trames. — 39.
Mais aquesta es la uolontatz d'aicel paire qui mi trames, que
tôt aquo que donec a mi lo paire, no perda d'aicela. mas qu'eu
la resuscite el derairan dia. — 40, quar aquesta es la uolon-
tatz del meu paire que trames mi. que totz aquel que ue lo 435
[86r 1] fil e cre en lui. aia uida durabla. e eu resuscitarei lui el
deraira dia. — 41. Em per aisso murmurauan de lui li Juzeu.
quar auia dig. Eu so pas que deissendei del cel. — 42. e dizian.
doncas aquest no es Jhesu fils de Josep. del quai nos conoguem
lo paire e la maire ? doncas en quai manera ditz aquest que del 440
cel deissendei? — 43. Adonc respos Jhesu e dis ad els. No
uulhatz murmurar entre uos. — 44. negus no pot uenir a mi.
sil paire que mi trames no aura tirât lui. et eu resuscitarei lui
e deraira dia. — 45. Escriut es els prophetas. e seran tuit es-
senhable de deu. totz cel que auzic del|paire et après, ue a mi. — 445
46. No quel paire ui alcus. sino aquest lo quais es de deu. aquest
ui lo payre. — 47. Verament ueram'entdic a uos. qui cre e m
a uida durabla. — 48. Eu so pas de uida. - 49. Li paire uostre
maniero la manna el désert, e so mort. — 50. Aquest es lo pas
deissendentz del cel. que si alcus maniara de lui. no mora. — 450
51. Eu so lo pas uius que deissendei del cel. — 52. si alcus man-
iara d'aquest pa, uiura en durabletat. el pas qu'eu donarei es
la mia carns per la uida del mon. — 53. Em per aisso tenszonauan
li Juzeu entre lor dizentz. en quai maneira pot aquest dar a
nos la sua carn a maniar ? — 54. Adoncas dis a lor Jhesu. Ve- 455
rament uerament die a uos. si uos no maniaretz la carn del fil
del home, e si nobeuretzlosanc delui. no auretz uidaen uos. —
55. Qui maniara la mia carn e beu lo meu sanc, a uida durabla.
et eu resuscitarei lui el deraira dia. — 56. Quar la mia carns
es uerament maniars. el meus sanc es uerament beure[s]. — 460
ItO DIALECTES ANCIENS
57. Qui mania la mia carn e beu lo mêu sanc. esta e mi. et
eu en lui. — 58. Enaissi coma me trames lo paire uiuens. et
eu uiui per lo paire. Et aicel que mania mi, el uiu per mi.—
59. Aquest es lo pas que deissendec del cel. no enaissi coma
465 li uostri paire maniero la manna. e so mort. Qui mania aquest
pa uiura en durabletat. — 60. Aquestas causas dis en la sina-
goga essenhantz en Cafarnaum. — 61. Em per aisso mout(z)
auzent(z) dels decipols de lui dixero. dura [86^1] es aquesta
paraula. Quais pot auzir lui? — 62. Mais Jhesu sabentz uas si
470 meteis. quar murmurauo d'aisso li decipol de lui. dis ad els.
Aisso uos escandeliza? — 63. Em per aisso si uos ueiretz lo fll
de deu puiant(z) la on era primeirament ? — 64. L'esperitz es lo
quais fa uiure. la carns no profeita alcuna causa, las paraulas
que eu parlci a uos. esperitz e uida so. — 65. Mais so alcanti
475 de uos que no o crezo. Quar Jhesu sabia del comensament.
qui serian crezent. e quais séria trazidors lui. — 66. e dizia. Em
per aisso dissi a uos. Quar negus no pot uenir a mi. sino sera
donat a lui del meu paire. — 67. D'aisso mouti dels decipols de
lui anero atras. e ia ab lui no anauan. — 68. Adoncas Jhesu
480 dix als .xii. Doncas e uos uoletz anar? — 69. Adonc respos a lui
Simons Peire. Senher al quai anarem ? tu as paraulas de uida
durabla. — 70. e nos crezem e conoguem que tu est Cristz fils
de deu. — 71. Respos a lui Jhesu. doncas eu no eligi uos .xii.
et us de uos es diables? — 72. Mais el o dizia de Juda Simon
485 [86^ 2] Escariot, quar aquest era trazidors lui co fos us
dels .xii.
VIÏ 1 . A près aquetas causas anaua Jhesu e Galilea. quar no
XTL uolia en Judea anar. quar li Juzeu le querian aucire.
— 2. Mais era prop lo dias festiual[s] dels Juzeus Sinofugia. —
490 3. Mais dixero az el li fra[i]re de lui, traspassa d'aici e uai en
Judea. que li teu decipol ueian las tuas obras que fas. —
4. Negus a certas en rescost no fa alcuna causa, et el mezeis
quer esser e pales. Si aquestas causas fas. manifestas tu
mezeis al mon. — 5. Quar li frairi de lui no crezian en lui. —
495 6. Adoncas dix a lor Jhesu. Lo meus temps no uenc encara.
mais lo uostre temps es totas oras apare[l]hatz. — 7. No pot
lo mons auer aziratz uos. mas mi azira. quar doni testimoni
de lui. quar las obras de lui so malas. — 8. Vos puiatz ad
EVANGILE SELON SAINT JEAN 12î
aquest Jia lestiual. mas eu uo puiarei al dia aquest festiual.
Quar lo meus temps encara no es azemplitz. — 9. Co aquestas 500
causas agues ditas ad els. el estec en Gralilea. — 10. Mas
[871^ 1] depuiss que puiero li traire de lui. adonc et el puiec
al dia festiual. no manifestament mais aici coma en res-
cost. — Ll. Adoncas li Juzeu(s) lo querian el dia festiual. e
(lizian. On es el ? — 12. e grans murmurament[z] era de lui en 505
la cumpanha. Quar alcanti dizian. que bos es. mas li autri
dizian. No es. mas engana las cumpanhas. — 13. Empero
(legus no parlaua a pales de lui. per la paor dels Juzeus. —
14. Mais la meitat de la festa passada puiec Jhesu el temple
et essenhaua. — 15. E merauiihauan se li Juzeu dizent. En 510
quai maneira sap letras aquest co non aia aprezas? — 16.
Adonc respos Jhesu e dix a lor. la mia doct[r]ina no es mia.
mais de lui qui mi trames. — 17. Si alcus uolra la uolontat
de lui far, conoissera de la doctrina si sia de deu s'en parli
de mi eiss. — 18. Qui parla de si mezeis. propria gloria quer. 515
Mais qui quer la gloria de lui lo quais trames lui. aquest es
[87 ' 2] ueraix. e tortura e lui no es. — 19. Doncas Mojses
no dec a uos leg ? e negus de uos no fa la leg. Per que me
queretz aucire ? — 20. Respos la. cumpanha e dix : demoAi
as, quais te quer aucire? — =21. Respos Jhesu e dix a lor. 520
una obra fi. e tuit merauilhatz uos. — 22. Per aisso Mojses
dec a uos la circumcisio. no quar es de Moyse[n]. mais dels
paires. Et en sabte circumcizetz home. — 23. Si hom recep
la circumcisio el sabte que no sia souta la leg de Moysen. a
mi uos endenhatz quar fi Tome tôt sa el sabte ? — 24. No 525
uulhaz iuiar segon cara. Mais dreiturer iuiament iuiatz. —
25. Em per aisso dizian alcanti de Jherusalem. doncas no
es ,aquest lo quai quiro aucire? - 26. Vec uos el parla a pales
e neguna causa no dizo a lui. Doncas conogro uerament li
princep que aquest es Cristz ? — 27. Mais aquest sabem don 530
sia. mas Cristz, co uenra, negus no sab don sia. — 28. Em
per aisso Jhesu cridaua essenhantz el temple e dis. E mi
sabetz. e don eu sia sa[87v l]betz e de mi mezeis no uengui.
mais es uers lo quais trames mi. lo quai uos no sabetz . —
29. mas eu sei lui. E si eu dizia que no sei lui, séria semblantz 535
a uos, messorguers.Et eu sei lui quar de lui so et el me trames.
— 30. Per aisso querian lui penre. e negus no mes las mas
10
122 DIALECTES ANCIENS
en lui. Quar enquara no era uenguda la ora de lui. — 31.
Mais de la cumpanha mouti crezero en lui. e dizian : Cristz co
540 uenra, doncas fara plus signas, plus que aquest fa? — 32.
Auziro li Fariseu la cumpanha murmurant de lui aquestas
causas, e li princep e li Fariseu trameiro ministres quel
prezesso. — 33. Adoncas dix a lor Jhesu. Encara u pauquet
te^mps so ab uos. e uau a lui qui mi trames.— 34. Quiretz me.
545 e nom atroba[re]tz. et aqui on eu so, uos no podetz uenir, —
35. Adoncas dixero li Juzeu a lor meteisses. on es anador[s]
aquest quar no atrobarem lui ? Doncas es anadors en espar-
zement de gentz. et essenhadors las gentz? — 36. Qui es
aquesta paraula que dis. quiretz me. e nom atrobaretz. et
550 aqui on eu [87 ^ 2] so, uos no podetz uenir ? — 37. Mais
el deraira dia de la gran festa estaua Jhesu e cridaua dizentz.
si alcus sedeia(s) uenga a mi e beua. — 38. Qui cre e mi, si
cum ditz la scriptura, llum d'aiga uiua décora del uentre de
lui. — 39. Mais aisso dix de Tesperit lo quai eran recebedor
555 li crezent en lui. Quar encara Tesperitz no era donatz. quar
encara Jhesu ^no era glorificatz. — 40. Em per aisso mouti
d'aicela cumpanha co aguesso auzidas aquestas paraulas di-
zian. aquest es uerament propheta. — 41. Li autri dizian.
aquest es Cristz. mais alca[n]ti dizian. doncas Cristz ue de
560 Galilea ? — 42. Doncas no ditz la scriptura que de la semensa
de Dauid e del castel de Bethléem on era Dauit ue Cristz ? —
43. Em per aisso discordia fo faita en la cumpanha per lui.
— 44. Mais alcanti de lor uolian lui penre. mais negus no
mes sobre lui las mas. — 45. Adoncas uengro li ministri als
565 auesques et als Fariseus. et eli dixero a lor. per que no
adussesz lui ? — 46. Resposero li ministri. anc enaici no
parlée hom. coma aquest hom [88' 1] parla. — 47. Em per
aisso resposero a lor li Fariseu. doncas e uos esz enganat ?
— 48. Doncas alcus dels princeps (no) crezec en lui. o dels
570 Fariseus? — 49. mais la cumpanha aquesta que no conoc la
leg. e so maldig. — 50. Dix ad els Nicodemus. aicel que era
uengutz a lui de noitz. que era us de lor. — 51. doncas nostra
legs no iuia home sino auzira de lui primeirament. e conois-
sera que fasza? — 52. Resposero e dixero a lui. doncas est tu
575 Galileus? Ecerca las escripturas. e ueias que profeta nos
leua de Galilea. — 53. E retornero sen us quex en la sua
maiso.
EVANGILE SELON SAINT JEAN 123
1. liiTais Jhesu anec e mont Oliuet. — 2, e mati de rescaps VIII
lYAuenc el temple, e totz lo poble uenca lui. e sezentz
essenhaua els. — 3. Et amenero a lui li escriua e li Fariseu 580
una femna preza en auouteri. et establiro lei e meg. — 4. e
dixero a lui. Maestre aquesta femna es ara preza en auou-
teri.— 5. mas e la leg mandée Moyses a nos d'aquesta me-
sura lapizar las auoutrairitz. Em per aissotu que dizes de lei?
[88^ 2]. -- 6. Mais aquestas causas dizian essaiantz lui quel 585
poguesso acusar. mas Jhesu enclinantz si deios. ab lo det
es^riuia en terra. — 7, Mai^ co perseueresso enterrogantz
lui. dressée se e dis ad els. qui senes pecat es de uos. pri-
mers gete lapeira en ela. — 8. E de rescaps enclinantz sies-
criuia en terra.— 9. Mais auzent us après u issian. comensantz 590
dels uelhs entro al derraira. E remes Jhesu sols e la femna e
meg estantz. — 10. Mas endressantz si Jhesu dix a lei. femna
on so aquili que teacusauan? Negus no te condampnec. —
11. La quais dis. no degus senher. e Jhesu dis. ni eu no te
condamnarei. uai. e ia d'aici enant no uulas pecar. — 12. 595
Adonx de rescaps. parlée ad els Jhesu dizentz. Eu so lutz del
mon. Qui sec mi. no ua en tenebras. mais aura lum de uida.
— 13. Adonc dixero a lui li Fariseu. Tu de tu meteis donas
testimoni. lo teus testimonis no es uers. — 14. Respos a lor
Jhesu e dis. E si eu doni testimoni de mi eiss, uers es lo 600
meus testimonis. Quar eu sei don uengui et on uau. Mais uos
no [88^ 1] sabetz don uenc o on uau. — 15. Mais uos iuiatz
segon carn. eu no iugi alcu. — 16. E si eu iugi uers es lo
meus iuiamentz. quar no so sols, mais eu el paire «qui mi
trames. — 17. Et en la uostra leg es escriut. quel testimonis 605
de dos homes es uers. — 18. Eu so que doni testimoni de mi
eiss el paire qui mi trames dona testimoni de mi. — 19. Em
per aisso dizian a lui. On est tos paire ? respos Jhesu. Ni mi
no sabetz nil meu paire. Si mi saubessetz per auentura sau-
bratz el meu paire. — 20. Aquestas paraulas parlée Jhesu el 610
tesaurer essenhantz el temple. E negus no près lui. quar
encara no era uenguda la ora de lui. — 21. Adonc dix a lor
de rescaps Jhesus. Eu uau e queretz me. et el uostre pecat
morretz. la on eu uau uos no podetz uenir. — 22. Em per aisso
dizian li Juzeu. doncas aucira si meteis? Quar ditz, la on eu 615
124 DIALECTES ANCIENS
uaîi uos no podetz uenir. — 23. E dizia ad els. Vos esz deios.
euso desobre. Vos esz d'aquestmon. [88v2] eu noso d'aquest
mon — 24 . Em per aisso dissi a uos que morretz els uostres
pecatz. Quar si no crezetz que eu so morretz e uostre pecat.
620 — 25. Adoncas dizian a lui. Tu quais est. Dis a lor Jhesu.
Comensamentz lo quais parli a uos. — 26. Montas causas ai
de uos a parlar e iuiar. mas el qui mi trames es ueraix. et
eu parli aquestas causas que auzi de lui el mon. — 27. E no(m)
conogro quar paire dizia a lor deu. — 28. Per aisso dix a lor
625 Jhesu. Co auretz eissausat(z) lo fil del home, adonc conois-
seretz. que eu mezeis so e de mi meteis no fasz alcuna causa.
Mais aici co essenhec a mi lo meus paire, aici parli. — 29.
Et el qui mi trames, ab mi es.e nolaisec mi sol. quar eu fasz
totas oras aquelas causas que so plazentz a lui. — 30. Lui
630 parlant aquestas causas mouti crezero en lui. — 31. Adoncas
.Jhesu dizia az aicels Juzeus que crezero en lui. Si uos esta-
retz e la mia paraula uerament seretz mei decipol. — 33. e
conois[89' l]seretz la ueritat. e la ueritat afranquira uos.
— 33. Respondero a lui li Juzeu e dixero. Semensa d'Abra-
635 ham em nos. et anc a negu home no seruim. en quai maneira
dizes tu. franqui seretz?— 34. Respos a lor Jhesu. Verament
uerament die a uos que totz hom que fa' pecat. es serus de
pecat. — 35. mas lo serus no esta e la maiso en durable, mas
lo fils esta en durable. — 36. em per aisso sil fil uos afran-
640 quira uerament seretz franqui. — 37. Eu sei que fils d'Abra-
ham esz. Mais queretz me aucire . quar la mia paraula no
esta e uos. — 38. Eu parli aquo que ui uas lo meu paire, e
uos faitz aquelas causas que uisz uas lo uostre paire. — 39.
Resposero e dissero a lui. x^brahams es nosire paire, e dix
645 ad els Jhesu. Si fils d'Abraham esz. las obras d'Abraham
faitz. — 40. Mas ara querelz mi aucire. home que parli ueritat
a uos. la quai auzi de deu. aisso no fe Abrahams. — 41. Vos
faitz las obras del uostre paire. Em per aisso dixero a lui. Nos
no em na[89'" 2]di de fornicatio, .i. paire auem deu. — 42.
650 Adoncas dis a lor Jhesu . Si deus fos uostre paire, ameratz
a certas mi. Quar eu issi de deu e uengui. quar de mi eiss
no uengui. mas el me trames. —43. Per que la mia paraula
no conoissetz? quar no podetz auzir lo meu sermo. — 44. Vos
esz del paire diable els desirers del uostre paire uoletz far. quar
EVANGILE SEI ON SAINT JEAN 125
el era homiciders del comenssament. et en ueritat no estec. 655
quar no es ueritatz en lui. Ce parla messorga, de sas proprias
causas parla, quar messorguers es el paire de lui, — 45. Mais eu
que die ueritat. no crezetz a mi. — 46. Quais de uos reprenra
mi de pecat? Si eu die ueritat, per que uos no crezetz a mi? —
47. — Qui es de deu au las paraulas de deu. per aisso uos no 660
las auzetz, car no esz de deu. — 48 Em per aisso respondero
li Juzeu e dixero a lui. doncas no dizem nos be que tu est
Samaritas et as demoni? — 49. Respos Jhesu. Eu no ei de-
moni, mas ondri lo meu paire, e uos desondresz me. — 50.
Mais eu [89^ 1] no queri la mia gloria. es qui quiira e iuie. 665
— 51. Verament uerament die a uos, si alcus gardara la mia
paraula no ueira mort en durabletat. — 52. Adoncas dizero
li Juzeu. ara conoissem que demoni as. Abrahams es mortz.
e li propheta.-e tu dizes. si alcus gardara la mia paraula no
ueira mort en durable. — 53. Doncas est tu maier del nostre 670
paire Abraham lo quais es mortz ? E li propheta so mort, que
tu meteis te fas? — 54. Respos Jhesus. Si eu glorifiqui mi
meteis, la mia gloria es nientz . Es lo paire meus lo quais glo-
riflca mi. lo quai uos dizetz que uostre deus es. — 55. e no
conogues lui. Mais eu lo conogui. e si dizia que no sei lui. 675
séria semblantz a uos, messorguers. Mais eu sei lui. e gardi
la paraula de lui. — 56. Abraham uostre paire se alegret que
uis lo meu dia. e ui et esgauzic se. — 57. Adoncas li Juzeu
dizero. Encara no as. l, ans. et Abraham uist? — 58. Dix ad
els Jhesu. Verament uerament die a uos. antz que Abrahams 680
fos faitz. eu so. — 59. Adoncas prezero peiras. que giteso en
lui. mas Jhesu se rescos et eissic del temple. [89^ 2].
[A suivï'e.J
DIALECTES MODERNES
ENIGMES POPULAIRES SICILIENNES
Ces énigmes peuvent être considérées comme une suite à celles
qui ont été pubbliées par mon ami Pitre, dans le second volume
de ses Canti popolari siciliani (Palerrao, 1871).
Elles appartiennent au langage de Noto (Sicile).
M. DI MAnTINO.
I. Hagghiu 'nacosa ca'nterra s'agghiucca
E fa lu niru 'mmienzu li cuticci,
E, quannu 'mprena, 'paprena r'a vucca,
E quannu figghia, figghia r'auricci.
'A vutti,
II. Picurarieddu ri Rausa,
Mi vuoi vinniri un muntuni
Cu li corna atturcigghiati
Comu a chiddi ro iô patruni ?
'A ciaramedda.
ENIGMES POPULAIRES SICILIENNES
I. — Il y a une chose qui sur la terre s'accroupit et se fait un
nid au milieu des cailloux; et, lorsqu'elle devient mère, le devient
de la bouche, et lorsqu'elle accouche, accouche de Poreille. — Le
tonneau.
II. — Ber<^er de Raguse *, veux-tu me vendre un mouton avec
les cornes entortillées comme celles de ton maître?— La corne-
muse.
' Pelile ville sicilienne.
ENIGMES POPULAIRES 127
III. Ru' surdati giraru la Spagna
Pi ghiri a truvari lu re di la spica,
E lu truvaru 'mmienzu 'na turtagna,
E eu du' ossa ci truncaru la vita.
'' U piruocciu.
IV. Tunnu, tunieddu,
Supra mari va,
Pizzica ardenti e mali nu' fa.
'U sbiezzi.
V. 0 ciovi 0 nivica sempri è nuvulatu,
Arburu siccu è sempri carricatu.
'Utettu.
VI. Ri suttasbria, e di supra maidda,
E di rintra c'è apicciridda.
'A scuzaria,
VIL Figghiu nuccintissimu,
Fattu eu 'ngiegniu er arti;
Nu 'mporta se si' mutu,
Ma eu li mori tuoi cunprenniri mi fai,
'UWalogghiu.
VIII. Trentatri piezzi 'ncantinati stannu,
E supra un lignu ben caru, ben forti,
E su binutu ri tantu luntanu
IIi. — Deux soldats parcoururent TEspagne pour aller trouver
le roi.de l'épi, et le trouvèrent au milieu d'un lien, et avec deux
os lui enlevèrent la vie. — Le pou.
IV. — Rond, rondelet, va sur la mer, picote acre et ne fait pas
de mal. — Le poivre.
'V. — Qu'il pleuve ou qu'il neige, ou qu'il y ait dos nuages, il est
arbre sec et il est toujours chargé. — Le toit.
VI. — Dessous, le brisoir, et au-dessus, la huche, et dedans il
y a le petit. — La tortue.
VII. — Filtres-innocent, fait avec talent et art; peu importe
si tu es muet, mais, avec tes façons, fais-moi comprendre. — L'hor-
loge.
VIII. — Trente-trois pièces sont enchaînées au-dessus d'un bois
128 DIALECTES MODERNES
Pi dari pena a mia, turmientu e morti.
'A scupetta.
IX, Ru' zucca, milli pampini e'na rosa,
^U jaddu.
X. Supra 'n tuunu spampinatu
Ci su quattru pipi ardientii.
Ju lu viru quantu è gratu ;
Fa campari allegramenti.
' U cannilieri a quattru mecci.
XI. Piccula sugnu iu,
Senz' ali vaju abbulannu ;
Unni puosu iu,
Pizzicu e fazzu dannu.
M faidda,
XII. Lu fustu biancu e lu cuorpu russu,
Sugnu ri raghiunevuli lunghizza;
Chi pi Taffari miei scarcu e nun tussu,
E lu sputari miu nun è spurchizza.
'A canniia ri cira.
XIII. Unni jiti, Signuri Dutturi,
Cu un sautu ca e dà,
Lu mussiddu ri cutticciuni
E Tancaredda ri mè papa.
'[/ riddu.
bien fort et bien cher; il est arrivé de loin pour donner à moi peine,
tourment et mort. — Le fusil.
IX. — Deux tiges, mille feuilles et une rose. — Le coq.
X. — Sur une assiette effeuillée il y a quatre grains de poivre
acre. Je le vois quand cela est à mon gré; il fait vivre gaiement. —
Le candélabre.
XL — Je suis petite, sans ailes je vais volant; où je me pose, je
becqueté et je fais dommage. — La bluette.
XII — La tige blanche et le corps rouge, je suis d'une longueur
convenable ; pour mes affaires, je crache et ne tousse pas, et mon
rrachat n'est pas sale. — La chandelle.
KIII. — Où allez-vous, Monsieur le Docteur, avec un saut çàet
là, le museau de caillou et la jambe de mon père ? — Le grillon.
ENIGMES POPULAIRES 129
XIV. Haju 'n eriva cristallina,
Nun ci n'è'ntali jardina,
E nun c'è pirsuna nata
Chi 'un la nietti 'ntapignata.
'UsalL
XV. La mè signura, eu tanti billizzi,
E stà firmata 'nta car ri e battazzi {sic)\
Veni lu jornu ca si tagghia li trizzi,
L'uommini beddi li fa 'sciri pazzi.
'A vigna,
XVI. Supra 'na timpa*
C'è 'na cosa pinta ;
Ne parra, ne senti
E ciama a ghienti.
^A campana,
XVII. Haju la navi mia fatta ri tila ;
Cu vientu o senza vientu, sempri vola.
Chidda ca c'è dintra cianci e grira,
Chidda ca c'è ri 'ncianu canta e sona.
""A naca,
XVII 1. A lu trasiri, trasiu ;
A lu nèsciri,jti vuoju.
XIV. - J*ai une herbe cristalline; il n'y en a pas dans les jar-
dins, et il n'y a personne qui ne la mette dans le pot. — Le sel.
XV. -^Ma maîtresse, qui est charmante, est enfermée entre des
chars et des hattazi / il vient un jour où l'on coupe ses tresses, et
elle fait tomber les beaux hommes en démence. — La vigne.
XVI. — Sur une pierre il y a une chose pendue; elle ne parle
ni n'entend et appelle les gens. — La cloche.
XVII. — J'ai mon navire fait de toile; avec le vent ou sans le
vent, toujours il vole. Celle qui est dedans pleure et crie; celle qui
est au dehors chante et sonne. — Le berceau.
XVIII. 'En entrant, il entra: en sortant: je veux te garder! 11 se
rouilla, le verrou, il veut pour lui nnecafisu^ d'huile. — La prison.
1 Une variante de cette énigme a été publiée par Pitre dans ses Canti
popotari siciliani ( II, 1871 j.
3 Mesure sicilienne pour Thuile.
130 DIALECTES MODERNES
S'arrugghiaju lu catinazzu,
Ci voli un cafisu r'uogghiu.
'U càrziru,
XIX. Signuri Dutturi, c' addutturiati,
Sciughittimi stu dubbiu c\C aju'n testa;
Vuoj u ca tutta a notti ci pinsati :
Quali armaru è ca ôgghia ra testa ?
'A siccia.
XX. Haju la manu mîa lisciannarina,
Longa quantu 'nu battagghiu ri campana.
Cu' mi la 'nzerta ci fazzu la strina,
Ci rugnu tiempu: 'n annu, 'n misi e'na simana.
'Ufiriettu,
XXI. Haju'n murtaru ri mmarmara fina ;
Intra ci su' vintiquattru pistuna
Facievunu 'na miricina tanta fina,
Ca si la pigghia la stissa pirsuna .
*A vucca cu'i rienti.
XXII. Uossu r'auliva, petra cotta ;
Sugnu vinutu ccà p'allucintari,
E sugnu'n manu ri'na bedda picciotta
Ca ammanu, ammanu mi fa squaggbiari.
' U sapuni.
XIX. — Monsieur le Docteur, qui faites le compagnon, devinez
le doute que j*ai par-dessus la tète; je veux que pendant la nuit
vous y pensiez : quel est Tanimal qui accouche par la tète? — La
sèche.
XX. — J*ai ma main lisse et longue comme un battant de clo-
che. A celui qui me devinera'je donnerai une ètrenne , et je lui
donne du temps: un an, un mois et une semaine. — Le furet.
XXI. — J'ai un mortier de marbre lin ; dedans il y a vingt-
quatre pilons, faisant une médecine très-fine, que doit prendre la
même personne. — La bouche et ses dents.
XXII. — Pépin d'olive, pierre cuite; je suis venu ici pour ren-
dre brillant, et je suis tombé dans les mains d*une charmante
jeunç fille qui de ses mains me fait devenir liquide. ^ Le savon.
BiNIGMBS POPULAIRES 191
XXIII. Haju *n mazzu ri millimillicchi ;
Nun su virdi, e mancu sicchi
Pi lu 'miernu e pi la stati :
'Nzirtatimillu pi caritati.
7 capiddi.
XXIV. Ciù assai nipierdu, ciùassai n'haju
'U suonnu.
XXV. Cincu ricotti 'nta'na cavagna.
'/ pieri,
XXVI. Cu' citrasi eu a birrita 'nta chiesa ?
' U muortu.
XXVII. Oh Diu! chi maravigghia !
R'intra pilusu e di'ncianu scucchigghia.
"* U carciuofulu.
XXVIII. Vitti pi strata li misiri 'rranti,
Arricughiennu li misiri pizienti,
E fa li ôgghi suoi bianchi e lattanti ;
E eu' li fa filici, e cù seuntienti.
'A littra,
XXIX. Rù suruzzi p'amieizia
Iddi 'seieru p'abballari ;
Puoi vinni la giustizia,
E li fiei euitari.
'A vilanza.
XXIII. — J'ai un bouquet de mille-feuilles; elles ne sont pas
vertes, et cependant elles sont sèches en hiver comme en été: de-
vinez-le moi, par charité. — Les cheveux.
XXIV. — Plus on en perd et plus il y en a. — Le sommeil.
XXV. — Cinq recuites dans une planche. — Les pieds.
XXVI. — Qui entre avec'le bonnet dans l'église ? — Le mort.
XXVII. — Mon Dieu ! quelle merveille ! dedans velu et dehors
feuillu. — L'artichaut.
XXVIIL — Je vis dans le chemin les misérables errants, ra-
massant les misérables mendiants, faisant des fils blancs et laiteux;
et celui-ci est heureux et celui-ci mécontent. — La lettre.
XXIX. — Deux sœurs, par amitié, sortirent pour danser; ensuite
vint la justice, qui les calma toutes les deux. — La balance.
132 DIALECTES MODERInBS
XXX. I latri m' assartaru intra 'a casa;
La casa si nni sciu pi li finesci :
Er iu arristai prighiunieru e seiiza casa.
'Upisci'ntraWiti.
XXXI. Haju'na cosa ch'è fattu a lu tuornu ;
Intra c'è lu quanquarancà :
Quantu fazzu tri boti accussi,
'Ngloria 'n pararisu si nni va.
^Ucrivu eu a farina
XXXII. Minciunieddu, chi fai r'arrieri a porte ?
' U punliddu ,
XXX. — Les voleurs m'assaillirent dans la maison; la maison
sortit par les fenêtres, et je restai prisonnier et sans maison. — Le
poisson dans les nlets.
XXXI. — J*ai une chose qui est faite au tour ; dedans il y a
la quanquarancà: lorsque je fais trois fois de cette façon, elle s'en
va au paradis. — Le crible avec la farine.
XXXII . — Sot, que fait-il derrière la porte ? — Le support.
A JULI GAUSSINEL
APRES LA LEGIDO DE SOUN ABDONA
Seguissènt de Miltoun k draio estelejanto,
Mountes fins au celestre, e pièi, Dante nouvèu,
Duerbes lorre pourtaude la ciéuta cremanto,
Mai fort qu'un leiounas o mai dous que lou mèu .
La vesioun d'amoundaut, que ta grand gèsto canto,
Enebriant noste eime i pur sourgènt dôu bèu,
Nous dis que sara 'n jour ras de Dieu triounfanto,
Touto amo qu'a ploura souto noste soulèu .
Aquéli qu'an senti la houfado divino :
Tasso, Camoens, Musset, Brizeux, Mistral, Racine,
E l'orne mau caussat, lou qu'escultè Cinna,
Podon, de dre requist, trelusi dins toun libre.
Mai n'en delembres un, me lou semble, o felibre î
Coume éli, sies-ti pas dôu cepoun d'AsDONA ?
Adèufe Espagne.
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.)
A JULES GAUSSINEL
APRÈS LA LECTURE DE SON ABDONA
Suivant de Milton la voie étoilée, — tu montes jusqu'aux régions
célestes, et puis, Dante nouveau, — tu ouvres Phorribie portail de la
cité brûlante, — plus fort qu'un fier lion ou plus doux que le miel*.
La vision d'en haut, que ta grande geste chante, — enivrant
notre intelligence aux pures sources du beau, — nous dit qu'[elle]
sera un jour près de Dieu triomphante, — toute àme qui a pleuré
sous notre soleil.
Ceux qui ont senti le souffle divin : — le Tasse, Gamoens, Mus-
set, Brizeux, Mistral, Racine, — et Phomme mal chaussé, celui qui
sculpta Cinna,
Peuvent, de droit choisi, étinceler dans ton livre. — Mais tu en
oublies un, il me semble, ô féUbre 1 — Gomme eux, n'es-tu pas de
la tige d'ÂBDONA ? Adelphe Espagne.
1 Les Juges. XIY, 18.
DOJSEC G RAT US F RAM
(Odraci Carm., ITI, ix.)
Eu. — Tant que t'agradère, o bello Lidio,
Tant que m'amères miès que gis d'autre galant,
Qu'àiéu soulet pourgiès toun bèu bras blanc,
Visquère plus urous que li rèi de TAsio.
Elo. — Tant que fagradère, amaire catiéu,
■ Tant que m'amères miès que ta Cloé tant vano,
Me cresiéu mai qu'Ilio la Roumano,
E jamai gis de noum brihè mai que lou miéu .
Eu. — Aro ame Cloé, Cloé FArlatenco:
Canto sus la quitarro e n'en jogo tant bèn !
Pèr elo, de mouri me farié rèn,
Amai que more pas, ma migo, proumierenco.
Elo. — Aro ame Calés ; Calés m'amo bén,
Calés qu'es dèu Thor, l'enfant d'Ourniture ;
E pèr eu mourriéu dous cop, t'assegure.
Amai que niore pas, moun ami, proumieren.
HoRATius. — Donec gratus eram libi,
Nec quisquam potior brachia candidae
Cervicijuvenis dabat,
Persarum vigui rege beatior.
LY;)rA. — Donec non alia magis
Arsisti neque erat Lydia post Ghioën,
Multi Lydia nominis,
Romana vitçui clarior Ilia.
DONEC GRATUS ERAM,
(Odraci Corwi., III, ix.}
CI. — Quand ère de tus agradat,
Que ges de jouvent préférât
Toun col lis e blanc abrassava,
Mai qu'un rei de Persia troumflave.
)iA. — Quand per Tautra cremaves pas,
Que noun aviè Cloë lou pas
Dessus ieu qu'Ouraci abrassava,
Troumflave, urousa Lidià,
Mai que la roumanallià.
lCi . — Cloë de Tracia ara me mena,
Soun dous lai canta sus Tourguena.
Dieus ! se counservàs mas amours,
Poudès avaliscà mous jours.
)IA. — D'un fioc parel al sieu m'embranda,
Calis, fil d'Omis de Taranda.
Dieus ! se counservàs mous amours,
Poudès avaliscà ma vida,
Dous cops mai qu'un vous ie couvide.
Horatiits. — Me nunc ThressaChloe régit,
Dulces docta modes et citharae sciens,
Pro qua non metuam mori.
Si parcent animœ fata superstili.
Lydia. — Me torret face mutua
Thurini Calais filius Ornvti,
Pro quo bis patiar mori.
Si parcent puero fata superstiti.
1:^6 DIALECTES MODERNES
Èu . — E se renaissien nostis amour morto,
Se Venus jougnié mai tout ço qu'avem disjount,
Se rebute un jour Cloé di peu blound,
Se rebutado un jour, Lidio ouvro sa porto?. . .
Elo. — Calés coumo un sou, segur, es pouli,
Tu sies plus lèu que suve e plus marri que Toundo,
E pamens en réu toun amour subroundo:
Vole viéure emé tu, vole emé tu mouri.
V. LlÉUTAUD..
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.)
HoRATics. — Quid, si prisca redit Venus
Diductosque juge cogit aheneo ;
Si flava excutitur Ghloë,
Rojectaeque patet janua Lydiae?. . .
DONEC GRATUS ERâM 137
}i. — Mais la Venus d'antan reven,
Saura Cloë, lèu, lèu vai-fen.
Porta, à Lidia oubris-te 'ncara,
Qu'un joue de ferre nous ensarre .
lA. — El es pus bèu que lou soulèu;
Tus, mai que la mar roundinèu,
Ë pus laugè que sieure encara.
Pamens, vieure am tus aimariei,
Countenta embe tus mouririei.
Adèufe Espagne.
ledocien, Montpellier et ses environs.)
Lydia. — Quanquam sidero pulchrior
Ille est, tu levier cortice et iipp^obo '
Iracundior Hadria,
Tecum vivere ainem, tecum obeam libens.
ïcvns"^*
11
BIBLIOGRAPHIE
Die Beiden aeltesten provenzalischen Grammatiken, Lo Donatz prœn-
saU und las Rasos de trobarf nebsl einem provenzalisch-italienischen
Giossar, von neuem getreu uad nach don iiss. herausgegebea von Ed-
mund Stengel. Marburg, 1878, in-8o.
Cette nouvelle édition des Grammaires provençales répond à un
besoin réel de nos études ; elle sera, je n'en doute pas, la très-bien
venue auprès de tous les romanistes. Ce n'est pas encore, à la vé-
rité, l'édition définitive que l'on se flattait, un peu témérairement,
il y a vingt ans, de mettre au jour. Mais M. Stengel, sans viser si
haut que M. Guessard, nous aura peut-être mieux servi. Son édi-
tion n'est pas définitive, et elle n'y prétend point; mais elle ofifre
aux philologues (si, comme le litre l'annonce et comme on doit
l'espérer, les mss. ont été fidèlement reproduits*) tous les secours
possibles pour en préparer une qui ait chance de Pêtre, autant du
moins qu'une édition puisse passer pour telle. M. Stengel ne s'est
pas borné, on effet, à imprimer in extenso, côte à côte, le texte des
deux principaux mss., tant du Donat que des Rasos de irohar; il a
donné dans les notes les variantes des autres mss., et de plus re-
produit, en les accompagnant de ses propres corrections ou conjec-
tures, outre les leçons de M. Guessard, toutes les observations,
môme les moins fondées 2, qu'ont publiées sur nos deux gram*
maires, et spécialement sur les glossaires du jDoiiaf, MM. Galvani,
Diez, G. Paris, Paul xMeyer, Tobler, J. Banquier et l'auteur du
présent article^. C'est donc une véritable édition variorum que
M. Stengel nous a donnée. Il en a encore augmenté l'utilité par
la publication intégrale du petit glossaire provençal -italien qui ac-
compagne le X)o»a^ dans le ms. 42-41 de Florence, etdontM. Bartsch
avait, il y a huit ans, au tome Xi du Jahrhuch^ imprimé seulement
la moitié. Le volume est terminé par un double vocabulaire où
sont relevés alphabétiquement, avec leur traduction latine ou ita-
* Il est fâcheux quo Ton n'ait pas trouvé d'autre moyen, pour figurer
typographiquement les diverses abrévialions des mss., que l'emploi dans
tous les cas d'un seul et môme signe, l' apostrophe.
- Telles sont sûrement, parmi les miennes, celles qui concernent caf
( 40a,31 ), bols (54a,45 ), et probablement aussi quelques autres.
3 Voy. Romania, 1, 23 i ; li, 327 ; VI, 136 et 450. Je n'ai connu les re-
marques de Galvani, avec qui je m'étais, à mon insu, souvent rencontnô,
que par les citations do M. Stengel.
BIBLIOGRAPHIE 199
lienne, les noms propres et les autres mots qui composent le glos-
saire italien et ceux du Donatj ou qui sont mentionnés, comme exem-
ples^^-pa^ les deux grammaires . G*est un travail utile et qui, bien
qu'il donne prise à la critique en plus d'un endroit S vaudra à
M. Stengel la reconnaissance des travailleurs.
Après cet exposé sommaire du contenu de l'édition de
M . Stengel, je placerai un certain nombre de remarques de détail
faites au cours de ma lecture. M. Boucherie en a fait aussi de
son côté quelques-unes qu'il m'a communiquées, et que j'interca-
lerai parmi les miennes.
P. VII de l'introduction. V. 3 du fragment de planh, publié là
pour la première fois. Lasse, La correction indiquée est lassa et
non las ieu, puisque c'est une femme qui parle, et que d'un autre
côté l'a final, dans ce texte, est toujours changé en e. — V. 6. De
arc navant=a dar en avant et non doren avant. — V. 11. Darai en
tenen. Lis. entenen pour entenden = je donnerai à entendre, je ferai
comprendre. Cette forme, jointe à epour a final, à mons pour twos (v.2
et 19), à l'emploi de x pour ss (v. 20), donne à penser que ce texte
a été altéré par un copiste catalan. — V. 17. po(l)gres. Il faudrait
pogties, — 24. Gengua doit sans doute être covvïgêvengua,
23, 11. Teus ,i. timuit, pi^eus .i.pressit, — A l'appui de ces formes,
que M. Giiessard avait corrigées tens, prens^eique M. Stengel,
vu l'accord des mss., croit au contraire devoir conserver, on peut
citer l'exemple suivant, tiré du ms. 1592 de la B. N. (Mahn,
Gedichte, LXII, 1):
Greu feira nuills hom failleasa
Si tant ieusses son bon sen
Gum lo blasme de la gen .
J'ai vu ailleurs un autre exemple pareil, mais je ne sais pas le
retrouver. Quant à Torigine de Yu de ces formes, il faut probable-
ment la chercher dans le p parasite de temps (^temsit), premps
Cpremsit), qui, une fois introduit, aura, comme il arrive en d'au-
* Les formes fausses n'y sont notées (voy la préface, p. xxvi) que dans
le cas où a une restitution sûre » fait défaut. Mais M. Stengel a pu sou-
vent se tromper sur la valeur des corrections proposées. Le mieux eût
été, à mon avis, de reproduire fidèlement, dans tous les cas, le mot pro-
vençal et sa traduction latine ou italienne, quand elle existe, tels que les
mss. les fournissent, en plaçant à la suite, entre crochets, les corrections
certaines ou seulement probables. C'eût été plus conforme au plan de
Tédition, et l'utilité de ce résumé lexicogràphique des trois ouvrages en
aurait été beaucoup accrue.
140 BIBLIOGRAPHIE
1res mots, chassé Vm étymologique et se sera ensuite vocalisé.
Cf. cVuncpart esseps, dopna; de l'autre, cj/«= ep8 (ipse).
28 a, dO.SluUis, Gorr. Stipulis, v. fr. esteules (Boucherie).
28 &, 21, note. M. St. a raison de no pas accepter la correction
808terrar, pour sosteirar, que j'avais un peu étourdiment proposée.
Il y a d'autres exemples dans le Donat môme (M. St. en relève
plusieurs) de ir = rr^. Mais lairar, qu'il cite en même temps»
n'est pas dans le même cas. Vi y provient de <^ comme dans
paire^ laire, etc.
28 b, 35. Uiciis. Gorr. ulnisf
29 a, 19. ho8 paraît ici plutôt Tabrôviation de hospiUum que celle
de hostem,
30 rt, 43. enastar. Le vrai sens est bien celui de mettre à la hroehe^
Ugnum {la lenha) étant le bois brûlant dans le foyer.
30 &, 27. enclavar. C'est le français enclouer, au sens propre. La
trad. est donc très-exacte et les doutes de Galvani sans fondement.
20 h, 43. EtinduohuB sustentari. Suppl. manihuset corr. dualms.
C'est ce qu'on appelle en Saintonge « faire le châgne dret » ; péni-
tence qu'on impose a^x fillettes dans les jeux innocents, quand il
s'agit du gage touché. Il va sans dire que, dans ce cas, la pénitence
n'est pas obligatoire (Boucherie).
31 a, 34. Pertinei serait ici une addition inutile. Ad custodiam
est régime de vigilare.
31 &, 23. Zmrar .i. lucrari, Gorr. luirar. Cf. luitar = luctari,
32 a, 5. Machar, matar .i. percutere. Il n'y a aucune note sur
ce passage et, dans son vocabulaire, M. St. interprète machar par
mactare. C'en est peut-être bien Tétymologie, mais non pas l'exacte
traduction. Percutere rend mieux l'idée que nous attachons à ce
verbe. On est mâché (car le mot existe aussi en français^) par un
instrument contondant.
32 a, 33.c&ec?e*tore. Lis. hehetitare^ fréquentatif de Ae&etore, émous-
ser (Boucherie^.
32 Ô, il.Fetaçar .est certainement le môme mot que pedassar.
C'est cette forme môme qui est usitée en Limousin. Il ne faut
donc pas hésiter à traduire, avec M. G ues sard, rç^ere vexera (en
franc., rapiécer^). Venta du ms. 5 n'est pas seulement ridicule;
c'est mie leoon absolument inadmissible.
* Cf. flet^ae, XÎI, 19G, 1. 2 et suiv. — On peut citer encore poyre =.
porrum,
2 Voy. Boucherie, Elym. françaises et patoises (Hevue, IV, 553).
•^ PedaSi en effet, est, au propre, non pas une cheville^ mais un mor-
ceau d'étoffe servant à raniôcer. Voy. Sauvages, au mot petas
BIBLIOGRAPHIE 141
32 b, 5. -La leçon de ^, sopinare, admise au vocabulaire sans
observation, doitôtre une mauvaise lecture de aôpniare,
32 b, 43. Pomeiar existe encore (voy. do Sauvages, pouncheja =
poindve). Rochcgude a eu le tort d'en faire deux mots, V\xn ponce-
jar, que M. St. n'a pas remarqué chez lui et qui est bien traduit ;
l'autre ponz^ar, pour lequel le ponere du Donat Ta fourvoyé. La
leçon de B pourrait être corrigée, en remontant de deux lignes im-
probare, mal à propos placé après ^orfar (comme M. St. l'a fait jus-
tement remarquer): Fonzeiar .i, pungere vel bénéficia aliia improixvre. ^
34 a, 3. So8trar/\Q\y n^est peut-être pas à rejeter (ne pas con-
fondre avec un autre aosirar, somtra, dans Sauvages, = * substrare
pour substemeré) , Nous avons en effet un inl}Qcliî soustroiis (= sos-
tro8) qui sï^miie paresseux.
35 J, 29. Conis. Gorr. cuneis,
36 6, iX.Endir .î. inmitere Xinire B. — Gorr./wwwVe. Les traduc-
teurs de A et de B n'ont pas vu ici le même mot. Pour A, c'est
endire (indicere ) = imposer, — A endir = hinnirede B, cf. grandir
s= grunnire.
37 a, 44. Masdir. Cette forme, que M. St. admet dans son voca-
bulaire, ne peut être qu'une faute do copiste pour maldir.
38 a, 8 et 12. La forme de futur batrei, répétée ici deux fois, est
changée à tort, dans le vocabulaire, en batrai.
41 a, \2. fina cane. — Gorr. canna. Voy. Littré, glaïeul, à Thistori-
que, etfinm dans Du Gange.
41 a^ 38. Alfz, — La rubrique primitive ne pouvait être als, Alz,
à la bonne heure. Je me permets de renvoyer M. Stengel, pour
tout ce qui concerne le z final, à mon travail sur ce sujet (Revue,
V, 330, et VI. 94), qu'il paraît nUvoir pas connu. Cf. sur 54 J, 13.
42 6, 20. Tantes, Gorr. tannes do *tannare = fr. tanner (Bou-
cherie) .
43 a, 2, tanc ; 18, Jlars, — M. Stengel aurait dû mentionner,
parmi les conjectures omises relativement à ces deux mots, celles
de M. Boucherie (Revue, XI, 218).
43 fl, 37. Onus/\cifest évidemment à supprimer ou à renvoyer à
la ligne suivante, comme dans Tédit. Guessard.
45 b, 44. Leis A, luxus .nus» — L'édit. de M. Guessard a leis
— lectus, que M.Tobler proposait de corriger legis et que je croyais
susceptible d'être conservé. La leçon du ms., aujourd'hui connue,
ne fera que rendre rembarras plus grand. Faut-il corriger seis —
sexus, M. Stengel propose T'^m — plexus. Si le mot était parmi les
estreitSf on pourrait penser à leis = lixus (fr. lessif),
47 a, 13 (voy. la note). Tenips est bien à sa place parmi les
142 BIBLIOGRAPHIE
rimes étroites. La prononciation limousine ne connaît pas plus de
ems que de ens larges.
48 a, 10 (note). Je n'avais en vue dans le passage de ma Gframm.
limousine rapporté ici par M. Stengel, et qui lui parait incomplet,
que les mots qui vivent encore. Voici pourquoi je n'y ai parlé ni
de ver, ni àeferir. Mais même fera serait à rejeter, car la forme fier,
sous laquelle seulement nous employons aujourd'hui ce mot, a dû
être prise au français.
50 6, 16. VetJiz ,i. veretrwm. Je ne sais si la bonne étymologie de
ce mot et du mot fr. correspondant a encore été ^ donnée. De
Ghevallet, si j'ai bonne mémoire (car je n'ai pas son livre sous la
main), la cherche dans le celtique. Ûo doit être simplement le latin
vectis. Ceux qui ont vu, près d'Angoulôme, le verrou de la cha-
pelle de Saint-Roch, et qui connaissent les superstitions qui s'y
rattachent, trouveront cette étymologie aussi naturelle qu'elle est,
phonétiquement, légitime*.
51 a, 5. Lethz .t. lex. Je crois que l'explication proposée par
M . Stengel ^icitum) est la bonne, et j'avoue qu'avant de le lire j'y
avais pensé moi-même. Ni lex ni legemnQ pourraient rendre compte
du zûnaX de lethz (lehtz). 11 faut nécessairement dans le mot latin
une dentale + «, ou un c + eou i.
51 a, 43. Sic8, Il faut corrigeras sans hésitation. Le mot existe
encore en limousin comme en français, au sens d'excroissance, tu-
meur. Voy. ^c dans Littré.
52 a, 1. Tins .t. tempus. Cette glose paraît confirmée par un
exemple cité par Raynouard (V, 322 a); mais je la crois néaninoins
suspecte. Je pense que, pour l'auteur du dictionnaire, Uns était Ugnus*
( le mot est bien connu, dans la langue d'oc comme en français,
avec ce sens ), et que le traducteur, dans le dialecte duquel proba-
blement templa se disait Un, aura cru à tort avoir ici affaire à ce
dernier mot.
53 6, 18. trobs. On se serait attendu, d'après l'étymologie admise
(turbare ), à trouver ce mot parmi les estreits. Mais la prononciation
moderne donne raison à la classification du Donat. C'est là un ar-
gument d'un certain poids ( et de même l'ancien fr. ^*e treuve, etc.)
contre cette étymologie.
53 b, 31. Voljys. M. M eyer avait justement remarqué que ce mot
^ Un autre verrou non moins célèbre est celui de l'église de Sainl-
Léonard (Haute-Vienne). Voy. le Bulletin de la Soc. archéoL du Ltmot«-
5in, t. VII (1857), p. 92.
^ Cf., dans la même liste, lins = lignum.
BIBLIOGRAPHIE 14S
est placé à lort sous la rubrique larg, La forme actuelle houp (Gas
'cogne), autant que rétymologie,lui donne raison.
54 a, 26. Vols .i, volatus ( omis au vocabulaire ). Il me semble que
cela est très-acceptable. Le sens est voZ, volée (d'oiseaux). Voy. Du
Gange, volatus,
54 h, 22. Poh A, puUces, Si M. Stengel eût connu plus tôt l'ar-
ticle de M. Banquier, quil n'a pu utiliser que pour ses addenda, il
n'aurait pas sans doute fait difficulté d'admettre dans son glossaire
la correction pultes. L'emploi dans la traduction, ici comn^e déjà
plus haut (8,22), du pluriel pultes, au lieu du sing.jpttfe, semble in-
diquer que le mot devait être dès lors, comme aujourd'hui, usité
seulement au pluriel .
54 &, 44. Il n'est pas douteux que rolhz ne soit en effet rotulus.
Mais M. Meyer, dans le passage cité par M. St., Tavait déjà, ce me
semble, assez clairement fait entendre. — Dans PAngoumois, on
appelle rolons{o bref), non roulons, les barreaux d'une échelle.
55 b, 32. Conhz A.cum cuneo claudas. Corr. cudas? C'est le sens
de notre conhar, comme du fr. cogner,
56 a, 29. Ors ,û ora panni. — M. Tobler considère ce mot
comme fourvoyé parmi les rims largs» et Pétymologie, à priori, lui
donne raison, Vo en étant originairement long. Mais Tusage des
troubadours prouve que le Donat ne s'est point trompé et que, par
conséquent, Tom la tîn, en prenant Chez nous la forme masculine,
y avait abrégé son o. Voici des exemples :
Gora qu'ieu fos d'amor al or,
Er sui vengutz del or al cor.
(B. de Venladour.)
Mas trastolz lo mous d'or en or
A jurai l'ai re en son cor.
(P. Cardinal.)
Lavas les totz ben d'or en or
E gitas tota Taiga for.
(Flamenca . )
m
56 a, 33. Preforsit. Gorr. jyerfores? Mémo ligne, jpimc^ws ( pour
punctum), omis au vocabulaire, peut, ce me semble, rester :/or5,
substantif de forar, signifierait naturellement trou, point, comme,
par exemple, ceux d'une aiguille.
57 6, 10. Vorms. Ce doit être une forme masculine de vonna^w
morve. On pourrait traduire morhus ou sanies naris,
. 58 J, 4. Claûcs .i. cïausis (omis au vocabulaire). On a ici, jo
pense, une autre forme de chic, d'où clucar, «fermer les yeux», si
même il ne faut pas simplement rejeter l'a comme fautif. Voy. Ro-
144 BIBLIOGRAPHIE
chegude sous duc, La corfcction dausua de M. Guessard serait
ainsi à conserver, sauf à sous-entendre quelque chose comme
« pertinet ad oculos . »
58 &^26. Chuf, cuf J, pili super frontem. C'est ce que le limousin
moderne et sans doute aussi d'autres dialectes appellent iufo{\9Lt,
iufa)^ substantif dont la forme masculine serait *»/. Et c'est/- aussi
probablement tuf qu'il faut lire, au lieu de cuf, dans le ms. B. du
Donat. L'origine du mot est en effet Pallemand zopf ( voy. Littré
sous touffe et toupet ), d'où se tire régulièrement tuf et même tJmf
( z= tchufy tsuf)f mais non pas cuf,
59 b, 46. Jtis/qxie j'avais proposé ici en place de lus, est le sub-
stantif ^t^ ( de viande), et ne peut, par conséquent, faire double
emploi, comme le croit M. St. , avec le^iw qui est plus loin^ ce der-
nier étant l'adverbe.
61 a, iO, Lesquera. (M. Guessard a ^^«ra, qui s'expliquait mal).
Cette forme renvoie à un parfait lesc = lat. *leaDi. Cf. Titalien leêsi
et le participe lescut (St Honorât, 43 a). On trouve aussi, en pro-
vençal comme en catalan^ un participe leal (=»= leacf = Uxmf) pour
Uctua,
61 fl^ 32. Seriatum, Corr. seriaHm.
63 a, 37. La prononciation actuelle (oulo) prouve que oZa, malgré
Tétymologie, est bien à sa place parmi les estreits,
64 h, 22. Asta doit être entendu ici au sens de manche, que l'on
introduit {imeritur, comme a corrigé M. Guessard ) dans la douille,
par exemple d'une hache.
65 5, 15. Sesca ,i, arundo secam. En limousin, la seicho (qui est
notre sesca) est le nom d'une espèce d'équisétacée.
65 hf 19. Mesca .i. propinet. Cette acception de wtacere se conserve
encore, au moins dans T Aveyron . Voy. le Bulletin de la Société de
linguistique^ III, p. xxxv, où Ton aurait pu rappeler, par paren-
thèse, que meisser est dans Raynouard, et déjà avec cette unique
signification. C'est aussi dans la même acception que ce verbe fi-
gure au V. 58 de la première des Anciennes Poésies religieuses publiées
en 1860 par M. Paul Meyer * {Fel e azet — li mesquero mesdada-
* Puisque j'ai roccasion de citer cette pièce intéressante, j'y proposerai
en passant une correction. On lit dans l'édition, vv. 111-112:
E s'e ran mo carah
Aquel que tu m'as faih
Ce qui, pour moi du moins, n'a aucun sens. Une copie de la mômé
pièce, prise autrefois sur le ms. par M. Boucherie et que j'ai sous les
yeux, porte, au lieu de seran, senin, qui non plus ne signifie rien. Je
BIBLIOGRAPHIE 145
nimt)y ain^ique dans le fragment de la Vie de sainte Foi d*Agen{v.
"6 :E plus que nula pimem qu'ommesca.), où tous ceux qui, à ma con-
naissance, se sont occupés de ce fragment, en ont méconnu le sens.
66 a, 4. Sarcina, Je cori'igerais faroina ( voy. Du Gange, farcino-
Bùê), la. mousse étant considérée comme une sorte de lèpre des
arbres .
66 a, 13. Tosa. Ajoutez |)u6?/a/pour la traduction.
Je réserve pour une autre occasion mes observations sur le texte
de Raimon Vidal, et je termine cet article par un petit nombre de
remarques sur le glossaire provençal-italierij qui forme la troisième
et dernière partie de la publication de M. Stengel.
88 ô, 6. Biur, Je pense qu'il ^faut corriger luis ou huih ou huk. Cf.
Flamenca^ v. 7207, pour la première de ces formes, et Sancta Agnes
864, notes, pour la dernière.
88 ô, 10. Brada A.folia, Gorr. branda* Ge mot est bien connu,
du moins en Limousin, où on l'applique à une espèce d^arbuste.
(Gf. Du Gange, Branda2). Son dériw é hrandou désigne particuliè-
rement le rameau vert (de. houx le plus souvent) qui sert d'enseigne
aux auberges de village.
88 ô, 14. Brodels. Gorr. hrondels.
S9 a, 9. Covir ,i, volgo. Il faut séparer co vir, co étant la con-
jonction com. C(=co ou que) à, été de même agglutiné mal à
propos aux mots qui suivent, jusqu'à 35 inclus, sauf 28 et 29.
89 6, 1 . Descawrir, Inutile de i^ovvigQv descauzir , G'est un nouvel
exemple de r = ^.
89 ô, 10. Enair. Gorr. eoair (invadere). M. St., qui a eu le tort
d'admettre dans son vocabulaire cet enair ( comme il y a admis
covir )f le rapproche de endir, avec lequel il n'a aucun rapport.
90 a, 43. Isola A, clamât. Le copiste a dû oublier de répéter Ti
initial. Govr.jiscla, Gf, giscla, 66 6, 7.
90 6, 16. Mère ,i, convene, Ge mot est rattaché, avec raison, par
crois qu'il faut corriger servi (ou serva, si Ton prend gurpis du v. 108
pour un subj. présent, cas dont il y a d'autres exemples). Le sens sera :
tEt je conserve (ou que je conserve) mon caractère, celui que tu m'as fait»,
à savoir le caractère du chrétien, le baptême; car il faut voir dans notre
carah, non pas, avec M. Meyer, un dérivé et synonyme de eara, mais sim-
plement *caractum, substantif dont la forme féminine se retrouve en
ancien français {caracle dans Benoit Chr.^ v. 711) comme en provençal
(voy. caracta, L. R. II, 332). Un autre carah, auquel convient au con-
traire on ne peut mieux l'étymoiogie do M. Meyer, est celui dont il cite
deux exemples de G. de Rossillon. Ce dernier est identique à carage, qui
lui-même est à cara comme visage est à vis.
146 PERIODIQUES
M. Stengel, à merir (mereri). Son synonyme mérita est quelquefois
employé aujourd'hui, sinon tout à fait dans la môme significatioD,
au moins au sens passif: aqtio li merito he = cela lui est bien dû.
— Je rappellerai en passant que ce même mère a été signalé aussi
en italien ( voy. Rivista di fihlogia romanza, II, 109 ), et je profi-
terai de l'occasion pour retirer la conjecture, trop hasardée, que
j'avais émise moi-môme touchant son origine ( Revue, IX, 236).
Camille Ghabanëau.
PERIODIQUES
La Renaixensa, revista catalanailustrada.-- âilentraren Fany
8^ de sa publicacio ha eixit ab notabilissimas milloras , entre ellas *
obrif un certàmen de 3 premis de 200 pessetas cada un à treballs
en prosa y regalar als suscriptors un Album artisUch y lo LUbre
d'or de la modemapoesia catalana.
N« I. (Any VIII, tom.I) : — P.l. J.Goroleu : Ninou ( contracciô
d'any nou) frase ab que' s nomena io dia de capdany. Bonich article
preliminar. — P. 5. Victor Balaguer : Aymsrich de Peguilhà, Es lo
comens de la curiosa biografia d'aquest trovador provensal vivent
en lo segle XIII, la quai es una de las 300 que contindrà la ffis-
toria politica y literaria deU irovadors que dit Sr. esta escribint. —
P. 12. Marti Genis y Aguilar : de la Batalla de Vick à la acciô de
Roda. Sentida narraciô. — P. 18. Antoni Aulestia y Pijoan : fo
Movim^ent literari català en 1877. Seguint la tasca qu'aquest labo-
riôs è ilustrat escriptor emprenguè fa 2anys, nos ha donat en lo
présent un catâlech bibliogràûch de las obras publicadas durant
Tanterior que pujan à 116 (79 drâmaticas y 37 nodramâticas). y per
lo tant unaument de 26 obras sobre las de 1876 y de 62 sobre las
de 1875. Veuse ademès que foren 12 los periôdichs que vegeren la
llum en català,8 los certàmens en que s'hi premiaren treballs escrits
en la mateixa llengua, y 9 las obras castellanas ôfrancesas réfèrent s
à Gatalunya. — P. 26. Marian Aguilo, mestre en gay saber: V Arbre
de la patria, Alegoria . Precios fragment d'una llarga composicio
poética que conserva inédita son autor desde 1862. — P. 29. Fran-
cesch Ubach y Vinyeta, mestre en gay saber : Sombra, A la me-
moria de^N Felip Pirozzini y Marti, Poesia. — P. 32. J. Martiy Fol-
guera : la Catedral. AUre poesia. — p. 34. J.Sardâ. Bibliografia de
las obras catalanas : Odes d'Anacreont, traduhidas per Frederieh
PERIODIQUES 147
Renyé;io Rat-Penat, calendari publicat per D.Gonstanti Llotnbart,
ab la colaboraciô des escrîptors de Yalencia, Catalunyay las illas
Balears, y Novisnm Dicionari manual de las llenguas catalana y
castellanay per D. Jaume Angel Saura, — P. 37. Novas» — Accom-
panya à aquest numéro : un dibuix à la ploma del jove artista
D. Bnrich Serra, pensionat à Roma, que ha reproduhit la Societat
helîogràfica espanyola; y lo comensament del Libre de algunes coses
aaanyaladea succehides en Barcehna y en altrea parts format per Père
JoanGomes en 1583 y recôndit en h Arxiu delExcelentissimAjuntament,
ara per primera volta publicat ab deguda llicencia baix la revisiô de
D, Joseph Puîggari, oficial del susdit arxiu, en quai preliminar fa
dit Senyor, ab Terudiciô que li es peculiar, una biografia docu-
mentada del propi Gomes y una critica de tal obra, probant que
no tè sino una importancia relativa, puig son contengut compren,
ce estractos bastant poch fiels, sino dissîmulats ab intenciô dels
registres del arxiu, titulats Cérémonial de Coses antigues y mem^-
rablesy de algunas altras noticias escampadas en los registres de
Actas y delliberacions del Conseil , de que podria traurersen materia
bastant mes curiosa y compléta. »
N® II. — P. 41. Joseph de Letamendi : Carta à la Renaixensa, trac-
tant de la literaria de Catalunya, — P. 44. Joseph Pella y Forgas :
Grans exemples, La Renaixensa de Irlanda, Article historich, no-
table per los dates que reuneix en intéressant conjunt. Sos capitols
son : Caràcter de là Renaixensa de Irlanda : Historia de la dominadô
inglesa, — Las Revolucions de Nort- America y Fransa; La uniô llegis-
laiiva. 0*Connell, — La Jova Irlanda, 1848 : La « Tenomt Right» ; Los
Fenians. — M. Butt: Unib de protestants y catôlichs; L'ahome-rule»,
'■^ Lo Parlament inglés : Los « obstructionnists »,— P. 70. Victor
Balaguer, Aim^ich de Peguilhà, Acabament : copia intégra una
poesia d'est trovador un xich di'ferent de la que publicà Ray-
nouard: De fin amor comenson m^s causas, etc. — P. 77. M. Genis
Aguilar : De la Batalla de Vick à la acciô de Roda, Acabament. —
P. 85. Damas Galvet: -4 Esther. Recorts d'Alemanya. Poesia. —
P. 87. Ramon Picô y Gampamar: Adeu! Poesia. — P. 90. J. de
Letamendi : Lo Sobrevivent. Soneto dçdicat per son autor à En Angel
Guimerà. Primera poesia catalana que'ns ha fet coneixer lo savi
professor d'esta Facultat de medicina y que desitjém no sia Tul-
tim fruit de sa inspirada musa. — P. 92. R. Teatre català. Revista
critica del Gontramestre, drama de D. Frederich Soler. — P. 94.
Novas, — P. 96. Gonsistori dels jochs florals de Barcelona. Adiciô al
cartell, per oferta d'altres 3 premis extraordinaris : 2 de vers, ço es
de la Diputaciô de las Balears,'un pensament d'or y plata, y del
148 PERIODIQUES
Municïpi de Figueras, una agulla de pit d'iguals metalls en forma
de ploma ab Tescut de la Giutat, y un de prosa, medalla de piata
del Ateneo barcelonés, almellorestiidicritichsôbre'l tema: « Tea-
tre català, sas tradicions, son estât actual, fins àhont es conve*
nient son conreu », noadjudicada en los 2 certàmens anteriors,
•— Ab aquest numéro hi va adjunta una copia beliogràfiea del
quadro-aquarela, il Gontino de Fortuny, que possebeix la Excellent
tissima Diputaciô provincial de Barcelona, y la conlinuacià per
follet! del Libre de cosea asanyalades.
A. Balaguer y Meriso.
Barcelona, 31 de janer de 1878.
Lo Gay Saber. Periodich literari quinzenal, fet per escrip-
tors catalans, mallorquins y valencians. — Epoca 11, any I,
nom. 1. — Ab gênerai satisfacciô dels catalanistas ha estât sala-
dadà la reapariciô del primer periodich literari de nostre renaixe-
ment, fundat en 1868 per lo sempre infatigable ylaborios escriptor
D. Francesch Pelay Briz, mestre en gay saber. En l'article intro-
ductori Lo que volem (p. 1) resumeix sas aspiracions à « donar à
coneixer las obras capdalts del ingeni huma ; obrir una via mes
ampla de la ab que conta avuy. à la joventut estudiosa; sostindre
las bonas relacions que'ns lligan ab los centres literaris de alguns
indrets de Dunyas terras; ajudar los esforsos dels que en aras del
amor à la llengua se llensan à travails aspres de si y de poca
esperansa de rehixiraent ; en una paraula, portar à tôt arreu la
bona llavor del esperit catala.» — Dit Nom. 1. conté: p. 2. F.
Maspons y Labros: Creencias populars cataUmas, Estudi comparatia
de varias, cotejadas ab las do diversas encontradas de Fransa que
ha publicat la Mélusine de Paris. — P. 5. Adolf Blanch, mestre en
gay saber: En Guillemde Meâiona. Poesia. — P. 5. Antoni Gareta
y Vidal : los Carboners, Poema provensal en XII cants per FeMx
Gras, Gomensament d'una polida traduccio de la valenta opopeya
provensal li Carbounié^ que premiâ la Société des langues romanes
en lo concurs filologich y literari de 1875. — P. 6. Joaquim Rubiô
y Ors, mestre en gay saber : A la Verge de VAcademia. Poesia reli-
giosa premiada ab joya en locertâmen de l'Academia bibliogràfica
Mariana de Lleyda, Tany 1871. — P. 8. Maria de Bell-lloch (pseu-
donim d'una distingida escriptora): Vigatans y Botiflers. Novela
histôrica del temps de la guerra de successiô à Gatalunya (comensa
l'acciô en 1713), molt intéressant. Lo titol que porta es lo dels
bandos dels partidaris de las casas d'Austriayde Borbô, que
havian comensat à puntejar respectjvament en las ciutats de Yich y
PERIODIQUES 149
de Cerverai— : P* 10. Frederich Soler, mestre en gay saber : los
Treize Poësia premiada ab joya del Golegi mercantii de Barcelona
Tany 1877. — P. 11. Enrich Franco: Edipo Rey, traducciô de
Sôfoelea. Es una versiô en prosa catalana de dita tragedia grega,
ilusti*ada ab eruditas notas. — P. 12. F. Pelay Briz : la Pinya cVor,
Comédia de mâgica en quatre actes y en vers. L'acciô passa â
Mallorca avans de la conquesta (segle XII). — P. 14. Cariositats,
Testament del End. D^ Vicem Garcia, Rector d^ Vallfogona, Aquest
intéressant document, lins ara inédit,, fou otorgat en poder ,del No-
tari Pau Marti prevere y en la vila de Vallfogona estant malalt lo
Rector, als 31 de Agost d'1623, loqual es un nou dato pera arguïr
la fetxa controvertida de la mort del mes célébrai poeta catalâ del
segle XVll, qu'ubs suposan ocorreguda en dit any yaltres mes en-
llâ del 1632.— P. 15. Novas.
Nom. IL, p. 17. F. Maspons y Labrôs : lo Poil y lapussa, (Qûento
popular català.) Esta comparât ab las variants francesas, italianas
è inglesas. — P. 20. A. Gareta : los Garboners, etc. Gontinuaciô. —
P. 21. Geroni Rossellô, mestre en gay saber: Suspirs. Poesia. —
P. 22. Maria de Bell-lloch: Vigatam y Botiflers. Gontinuaciô. — P. 23.
Victor Balaguer, mestre en gay saber : lo Blau del cel. Poesia. —
P. 24. Joseph Fiter è Inglés. Traducciô del Estudi histôrich cri-
lich sobre 'Is Poetas valencians dels segles XIII, XIV y XV, per en
Rafel Ferrer y Bigné, premiat ab joya en lo certàmen de la Societat
econômica d'Amichs del Pays de Valencia enl'any 1871, y pu-
blîcat en castellâ per la mateixa y per l'Atenco d'aquella ciutat en
son boletin. Lo 1*"^ poeta de que tracta es M" Jordi del Rey. —
P. 25. Francesch Ubach y Vinyeta, mestre en gay saber: h
Compte d'Ampurias. l^oesia premiada ab joya en lo certàmen de
Gerona de 1877.— P. 27. A. Gareta y Vidal. Za Venjansad'unpadri.
Narraciô en prosa. — P. 28. F. P. Briz: la Pinya d'or, etc. Gonti-
nuaciô. — P. 29. Novas, P. 32. Consistori dels Jochs Florals de
Barcelona, Gonvocatoria pera 'Is del présent any. S'ofereixen : los
3 premis ordinaris d'englantina d'or, viola d'or y plata y flor na-
tural que ho es d'honor y cortosia, a 3 poesias histôrica, religiosa
y de lliure tema dels trovadors ; y ademés 7 premis extraordinaris,
4 de poesia, ballesta d*or de la Diputaciô de Gerona, lliri de plata
de 3 flors de la Lleyda, rosa d'or y plata de la d'Alacant y brot de
roure de plata de la Societat «la Misteriosa», y 3 de prosa que son :
lapida de marbre negraab Tescut de TAssociaciô catalanista d'es-
cursions cientificas, à la mellor descripciô histôrica y pintoresca
d'un monument catala ; colecciô d'obras triadàs originals de cele-
brats escriptors, qu'ofereix la Renaixensa à la mes bella narraciô
150 PERIODIQUES
0 aplech de narracions d'epîssodîs catalans del se^e actual, y tum-
])aga d'or alegôrica per la revista l'Art del Pages, à la mellor nove-
leta de costums de^ camp. Las composicions dearàn esser iné*
ditas y escritas en antich o modem catalâ literaris de Gatalanya
Mallorca o Yalencia , o en quansevol dels dialectes de nostre
idioma, ab tal que Us aators, évitant l'influencia d*altras menas
de parlar estranyas al pais de la liengua d'Oc, procuren escriu-
relas de la manera mes semblant al antich proveasal o català lite-
rari. S'adresseràn al Secretari del Gonsistori ( carrer de Jéru-
salem, n® 32, pis 1*', porta la). Los mantenedors d'enguany son :
J.-L. Pons y Gallarza, président; A. Blanch, J. Soler, F. Ubach
y Vinyeta, J. Goroleu, J. Riera y Bertran y A. Guimerà, secre*
tari. A. Balaqdeb y Merino.
r
Romanische Stadien. Heft IX^ — Ge fascicule est rempli
tout entier par un ouvrage très-important de M. Groeber: Die
Liedersammlungen des Troubadours, L*auteur, après avoir établi
sans peine, dans les deux premiers chapitres, qu'il a dû exister
des copies de chansons isolées et des recueils particuliers des
poésies de tel ou tel troubadour, examine successivement les
chansonniers que nous possédons, et recherche pour chacun d'eux
et, quand il y a lieu, pour chaque partie de chacun d'eux, les
sources médiates et immédiates, prochaines ou éloignées, d'où il
découle. Ge travail, qui témoigne d'un esprit aussi pénétrant que
judicieux et méthodique, a été exécuté, autant que j'en puis juger,
avec le plus grand soin ; et, si les résultats en restent forcément
incertains sur beaucoup de points, il n'en doit pas être moins bien
accueilli par tous ceux qui s'intéressent à notre incomparable
poésie lyrique, comme l'un des plus propres à en éclairer l'étude
qui aient encore été publiés. G . G.
Zeitschrilt fur romaniscke Philologrie, I, 2-3. P.337.— En-
core une fois : Marie de Compiègne et V Évangile aux femmes.
Sous ce titre, M. Ed. Mail rend longuement compte d'une bro-
chure publiée par moi l'année dernière, et dont M. Boucherie a
bien voulu parler ici même {Revue des langues rom,, nouvelle série,
t. II, n° 10, 15 oct. 1876). J'avais déjà oublié cette œuvre de début,
quand M. Mail, lui donnant plus d'importance que je n'y en atta-
chais moi-môme, a entrepris de renverser l'opinion que j'avais
cherché à établir sur Pidentité de Marie de France et de Marie, de
Gompiègne. Je dois reconnaître qu'il n'en a rien laissé debout. A
'Nous n'avons pas reçu les deux fascicules précédents de ce recueil.
PERIODIQUES 151
Taide d'une critique impitoyable, il a dégagé de la confusion des
quatre manuscrits le texte original, ou du moins ce qui semble être
le texte original du poëme, et s'est habilement servi pour cela du
ms. D, dont il a emprunté la plupart des strophes. Qu'il me per-
mette à ce propos de hasarder un mot de défense, pour me disculper
du reproche qu'il me fait (p. 353) de ne pas avoir profité du ms. D.
Mon travail étant déjà sous presse quand j'ai eu copie du texte de
ce ms., ce que j'en ai dit a été ajouté sur épreuve. Gomme ce travail
devait paraître dans le Bulletin de la Société historique de Compiègne, je
ne me suis pas cru le droit d'en retarder la publication, pour refondre
mon travail et faire œuvre de critique. J'avais, d'ailleurs, déclaré
formellement que je laissais à de plus experts le soin de tirer parti
des matériaux que j'offrais au public. M. Mail conclut, du reste, sa
longue et judicieuse dissertation par ces mots -.«Quoique M. Gon-
stans se voie ainsi privé du fruit de la plus grande partie de son
travail, il lui reste cependant un mérite que je ne saurais vouloir
lui dénier : en nous communiquant les tôxtes originaux de l'Evan-
gile aux femmes, il nous a définitivement délivrés du misérable
texte de Jubinal, et a fourni les éléments d'une solution exacte de
plusieurs questions importantes. Nous ne saurions lui refuser ici
nos remerciements, malgré les imperfection s de son œuvre.» Je re-
mercie à mon tour M. Mail d'avoir bien voulu me rendre cette
justice. J'aurais désiré cependant que, prenant en considération ma
déclaration, que je n'avais point l'intention de donner un texte cri-
tique, il ne feignît pas de croire à des fautes de lecture plus nom-
breuses qu'elles ne sont en réalité (Y. p. 339). La plupart de celles
qu'il signale se rapportent au ms. p., dont la copie n'est pas de
mon fait; je n'ai eu ni le temps de l'étudier sérieusement, ni l'in-
tention de la corriger arbitrairement, n'ayant pas le moyen de la
collationner. Les corrections soutiyement au lieu de soutinementy
koupius au lieu de horxpiua, avaient déjà été faites par M. Boucherie;
dans le tns. A, st. 27,4, dovt au lieu de doit est probable. Je me
propose de faire une vérification pour ce mot, ainsi que pour un ou
deux autres pour lesquels M. Mail propose des corrections qui ne
sont pas toutes nécessaires. Mais il a tort de croire qu'une révision
des mss. puisse sensiblement améliorer le texte. Le travail de
M . Mail sera un complément utile à l'édition des Fables de Marie de
France,k laquelle il travaille depuis longtemps déjà, et qui est, dit il,
sur le point de paraître. L. Gonstans.
Journal officiel de la République française (no du 31 dé-
cembre 1877). — La lecture d'un article de M. Alphonse Daudet
nous remet en mémoire quelques brefs renseignements historiques
donnés à Montpellier, en 1873, sur les opéras languedociens, par
152 PERIODIQUES
M. LéonGaudin. Dans sa préface de l'Opéra de FrountignaiRtOhra
galoya, accoumpagnada de deeoratieous de théâtre e de symphonias
escarabilladas, 1679, d'abord inséré dans cette Revue et publié en-
suite parla librairie F. Seguin, M. Gaudin nous apprend que,
quelques jours après les fêtes qui eurent lieu à Montpellier pour
célébrer la paix de Nimègue, et au nombre desquelles figurait un
opéra exécuté aux frais et dans l'hôtel même du cardinal de Bonzi,
Nicolas Fizes (de Frontignan) composa l'opéra, ou plutôt le vaude-
ville languedocien, dont on vient de lire le titre, et que le souvenir
de cette œuvre fut si vivace que, près d'un siècle plus tard, le
Narbonnais Mondonville, ayant fait représenter à Fontainebleau
l'opéra languedocien Daphnis et Ahimadure^ on lui reprocha, mais
à tort, d'avoir imité la vieille œuvre de Fi^es. La pastorale de
Mondonville fut, malgré sa faiblesse, un événement. Grimm en
pWa dans sa correspondance littéraire. En rendant compte d'une
nouvelle édition, actuellement publiée par la librairie Garnier, de
cette correspondance, M. Alphonse Daudet écrit les lignes sui-
vantes :
a Citons encore de curieuses réflexions sur un opéra languedocien
joué pour la première fois à Fontainebleau en 1734. Cette pasto-
rale avait pour titre Daphnis et Alcimadure, et l'auteur des paroles
et de la musique était M. Mondonville^ du Languedoc, et les acteurs
étaient M^^' Tell, Jelyotte et Latour, nés aussi dans cette province.
Grimm, à propos de cette pièce, fait une excellente dissertation
sur la langue française et sur la langue d'oc. Il traite le français
avec le plus grand respect; cependant il laisse percer le secret pen-
chant qu'il aurait pour un idiome plus musical et plus poétique.
« Mais, dit-on, la clarté, la précision, l'énergie, font le mérite de la
» langue française Soyons de bonne foi, et disons que ces at-
» tributs font le mérite des écrivains français, mais nullement de
» leur langue. «11 ajoute :« Qu'il ne faut pas mettre sur le compte
» de la langue ce qui est le mérite de ceux qui la parlent, » Puis,
après avoir loué l'italien, revenant au gascon et le comparant à la
langue française, il admire la grâce de ses diminutifs, cite avec
complaisance toute une série de cette pastorale, qui le charme par
la naïveté et la gentillesse de la poésie; et, quand il arrive à
l'air :
Poulido pastourelle,
Perleto des amours,
il s'ccrie : « On n'a qu'à traduire cet air charmant en français pour
» lui faire perdre toute sa grâce. »
« L'auteur de Mirèio et de Calendau n'aurait pas mieux dit. »
A. E.
CHRONIQUE
Une exposition des beaux -arts (peinture et sculpture) vient d'être
décidée à Montpellier. Elle coïncidera avec les fêtes et les réunions
du Concours du Chant du Latin (22-29 mai).
♦ *
M. Arsène Darmesteter, maître de conférences à la Faculté des
lettres de Paris, a ouvert son cours par une solide et brillante leçon
sur rhistoire de la langue et de la littérature françaises au moyen
âge. Elle a paru dans la Rews poliUqtLe et littéraire (n® du 19 janvier
1878).
* *
Un philologue espagnol, M. Ë. Uricoechea, met en souscription
chez MM. Maisonneuve, quai Voltaire, ^5, à Paris, un Diccionario
de voces de historianatwralamericanaSf qui formera un volume in-12
de 400 pages, à deux colonnes.* Le dictionnaire de M.Uricoechea
renfermera quinze mille termes environ, que l'on ne rencontre dans
aucun lexique, et qui constituent, dans leur plus grande partie, la
contribution de l'Amérique à renrichissement de la langue espa-
gnole.
M. Uricoechea a fait entrer dans son travail la synonymie latine»
française, anglaise, créole, etc., lorsqu'elle existe, ainsi que les usa-
ges et les applications des objets nommés. Les termes propres à la
Guyane française n'ont pas été oubliés.
L'utilité d'un pareil dictionnaire est évidente, et nous le recom-
mandons aux lecteurs de la Revue,
Le prix de souscription est actuellement de quinze francs. Il sera
prochainement porté à trente.
*
• *
Publications en langue d'oc, — Le Martyre de sainte AgnèSy mys-
tère en vieille langue provençale. Texte revu mr Vunique manuscrit orir
ginalf accompagné d'une traduction littérale en regard et de nombreuses
notes, par M. Sardou ; nouvelle édition, enrichie de seize morceaux de
chant au XII^ et duXlIIe siècle, notés suivant T usage du vieux temps,
et reprodaitsen notation moderne, par M. l'abbé Raillard. Paris, Cham-
pion ; in-8**. xvi-il2 pages.
Sardou, Supplément à V édition du Martyre de sainte Agnès, publiée
peur la Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes, Rectifi-
cations et notes nouvelles, d'après la récension faite par M. Léon Clédat
et les observations de M. Camille Chabaneau. Nice, Malvano-Mignon;
in-8o, 12 pages.
Miiâ y Fontanals, Poè'^ lyriques catalans, Paris, Maisonneuve et
Comp«, in-8*, 35 pages. ( Tirage à part de la Revue des langues ro-
manes, 1878. )
Smith, Vieilles Chansons recueillies en Vélay et en Forez, Paris,
in-8o, 35 pages. ( Extrait de la Remania, t. VIII. )
12
154 CHRONIQUE
M al val, Étude des dialectes romans ou patois de la basse Auvergne.
Glermont-Ferrand, Yigot ; in-121ong, 192 pages.
Boucoiran, Dictionnaire analogique et étymologique des idiomes
méridionaux, tom. I^r ( 3e livraison). Paris, Maisonneuve; gr. in-S»
à 2 col., p. 561 à 823.
Œuvres complètes de Bahochi (P. Philippon) , Brands, chamsouns,
devis on patois de vais Santziève, et Essais de f redons gagas en quasi-
finançais. Airs notés par L. Defrance. Saint-Etienne, Théolier,
1876 ; frontispice et portrait (édition réservée aux seuls souscrip-
teurs ) .
Toselli, Recuei de SA'^^prouverhi, sentensa, massima, conseu, para-
bola, huoi mot, precet et die nissart. Nissa, Gauvin -Empereur ; in-12,
xxxi-232 pages.
Bonaparte-'Wyse,Zow Viage di Très Bèi, dedica à S. G, Mounaegne
Dubreil. archevesque d'Avignoun, musico de Dumont. Avignon,
Prévôt ; in-4*>, 4 pages .
Aubanel, lou Libre de rJ.moMr. A vignoun, Aubanel; petit in-folio,
70 pages (magnifique édition, tirée à très-petit nombre, de la pre-
mière partie de la Miougrano entreduberto ) .
Langlade, lou Garda-Mas, pouëma lengadoucian. Mount-pelié, Em-
Srimariô centrala dau Miejour ; in-S», 34 pages. (Tirage à part de la
)evuedes langues romanes, 1877.)
L. Roumieux, la Lucho d'Estello,poy£8to prouvençalo,^^o\int'i^é^ét
Emprimarié centralo dôu Miejour ; in-8o, 10 pages. (Tirage à part
de la Bévue des langues romanes, 1877. )
Jean Laurés, lou Campestre, poésies languedociennes, suivies d'un
glossaire, avec une lettre de Frédéric Mistral et une préface de Vau/teur,
•Montpellier, Imprimerie centrale du Midi ; in-12, vi-304 pages.
Maurice Rivière, Vienna. Coù dezié wnouruestsicou, Dijon, Galley;
petit in-4°, 4 pages (texte dauphinois et traduction française).
Alfred Chailan, leis Ermitan de Sant-Jan-Bemirous à Mounte Misero,
Marsiho, Olive; in-8°, 15 pages,
A s truc, li Marinier cansoun di Félibre de la inar, musico ^Huot.
Ais, Remondet- Aubin ; in-4", 4 pages.
G. G., la Mounina. Aies, BrugueiroUe ; in-8o, 4 pages. (Gonte
languedocien, extrait de VArmana de Lengado, 1878).
Aubanel, lou Papa es mort! Vivo lou Papo! Avignoun, Aubanel;
in-80, 4 pages.
*
* *
Poésies et textes en langue d'oc publiés dans les journaux. —
Lou Tambourin de S,Maimeede Dauphin, balado, en provençal d'Aix,
par M. Gaut ; trois lettres en prose provençale, par MM. Verdot,
F. Vidal et Bruneau (Journal de Forcalquier, 18 novembre).
La Béunion du Parage à Maguelone, article contenant le préam-
bule languedocien du Statut du Parage, la première et la dernière
strophe de la poésie Magalouna, par M. Gh. Gros ; les toasts proven-
çaux de MM. Bonaparte-Wyse et Alph. Roque-Ferrier ; le toast
languedocien de M.Espagne; un sonnet en languedocien de Mont»
pellier, par M . Gh. Deloncle, et un toast en vers dans le même
idiome, par M. Alph. Roque-Ferrier {Messager du Midi, de Mont-
pelher, 24 novembre).
Le Parage à Maguelone, article contenant le Statut languedocien
CHRONIQUE 155
du Parage, et le toast en vers de M. Roque-Ferrier/mentionné ci-
dessus (République du Midi ^ de Montpellier, 24 novembre).
Li Bidude Camargo, poésie provençale (dialecte d'Avignon), par
M. Marins Bourrell y, mentionnée à ^rles au concours de la Cigale
(le Forum, d'Arles, 25 novembre).
Fre, sonnet provençal (dialecte d'Avignon), par M. Louis Astruc
(la Jeune République, de Marseille, 26 novembre).
La Réimion du Parage à Maguelone, article contenant la totalité
de la poésie de M. Gh. Gros, Ma^galouna, signalée plus haut {Petit
Midi, de Montpellier, 25 novembre).
V Idiome niçois, article sur le récent ouvrage publié, sous le même
titre, par M. 8ardou, de Nice. Contient une lettre de M. Mistral
sur l'orthographe de la langue d'oc moderne {Moniteur des étrangers
de Nice, l*' décembre).
Lettre provençale de Mgr de Gabrières, évèque de Montpellier, à
M. Arnavielle, secrétaire de la maintenance de Languedoc {Messager
du Midi, !«' décembre, publiée le 18 novembre, par les Tablettes
d^Alais, et le 24 novembre, par V.Union nationale âq Montpellier).
Lou Cabanoun, poésie provençale signée Philémoun / la Joumado
finidoj belle poésie provençale (dialecte d'Avignon), par lou Felibre
de la Mousello (M. F. Estré). J'y trouve le mot artoun =: pain, que
Ton a contesté à tort au vocabulaire courant de la langue d'oc :
Pièi brifo un très d'artoun, soun araire reprend.
{Journal de Forcalquier, 2 décembre).
Babochi {P. Philippon), étude littéraire et biographique, signée,
Aug. Th. sur le poëte forèzien. Elle contient d'assez nombreux
extraits de ses poésies. {Mémorial de la Loire, de Saint-Etienne,
nos des 13 et 14 décembre).
Le numéro du 30 décembre du JbwrwaZ de Forcalquier a. paru sous
le titre provençal de Joumau de Fourcauquié e de soun arroundimen,
et il a été par moitié rédigé en provençal. On y remarque un dis-
cours compte rendu, par M. l'abbé Emile Savy, des travaux du Fé-
librige des Alpes; une chronique en prose non signée, et çliverses
poésies par M™» Lazarine Daniel, MM. de Berlue- Perussis, Anxion-
nas, etc.
Un dinna embé Roumiou, poésie languedocienne, par M. Gh.
Gros (Petit Midi, 30 décembre).
Ço qu'amémaiy poésie provençale, par M"^ de Saint-Rémy
{le Forum y 6 janvier).
Ma Grando Bruno, poésie provençale (dialecte d'Avignon), par
M. Louis Astruc {la Jeune République, 12 janvier).
A Moussu Briner, Après la danso vèn la panso, sonnet provençal,
par M"e de Saint-Rémy {le Forum, 20 janvier).
Per lou Joumau de Fowrcauquié, sonnet provençal signé Francés
lou Cacalian ; la Grand Fèsto, poésie signée lou Felibre de la Grous
{Journal de Forcalquier , 20 janvier) .
Nouvè en provençal, par M. Bosse {Journal de JForcalquier, 27 jan-
vier). Ge numéro reproduit le sonnet -4 l'aubo^ publié dans la-Re-
vue, no du 15 août 1877, et le fait suivre d'une traduction en vers
latins par 'M. D. Rossi.
La Passejado militario, beau sonnet languedocien ( langage de
156 CHRONIQUE
Gastelnaudary), par M. A. Fourès (le Bon Sens, de Garcassonne,
C février ).
A GMleio, sonnet provençal (dialecte d* Avignon), par M. Astnic
(la Jeune République, 12 février).
LoMomUadode loiBacos, poésie en dialecte rouergat, par M. le
vicomte d'Armagnac ^ ( Bulletin d'EtpalUm, 18 février ).
Lou Papo es mort, sonnet provençal, par M. Théodore AnlMinel
( Gazette du Midi, de Marseille, 21 février ).
A. R.-F.
> M. d'Armagnac est l'auteur d'un recueil de poésies françaises dmi
a été rendu compte dans le tom. X, p. 112, des Procès verhaium ésê
séances de la Société des lettres, sciences et arts de VAoeyron. Ce reeneil
contient déjà Une fable en rouergat.
Errata du numéro de janvier 1878
Lou Oarda-Mas. — P. 32, 1. 3, dedins l'auba clarina, lisez: e ùka%
l'auba clarina. — L. 14, valounada ; Usez: valoa*-
nadas. — L. 18, sous brausents cops de bma ;
lisez: soun brausent cop de bras. — P. 35, 1. 15»
envoulamoun ; lisez: envoulanoun.
Le Gérant responsable : Ernest Hamelin»
MONTPELLIER, IMPRIMERIE CENTRALE DU MIDI
(Hamelin frèice)
DIALECTES ANCIENS
L'ÉVANGILE SELON SAINT JEAN
EN PROVENÇAL DU XIII® SIÈCLE
tiré du ms. de la Bibliothèque du Palais des Arts, à Lyon
(Suite et fin)
1. T^ traspassantz Jhesu ui .i. home cec de natiuitat. — IX
Ju 2. E demandero li sei decipol dizent. maestro cals
pequee, aquest o li parent de lui que nasques cex? — 3.Respos 685
Jhesu. Ni aquest no pequec ni li parent, mas que fosso mani-
festadas la obras de deu elui. — 4. Mi coue obrar las obras de
lui qui mi trames domentre que dias es. Ve noitz cant degus
iro pot obrar. — 5. qua[n] longament eu so el mon. so lutz del
mon.— 6. Co agues ditas aquestas causas escopic en terra e 690
fe brac de saliua. et oiss los ulhs del cec. — 7. e dix ad el.
Vai e laua e natatoria de Sjloe que es apelatz trames. Adon-
cas anec e lauec e uenc uezentz. — 8. Em per aisso li uezi e
aqueli que Tauian uist primeirament quan era mendix (e)
diszian. Doncas no es aquest que sezia e mendigaua? — 9, Li 695
autre dizian. quar aquest es. mas li au tri. no mas semblantz
es de lui. mais el dizia. quar eu so. — 10. Adonc dizian a lui.
en quai mesura so a tu ubert li ulh? — 11. Respos el e dix.
Aicel hom que es ditz Jhesu fe brac et oiss los meus ulhs e dis
a mi. Vai e natatoria de Siloe e laua. Et [90"^!] anei e lauei e 700
ui. — 12. E dixero a lui. on es el ? dix el. no o sei. — 13, Mais
amenero lui que auia estât cex als Fariseus. — 14. Mais era
sabtes quan Jhesu fe lo brac et uberc los ulhs de lui. —
15. Em per aisso li Fariseu de rescaps enterogauan lui cossi
agues uist. mas el dix a lor. brac pausec a mi sobrels meus 705
nilhse lauei e ueg. — 16. Adoncas dixero alcanti dels Fariseus.
aquest hom no es de deu. que no garda sabte. Li autri dizian.
en quai maneira pot hom pecaire aquestas signas far ? E des-
cordia era entre lor. — 17. Adoncas dixero al cec de rescaps.
13
158 DIALECTES ANCIENS
710 tu que dizes de lui. que uberc los teus ulhs? mais el dix que
propheta es. — 18. Em por aisso li Juzeu no crezero d'aicel
que tbs estatz cex. e agues uist. entre que apelero los parentz
de lui. li quai auian uist. — 19. Et enterogero los dizentz. Es
aquest uostre filslo quais uos dizetz. que cex nasc? doncas en
715 quai maneira ara ue? — 20. Respondero ad els li parent de
lui [e] dixero. Nos sabera que aquost es nostre fils, e que cex
nasc. — 21. mais en quai maneira ara ue. no o sabem. o quais
uberc [90*' 2] los ulhs de lui. nos no o sabem. lui enterogatz.
que grans es e pot parlar. — 22. Aquestas causas dixero li pa-
720 rent de lui. quar temian los Juzeus. Quar ia auian enpres que
si alcus cofesaua Crist lui, que fora de la sinagoga fos gitatz.
— 23. Per aisso li parent de lui dixero que grans es. lui en-
terogatz. — 24. Em per aisso apelero de rescaps Tome que
auia estât cex. e dixero a lui. dona gloria a deu. nos sabem
725 que aquest hom(e) es pecaire. — 25. Adoncas dix a lor. si pe-
caire es eu no o sei. una re sei. quar co eu fos cex. ara ueg.
— 26. Adoncas dixero a lui. Qui fe a tu ? cosi uberc a tu los
ulhs? — 27. Respos a lor. Eu o dissi a uos. e ia o auzitz. per
que de rescaps o uoletz auzir? doncas e uos uoletz esser fait(z)
730 decipol de lui ? — 28. E maldixero el e dissero. Tu sias decipols
de lui. mas nos em decipol de Moiscn. — 29. Nos sabem que
deus parlée a Moisen. mas aquest no sabem don sia. — 30.
Respos aicel hom. e dix a lor. Quar aisso es merauilha. que uos
no sabetz don sia, et uberc los meus ulhs. — 31. Quar nos
735 sabem que deus [90v 1] no au pecadors. mas si alcus es cou-
tiuaire de deu. e la uolontat de lui fa. aquest eissau. — 32. del
segle no es auzit que alcus obris los ulhs del ce[c] nat. —
33. si aquest no fos de deu. no pogra far alcunja causa. —
31. Respondero e dixero a lui. tu nasquest totz en pecatz. e
740 tu nos essenhas ? E gitero le foras. — 35. Auzic Jhesu quel
gitero foras, et co Tagues atrobat. dix ad el. cres tu el filh
de deu? — 36. Respos el e dis. senher quais es qu'eu creza en
lui ? — 37. E dix a lui Jhesu. E uist lui el quais parla(r) ab tu.
el meteis es. — 38. Mais el dis. Eu crezi senher. e gitantz
745 azorcc le. — 39. Dix a lui Jhesu. Eu uengui en iuezl en
aquest mon . que aquili que no uezo ueian . et aqueli que uezo.
sian fait ccc. — 40. E alca[n]ti dois Fariseus que ero ab lui
auziro e dixero a lui. doncas e uos em ce[c] ? — 41. Dix a lor
EVANGILE SELON SAINT JEAN 159
Jhesu. si fossetz ce[c] no agrat pecat. mas ara dizetz, quar
uezem. lo uostre pecatz esta. 750
1. Verament uerament die a uos. qui no intra per Tuiss el X
parc [90^2] de las ouelhas. mas puia d'autra part, aicel es furs e
laire. — 2. Mais lo quâls intt'a per Tuss . es pastre de las ouelhas.
— 3. Ad aquest ubre lo porters. e las ouelas auzo la uotz de
lui. e las proprias ouelas apela nomnadament et amena las. — 755
4. E cum las proprias ouelas foras metra. denant lor ua. e las
ouelas sego lui. quar sabo la uotz de lui. — 5. Mais Testranh
no sego. mais fuio de lui. quar no conogo la uotz dels estranhs.
— 6. Aquesta semblansa dis a lor Jhesu. mais eli no conogro
quai causa parlaua ad els. — 7. Em per aisso dix ad els de res- 760
caps Jhesu. Verament uerament die a uos que eu so uss del .
parc . — 8. toti canti que canti n*i uengro, fur so e lairo. si no
les auzo las ouelas. — 9. Eu so uss. si alcus intrara per mi
sera saluatz. et intrara etissira. et atrobara paissio. — 10. Le
laire no ue. sino que pane et auciza. e destruzisca. Eu uengui 765
que aianuida e moût plus aian. -—11. Eu so bos pastre. bos
pastre [Ol^^l ] pausa la sua arma per las suas ouelhas. — 12.
mais le logaders, el quels no es pastre, del quai las ouelas no so
proprias, ue le lop uenent. e laissa las ouelas e fug. El lops
raubiss et espartz las ouelas. — 13. Mais le logaders fug. quar. 770
logaders es. e no aperte a lui de las ouelas. — 14. Eu so le bos
pastre. e conosc las mias ouelhas. e las mias ouelhas conoisso
mi. — 15. Enaici col paire conoc mi et eu conosc lo paire,
e pausi la mia arma per las mias ouelhas. — J6. Et autras
ouelhas ei que no so d'aquest parc, et aicelas coueme adure. 775
et auziran la mia uotz. e sera faitz us parx et us pastre. — 17.
per aisso lo paire ama mi. quar eu pausi la mia arma e de
rescaps prendre! lei. — 18. negus no la toi de mi. mais eu
pausi lei de mi meteis. pozestat ei de pausar lei e pozestat ei
de rescaps prenre lei. Aquest mandament receubi del meu 780
paire [91' 2 ]. — 19. Do rescaps fo faita descordia entre los
Juzeus. per aquestas paraulas. — 20. mais mouti de lordizian.
demoni a. e forsena. per que auzetz lui? — 21. Liautri dizian.
aquestas paraulas no so d'auent demoni. no pot hom ab de-
monis les ulhs dels cex obrir . — 22. Festiuitatz foro faitas en 785
Jherusalem et era juerns. — 23. E anana Jhesu el temple, el
160 DIALECTES ANCIENS
por[t]ic de Salamo. — 24. Adoncas li Juzeu reuironero lui e
dizian a lui. entre quora tôles la nostra arma? si tu est Cristz
digas a nos pales. — 25. Respos ad els Jhesu. eu parli a uos.
790 e no crezetz. las obras que eu fasz el nom del meu paire.
aquestas donan teslîimoni de mi. — 20. mais uos no crezetz.
quarno esz de las mias ouelhas. — 27. las mi as ouelhas auzo
la mia uotz. et eu conosc las. e sego me . —28. et eu doni uida
durabla a lor. e no periran en durabletat. et alcus noraubira
795 aicelas de la mia ma. — 29. Aquela causa que donec a mi lo
meus paire es maier de totz c negus no pot raubir delà ma del
m[91^1]eu paire, — 30. eu el paire emuna causa. — 3I.Leuero
peiras li Juzeu. que lapisseso lui. — 32. Respos a lor Jhesu.
moutas bonas obras demostrei a uos del meu paire, per quai
•^00 obra d'aquestas me lapizatz? — 33. Respondero a lui li Juzeu
dizent. de bonas obras notlapiàam. mas de maldig. e quartu
fas tu mezeis deu. co tu sias hom. — 34. Respos a lor Jhesu.
doncas no es escriut en la uostra ieg. quar eu dissi. uos esz
deu? — 35. si aicels dis deus als quais lo sermo de deu fo
805 faitz^ et no pot esser desliada la scriptura. — 36. lo quai
lo paire sanctifiquec e trames el mon. uos dizetz que mal-
dizes. quar dissi. fils de deu so? -37. Si no fasz las obras del
meu paire, no uulhatz creire a mi. — 38. mais si eu fasz. e
si a mi no uoletz creire crezetz a la[s] obras . que conoscatz e
810 crezatz quar lo paire es e mi. et eu el paire. — 39. Em per
aisso lo uolian prenre [et] issic de las mas de lor. — 40. Etanec
de rcscaps outra iium Jorda en aicel loc ou Jouans era ba-
teia[n]tz primerament. et estec la. — 41. E mouti uengon a lui
e [91^2] dizian que Jouans a certas no fe alcu signe. — 42.
815 mais totas las causas quais que quais dis Jouans d'aquest so
ueras. e mouti crezero e lui.
XI 1. 11/1 â,is cra us malautes Lazers de Betania. del castel
lYl de Maria e de Martlia seror de lui. — 2. Mas
Maria era que oiss nostre senhor ab enguent. e tersz los pes
820 de lui ab los sens cabelhs. de las quais era fraire Lazers. et
era malautes. — 3. Adoncas tramezero las serors de lui az el
dizentz. senlier uec te aquel que amas es malautes. — 4. Mais
auzentz Jhesu dis ad els. Aquesta efermetatz no es a mort,
mas per la gloria do de a que sia ondratz io fils de deu per lui.
ÉVANGILE SELON SAINT JEAN 161
— 5. Mais Jhesu amaua Martha. e la seror de lui Maria e 825
Lazer. — 6. Em per aisso depuis que auzic que era malautes.
la donc a certas estec en aquel mezeis loc dos dias. — 7.
D'aqui endroit après aquestas causas dix a sos decipols.
Anem en Judea de rescaps. — 8. Dizo a lui li decipol. maestro
ara te querian li Juzou lapidar e de rescaps uas la? — 9. 830
Rospos Jhesu. doncas no so .xii. las oras del di[92' l]a?
si alcus ira el dia no ofen. quar ue la lutz d'aquest mon. -^
10. Mais si ira e la noit ofen. quar lutz no es en lui. — 11.
Aquestas causas dis. e après aquestas causas dis ad els.
Lazers le nostre amie dorm. mas uau que del son suscite lui. 835
— 12. Adoucis dissero li decipol de lui. senher si dorm salus
sera. — 13. Mais Jhesu o dizia de la mort de lui. mas eli pes-
sero que del dormir del son o disses. — 14. Em per aisso
adonc dix a lor Jhesu manifestament. Lazers es mortz. —
15. et esgauzisc me per nos que crezatz que eu no era aqui. 840
mas anem a lui. — 16. Adoncas dix Tomas que es ditz nocre-
zentz als decipols. Anem neiss nos e lùoram ab lui. — 17,
Em per aisso uenc Jhesu en Betania et atrobec lo que ia
.iiii. dias auia estât el moniment. — 18. mais era Betania
iosta Jherusalem. enaici co de .xv. estadis . — 19. Mais 845
mouti dels Juzeus eran uengut a Martha e a Maria, que las
conortesso de lor fraire. — 20. Em per aisso depuiss que Mar-
tha auzic que Jhesu ue. corec contra a lui. mais Ma[92^ 2]ria
sezia a maiso. — 21. Adoncas dix Martha a Jhesu. senher si
tu foss[es] estatz aici. lo meus fraire no agra estât mortz. — 850
22. Mais ara sei. quar qualsque causas requerras de deu dara
a tu deus. — 23. Dix a lei Jhesu. resuscitara lo tous fraire.
— 24. Dis a lui Martha. eu sei que resucitara e la resurrectio
el derraira dia. — 25. Dis a lei Jhesu. Eu so resurrectios e
uida. qui cre e mi. neiss si sera mortz uiura. — 26. E totz 855
aquel que uiu e cre e mi. no morra e durabletat. cres aisso?
— 27. Dis a lui. oc senher. eu crezei que tu est Cristz fils de
deu que uenguist en aquest mon. — 28. E co aisso agues dig
anec et apelec Maria sa seror. e dix li a coselh. lo maestre
os za et apela te. — 29. Mais ela depuiss que auzic leuec 800
uiasament. e uenc a lui. — 30. quar encara no era uengutz
Jhesu el castel, mas era en aicel loc encara on Martha auia
coregut(z) encontra lui. — 31, Em per aisso li Juzeu que eran
162 ' DIALECTES ANCIENS
ab lei en la maiso e conortauan lei. co agu[92T Ijesso uista
865 Maria que uiasament se leuec es n'issic. segairo la dizent.
que ua al moniment que plore aqui. — 32. Adoncas cum Maria
fos uenguda la on era Jhesu, uezentz lui cazec als pes de lui
e dix a lui. Senher si fosses estatz aici. no fora mortz lo meus
fraire. — 33. Em per aisso Jhesu uezentz lei plorant. els
870 Juzeus que eran uengut ab ela plorantz fremic per espeiit e
turbec si mezeis. — 34. e dix. On pauses lui? dizo a lui.
senher uei e ueias. — 35. E lagremeiec Jhesu. — 36. Adon-
cas dixero li Juzeu. Vec uos en quai maneira amaua lui. —
37. Mais alcanti de lor dizian. no pogra aquest que uberc
875 los ulhs del cec far que aquest no moris? — •^. Adoncas
Jhesu de rescaps freme[ntz] en si mezeis. uenc al moniment.
mais era e la fossa. et una peira desobre pausada a lui. —
39. Dis Jhesu. ostatz la peira. dix a lui Martha sor de lui
que era mortz. senher ia put. quar .iiii. dias a que i es. —
880 40. Dix a lei Jhesu. doncas no dissi a tu, quar si croiras
ueiras la gloria de deu ? [92^ 2], — 41. Adoncas tolgro la
peira. mas Jhesu leuatz los ulhs dix. paire gracias fasz a tu.
quar me auzist. — 42. Mais eu sabia quar totas oras me
auzes. mas per lo poble que en auiro esta dissi. que creza
885 que tu me tramezist. — 43. Co agues ditas aquestas causas
cridec ab gran uotz. Lazer uei foras. — 44. E uiasament issic
aicel que auia estât mortz liatz los pes e las mas ab bendas.
e la cara de lui era liada el suzari . dix a lor Jhesu . desliatz
le. e laissatz Ten anar. — 45. Em per aisso mouti dels Juzeus
890 que eran uengut a Maria, et auian uist aicelas causas que fe
Jhesu. crezero en lui. — 46. mais alcanti d'els anero als
Fariseus. e dixero ad els aicelas causas que fe Jhesu. —
47. Em per aisso li auesque e li Fariseu aiustero-lo coselh
contra Jhesu e dizian. Qui farem? quar aquest hom moutas
895 signas fa. — 48. Si enaici le laissam, tuit creiran en lui.
e uenran li Roma e tolran nos nostre loc e la gent. — 49.
Mais us de lor per nom Cajfas co fos auesques d' aicel an. e
de[93' Ijuinec e dix ad els. uos no sabets alcuna causa —
50. ni cossiratz. quarcoue a uos que us hom moira per lo
900 poblo. que no perisca tota gcntz, — 51. Mas aisso de si
mezeis no dis . mais co fos auesques d'aicel an prophetizec
que Jhesu era moridors per la gent. — 52. E no solament
EVANGILE. ÎSELON SAINT JEAN 163
perla gent mais que ïos fils de deu que eran esparsi aiustes
en u. — 53. Em per aisso d'aicel dia(s) enant cossirero quel
aucizesso. — 54. Adonc Jhesu ia no anaua en pales uas los 905
Juzeus. mas anec en la regio iusta .i. loc erm en una ciutat
que es dita Effrem: et aqui estaua ab los seus discipols. —
55. Mais era prop la Pasca dels Juzeus. e mouti puiero en
Jherusalem de la regio denant la Pasoha que sanctifiquesso
lor mezeiss. — 50. Adonc querian Jhesu. e parlauan essems 910
entre lor. estantz el temple. Qui pessatz quar no uenc aldia
festiual? — 57. Quar li auesque e li Fariseu auian dat man-
dament. que si alcus conoissera on aia o [93' 2] demostre
per zo quel prengan.
XII
1. T]lm per aisso Jhesu denant los .vi. dias de la Pascha 915
Xj uenc en Betania pn Lazers auia estât mortz lo quai
resuscitec Jhesu. — 2. mas fero a lui cena aqui. e Martha mi-
nistraua.mais Lazers era us dels repausa[n]tz ab lui. — 3. Mais
Maria près engucnt liura de nardi fizel precios. et oiss los pes
de Jhesu. e tersz ab los seus cabels los pes de lui. e la maiso 920
fo azomplida de la olor del onguent. — 4. Em per aisso dix
us dels decipols de lui Judas Escariot que era a trazirlui. —
5. Per que aquest enguentz no fo uendutz . ccc. diners. e fos
datz als paubres? — 6. Mais aisso dix no quar dels paubres
niquetaisses a lui. mas quar laire era. et auia las borsas. b zo 925
que metianportaua. — 7. Adoncas dis Jhesu. laissa lei que el
dia de la mia sepultura lo garde. — 8. Quar totas oras auetz
paubres ab uos. mas mi no auretz totas oras. — 9. Adoncas
conoc la [93^1] cumpanha mout[a] dels Juzeus quar la es. e
uengro no per Jhesu tant solame[n]t. mas que Lazer uisso lo 930
quai Jhesu resuscitec dels mortz. — 10. Mais cosirero li prin-
cep dels preueires. que neiss aucizesso Lazer. — 11. quar
mouti dels Juzeus anauan per lui. e crezian en Jhesu. — 12.
Mais Tedema mouta cumpanha que eran uengut al dia de la
festa. co aguesso auzit queue Jhesu en Jherusalem. — 13. 935
preiro rams de palmers et issiro en contra a lui e cridaua.
fai nos salus fildeDauid.benezectes lo rois d'Israël lo quais ue
el nom del senhor. — 14. E Jhesu atrobec .i. asenet e sec so-
bre lui. aici co es escriut. — 15. No uulhastemer filha de Sion.
uec te lo teus reis ue sezentz sobrel poli de la asena. — 16, 940
164 DIALECTES ANCIENS
Aquestas causas no conogro 11 decipol de lui primeirament.
mas quan fo glorificatz Jhesu. la donc se recordero. que
aquestas causas eran escriutas de lui. et aquestas causas fero a
lui. — 17. Adoncas donaua testimoni la cumpanha que era ab
945 lui cant apelec Lazer del moniment . el resuscitec dels mortz .
— 18. Per aquestas [93^2] causas e la cumpanha uenc en con-
tra a lui. quar auziro lui auer fait, aquesta signa. — 19. Em
per aisso liFariseu dixero a lor meteisses. Adoncas ueetz quar
re no nos profeita. uec uos totz lo mon[s] ua après lui. — 20.
950 Mais eran paga alca[ri]ti d'aquels que eran puiat que azoresso
el dia de la festa. — 21. Em per aisso aquesti apropiero a
Philip que era de Bethsaida de Galilea. e pregauan le dizentz .
senher nos uolem Jhesu uezer.— 22. Venc Philip e dix ad
Andreu . Andreus de rescaps e Philips dixero a Jhesu . — 23 .
955 Mas Jhesu respos a lor dizentz. Ve la ora quel fil del home sia
esclarçitz . — 24 - Verament uerament die a uos . sil gras del
froment cazentz en terra no morra. el mezeiss esta sols. Mais
si morra. moût fruit aporta. — 25. Qui ama la sua arma per-
dra la. e qui azira la sua arma en aquest mon. en uida du-
960 rabla garda lei. — 26. Qui a mi seruiss. mi seg. e on eu so
aqui sera lo meus siruentz. e qui a mi seruira ondrara lui lo
meus paire que es els cels. — 27. Ara es [94' 1] torbada la mia
arma, e que direi? paire fai me salu d'aquesta ora. mais per
aisso uengui en aquesta ora , — 28. paire fai clar lo teu nom .
965 Adoncas uenc uotz del cel dizentz. Et esclarzi. e de rescaps
esclarzirei. — 29. Em per aisso la cumpanha que estaua e
auia auzit dizia. troneire esser fait, li autri dizian. angels li
parlée. — 30. Respos Jhesu e dix. No uenc per mi aquesta
uotz. mas per uos. — 31. Ara es iudicis del mon. ara sera
970 gitatz fora lo princeps d' aquest mon. — 32. E si eu serei eis-
sauzatz de la terra, totas causas tirarei a mi eiss. — 33. Mas
aisso dizia significantz per quai mort fos moridors. — 34. Res-
pos a lui la cumpanha. Nos auzim de la leig que Cristz esta en
durable, et en quai maneira dizes tu coue esser eissauzat(z) lo
975 fil del home? quais es aquest fils del home? — 35. Adonc dis ad
els Jhesu. Encara es pauquetz lums en uos. Anatz domentre
que auetz lutz. que [no] uos prengan las tenebras.Et aquelque
ua e tenebras, no sab on an.— 36. Domentre que auetz lutz.
crezetz [94^2] en la lutz que sia[tz] filh de lutz. Aquestas causas
evângtle selon saint JEâN 165
parlée Jhesu. et anec e rescos se de.lor. -— 37. mas cum tan- 980
tas signas aguesfaitas denant lor. no crezio en lui. — 38. que
la paraula d'Ysaias lo propheta fos cumplida que dix. Senher
quais crezec al uostre auziment? el brasz del senhor al quai fo
descubertz? — 39. Per aisso no podian creire. quar de res-
caps dix Ysaias. E ceguec los uls de lor. et endurcie lo cor 985
de lot», que no ueian ab los ulhs. e no entende ab lo cor.
e no se couertisco e sanec los. — 41 . Aquestas causas
dix Ysaias quan ui la gloria de deu . e parlée de lui. —
42. mas empero mouti dels princeps crezero en lui. mais
per los Fariseus no o cofesaua'que no fosso gitat de la sina- 990
goga. — 43. quar amero mais la gloria dels homes, mais que
la gloria de deu.— 44. Mais Jhesu cridec e dix. Qui cre e mi
no cre e mi. mas en lui qTii mi trames. — 45. E qui mi ue. ue
lui qui mi trames. — 46. Eu lutz uen[c] dar el mon. que totz aquel
que cre-e mi, no estara en tenebras. — 47. E si alcus auzira 995
[94^1] las miasparaulase no las gardara. eu no iugi lui. Quar
no uengui qu'eu iuie lo mon. mais que fasza salu lo mon.— 48.
Qui mespreza mi. e no recep las mias paraulas. a qui iuia lui.
lo sermos qu'eu parlei. el iuiara lui el deraira dia. — 49. Quar
eu no parlei de mi eiss. Mais lo paire qui mi trames, el donec 1000
mandament a mi que eu diga e que eu parle. — 50, e sei
quel mandamentz de lui es uida durabla. Adoncas aquelas
causas que eu parli. aici coma lo. paire dis a mi, enaici parli.
1. Ilifais dauant lo dia de la festa de Pasca sabentz Jhesu XIII
IVlque la ora de lui ue que traspasse d'aquest mon al 1005
paire, co agues amatz los seus que ero el mon, en la fi amec
els. — 2. E faita la cena cum lo diables se mes el cor(s) de .
Judas que trazis lui. Judas Simon Escariot. — 3. sabentz
Jhesu quar totas causas donec a lui lo paire en las suas mas.
qua,r de deu issic. et a deu ua. — 4. leuec de la cena e pau- 1010
sec sa uestimenta. o co agues preza la touala denant ceis
se. — 5. d'aqui en droit mes Faiga el basci. e comenzec
lauar les pes dels decipols e terzer ab la touala don era de-
nant cehs. — 6. E uenc à Simon Peire e dix a lui. Senher tu
lauas a mi los pes? — 7. respos Jhesu e dix a lui. Aquo que 1015
eu fasz tu no sabs ara. mais sabras o en après. — 8. Dix a
lui Peire, No lauaras a mi los pes en durabletat. respos a lui
Jhesu. Si eu not lauarei no auras part ab mi. — 9. dix a lui
166 DIALECTES ANCIENS
Simons Peire. Senher non laues tant solament los pes. mas
1020 neis las mas el cap. — 10. dix a lui Jhesu. qui es lauatz no
besonha sino que laue los pes et er totz nedes. e uos esz ùe-
desmas no tuit. — 11. quar sabia quais séria, le quais tra-
ziria lui. Per aisso dis. no esz tuit nede. — 12. Adonc depoiss
que ac lauatz los pes de lor. et el près sas uestimentas. e oo
1025 fos repausatz de rescaps dis ad els . Sabetz quai causa aia fait
a uos? — 13. Vos me a[95' Ijpelatz senher e maestre. e be
0 dizetz. quar eu o so. — 14. Em per aisso si eti lauei los
uostrespes. que senher e maestre uostre so. e uos deuetz lauar
los pes Tus deTautre. — 15. Quar eissemple donei a uos. que aici
1030 co eu o fi a uos. enaici e uos fasszatz. — 16. Verament uera-
ment die a uôs. no es lo serus maier del seu senhor. ni apostols
maier d'aicel que trames lui. — 17. si aquestas causas sabetz
bonaurat serez si las faretz. — 18. No die a uos de totz. eu sel
los quais elegi. mais que sia cumplida la scriptura. Aquel que
1035 mania ab mi lo pa. leuara contra mi lo seu talo. — 19. d^aici
enant die a uos. enantz que sia fait ; que crezats co sera fait
qu'eu so. — 20. Verament uerament die a uos. qui recep los
cals eu trametrei. mi recep. mais qui mi recep recep lui qui
mi trames. — 21 . E cum Jhesu agues ditas aquestas causas fo
1040 torbatz per esperitz. e testimoniiece dis. Verament. uerament
die a uos. que us de uos me trazira. [95' 2] — 22. Adoncas
esgardauan entre lor li dôcipol doptant de quai o dizia. —
23. Adoncas era repausantz us dels decipols od lui el peisz
de Jhesu lo quai ama[ua] Jhesu. — 24. Adoncas senec ad aquest
1045 Simon Peire e dix a lui. demanda li quais es de quai oditz.
— 25 Em per aisso co el fos repausantz sobrel peisz de Jhesu
dis ad el. Senher quais es? — 26. respos Jhesu. aicel es al
quai eu donarei lo pa mulat. E co agues mulat lo pa donec
a Juda Simon Escariot. — 27. Et après lo boco. intrec en lui
1050 lo diables, adonc dix a lui Jhesu. Aquo que far uols. fài o
tost.— 28. Mais aisso degus no saup dels repauzantz que(s) dis
a lui. — 29. Quar alcanti pessauan que Judas auia las borsas.
que agues dig a lui Jhesu. cumpra aicelas causas que so ops
a nos al dia de la festa. o als paubrcs dones alcuna causa. —
1055 30. Adonc co el agues receubut le boco issic uiasament. mas
era noitz. — 31. Adonc co fos issitz. dix Jhesu. ara es es-
clarzitz lo fils del home . e deus es esclarzit? en lui. [9S^ 1]
EVANGILE SELON SAINT JEAN 167
— 32. E si deus es esclarzitz en lui. e deus esclarzic lui
en si meteis. e uiasament esclarzic lui. — 33. Filheti en-
cara u pauquet so ab uos. Quiretz me. enaici coma dissi als 1060
Juzeus, la on eu uau uos no podetz uenir et a uos die ara —
34. mandamént nouel doni a uos. que uos ametz entre uos
enaici co eu amei uos. que neis uos uos ametz entre uos. —
35. En aisso conoisseran tuit que mei decipol esz. si auretz
amor entre nos. — 36. Diss a lui Simons Peire. Senher on 1065
uas? respos Jhesu. la on eu uau. no potz mi ara segre. mas
segras en après. — 37. Dix a lui Peire. Senher per que no
pusc tu segre ara? la mia armapausarei per tu. — 38. respos
Jhesu. la tua arma pausara[s] per mi? Verament uerament die
a tu. no cantara lo gais entre per très uetz me abnegues. 1070
1. Y^ dix a SOS decipols. No sia turbatz lo uostre cor ni XIV
Jj s'espauent, crezetz en deu. et e mi crezetz. — •
2. e la maiso del meu paire so montas estaias. Si d'autra
guiza eu agues dig a uos. Quar uau aparelhar a uos loc. —
3. E si eu anarei. et aparelarei a uos loc. de rescaps uenrei 1075
e recebrei uos ab mi meteiss. et aqui on eu so e uos siatz. —
4. Et on eu uau sabetz e la uia sabetz. — 6. Dix a lui
Tomas. senher no sabem on uas e cum podem la uia saber?
— 6. Dix a lui Jhesu. eu so uia e ueritatz e uida. negus no
ue al paire, sino per mi. — 7, Si aguessetz conogut mi, el 1080
meu paire a certas agratz conogut. e d'aici enant conoisseretz
lui. e uisz lui. — 8. Dis a lui Phelips. senher demostra a
nos lo paire, et auonda a nos. — 9. Dix a lui Jhesu. tant de
temps so ab uos. e no me conogues? Phelip qui ue mi ue neiss
lo paire, en quai maneira dizestu. demostra a nos lo paire? — 1085
10. No cres que eii so el paire el paire e mi es? Las paraulas
que eu parli a uos de mi meteis no parli. mais lo paire e mi
estantz. el fa las obras. — 11. No crezetz. quar eu so el paire,
el paire [96' 1] es e mi ? d'autra guiza per las obras ineteissas
crezetz. — 12. Verament uerament die a uos. qui cre e mi 1090
las obras que eu fasz et el fara e maiors d'aquestas ne fara.
quar eu uau al paire. — 13. E qualque causa queretz al paire
el meu nom. el uos o donara que sia glorificatz lo paire el fil.
— 14 . Si alcuna causa me queretz el meu nom aisso fare[i] .
— 15. Si mi amatz los meus mandamentz gardatz . — 16. Et 1095
168 DIALECTES ANCIENS
eu pregarei lo paire, et autre cofortador dara a uos. que estia
ab uos en durableta. — 17. esperit [de] ueritat lo quai lo mons
no pot recebre. quarno uilui nil sap. Mais uos lo conoisseretz,
quar ab uos estara et ab uos sera. — 18. No laissarei uos orphes,
1100 uenrei a uos. — 19. Encara u pauquet so ab uos. el mon la
no me ue. Mais uos uezetz mi. quar eu uiui eues uiuretz, —
20. En aicel dia conoisseretz uos qu'eu so el meu paire, e uos
e mi. et eu e uos. — 21. Qui a los meus mandamentz els
garda aicel es lo quais ama mi. Mais qui ama mi sera amatz del
1105 meu paire, et eu amarei lui. E manifestarei a lui mi meteiss.
— 22. Dis [96"^ 2] a lui Judas no aicel Escariotz. Senher quais
causa es faita quar a nos est manifestadors tu meteis. e no al
mon? — 23. Respos Jhesu e dix a lui. Si alcus ama mi la
mia paraula,' gardara. El meus paire amara lui. e ucnrem a lui
1110 et estaia farem ab lui. — 24. Qui mi no ama. no garda las
mias paraulas. e la paraula que auzit no es mia. mas del meu
paire qui mi trames. --25. Aquestas causas parlei a uos. ab
uos estantz. — 26. Mais lo cofortaire .s. esperitz. lo quai
trametra lo paire el meu nom. el uos essenhara totas causas.
1115 et amonestara a uos totas las causas, quais que cals eu aurei
ditas a uos. — 27. Patz laissi a uos. la mia patz doni a uos
no en quai maneira aquest mons la dona. eu no la doni a uos.
no sia torbatz lo uostre cor. ni s'espauent. — 28. Auzitz
que eu dissi a uos. eu uau e uenc a uos. si mi amaretz esgauzi-
1120 retz uos a certas. quar eu uau al paire, quar lo paire es maier
demi. — 29, E ara dissi a uos enantz que sia fait. [96^ 1]
que co sera fait o crczat. — 30. la no parlarei montas causas
ab uos. quar lo princep d'aquest mon ue. et e mi no a alcuna
causa. — 31 . Mais que conosca lo mons quar eu ami lo paire.
1125 et enaici co donec mandament a mi lo paire enaici fa-çz, leuatz
sus, leuatz sus, anem d'aici.
XV 1. THu so la uera uitz. el meus paire es lo coutiuaire. —
n 2. Totz eissermentz no porta[n]tz fruit e mi. lo paire
tolra de mi. E totz cel que porta fruit, lo paire porgara lui. que
1130 plus aportc fruit. — 3. .Ta uos csz nedezi per laparaul[a] que
eu parlei a uos. — 4. Estatz e mi e eu c uos. Aici co Teisser-
mentz no pot portar fruit de si meteis si no estara e la uit.
enaici ni uos sino estaretz e mi. — 5. Eu so la uitz. e uos li
EVANGILE SELON SAINT JEAN 169
eisserment. qui esta e mi et eu en lui. aquest aporta moût
fruit, quar senesmi re no podetz far. — 6. si alcus no estara 1135
e mi sera mes foras ai ci co Teissermentz e secara. e culhiran
le . e metran le el foc . et ardra [96^2] . — 7 . Si estaretz e mi
e las mias paraulas escaran e nos. qualque causa uolretz que-
retz . e sera fait a uos. —8. En aisso es esclarzitz lo meus paire
que moût fruit aportetz. e siatz fait mei decipol. — 9. Enaici 1140
co amec mi lo paire, et eu amei uos. estatz en la mia amor. —
10. sils meus comandamentz gardarez estaretz en la mia amor.
enaici co eu gardei los comandamentz del meu paire et estau
en la amor de lui. — 11. aquestas causas parlei a uos quel meus
gaux'sia en uos el uostre gaugs sia cumplitz. — 12. Aquest es 1145
lo meus comandamentz que uos ametz entre uos. enaici co eu
amei uos. — 13. Negus no a maior amor d'aquesta. que s'arma
do alcus per sos amix. — 14. Vos esz mei amie si faretz aiceias
causas que eu comandei uos. — 15.. Ja no die a uos sers, quar
lo sers no sap quai causa fassa lo senher de lui. Mais die a 1150
uos amix. quar totas las causas quais que quais auzi del liieu
pa[97' l]ire. fi conogudas a uos.— 16. Vos no me elegisz. mas
eu elegi uos. e pausei uos que anetz. et aportetz fruit, el uostre
fruitz estia. que cal que causa queretz al meu paire el meu
nom donc a uos. — 17. Aquestas causas mandi a uos que uos 1155
ametz entre uos. — 18. Sil mons uos azira sapiatz que enant
de uos ac mi en azirament.— 19. si fossetz del mon. le mons
amera aquo que era seu. mais quar no esz del mon. mais eu
elegi uos del mon. per aisso azira uos lo mons. — 20.. Membre
uos de la mia paraula que eu dissi a uos. No es sers maier de 1160
so senhor. si mi encauzero. e uos encausaran. si la mia pa-
raula gardero. e la uostra gardaran. — 21 Maistotas aquestas
causas faran a uos perlo meu nom. qilar no conogro lui qui
mi trames, — ^ 22. Si eu no fos uengutz. e no agues parlât a
ior. no agran pecat. mais ara no an escusament de lor pecat. 1165
— 23. Qui mi azira el meu paire azira . — 24. Si eu no [97^ 2]
agues obras faitas en lor las quais negus autre no fe no [a]gran
pecat. mais ara uiro mi. et azirero e mi el meu paire. —
25. Mais que sia cumplida la paraula que en la leg de lor es
escriuta. Quar en azirament agro mi de grat. — 26. Mais co 1170
uenra lo cofortaire lo quai eu trametrei a uos del paire. Tes-
perit de uerita que issic del paire, el doiiec test'moiii de mi.
170 DIALECTES ANCIKKS
— 27. E uos donaretz testimoni. que del comensament eaz
ab mi.
XVI
1175 1. Aquestas causas parle[i] a uos que no siatz escandalizadi.
— 2. Gitaran uos de las sinagogas. Mais ue ora que totz liom
que uos aucira. sera albirantz de si seruizi donar a deu. — 3,
Et aquestas causas faran a uos. Quar no conogro lo paire ni
mi. — 4. Mais aquestas causas parlei a uos. que co uenra
1180 la ora 'd* aquestas causas uos remembre, quar eu o dissi a uos.
Mais aquestas causas del comensament a uos no dissi. quar
abuos era. — 5. Et ara uau a lui qui mi tra[97 '^Ijmes. e né-
gus de uos non demanda, on uas ? — 6. Mais quar aquestas
causas parlei a uos. tristeza azemplic lo uostre cor. — 7. Mais
1185 eu die ueritat a uos. coue a uos que eu ane.Quar si eu noirei
lo cofortaire no uènra a uos. Mais si eu irei. eu trametrei lui
a uos. — 8. Eco el uenra repenra lo mon depecat.e de drei-
tura. ede iuziui. — 9. De pecat a certas. quar no crezero e
mi. — 10. Mais de dreitura. quar uau al paire e ia no me
1190 ueiretz. — 11. Mais de iuziui. quarlo princeps d'aquest mon
la es iuiatz. — 12. encara ei montas causas a dire a uos. mais
no podetz portar ara. — 13. Mais co sera uengut aicel esperit
de ueritat. essenhara uos tota ueritat. Quar no parlara de si
meteis, mais qualsque causas auzira parlara. et aquelas causas
1195 que so a uenir anunciara a uos. — 14. El me esclarzira. quar
del meu recebra. et anunciara a uos. — 15. Totas las causas
que a lo paire., mias so.Per aisso dissi. quar del meu recebra.
et anunciara a uos.— 16. V pauquete ia no me ueiretz. e de
rcscaps u [97^^ 2]'pauquet e ueiretz me. quar uau al paire. — 17.
1200 Adoncasdixero dels decipols de lui entre lor. Qui es aisso que
ditz a nos. u pauquet e no me ueiretz. e de rescaps u pauquet
e ueiretz me, quar uau al paire? — 18. Adoncas dizian. que es
aisso que ditz u pauquet? no sabem que parla. — 19. Mais
conoc Jhesu quar uolian lui cnterogar. e dix ad els. d'aisso
1205 queretz entre uos. quar dissi u pauquet e no me ueiretz. e de
rescaps u pauquet ueiretz me ? — 20. Verament uerament die
a uos que uos ploraretz e planheretz. mais lo mons s'en-
gauzira. mais uos seretz contristat. mais la uostra tristeza
tornara en gaug. — 21.Lalcmna co efanta a tristeza quar
1210 ue la ora de lei. mas co aura efanta[t] Tefant. ia no li membra
ÉVANGILE selon' SAINT JEAN 171
la dolor per le gaug. car rom es natz el mon. — 22. Et em
per aisso uos ara acertas auetz tristeza.Mais de rescaps ueirei
uosel uostre cor esgauzira se. el uostro gaug negus notolra
de uos. — 23. Et enaicel dia mi no pregaretz alcuna causa,
Veramentuerament die a uos. [98^1] Si alcuna causa queretz 1215
al paire el meu nom. donara o a uos. — 24. Entro ara no que-
riss el meu nom alcuna causa, queretz e receb[r]etz quel uostre
gaug sia pies. — 25. Aquestas causas parlei a uos en sem-
blansas. ue ora cum ia no parlarei a uos en semblansas.
mas a pales anociarei a uos del meu paire. — 26. En aicel 1220
dia queretz el meu nom. e no die a uos quar eu pregarei
lo meu paire de uos. — 27. quar el meteis lo paire ama uos.
quar uos me ametz. e crezetz que eu issi de deu. — 28, Eu
issi del paire e uengui el mon. de rescaps laissi lo mon e uau
al paire. — 29. Dissero a lui sei decipol. Vec te ara parlas 1225
azubertament. et alcuna semblansa no dizes — 30. ara sabem
que tu saps totas causas . e no es obs a tu que alcus te ente-
rogue. en aisso crezem que de deu issist. — 31. Respos a lor
Jhesu. Ara crezetz? — 32. Vec uos ora ue e ia uenc. que
siatz esparsi us quex en las proprias causas, e mi sol lassetz.e 1230
noso sols, quar lo paire [98^2] es ab mi. —33. Aquestas causas
parlei a uos. que e mi aiatz patz. El mon auretz destrenhe-
inentz.Mais cofizatz uos quar eu uenqui lo mon.
1. A questas causas parlée Jhesu. e susleuatz los ulhs el XVII
x\ cel dix. paire la ora ue. esclarziss lo teu fil. quel teus 1235
fils te esclarzisca. — 2. En aici co donest a lui pozesta[t] de tota
carn. que tôt aco que donest a lui done a lor uida durabla. — •
3. Mais aquesta es la uida durabla que conoscan tu sol uer
deu. el quai tu tramezist Jhesu Crist.'-T4. Eu te esclarzi so-
bne terra, laobra acabei la quai donest ami. que eu fasza. — 1240
5. Et ara clariâca me tu paire uas tu meteiss de la clartat la
quai eu agui enantz quel mons fos uas tu . — ô . Eu manifeste!
lo teu nom als homes los quais donest a mi del mon. Teu eran.
e donest los a mi. e la tua paraula gardero . — 7. Ara conogro
que totas las causas que donest a mi de tu so. — 8. quar las 1245
paraulas que donest a mi. donei ad els. et eli receubro e co-
nogro uerament [98^ 1] fjue eu issi de tu. e crezero que tu me
tramezist. — 9. Eu pregui per lor, no pregui per lo mon. mais
172 DIALECTES ANCIENS
për aquestz que donest a mi, quar teu so. — 10. e las mias
1250 causas totas so tuas, e las tuas so mias. e so esclarzitz en els.
— 11 . e ia eu no so el mon. et aquesti so el mon. et eu uenc
a tu. Paire sanhs garda aicels el teu nom los quais donest a
mi. que sian una causa enaici co e nos. — 12. Co eu fos ab lor
eu gardaua els el teu nom. los quais donest a mi garde! . e
1255 negus de lor no peric, si no lo fils deperdicio. que la scriptara
sia cumplida. — 13. Mais ara uenc a tu. et aquestas causas
parli cl mon . que aian lo meu gaug cumplit en lor meteisses. '
— 14. Eu donei ad els la tua paraula. elmons aclos en azi-
rament. quar no so del mon. enaici co eu no so del mon.— 15.
1260 Not pregui que los tolas del mon. Mais quels gardes de
mal. — 16. del mon no so. aici coma eu no so del mon. — 17.
Paire fai els sanhs e ueritat. la tua paraula es ueritatz.
[98^ 2] — 18 , Enaici coma tu me tramezist el mon. et eu
tramesi els el mon. — 19. E per lor sanctifiqui mi meteiss. que
1265 sian eli sanctificat e ueritat. —20. Mais no pregui tant sola-
ment per aquestz. mais neiss per aquels que so crezedor per
la paraula de lor e mi . — 21 . que tuit sian una causa . enaici
co tu paire e mi et eu en tu. que eli sian una causa e nos. quel
mons creza que tu me tramezist. — 22. Et eu la clartat la quai
1270 donest a mi donei ad els. que sio una causa aici co nos em
una causa. — 23. Eu en lor e tu e mi. que sian consumadi en
.i . el mons conoscu que tu mi tramezist. e amest los enaici
co e mi amest. — 24. Paire los quais donest a mi. uulh que
aqui on eu so et eli sian ub mi. que ueian la mia clartat la
1275 quai donest a mi. quar tu amest mi denant Testabliment del
mon. — 25 . Paire iustz el mons no te conoc . mais eu te cono-
irui. et eli conogro que tu mi tramezist. — 26. e fi a lor co-
noisser lo teu nom. e faiei conoisser que Tamistatz ab la
quai me amest sia en [99' 1] lor et eu en els.
XVIII
1280 1. />ium Jhesuagues ditas aquestas causas issic ab los sens
\j decipols otra lo riu de Oedron. on era ortz. el quai
iiitrec el e li deoipol de lui. — 2. Mais sabia Judas que trazia
lui le loc. (juar souoiuloiramout s'era aiustat Jhesu la ab sos
docipols. — 3. Adotic .ludas co aguos roceubuda la cumpanha.
1285 e delsauesquos o dois l-'arisous. o sirueutz. uenc la ab lanternas
et ab falhas et ab armas. — 4. Em per aisso Jhesu sabentz
EVANGILE SELON SUINT JEAN 173
totas las causas que a uenir eran sobre lui . issic e dis ad els .
qualqueretz ? — 5. resposero a lui. Jhesu Nazareu. dis a lor
Jhesu: Eu so. mas estaua Judas que trazia lui ab els. — 6.
Adoncas depuissque dix ad els. eu so. anero arreire. e ca- 1290
zéro en terra. — 6. Em per aisso de rescaps enteroguec los.
quai queretz? Mais eli dixero. Jhesu Nazareu. — 8. Respos
Jhesu. Eu dissi a uos quar eu so. per aisso si mi queretz laissatz
aquestz anar. — 9. que la paraula de lui sia cumplida que dix.
quar los quais donest ami. no perdeialcu [99'^2] d'els. — 10. 1295
Adonc Simo Peire auentz glazi traiss lo. e feric lo siruent del
auesque. e trenquec Taurelha de lui destra. mais era noms al
siruent Malchus. - 11. Adonc dix Jhesu aPeiro. metlo teu glazi
e la couteleira. lo heure que donec a mi lo paire no uols que eu lo
beua ? — 12. Adoncas la cumpanha el tribuner e li siruent dels 1300
Juzeus essems presero Jhesu e liero le. — 13. etamenero le ad
Annas primeirament. mas era sogres de Caifas lo quais era
auesques d'aicel an. — 14. Mais era Cajfas que auia donat lo
cosselh als Juzeus. quar coue .i. home morir per lo poble. —
15. Mais seguia Jhesu Simon Peire e l'autre decipol. mais lo 1305
decipol aicel era conogutz al auesque . et intrec ab Jhesu e la
cortdel bisbe. — 16. mas Peire esiaua al uss déferas. Adon-
cas issic lo decipol autre lo quais era conogutz al bisbe. e dis
a la porteira e mes dinz Peire. — 17. Adoncas dix a Peire la
siruenta porteira . doncas e [99^1] tu est dels decipols d'aquest 1310
home? dis el. no so. — 18. Mais estauan li siruent e li ministre
a las brazas. quar fregs era e calfauan se. mas era ab lor Peire
estantz e calfantz si. — 19. La doux Tauesques enteroguec Jhesu
dels sens decipols e de la doctrinade lui. — 20. respos a lui Jhesu.
Eu a pales parleialmon. eu totas oras essenhei e la sinagoga. 1315
et el temple, on tuitli Juzeu s'aiustero et en rescost no parlei
alcuna causa. — 21. per que me demandas? demanda(s) ad aicels
que aûziro que parlei ad els. uecte eli sabo quais causas dissi
eu, — 22. Mas. co aquestas causas agues ditas. us denant es-
tantz dels siruentz donec gautada a Jhesu dizentz. EnaicL res- 1320
pondes al bisbe? — 23. Respos a lui Jhesu. si mal parlei dona
testimoni del mal. mais si be parlei per quem batz? — 24. E
trames le liât Annas a Cayfas Tauesque . — 25. Mais era Simos
Peire estantz e calfantz si. adoncas dixero a lui. doncas e tu
est dels decipols de lui ? desneguec el [99^2] e dix. no so. — 1325
14
174 DIALECTES ANCIENS
26. dix us dels siruentzdel auesque, cozis do lui del quai tren-
quecPeire Taurelha. doncas ou [no] ui tu e l'ort ab lui?— 27.
Adoncas de rescaps Peire deneguec. e uiasament lo gais can-
tec. — 28. Adoncas amenero Jhesu a Cayfas el prebostat. mais
1330 era matis. eteli no intrero el prebostat. que no fosso laissadi.
mas que mangesso la Pasca. — 29. Adonc issic Pilât a lor fo-
ras e dis. quai acusacio aportatz encontra aquest home? —
30. respondero e dixero a lui. ai aquest no fos malfazeire.
nos no agram lui liurat a tu. — 31 . Adoncas dix a lor Pilât.
1335 recebetz le uos esegon la uostra leg iuiatz le. Adonc dixero
a lui li Juzeu. a nos no coue aucire alcu. — 32. que la pa-
raula de Jhesu foscumplida que dis. significantz per quai mort
fos moridors. — 33. Adonc intrec de rescaps Pilât el prebostat.
et apelec Jhesu e dis a lui. Est tu reis dels Juzeus ? — 34. E
1340 respos Jhesu e dix. de [lOO"" 1] tu meteiss dizes aisso o autri
disseroa tu de mi? — 35. respos Pilât, doncas so eu Juzeus?
la tua gentz e.li teu auesque te liurero a mi, que fist? — 36.
Respos Jhesu e dis a lui. lo meus règnes no es d'aquest mon.
si d'aquest mon fos lo meus règnes, li mi siruent a certas ten-
1345 soneran que eu no fos liuratz als Juzeus. mais aras lo meus
règnes no esd'aici. — 37. Em per aisso dis a lui Pilât, doncas
est tu reis? respos Jhesu. Tu dizes quar eu so reis. eu en aisso
nasquei e az aisso uengui el mon . que eu done testimoni a la
ueritat(z). totz aquel que es de la ueritat au la mia uotz. — 38.
1350 ditz a lui Pilât, que es ueritatz ? E co aisso agues dig. de res-
caps issic als Juzeus e dix a lor. Eu no atrobi en lui alcuna
causa. — 39. Mais costuma es que eu laisse a uos .i. ela Pasca.
Voletz doncas que uos laisse lo rei dels Juzeus ? — 40. Adonc
cridero tuit de rescaps dizentz. no aquest mas Barraban. Mais
1355 era [100^2] Barraban lai re.
XIX 1. Adonc em per aisso Pilatz près Jhesu. el batec. — 2 e li
caualer plegantz corona d'espinas pausero la el cap de lui. et
ab uestimenta uermelha reuironero lui. — 3. e uenian az el e
dizian. deus te salue reis dels Juzeus. e dauo a lui gautadas.
1360 — 4. De rescaps issic Pilatz foras e dis ad els. uec uos eu
ameni a uos lui foras, que conoscatz que eu no atrobi alcuna
causa en lui. — 5. Adoncs Jhesu issic portantz corona d'es-
pinas e la uestimenta uermelha e diz a lor. Vec uos Tome.—
EVANGILE SELON »AINr JEAN 175
6. Adoncas co aguesso uist lui li auesque. e li seruent. cri-
dauan dizentz. Crucifica cruciâca le. disalor Pilatz. resebetz 1365
le uos e crucificatz lo. 'quar eu no trobi ocaizo en lui, —
— 7. respondero a lui li Juzeu. nos auem leg e segon nostra
leg deu morir quar se fe fils de deu. —8. Em per aisso co agues
auzit Pilât aquesta paraula. maiorment temec. — 9. et intrec
el prebostat de rescaps e dis [100^1] a Jhesu. don est tu? 1370
mais Jhesu no respos a lui. — 10. Adonc dix a lui Pilatz. A
mi no parlas ? no saps que eu ei pozestat crucificar tu . et ei
pozestat laissar tu ? — 11. respos a lui Jhesu. No agras contra
mi alcuna pozestat. sino fos donat a tu desobre. per aisso
aquel que me liurec a tu. a raaior pecat. — 12. E d'aqui enant 1375
querria Pilaz laissar lui. mais li Juzeu cridauan dizent. si
aquest laissas, no est amix de César, totz aquel que se fa
reis contraditz a César. — 13. Em per aisso co Pilatz agues
auzidas aquestas paraulas. amenée foras Jhesu. e sec el tri-
bunal, el loc que es ditz Licostratos. mas en ebraic Gabbata. 1380
— 14. mas era lo uendres de Pascha. enaici coma la ora
seizena. e dis als Juzeus. Vec uos lo uostre rei. — 15. Mais
eli cridauan. Osta, osta, crucifica le. dix a lor Pilât, lo uos-
tre rei crucificarei? respondero li bisbe. No auem rei si
no [100^ 2] César. — 16. Em per aisso adonc lo liurec ad els 1385
que fos crucificatz. Mais receubro Jhesu e menero le foras.
— 17. E portantz asi la crotz issic en aicel loc que es ditz
Caluaria. et en ebraic Golgota. — 18. on lo crucifiquero. et
ab lui autres dos desza e desza. mas e meg Jhesu. — 19. Mais
oscrius Pilatz le titol. e pausec sobre la crotz. mais era la 1390
scriptura. Jhesu Nazareus reis dels Juzeus. —20. Em per aisso
mouti dels Juzeus ligiro aquest titol. Quar prop la ciutat era
le loc on fo crucificatz Jhesu. mais era escriut en ebraic. et
en grec, et en lati. — 21. Em per aisso dizian a Pilât li
auesque dels Juzeus. No uulas escriure reis dels Juzeus. mas 1395
quar el dix. reis so dels Juzeus.— 22. respos Pilât, aquo que
escriussi ei escriut. — 23. Adoncas li -caualer co aguesso
crucificat lui. presero las uestimentas de lui. e fero .iiii.
partz. ad un quec cauaer la part, e la gonela. mais era
la gonela senes [lOl^'l] cozedura desobre essems tescuda 1400
per tôt. —24. Em per aisso dixero entre lor. no la esqui-
cem. mas gitem sort d'ela de quai sia. que la escriptura
176 DIALECTES ANCIENS
fos cumplida dizentz. Partiro las mias uestimentas asi. et el
meu ueatir gitero sort. E li cauaer a certas fero aquestas
1405 causas. — 25. Mais estaua dauant la crotz de Jhesu la maire
de lui. e la sor de la maire de lui Maria Cleophe. e Maria
Macdalena . — 26. Adonc co Jhesu agues uista la maire el
decipol estant lo quai amaua. ditz a la sua maire, femna
uec te lo teu fil.— 27. d'aqui en dreit ditz al decipol. Vec te
1110 la tua maire, e d'aicela ora receub lei lo decipols e sua. —
28 . Apres aquestas causas Jhesu sabentz que ia totas dansas
so cosumadas. que fos cossumada la scriptura. dix. Sedegi.
— 29. Adoncas era us uaissels pausatz pies de uinagre. mais
eli la spongia plena de uinagre. ab hisop en auiro pausant
1415 ofriro [101*'2] a la boca de lui. — 30. Em per aisso co Jhesu
agues près lo uinagre dis. cosumat es. Et enclinec lo cap
[e] liurec Tesperit. — 31. Em per aisso li Juzeu. quar erauen-
dres. que no remazesso e la crotz li corsi el sabte. quar era
grans aicel dia del sabte . preguero Pilât que fosso fraitas las
1420 coissas de lor els osteso.— 32. Adonc uengro li cauaer. e frais-
sero a certas las coissas del primer e de Tautre que fo cruci-
ficatz ab lui. — 33. Mas a Jhesu co fosso uengudi e uiro lo
mort nol fraissero las coissas de lui. — 34. mais us dels
cauaers ab lansza uberc lo costat de lui. e uiasament issic
1425 sanx et aiga. — 35. e lo quais o ui donec testimoni. e uers
es testimonis de lui. el sab que ueras causas ditz. que e
uos crezatz. — 36. Quar aquestas causas so faitas. que la
escriptura fos cumplida. Oss no peceiaretz de lui. — 37. E
de rescaps autra escriptura. ueiran el quai (o)trafiquero» —
1430 38. Mais après aquestas causas preguec Pilât Joseph d'Ar-.
[101^ l]mathia em- per aisso que fos decipols de Jhesus.
et en rescost per paor dels Juzeus. que prizes lô cors de
Jhesu. et autreiec Pilatz. Adoncas uenc e près lo cors de
Jhesu. — 39. Mais uenc Nicodemus que era uengutz a lui de
1435 noitz a Jhesu. primeirament aportantz mestura de mirra e
d'aloes. aicicoma .c. liuras. — 40. Adoncas receubro lo cors .
de Jhesu , e liero lo de toualas ab onhementz . enaici coma es
costuma a Juzeus sebelir. — 41 . mais era el loc on fo crucifi-
catz ort et en Tort monimentz nous, el quai encara alcu no fo
1440 estât pausatz. — 42. Adoncas aqui per raparelhament(z) dels
Juzeus. quar deiosta era lo ipaonimentz. pausero Jhesu.
EVANGILE SELON SAINT JEAN 177
1 . IliT^^s en «L del sabte Maria Macdalena uenc mati co en-
lYl carafosso tènebras al moniment. e ui lapeira ostada
del moniment. — 2. Per aisso correc e uenc a Simon Peire et
a l'autre decipol lo quai amaua Jhesu. e dis ad els. portero lo 1445
meu senhor del moniment. e no sabem on lo pausero. — 3.
Adoncas issic Peire et aicel autre decipol • e uengro [101^^2]
al moniment. — 4. Adonc corian ili doi essems. et aicel autre
decipol dauant correc plus tost que Peire e uenc primera al
moniment. — 5. E co sefos enclinatz. ui pausadas las toualas. 1450
em per ono intrec. — 6. Adonc uenc Simon Peire seguentzlui.
et intrec el moniment. e ui las toualas pausadas — 7. el suzari
que auia estât sobrel cap de Jhesu. no ab las toualas pausa-
das. mas a part euolopadasen un loc. — 8. Adonc intrec et
aicel decipol queera uenguz primers al moniment e ui. e cre- 1455
zec. — 9. Quar encara no sabia la scriptura quar couenia
resucitar dels mortz. — 10. Adoncas anero de rescaps li de-
cipol a lor meteisses. — 11. Mais Maria estaua al moniment
deforas plorantz. Adonc domentre que plores. enclinec se et
esgardec el moniment.— 12. e ui .ii. angels en blancas uesti- 1460
mentas sezentz .i. al cap e .i. als pes on auia estât pausatz lo
cors de Jhesu. — 13. ili dizian a lei. femna per que ploras?
lo quai queres? dix ad els. Quar portero lo meu senhor. e no
sei on lo pausero. — 14. Coagues ditas [102'^1] aquestas causas
tornada es arreiro . e ui Jhesu estant, e no sabia que Jhesus 1465
fos.--15. dis a lei Jhesu. femna per que ploras ?lo cal queres?
ela azesmantz que fos Tortolas . ditz a lui . senher si tu Ten?
portest digas o a mi on le pausest. et eu pendrei le. — 16. e
dix a lei Jhesu. Maria tornada quai queres? et ela dis a. lui.
rabi lo quai es dig maestro. — 17. Dix a lei Jhesu. nom uulhas 1470
tocar. quar encara no pugei al meu paire, mais uai als meus
frairos. e digas a lor. Eu pugi al meu paire, et al uostre paire,
al meu deu et al uostre deu. — 18. Venc Maria Macdalena
anociantz als decipols. quar eu ui nostre senhor. et aquestas
causas dix à mi. — 19. Em per aisso co fos sers en aicel dia 1475
en (la) u dels sabtes. e las portas, fossa clausas aqui on li deci-
pol eran aiustat per paor dels Juzeus. uenc Jhesu et estec e
meg e dis ad els. Patz siaa uos. — 20. Co agues aquesta causa
dita demostrec ad els las mas el costat. Adoncas se en[102'^2]-
gauziro li decipol uist lo senhor. — 21. em per aisso dix ad 1480
els de rescaps. Patz sia a uos. Enaici coma lo paire me tra-
IT8 DIALECTES ANCIKKS
mes. et eu trameti uos. — 22. Co aquestas causas aguesditas.
espirec e dix ad els. recebetz .s. esperit.— 23. dels quais per-
donaretz los pecatz so perdonat ad els . e dels quais los re-
1485 tenretz so retengut(z). — 24. Mais Tomas us dels .xii. lo quais
es ditz nocrezentz no era ab lor quan uenc Jhesu. — 25. Em
per aisso dixero a lui li autre decipol. nosuimlo senhor. Mais
el dix al dels. Si eu no ueirei e las mas de lui la âcadura dels
clauels. e si no metrei lo meu dit el loc dels clauels. e si no
1490 metrei la mia ma el costat de lui no creirei. — 26. Et enapres
.viij. dias de rescaps eran li decipol de lui dedintz et Tomas ab
els. Venc Jhesu e ui las portas clausas. et estec e meg e dix.
Patz sia a nos. — 27. d'aqui endreitditz a Tomas. aporta de-
dinz lo teu did za. e ueias las mias mas. et aporta la tua ma.
1495 e met [102vl] el meu costat. e no uulhas esser encrezols. mas
fizels. — 28. respos Tomas e dix a* lui. lo meus senher el meu[8]
deus. — 29. dix ad el Jhesu. Quar tu me uist, Tomas, crezest,
bonauradi li quali no me uiro em crezero. — 30. Montas a
certas autras signas fe Jhesu en esgardament de sos decipols.
1500 las quais no so escriutas en aquest libre. — 31. Mais aquestas
so escriutas. per zo que nos crezatz que Jhesu es Crist fil de
deu. e que nos crezent aiatz uida el nom de lui.
XXI • 1. pnapres aquestas causasse manifestée de rescaps Jhesu
JLa la raar de Tabaria. mais manifestée se enai ci. —
1505 2. Eran essems Simons Peire e Tomas lo quais es ditz nocre-
zent. e Nathanael lo quais era de Cana Galilea. e li filhde Ze-
bedeu. [et] autri doidels decipols de lui. — 3. dix ad els Siiuon
Peire. Eu uau pescar. dixero a lui. E nos uinem ab tu. et
issiro e pugero e la nau- et en aicela noit no prezero deguna
1510 causa. — 4. Mais fait ia lo mati estec Jhesu el ribage. Em
per aisso no conogro li decipol que fos Jhesu. [102^ 2] — 5.
Adoncas dis ad els Jhesu. Macipi doncas auetz cumpanage ?
resposero a lui. no. — G. dix ad els. Metetz e la destra del
naueg lo ret. et atrobaretz. Adoncas mesero lo ret. e ia nol
1515 podian traire per la mouteza dels peisses. — 7. Adoncas
aicel decipol lo quai Jhesu amaua dix a Peire. nostre senher
es. E Simons Peire co agues auzit quel senhor es. sotz ceiss
se la gonela. quar nuitz er^. e mes se e mar. — 8. Mais
li autri decipol uengro ab lo naueg. quar no eran lunh de
1520 terra, mas enaici coma de .ce. coides. tirantz lo ret dels
EVANGILE SELON SAINT JEAN 179
peisses. — 9. Em per aisso depuiss que foro deissendut en
tepra .uiro las brazas pausadas el peiss desobre pausat el
pa. - lO.dixadels Jliesu. Aportatz dels peisses los quais
ara prezesz. — 11. Pugec Simons Peire e traiss lo ret en
terra pie de .cl iij . grans peisses. e co fosso tanti no es 1525
esquizatz lo retz. — 12. ditz Jhe^u ad els. Vinetz e maniatz
e negas dels repauzantz no auzaua enterocar lui. tu quais
est? sabentz quar lo senhor es [lOS"" 1]. — 13. E uenc
Jhesu e près lo pa. e dona ad els el peiss eissament. — 14. En
aquesta tersza uegada ia fo manifestatz Jhesu als sens deci- 1530
pois co agues estât resuscitatz dels mortz. — 15. Adoncas co
aguesso maniât dix a Simon Peire Jhesu. Simon Jouan amas
me pus d'aquestz ? dix ad el. oc senher. tu sabs quar eu
te ami. dix a lui. Paiss los Aaeus anhels. — 16. dix a lui
de rescaps. Simon Jouan amas me ? dix a lui. oc senher. tu 1535
sabs que eu ami tu. dix a lui. Paiss los meus anhels. — 17.
dix a lui a la terza uegada. Simon Jouan amas me? Con-
tristatz fo Peire quar dix a lui a la terza uegada. amas
me ? dix a lui. Senher tu conoguist totas causas, tu sabs
quar eu ami tu. dix a lui Jhesu. Pais las mias ouelhas. — 18. 1540
Verament uerament die a tu. co tu fosses ioues. te cenhias.
et ananas on te uolias. Mais cum uelheziras. estendras las
tuas mas. et autre cenhera te. e menara te la on tu no uols.
— 10. Mais aquesta causa dix signiflcantz ab quai [103^ 2]
mort fos esclarzidors deu. — 20. E co aisso agues dig dix a 1545
lui. seg me. E uiratz Peire ui aicel decipol seguent lo quai
Jhesu amaua. lo quais neiss se repauzec en la^cena sobrel
peitz de lui. e dis. senher quais es aquel lo quais te trazira?
— 21. Em per aisso co Peire agues uist aquest dix a Jhesu.
senher mas aquest quai causa ? — 22. dix a lui Jhesu. enaici 1550
uulh lui estar entro que eu uenga. quai causa a tu? Tu me
seg. — 23. Em per aisso issic aquesta paraula entrcls fraires
(]^uar aicel deéipol no mor. E no dix a lui Jhesu. no mor.
Mais enaici uulh lui estar entro que eu uenga. quai causa
a tu? — 24, Aquest es lo decipol aicel lo quais dona testimoni 1555
d'aquestas causas, et escrius aquestas causas, e sabem que
uers es lo testimonis de lui. — 25. Mais so autras montas
causas las quais fe Jhesu. las quais si sian escriutas perse-
glas, eu no m'albiri meteis lo mon poder caber aicels libres
li quali so escriuedors . 1560
DIALECTES MODERNES
L'R DES INFINITIFS EN LANGUE D'OC
L'usage d'écrire les r des infinitifs en ar et en ir fut généra^
dans le midi de la France jusqu'aux environs de 1550. Sous
rinfluence de la prononciation locale de diverses régions, et
surtout sous celle de Toulouse, d'Aix, de Marseille et de
Montpellier, les quatre villes qui ont apporté le plus d'élé-
ments à Thistoire littéraire des trois derniers siècles, l'habitude
contraire s'est introduite peu .à peu. Bruejs, Fabre d'Olivet,
Diouloufet, Castil-Blaze,Bellot (de Marseille), Damase Arbaud
et bien d'autres qu'il serait oiseux de citer, ont maintenu l'r,
alors que Goudelin, Michel, Toussaint Gros et l'abbé Favre,
l'abandonnaient. Depuis la Renaissance avignonaise, cette
consonne finale a été supprimée par les félibres *, et quelques-
uns sont allés jusqu'à prétendre qu'il n'en était pas resté la
moindre trace dans la prononciation méridionale. C'est pour
rectifier cette erreur que j'ai relevé çà et là divers exemples,
choisis, autant que possible, dans les œuvres des poëtes et des
écrivains que l'absence de toute préoccupation orthographique
met à l'abri de la suspicion des linguistes.
I. — R DEMEURANT R
A proposée la question qui m'occupe, M. Milâ y Fontanals
a remarqué ( Revue des langues romanes, n» du 15 juin 1877 )
qu'(( une partie du catalan occidental prononce comme on
écrivait anciennement », c'est-à-dire qu'elll maintient l'r
' Elle est encore conservée, mais avec des rcf'serves qui faisaient pré-
voir son prochain abandon, dans le glossaire du rare et précieux recueil
des Prouvençalo, poésies diverses recueillies par J. Roumanille, et précé-
dées d'une inl7*oduclion par M. Saint-René Taillandier. AvignoD, Seguin,
1852, in-12.
l'r DBS INFINITIFS 181
dans les verbes cant-âr pod-ér, ven-ir. Il est vrai qu'on a s'est
demandé si le catalan devait être considéré comme un dia-
lecte de la langue d'oc au même titre que les idiomes du midi
de la France, ou bien s'il fallait en faire un genre spécial de
la famille des langues romanes *. » Quoi qu'il en soit, il pourra
paraître intéressant de constater qu'à une autre des extré-
mités du domaine des dialectes méridionaux, l'r s'est conservé
à l'infinitif de certains verbes. Un ouvrage paru récemment :
Patois des Alpes Cottiennes, et en particulier du Queyras ^, par
MM. le docteur Chabrand et de Rochas d'Aiglun, l'affirme
d'une manière qui ne laisse pas de place au doute.
a Dans le Queyras, on prononce toutes les consonnes finales : cop,
œutel, chaval, chantar, venir ; on les supprime à Bnançon et dans les
vallées voisines : cOt coûté, chavà, chanfâ, veni (p. 7). »
Bien que MM. Chabrand et de Rochas ne l'expliquent pas,
j'inclinerais à croire que cet r a pris une valeur euphonique.
L'idiome de la vallée de Pragelas nous fournit (p. 153) les
exemples suivants :
Al ougu' re désira d'emplir son ventre das aglans que amingiavou lou
courins é panun ni en donava. ( Traduct'on de la parabole de V Enfant
prodigue.)
Attendre é pa venir, esse a leit e pa durm"r, servir e pa agradir, soun
tre chiosa da mûrir (154) (Proverbe) 3
Le langage d'Embrun (157) et celui de Barcelonnette (158)
témoignent des mêmes particularités. On trouve même dans
celui du Monetier* des exemples d'une mutatioi^dont je par-
lerai tout à l'heure : l'r du verbe esser (être) de l'ancienne
langue devenant z devant une voyelle :
E a ne siou pas dinié d*essei-z-appela vouostre bot (156).
* De Tourtoulon, Une assemblée nationale au XIII^ siècle ( Revue des
langues romanes, avril-octobre 1871, p. 144).
2 Grenoble, Maisonville, 1877, in-8®, 228 pages. Le Queyras est une
sorte de bassin fermé de toute part par de hautes montagnes II forme
aujourd'hui le canton d'Aiguilles, dans l'arrondissement de Briançon
(Hautes-Alpes) .
3 Textes donnés à MM. Chabrand et de Rochas par M. l'abbé Bourlot,
curé de Fenestrelles.
^ Chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Briançon .
182 DIALECTES MODERNES
IL — R DEVENANT Z
M. Paul Mejer a le premier signalé {Romania, Uq d'avril
1875, p. 184) le changement de IV en z et du z en r dans les
dialectes de la langue d'oc, spécialement dans rancienne
langue. MM. Alart, Chabaneau, A. Thomas et Milâ y Fon-
tanals ont ajouté de nombreux exemples à ceux qui ont été
réunis par le savant romaniste parisien. Je ne crois pas ce-
pendant qu'on ait relevé jusqu'ici des exemples de 1' r de l'in-
finitif devenant z.
Las Noças de Jauselou Rouhi, comédie dauphinoise composée
par M. Richard, vers 1816, et publiée {Revue des langues ro-
manes, Uo d'octobre 1875), par M. Revillout, en offrent de fré-
quents exemples:
Amavo mech trouvaz de bouonas qualitas (118).
Ero bien rare alors de trouvrt3 un meinage (1 18).
E peisso irei parlas au père Nicoulas (119). /
Me farei expliqua- a-aco deman mati (119).
Li a dungu coumo mi per gardaz un secret (121).
Cette mutation de l'r en .z n'est pas spéciale auDauphiné et
au canton de Mens. On la retrouve dans le département de
la Dordogne. Un long noël périgourdin, publié par M. Alcide
Duverneuil {Bulletin de la Société historique et archéologique du
Périgord, t. III, p. 215), et portant la date de 1757, en ren-
ferme des témoignages.
D'autres pourraient encore être glanés dans les publica-
tions, où M. V. Smith a étudié, avec le soin et la compétence
que l'on sait, la vieille poésie populaire du Forez et du Velay :
Viens coucher avec moi.
(Germine la Porcheronne, Chansons forésiennes
— Romania, juillet 1872, p. 358.)
Va-t-eii chercher-2!-un prêtre. ...
(Chants du Velay et du Forez. — Romaoia,
juillet-octobre 1875, p. 450.)
Voulez- vous pas ana^s à la gueria. . .
( Vieilles Chansons du Velay et du Forez. —
Homania, janvier 1878, p. 70.)
l'r des. infinitifs 183
III. — R DEVENANT T
Au commencement de Tannée 1876, j'eus roccasion de
parler dans la Revue des poésies provençales d'un habitant
de Vauvert, nommé Meizonnet. Je ne connaissais alors que son
poëme burlesque la Salada dé lestan d'Escamandre, dont le
mérite littéraire est au-dessous de toute appréciation. L'obli-
geance de M. Perrier, secrétaire de la mairie de cette yille,
m'a, depuis, permis de lire le recueil des œuvres provençales
et françaises du rimeur vauverdois*. La mutation de IV en t
y a laissé de nombreuses traces :
S'anet vite aclatat ou bord d'una muraya (88).
Mais vole reveuit à nosles jiouynes gens (88).
Vous vaou couniat issot, e pioy virein Jou resta (89).
E se vos évitai contra tus la poursaita (93).
Yeou qu*ay vis avourta^ hélas! aquesté outouDa (93).
11 en est de même à Lunel-Viel, et surtout aux environs de
Vendargues, ainsi que l'attestent ces vers extraits d'une pièce
manuscrite d'un membre de la Société, M. le docteur A. Roux,
de Lunel-Viel :
Encara s'avien Jou sourel d'estieu
Per se rescaufa^ ! Ela sVs 'n'anarla
Et ce qui prouverait que ce ^ a pris un caractère purement
euphonique, c'est qu'il disparaît dans les vers suivants :
Embé l'esperença, ànjou que counsola,
Veiran carità davalà dau Ciel ;
Car l'enfantounet qu'a fam, que tremola,
Atrova un abri jouta soun mantei 2.
De même que la mutation dauphinoise de Yr en z, la mu-
tation provençale de Vr en t est en usage en Limousin. Les
poèmes des abbés Sage et Lacombe, composés tous les deux au
dernier siècle et analysés par M. Noulet dans la Nevue des
langues romanes (juillet 1874), en donnent souvent la preuve
loou voou, 0 mo moma, domondat un posti (?34).
Podou pas demourat en possinço un moumen (234).
* GEuvres diverses en français H en patois, dont les sujets sont pris
dans Vauvert, par J. Meizonnet, dit Parisien. Nimes, Roumieux, 1860 ;
in- 12, 155 pages.
2 Poésies communiquées par M. le docteur Roux lui-môme.
184 DIALECTES MODERNES
Des renseignements qui m'ont été transmis par M. Tabbé Jo-
seph Roux, dans une lettre en date du 4 décembre 1875, me
permettent d'ajouter que cette habitude linguistique est d'un
usage fréquent aux environs de Saint-Sylvain (Corrèze).
En ce qui touche IV intérieur, la mutation elle-même a été
constatée par M. Camille Chabaneau ( Grammaire limousiney
p. 278): « Dans plusieurs cantons de la Haute-Vienne, de la
Charente et de laDordogne, entre autres ceux de Rochecbouart,
Saint-Mathieu, Confolens, Montbron, Montemb'œuf, Bussière,
Yr est remplacé par un /. On dit, par exemple : tu beguetet)
non beguetem, vou beguetei, i begueten =: tu bus, nous bûmes, vous
bûtes, ils burent. Il en est de même dans la basse Auvergne, et
cela au moins depuis le XVII° siècle, comme on le voit dans les
noëls de cette époque, où de semblables formes se rencontrent,
par exemple : faguetei, diguetei, coumencetoun (Album auver-
gnat, p. 144). j»
Il est inutile de faire remarquer que Ton prononce un d
à Montpellier, et que Ton y dit : beguedem, beguedes, bègue •
doun, etc.
Ici se terminent les quelques notes que j'ai recueillies. Il
serait peut-être utile de les compléter par une étude sur le
langage des villes où la prononciation établit des catégories
intermédiaires, c'est-à-dire celles où, au lieu de dire : aimar
un home, aimât un home, aimaz un home, on dirait : aima un
home, ou encore aima 'n home. Il serait surtout curieux de
rechercher si la métrique de la poésie populaire, des prover-
bes, des chants, des danses et des contes rhythmés, est favo-
rable à Télision ou au maintien d'une consonne terminale
quelconque. Mais c'est une étude que je suis contraint de re-
mettre à un autre moment.
Alph. Roque -Ferrier.
»--C=5n^^3LS£>-»
A-N-ANFOS TAVAN
APRÈS UNO LEGIDO D*AmOUr 6 PlOUF
0 Tavan ! ô moun fraire ! 6 mestre !
Ai legi toun Amour e Plour;
Ai vist lou malastre falourd
Picant sus ta vido à grand destre,
E, mai doulent que se pot estre,
Toun cor aimaire, o moun amiî
Toun paure cor l'ai vist gémi !
Ai vist toun amo en flou sourrice,
Pleno das raives que se fan
Quand la vido as iuels de l'efant,
Fisançous dau premiè zefire,
S'anouncio coumo es pas de dire ;
E ta flour, au matin enca,
Penjo sus soun pecoulmaca!
Adounc Tauras touto viscudo
Aquelo fraso, en un moument
A ALPHONSE TAVAN
APRÈS LA LECTURE D'AlUOUr 6 PlOUr
O Tavan ! ô mon frère! ô maître ! — j'ai lu ton Amour et Pleurs;
— j'ai vu la lourde malechance — frappant sur ta vie à grands
coups, — et, plus dolent qu'il n'est possible de Têtre, — ton cœur
aimant, ô mon ami! — ton pauvre cœur, je l'ai vu gémir !
J'ai vu ton âme en fleur sourire, — pleine des rêves que l'on fait
— quand la vie, aux yeux de l'enfant, — confiant dans le premier
zéphyr, — s'annonce comme on ne peut le. dire ; — et ta fleur, au
matin encore, — penche sur sa tige meurtrie !
Ainsi tu l'auras toute vécue — cette phrase, en un moment — de
186 DIALECTES MODERNES
De désespéra pensament
De ta plumo lasso nascudo !
0, d'aquelo fraso esmôugudo
N'as tout soufri lou mau consent :
L'amour e lous pions van ensen !
E, paure tu ! dins ta man tèuno
Laissant tonmba toun front pâli,
Ount — coumo un trounc d'aubo adall
Que se i' arrapo lou flo d'èuno —
Portes sempre la lagno tèuno,
Sou fas : — a Oh ! per quanto resou
» Endure talo pougnesou ?. , .
«
» leu, grand assourga d'ambrousio,
» Per que ma bouco, en moussigant
)) Lou fru, n'a tasta qu'amargant?
» Per que la divo Pouësio,
)) Que soun iuel sout sa bloundo cilho
» Boujo Tesclaire e lou soûlas,
» N'a per ieu qu'ancio e nivoulas?
» 0 Naturo ! de quanto pasto
» Moun cor d'orne l'as gaubeja?
)) Per que, dau mau-sort trepeja,
» Dan mau-sort que lou tarrabasto,
penser désespéré , — née de ta plume lasse ' — Oui , de cette
phrase émue, — tu as souffert tout le mal cuisant: — rameur
et les pleurs vont ensemble!
Et, pauvre toi î dans ta main frêle — laissant tomber ton front
pâli, — où, comme au tronc de peuplier blanc — s'est attachée
la toufl'e de lierre, — tu portes toujours ton chagrin, — tu dis :
« Oh! pour quelle raison — j*endiire une telle douleur?. . .
» Moi, grand altéré d'ambroisie, — pourquoi ma bouche, en
mordant — le fruit, n'a-t-elle goûté qu'amert imo? — Pourquoi la
divine Poésie, — dont rœil sous de blonds cils — verse la lumière
et la consolation, — n'a-t-ello pour moi qu'anxiété et nuages?
u 0 Nature! de quelle pâte — as-tu modolé mon cœur d'homme?
— Pourquoi, piétiné par le mauvais sort, — le mauvais sort
A-N-ANFOS TAVAN 187
» E quand dins la doulou trebasto,
» El escampo de crids aguts
» Au mounde encaro incouneguts?
» Naturo, ô maire descourado !
)) Moun crid d'angouisso es perTausi
» Qu* à toun allât as vist blasi,
» Souto la mort e sa tourrado,
» Ma caro esperanço flourado,
» E que moun estre entiè se dôu
» En un triste resson de dôu ?
«
)) Resson de dôu en ieu estable
» E perdurable d'aro-en-lai,
» Desempiei lou journas tant laid
0 Que, lugubrament, lou matable
)) Sounè lou clas espaventable
)) De mas amours, que, lou cor gros,
» Anere, ieu, reboundre au cros !
» 0 clas! pamens toun même brounze
)) Semblé 'n jour souna moun bonur :
)) Bouco sourrisento, front pur,
» Oudouso coumo flou d'arounze,
» Coumtant sous an$ douscops perounze,
» Ma blanco novio, en tremoulant.
qui le ravage, — et, quand il plonge dans la douleur, — jette-t-il des
cris aigus— que le monde ne connaissait pas encore?
» Nature, ô mère sans cœur! — mon cri d'angoissej, — est-ce
pour l'enlcndre — que tu as vu se flétrir à ton gré, — sous la
mort et sa rigueur, — ma chère espérance vermeille, — et que mon
être entier [est à] geindre— dans un triste son de douleur ?. . .
Son de douleur stable en moi — et durable désormais, — depuis
le jour si triste — oii, lugubrement, le battant de la cloche — sonna
le glas épouvantable — de mes amours, que [j'allais], le cœur gros,
— j'allais ensevelir dans la fosse î
-» 0 glas ! pourtant ton même bronze — sembla sonner un jour
mon bonheur: — bouche souriante, front pur, — embaumée comme
fleur de ronce, — comptant ses années deux fois par onze, — ma
188 DIALECTES MODERNES
» M'acoumpagnè vers Tautar blanc .
» E passèn poulido journado ;
)) E lou lendeman, matiniè,
)) Nous venguè 'n ange coucouniè,
)) Gaio lusido safranado - . .
» Ai ! quau me rendra ma mainado ?
» Ma femno, Testé de mous cants,
» E ma Mirelho de cinq ans? . .
» 0 long vel, lieureio nouvialo!
» 0 tavaiolaqu'ensajan
» Au bel efant que batejan!
» L'on vous caresso e Ton vous bialo ;
)) E vesen la man que vous fialo
» Que quand vous a fa, sens remord,
» 0 vestis blancs ! lençôus de mort.
» La vido n'es qu'un long misteri,
0 E'nd' el de trop voulé pensa,
0 Poudriè n'estre, Dieu, ôufensa ...
» A la porto dau cementeri,
» Faguent de mous plous rebousteri,
» Veuse d'amour, à mounagrat,
» Vole ploura, pas que ploura!. .»
blanche fiancée, en tremblant, — m'accompagna vers le bl^nc
autel.
» Et nous passâmes une belle journée ; — et le lendemain, ma-
tinal,— il nous vint un ange caressant, — éclaircie gaie, safranée...
— Ah ! qui me rendra ma famille ? — ma femme, l'inspiration de
mes chants, — et ma Wireille de cinq ans*?. . .
» 0 long voile, parure nuptiale ! — ô langes pompeux que nous
essayons — au bel enfant que nous baptisons ! — Ton vous ca-
resse et l'on vous admire ; — et nous ne voyons la main qui vous
file — que lorsqu'elle vous a transformés, sans remords aucun, —
ô vêtements blancs I en linceuls de mort.
» La vie n'est qu'un long mystère, — et, en voulant trop y pen-
ser, — Dieu pourrait en être offensé. . . — A la porte du cimetière,
— faisant un festin de mes pleurs, — veuf d'amour, à mon gré, —
je veux pleurer, rien que pleurer !... »
A-N»rAWPOS TA VAN
0 Ta van I ô fraire î yçii, plouro !
Toun ploura soûl pot t'assoula.
Un misteri t'a treboula :
Sabes donne pas que la malouro
Vôu Ion cor que truco e desflouro,
Lou vôu capable de soufrl
Lou mage mau lou mai afri ?
E lou pouëto, aquelo liro
Facho de las ôbros dan cor,
Es causi sempre ; e soun acord,
Inmenso angouisso que deliro,
Pus forto que lous cops de Tiro,
Emplis lou mounde embalausi
Vido- vidante de Tausl.
Oh! plouro, plouro! acô n'encosto,
La glorio dau pouëto : urous,
Ascendès lou serre auturous ;
Mais escassament à miè-costo,
Uno man traite tras la costo
Vous sagato, e tenchas lou cim
De voste bèu sang cremesin.
Qu'enchau lou sang? coumo un satire.
De se despoutenta d'afan,
• Tavan ! ô frère ! va, pleure I — ton pleur seul peut te consoler,
în mystère t'a troublé : — tu ne sais donc point que le malheur
eut le cœur qu'il frappe et déflore, — il le veut capable de souf-
— le mal le plus grand et le plus cruel !
rt le poëte, cette lyre — faite des fibres du cœur, — est toujours
isi ; et son accord, — immense angoisse qui, dans son délire, —
plus forte que les coups de la colère, — remplit le monde
iné — de l'entendre éternellement.
h ! pleure, pleure ! cela coûte cher, — la gloire du poète : heu*
ï, — vous montez la montagne altière ; — mais, à peine à mi-
!, une main traîtresse vous ouvre leycôté, — et vous teignez le
3 — de votre beau sang cramoisi.
m'importe le sang? comme un satyre, — de s'épuiser en efforts,
15
19<> DIALECTES MODERNES
Qu'enchau? F a'n grand chalc, ô Tavan !
De triounfla'dins lou martire. . .
Oh! pos ploura. Mais de mau-dire,
Urous doulent, engardo-te,
Car Dieu t'a marca dé soun det !
Plouro ! Tangouisso, emb sa legremo,
Deu amansi Tamour abrant :
Amai Taurige brame à brand,
Traguent esglasi e terro-tremo,
Quand lou sourel en braso cremo,
Es bon per lou front qu'un degout
De plejo refresque un bricou.
Plouro ! e ieu vole te reçaupre,
Vole t'assoula dins mous bras.
Aqui, plouro que plouraras !
Qu'aqui, moun fraire, tu vas saupre
Lou pus grand bonur qu'on pot caupre :
Lou bonur que l'a d'endourmi
Soun mau sus lou cor d'un ami !
Albert Arnavielo.
Aies, 5 de selembre 1877.
(Languedocien, Alais el ses environs.)
qu'importe? Il y a un grand délice, 6 Tavan î — à triompher dans
le martyre. . . — Oh! tu peux pleurer. Mais de proférer la malé-
diction, — heureux dolent, garde-t'en bien,— rar Dieu l'a marqué
de son doigt!
Pleure ! l'angoisse, de sa larme, — doit adoucir l'amour brûlant:
" Quoique l'orage hurle, avec fureur — jetant l'épouvante et le
frémissement, — quand le soleil embrasé brûle, — il est bon pour le
front — qu'une goutte — de pluie rafraîchisse iin peu.
Pleure! ot, moi, je veux t'accueillir, — je veux te consoler dans
mes bras.— Là, pleure et pleure encore, — car là, mon frère, tu
vas savoir — le plus grand bonheur qu'on peut éprouver : — le
bonheur qu'il y a d'endormir — son mal sur le cœur d'im ami !
A Ibert At^navielle.
Alais, 5 septembre t877. ' •
^%^^\/V> I >!■
LOUS DOUS CANARDS SAUVAGES
PABLO
Sul bord d*anestang, un cassair^
Avio 'gantât dous canardons,
Dons colverts, encâ trop pichous
Per dins Taire segre sa maire
—Que farai d'aqueles aucels ?
Dis lou cassaire, que ious sarro
Al founs del sac ount Ious embarro,
De que ne farai ?. . . De simbels;
Amb eles prendrai de dougenos
De canards dejoust mas pantenos.
E s'enfasiô dejà'n régal.
Sens musà gagno soun houstal.
Dins la cour, qu'èro muralhado,
Aviô tout-just uno cloucado
De canards de mémo groussoù ;
Trai Ious autres de sa prison
E Ious lacho en miech de la bando,
LES DEUX CANARDS SAUVAGES
FABLE
Au bord d'un étang un chasseur, — avait pris deux jeunes canards,
— deux colverts, encore trop petits — pour dans les airs suivre leur
mère. « Que ferai-je de ces oiseaux?» — dit le chasseur, qui les
serre •— au fond du sac où il les enferme. — « Qu'en ferai-je?... Des
appeaux, — avec lesquels je prendrai des douzaines de canards —
dans mes pantières » ; — et il s'en faisait déjà un régal. Sans tar-
der il gagne sa maison . -— Dans la cour, qui était entourée de
murailles , — il avait précisément VLtfe couvée de canards de
même grosseur ; — il tire les autres de leur prison — et les lâche
192 DIALECTES MODERNES
Que lous guèito d'un marrit uel,
I trauco à cops de becs la pel
E dins un cantoù lous emmando,
Coumo d'aucels de controbando,
Mais la guerro n*ajet qu'un temps ;
E coumo aviôu prou de pitanso
Per toutes ne rempli la panso,
Lèu ensem visquerou countents.
N'aviôu-t-i pas même plumage,
Lou même crit e lou même âge ?
Des fourestiers lou pus menut,
Pla rarement restabo mut ;
Ero yieu, aberit, sauvage.
Prisonnier dins aquelo cour,
Tout en pensant al descampage,
I varalhabo, nèit e jour,
En mitant delà canard alho,
Que, refaudido sus la palho,
L'uel miech tancat e lou cap bas,
Sens s'avisa del varalhaire,
Dourmissiô quand manjabo pas.
N'aviô pas, s'en manco, lou fraire,
Lou sang ardent del cago-nis:
Ero tranquille e pausadis,
au milieu de la bande, — qui les regarde de mauvais œil, — leur
perce à coups de bec la peau — et les renvoie dans un coin, —
comme des oiseaux de contrebande. — Mais la guerre n'eut qu'un
temps, — et, comme ils avaient assez de pitance— pour s'en rem-
plir tous la panse, — bientôt ensemble ils vécurent contents: —
n'avîiient-ils pas le même plumage, — le même cri et le même âge?
Des étrangers le plus petit, — qui rarement restait muct,^- était
vif, éveillé, sauvage. — Prisonnier dans celte cour, — tout en pen-
sant à s'échapper, — il s'agitait nuit et jour — au milieu de la troupe
des canards, — qui, accroupie sur la paille, — l'œil à demi fermé
et la tête basse, — sans faire attention à son remue-ménage, dor-
mait quand elle ne mangestit ]>as.
Jl n'avait pas. il s'en faut de beaucoup, le frère,— le sangboùil-
^ «
LOUS DOUS CANARDS SAUVAGES »a
E, coaiht) i fasiô bouno vido,.
S'acoustuitnabo à la prisoù.
L'autre d'anâ courre boùrrido - i- -
Seinpre^ sentissiô la prusoii ;- ^
E cado fes qu'àla vesprado,
De canards passabo tino ardado- ^
Sus soun cap, qu'austssiô lous vièlsv
Enquiets, sounâ lous jouvencels, -
Cercabo à prene la voulado -
Per ategne sous coumpagnous;
Mais la muralho ero trop nauto,
I trucabo soun bec sannou3 ;
L'alo trop flaco i fasiô fauto,
E lou paure del languiment
Al cor scntissiô lou tourment.
Ero triste, marijabo' gaire, /
Pantaisabo soûl dins un caire ;,
Vouliô coumo sous parions,
Navigâ sus la mar vesino,
Dins Testang, à Tescuresino,
Agantâ cauquilhos, poissons,
Cagarauletos e gragnotos,
Que s'amagou dins las canotos;
A soun grat nadâ, cabussà; -
Libre, enfin, pertout s'espassâ.
lant du culot: — il était tranquille et ami du repos , — et, comme
il faisait bonne vie, — il s'habituait à la prison. — L'autre, de se
sauver — éprouvait toujours la démangeaison ; — et toutes les
fois que, le soir, — de canards il passait une volée — au-dessus de
sa tête, qu'il entendait les vieux, — inquiets, appeler les jeunes, —
il cherchait à prendre le vol — pour atteindre ses compagnons ;^ —
mais la muraille était trop haute, — il y heurtait son bec saignant;
— ^l'aile trop faible lui faisait défaut, — et le malheureux, de l'ennui,
— au cœur éprouvait le tourment. Il était triste, il ne mangeait
guère, — il rêvait seul dans un coin ; — il voulait, comme ces pa-
reils,— naviguer sur la mer voisine,— attraper coquilles, poissons,
— escargots et grenouilles, — qui se cachent dans les roseaux des
marais; — à son gré nager, plonger; — libre, enfin, partout se pro-
mener.
194 DULEGTBS MODERNES
Soun alo, un jour, fouguet prou forto:
c( De la prisoû escapem-nous »
(Diguet à l'autre), a Taire es dous,
)» Es lou moument d'anâ per orto. »
Mais aqueste, boulzut, sadoul
E countent de soun ourdinàri,
Vourguet resta de pôu d'auvàri
E lou laisset parti tout soui.
Lou seguirem pas dins sa fugo:
Es urous, a sa libertat.
Tournem à l'autre, qu'es restât
Dedins am sa panso pesugo.
L'endemâ, lou mestre a coumptat
Sous canards à Facoustumado :
In manco un, lou cerco de-bado,
Vei quane es ! « Poudriô m'escapà
Coumo el, sou dis, soun camarado »,
E subran cerco à l'arrapâ.
Ambé soun ventre qu'iravalo,
Aqueste fugis dins la cour.
Ne fa dos ou très fes lou tour,
Pèi pren van per jougâ de l'alo;
Mais pot faire qu'un pichot vol
E miech mort retombe pel sol.
Son aile, un jour fat assez forte:— o Delà prison échappons-nous,
— dit-il à l'autre ; le vent est calme, — c'est le moment de partir.»
— Mais celui-ci, ventru, repu — et content de son ordinaire, — -
voulut rester par crainte d'accident — et le laissa partir seul . —
Nous ne le suivrons pas dans sa fuite : — il est heureux, il a sa li-
berté. — Revenons à l'autre, — qui est resté dedans avec sa panse
pesante .
Le lendemain, le maître a compté — ses canards, comme à l'or-
dinaire: — il en manque un; il le cherche inutilement . — Il voit
quel est celui-là : « Il pourrait m'échapper comme lui, — > dit-il en
lui-même, son camarade », — et il cherche aussitôt à l'attraper. —
Avec son ventre qui traîne à terre, — celui-ci fuit dans la cour, — -
il en fait deux ou trois fois le tour,— puis il prend l'élan pour jouer
de Taile; — mais il ne peut faire qu'un potit vol — et, à demi mort,
il retombe à terre. — Ah ! pourquoi n'a-t-ii pas de son frère,-^ui
LOUS DOUS , CANA.HDS SAUVAGES 195
Ah ! per que n'a pas de soun fraire,
Qu'en libertat volo dins Faire,
Seguit lou counsel amistous ?
Acô se penso regretous,
Quand lou mestre lou prend e planto
Un loung coutel dins sa garganto.
Planguem-lou, mais pamens meritabosoun sort.
Atal de nautres La moulesso
Fa perdre à l'home sa noublesso ;
Res de grand toco pus soun cor;
Taloment pla qu'à l'esclavage,
Que lou meno sempre à mal -port.
Se coumplai dins soun gourrinage .
Maïs n*es pas atal l'home fort
Qu'a' no juste fiertat dins l'amo :
En prisoù gito fioc e flamo.
Per reprene la libertat
Dount la nature l'a doutât,
E qu'un marrit sort li a raubado,
Crento auvàri ni malparado ;
Crei que Diéus, que vei l'estrambord
Que li fa mespresâ la mort,
Assoustarà soun escapado.
G. AzAÏs.
(Languedocien, Béziers et ses environs)
en liberté vole dans les airs, suivi le conseil amical? — C'est ce
qu'il pense dans ses regrets, — quand le maître le prend et lui en-
fonce le couteau dans la gorge.
Plaignons-le, mais pourtant il méritait son sort. — 11 en est
ainsi de nous : la mollesse — fait perdre sa noblesse à l'homme ;
— rien de grand ne touche plus son cœur, — si bien que dans
Fesclavage, — qui le mène toujours à une mauvaise fin, — il se
complaît dans son oisiveté. — Mais tel n'eet pas l'homme fort —
qui a une juste fierté dans l'âme; — en prison, il jette feu etflàmme.
— Pour reprendre la liberté — dont la nature Ta doté, — et qu'un
mauvais destin lui a ravie, — il ne craint ni mésaventure, ni con-
tre-temps ; — il croit que Dieu, qui voit l'enthousiasme — qui lui
fait mépriser la mort, — favorisera son évasion.
G. ÂzâÏs.
I LATIN D'AMERICO*
A M. Frechette
Pouëto francés e députa au Pàrlameui canadian
Fraire d*alin, e tu subre-tout, Canada,
Rampau car e fegound dôu ûèr.aubre de Franco^
Vosto pamo s'estend, fruchiero à desiranço ;
Ë tamben lou troubaire amo à vous saluda.
Ni siècle ni liuenchoar vous an pouscu muda :
De voste brès latin gardas la remembranço ;
Noste crèire es parié, pariero Tahiranço,
Ë dins Tobro de Dieu sian lest à s'ajuda.
Que fan de milo lego, e la mar, e li flume,
S'es lou même soulèu que nous largo soun lume,
Se dins la mémo fe 11 pies bâton d'acord ?
D'enterin que lou sang au viei mounde se verso,
Rejougnen nôsti man per dessubre lis erso :
La soulo vesinanço es aquelo di cor.
A. DB Gagnaud.
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.)
AUX LATINS D'AMÉRIQUE
A M. Frechette
Foëte français et député an Parlement canadien
Frères lointains, et toi surtout, Canada, — rameaux chers et fé-
conds du fier arbre de France, — vos pousses s'étendent, portant
des fruits abondants ; — aussi bien le poëte aime à vous saluer.
Ni les siècles ni l'éloignement n*ont pu vous changer : — de votre
berceau latin vous gardez le souvenir ; — notre croyance est sem-
blable, semblable notre haine, — et dans Tœuvre de Dieu nous
sommes prêts à nous aider.
Que font les mille lieues, et la mer, et les fleuves, — si c'est le
même soleil qui nous dispense sa lumière, — si dans la mèYne foi
les poitrines battent d'accord?
Pendant que le sang dans le vieux monde se verse, — rejoignons
nos mains par-dossus les vagues : — le seul voisinage est celui des
cœurs. A. de Gaqnaud.
* Lu le 18 novembre 1877, en séance du Parage, à Maguelcne.
BIBLIOGRAPHIE
SEPTENTRIOUM. pèr William-G. Bonaparte- Wysb. — Antibo, encô de
J. Marchand, empremèire-Iibraire, 1878, in-8».
DM
PVBRI SEPTHNTBI
ONIS ANNORVM XII QVI
ANTIPOLI IN THEATRO
BIDVO SALTAVIT ET PLA
CVIT
Telle est rînscriptioTl funéraire que M. Bonaparte- Wy se a re-
levée dans le charmant petit livre Antibes en poche, de M^ae G.-D.
Goote. Ces quatre hgnes lui ont inspiré une gracieuse élégie dans
le genre de l'antique, une élégie vraiment remarquable par la cou-
leur locale qu'il a su lui imprimer. Ce n'est pas un provençalisant
de i878 qui écrit, c'est un frère et un successeur de Catulle. Un
Romain du second siècle n'aurait pas pleuré autrement la mort
de ce pauvre enfant, l'un des artistes les plus aimés, paraît-il^ deces
spectacles mimés, — nous dirions aujourd'hui le ballet, — qui, dès
le début de la décadence, eurent la plus grande vogue. Septentrion
dansa sur le théâtre d'Ântibes, aux applaudissements de tout le
public : hiduo aaltamt et placuit, dit l'inscription. Prit-il froid sous
le léger costume qui devait le revêtir, et que le poëte, après seize
cents ans au moins, essaye de décrire comme s'il l'avait vu? On
l'ignore. Ce qui est certain, c'est que, après une courte appari-
tion, on ne l'y revit plus. Ses représentations et ses succès furent
arrêtés par la mort .
Nous ne pouvons reproduire toute la pièce de vers; en voici la fin :
En fàci de la mar e di nivôusi cimo,
Au teatre plen de trelus.
Se jogo au grand soulèu la bello pantoumimo
Dis amour de Mars e Venus ;
E d'artiste famous, que même Roumo estimo,
Disoa tout ce que fau, sens paraulo ni rimo,
Au pople qu'adore lou nus.
Mai lou galant pichot sautejo eme tant d'amo,
E tant d'abandoun bouleguet,
Que lou Proconse aprovo, e li lusènti damo
Zounzou non :« 0^/ gu*65 pouMrîfîi/ »
198 BIBLIOGRAPHIE
Lou pople antiboulen d'un long acord l'aclamo
a Lou mai bèn dis Amour que dardaion la flamo 2>i
E lou porto au bout de si det.
La lansenjo, oh 1 qu'es vano ! e même li courouno,
Après tout, qu'an pau de valour !
ËDcaro un jour de fèsto! encaro di chatouno,
Li douci paraulo e li flour !
Mai, las I lou tresen jour, mau grat li caranchouno,
Li picamen de man e Taflat di poutouno,
Lou pichot n'es pas de retour.
< Car mau grat que signés bestias o bon abile,
La Mort es un monstre feroun«
La Mort es uno serp, un nègre croucoudile.
Que souto li sagno s'escound ! . . .
E vaqui sus soun lié, coucha blanc e tranquile,
Au mitan di beus ile e mai blanc qu'un bôl ile,
Lou poulidet Septentrioun !
A.E.
Catalogne de la bibliothèque de Marseille. — Ouvrages relatifs à la
Provence. — Essai d'introduction et de classement méthodique^ par
V. LiEUTAUD, bibliothécaire de la ville de Marseille. Marseille, Granier
fils, 1877, m-40.
Nous ne pouvons mieux faire, pour donner une idée du plan très-
rationnel suivi par M. Lieutaud, que de reproduire la première
page de son exposé :
« Personne n'oserait aujourd'hui contester l'importance, Putilité,
la nécessité des collections locales.
» Le progrès, en effet, dans sa marche incessante et rapide, fait
à notre époque une étroite obligation de la spécialité^ pour toutes
les branches des connaissances humaines.
» Les collections, comme tout le reste, obéissent à cette tendance
moderne, dont rien ne peut s'affranchir désormais.
y> D'ailleurs, il faut bien le reconnaître, ce sont lee. collections
locales que lo travailleur recherche, qu'il aime a rencontrer et qu'il
interroge avec fruit.
» Que vient demander le savant, 1 amateur, le voyageur môme,
aux: établissements de tout ce qui n'est pas grande capitale ? Des
UaphaOl ou des Rembrandt, des Vénus de Milo ou des Apollon du
Belvédcro ; dos collections de monuments célèbres, d'inscriptions
ca}»ilales ? des ouvrages de omni re sdbili, de merveilleuses minia-
tures calligraphi(iues ou des textes antique s conservés par des ma-
nuscrits fameux?
BIBLIOGRAPHIE 199
» Bien rares seraient les établissements assez riches pour satis-
faire à ces désirs. Jje chercheur ne Tignore pas. Il sait bien que
quelques grands centres en ont seuls le privilège ; et, s'il a besoin
d'objets rares, s'il veut des chefs-d'œuvre, il ne s'éloignera guère
de Paris, de Londres, de Florence ou de Rome.
» A la ville de second ordre, à la capitale de province, il deman-
dera, au contraire, les monuments et les travaux relatifs à la
contrée, et c'est là qu'il viendra de préférence les consulter, sou-
vent avec autant de charme et de profit que les merveilles des plus
beaux musées »
Cette idée devrait être réalisée partout. Au-dessous des grandes
œuvres du génie qui appartiennent à tous les temps et à tous les
lieux, les monuments artistiques, historiques, scientifiques et lit-
téraires, d'une province ou d'une localité données, devraient for-
mer le fond naturel et principal des musées et de la bibliothèque
de cette province ou de cette ville.
Eu égard au petit nombre d'œuvres intéressant à un titre quel-
conque l'histoire politique ou littéraire de la cité, les bibliothèques
communales contiennent encore une trop grande proportion de
documents généraux; l'éparpillement, l'absence ou la perte des
premières, enlève aux histoires provinciales toute variété et toute
vérité. Tout est fondu dans le moule d'une unité trompeuse, aussi
étrangère à la réalité que les latitudes des provinces de la France
diffèrent entre elles. Les seconds, au contraire, grâce à la multi-
plicité de leurs dépôts, pourraient toujours se retrouver sans trop
de peine, s'ils venaient à manquer dans quelque collection parti-
culière.
Ce n'est pas l'origine provençale des auteurs qui a dicté la clas-
sification de M. Lieutaud. Son catalogue n'a admis que les ou-
vrages a relatifs à la Provence ou à des faits dont elle a été le
théâtre .
» S'écarter de ce principe eut été se jeter dans un inextricable
chaos de volumes de toute nature. » Les sujets les plus divers
ayant été, en effet, traités par les auteurs très-nombreux que la
Provence a donnés à la France, l'assemblage catalogué de leurs
écrits n'aurait aucun caractère méthodique de localisation. Pour
ne parler que des contemporains, «quelle place pourraient tenir,
au milieu d'une collection locale, les indigestes mémoires de Fortia
d'Urbah, les histoires de la Révolution, du Consulat et de l'Empire,
de M. Thiers; les romans, poèmes et œuvres diverses de Méry, Mi-
gnet, Gh. Giraud, Poujoulat, Joseph Autran, Pontmartin, Gozlan,
Louise Golet, Zola et tant d'autres écrivains qu'un rayon de notre
200 BIBLIOGRAPHIE
ardent soleil a touchés, et qui font briller à Paris l'esprit et le génie
de notre race ? »
Le savant bibliothécaire dé Marseille circonscrit d'abord les K-
miles géographiques de son sujet. Comprenant dans la Provenee
toute l'étendue territoriale qui y a été attachée aux diverses époques
de son histoire, il y fait entrer, en sus des cinq départements des
Bouches-du-Rhône, de Vaucluse, des Basses-Âlpes, du Var et
des Alpes-Maritimes, quelques enclaves et extensions qu'elles pos-
sédait en Dauphiné, dans une très-minime partie de la Drôme et
des Hautes- Alpes. Son but a été de faciliter les études des tra-
vailleurs qui voudraient faire une recherche quelconque suir tout
ce qui peut se rattacher à ce pays . Cette concentration de docu-
ments autochthones n*a jamais été mieux justifiée que pour une
province qui a joué depuis plus de deux mille ans un si grand rôle
aux points de vue miUtaire, religieux, politique, littéraire et com-
mercial. L'influence de la plupart des événements accomplis eti
Provence ne s* étant pas maintenue dans son intérieur, mais ayant
presque toujours rayonné au delà de ses limites,, il y aura tout
avantage à pouvoir consulter sur place Tensemble des monuments
écrits qui expliquent cette puissance d'expansion. Pour ne parler
que d'un sujet peu attrayant peut-être au premier abord, mais que
l'on nous pardonnera d'avoir rappelé en raison des intérêts dé
premier ordre qu'il soulève, le rapport des arrivages par mer et
delà propagation des épidémies, où rencontrerait-on ailleurs qu'à
Marseille un ensemble de documents aussi complet sur l'histoire
des quarantaines, depuis le règlement sanitaire de 1683 jusqu'aux
récentes modifications que les apparitions cholériques des vingt
N dernières années ont provoquées ? A part les ordonnances et in-
structions générales, il doit y avoir toute une série de mesures lo-
cales dont les traces ne peuvent se retrouver que dans cette grande
cite commerciale et maritime. Assurément la publication des ar*
chives de la Direction de la santé de la Méditerranée formerait un
ouvrage unique au monde, qui fournirait des renseignements pré-
cieux pour l'histoire des maladies épidémiques, notamment depuis
la grande peste de 1720 jusqu'à nos jours. M. Lieutaud a eu raison
(le réserver, aux articles Commerce et Hygiène de son catalogue, une
place importante aux documents de cet ordre -
Le catalogue terminé sera le répertoire d'une vraie encyclopédie
provençale. Tout y sera représenté : la bibliographie, les publica-
tions périodiques, l'histoire, l'archéologie, la littérature provençale
avec tous ses dialectes, les littératures française, grecque et latine»
les chants rehgieux et populaires, le théâtre, etc. C'est là l'objet
BIBLIOGRAPHIE 201
des deux premiers livres. Le troisième, affecté aux sciences et aux
arts,, comprendra la philosophie, l'économie, politique et sociale,
l'ensemble des sciences proprement dites: mathématiques, phy-
siques, naturelles et médicales ; la philosophie occulte, Tastrologie
judiciaire, la technologie, les jeux et la gymnastique, les beaux-
arts. M. Lieutaud donne une grande part à l'économie politique ,
« cette jeune science, dit-il, qui tend à résumer et à absorber en
» elle toutes les manifestations de la vie moderne. » Il y comprend
l'administration, les établissements de bienfaisance, l'instruction
publique, les finances, l'industrie, le commerce, les travaux pu-
blics, les associations. Chacun de ces chapitres est divisé lui-même
en de nombreuses sous-divisions, qui montrent l'immensité des
documents réunis et le vif désir de l'auteur de ne rien oublier de
tout ce qui peut intéresser l'organisation actuelle des Bouches-du-
Rhône et des départements voisins.
Suivant la hiérarchie ascendante qu'il a établie pour les diverses
connaissances humaines, il termine le catalogue par le droit et la
théologie. A propos de droit, il relate toutes les juridictions géné-
rales et locales qui ont régi les diverses parties de la Provence .
Cette conservation des anciennes coutumes a un intérêt plus qu'his-
torique. Dans plusieurs provinces méridionales, certaines d'entre
elles ont encore, à peu de chose près, force de loi et forment, de-
vant la juridiction des juges de paix notamment, une sorte d'an- .
nexe du Code civil qui sert de règle, à défaut d'acte authentique,
dans un grand nombre de conventions urbaines ou rurales. Des
commissions préfectorales ont réuni, depuis quelques années, ces
restes du droit coutumier et en ont formé le recueil des usages
locaux du département. Parmi ces usages, les uns nous ont élé
transmis par la tradition ; mais beaucoup ne sont que la consécra-
tion pratique de textes de lois réguliers, consignés dans quelqu'une
de ces chartes languedociennes ou catalanes, telles que celle Revue
en a publié un grand nombre par les soins de MM. Léon Yinas,
Monlel, Alart, etc.
Nul doute que les textes judiciaires inventoriés par M. Lieu-
taud ne contiennent un grand nombre de pièces en vieux proven-
çal. Les amis des lettres romanes lui sauront gré de leur avoir
ouvert cette nouvelle source de recherches.
Il est rare qu'un article bibliographique ne comporte pas quelque
mot de critique, si légère qu'elle soit, à l'adresse de Pouvrage ana-
lysé. Ce n'est pas ici le cas. Le plan du nouveau catalogue de la
bibliothèque de la ville de Marseille ne soulève pas d'objection sé-
rieuse. Espérons que le courage et les forces de l'auteur seconde-
202 BIBLIOGRAPHIE
ront son dévouement et son intelligence et lui permettront de mB-
ner à bonne fin une œuvre aussi difficile, dont « peuvent seuls se
» faire une idée ceux pour, lesquels la bibliographie n'est pas un
» mot vide de sens . Quelque longues que fussent les explications,
>> les autres ne sauraient la comprendre. »> Ce sont ses propres pa-
roles. Nous les reproduisons, parce qu'elles nous paraissent Tex-
pression de la vérité. A.E.
Congrès archéologique de France, XLIIP session. Séances générales
tenues à Arles en 1876, etc. Paris, Derache, 1877; in-8% l-932 pages.
Emile Fassin, Recherches sur les anciens notaires d'Arles,"^, 711-
760, travail intéressant et fait avec soin. M. F. cite, p. 741, d'après
les Annales Bonnemant, un extrait moitié provençal, moitié fran-
çais, du registre des Conseils de la ville d'Arles, en date du
22 septembre 1521. 11 y est question d'un notaire arlésien accusé
de séduction et refusant de prêter le serment que le viguier lui
avait demandé. Sur le folio 1 du registre de Louis Séguin (années
1374-1378), M. F. a déchiffré des vers qui paraissent appartenir à
une chanson de l'époque. En voici le début :
Porquoy parlés vos mal de sant Jayme
Je ne parle pont de vos
J'ay layset mos gants en selle fontagne, | por
J'ay laiset mos gants en selle fontagne
Bien (l. bieus *) amys abes les vos.
Por
Alons le quérir en selle montagne 1 por
Anas entre moy e vos
Por
Vous estes joly et moi bien jolia | por
Vos estes joli et moy plus jolia
Bels amis aves mi vos.
Ce volume contient de nombreux travaux que nous sommes
forcé de passer sous silence, étrangers qu'ils sont à la destination
ilelaEevue. A. R.-F.
Le Seizième Siècle en France, tableau de la liltérature et de la langue^
par MM. A Darmesteter et Adolphe Hatzfeld. Paris, Delagrave.
Volume de plus de 600 pages el d'impression compacte. 11 com-
prend deux parties à peu près égales en étendue et distinctes l'une
de l'autre . La première contient l'histoire littéraire, rapidement mais
pleinement traitée, de la France du seizième siècle, et l'histoire phi-
* Correction indiquée par M. Boucherie.
PERIODIQUES 203
lologiqae correspondante. La seconde se compose de nombreux
extraits empruntés aux œuvres les plus marquantes de cette inté-
ressante période. Sans entreprendre une analyse qui dépasserait
le temps et Tespace dont nous disposons, nous dirons seulement
que cet ouvrage, écrit avec soin et une rare compétence^ convient
l)arfaitementâ la jeunesse studieuse de nos écoles. Les professeurs
eux-mêmes trouveront dans la première partie des renseignements
nouveaux sur les habitudes orthographiques et grammaticales des
auteurs du XV1« siècle.
A. B.
PERIODIQUES
Remania, 25. — P. \. Le lai de Vépervier, G. Paris. Jolie pièce
de 232 vers, extraite d'un manuscrit du Xllle-XIVe siècle, qui ap-
partient au comte de Seyssel-Sothonod et qui contient presque
tous les lais de Marie de France, plus huit autres qui sont inédits,
(^e n*est pas un lai breton, comme ceux de Marie de France, et
Tauteur a sain de le dire; « Le conte en ai oi conter,— Mes onques
n'en oi la note — En harpe fere ne en rote. » M. G. P. a complété
cette intéressante publication par une savante étude sur les ori-
gines du lai de l'Epervier, qu'il rattache à cette famille, tous les
jours plus nombreuse, de contes venus de l'Inde. P. 5, à propos
de ces deux vers : « C'est la compaignie Tassel — que vos me fêtes,
benlevoi», M. G. P. fait en note l'observation suivante: « Cette
locution, qui n'est pas expliquée jusqu'à présent avec certitude, se
retrouve dans Beneeit, Chronique, v. 15365: C'est la compaignie
Tassel (éd. Tassel) qu'il m'a faite, et dans Renart, v. 3819: Cest la
compagnie Tassel que vous me faites voirement. Le sens est évidem-
ment « association frauduleuse, compagnie de traître. »> Tassel doit
Otre un nom propre, celui d'un traître célèbre, mais on ne connaît
pas son histoire. « L'explication de cette locution est toute trouvée,
si Ton se reporte à la fable de Marie de Franco, intitulée : dou
Taissonet dou Porc ( éd. Roquefort, t. II, p. 320 ). On y voit que le
tassel ou blaireau, « s'est acumpaigniez » aux pourceaux, et se
dit pourceau comme eux, pour avoir sa part de la glandée com-
mune. Mais quand il les voit tomber sous le couteau du boucher,
il proteste, il « commence à crier, A renoier, et à jurer Que tessons
est. >» On voit d'ici le rapport des deux situations, et le sens de cette
locution devenue proverbe. V. 41, 212, il n'est pas nécessaire de
supprimer Vs finale qui n'empêchait pas réïision, comme j'ai déjà
204 PERIODIQUES
eu l'occasion de l'observer (Revue des langtiesrom,, mai 1877, p. 216)
et comme M. Tobler vient de l'observera son tour (Romaniay no25,
p. 153) dans le n* 51 de la Gœttingiscke Oelehrte Anzeigen. — P. 22,
Pio Rajna, Una versione in ottava rima del libro dei sette savi. Pre-
mière partie d'une étude philologique et littéraire. — P. 52, V. Smith,
Vieilles Chansons recueillies en Velay et en Forez, Trente -deux pièces
éditées avec l'intelligence et le soin que Ton connaît. — P. 85.
A. Lambrior, VE bref latin en roumain, — P. 94, Mélanges: \^ Turria
Alithie (G. P.). Explication du mot Alitkie qui figure dans la Owi-
^essio Golie et qui n'avait pas encore été bien compris. 2® Ckangon
anonyme, 3^ Motets (P. M.). 4" Surge (G. P.), laine surge = lana
sucida. 5° les dix-sept cent mille clochers de France {V, M.). Lev. 3
est faux. V. 8 et 9, je comprends ce {=8e)peut bien lever, se (peut
o\i peuvent), V. 13, je me contenterais de supprimer Dieu, qui fait
double emploi avec J.-C, ce qui permettrait de ne rien changer au
reste et laisserait à priera sa valeur trisyllabique. 6« D'un emploi
non étymologique du t final en provençal (ï^ , M . ), phénomène déjà étu-
dié par M. Ghabaneau. 7° Glanet aglan (J. Cornu). 8° Nous et on
(L. Havet). — P. 111, Comptes rendus : 1» Gustav Lûcking, die
jEltesten franzœsischen Mundarten. Eine Sprachgeschichtliche Un-
tersnchung (G. P.). Favorable, malgré de nombreuses réserves. —
P. i22. Adeser vient en effet, non de adhœsare, qui aurait produit
neseTj mais de *ad'dehœsare. P. 131 . Oter,y. fr. oster, vient proba-
blement de [dè]obstare par la chute de la préposition, comme dans
ouvrir de [de]operire, prov. durbir. 2° A. Luchaire, de Linguaaqui-
tanica (P. M.). M. P. M. ne peut se décider à accepter les con-
clusions de l'auteur. 3* E. Philipon et G. Guigne (Œuvres de Mar*
guérite dOgngt, prieure de Foleteins, publiées d'après le ms. unique
de la Bibl. de Grenoble)(P. M.). 4° Konrad Hofmann et Karl
Vollmoeller, der Miinchener Brut. (G. P.) favorable. — P. 146,
Périodiques, — P. 154, Chronique. A. B.
Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de
l'Aveyron, 1868-1878, tome X (Rodez, Rathery, 1874, in-8o).
1-9. Archives de l'hôtel de ville de Milhau. Deux textes en langue
d'oc (XIV« siècle). Le deuxième, de 1361-1362, extrait du livre des
comptes de B. Guisbern, consul boursier, est relatif à la remise
de la ville aux mains de Jean de Ghandos, lieutenant du roi d'An-
gleterre, après le traité de Brétigny. 11 serait désirable que quelque
érudit se chargeât de la mise à jour des documents que possèdent
les archives de Milhau. Les fragments que nous venons de signaler
sont fort intéressants. Ils ont été adressés à la Société des lettres de
l'Aveyron^ par M. A. Rouvelet.— 34-51. Virenque, des Monumenta
PERIODIQUES 205
dits celtiques et des légendes du canton de Cornus; travail curieux, mais
parfois insuffisant. M. V. émet .cette conjecture que certains dol-
mens importants pourraient bien avoir été des autels druidiques.
La légende de la commune de Saint-Jean-d' Alcas rapporte que tous
les ans, à jour déterminé, on sacrifiait un jeune enfant, et que le
dolmen des Peyrussas servait d'autel. M. V. fait suivre son mémoire
de cinq contes populaire, qui tous, sauf le premier, ont rapport
aux fées. — 156-157. Soumis (sems nom. d'auteur). L'Houorne, II.
VAnjo gardien. J'ai déjà signalé ces deux sonnets dans le n* de no-
vembre delai2evtt«; M. Vesy, bibliothécaire de la ville de Rodez, en
est l'auteur. — 159-178. L'abbé Gabaniols, Mémoire sur Carentomag.
— 179- 197. L'abbé Gérés, Rapport sur les fouilles archéologiques faites à
Cadayrac, etc.— 198-214. Le même, Compte rendu sur les fouilles pra-
tiquées à la villa romaine du mas Marcou. — 235-282. H. de Barrau, de
Beaumont, Boisse, Romain et Yanginot, Mémoires sur le Rouergue.
— 283-337. Boisse, Antiquités celtiques et gallo-rommnes signalées dans
VAveyron, Travaux étrangers à la compétence de la Revue, Il peut
être cependant utile d'en extraire quelques acceptions et dénomi-
nations locales : p. 161, Strade, voie romaine (environs de Garenton,
commune de Gompolibat, arrondissement de Villefranche). Il en
est de même à Nant. (Voy. Revue, VII, 93). Le chemin gaulois ou
romain qui contournait Pancien lac a donné son nom à une plaine
au sud de la ville. P. 179. « Tout monument [du Rouergue] appar-
tenant à une époque quelconque, et n'offrant qu'une origine dou-
teuse ou inconnue, est attribué, ici aux Anglais, là à la puissance de
quelque esprit chimérique, plus loin à quelque fait plus ou moins
impossible. Ainsi Paqueduc romain qui, très-probablement, con-
duisait, il y a peut-être dix-huit siècles, les eaux de Yors à Rodez,
portait le nom de cave des Anglais. G'était un épouvantable coup de
tonnerre qui avait creusé l'immense cratère que nous appelons
avec raison TAmphithéâtre du pré de la Conque. Selon les diverses
localités, les dolmens et autres monuments du même genre por-
taient le nom de tombes des Anglais, tombes des Géants ^ maison dés
Fées, Les haches et autres instruments en pierre qu'on trouve dans
ces sortes de monuments sont appelés pierres du tonnerre par les
habitants de nos campagnes, persuadés qu'ils sont que ces objets
sont un incontestable produit de la foudre. » P. 236. Noms du seigle
à Rodez et dans ses environs immédiats : segol, *sego et *segodene
d'après M. de Gaujal. P. 245 et 316. Costo * rowmivo^ côte roide et si-
^ Costa, avec la signification de chemin monlueux, voie, rue, manque
au Dictionnaire d'Honnorat. Nous avons à Montpellier une rue Goste-
19
205 CHRONIQUE
nueuse que I'oq suit pour aller de Milhau à Lo3ève. Cf. ce quçdit
Pabbé Léon Vinas : Ua chapitre de l'histoire de Montpeyroux. P. 245.
Pounche d'agach (flénoinination locale), sommet d'où Ton découvre
au loin. P. 250. * Nac, barque, vaisseau, d'après Bosc, Mémoireêda
Rouergue, P. 276. Comiforratt nom actuel des vestiges de la voie ro-
maine qui existait autrefois entre Segodunum et Divona. — P.283.-
287. Le dolmen du Gausse de Bérail (dans le canton de Bozouls)
se nomme la tombe du Géant, — 294. * Cihournié, nom assez fré-
quemment donné aux dolmens de l'Aveyron. — 295. Une pierre
granitique isolée et dressée verticalement, à Lescure (canton delà
Salvetat), se nomme signal de Fournhol. — 196. Dans la môme
localité, une pierre levée. Cheval du Rey; une grande dalle de deux
mètres de long, Peyro jasso (pierre couchée). — 308. Un champ
situé au-dessous de Sauclières (canton de Nant) porte le nom de
Camp de hs goXnos'^,nl\ est dominé par des collines sur lesquelles
existent plusieurs dolmens. » — 310. * Fadarelles (fées). — 335.
« La tradition signale plusieurs points du département comme
ayant été le théâtre de grands combats, que l'on est le plus souvent
disposé à faire remonter à Pépoque romaine. Parmi ces points l'on
cite la plaine d' Auribal, le Camp hatailUj près de Ginestous d*Auriac;
la Borie hlanche^la. chaumière blanche), entre Saint-Rome et Gozon.»
Les mots précédés d'un astérisque manquent au Dictionnaire
d'Honnorat. A. R.-F.
CHRONIQUE
Los Fêtes latines s'ouvrent sous les auspices les meilleurs. Ainsi
(jue nous l'avons souvent répété, elles ont pour but, et de solenni-
série concours du Chant du Latin, et de resserrer les liens de mu-
tuelle sympathie que de communes origines linguistiques établissent
entre toutes les nations de race ou de langue néo -latine. La popu-
lation de Montpellier s'est, sans distinction aucune, associée a ce
mouvement, dont elle apprécie l'importance, capitale pour elle. Le
Conseil général de T Hérault a voté 2,000 fr. en faveur des fètea, et
le Conseil municipal de la ville de Montpellier, plus directement
intéressé, celle de 10, 000. Malgré la crise agricole qui sévit si cruelle-
ment dans le bas Languedoc, la souscription publique s'est élevée,
Frége, traduite à tort par quartier froid dans l'ouvrage de M. Duval-
Jouve sur les Noms des rues de Montpellier; Montpellier, Goulet, 1877,
in-12. (P. 119).
• Goïna, proslitiiéo (Honnorat, D/c«o«. ).Serait-C'5 le champ des pro-
stituées ?
: €HR0NIQUi3 207
•
-dans l'espace de quelques jours, au chiffre considérable de 7,000 fr.
Le Concours de musique et d'orphéons promet d'excellents ré-
sultats: quarante-sept Sociétés du Midi y ont adhéré. Un Concours
de hautbois et de tambourins aura lieu en même temps , c'est-à-
dire les 26 et 27 mai. Les fôtes commenceront le 22, à neuf heures
du soir, par la réception aux flambeaux des félibres et des savants
étrangers. Cette réception dépassera en éclat celles qui furent faites
en Provence pendant les trente dernières années. Les réunions
scientifiques seront inaugurées, le lendemain, par la séance solen-
nelle du deuxième Concours triennal de la Société des langues roma-
nes. Les rapporteurs désignés sont: MM. Alphonse Roque- Ferrier
(philologie), Frédéric Donnadieu ( prose), Antonin Glaize ( poésie ).
M. Lieutaud, bibliothécaire de la ville de Marseille, a été chargé
par M. Mistral du rapport sur le concours des Jeux floraux du
Félibrige.
Ceux-ci se célébreront le 24 mai, selon les règles du cérémonial
catalan et de la tradition toulousaine. Ils seront- naturellement
présidés par M. Mistral, qui prononcera un grand et imporlant
discours en langue provençale. L'exécution musicale du chant ca-
nadien et de l'air national roumain doit précéder, au. Peyrou, la
séance solennelle du Ckant du Latin. L'examen soiïimaire des pièces
envoyées permet de croire que le prix de M. de Quintana ne sera
vivement disputé que par les poètes de la Catalogne et de la 'Rou-
manie. M. Marchetti, le célèbre compositeur italien, Pauteur ap-
plaudi de l'opéra de Euy-Blas, a écrit la musique d'une pièce rou-
maine que recommande, en même temps qu*un tour original, une
rare élévation de poésie et de pensée.
A cette séance du Chant du Latin seront lues par des lecteurs
français, espagnols, rou'mains et italiens, les pièces les plus remar-
quables du Concours proposé par M. de Quintana. La cérémonie se
terminera par la marche du Couronnement, due, comme la musique de
la Cançô llatina^, à M. Philippe Pedrell.
Le Cercle artistique de Montpellier, qui a toujours manifesté ses
vives sympathies à l'endroit de l'idée latine et de M. de Quintana,
donnera, le 23 ou le 26 mai, une grande soirée musicale et littéraire
en l'honneur des étrangers et des félibres. '
Une Exposition de peinture a éié organisée dans les salons du
Cercle, sous la direction de la Société artistique.
Le vendredi 27 mai, la Fille de Roland sera représentée en pré-
sence de l'auteur, M. de Bornier, qui a bien voulu reserver au Con-
grès de Montpellier la primeur d'un prologue particulier, écrit
spécialement pour les Fêtes latines.
Les danses des Treilles et du Chevalet sont fixées au dimanche
26 mai, après la promenade des animaux symboliques et légendai-
res .
Le mystère anglo-normand dCAdam, récemment réédité par
M. Léon Palustre, sera joué à Maguelone le lendemain.
Une conférence dé M. Boucherie, sur le théâtre français à la pre-
mière époque du moyen âge, en expliquera préalablement les dif-
ficultés de langue et d'interprétation.
Un drame d Aubanel: lou Pandôupecat, sera représenté à Mont-
* Il s'agit de la belle poésie qui parut dans la Hevue (novembre-dé-
cembre 1877.)
208 CHRONIQUE
pelliec au retour d'une excursion à Saint-Guilhem-le-Désert. La
-visite à l'Exposition d*horticulture de Cette reste fixée au 29 mai.
Notre Eevue, de plus en plus envahie par les travaux spécianx,
ne peut, en ce moment, accorder une suffisante attention aux tra-
vaux des écoles du Félibrige et à celles des Sociétés savantes du
Midi, Nous ne saurions cependant nous dispenser de signaler le
vote par lequel lMca«?cmie des sciences, agriculture, arts et beUes-
lettres d'Aix, a mis à la disposition de la Société des langues roman»
une médaille en or, réservée au meilleur travail historique ou poé-
tique relatif à la région provençale. Sept délégués représenteront
X Académie ^ ÈLYL aux Fêtes latines. Ce sont: M. de Berluc-Perussis,
son président; M. le comte de Saporta, correspondant de rinstîtnt,
secrétaire perpétuel de XAcad&rme; M. Clément Simon, procureur
général à laCourd'Aix ; M. de Seranon, M. de Fonvert, M. J.-B.
Gaut, bibliothécaire d'Aix, et M. Guillibert.
h^Aihénéede Forcalquier sera représenté par M. Maurel ; le Féli-
brige des Alpes, par son président, M. Descosse. Ces deux associa-
tions ont aussi voté des prix au Congrès de Montpellier.
*
* »
Le Consistoire des Jeux floraux de Barcelone a tenu, le diman-
che 5 mai, sa séance solennelle. Ce même jour, la dépêche sui-
vante lui était envoyée de Montpellier, au nom de la Société des
langues romanes, du Félibrige et du Comité des Fêtes latines, >
« La Société romane et le Félibrige adressent leurs félicitations à
la Reine delà Fête, au Consistoire et aux Catalans, et les convient
aux Fêtes latines et catalanes de Montpellier, le 22 mai
Mistral, de Tourtoolon, Revillout, Boucherie,
Alpb. Roque-Ferrier » .
MM. Paul Glaize, Alph. Roque-Ferrier et Gratien Charvet»
membres de la Société des langues romanes, ont été nommés of-
ficiers d'académie par M. le Ministre de l'instruction publique.
« ¥
Un article consacré à la mémoire de MM. Kiihnholtz-LordaC^
bibliothécaire de l'Ecole de médecine, et Albert Castelnau, député
de l'Hérault et membre du Conseil général, tous deux membres de
la Société des langues roT/wines, n'avait pu, malgré son peu d'étendue,
trouver place dans notre Chronique, de plus en plus envahie par
les travaux que notre Revue est obligée d'insérer. Mais nous n'a-
vons pas voulu laisser passer les Fêtes latines sans payer aupara-
vaut notre dette en quelques lignes malheureusement trop courtes .
Disons seulement que M. Kiihnholtz, dont la courtoisie égalait le
savoir, a laissé les meilleurs souvenirs chez tous ceux qui Tont
fréquenté, et plus particulièrement chez ceux que leurs études
avaient mis en relation avec lui. Quant à M . Castelnau, homme
de travail et d'une rare droiture de caractère, nous nous contente*
rons de rappeler qu'il a été l'un des plus fidèles amis àelaiSociété des-
langues romanes. Tous deux manqueront à nos Fêtes latines, où ils
auraient si bien tenu leur place.
Le gérant responsable : Ernest Hamelin.
DIALECTES ANCIENS
EXTRAIT
d'une traduction catalane de la Lég^ende dorée
M. Bartsch, au paragraphe 54 (p. 88) de son utile Grun-
driss zu7^ Geschichte der provenzalischen Litei^atur, mentionne,
parmi les textes en prose du dernier âge de la littérature
provençale, une traduction de la Légende dorée de Jacques de
Voragine, contenue dans lems. 7265^ (auj. esp, 44) de laB. N.
Désirant avoir un échantillon de ce texte, je priai M. Bouche-
rie, qui se trouvait à Paris aux vacances dernières, de copier
pour moi, au hasard, une des vies les plus courtes. Il eut Tobli-
geance de m'envoyer la suivante, qui est celle de sainte Anas-
tasie .
Le lecteur reconnaîtra bien vite que c'est un texte catalan,
et non pas provençal, qu'il a sous les yeux. Ochoa Pavait noté
comme tel, et de là sans doute son classement actuel à la Bi-
bliothèque ; mais les premiers mots du commencement, trans-
crits par cet auteur, ont, dit M. Bartsch, le caractère du pur
provençal. C'est sur quoi, n'ayant jamais eu à ma disposition
le catalogue d'Ochoa, je ne saurais me prononcer.
N'ayant pas non plus à ma portée le texte latin de la /(?'-
gende dorée, je n'ai pu en rapprocher notre traduction ; j'ai
dû me borner à la comparer à la version française de G[us-
tave] B[runet], tom. I, p. 43, qui en diffère sur quelques points,
dont le principal est noté ci-après. C. C.
(F"* 18, v°) De senta Anastasia.
Anastasia es dita ab ana que vol dir en sus ; estant o estât
vol dir estasia; per so cor sauf Anestasia * a en sus estec en
vertutz guardan simetexa de^ pecats. Anastasia [era] dona la
^ Ms. santa nestasia. — 2 Ms. éd.
17
210 DIALECTES ANCIENS
pus nobla que fos dels Romans, que fo fila d'en Petraxat*,
baro mot noble qui era paga, e de la sua mare na Fausta qui
era crestiana. Per lo bonauyrat en Guisogon * en la fe de
Crist fo enseyada^ e puys fo liurada per muler a'n Pabel'.
Laquai disia que era malaaute, per que totes ores de la com-
payia del seu marit e del seu ajustament s'abstenia. E quant
lo seu marit li ausi parlar de la fe de Deu Jhesu Crist, ab una
serventa tant solament en lo vil abit dels crestians en una
carcera * la feu estar, e lurs necessaries les feu donar e mot
destretament la feu gardar. En après el mana que hom no li
donas à menjar, per so cor la volia en axi punir et que po-
gues les sues mot nobles possecions aver. Per laquai cosa,
con elas ^ pensas tost a mûrir, doloroses letres a'n Guisogon
trames, loqual li trames altres letres de mot grant consola-
oio. Entre tant lo marit d'elas mûri, per que ela fo mantenent
de la carcer deliurada. Laquai dona avia an. serventesmot
bêles que eren sors, la una de les quais avia non Agapeme
Tautra Cionia ^ e Taltre Irenem \ lesquals eren crestianes.
E * conals amonestamens del loctenent del sejor de la eiutat
obesir no volguessen, en una cosa ® les feu (F© 19) enclausir
en laquai estegren les asines de*^la cosina, e col loctenent fos
mot enamorat d'eles, a eles ana per so que ab eles la sua vo-
lentat pogues complir. E quant lains fo intrat, el fo ses tôt
sen en tant que, quant el cuydava les autres** verges abrassar,
peyrols e pannes e cauderes e aytals coses semblans el abras-
sava e besava. E quant d'ajso fo sadolat, défera ixi tôt sojlat;
e quant la sua compana lo viren axi adobat, els se pensaren
que diable fos lains tornat; per que fortraent lo bateren e puys
lo jaquiren malament aontat. Econ el al emperador s'en anas
per so que d'els se clamas, los uns lo batien ab vergues e les
autres en la cara li escopien, els altres sol pois sobre el gitaven,
per so cor se pensaven que, si en axi nol destruiien, que en lo
* l^rétextat. — - Chrysogone. — ^ Publias. — * Ms. cartera. — « Ici,
comme deux lignes plus has, elas =» ela se. — ^ Chionia. — " Jf^. ite-
nem. C'est l'histoire de ces trois sœurs, avec la burlesque aventure de
leur amoureux, que l'abbesse lïrotsvitha a mise en scène dans son drame
étrange de Dulcitius. — « Ms. an. — •' Pour cova? Ce serait Tinverse
du prov. mod. cauvo —- causa. — *" Ustensiles, enprot?. aizinas. —
" Sur cet emploi de aller, voy. Diez, Gramm. des 1. r. trad fr.,III, 76-77,
LA LEGENDE DOREE ' 211
seu offici séria tornat*. Mas el no podia veser si metex, per
laquai cosa el se meravelava per que rescarnian totz en axi,
con el[s] en mot gran honor lo solguessen aver. Era a el vi-
gares que totz los autres fossen vestitz de motz blancs vesti-
mens. Eloipero el se pensava que, con totz lo tenguessen per
leg e per aurat, que les santés verges per encantementFagues-
sen en axi encantat. Per que les mana denant si despular^ que
nuses les pogues el esguardar. Mas mantenent ab lur caTnse
tengren los vestimens en tal manera que no les po'c hom des-
pular. El loctenent del seyor per gran maravela denant eles
s'adormi, en tant que nol podia hom despertar. En après les
verges per martiri foron coronades. E senta Anestasia fo liu-
rada per Temperador al loc tenent del seyor per so, si la fasia
a les ydoles sacrificar, que en après que la agues per muler.
E con ela* enclausis en una cambra e la volgues abrassar,
de mantenent torna tôt sec. Per que s'en ana als deus, als
quais demana si garria d'aquela malautia ni sin poria escapar.
Los quais li responeren diens : « Per so con senta Anastasia
as tu fêta irada, es tu a nos liurat et d'aysi enant ab nos tots
temps en yfern seras turmentat. » E quant a la casa fo aduyt,
entre les mans d'enfans el mûri. E^ adoncs sancta Anastasia
a altre loctenent del seyor fo liurada per so que la gardas.
E quant el oy dir ^ que moites possédons avia, privadament
el dix à santa Anastasia : « Si tu vols esser cristiana, fe so quet
mana lo teu deu et desempara tôt quant as, per so cor Deus
diu que no es digne dresser ab el sel qui renunciar no vol a
totes les coses que possedex ; on per ayso totes quantes coses
tu as dona a mi e paxes ne on te vules, e axi tu seras vera
crestiana. » Al quai ela respos : « Lo deus meu mana a nos
dien : ven ^ totes les coses que as, el preu puys dona a po-
bres. No dix ges a ries, e con tu sies rie, contrai manament
1 II parait manquer ici quelque chose. Peut-être le texte eslhil corrompu.
La tr ad, franc, n'a rien depareil; à la place de ces deux dernières lignes,
depuis els altressol, on y lit: et on croyait qu*il était enragé. — ' Ms,
despulat — 3 Corr. el la ? — * Ms. en. — s Ms. dit. — e Au lieu de ce
mott exigé par le contexte et qu'indique d'ailleurs la trad. fr., il y a
dans le ms, deux ou trois lettres peu lisibles et qui paraissent dormer
quelque chose comme biu, ou biii, ou bin.
212 DIALECTES ANCIENS
de Deu eu faria si alcuna cosa a tu dojiava. E adonc senta
Anestasia en una career fo per el clausida, en la quai per fam
la cuydava turmentar. Mirac J Mas per '^ sent Theodosi ', que
jaera per martiri en lo cel coronat, per .11. meses dels men-
jars celestials li dona a menjar. En après fo trameza ab .ce.
verges a les jles Palmars, enloqual loc moites gens per lo
nom de Jhesu Crist foren exilatz. E après paucs dies lo loc-
tenent del seyor denant si los fe venir ; e can fo Anastasia
ligada en pals, ab foc la feu cremar, els altres ab diverses
turmensfeu mûrir, entre los quais era .1. home* qui moites
veguades per amor de Jhesu Crist de moites riquesesera*
despulat. Mas el tota hora disia als raubadors : « Al mejns a
mi no tolretz Jhesu Crist. » En après n* Apollonia ^ lo cors de
senta Anestasia sebeli moût honradament en lo seu yerger,
en lo quai avia fêta primerament esgleya.
' Les récits de faits miraculeux sont ordinairement, comme on le voit
ici, précédés dans le m^ du mot miracle, abrégé ou en toutes lettres, —
'^ Ce mot est de trop, à moins qu'on ne corrige plus bas .Ion a en fo dona t.
— » St Théodose est ici substitué par erreur à Ste Théodore. — ^ Ms-
hom. ^ •' Suppl. eslal'? — « Ms. na pollonia.
■^•■i. "ïîîTlijîi^iîS^SiiJ"* " — — •
DIALECTES MODERNES
TROIS POESIES MILANAISES DE CARLO PORTA
Les trois pièces qui suivent, de Garlo Porta, ont été déjà impri-
mées (1776-1821); nous les reproduisons ici à titre de spécimen du
langage de Milan. .
P. Préda.
Epitafpi per kl can d'ona sciora marches a
Chigh'è on cari, che Fè mort nega^. in la grassa
A furia de j)accià di bon boccon;
Poveritt, che passée, tegniv de bon,
Che de sto maa nq vee mai pu su Tassa.
Epitaphe pour le chien d'une [dame] marquise
Ci' gît un chien qlii mourut étouffé * dans la graisse — à force d'a-
valer des friandises *. — Pauvres diables qui passez, rassurez-vous,
— car ce ne sera jamais de cette maladie-là que vous irez dans le
cercueil^.
Madrigal
Ve mandi, el mè car pader Grarioii,
La vostra tabacchera
E on tocch del vost Tobia,
Che avii desmentegaa jer in cà mia.
L'hoo visitada pœu in tutt i canton
* Nbgaa, littéralement: noyé — 2 Dx bon boccon, lilt. de bons morceaux.
— ' Sd l'às&a, mol à mot; sur la planche»
214 DIALECTES MODERNES '
Per vedè de trovà
Quaj coss d'olter del vost, ma no ghe n'era ;
De mœud che se mai fussev rivaa a cà
Senza coo, credi ben de favv visaa
Che Thii perduu per straa.
Madrigal
Je vous envoie, mon cher père Garion, — votre tabatière — et
un fragment^ de votre To6ie, — que vous avez oubliés hier chez
moi 2. —Je ïaÀ fouillée {nia* maison) ensuite dans tous les coins, —
pour voir si je trouvais^ — encore quelque chose qui fût à vous*,
mais il n'y avait plus rien ° ; — de façon que si, par hasard, vous
êtes arrivé chez vous — sans [votre] tête, je crois bien de vous aver-
tir* — que vous Tavez perdue chemin faisant ^.
SONNETT *
Semm già ai 28 * d'april^ gh* emmla stagion
Che la p6 minga vess pu mej d'inscl,
E no^se vedà compari on rondon
Che j'olr' ann Teva ajbella ch'even chl.
Cessa dianzen êla la resqn?
Stimi quel strolegh ch'el le poda di ;
Parlen tucc, e tucc parlen a taston,
Ë a taston diroo anmi la mia de mi.
Mi dighi, che avend vist in st'ann passaa
Come tratten con nun sti car Pattan,
Se sarân resolvuu de voltà straa .
Putasca ! ( avaran ditt ) se sti legrij
Pelen tant de suttir i cristian,
Cessa faran con nun che semm usij ?
t On tocch, un morceau.— -^ In ga mia, lift, dans ma maison, - 3Pbr
VEDÈ DE TROVA, litt. pour VOIT de trouver. — * Quaj coss d'olter dbl
TOST, litt. quelque chose d'autre à vous. — ^ No gbe n era. il n'y en avaU
pas. — f*' De favv visaa, de vous rendre averti.— '' Per straa ou pkr
f^TRADA, en route. — " Ce sonnet contre l'administration autrichienne en
Italie, a dû être écrit vers 1816. — « 28, Vjntott.
TROIS POESIES MILANAISES 215
Sonnet
G*est déjà le 28 d'avril ; nous avons une saison — qui ne saurait
être mieux [ plus favorable *], — et [cependant ] l'on ne voit paraî-
tre aucune hirondelle'^ — [tandis] que les autres années elles
étaient ici depuis longtemps.
Quelle pourrait donc ^ en être la cause *? — J'admirerais le devin
qui saurait le dire ; — tous parlent, et ils parlent tous au hasard* ;
— au hasard je dirai donc aussi, moi, ce que je pense ^.
Je dis que, ayant vu, pendant Tannée passée, — la manière dont
agissent envers nous ces chers Allemands^,— [les hirondelles]
auront décidé de rebrousser chemin.
Parbleu "^ I se seront-elles dit, si ces braves gens — plument si
soigneusement les hommes 8, — que nous feront-ils, à nous, qui
sommes des oiseaux ?
* Lapôminga vbss pu mej d*insc1, lut. elle ne peut pas être (plus)
mieux que cda. Minga. comme Titalien mica, n*est ici qu'une par-
ticule expiétive, qui signifie point. Ce mot a quelque rapport avec
l'espagnol miga, migaja, du lat. mica, qu'on écrivait autrefois migaia
(Sanchet, Vocabulario de voces anticuadas)» — 2 Rondon, ital. ron-
done; c'est Vhirundo apus des naturalistes, qu'on appelle en français, si
je ne me trompe, martinet noir ^ s Dunzen, c'est l'it. diacine^ diamine;
mais cette interjection n'est ici qu'un mot explétif, destiné à donner plus
de force à la question ; je l'ai traduit par donc. — * A taston, litt. en tâ-
tonnant ; ital. tentone, brancoiando, acasaccïo, a vanvera (français, au
hasard, à la boulevue.)—^ Diroo anmI lamia de m1, litt. je dirai, moi
aussi, la mienne ( opinion ) de moi. C'est un pléonasme très-usité à
Milan. En italien , dirô iopure la mia.— ^ Pattan, terme de mépris par
lequel on désignait les Allemands, à l'époque de la domination autri-
chienne. J'ignore jusqu'à quel point ce mot peut avoir du rapport avec le
français pcUaud ( personne grossièrement faite, lourdaud ), qui signifie
proprement un jeune chien qui a de grosses pattes ; mais il me semble in-
contestable que notre pattan a été importé chez nous par les Espagnols,
chez qui patan signifiait manant, paysan, rustaud, d'après la grosseur
des pieds, et surtout des souliers {que tiene las patasgruesas) .—'^ Puiasca ,
jurement euphémique pour puttana. — » Gristian, chrétien, c'est-à-
dire homme, par opposition à bète. Cette expression, peu chrétieinne,
a pris .naissance à une époque où l'on était sans pitié pour les païens
et pour les hérétiques; elle est restée dans l'usage du vulgaire, quoique
avec une acception moins odieuse. A Milan, et surtout dans la campa-
gne milanaise, chrétien est encore synonyme d'/iomme.
216 DIAI^CTBS MODERNES
Remarques sur la prononciation
Che, chi, se prononcent que, qu' ( comme en italien ) : tàbaochera^ che.
chi, toceh.
Ghe, ghi, se prononcent gtiéj g i (comme en italien): ghe sarà{'ûy
aura), dighi, strolegh.
CCt ci, cia, cto, se prononcent comme en italien ( espagnol : che, cM.
c/ia, cho): cembol (piano), cicciaron (bavard), ciar (clef), ciod (clou), poc-
rifl. tucc.
U se prononce comme en français . lunna ( lune ), lu (il, lui ), fu^ su,
sMir.
CEu, comme en français : œuv (œuf), pcm, mœud.
E, comme en italien*: ved (voir), ferée (serrurier). E suivi de deux con-
sonnes se prononce, en général (ainsi qti^en italien), trèsrouvert: sêmm,
emm, vess (être). L'a est beaucoup plus ouvert qu'en italien: vedè (vûir),
marciapè (trottoir), gh'è (il y a). Le mol fer (fer) se prononce comme en
français : c'est une exception .
Les doubles voyelles à la fin des mots se prononcent en traînant un
peu la voix. C'est la terminaison ordinaire des participes passés ( exem»
pies: andaa (allé), perduu, visaa. livaa, straa, finii (fini), et de la seconde
personne du pluriel des verbes (par exemple : andée (allez), vegnii ( ve-
nez), parlée (parlez), disii ou disij (dites).)
J a le son italien d'un i : ;er, legrij .
En a un son approchant de la même syllabe dans les mots français
bien, tien, sien ( mais avec Ve moins ouvert ) : ben (bien), fen (foin), sen
(sein).
Un n'est pas aussi nasal qu'en français; le son du u y est conservé :
nun (nous), vun (un).
On est nasal, mais la voyelle y conserve le son du u italien (ou), comme
dans les mots suivants : ona, bon ; boccon, Tobia, hoo (j'ai), coo, stagion,
diroo. Le premier o du mot boccon se prononce ou par exception ; car, en
général, l'o suivi de deux consonnes, s'approche plus du o ouvert italien:
mort, tocch, vost, rost (rôti), olter.
Scia, sce, sci, scio ( u italien), sciu [u français), comme en italien
( français: cha, ché, chi, cho, chu ): scior, sciora, etc.
Le V final se confond souvent avec i'f, comme dans les mots ceuVf dao
(clef).
«■vc><JXj^^(jft^.j/0 <^
UN ALLELUIA PASCAL EN VELA Y
Ce chant m'a été communiqué par sœur Hippolyte Ghauchat, institu-
trice à Cbamalières (Haute-Loire), Sœur Ghauchat Ta appris, il y a
une trentaine d'années, à SaintnJean-lfr-Chalm, cantoa de Gayres^ même
département Elle m'en envoya deux copies, qui ne sont pas d'une en-
tière similitude
V. Smith
Las très Marias, de gron maqui,
Partoun pré vire Jésus-Christ ;
Crégien troubâinseveili.
Alléluia ! alléluia ! alléluia î
Chi nin prenoun gronda quanquità
D'aroumatas, pré imboumâ,
Pre imboumâ son coir sacra.
Alléluia ! (Jter)
Chi nin guigien, de tins în tins :
« —De que farin quon y sarin,
Lou toumbeau poudrin pas badà. »
. Alléluia ! ( ter)
Toutas très soun bien estounadas
Troubâ la peira renversada,
UN ALLÉLUIA PASCAL EN VÉLAY
Les trois Maries, de grand matin, — partent pour voir Jésus-
Christ ; — elles croyaient [le] trouver enseveli.— Alléluia ! alléluia !
alléluia !
Elles prennent grande quantité — d*aromates, pour embaumer,
— pour embaumer son corps sacré. — Alléluia!
Elles disent, de temps en temps: — « Que ferons-nous quand nous
y serons? — Le tombeau ne pourrons pas ouvrir.» — Alléluia!
Toutes trois sont bien étonnées — [de] trouver la pierre renver-
sée, — un ange de chaque côté. — Alléluia!
218 DIALBGTES MODERNES
En anzié de çaque coustâ.
Alléluia ! (ter)
(( — De que venez faiere iqui !
Aquin que tserquâ z-ès parqui :
Lou Sauveur es réchuchétâ.»
Alléluia ! {ter)
Magdaleina, touta troublada,
Couri, touta esçavalada,
Lou zarguignié s'in vaye troubâ.
Alléluia ! {ter)
<r — Ch 'acos es vous que Tavèz près,
Guisèz-me d'oun F avez bouta.
Que iéun lou voile impourtà. »
Alléluia ! {ter)
Magdaleina n'aziama pas S
Chi z-ès prou foirta pré Timpourtà,
L'amour i fa je tout sourmountâ.
Alléluia! (^er)
(( — Maria, me counniunsez-vous pas ?
Sèje vouste mestre réchuchétâ;
De la moir aye triumphâ. n
Alléluia ! {ter)
Magdaleina lou von imbrassâ,
Mai soun boun mestre vou von pas.
« — Que venez-vous faire ici ? — Celui que vous cherchez est parti :
— le Sauveur est ressuscité I » — Alléluia I
Magdeleine, toute troublée, — courait, tout échevelée ; — le
jardinier elle s'en va trouver. — Alléluia!
« —Si c*est vous qui l'avez pris, — dites-moi où vous l'avez mis, —
car je le veux emporter. y> — Alléluia l
Magdeleine n'examine pas — si elle est assez forte pour l'empor-
ter ; — l'amour lui fait tout surmonter. — Alléluia !
a — Marie, ne me connaissez- vous pas ? — Je suis votre maître res-
suscité ; -— de la mort j'ai triomphé. y> — Alléluia !
Magdeleine le veut embrasser, — mais son bon maître ne le Veut
pas . — « Dans ma gloire je ne suis pas monté. » — Alléluia.
1 Dans la seconde copie, sœur Ghaucbat écrit n'azeima pas
UN ALLBLITIA PASCAL EN VELA Y 219
« — Ghiin ma gloira sèye pas mountâ.
Alléluia ! {ter)
« — Magdaleina, ana anounçà
Mous apôtres sèye réchuchétâ,
Et lous anaraye végità !»
Alléluia I (ter)
Lou Seigneur part pré Emmaûs;
Guin soun tsami n'o rincountrâ
Dous dischipies bien tracassa.
Alléluia ! {(er)
a — De qu'es aco que [vos] parla,
Que paraichez ton af^izâ ?
Quauque malheur es arribâ ? »
Alléluia! (ter)
« — Chau saguacbà bien inlougnà
Pré pas soupre que s'ès passa
Cointra Jésus Nàzarethâ.
Alléluia ! (ter)
» Noustous.prestres l'on arrestà,
Et méchamin l'on flagella,
Et en fin Ton crucifia.
Alléluia ! (ter)
» Lou Seigneur gui 'von de mouri :
« Guin très zours réchuchétari. »
« Magdeleine, allez annoncer — [à] mes apôtres [que] je suis res-
suscité, — et [que] je les irai visiter. » — Alléluia !
Le Seigneur part pour Emmaûs; — dans son chemin il a ren-
contré — ^ deux disciples bien tracassés. — Alléluia !
« De quoi parlez-vous, — que vous paraissez tant affligés ? —
Quelque malheur est-il arrivé? » — Alléluia 1
Il faut [que] vous soyez de bien loin, — pour pas savoir [ce] qui
s'est passé — contre Jésus de Nazareth. — Alléluia.'
ce Nos prêtres l'ont arrêté, — et méchamment l'ont flagellé, — et
enfin l'ont crucifié ! — Alléluia !
«« Le Seigneur dit, avant de mourir : — « Ûans trois jours ressusci-
terai. » — Cependant ce temps a passé. » — Alléluia !
220 DIALECTES MODERNES
Cepindin quin tins o passa. »
Alléluia! (te?')
(( - Ornes, que z'avèz puan de foi,
Pré pas crire la vérità, .
Lous prouphètas ount announçâ. »
Alléluia! {tet')
Quon saguèroun à Emmaiis,
Lous dischipies prieroun Jésus,
De vegni se repounsa.
Alléluia ! (ter)
Quon Jésus saguèt à soupâ,
Prenguet de po, lou counsacrâ,
Et lous faguet tous communia.
Alléluia! (ter)
Quon lou soupa saguèt 'çabâ,
Lou Sauveure se sépara,
Lous dischipies bien estounâ.
Alléluia! (ter)
— « Ne sinquièns pas toun cœur imbrasâ
Din tins que Jésus o parla?
Que sin esta muan avisa ! »
Alléluia! alléluia! alléluia M
« Hommes, que vous avez peu de foi, — pour ne pas croire la vé-
rité,— [que] les prophètes ont annoncée. » — Alléluia!
Quand ils furent à Dmraaùs, — les disciples prièrent Jésus — de
venir se reposer. — Alléluia !
Quand Jésus fut à souper,— il prit du pain, le consacra, — et les
iit tous communier. — Alléluia !
Quand le souper fut achevé, — le Sauveur se sépara [d'eux] ; —
les disciples bien étonnés : — Alléluia !
« Ne sentais-[tu] pas ton cœur embrasé, — du temps que Jésus
a parlé? — Que nous avons été peu clairvoyants ! y> — Alléluia! allé-
luia! alléluia!
* Dans sa seconde copie, sœur Chauchat écrit:
— « Yeun sinqui moua cœur intlammà
Din tin lou Sauveur o parla;
Que sins intà muan avisa 1 »
POUEISIAS DIOIAS DE GUSTE BOUEISSIER
11 y a quelques années, s'éteignait à Die un modeste poëte qui
n'a pas fait grand bruit dans le monde, mais qui cependant ne mé-
ritait pas qu'une profonde obscurité enveloppât son nom.
Ce poëte se nommait Auguste Boissier. A part ses amis et deux
ou trois bibliophiles daupliinois, personne, nous en sommes sûr,
n'a jamais lu un seul de ses vers ; ses œuvres, d'une rareté ex-
trême, ne sont pas même certaines de vivre de longues années sur
les rayons de quelques bibliothèques poudreuses. — Le lecteur nous
comprendra tout à Theure.
Un des compatriotes de Boissier, M. Adolphe Rochas, le savant
auteur de la Biographie du Dauphiné, estle seul écrivain qui se soit
occupé de luji *. Dans une charmante petite brochure, introuvable
aujourd'hui, car elle ne fut tirée qu'à 25 exemplaires, il nous ra-
conte la vie intime du poëte, d'abord simple ouvrier tanneur à Die,
sa ville natale; son lourde France, et enfin son arrivée à Paris
et sa visite à un de ses oncles. M. Payan, grand négociant en lin-
gerie. — Sur l'ofifre que lui fit son oncle de le garder avec lui,
Boissier renonça sans regret à son métier, qu'il aimait peu, et de-
vint dessinateur en broderies. — Dans cette nouvelle position, il
eut des loisirs qui lui permirent de se livrer à son goût pour la
poésie; et de cette époquedatent ses premières productions. Boissier
avait le désir naturel qu'éprouvent tous Àes jeunes auteurs, celui
de livrer ses poésies à l'impression. Mais ses appointements étaient
modestes, et, à Paris comme en province, les imprimeurs ne font
pas crédit. La difficulté était grande ; mais, animé du feu sacré, il
ne devait pas se laisser abattre par ce premier obstacle ; il se sou-
vint de la chanson qui dit:
Lorsqu'on n'a pas de quoi payer son terme,
11 faut avoir une maison à soi ;
et, trop pauvre pour faire imprimer ses vers, il résolut de les im-
primer lui-môme.
' On trouve cependant des comptes rendus de divers fascicules de
Boissier dans 1<^ Courrier de la Drôme ( années 1843 et 1853). Ces articles,
signés A. M., sont de M. Alexis Muston.
222 • DIALECTES MODERNES
Voici comineat il s'y prit : je cède la parole à M. Rochas.
ce II avait la patience d'écrire lui-même la pièce qu*il voulail re-
» produire, sur du papier fort mince, en caractères imitant ceux de
» 1 impression. 11 disposait les pages comme elles sont sur une
jo/orwie d'imprimerie. Cette première opération terminée, il avait
» la patience non moins grande de piquer les contours de chaque
» lettre avec cet instrument particulier dont font usage les dessina-
» teurs en broderie. Il obtenait ainsi des paijes (soit 8 pour l'in-S**)
» dont tous les caractères étaient percés à jour par de petits trous
i> très-rapprochés. C'était là sa /orme, à lui. 11 en faisait une sem-
» biable pour l'autre côté de la feuille. Chacune de ces deux formes
y> était placée Tune près de l'autre sur une feuille de papier blanc,
» et il promenait sur les pages ainsi préparées un tampon forte-
» ment imprégné d'une poussière impalpable, composée de résine
» et d'un matière colorante (noire ou bleue). Cette poussière, pas-
» sant au travers des petits trous, venait former sur le papier blanc
» les caractères de la forme. Il exposait ensuite la feuille à un feu
» ardent : la chaleur faisait adhérer la poussière résineuse au
» papier, et les caractères étaient fixés. Il recommençait la même
» opération pour le verso de la feuille, et ainsi de suite pour toutes
» les autres.
« Cette manière d'imprimer était de l'invention de Boissier; il en
» tirait vanité et en faisait un gros mystère pour les profanes. Mal-
V heureusement, on le comprend, la résine qui fait adhérer la ma-
» tière colorante au papier ne saurait être d'une bien longue durée,
» etles caractères ainsi tracés doivent finir par disparaître. Gepen-
» dant, je conserve depuis vingt-six ans un exemplaire de ses œu-
» vres et je n'y remarque pas d'altération sensible. »
Cette impression, qui coûtait tant de travail et tant de soins, ex-
plique l'extrême rareté des recueils poétiques de Boissier. Le plus
souvent, il réunissait quelques poésies, en formait un fascicule, qu'il
tirait à quelques exemplaires, et les adressait à ses meilleurs amis.
Personne n'a jamais su corabion d'exemplaires ont été ainsi épar-
pillés.
« Combien a-t-il imprimé de fascicules, dit encore M. Rochas, et
» que sont-ils devenus? Je ne saurais le dire; mais, sur mes vives
» instances, il se décida un jour à faire tout exprès pour moi un
» recueil à peu près complet de ses ouvrages poétiques. C'est un
» volume que je conserve précieusement, comme une vraie curio-
» site, car il n'a été tiré qu'à deux exemplaires, un pour moi, l'autre
» pour l'auteur. En voici le titre et la description : ,
POUEISIAS DIOISAS 2S3
POUEISIAS DIOISAS
os
GUSTB BOUEiSSIER
— PORIS —
Eimprima per elou d*uno nouvello moniero
1841
» 1 vol. in-8o, de 5 feuillets préliminaires, non chiffrés, pour les
litres et l'approbation facétieuse du curé; 336 pages chiffrées et
•28 feuillets non chiffrés, pour le glossaire et la table. »
Grâce à la générosité de M. Boissier, greffier de la justice de
paix à Die, un des neveux et des héritiers du poëte, nous possédons
le recueil même d'Auguste Boissier, considérablement augmenté,
puisqu'il a 480, pages, au lieu des 336 de l'exemplaire de M. Rochas.
C'est donc un volume unique que nous possédons et que nous
sommes fier de montrer aux bibliophiles.
Les PoudsicLg dioisas se composent d'un grand nombre de fables
et d'épigrammes, d'une comédie: lou Retour ditu lou Diois, et de
trois poèmes, dont l'un, lou Siège de SoUiens^ est un petit chef-
d'œuvre, imité du Siège de Caderousse, de l'abbé Favre .
A part quelques fables insérées dans le Journal de Die, les
œuvres de Boissier sont complètement inédites. Depuis longtemps,
nous pensions qu'il serait égoïste de garder pour nous seul tant
de charmantes poésies, et nous avions l'intention de les publier, en
laissant de côté les moins bonnes. Un bibliophile de Provence,
M . Léon de Berluc-Perussis, a bien voulu nous faire ouvrir les
colonnes de la Revue des langues romanes; qu'il reçoive ici nos sin-
cères remerciements.
Outre les Poueisias dioisas, Boissier a encore publié quelques ro-
mances en français et en patois, d'après le procédé expliqué plus
haut; Je n'ai jamais pu en savoir le nombre exact ; mais, après de
nombreuses recherches, je suis parvenu à en trouver trois. M.Ro-
chas ne les mentionne pas dans sa notice.
En voici la note bibliographique :
lo L'Orphelin. — Paroles d'Auguste Boissier , musique de
M. Panseron. (Paris, in-4», sans date.)
2o Retour au pays naPjl, — Romance. — Paroles d'Auguste Bois-
sier, musique de M. Duprez. (Paris, in-4o, sans date.)
284 DIA.LBCTBS MODERNES
3° Lou B&rgier omoudroux. — Roumonço. — Poraoulas dé Guste
BouEissiER, musiquo dé M. Émilé Raoux. (Poris, in-4o, sans date.)
Plus tard, sur la fin de sa carrière, l'auteur avait abandonné la
poésie pour se livrer à des études historiques et philologiques. Il
a laissé en manuscrit des notes sur Thistoire du Diois; une Vie de
Franklin, que nous publierons probablement un jour, et son ou-
vrage le plus important : Glossaire du patois de Die (Drame), — Cet
ouvrage est divisé en trois parties : !« Glossaire géographique-; 2»
Essai d'une grammaire ; 3° Notices biographiqvss, formant 2 vol. petit
in-S*». Le tom. P' a 191 pag.; le tom. !!•, 198 pag.— Année 1863.
Les Notices biographiques ne contiennent que quelques noms:
mais V Essai d'une grammaire pourra être d'un grand secours à ceux
qui veulent lire ou écrire le sous-dialecte de Die. Le Glossaire est
une œuvre considérable, quia du coûter d'immenses recherches à
l'auteur.
Sur notre proposition, la Société d'archéologie de la Drôme a bien
voulu en publier un abrégé.
Auguste Boissier était né à Die, le 15 août 1802. Quand vinrent
les dernières années de sa vie, il se retira dans sa ville natale, qu'il
aimait beaucoup; il s'y est éteint au milieu de ses parents et de
ses amis, .le 2 janvier 1867.
A la longue, le temps effacera l'impression du volume des Pouez-
siasdioisas. En les rééditant aujourd'hui, \ïi Société pour V étude des
langues romanes les sauve d'une mort inévitable. C'est un véritable
service qu'elle rend à la littérature de la langue d'oc et de ses
nombreux sous-dialectes .
Jules Saint-Rémy.
LOU
SIÉGÉ DE SOLLIENS
Pouémé en 4 chonts
Oquoou pouémé n'eï pas de mi tout soulé, l'aï tira d'un ouvragé
de moussus lou cura Fabré. Si cjuaouon trouvo que lous persouna*
geis que liai bouta soun pas bien pouetiqueis, coumo etont d'uno
counditiau que passoper être coumuno, reipoundrei qu'un fessouei-
rier, on tout aoutré poysout que vaïtrovoyas tout lou jous oourabi-
soulé per nouris sous somblableis, voou ooutont que lou prumier
veingu .
POUEISIàS DK/ISAS 225
CHONT I''-
Yoou quaï dejo sus moun poys
Fa quaouqueis vers bouos ou moris,
Ou bien mountra que soun histoire
Ogu perfeis sous jous de gloiro;
Einquei, si Clio m'aido un paou,
Lo besougno n'irec pas maou,
Car devou chontas las olarmas,
Lo coulero, lou bru, las armas,
Et lo famino que dins Dio *,
Reindet tout sec coumo de tio.
Onein, vieil lo nympho, courage !
S'ogis, eissi, de fas topage ;
Quentei lo fenno qu'amo pas
Un paou de trin, un paou borjas ?
Nei pas tout, per être tronquille,
Invouqueins eincas moun Virgile.
Poulitou 2 ! ti que lou prumier
As si bien chonta lou bergier,
Sorias moun dioou, sorias mo rito,
Si m'inspiravei de TEigypto;
Noourioou pas besoun coumo oco
D'invouqua lo muso Clio,
Ni d'onas mountas embe peno
0 lo source de THypoucreno.
Oquello aïgo qu'ei tont vonta,
Sioou sur que n'ei pas lo meita
Si bouono, si freicho et si neto,
Qu'oquello de lo Chonoleto K
Oh ! paouroyoou I si souloment
Pouvioou m'obuoouras un moument
' Die, sous-préfeclure du département de la Drôme.
^Hippolyle Arnoux(de Die), ancien médecin du vice-roi d'Egypte, a
radr.it en vers patois très- remarquables la première églogue de Yirgiîe .
3 Ghenelelte, nom d'une fontaine de Die.
18
226 DlàLECTiâS MODEtlNES
0 soun bournec, queintou courage
Poueirio dounas un taou breuvage !
Si nein bevioou, veiriec de vers
Que sorion pas piqua doous vers;
Mais, hélas ! dins lo copitalo,
L'aïgo que lou Diois ovalo
N'ei pas trop bien counditioouna;
Ooussi soré pas eitouna
Si dins tout ce que voou vous dire
On pouo li trouvas o redire :
Quoique nein sied, foou coumeinças
Ce qu'aï proumei de retroças.
Lio soixante ons qu'uno fonino
Pourtec ves Dio lo fonconino,
Si bien que dins oquoou pays,
On l'ei veyo que d'eicrussis.
Las fennas, que soun pas bien fouortas,
Eroun pâlas coumo de mouortas ;
Lour couorps, de Tun o l'autre bout,
Sembla vo un monche d'eicoussout.
Lous hommeis, plus maïgreis eincaro,
Ovion l'air doou paoure Lazaro,
Et lou meindre veint que fosio
Lous poussavo vounté vouyo,
Coume la neou dessus Glondaco \
Que l'aouro faï chongeas de plaço
Ein l'eilevont d'eici, d'eilaï.
Et que bientoou l'on vé que chaï
Dins las runas, dins las.béleiras,
Per fourmas oquelas counieras
Que deissinoun L et lou T,
Qu'on vé dins lou mei de juillet.
On vejo plus, dins oquoou caïre.
Ni cueisiner, ni jis de criaïre
Veindre de pourchet, de chobris,
D'eipourchalias, de répoursis.
Oou morcha, peindont lo semano,
1 Glandasse, montagne du Diois.
pouEisiAS dioisàs m
N'orrivavo pas une grano
De Pouyoou, d'Oourel, d'Oucellou,
De Lus, de Nounlaou, de Meinglou*;
Car dinâ tous oqueloux villageis,
Lous poysons, per lous meinageis,
Gordavoun leurs geiças, leurs seus,
Leur blat et leurs moris ogneux.
Lous chonoineis, que d'ordinaire
Soun plus gras que lou nécessaire,
Chaque jous, faouto de fricot,
Vejon deicouflas leur jobot ;
Au meintou lo peou peindoulavo,
Ce que, mofé, lous ofligeavo
De veire leurs j allias portis
Sein poueire las fas revenis.
Cependent oquello fomino
Lous dounavo si tristo mine,
Que nein sorions tous orleinqui,
Sein l'ovonturo que voqui :
Un moine, ein venont de lo queto,
Opreinguec, dins une guingueto.
Que venio d'orrivas de greins
Dedins lo villo de SoUiens.
Oou couveint pourtec lo nouvelle ;
Mais lous frereis, coumo lo grêle,
Cheigueroun dessus lou poquet
Que pourtavo Tabbé Rousset :
Tellement que lou chef de Tordre
N'oguet casi plus ren per mouordre .
Qu'on vouogueroun tout ochoba.
Sein couroun tous o Tciveicha ^
Dire o Teiveque, oou grond vicaire,
Ce qu'ovio rocounta lou frère.
0 lo pouorto, oqueloux toundus
Picheroun coumo de perdus;
Tout qu'olofin une chombreiro
1 Villages du Diois.
' Avant la Révolution, Die était le siège d'un évôché.
:28^ DIALECTES MODERNES
a Criée: Qui picho de lo choreiro? w
Lous aoutreis reipouondoun : uDubrec.
— Mais disec-me ce que voulec ?
— 0 votre meitre venein dire
Quaoucoré que lou forec rire.
Voqui : venein per Tovertis
Que n'oourein pas plus o potis.
— Tenec, Teintendou que devalo :
Li poueiré porlas dins lo sallo. »
On eiffet, Desaugiers-Desplon *
Lo seguio de près ein disont :
« Queisoquo? Venec veire einfoulo
Si per eissi sourtein de Toulo
Uno eucha de chaoux, de peis,
De tortifleis et de noveis ?
— N'oourion pas oquello insoulonço :
Venein dire o votre excellence
Qu'o Solliens l'ai veint d'arrivas
De blat o nein sovès que fas.
--Dupei quond, dins oquello villo
Font plus coreimo ni vigilo ? »
Répliquée Tciveque surprei.
« Dupei lou vue d'oquestou mei.
— Oco sufit, reverond père,
Vous souhaitou lous nécessaire. »
Oqui dessus lous eimondec,
Priée lou Segneur, et deijeinec.
Dioou sa si pichec fouort et ferme ;
Creyout pas que Tioguesse un terme.
Las brisas, o chaque mourcec,
Sooutavoun dessus soun chopec.
Opres deijeinas, mondée caire
Mounard, Rousset de ves lou Serre,
Sara Micou, Conel, Voulé,
Nevers, Roussignol, Jon Livé,
Rocho, Ooudifret, Bounard, Micalo,
* Dôsaugier-Déplan, évoque de Die.
POOEISIAS DÏOISIÀS 229-
Fringado, Potocou, Dessalo,
Et quaouqueis aoutreis poroissiens,
Per onas tout dret ves Solliens.
N'ojont ni tombour ni troumpeto,
Porteroun un fifre o lo têto,
Chacu soun fusi sus lou couol,
Et Mounard boutée soun oscuol.
Per goûtas, oou plus près village
Trouveroun qu'un paou de froumage ;
Mais rioguec quaoucoré de mai*
0 soupas, lou vepre, o Pountaï *.
Lou lendemon, o peno Taoubo
Oguec bouta so bello raoubo
Per soluas lou dioou doou jour,
Tout preste o fas soun pecho tour,
Que toute notro corovano
Doous Solliensoux ^ veguec lo piano.
Pejtoout Germillio, en juont un air,
Boutée toute lo villo en l'air.
Un homme, olors, de lo murayo.
Criée : « Paouro joou, queinto chorpayo
Compo dovont notre pourtaou !
Si siens pas mouorts, de rein sein faou ;
Veiren plus une aoutro semano.
Si secouyens pas lo campano.
Tout lou mounde tout s'eifroyec
Que lou togoci se sounec ;
Et, sein soungeas o se défeindre,
Porlavoun dejo de se reindre.
a Onein, siée de fiers eiporbaoux !
Foouti que quaouqueis peleraoux
Devein fas reindre notro villo ? o
DissecTun d'eloux, plé de bilo.
« Ovont, infourmec-vous, ooumeins^
Ce que voloun oquelas gens.
Venoun de siblas . . • Mais l'on sible,
Pontaix, village situé eatro iSailians et Die.
2 Habitants de Saillans.
^0 DIALBGTBS MODBRNBS
Faï pas que Ton sié bien terrible !
Si voulec, yoou voou tout doré
Eilaï, veiré oqueloux pas ré. »
Tous li reipouondoun : « Lofeuillado,
Chorgec-Yous d^oquello embossado ;
Vous qu'ovec pas l'esprit troubla,
Onec yeire per qu^on sibla.
Bien sur, siens des geins d'une mino
Que TOUS virorein pas Teichino;
Car olo moueindre poou qu'oouré,
Oou moiiiendré signe que foré^
Tout dret, sein d'ovontage otteindre,
Onorein eilaï vous défeindre. »
Lou vieux moneichaou, einchonta
D'être choousi per deiputa,
Embrasse so fenno Louise,
Chongee de vesto et de chomiso,
Bouoto soun bounet coumo faou
Et pei souort per lou grond pourtaou.
(( Messieus, dissec o lo brigade,
Siens surprei d'oquello olgorado
Que yenec nous beilas eici;
Si votre chef se trouovo oqui,
Ei nous aoutreis qu'oco regarde.»
Mounard, que tenio l'hollebardo^
Per ovez lou dimeincho oou chœur
Chonta vépras de bien boun cœur,
Reipound : a Ei mi, Dioou vous bénisse !
— Et dins tout per vous sié proupice »,
Li répliquée Fambossadeur.
(( Touchée me lo mon, mounseigneur,
Rédé. . . Bouon. . . Aça, venou veyre
Ce que nostro ville duoou croire
Sus lo visite que veici.
Porlec me coumo un bouon omi,
En disent ce que vous opello.
Venec per nous cherchas querelle,
Poueiriec vous einonas comus,
Si per occ que siec veingus. »
POUBISTAS DIOISAS 231
Lou prouprietaire de Pluyanas*
Li dit : « Moun cher, pas de chicanas.
Mounsegneur Desplons-Desaugiers
Nous monde dins votreis quartiers,
Et vous prie per une ourdounanço
Que, coumo siec dins Taboundonço,
Foguessec fas dins oquoou cas
0 notre villo un boun repas.
Hélas ! tallo ei notre disetto.
Que tous, tont que siens, fosein diéto.
Voqui perqué nous o monda,
Ofin de poueire oves de bla.
Cregnou pas omein que m'obusé,
Qu'un Solliensou nous lou refusé;
Sein oco, s'ein repeintirec.
Veici lo lettre, légissec. »
Lou moneichaou preind sas lunettas,
Que n'eroun, mofé, pas trop nettas,
Per légis l'eicrit tout oou long;
Mais lou grivois foguec seimblont.
Opres oquoou trait d'impourtonço,
Deingu veyont soun ignoouronço,
Lous dissec : « Très-bien, mous omis,
Oteindec-mein, voeu revenis.»
0 soun retour dedins lo villo,
Tout lou mounde veint o lo file,
Ofin d'einteindre soun récit :
(( Ah ! Messieus, dissec, Dioou merci,
Yenou de fas une embossado,
Eilaï ves oquello brigade^
Que voeu bien un pechot eicu ;
Nein suoou, veyec, coumo un perdu.
Erou dins un pas eifrouyable.
Mais mein sioou tira coumo un diable.
Tout bestio qu'on ei, mous omis,
Un popier m'o fougu legis.
Que me bien plus donna de peno
* Quartier de la banlieue de Oie.
232
DIALECTES MODERNES
Que naï de fas quesas mo fenno.
Cepeindont sus ce que m'ont dit
Aïpougu devinas Teicrit.
Veici queintei so countenenço :
Omoun ves Dio font obstinenco*
Et moussus Desplons-Desaugiés,
Que, per moleur, sa dupei hiés
Qu'eici vivein dins Toboundonço,
Seins se geinas, per ourdounonço,
Vous demondo doou blat qu'ovec
Lou mejous, surtout lou plus sec.
— Oco nei pas de bouon oouguro »,
Répouond lou brave Loverduro;
« Voou donne, per li fournis de pon,
Qu'eici chacu crébe de fon?...
Qu'on nein douonolou comorado?...
— Mofé, réplique Lofeuillado,
Per l'aoufro, n'ai pas bien légis ;
Mais onporla d'un gramocis
— Un gramocis ! ! Oh ! queinto graço ! »
Gueuleo toute lo pooupulaço.
« Et n'eicrioou pas qu'ei trop poya,
Qu'oUieurs l'oourio meyous morcha!
— Otteinsioou, dit l'un de lo troupe
Que venio de mingeas lou soupo;
(c Doucement, yoou sorioou d'ovis
De lous preindre leur gramocis.
De Dio lo ville ei per trop gronde ;
Si venoun eici tous en bonde,
Ce que poueirio, beleou, se fas,
Siec sur que nous vont tout bâfras,
Qu'empourtorein blat et forino
Et nous coousorein lo fomino.
Mi sioou preste o beilas lou mioou,
Seulement per lou prix que voeu.»
Un aoutre, qu'ero un pinçomaillio,
Un rein du tout, une gueusaillio,
Ojouto : a Aï dejo trop perdu;
Oqueloux que me l'on veindu
POUBISIAS DIOISAS 23$
Me nont fa sogas sus lo plaço
Noou froncs doou seitier, et per graço ;
Quond duoourion m'eicourchas tout vioou,
Nein volon quotorze doou mioou^
Si Dio potis, bah ! que potisse
Ou que Teiveque lou nourisse.
L'oourein pas un pota de mein :
Tout homme ei meitre de soun bien,
Surtout quand on o de fomillio.
— Ei bien sur, reipoundec Jovillio ;
Pei que ves Dio toutas las geins
N'ont rein o boutas sous las deints,
Sorio juste que ronçounesseins,
Et qu'o vingt froncs nous lou poyesseins.
— Et perque pas o vingto-doux ?»
Dissec lou morchond Goouteiroux.
«N'ei pas que Ton doive ietre chiche,
Pei que lou Diois n'ei pas riche ;
Mais crejou que dîns oquoou cas,
Foou pas per rein li lou beilas.
— Per yoou, nein volou vingto-quatre;
Et si mein veyec rein robattre » ,
Répliquée Nicoula Ponchaou,
« Tretec-me de vieux péléraou.
Oquest'on cregnou plus lo grelo ;
Moun archo ei pleno de toueisello.
Et creyou, mordioou, qu'un taou bla
0 trento sorio pas poya. »
m
Chacu d'eloux tont ojoutavo
Que toujous lou prix oougmeintavo ;
Mais, per bien lous touchas oou vioou,
Lofeuillado criée : (( Ottenssioou !
Ce que voou dire ei d'impourtonço :
Aï dins mo pocho uno ourdounonço
Que m'o beila, gno qu'un instont.
Un moussus que parle ein chontont.-
L'aï pas bien legio, mais n'impouorto,
Lo susdite eurdeunençe peuerto
Que tout desueite segeré
234 DIALECTES MODERl^ES
Lou meindre refus que foré ;
Ainsi, prenec votras mesuras.... »
Oquellas paouras creaturas,
Des que lou vieux oguec porla,
Se creisseroun einsourcela ;
Oouriec dit, ein veyon lour mine,
Que lous eitrilliavoun Teichino.
Lou moneichaou, de veire oco,
Lous dissec : a Mais quei tout eisso ?
Ei que per uno bogotello.
Un SoUiensou perd lo cervello ?
Et que foriec donne, s'il vous plait,
Si vous dounavoun lou sujet ?
Eicoutec, mein voou vous fas rire
Per ce que me reste o vous dire :
Mè vejec dejo bien cessa ;
Pourtont, tout soulé dins un sac,
Voudrioou pesas toute l'escouorto
Qu'ovein eilai do vont lo pouorto ,
Et pariou que tous tout que soun
Font pas remountas lou billoun.
L'oou go jet d' oquellas mozétas
Sounorio coumo de triquetas,
Et lou peloueiro o tout poti
Que dirion qu'ei de porjemi.
Nont plus ni courage, ni fouorço ;
Lous fusis n'ont pas uno omouorço ;
Et poueirion pas gnoou lous bougeas,
Quond lous oourion sooupu chorgeas.
D'opres oco, lous paoureis diableis,
Devoun pas estre redoutableis;
Soun pourtont, ou me trompou fouort.
Ce que ves Dio lio de plus fouort ;
Car, per onas livras botayo,
L'on se sert pas de lo foutrajo.
Aça, per sourtis d'oquoou pas,
Vetoqui ce que devein fas :
Foou que chacu préne uno triquo
Per eichinas oquello clique.
POUBISIAS DIOISAS 235
Omoun ves Dio sein-fachorein,
Soit. Eh bé ! qu'ei que nous fôrein ?
Lo guerro? Lo creignein pas gaire :
Per lo fas, foou souflas, pechaïre ;
Et jurorioou bien que Tei gno
Que poueirion pas soufla lou fuo.
Onein, efons, vivo la gloire ;
Foou rompourtas une victoire. »
Chacu marche une triquo ein mon.
Lou moneichaou, qu'ère devon,
Opercevec lou gombi Roche,
Et li feutec dessus Fendoche;
Lous aoutreis,de lous veire oeu seou,
Chaigairoun casi tous de poeu.
Jon Livé pissec dins sas brajas,
Pei ressoeupec quaouquas eintajas
Dins un eindret que dirai pas,
Ce que lou foguec gomougnas,
Et d'un cep beila sus se nuquo
Foguec voultigeas so perruque.
Un certain Toine Guiyetou
Souffletée lou vieux Potocou,
Que vite, sein soeupre vount coure,
Virée, pei cheiguec sus lou meure
Dins un foussa. Charle Rousset
Ressoeupec un aoutre souflet,
Oppliqua per loumême Toine.
Tout d'un cop l'on vé'Moncilane
S'opprouchas coume quond lou chat
Eipincho quaouque mori rat ;
Mais lou dit Guyetou l'eipeillio
D'une empoouma dessus l'oeureillio.
Oquel Ontoine ero portent :
On lou vejo tontoou d'un bout,
Tontoou de l'aoutre, et devolavo
Oquoou que seulement touchavo.
Sus oce, Nicoula Ponchaou
De Sarra preind lo grosso claoou :
Quond un efont o le golocho
236 DIALECTES MODERNES
Faï pillio et bouoto dins so pocho
Las eîpioounas qu^o pas gagna,
Siec sur de veire Taoutro gna
Pourtas sas ounglas o so faço,
Ou Tottropas per lo tignaço.
De même, lou gombi Sarra,
De veire qu'on Tiovio gora
So daou que rarement quitavo,
Et que per se battre pourtavo,
Cheiguec sus lou vieux Nicoula.
Mais, heilas ! fuguec degoula
Per lou terrible Lofeuillado.
N'ei pas tout : Ton veguec Fringado
Ressooupre uno tallo eimborgea,
Que lous dissec : « Bien obligea !
M'ovec pas maou rengea lo jaouto.
M'ein plaignou pas, ei de mo faouto :
Quoique me poussavo o venis
Dins oquoou diable de poys.
Si mo fenno ovioou vougu creïre,
N'oourioou pas quitta mon Sont-Peire '
EUo que me disio toujous]:
Per que tein onas, moluroux. »
Mounard embe soun hollebardo,
Vouguec bien se boutas ein gardo ;
Mais lou moneichaou, coumo un fouol,
Ein l'ogroffont per soun oscouol,
Lou poussée couontro lo murajo,
Ce que finissec lo botayo.
Ontln notreis paoureis Diois,
Fosont lou signe de lo croix,
Se bouteroun tous ein deirouto;
Et pei, tout lou long de lorouto,
Prounounceroun chaque pater
Ein relèvent lou nas ein l'air.
(fin DOOU CHONï le^)
< Saint- Pierre, nom d'un quartier de la ville de Oie.
LETTRES A GRÉGOIRE
SUR LES PATOIS DE FRANCE
iSuUe)
SUR LA MORT*
Texte Trad. litt. Trad. franc.
Eme souD day cruel, la Avec sa faux cruelle, la La mort frappe indis-
Mouert paupo per- Mort n'épargne per- tinclement les rois et
sou no; sonne; leurs sujets ; profitons
Seguo leis rcys tout Elle fauche les rois tout des courts instants de
coumo leis sujels. comme les sujets. notre vie, et ne perdons
Proufiten deis mou- Profitons des moments pas notre temps a former
mens que lou destin que le destin nous de grands et vains pro-
nous douno; donne; jets.
Soun troou courts per Ils sont t"op courts pour
de grands proujets. de grands projets.
Extrait dou NOUVEOU LUTRIN, pouemo, per M. d'Arvibdx^
Texte Trad. lut. Trad. franc.
De tout home que pourto De tout homme qui porte Tout homme a sa fo-
bano, cornes, lie; ceux gui ont en
Pretro. doutour, vo ba- Prêtre, docteur ou ba- main l'autorité sont sou-
chelié, chelier, v^nt au cas d'en abu-
Ges que noun ague sali n'en est aucun qui ser; mais ils sont plus
foulié. n'est sa folie. d'une fois obligés d'en
Durant la vido d'estou Durant la vie de ce rabattre. Il n'y a rien
mounde, monde, de si difficile que de te-
« Ce quatrain est de Toussaint Gros. Il ouvre ia série des Pensados
destacados, dans son Recueil de pouesiés prouvençalos (Marseille, Sibié,
1763 ), p. 158. L'orthographe de Gros, sans êire irréprochable, est moins
mauvaise que celle de son copiste. (L. de Berluc-Pbrussis.)
* Laurent Arviou ou d'Arvieux, né en 1635, au Ganet-lez-Marseille, où
il mourut en 1702, est plus connu par la Relation de son voyage vers le
grand émir, publiée par La Roque en 1717 , et par ses Mémoires édités
en 1735 par le P. Labat, que par ses rimes provençales, qui sont de-
meurées médites. Son poëme du Nouveau Lutrin, qui lui fut inspiré
par une dispute dont la maison du Refuge de Marse lie fut ie théâtre, se
trouvait en 1786 entre les mains du docteur G -F. Achard, qui en repro-
duisit seulement quelques vers dans son Dictionnaire ùiographiqtAe ou
Histoire des hommes illustres de la Provence, 1. 1, v* Arviedx. Ces vers
et ceux qu'on va lire sont Tunique spécimen de la poésie de d'Arvieux qui
ait jamais été livré au public. La biographie de cet écrivain, au t. I" du
Plularque provençal (Marseille, Gueidan, 1858), ne fait aucune mention
de ses œuvres poétiques, (i^. de BBRLUC-PBRusâis.)
238 DIALECTES MODERNES
L'un si raso, l'autre si L'un se rase, l'autre se nir les femmes renlîBr-
tounde, tond, mées ; elles sont à cet
Gadun surtout es entesta Chacun surtout est entôlô égard comme les chits.
Doou tic de soun autou- Du tic de son autorité.
rita ;
Mai souven n'en couesto Mais souvent l'aubade
l'aubado, coûte;
Car voudrié mai rauba II vaudrait mieux voler
bugado une lessive
Et laire d'autre! plus El faire d'autres plus
grand mau, grands maux.
Dms aques pays de Dans ce pays de ba-
gournau, dauds,
Que de toumba. ttin Tes- Que de tomber dans la
caufestre faute
De mettre fremos en De mettre des femmes
séquestre; en réclusion;
Eleis esten coumo lei ga Elles étant comme les
chats
Qu'enrabien quand soun Qui s'enragent d'être
ensara. renfermés.
Cresié d'empourta la Le prêtre si renommé Un prêtre (1 abbé
victori, croyait emporter la Bougerel, directeur de
Lou tan renouma cape- victoire, la maison de force de
lan, Marseille) en fit la triste
Et penset aver lou mal Et il manqua avoir du expérience. C'est un bel
an. malheur. homme, de belle appa-
Es béou, ben fach, de II est beau, bien fait, do rence, à jambes minces,
boueno'mino ; bonne mine ; à larges épaules, boull-
Prin de boutéou, fort II a les mollets maigres lant, spirituel, grand
long d'esquino, et le dos fort allongé, mangeur, propre et
Plen de fuech autant Plein de feu autant que courtois, vertueux et in-
que d'esprit. d'esprit, capable de se laisser sé-
Dalicat, de bouen appe- Délicat, ayant bonne duire par les appas de
tit, appétit, celles qu'il dirige. Il sait
Propre, mignoun, cour- Propre et galant envers les tenir contenues en
lois ei damo, les pieuses dames, ne les accablant pas de
Que soun coumo eou de prières et de pénitences;
santeis amo, aussi est-il regardé
Ennemi jurât doou Ennemi déclaré du vice, comme un oracle, et ses
pecca : sermons sont courus .
Incapable d'estre en- Incapable d'être pris Mais il est facile à se
visca aux lacs mettre en colère, et alors
D'aucune de sel peni- D'aucune de ses péni- il semble furieux; il est
tento; tentes; vrai que le feu s'éteint
Lei sau tenir toutei II les contente toutes, aussi vite qu'il avait été
countento. allumé. Il n'a pas le dé-
Souto d'un directour Sous un directeur aussi faut de trop boire, mais
tant doux, doux, il mange comme quatre.
Si maquoun gaire lei Elles ne se blessent II a Tair toujours pressé,
ginoux. guère les genoux. et cependant il n a rien
Eou parle clar coumo II leur parle comme un à faire. Il ne voit du
unouracle; oracle; latin que dans sonbré-
Quand precho, cridoun Quand il prêche, elles viaire. Qui pourrait
au miracle, crient au miracle, croire qu'un si non di-
£t cadun s'espanto en Chacun se pâme en recteur eût été exposé à
l'auven. l'écoutant. la méchanceté des fem-
Es caffî de devoutien; Uestremplide dévotion; mes de mauvaise vie
LETTRES A aREGOIRB 289
Mai, per pau que li fas la Mais, pour peu qu'on le qu'il dirigeait ? Quelle
niquOf tounneDte, i écompeuse pour le zèle
Tout d'abord la mousco D'abord la mouche le d'un homme à qui rien
lou piquo. pique, ne coûte lorsqu'il s'agit
Que lou fa courre, re - Le fait courir, ruer, de faire le bien, qui
guigna, brûle d'un feu toujours
Crida,querela,grafigna. Crier, quereller, égrati- ardent pour arracher à
gner. Satan les âmes fémi-
Es verai quesareniflado II est vrai que sa colère nines que cet esprit ma-
Noun dure pas uno Ne dure pas une jour- lin veut porter au mal;
joumado : née. chose qui lui est très-
S'allumo et s'amouesso Elle s'allume et s'éteint ordinaire, comme le
à la fés. à la fois. prouve ce qui arriva
Beou pas, mai man^reo II ne boit pas, mais il aux repenties de Mar-
coumo très. mange comme trois, seille? Ces filles n'ayant
Es moussu Féou, tout C'est monsieur Féou, ni pain, ni vin, ni bois
plen d'affaire : toujours affairé : pour se chauffer
Si boulegosensoren faire II remue et ne finit rien, etc
S'enchautogairedelatin,/Il ne se soucie guère du
latin,
Passa aqueou que dien Si ce n'est de celui qu'on
au lutrin. chante au lutrin.
Qu creirié que l'ingra- Qui croirait que l'ingra-
titudo tilude
Deis pécheresses d'habi- Des pécheresses d'habi-
tudo tude
Aguesso juga marri tour Ait joué un mauvais tour
An' un tant bénin di- A un directeur si dé-
rectour, bonnaire ,
Per lou recoumpensa Pour récompenser son
daou zelo zèle
Que mette tout per es- Qui met tout par
cudèlo*? écuelle ?
Quand s'agisse doou Lorsqu'il s'agit du bien
ben public, public,
Helas ! ven maigre cou- Alors il devient maigre
mo un pic, comme un hareng saur
Et souvent la testolifumo Sa tête fume souvent
D'aqueou zelo que lou Du feu qui le consume,
counsumo •
Coumo lou sin à la sar- Gomme le saindoux
tan, dans la poêle,
Quand voou destourna Quand il veut empêcher
que Satan que Satan
Noun tournouire quau- Ne fatigue quelque bi-
quo bigotto gote
En li tirant troou la ga- En lui tirant trop la
rotto, tête de côté,
Gavo qu'arribo fouart Chose qui arrive très-
souvent, souvent,
Ansin qu'arribet au Gomme cela arriva au
au couvent couvent
De la famillo repentido. De la famille repentie.
Mourien touteis de la Là on mourait de la pé-
pepido, pie.
Doou fam. doou se, doou De faim, dd soif, de
maus encoues, toutes sortes de maux,
Doou tremoulun, faute De frisson, faute de bois.
de boues ^
* L'extrait du citoyen Achard s'arrête là; je ne crois pas qu'il y ait
sujet de regretter vivement le reste.
240
DIALECTES MODERNES
A UNE AMIE QUr DEMEURE A LA CAMPAGNE
en lui demandant à diner^
Aurez ^ bessai, la coumplesenço«
Se vous n'en pregan ^ pouiiment,
De nous regalar bouenament
D'un pau de burri de Prouvenço?
Burri ben plus delicious,
Perceque* jamay reu li manque,
Qu'houro es fach per vostreis
[mans blanquo"',
Qu'aquelo bourrido deisdieous,
Dins nouestro terradou<^ dounado,
Et (m*un poueto prouvençau,
De Gros successour et rivan,
Germain, nous a tant ben^pintado.
Sarjé» pas per nautrei tant mau
Qu*attroubessian au remiilagi
Un bouen téchou de bacayau.
Restarieou pas coumo un eimagi :
Eme pebre, noii, anchayo, ailhet,
Va vous dieou senso gascounado,
Vous farieou léou talc braridado'^
Que ve n*en licarias lei det.
[sanoe,
Vous aurez, peut-être, la complai-
Si nous vous en prions poliment.
De nous régaler tout botinement
Avec un peu de beurre de Provence?
Beurre mille fois plus délicieux
(Surtout quand vos belles mains
blanches l'ont fait, car alors il n'y
manque rien)
Que cette bourrido des Dieux
Donnée dans notre territoire,
Et qu'un poëte provençal.
De Gros successour et rivai,
Germain, nous a si bien dépeintes.
Ce ne serait pas mal pour nous
De trouver' dans un baquet d'ëau
Un bon morceau de merluche.
Jo ne resterai pas comme une image:
Avec poivre, huile, anchois et ails.
Je vous le dis sans gasconnade,
Je vous ferai bientôt une brandade
Dont vous vous lécheriez les doigts ><».
Cantique ancien, avec la version provençale moderne
et la version française ^^
Texte Vej'sion prov. Vt'rsion franc.
RKFRAIN
AUegron sis les pecca- Que leis peccadous sie- Que les pécheurs
dors goun soient joyeux en louant
Lauzant sancta Maria Allègres en lauzan santo sainte narie-Magdeieine
Maria dévotement.
Magdalena devotamenL Madaleno devoutament.
* Ces vers sont tirés d une Epitro à uno Damo qu'ero anado d la bas-
tido senso dire adiou en degun, la veillo d'uno plnegeo que duret pluaiers
jours, par Claude Dageville. de Marseille, architecte et peintre de mérite,
poëte à ses heures, guillotiné en I79'i. Il était de TAcadémie royale d'ar-
chitecture de Paris et de celle des Arcades de Home. Ses œuvres proven-
çales ont été recueillies, en 1823, dans le Houquet prouvençaou, vo leis
Troubadours revioudas (Marseille, chez Achard), pages 87-106. Voir ci-
après les variantes (L do I^erluc-Perussis).
^ Aurias. - •' Se ven pregavian. — * Parce que. — ^ Vouestro man
blanquo. — « Tarraire. - '• Germain enfin nous a. — « Sérié. — » Uno.
( L. de B.-P )
»« Non content de celte traduction, l'auteur en a donné uno autre qu'il
trouvait plus française, mais qui n'a aucun intérêt; elle ne fait qu'affaiblir
le sens.
»' Ces fragments appartiennent à la Cantinella provençale, en Vhonnew^
I.ETTR6S A GREGOIRE t41
\^ COUPLET
Ella conec la aiou er- Gounouisse soun er- Elle reconnaît son er*»
ror, rour, reur, lo mal qu'elle
Lo mal que fach avia, Lou mau que avie fach. avait fait, et elle a peur
Ë ac del fuec d'enfer Et a poou dou fuech du feu de l'enfer , et elle
paor d'enfer, se met dans la voie qui
Et mes si en la via Et si mette din lou ca- peut la conduire au sa-
Perque venguet a saN min lut.
vament. Per venir à sauvament.
2« COUPLET
Quand la grand mort Quand leis Judieous Lorsque les Juifs lui
Josious treidor l'agueroun donnât la eurent donné la mort
grand mouert, par leur grande félonie,
Pcr lur grand felionia Per sa grande couqui- et Joseph, celui d'Ari-
narié, matbie. par sa grande
Et Joseph per sa grand Et Joousé, per sa grand douceur, le mit dans son
doussor, douçour, tombeau.
Cel de Baramathia Aqueou d'Arimatio,
Lo met en lo siou mou- Lou mettet en soun
riment mounument.
S*' COUPLET
Or preguen tous lo Or preguen touteis lou Or prions tous le
Salvador, Sauveur, Sauveur, fils de Mo rie.
Fils do santa Maria, Fieou de santo Mario, qu*il nous préserve de
Que nos gardo tos de Que nous gardo de dou- douleur, et le peuple
<lolor, leur, quel qu'il soit, et qu'il
Et poblum cum que sia Et lou pople quauque nous gouverne avec
siegue, amour.
En ça vergetés aman- Et nous riege touteis per
teînent. soun amour.
J'ai choisi ces trois couplets pour montrer la différence de
la langue du XIII* siècle à la nôtre. J'ai choisi de préférence
une pièce qui est très- connue, puisqu'il n'y a pas cinquante
de la Magdeleine, qui fut chantée annuellement à Marseille, le jour de
Pâques, jusqu'en 1712. M. Bory la rééditée dans cette ville en 1861 (V.
Boy, in-8« ), et il l'a accompagnée d'une introduction, de commentaires
et de recherches historiques, ainsi que d*une traduction.
Achard a reproduit le texte donné par Grosson , dans YAlmanach de
Marseille de 1773. Au premier vers du 2° couplet, il faut corriger, avec
M Bory :
Quand Vagron mort Jasieu traidor.
Pour le dernier vers du 2« couplet, que Bory a changé en :
Toc' en ea verj* amantement,
on pourrait indiquer la correction suivante :
Enfanc, verge, tos, mantencnt.
Enfant, écrit enfà dans un ms., a pu, par suite d'une faute de lecture,
ôtre transcrit ensa, doù Vença de Grosson et d'Achard.- To« signifie,
comme on sait, jeune garçon (G. CnABàNEAu).
19
242 DIALBOTES MODËRNBâ
ans qu^on chantait encore ce cantique à Marseille, dans la
chapelle du carrefour des 13 Cantons. Je ne finirais pas si je
cherchais d'autres exemples dans nos poésies provençales,
mais je les conserve pour en donner une édition complète, si
leur publicité peut être utile et agréable à mes concitojenB.
ACHARD,
bibliothécaire national de MarsêiUê.
Du l"*' floréal Tan II de la République
DIALECTES DU NORD
Il nous faut maintenant quitter, non sans regret, le midi de
la France, et passer rapidement en revue, avec les corres-
pondants de Grégoire, les différents idiomes du Nordj; ils se-
ront moins riches, sans doute, et moins harmonieux, mais ils
ne manqueront pas d'intérêt pour le véritable philologue. La
langue d'oil va nous apparaître telle qu'elle était en 1790, dans
les provinces les plus éloignées de Paris. Nous j surprendrons
à tout moment l'influence de la grande ville; cependant on
trouvera encore chez les Francs-Comtois, chez les Bourgui-
gnons, chez les peuples de l'Artois et de la Flandre, surtout
chez les Bretons, une sève toute particulière et une surpre-
nante originalité. On verra en même temps ce que la France
d'alors avait encore à faire pour conquérir cette unité qu'elle
recherchait avec tant d'ardeur-: tous les cœurs étaient fran-
çais ; mais quelle différence de langage et de mœurs 1 quel
amour du clocher et des coutumes locales, derniers vestiges
de l'ancienne autonomie !
Kordre que nous suivrons dans cette étude est indiqué
par la nature elle-même : nous commencerons par les pro-
vinces de l'Est et du Nord, pour arriver, en traversant la ré-
gion centrale, jusqu'au fond de cette Bretagne où s'étaient
réfugiés les Celtes, nos aïeux.On verra ainsi, les uns après les
autres, les dialectes et sous-dialectes qui ont, pendant plu-
sieurs siècles, lutté contre le sous-dialecte de l'Ile-de-Prance»
et Ton pourra se rendre compte des emprunts que ce diemier
leur a faits.
LBTTRES A GRÉGOIRE 243
I
Dialectes bourguignons (sous-dialectes de la Franche-Comté)
Je n'ai pu découvrir quel était le Loraiii fils qui a signé la
lettre suivante; il n'a fait partie ni de la Législative, ni de la
Convention . 11 avoue lui-même qu'il connaissait peu l'idiome
particulier d'e son district; mais sa lettre n'en est pas moins
une des plus charmantes et une des plus instructives que
nous ayons encore rencontrées.
DÉPARTEMENT DU JURA
District de Saint-Claude.— 14 septembre I790,l'an 2* de l'ère de la
Liberté française
J'avais lu dans le n* 370 du Patriote français une lettre
de M. Grégoire^ digne de siéger parmi les législateurs de la
France et d'éclairer les hommes dans les Académies. Comme
elle était adressée à tous les patriotes, je crus que j'y devais
un mot de réponse. Malheureusement, je suis peu instruit de
la langue grossière de nos pères. Je m'adressai à un honnête
juge retiré, qui passe pour la bien savoir, afin qu'il me com-
muniquât un peu de sa science : il me promit, et j'attendais
avec impatience : mais, plusieurs jours après, il me répondit
qu'il lui avait adressé directement les éclaircissements que je
lui avais demandés, parce qu'il y disait du bien de la muni-
cipalité, et qu'il n'aurait pas été honnête qu'il me le commu-
niquât ^ Les devoirs de ma place m'ont pris ensuite tous mes
moments; mais l'occasion d'entrer en correspondance avec
M. Grégoire est trop précieuse pour que je ne me hâte pas
d'employer le premier dont je puis disposer à répondre deux
mots sur chacune de ses questions.
1. — L'usage de la langue française est universel dans ce
district ; cependant on y parle presque autant de patois diffé-
rents qu'il y a de villages.
2. — Le patois est si ancien, que son origine est inconnue.
On dit que celui d'un village voisin, nommé Septmoncel, tire
son origine de la langue parlée dans la Suisse allemande.
1 Voyez la lettre suivante; ce juge se nommait Joly
244 DIALECTES MODERNES
Peut-être, comme les Septmoncelans sont grands voyageiirSt
en ont-ils tiré plusieurs expressions ; peut-être les Septmon-
celans sont une colonie suisse.
3, 4. — Plusieurs mots sont évidemment dérivés du latin.
Exemples : Tieure, le vent, d'eurus; — i soliva, il avait cou-
tume^ de solere; — un'iégua, une jument y d'equa; ■— de l'égaa,
de teau, d'aqua; — ja, oui y d'ita; — coincha, bassin, de concha;
-- la vi, chemin, de via, etc.
Quelques-uns sont dérivés de Tespagnol. La province de
Franche-Comté, ou soi-disant [telle], a été autrefois soumise
à ce pays, si digne d'être libre quand il aura brûlé le tribunal
du Grand Inquisiteur, purifié la place où se faisaient ses aato-
da-fé et balajé ses moines.
Il y en a aussi de dérivés du celtique. Saint-Claude 8*ap-
pelait autrefois Condal, qui signifie confluent en celtique, et
cette petite ville est située au confluent de deux rivières. Un
lieu voisin se nomme Condamine et est aussi situé au confluent
de deux rivières. Je crois que baume, en celtique, signifie
caverne, et une charmante promenade se nomme Batimerivei,
les rives de la caverne ; c'est ordinairement le local qui a
baptisé le pays.
5. — La plupart des mots ont une affinité marquée, avec le
français, et la terminaison seule est changée; ex. : laiéia, pour
dire la tête. Ils substituent volontiers Va à Ve muet pour les
finales. LV muet serait-il un raffinement des peuples amollis?
Les Romains ne le connaissaient pas, et nos paysans ont cela
de commun avec les Romains. Vous les avez rendus leurs
semblables en choses plus essentielles. Quelquefois les mots
qu'ils emploient sont des diminutifs. Ex. : lo charel, k petù
cha7% le chariot; — lo violel, le sentier, de via, chemin. D^autres
mots ne paraissent avoir aucune analogie : une miche de pain^
una droublira; — commodité, bantsi; — gilet, brustio, etc. J'ai
déjà parlé de l'affinité du patois d'un village avec celui des
cantons suisses.
6. — Los noms des plantes et ceux des astres sont effectiiye*
ment ceux où ils s'éloignent le plus du français. Les pajsans
paraissent des .hommes à part pour ces objets, et ne rien de*
voir qu'à leurs observations. Il est à présumer que [lejXr lan-
LETTRES A GRÉGOIRE 345
gage a été *] celui de tous les hommes, mais spécialement des
hommes adonnés à Tagriculture, qui, soit en conduisant leurs
troupeaux, soit en voyageant avec leur voiture, étudiaient
les astres, et qui ont eu aussi de fréquentes occasions de cher-
cher dans les plantes des remèdes pour leurs blessures et
leurs troupeaux, qu'ils soignent ordinairement un peu plus
qu'eux-mêmes.
7, 8, 9. — NousOy aben, signifient également oui dans cer-
tains villages, et le mot ia y est inconnu, tandis que c'est le
seul employé en d'autres, Una caffa, una comcha, signifient
également un bassin; mais il est des villages où le second seul
est connu. En général, je soupçonne leur langage borné
comme leurs besoins et leurs idées, et je n'y crois pas à la
variété des expressions pour signifier le même objet. J'y ai
cependant quelquefois remarqué des nuances qui manquent
au français.
10, 11, 12. — Les jurements varient suivant les villages.
Lo chancro to rongieo est aussi familier aux habitants de Sept-
moncel, dont j'ai déjà parlé, que S. . . nom de D... aux soldats.
L'un d'eux, fâché de voir neiger, disait : Plût à Di que ne nei
jusqu'à tant que les gerines (les poules, gallinse) ne becassan les
éteiles. Une femme, fâchée de s'entendre appeler b. . , , répon-
dit : L'a osto <t abord fa una bogressa, tandis que ta mare restn
9 meis à fare un Jan-fotre* Dans d'autres villages, on dit mala
via tepregna; cette imprécation paraît plus religieuse, si ces
deux mots peuvent se trouver ensemble .
13. — Les finales sont plus communément voyelles : una
culotta, une culotte ; — no, non; — una chapellay une chapelle ;
— un barutio, un gilet ^;— Vouto, la maison, la cuisine; — couata
la porta, ferme la porte; — un casso, une noix, etc.
14. — La prononciation me paraît plus rude que celle du
français ; l'accent du pays est traînant : ce ne sont pas des Pro-
vençaux, des Languedociens.
15. — On n'a pas d'exemple d'écrit en patois.
16. — Il varie de village en village : deux villages de la
* Le ms. donne qu'ils ont été celui de.... qui est inintelligible.
^ L*auteur a écrit quelques lignes plus haut brusliOt mais on a vu qu'il
ne se piquait pas de bien savoir le patois.
ii6 DIALECTES MODERNES
même paroisse, à demi-heure Funde Tautre, parlent deux pa-
tois différents, et des granges éparses, dépendantes de la même
paroisse, ont encore un idiome un peu différent. Ce sont sur*-
tout les terminaisons qui varient. Par exemple, ici, Ton ter-
minera tout en a, et dans le village voisin tout en o. On en
peut conclure, ce me semble, qu'autrefois il j avait fort peu
de correspondance entre les hommes. Plusieurs testaments
portent qu'ils ont été faits attendu qu'on se disposait à un
grand voyage, celui de Besançon, capitale de la province.
17. — Il y a cinquante ans que tout le monde le parlait
dans cette ville, et les ^ros l'employaient comme un moyen de
se familiariser avec les petits ; aujourd'hui on le parle peu, et
la plupart des fils de bourgeois n'en savent pas un mot.
18, 19. — Tous les montagnards entendent le français, et
la plus grande partie sait s'énoncer en cette langue. Ils s'en-
tendent entre eux, preuve de l'analogie des patois ou de la
communication des habitants. La plupart ont beaucoup à faire
dans les villes ( ils sont voituriers ) ; plusieurs ont été choisis
pour le département et le district.
20. — Je n'ai connu qu'un curé qui ait prêché patois; il
est mort. Je croirais cet usage dangereux ; il éloignerait de
s'instruire dans la langue nationale. J'ai ouï dire qu'en quelques
maisons de village on priait Dieu en patois, ou du moins on
faisait en patois certaines prières ; cet usage est beaucoup
plus raisonnable que celui de lui parler latin quand on ne le
.sait pas.
21. — Non. [On n'a pas de grammaire ni de dictionnaire
de ce patois. ]
22. — [Les inscriptions] sont en français ou en latin.
23. 24. — On a fait quelques noëls en patois, pleins de sel
et de malice, mais ils ont été faits à la ville. A la campagne,
on trouverait tout au plus quelques chansons ; et, si dans ces
chansons on trouvait quelques nuances de naïveté, on y trou-
verait infiniment plus de simplicité et de non-sens.
25, 26, 27. ™ La simplicité, l'ignorance et la grossièreté
ont jusqu'ici escorté le patois. Il est à espérer qu'il dispa-
raîtra avec elles, et qu'il disparaîtra sans que les vices des
villes s'y joignent. Je dois dire cependant que les paysans ont
lETTRES A GREGOIRE 2w
été scandalisés, et à juste titre, de la manière dont nous
avons sollicité, extorqué leurs suffrages dans les assemblées
primaires. Homme de génie, faites donc d'excellentes lois
capables de prévenir les cabales ; autrement vous nous avez
livrés en proie à une foule de vices nouveaux. Quel est Je meil-
leur moyen de prévenir les cabales ? — Problème très-impor-
tant à résoudre et digne d'occuper les meilleures têtes de
l'Assemblée. Un des meilleurs moyens de déjouer les cabales,
et en général toutes les manœuvres des méchants, c'est Tim-
primerie ; ne pourriez-vous faire en sorte qu'il y en eût dans
toutes les villes, comme les collèges? L'imprimerie est, sans
contredit, le plus grand bienfait de l'industrie moderne, et sans
elle la Révolution n'existerait pas . Nous n'avons pas ici d'im-
primerie, et grande est la, différence d'avoir les choses sous
sa main ou d'aller les chercher au loin.
28, 29. — Je crois qu'on se rapproche du français ; cepen-
dant le patois se perpétuera, si vous n'y mettez ordre, et j'ap-
prouve infiniment votre idée de vouloir que la Révolution se
fasse sur cet objet comme sur les autres. L'instruction en se-
rait plus facile, et nos sociétés ont besoin dHnstruction.
A propos d'instruction, je me rappelle, respectable curé,
que vous avez fait la motion de supprimer les confréries ; ce-
pendant elles subsistent encore, à la honte de la raison hu-
maine. Nous avons parmi nous des pénitents; nous avons
essayé de rendre utile le lieu de leur assemblée, en y lisant
des nouvelles de la vôtre. L'aumônier s'y est opposé avec les
bonnes têtes de la confrérie ; je lui ai répondu que, puisqu'on
lisait les décrets à la paroisse, on pouvait bien lire le Point du
jour^ aux pénitents, et je l'ai emporté.
J'ai trouvé le moyen de rendre ainsi fort fréquentée cette
église des pénitents, où il ne venait que quelques confrères.
Nous y lisons les prônes de M. le curé d'Emberménil ^ aux
bons citoyens de la Meurthe, ses sermons sur le duel et même
ses dissertations sur les salines. Il y a longtemps que nous
sommes accoutumés à bénir son nom dans nos contrées; nous
* Journal du temps, qui donnait de grand matin~4e8 nouvelles de l'As-
semblée; il Atait rédigé par Barrère.
3 Grégoire lui-môme.
84S DIALECTES MODERNES
5;avons combien il a été utile au commencement de la Réro-
lution et combien il est respectable dans tous les temps.
30. — Si les maîtres d'école distribuaient des prix sur des
exercices en français pur, [ on détruirait les patois]. La non*
velle constitution ne doit-elle pas amener Tanéantissement du
patois, puisqu'ils auront part au gouvernement?
31 . — [L'enseignement se fait ] en français. Plusieurs maî-
tres d'école sont pris à la ville.
32. — II 7 en a dans tous les chefs-lieux de paroisse ; mais
ceux qui ne le sont pas n'en ont qu'en hiver. Dans les cheft-
lieux, c'est ordinairement le chantre qui est maître d*ëcoIe.
Quelques-uns de ces maîtres d'école passent pour habiles, et
celui d'un village appelé Chour a été élu membre du départe-
ment. Sans doute on se souvenait de ces vers :
Peut-être qu'un Lycurgne» ud Gicéron sauvage.
Est chantre de paroisse ou juge de village.
33. -» Beaucoup [de maîtres] n'apprennent pas à chiffirer.
Un très-petit nombre donnent les principes de la langue la-
tine, si utile aux villageois. Mais beaucoup enseignent le plaio-
chant, et c'est tout.
34. — Non [les écoles ne sont pas surveillées par les cu-
rés] ; et, comme il y a peu d'abbés Grégoire parmi eux; comme
plusieurs sont despotiques, tracassiers, peut-être n'est-ce pas
un grand mal. Le latin des classes et la théologie du séminaire
sont les deux pôles de leur science. Ah ! faites donc un bon
plan d'éducation nationale, si vous voulez affermir les lois par
les mœurs, si vous voulez que vos descendants aient des mœurs
dignes des lois que vous leur donnez, si vous voulez que la
Constitution subsiste et soit utile. Nous ne pouvons que lever
les mains sur la montagne, pendant que vous combattez dans
la plaine ; mais c'est sans doute aux officiers de morale à tra-
vailler au plan d'une éducation physique, morale et intellec-
tuelle.
35. — Les curés ont leur bréviaire et quelques volumes
de mauvais sermons. Sans doute il est des exceptions, puis-
qu'il s'est trouvé parmi eux des Royer * et des Clerget •,
* Bvéque constitutionnel de TAin, puis métropolitain de Paris, mem-
bre de la Constituante et de la Convention.
s Curé d'Ornans, député du clergé à I* Assemblée nationale.
LETTRES A GRBOOIRE 249
mais je parle en général. J'ai proposé le nouv^ ouvrage de
Berquin {Bibliothèque des villages) à quelques maires de cam-
pagne, qui ne s'en sont pas souciés. L'instruction ^st néces-
saire pour avoir soif de l'instruction.
36. — Le plus petit nombre [des gens de la campagne] lit
dans ses Heures, et c'est tout. Les exceptions sont infiniment
clairsemées.
37. — [On trouve surtout, chez eux, les livres] qui peuvent
les hébéter.
38. — [Ils ont les préjugés] de l'ignorance et de la super-
stition; ils croient aux devins, aux sortilèges, aux revenants.
39. — Oui [ils sont peu éclairés ], oui [ leurs mœurs sont
plus dépravées], oui [leurs principes religieux sont affaiblis].
40. — [Le remède à ces maux serait] une éducation natio-
nale.
4L — [Depuis la Révolution] ils sont moins humiliés, ils
sentent un peu mieux qu'ils sont hommes.
42. — [Trouve-t-on chez eux du patriotisme, etc.?]. Hélas !
les Grégoire, les Péthion sont- ils les plus nombreux à l'Assem-
blée nationale ?
43. — Les abus ont été peu nombreux. Ils se sont enrégi-
mentés, et le goût des armes paraît vif en eux. Combien il est
important d'organiser les gardes nationales! Quel terrible le-
vier aux mains d'un charlatan immoral qu'une multitude en
armes ! Je n'ai encore rien vu sur ce nouvel ordre de choses,
qui a sauvé la France en gros et peut la perdre en détail.
LoRAiN fils, maÀre de St-Claude.
La lettre qu'on va lire est annoncée dans la précédente ;
mais il est heureux que le maire de Saint-Claude ait pris la
peine de répondre lui-même à Grégoire; car, si M. Joly, avo-
cat et juge dans cette ville, savait bien le franc-comtois, en
revanche il ne savait guère le français, et il était loin d'avoir
l'esprit de Lorain fils. On trouvera pourtant dans cette lourde
réponse quelques détails intéressants et, ce qui est toujours
précieux à recueillir, quelques lignes de patois.
250 DIALECTES MODERNES
Monsieur*,
Je prends la liberté de vous adresser des réponses aux ques-
tions de M. Grégoire sur le langage et les mœurs des habi-
tants de notre bailliage, que j'ai faites à Tin vitation de MM. de
la municipalité. J'ai saisi avec empressement cette occasion
de me rendre utile et de vous assurer que j'ai Thonneur
d'être, etc.
JoLY, avocat.
A St-Glaude, en Franche-Comté, 7 sept. 1790.
1. — La langue française est en usage dans tout le bailliage
de Saint-Claude ; l'usage du patois n'est que pour la conver-
sation. Il a le même fond par tout ce pays ; mais il varie sur
quelques termes, les expressions et la prononciation, dans les
cantons différents.
2. — Il dérive du celtique, comme tous les autres patois
de Franche-Comté. On en trouve la preuve dans un Diction-
naire celtique de M. BuUet, ancien professeur de l'Université
de Besançon. Il a aussi quelques termes qui ont du rapport au
latin, comme coincha, qui signifie un bassin à- puiser teau,
qui vient de eoncÂa. Gela n'est pas surprenant, car la langue
latine s'est conservée par les actes, qui étaTent en latin ancien-
nement.
3. 4, 5. — Le patois a très-peu de termes composés. Le
celtique, dont il dérive, lui a donné un fond d'affinité avec les
autres ; mais les variations locales y ont apporté bien des
différences, en sorte que souvent ils s'entendent peu. Les émi-
grants sont toujours obligés de prendre les jargons des lieux
de leurs domiciles ; car ils j sont autant attachés qu'à leurs
usages, et ils ont peine à l'adopter.
6. — L'ancien idiome provençal doit avoir beaucoup plus
d'affinité au patois que le nouveau ; mais il s'est rapproché
du français sur tous les objets qui exigent la communication,
comme ceux de la médecine, des arts, du commerce.
7. — Les différents cantons du bailliage ont quelques ter-
mes différents pour signifier la même chose, mais on en voit
i Cette lettre est adressée au Président de l'Assemblée nationale*
îiF;iTRBS A GRBGOfRE ?5l
peu dans un canton; ils ont ajouté des terme» allégoriques,
pour donner plus d'énergie.
8. — Le patois en lui-même n'a pas plus d'abondance en
termes sur les sujets différents ; mais les allusions sont d'une
abondance singulière dans la colère, la satire et la gaieté. Les
exemples sont très-propres à faire connaître le langage et le
génie des habitants ; on en rapportera quelques-uns. Un par-
ticulier, voyant écrire un homme de loi, dit : Voutra plumma
veule bin; Votre plume vole bien. Il disait vrai dans son sens. Un
autre, parlant d'un particulier qui avait un soin excessif de sa
personne, dit : Y fara triais la terra po Vantarai; Il fera trier
la terre pour l'enterrer. Un autre disait d'un homme qui était
mort la veille de Noël : La diablo es bin fin, il a prai.., la veille
de Noyé por en faire sa tronche ; Le diable est bien fin, il a pris, . .
la veille de Noël pour en faire sa tronche. L'usage est de conser-
ver la plus grosse bûche pour la veille de Noël; ils l'appellent
tronche. Un autre, parlant d'un absent qui devait être bientôt
de retour, dit: Qu'il s'en vigne comme la luna, en quatro quarti;
Qu'il s^en vienne comme la lune, en quatre quartiers. Un autre,
enfin, dit en colère : Quatant de cinq cens millions de diaiblos te
trainnent en enfer qui faudret de frumis por trainnoit Lyon à
Paris ; Qu'autant de cinq cents millions de diables te traînent en
enfer qu'il faudrait de fourmis pour traîner Lyon à Paris, etc .
9. — On a toujours cru que le patois était borné aux objets
propres aux gens de la campagne, mais un exemple nous a con-
vaincu qu'il pouvait être propre aux sciences. Un ecclésiastique
de cette ville, que je fréquentais beaucoup, inventa, par la
seule force de son génie, un nouveau système astronomique. Il
était né mécanicien et fit une sphère pour la démonstration de
son système. La langue française lui parut d'une marche trop
lente pour l'expliquer ; il donna la préférence au patois, qui
lui était famillier, à la réserve des termes astronomiques qu'il
ne trouvait pas dans le patois. Il acquit cependant une répu-
tation qui lui procura des visites de savants qui ne l'auraient
pas entendu sans le secours de la sphère. Il fut mandé à Pa-
ris ; mais son langage, ses réformes des idées des autres, lui
firent manquer le succès.
10. — La faiblesse humaine est de tous les pays. Le patois
252 DIALECTES MODERNES
a des termes [ obscènes ] qui lui sont propres; mais les expres-
sions sont si ingénieuses, que les personnes les plu» rigides ne
peuvent se défendre d'en rire.
11. — Le patois n'a que les jurements du français, mais
les imprécations y sont singulières ; voyez la réponse sur Far-
ticle 8.
12. — Le patois est laconique et capable de réduire à très-
peu de chose le sens des brochures du jour.
13. — Les finales du patois sont le plus souvent consonnes.
14. — La prononciation n'est ni gutturale, ni sifflante, mais
traînante ; mais il en* est qui le parlent vite et avec grâce.
15. — On ne met pas le patois en écrit ; ceux qui, dans un
badinage, Font entrepris, Font fait d'après la prononciation,
car il n'y a jamais eu de grammaire ni de dictionnaire sur ce
jargon.
16. — V. la réponse sur l'article 1.
17. — L'énergie et la naïveté du patois en avaient con-
servé l'usage dans cette ville en conversation; mais le torrent
de la mode et du bon ton l'a rélégué au menu peuple, qui com-
mence à le dédaigner.
18. — Le patois est dominant dans les conversations des
gens de la campagne du bailliage, qui a environ trente-trois
mille toises du midi au septentrion , et vingt-trois mille du
levant au couchant.
19. — Les campagnards permanents parlent peu français
et très-mal ; ceux qui voyagent le parlent moins mal ; ceux
qui se sont absentés plusieurs années le parlent assez bien.
20, 21, 22. — On n'a jamais ouï dire qu'on ait prêché en pa-
tois ; les inscriptions du pays sont toutes en latin ou en fran-
çais. V. réponse sur l'art. 15.
23, 24, 25. — On n'a connu en patois que des chansons faites
pour les danses des gens de la campagne, dont les rimes sont
très-inexactes ; le patois n'en est pas susceptible.
26 . — On ne connaît pas de proverbes propres au patois.
On y a reçu ceux du français, lesquels, habillés en patois, ne
perdent rien de leur mérite.
27. — Le patois du pays a moins d'influence sur les mœurs
que les mœurs sur le langage. Sa simplicité, sa naïveté prou-
LETTRES A GRËGOIRB 283
vent les mœurs. La parure de la langue française est bien plus
dangereuse.
28. ^- V. la réponse sur l'art. 6.
29, 30. — On ne voit d'importance que dans la conserva-
tion du patois. Il est le langage du bon sens et de la belle sim-
plicité, dont le mérite augmente par conséquent tous les jours.
On a remarqué que le dédain du patois n'a pris que dans ceux
de la campagne qui n'ont ni bon sens ni mœurs ; ils sont en
petit nombre. La plupart sait l'apprécier et ne se résoudra ja-
mais à le quitter.
31 . — Dans les campagnes, l'enseignement a toujours été
fait en français, sur des livres ascétiques, et l'instruction sur le
catéchisme du diocèse .
32. — Chaque paroisse a son maître d'école, qui habite au
chef-lieu. Quelques cantons qui en sont éloignés s'en donnent
avec Tappi^obation de l'ordinaire. Ils enseignent garçons et
filles, parce qu'il n'y a pas de personnes assez instruites pour
faire les fonctions de maîtresse d'école.
33. — On n'enseigne, dans ces écoles, qu'à lire, écrire et
chiffrer.
34. 35 . — Elles sont bien surveillées, et l'on n'en a pas en-
core eu de sujet de plainte. M. l'évêque défunt a fait distri-
buer dans les paroisses beaucoup de livres ; il en a laissé beau-
coup qui ont été à leur destination.
85. — Les gens de la campagne ne manquent [pas] de goût
pour la lecture, mais ils donnent une juste préférence aux ou-
vrages de leur état. En hiver principalement, ils lisent ou font
lire par leurs enfants, en famille, des livres ascétiques.
37. — L'office de juge, que j'ai exercé pendant longtemps,
m'a occasionné des 0jours à la campagne. Je voyais leurs
livres dans les temps qui interrompaient mes occupations; j'y
ai souvent vu des ouvrages de piét^. Le voisinage de certains
auteurs célèbres*, qui ont souillé et avili leur plume sur la fin
de leur carrière, y avait répandu des brochures dangereuses
pour les mœurs et la religion, qui ont introduit et nourri le
trouble et l'anarchie à Genève. Je trouvais de ces ouvrages
' Est-il besoin de dire que c'est du citoyen de Genève et du patriarche
de Ferney qu'il est ici question?
854 DIALECTES MODERNES
chez un commerfétnf qui était séduit; mais, à Taide de son hpn
sens, je lui fis apercevoir le faible de ces écrits; leurs absurdi-
tés, leurs inconséquences et leurs contradictions. Il en revint,
et a fini sa vie avec édification. Un petit nombre d'autres ont
été désabusés.
38» — Il n'est pas de peuple sans préjugé; mais je n*en ia
pad connu de dangereux dans la campagne. Il y a eu plus de
superstitions, dont on les a désabusés.
39, 40. — Les gens de la campagne ont trop d'occupation
d'état pour s'attacher à s'instruire sur tout ce qui n'j a pas
du rapport. Ceux qui ont poussé leur curiosité au delà se
sont donnés aux écrits de mode, qui se répandent avec trop
de liberté, et, n'y trouvant que des mots, ou des doutes et
des incertitudes, la plupart ont fini par les mépriser H est
dangereux *■ que la jeunesse ne soit séduite, ce qui sersii-iiiK
grand mal parmi des ignorants sans éducation, qui ne ccm-
naissent ni bienséance ni modération^ et qui donneraient dans
le fanatisme. Il n'a que trop été funeste pour la religion, dans le
temps que le torrent qui entraîne les esprits faibles était pour
elle, quoiqu'elle le désavouât. Par la même raison^ il a pris un
cours opposé, où il serait bien plus dangereux, parce qu'il n'y
aurait aucun frein. Le remède au mal serait d'arrêter tous les
ouvrages contraires aux mœurs, à la religion et au gouverne-
ment, directement ou indirectement, qui sont des boîtes de
Pandore propres à répandre la dépravation, le trouble et
l'anarchie *.
41. — La Révolution n'a été suivie d'aucun mauvais effet
dans notre bailliage. Nous n'avons éprouvé ni insurrection, ni
trouble ; l'ordre et la tranquillité ont toujours régné ici. L'at-
tachement pour les ministres de la religion a occasionné quel*
ques plaintes sur la pression de la dîme ; mais on les a con-
solés en leur disant qu'elle serait remplacée par un impôt avec
plus d'étendue et de justice.
42. — Le patriotisme règne, dans ce pays, tout au moins
autant que nulle part. L'intérêt particulier cependant, dans
* C'est-à-dire il est à craindre; latinisme.
2 Ce raisonnement ressemble un peu à celui de Sganarelle; dous
n'avons pas cru devoir changer un seul mol.
LBtTRËS k GREGOIRE g55
dés familles qui n'ont pour la plupart que leur subsistance,
conserve ses droits. Mais on leur fait apercevoir que la reli-
gion a mis le patriotisme au rang de leurs devoirs, que le bien
général refluait sur le particulier, et que du bon ordre dépen-
daient leurs fortunes et leur tranquillité.
43. — On a toujours conservé les mêmes égards pour
M. rËvêque, les chanoines, ci-devant gentilshommes, et autres
prêtres séculiers et réguliers. Pour preuve, on rapportera des
faits. M. rÉvêque est au rang des notables de la municipalité ;
les municipaux et les notables se sont régalés réciproquement,
et M. rÉvêque. Sur un bruit d'insurrection de la part des an-
ciens vassaux du chapitre pour leur enlever leurs titres, la
municipalité leur assura qu'ils seraient défendus par notre
milice nationale. Deux offlciers de cette milice allèrent dans
ces terres, pour les exhorter à rester tranquilles et les assurer
qu'ils trouveraient toute la milice pour les arrêter. Ils se con-
vainquirent de la fausseté de ce bruit. Un chanoine est aumô-
nier de notre milice et a été invité à toutes nos fêtes patrioti-
ques. MM. du District ont mis le procédé le plus honnête dans
les inventaires qu'ils ont faits. C'est ainsi que nos habitants
prouvent la noblesse [sic].
Il n'est pas question du seul département du Jura dans le
document qu'on va lire ; mais l'auteur de cette lettre, qui fut
dans la suite vicaire épiscopal de Blois, et que Grégoire, dans
ses Mémoires, ne craint pas d'appeler un hypocrite abominable,
avait séjourné, probablement comme aumônier ou comme
précepteur, à Salins, àTournon, aux Chapelles-Bourbon, dans
le département de Seine-et-Marne, et finalement au château
de SuUj, dans le Loiret. Les indications qu'il donne sur ces
différents pays sont bonnes à recueillir, malgré son verbiage
et ses prétentions de réformateur religieux.
Monsieur l'Evêque,
Je vais essayer de concourir à vos vues morales et patrio-
tiques, en répondant à vos questions sur le patois. Je vous
soumets entièrement mes idées ; puissent-elles entrer dans la
256 DIALECTES MODERNES
composition de votre ouvrage, lorsque vous les aurez embel-
lies de votre style ! Je répondrai à vos questions par ordre,
relativement à Salins, à Tournon, à Beaumarchais et àSuUy.
M.-J.-P. ROCHEJBAN
l. — La ville de Salins, la plus considérable du départe-
ment du Jura, fait partie de la France depuis la dernière con-
quête de la f^ranche-Comté, qui eut lieu, je crois, en 1688 ^
Avant la conquête, la Franche-Comté n'avait d'espagnol que
son gouverneur et quelques tyrans subalternes. Quant à ses
mœurs et à son langage, elle n'était pas plus espagnole que le
Comtat d'Avignon n'est italien , que le duché de Savoie n'est
piémontais. Seulement on rencontre dans le patois et le mau-
vais français du peuple de Salins et de la ci-devant province
quelques tournures et quelques expressions espagnoles, ou qui
tiennent de l'espagnol. Il est moins rare d'y trouver des tra-
ces de la langue allemande, par la raison de son voisinage avec
la Suisse. Le patois de Salins, de la ci-devant Franche-Comté
et de la ci-devant Bourgogne, estwn vieux français corrompu '.
Chacun des villages où j'ai été et dont j'ai entendu parler mo-
difie tellement cette source commune de son langage, qu'il
diffère au point d'être presque méconnaissable. Une chose
plus singulière : la ville de Salins, qui est longue presque d'une
demi-lieue, est divisée, de langage et même de mœurs, en
deux [)arties très-distinctes. Le patois et le français, dans la
partie nord, sont beaucoup plus grossiers et moins français,
et les mœurs beaucoup moins polies que dans la partie sud. La
langue nationale fait tous les jours des progrès sensibles dans
toute la ville ; les vieillards de la bourgeoisie ne parlent plus pa-
tois ; les jeunes gens de la dernière classe savent assez bien le
français. Tout le monde connaît la lâcheté niaise et fastidieuse
de l'accent des Francs-Comtois, dont ils se corrigent très-diffi-
cilement, même en se dépaysant. Un défîiut de langage aussi en-
raciné chez eux et plus important est l'inexactitude et le louche
de leurs constructions.
' C'est 1668 qu'il faut lire.
^ Cette erreur est trop manifeste pour qu'il soit besoin de la reetiflor
longuement.
LETTRES A GREGOIRE 257
2. — La réponse à la seconde question est fondue dans celle
à la première.
3. — Les termes radicaux du patois de Franche-Comté sont
les, mêmes que ceux du français. Il n'est point riche comme le
languedocien et le provençal; il a peu de mots composés, mais
il renferme quelques mots d'une énergie très-pittôresque.
4. — Ce que j'ai dit jusqu'à présent me paraît suffisamment
répondre à la quatrième question.
5 à 12. — Je ne suis point assez habile pour répondre aux
huit suivantes. Seulement je répondrai en deux mots à la neu-
vième, que le patois de Franche-Comté manque d'expressions
pour les nuances des idées et les objets intellectuels, parce que
les paysans francs-comtois ont des idées très-peu nombreuses
et fort peu nuancées, et parce qu'ils cultivent beaucoup plus
leurs champs que leurs intelligences.
13. — J'observe que, si peu de mots français finissent par
des voyelles, il en est peut-être moins encore qui soient ter-
minés par des voyelles prononcées. Or, dans le patois de
Franche-Comté, on ne trouve des consonnes prononcées qu'à
la fin d'un très-petit nombre de mots, presque entièrement
français. Je. placerai ici une autre observation. On dit que
les langues septentrionales sont surchargées de consonnes,
et les langues méridionales abondantes en voyelles; cela n'est
pas généralement vrai, car j'ai vu dans les poésies écossaises
d'Ossian,fils de Fingal, presque tous les mots terminés par des
voyelles, et la langue écossaise est à très-peu de chose près
celle de l'Irlande, de la principauté de Galles et de notre ci-
devant basse Bretagne.
14. — Je passe sur cette question, pour la même raison que
j'ai passé sur plusieurs des précédentes et que je passerai sur
plusieurs des suivantes.
15. — Le patois de Franche-Comté ne s'écrit qu'avec les ca-
ractères français, et je ne sache pas qu'il y ait d'autres ouvra-
ges que des cantiques et des noëls.
19. — Dans les villages les plus éloignés des villes, le peuple
entend un peu le français, mais ne sait pas le parier.
20 à 26. — Je n'ai jamais entendu dire qu'on prêchât ni
qu'on ait prêché en patois dans le pays dont je parle. Même
réponse jusqu'à la vingt-septième question.
20
258 DIALECTES MODERNBS
27. — L'influence du patois sur les mœurs me semble devoir
être d'abaisser les paysans à leurs jeux, en leur faisant penser
qu'ils ont un langage grossier, dédaigné et ignoré des premiè-
res classes de la société. Les mœurs rustiques, naturellement
immuables, imprimeraient leur immutabilité au langage de
tous les campagnards, si ceux-ci ne fréquentaient les villes.
29. — L'effet de la destruction du patois serait d*élever
l'âme, de réunir les cœurs, d'éclairer les esprits; comme Teffet
du patois est de dégrader l'âme par une des distinctions qui
placent le pauvre au-dessous du riche, de conserver dans les
campagnes une ignorance qui met sans cesse les hommes aux
prises avec l'erreur et la fourberie , d'empêcher entre les
hommes la communication des sentiments et des pensées, de
traiter facilement de leurs intérêts, de diviser les départe-
ments, les districts '[et les communes en autant de peuples diffé-
rents. Le détruire serait travailler pour l'établissement de
l'égalité, donner de grandes facilités à l'instructon publique,
unir en un seul cœur comme en un seul peuple tous les Fran-
çais. L'avantage religieux de la destruction du patois ne serait
moins grand que son avantage politique. Il importe à une
grande partie de la nation de savoir la langue dans laquelle
on l'instruit de la religion, et qui bientôt sera celle de la litur-
gie . L'ignorance de cette langue nécessiterait un grand nom-
bre de traductions des nouveaux livres de liturgie, qu'il est à
désirer de ne pas multiplier, et remettrait le voyageur le plus
instruit dans le cas de ne rien comprendre à l'office de beau-
coup de départements et d'y assister comme le peuple dans
nos églises. Tous les Français doivent savoir lire les bons ou-
vrages que nous avons sur la religion, dans la langue de ces
ouvrages, et non dans des traductions qu'on ne fera pas pour
eux. Enfin, s'il est de l'intérêt public qu'il n'y ait qu'un poids
et une mesure en France, il l'est bien plus encore qu'il n'y ait
qu'un même idiome.
30. — Les moyens de détruire le patois sont : Iq de n'ad-
mettre désormais pour maîtres d'école dans les villages que
des hommes qui n'en sachent pas le patois; 2^ de fournir
chaque année aux administrateurs de district une somme à
distribuer, en formé de prix d'encouragement, aux trois mai-
LETTRES A GREGOIRE 259
très d'école qui auront le plus contribué à détruire le patois
de leur paroisse ; 3° de distribuer dans les campagnes beau-
coup d'instructions simples en français, sur la religion, la
Constitution, l'agriculture et le commerce ; 4° de cesser, dès
que l'intérêt de la religion et des fortunes particulières le
permettront, de prêcher et de faire les actes civils autrement
qu'en français ; 5** de hâter le moment où le service divin se
fera en langue nationale.
31. — Dans la ci-devant Franche-Comté, l'enseignement se
fait en français; mais, partout, les catéchismes, qui sont les
premiers livres que lisent les enfants, sont peu exacts sur la
doctrine de la foi et sur la décence des mœurs. Rien n'est plus
nécessaire qu'un catéchisme unique, adopté par un concile
national.
32. — Je suis porté à croire qu'il y a un maître ou une
maîtresse d'école dans chaque paroisse de la ci-devant Franche-
Comté, et que le plus grand nombre des villageois y sait lire .
35. — Un assortiment de livres, que devraient avoir MM. les
Curés pour prêter à leurs paroissiens, est une idée digne
d'avoir été conçue et exécutée par l'auteur de ces questions.
Il a toujours eu en cela, comme dans beaucoup d'autres ex-
pressions de son zèle, très-peu de rivaux, et je crains que,
malgré le renouvellement du clergé, il n'ait toujours que très-
peu d'imitateurs. Mais il vaut mieux qu'un peu de bien se fasse
que pas du tout.
36. — Si les gens de la campagne n'ont pas' le goût de la
lecture, il n'est pas douteux que les curés et les maires ne
puissent le leur imposer. Partout le peuple commence à lire ;
il s'agit d'entretenir l'impulsion donnée. Dans les classes les
plus ignorantes de la société, il se trouve des hommes dignes
d'instruction, qui ne demandent qu'à s'instruire. Je sais que
le peuple est très-apathique ; mais je sais qu'il l'est moins de
jour en jour, et qu'il renferme assez d'hommes avides d'in-
struction pour en rendre plus ou moins lentement le goût uni-
versel.
37. — Les paysans de la ci-devant Franche-Comté sont,
comme, je le crois, dans tous les départements, à une certaine
distance des grandes villes, routiniers, très-opiniâtres dans
260 DIALECTES MODERNES
leur manière de cultiver la terre, beaucoup plus dévots envers
une statue de la Vierge ou d'un saint en réputation qu'en-
vers J.-C, et persuadés de Fexistence des revenants.
42. — La hauteur des sentiments patriotiques me paraît
devoir être au-dessus des lumières et des vieilles affections
des habitants de la campagne ; mais j'ai trop bonne idée de la
nature humaine pour ne pas croire que, s'ils avaient de justes
idées de l'intérêt public, ils ne devinssent d'exceUents pa-
triotes.
43. — Dans la ville de Salins, tous les fonctionnaires ecclé-
siastiques ont prêté le serment ; les chanoines j seront peu
regrettés, quoiqu'ils n'y donnassent aucun mauvais exemple
et que quelques-uns y exerçassent le ministère avec beaucoup
de fruit. On y est, comme presque partout, très-patriote. La
faute qu'un ci-devant noble a faite de garder longtemps de
grandes provisions de blé, pendant la dernière famine et la
précédente, n'a pas peu servi à décréditer la noblesse. Le jour
de la Fédération, on a obligé les nobles de la ville à aller au
lieu de la cérémonie prêter le serment civique. Je ne pense
pas que, depuis cette époque, la haine et la défiance de la no-
blesse soient diminuées; chaque jour, la résurrection des or-
dres devient plus impossible. Cette observation est surtout
vraie pour les départements qui ont remplacé les ci-devant
comté et duché de Bougogne, où le patriotisme s'est montré,
dès le commencement, avec plus de constance et de vigueur.
Tournon, chef-lieu de district dans le département de TAr-
dèche, située au pied d'un coteau qui fait face à celui qui
produit le fameux vin de THermitage, est peuplée de près de
4,000 personnes, qui toutes entendent le français, et dont
les plus pauvres ne le savent guère parler. Les habitants des
villages et hameaux qui sont à moins d'une lieue de la ville
n'entendent pas mot de la langue nationale. La leur, qui est
aussi celle du peuple de Tournon, tient plus du languedocien
que de toute autre ; son caractère général est celui des idiomes
méridionaux. Il change de distance en distance, tellement qu'à
Satillieu, éloigné seulement de cinq lieues de Tournon, il est
LETTRES A GREGOIRE 261
très-diiférent ; il devient moins français et plus grossier à me-
sure que Ton s'éloigne des villes.
On trouve dans les environs de Tournon, et surtout en
suivant la plaine du Rhône, beaucoup d'inscriptions, de mo-
saïques, de tauroboles, d'urnes, d'idoles et de monnaies ro-
maines. A Tain, situé au delà du Rhône, vis-à-vis Tournon,
un taurobole sert de piédestal à la croix qui est sur la place
du port. A une demi-lieue de Tournon, une pierre portant une
inscription très-bien conservée, en l'honneur de Trajan, est la
pierre angulaire d'une église de paroisse.
Je n'ai point assez vu le peuple de Tournon pour vous don-
ner de plus grands détails sur son langage et sur ses mœurs,
sans m'exposer à faire fléchir la vérité . Pour les observations
générales, je vous prie de vous référer à ce que j'ai dit sur la
ci-devant Franche-Comté.
(A suivre.)
Concours du Chant du Latin
PIECE COURONNÉE
CANTUL GINTEI LATINE
Latina gintâ e reginà
Intre aile lumii ginte mari.
Ea pôrtâ'n frunte o stea divinâ
Lucind prin timpii seculari.
Menirea ^i tôt înainte
Mâret îndréptâ pasii sei.
Ea merge'n capul altor ginte
Versând lumina'n urma ei.
Latina gintâ' i o verginâ
Cu farmec dulce, râpitor.
Strâinu'n faciâ'i se închinà
Si pe genuchi cade cu dor,
LE CHANT DE LA RACE LATINE
La race latine est reine — parmi les grandes races du monde. —
Bile porte sur le front une étoile divine^ — qui luit à travers les
temps séculaires. — Le destin, — toujours en avant, — dirige ses
pas d'une manière grandiose. — Elle marche à la tête des autres
races, — versant la lumière derrière elle.
La race latine est une vierge — au charme doux et ravissant. —
L'étranger en face d'elle s'incline ; — il tombe à ses genoux avec un
1 La Société publiera bientôt, en un volume distinct de la Revue^ la re-
lation du concours du Chant du Latin et des réunions scientifiques ou
littéraires qui l'oct précédé et suivi, dans la deuxième quinzaine du mois
(ia mai. En attendant l'apparition de ce volume, elle croit devoir insérer
dans le présent fascicule les principales pièces de poésie de la séance
tenue au Peyrou lo 25 mai, c'est-à-dire le Chant de la Ra^e IcUme de
B. Alecsandri, la poésie de Matheu y Fornells et l'appel à la Rciço laUno
de F. Mistral.
CANTUL GINTBI LATINE «63
Frumôsâ, vie, zîmbitôre,
Sub cer senin, în aer cald,
Ea se mirézâ'n splendid sôre,
Se scaldà 'n mare de smarald.
Latina gintâ are parte
De aile pâmêntului comori.
Si mult voios ea le imparte
Cu celle-1-alte a éi surori.
Dar e terribilë'n manie
Când braciul ei liberator
Lovesce 'n cruda tiranie,
Se luptâ pentru al seu onor .
La diua cea de judecatâ
Când, faciâ'n cer cu Domnul sânt,
Latina gintâ a fi 'ntrebatâ :
« Ce a fâcut pe acest pâment? »
Ea va respunde sus si tate :
(( 0 ! Dômne, 'n lume cât am stat,
» In ochii sei plini de admirare,
» Pe tine te am represintat ! »
B. Alecsandri
Mircésti (Roumanie).
désir mêlé de regret. — Belle, vive, souriante, — sous le ciel se-
,rein, dans l'air chaud, — elle se mire au soleil splendide, — elle se
baigne dans une mer d'émeraude.
La race latine a sa part — des trésors de la terre, — et bien vo-
lontiers elle les partage — avec les autres de ses sœurs. — Mais
elle est terrible en [sa] colère — quand son bras libérateur— frappe
la cruelle tyrannie, — [ou] lutte pour son honneur.
Au jour de ce jugement, — quand au Ciel» en face du Seigneur
saint, — la race latine sera interrogée : — « Qu'a-t*elle fait sur cette
terre ?» — Elle répondra haut et ferme : — « Oh ! Seigneur, au
» monde tant que je suis restée — à ses yeux pleins d'admiration,
» c'est toi que j'ai représenté! »
B. Alecsandri
Mircésti (Roumanie).
LO GANT DEL LLATI
Montres nos quede dins la memoria
L'imatge viva del temps passât ;
Mentres nos lligue la nostra historia
Ab lias fortissim de germa ndat,
Serèm Llatins ;
Llatins â fora, Llatins à dins,
Sempre Llatins !
Mentres ressone per nostres platjes
Del mar de Roma Tetern udol,
Y'I mestral infle ses amples rat j es
Y'ns petoneje la llum del sol,
Serèm Llatins;
Llatins à fora, Llatins à dins,
Sempre Llatins !
Mentres les segnes omplen les ères,
Y'is cepfe engrexen nostres cellers,
Y cad' anj lleven les oliveres,
Y reverdescan nostres llorers,
Serèm Llatins;
Llatins à fora, Llatins à dins,
Sempre Llatins !
LE CHANT DU LAT N
Tant que restera dans notre mémoire — l'image vive du temps
passé; — tant que notre histoire nous liera — par le lion très-fort
de la fraternité, — nous serons Latins; — Latins au deljors, Latins
au dedans, — toujours Latins !
Tant que retentira sur nos plages — de la merde Rome la plainte
éternelle; — tant que le mistral soufflera sur nous ses grandes
tempêtes — et que nous brunira de son baiser la lumière du
soleil, — nous serons Latins ;— Latins au dehors, Latins au dedans,
— toujours Latins !
Tant que les moissons rempliront les aires, — que les ceps des
vignes engraisseront nos celliers,— que chaque année fructifieront
les oliviers — et reverdiront nos lauriers, — nous seions liatins ; —
Latins au dehors. Latins au dedans, — toujours Latins !
LO CANT OBL IXATI 865
Montres nos quede la llar dels avis,
Y appop Tesglesia d'estil antich,
Y la llatina parla en los llabis,
Y â fora casa ni un enemich.
Serèm Llatins;
Llatins â fora, Llatins â dins,
Sempre Llatins !
Montres perillen d'una destrossa
Les nostres dones en desconsol,
Los nostres pares dintre la fossa,
Los fille ts nostres dintre 'l bressol,
Serèm Llatins;
Llatins â fora, Llatins à dins,
Sempre Llatins!
Mentres nos queden sis pams de terra,
Y un' arma vella per guerrejar,
Y un pit contrari pel nostre ferre,
Y un fil de vida per respirar,
Serèm Llatins;
Llatins à fora, Llatins â dins
Sempre Llatins !
F. Matheu y Fornells
(Catalan)
Tant que nous restera le foyer des aïeux, — et près de lui l'église
(le style antique, — et la langue latine sur nos lèvres, — et au dehors
de la maison un ennemi, — nous serons Latins; — Latins au dehors
Latins au dedans, — toujours Latins!
Tant qu'il y aura crainte de défaite , — pour nos dames
en deuil, — et pour nos pères dans la fosse, — et pour nos petits
enfants dans le berceau, — nous serons Latins ; — Latins au dehors,
Latins au dedans^ — toujours Latins.
Tant que six pans de terre nous resteront — et une arme antique
pour guerroyer, — et une poitrine ennemie pour notre glaive, — et
un reste de souffle pour respirer, — nous serons Latins ; — Latins
au dehors, Latins au dedans, — toujours Latins!
Fr. Mathkdy Fornells.
A LA RAÇO LATINO
Aubouro-te, raço latino,
Souto la capo dôu soulèu !
Lou rasin brun boui dins la tino,
Lou vin de Dieu gisclara lèu.
Emé toun peu que se desnouso
A Tauro santo dôu Tabor,
Tu sies la raço lumenôuso
Que viéu de joio e d', estrambord;
Tu sies la raço apoustoulico
Que sono li campano à brand;
Tu sies la troumpo que publico,
E sies la man que trais lou gran.
Aubouro-te, raço latino,
Souto la capo dôu soulèu !
Lou rasin brun boui dins la tino,
Lou vin de Dieu gisclara lèu .
Ta lengo maire, aquéu grand flume
Que pér sèt branco s'espandis,
A LA RACE LATINE
Relève-toi, race latine, — sous le manteau de ton soleil! — Le
raisin brun bout dans la cuve — et le vin de Dieu va jaillir.
Avec tes cheveux dénoués — au souffle sacré du Thabor, — ta
es la race lumineuse — qui vit de joie et d'enthousiasme ; — tu es
la race apostolique — qui sonne les volées des cloches; — tu es la
trompe qui publie — et la main qui jette le grain.
Relève-toi, race latine, — sous le manteau de ton soleil! — Le
raisin brun bout dans la cuve — et le vin de Dieu va jaillir.
Ta langue mère, ce grand fleuve — qui par sept branches se
A LA RAÇO LATINO 267
•
Largant Tamour, largant lou lume,
Côume un resson de paradis;
Ta lengo d'or, fiho roumano
Dôu pople-rèi, es là cansoun
Que rediran 11 bouco umano.
Tant que lou Verbe auraresoun.
Aubouro-te, raco latino,
Souto la capo dôu soulèu I
Lou rasin brun boni dins la tino,
Lou vin de Dieu gisclara lèu.
Toun sang ilustre, de tout caire,
Pèr la justice a fa rajôu;
Au moùnde vièi ti navegaire
Soun ana querre un mounde nôu ;
I batedis de ta pensado
As esclapa cent cop ti rèi :
Ah ! se noun ères divisado,
Vuei, quau poudrié te faire lèi?
Aubouro-te, raço latino,
Souto la capo dôu soulèu !
Lou rasin brun boni dins la tino,
Lou vin de Dieu gisclara lèu .
répand, — versant l'amour et la lumière — comme un écho de
paradis, — ta langue d'or, fille romane — du peuple-roi, est la
chanson — que redira la bouche humaine, — tant que le Verbe
aura raison .
Relève-toi, race latine, — sous le manteau de ton soleil I — Le
raisin brun bout dans la cuve — et le vin de Dieu va jaillir.
De toutes parts, ton sang illustre ~ pour la justice a ruisselé; —
tes navigateurs au vieux monde — ont conquis un monde nou-
veau; — aux battements de ta pensée, — tu as brisé cent fois tes
rois. . . — Ah! si tu n'étais divisée, — qui pourrait aujourd'hui te
vaincre?
Relève-toi, race latine, — sous le manteau de ton soleil! — Le
raisin brun bout dans Ja cuve — et le vin de Dieu va jaillir.
e«« niALBCTRS MODERJSES
A la belugo dis estello
Abrant lou mou de toun flambèu,
Dintre lou mabre e sus la telo
As èncarnalou subre-bèu.
De Fart divin sies la patrie,
E touto gràci vèn de tu !
Sies lou sourgènt de Talegrio
E sies Teterno jouventu !
Aubouro-te, raço latino,
Souto la capo dôu soulèu î
Lou rasiri brun boui dins la tino,
Lou vin de Dieu gisclara lèu.
Di forme puro de ti femo .
Li panteon se soun peupla;
A ti triounfle, à ti lagremo,
Tôuti li cor an barbela.
Fleuris la terro, quand fas fiôri;
De ti foulié cadun vèn fôu ,
E dins Tesclùssi de ta glôri
Sèmpre lou mounde a pourta dôu.
Aubouro-te^ raço latino,
Souto la capo dôu soulèu !
Lou rasin brun boui dins la tino,
Lou vin de Dieu gisclara lèu.
A rétincelle des étoiles — allumant là-haut ton flambeau» —
tu as, dans le marbre et la toile, — incamé la beauté suprême. '-^
De Tart divin tu es la patrie, — et toute grâce vient de toi 1 — (Pest
toi la source d'allégresse; — c'est toi la jeunesse éternelle!
Relève-toi, race latine, — sous le manteau de ton soleil 1 — Le
raisin brun bout dans la cuve — et le vin de Dieu va jaillir.
De.s formes pures de tes femmes — les panthéons se sont peu-
plés ; — à tes triomphes, à tes larmes, — tous les cœurs ont battn
d'émoi. — Quand tu fleuris, fleurit la terre; — de tes folies chacun
s'affole, — et dans Téclipse de ta gloire — toujours le monde porta
deuil.
Relève-toi, race latine, — sous le manteau de ton soleil I — * Le
raisin brun bout dans la cuve — et le vin de Dieu va jaillir.
A LA RAÇO LATIKO W9
Ta lindo mar, la mar sereno «
Ounte blanquejon li veissèu,
Friso à ti pèd sa molo areno
En miraiant Fazur dôu cèu :
Aquelo mar toujour risènto.
Dieu Tescampè de soun clarun
Coume la cencho trelusènto
Que dèu liga ti pople brun.
Aubouro-te, raço latino,
Souto la capo dôu soulèu !
Lou rasin brun boui dins la tino,
Lou vin de Dieu gisclara lèu.
Sus ti coustiero souleiouso
Crèis rôulivié, Taubre de pas ;
E de la vigno vertuiouso
S'enourgulisson ti campas.
Raco latino ! en remembranco
De toun destin sèmpre courons,
Aubouro-te vers Tesperanço,
Afrairo-te souto la Crous.
Aubouro-te, raço latino,
Souto la capo dôu soulèu !
Lou rasin brun boui dins la tino,
Lou vin de Dieu gisclara lèu.
F. Mistral.
(Provençal, soua- dialecte d'Avignon el des bords du Rhône.)
Ta mer, si limpide et sereine, — où blanchissent au loin les voiles,
— frise à tes pieds sa molle arène — en reflétant l'azur du ciel : —
(îette mer toujours souriante. — Dieu Tépancha de sa clarté, —
comme la ceinture splendide — qui doit lier tes peuples bruns.
Relève-toi, race latine, — sous le manteau de ton soleil ! — Le
raisin brun bout dans la cuve — et le vin de Dieu va jaillir.
Sur tes rivages radieux — croît l'olivier, l'arbre de paix; — et de
la vigne plantureuse — s'enorgueillissent tes campagnes. — Race
latine I en souvenir — de ton destin toujours brillant, — relève-toi
vers Pespérance — et fédère toi sous la Croix !
Uelève-toi, race latine, — sous le manteau de ton soleil ! — Le
raisin brun bout dans la cuve — et le vin de Dieu va jaillir.
F. Mistral.
CALABRUN
A M. G. LISBONNE, d'aLÉS
Lou calabrun toumbavo
Quauqui nivo estrifa rongissien Tonrizoan.
(CHARVEr.)
Dins soun mantéu d'or,
Coume un rèi de glôri
Qu' ufanous e flôri
De soun palais sort,
Lou grand soulèu rouge
S'esvalisferouge.
Bressa dins Tazur
D'un cèu clar d'autouno,
Qu'esblèugis, qu'estouno,
Danson dins Ter pur
Milo niéu que pousso
L'auro siavo e douco .
CREPUSCULE
A M. G. LISBONNE, d'aLAIS
Le crépuscule tombait
Quelques nuages déchirés rougissaient l'horizoïi*
(Chahvet. )
Dans son manteau d'or, — tel qu'un roi glorieux — qui, altier
et florissant, — sort de son palais.
Le grand soleil rouge — disparaît farouche .
Bercés dans Tazur — d'un ciel clair d'automne — qui éblouit,
qui étonne, — dansent dans l'air pur
Mille nuages que chasse — la brise calme et douce.
CALABRto 271
Si vivo coulour
Moureto, pourpalo,
Verdo, roso e palo
Brihon dins Tahour.
La naturo endiho
De tant d'escandiho.
Niéu pichot o grand,
Que luse, que lande,
Coumo dins un brande,
Se donon la man ;
Au dieu que trecoulo
Fan la farandoulo .
Aqueste, dirias
Uno flour giganto;
L'autre que Taganto,
Un monstre marrias;
Aquel autre, uno isclo
Que de la mar gisclo .
Fantasti troupèu,
Barrulant lis astre
§enso chin ni pastre,
T'arrestaras lèu ?
Mounte vas encaro
E mounf ei ta raro ?..
Leurs vives couleurs,— brunes, pourpres^ — vertes^ roses et
pâles^ — brillent dans l'horizon embrasé.
La nature frémit — de tant de lueurs ardentes.
Nuage petit ou grand, — que l'un brille, que l'autre flamboie —
comme dans une ronde, — se donnent la main :
Au Dieu qui se couche, — ils dansent la farandole.
Celui-ci, vous diriez — une fleur géante ; — l'autre qui le saisit,
— un monstre méchant ;
Cet autre, une île — qui de la mer jaillit.
Troupeau fantastique, — parcourant Tespace — sans chien ni
berger,— t*arrêteras-tu bientôt?
Où vas-tu encore? — et quelle est ta limite?
272 DIaLëCTËS modernes
Mai, plan-plan, li nièu
Dins Taire ounte glisson
Sourne s'esvalisson...
Calabrun, adieu !
La niue t'enmantello,
Vaqui lis estello !.. .
Leountino Goirand
(Provençal, sous-dialer.te d'Avignon et des bords du Rhône )
Mais peu à peu les nuages, — dans l'espace où ils glissent,
■ sombres, s'évanouissent. — Crépuscule, adieu! ^
La nuit te couvre de son manteau, — voilà les étoiles.
Léontine Goirand.
^^gr ri^ ^ -
LUNO PLENO
Dins lou cèû blanc coume de la,
Sus li champ blanc coume quand nèvo,
La blanco luno apereila,
Espandis sa clarta de trèvo.
Lis estello d'or à milioun,
Davans lou dardai de la luno,
Pèr faire plaço à si raioun,
S'esvalisson uno pèr uno.
PLEINE LUNE
Dans le ciel blanc comme du lait, — sur les champs blan^
comme quand il neiî^e, — la blanche lune, dans le loin, — épanouit
sa clarté de fantôme.
Les étoiles d'or à millions, — devant le scintillement de lali;uiAp,
— pour faire place à ses rayons, — s'évanouissent «ne à une«^
LUI^O PLEMO 073
Tout es mut, désert : de la som
E dôu silènci veici Touro.
S'entend que lou murmur di font
Coume uno voues que canto e plouro.
Fai clar autant qu'en plen miejour ;
Dins li founsour, Foumbro es plus negro ;
Sias esmougu mai que de jour,
E la bello niue vous alegro.
Coume un velet de nôvio es blanc,
Lou castèu, blanc coume un susàri :
Quau cerco sa jouvo ane plan,
D'èstre pas lou jouguet d'un glàri.
Franc dôu ferun paurous que sort,
Sus li camin fa res en aio ;
Belèu mai que Tome que dor,
L'ome que viho aro pantaio :
Poulit pantai ! sounge risènt
De Famourous pèr sa Mirèio ;
Souveni dis oureto ensèn
Passado au fres souto li lèio ;
Tout est muet, désert : du sommeil — et du silence voici l'heure.
— On n'entend que le murmure des fontaines — comme une voix
qui chante et pleure.
11 fait clair autant qu'en plein midi ; — dans les profondeurs
l'ombre est plus noire;- vous êtes ému plus que pendant le jour,
— et la belle nuit vous relève.
Gomme un voile de mariée, le château est blanc, — il est blanc
comme un suaire : - qui cherche son amie aille doucement^— pour
n'être pas le jouet d'un lutin.
Excepté les fauves qui sortent peureux, — nul ne se hâte sur les
chemins; — peut-être plus que Thomme qui dort, — l'homme qui
veille rêve maintenant :
Joli rêve, songe riant de l'amoureux pour sa Mireille, — souvenir
des heures charmantes ensemble — passées sous la fraîcheur des
allées;
21
274 DIALECTES MODERNES
Pantai de l'amo que languis
En terro estranjo, ai-las î souleto,
Vers lou fougau, vers lou païs,
Voulant coume uno dindouleto ;
Pèr sa maire, pantai d*enfant ;
Gai 0 doulènt, toujour amaire;
Pantai que vous dis : a De -que fan ? »
Long e divin pantai de maire !
Pèr aquéli que van sus mar
Tendre e segrenous pantaiage ;
Marrit pantai, pantai amar,
Pèr li qu'an fa lou sourne viage. .
Parpaioun blu, négri tavan
Que bâton lou front de sis alo ;
Revarié suavo, espravant,
Pantai que vous brulo o vous j alo.
Li nivo courron . . . Lou mistrau,
Enca mai, fai briha ta fàci.
0 luno ! s' ères un mirau,
Amount pendoula dins l'espàci !
Vers tu, triste, aubourant lis iue,
Quête chale sarié de vèire, ^
Misterious mirau, la niue,
Sis amour, sis ami, si rèire !
Héve de Pâme qui languit — en terre étrangère, héJas I seule,
— vers le foyer, vers le pays, — volant comme une hirondelle;
Rêve d'enfant pour sa mère; — joyeux ou dolent^ toujours aimant;
— rêve qui vous dit: a Que font-ils? » — long et divin rêve de mère ;
Pour ceux qui vont sur mer, — rêve tendre et soucieux; — mau-
vais rêve, rêve amer — pour ceux qui ont fait le sombre voyage.
Bleus papillons, taons noirs — qui battent le front de leurs ailes ;
— rêverie suave, épouvante; — rêve qui vous brûle ou vous glace.
Les nuages courent.... Le mistral, — encore plus, fait briller ta fiice.
— 0 lune! si tu étais un miroir, — là-haut suspendu dans Tespaoe!
Vers toi, tristes, levant les yeux, — qu'il serait délicieux de voir,
— mystérieux miroir, la nuit, — ses amours, ses amis, ses aleuxt
LA BOUMIANO tlh
Dins lou cèu blanc coume de la,
Sas li champ blanc coume quand nèvo,
La luno masco apereila
Escampo sa clarta de trèvo.
Teodor Aubanel.
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.)
Dans le ciel blanc comme du lait, — sur les champs blancs
comme quand il neige, — la lune, sorcière dans le loin, épand sa
clarté de fantôme.
Théodore Audanel.
LA BOUMIANO
A M^° A. B., A ROUIAN
— Veni, veni, ma filheto,
Daisso aqui la faucilheto;
Balho-me ta ma blanqueto.
Saureilèu se toun destin
Sara bounur ou chagrin
E se toun cor fa tin-tin.
LA BOHEMIENNE
A MADEMOISELLE A. B., A ROYAN
Viens, viens, ma ûUette, — laisse là ta faucille ; — donne-moi
ta petite main blanche. — Je saurai bientôt si ton destin — sera
chagrin ou bonheur = et si ton cœur pense à quelqu'un *.
* Littéralement : qui fait tin-tin.
276 DIALECTES MODERNES
— 0 boumiano î ma boumiano,
Gar aissi ma ma rouiano ;
Gueito-ne pla lous countours.
Digo-me se dins Tabsenso
Moun calignaire à iéu penso ;
Digo se m'aimo toujours.
— Toun estelo, gento filho,
Dins un hourizoun d'or brilho;
Coumo uno perle sintilho.
Un jour, crei-zou, tous penous
Trepejaran lou velous
Dins un saloun pie de flous.
— 0 boumiano! ma boumiano,
Se tu SOS tant soubeirano,
Daisso moun hourizoun d'or.
■
Digo-me se dins TabBenso
Moun calignaire à iéu penso;
Digo se m'aimo de cor.
— Jouinô filho, aquelo veno,
De sang escarlato pleno,
Es un signe de grandous .
Saras un jour hounourado,
Coumo uno reino entourado
De vailets e de flatous.
0 bohémienne ! ma bohémienne, voici ma main de jeune fille
de Royan ; — regardes-en bien les contours. — Dis-moi si dans
l'absence — mon amoureux pense à moi, — dis s'il m'aime tou-
jours .
Ton étoile, gentille fillette, — brille dans un horizon d'or; —
comme une perle elle scintille. — Un jour, crois-le, tes petits
pieds — fouleront le velours — dans un salon plein de fleurs.
0 bohémienne I ma bohémienne, — si tu es si souveraine, —
laisse mon horizon d'or. — Dis-moi si dans l'absence mon amou*
reux pense à moi, — dis s'il m'aime [du fond] du cœur.
Jeune fille, cette veine, — gonflée de sang écarlate, -«est UH
signe de grandeurs. — Tu seras un jour honorée — et entourée,
comme une reine, — de valets et de llatteurs.
LABOUMIANO . 27T
— O boumiâ.no, ma bôumiano,
Se tu SOS tant soubeirano,
Me parles pas de grandous.
Digo-me se dins Tabsenso
Moun calignaire à iéu penso;
Digo se m'aimo toujours.
— Jouino filho, aquelo ligno,
Tantblanco que flou d'espigno,
Me dis qu'auras de loungs jours.
Ta vielhesso sara belo,
0 ma dousso jouvenselo !
Coumo roso sens pounchous.
— 0 bôumiano ! ma bôumiano,
Se tu sos tant soubeirano,
Me parles pas de loungs jours.
Digo-me se dins l'absenso
Moun calignaire à iéu penso ;
Digo se m'aimo toujours.
— Pauro filho, ma scienso
Es al bout de sa puissenso.
De toun cor que trefoulis.
De toun amo malcourado,
Podi pas, 0 desoulado,
Poro bandi lous soucis.
0 bohémienne ! ma bohémienne, — si tu es si souveraine, ne me
parle pas de grandeurs. — Dis-moi si dans l'absence mon amou-
reux pense à moi, — dis sll m'aime toujours.
Jeune fille, cette ligne, — aussi blanche que fleur d* épine, — me
dit que tu auras de longs jours. — Ta vieillesse sera belle, — ôma
douce jouvencelle 1 — comme une rose sans piquants,
O bohémienne I ma bohémienne, — si tu es si souveraine, — ne
me parle pas de longs jours. — Dis-moi si dans Tabsence — mon
amoureux pense à moi, — dis s*il m'aime toujours.
Pauvre fille, ma science — est au bout de sa puissance. —^De
ton cœur qui tremble. — de ton âme affligée*, — je ne puis, ô
désolée,— chasser les soucis.
* Littéralemeut : quia mal au cœur
27a DIALECTES MODERNES
— 0 boumiano ! ma boumiano,
Sos dounc pas tant soubeirano.
De que mé fan tas grandous
E toun hourizoun de flous,
S'a moun amo endoulourido
Podes pas rendre la vido ?
A GUILHEM BONAPARTB-WYSE
A vous, Milord, aquestes vers,
Que vous mandi sens ges de crento ;
Car i a digus dins l'univers
Qu'aje Tamo pus indulgento.
Tout en vous trefoulis, l'esprit amai lou cor,
Quand de nostre pais entendez lou lengage.
L'escrivez enpouëto, à Talé fier e d'or.
Vouiajaz en sabent, en sage,
E daissaz apertout treu de vostre passage .
Pensaz qu'à fa valé cadun, quand ven soun tour,
Acô d'aqui nous met en de vives alarmos
E nous forso tant lèu à vous rendre las armos.
Sens poudre en res de res vous paga de retour,
C. Laforgue.
(Languedocien, Quarante et ses environs. )
0 bohémiennel ma bohém enne^— tu n'es donc pas si souveraine
— Que me font tes grandeurs — et ton horizon de fleurs, — si à mon
âme attristée — tu ne peux rendre Ja vie ?
A Guillaume-G . Bonaparte-Wyse
A vous, Mylord, ces vers — que je vous envoie sans craintA« —
car il n'est personne dans Punivers — qui ait l'âme plus indul-
gente [que vous], — Tout en vous tressaille, l'esprit et le cœur, —
quand vous entendez le langage de notre pays. — Vous l'écrives en
poëte, au souÇle fier et d'or. — Vous voyagez en savant, en sage,—
ot laissez partout trace de votre passage. — Vous ne penses qn%
faire valoir chacun, lorsque son tour vient. —Tout cela nous met
en de vives alarmes — et nous force aussitôt à vous rendre les
armes, — sans pouvoir en rien vous payer de retour.
C, Laforgue.
A LA MAR LATINA
0 bressaira de lum amai d'allegretat !
Tas ersas, couma d'iols linsas e sounjarelas
Qu'enfloura, toun pantai, d'illas lugrejarelas,
Autant qu'un cel preclar alargoun la clartat.
Canda clartat, que fai de cada ime atindat
Un clar meravilhous, miralhaire d'estelas,
E regat per vesiouns, emb de magicas vêlas
Que van questant pertout e Sapiençia e Bèutat;
Car, s'emerga de tus TAfroudita-daurada,
A Minerva-Athenè toun siau blous tant agrada,
Qu'en subre-amor de tus lou garda en soun esgard.
Antau, couma de dieus roudant una urna antica,
Veiràs tous fils latins, coupa serena, ô Mar !
T'abrassà d'una volta estrecha e pacefica.
Lidia de Ricabd.
(Languedocien, environs de Montpellier.)
A LA MER LATINE
O berceuse de lumière et d'allégresse, — tes vagues, profondes
et songeuses comme des yeux — que ton rêve fleurit d'îles étin-
celantes, — autant que le ciel splendide épandent la clarté.
Candide clarté, qui fait de chaque esprit [rendu] translucide — un
lac merveilleux où se mirent les étoiles, — un lac sillonné de visions
aux voiles magiques, — qui vont cherchant partout et Sagesse et
Beauté ;
Car, si elle émerge de toi, l'Aphrodite dorée,— ton calme limpide
plait tant à Minerve-Athénè, — que, par suprême amour de toi^
elle le garde dans son regard.
Aussi, comme des dieux qui entourent une urne antique, —
verras-tu tes fils latins, coupe sereine, ô Mer! — t' embrasser
d'une ronde étroite et pacifique !
Lydie de Ricard.
A MOUNT-PELIE
Vengue lou mes de mai, ô feina miejournala!
Veiràs courre ver tus per caire e per camin ;
Seras, en même tems que vila majourala,
Seti das Jocs ûouraus dau viel pople latin.
De la granda cansoun, de la cansoun troumfalâ * ,
La premieira ausiràs lou sublime refrin;
L'ausiràs brounzinà dins la lenga inmourtala,
Que voulen releva coume un parla divin.
Felibres, gardaren longa-mai souvenença ;
E, lou jour benesit de nosta renaissença,
Vendren toutes à tus en nous sarrant la man.
Sagatuns verturious d'una raça aublidada,
Mema fe dins lou cor, dessus toun Esplanada,
Faren trementi Taire au nouvel cant rouman !
A. Roux.
(Languedocien, Lunel-Viel et ses environs.)
A MONTPELLIER
Vienne le mois de mai, ô reine du Midi ! — tu verras courir vers
toi par coins et par chemins ;— tu seras, en même temps que ville
majorale, — siège des Jeux floraux du vieux peuple latin.
De la grande chanson, de la chanson triomphale, — tu enten-
dras, la première, le sublime refrain; — tu l'entendras bruire dans
la langue immortelle — que nous voulons relever comme un par-
ler des dieux.
Felibres, nous garderons sans cesse souvenance ; — et, le jour
béni de notre renaissance, — nous viendrons tous à toi en nous
serrant la main.
Rejetons vigoureux d'une race oubliée, — la même foi dans ie
cœur, sur ton Esplanade, — nous ferons retentir l'air dU nouveau
chant roman !
A. Roux.
* La Chanson du Latin.
LOU BRANLE
DE LAS TBELHAS
Eh! atanlà!
Passa, se vos passa,
Passa jouta las trelhas.
Eh ! atanlà !
Passa, se vos passa,
Très cops sens t'arrestà .
— Cap de jouvent,
Que vas coume lou vent.
Espéra ta poulida;
Cap de jouvent.
Que vas coume lou vent,
Espera-la que ven.
— Lou mes de mai
S'espandis fres e gai,
La rosa es espelida ;
Lou mes de mai
LA RONDE DES TREILLES
Eh ! atanlà ! — passe, si tu veux passer, — passe sous les
treilles. — Eh ! atanlà ! — passe, si tu veux passer, — trois fois
sans t'arrêter.
Chef des jouvenceaux, — qui vas comme le vent, — attends ta
belle; — chef des jouvenceaux, — qui vas comme le vent, — attends-
la qui vient.
Le mois de mai — s'épanouit frais et joyeux, — la rose est écloso;
' C'est le refrain traditionnel de la danse des Treilles aux environs
de Montpellier. Les couplets ont été composés par Tanteur à l'occasion
des Fêtes latines, ils sont alternativement chantés par les filles et les
garçons.
282 DIALECTES MODRRNBS
S'espandis fres e gai,
Tput canta mai que mai
— Lous aucelous,
Sus lous aubres en flous,
Disoun sas cansounetas ;
Lou aucelous,
Sus lous aubres en flous,
Rendoun moun cor jalous.
— Coume eles, ieu,
Angeta dau bon Dieu,
Se vos de poutounetas ;
Coume eles, ieu,
Angeta dau bon Dieu,
Que n'en fariei, boudieu I . . .
— Brave galant,
Sen pas au jour de Tan,
Gardas vostas brassadas ;
Brave galant,
Sen pas au jour de Tan,
Fourviàs-vous de davans.
— Au mes d'amour,
Poutounejoun toujour
Dos amas embrasadas ;
— le mois de mai — s'épanouit frais etjoyeux, — tout chante plus
que jamais.
Les petits oiseaux — sur les arbres en fleurs — disent leurs
chansonnettes ; — les petits oiseaux — sur les arbres en fleurs —
rendent mon cœur jaloux.
Comme eux, moi, — angelet du bon Dieu, — si tu veux des
baisers; — comme eux, moi, — angelet du bon Dieu, — j'en fersûs,
oh ! oui !
Brave amoureux, — nous ne sommes pas au ( premier) jour de
l'an, — gardez vos embrassades; — brave amoureux, — nous ne
sommes pas au jour de Tan, — levez-vous de devant moi.
Au mois des amours, — s'embrassent toujours — deux àm'es en*
LOU BRANLB DB LAS TRBLHâS 2S^
Au mes d'amour,
Poutounejoun toujour
La nioch coume lou jour.
— S'acô 's antau,
Vendrés à moun oustau,
Vous ie serai proumessa ;
S'acô's antau,
Vendrés à moun oustau ;
Moun paire es pas brutau !
— Ma bêla entant,
Per ameisà ma fam,
Aici la taula es messa ;
Ma bêla enfant,
Per amaisà ma fam,
De qu'esperà deman ?
— Ses pas countent ?
Adessiàs, bèu jouvènt,
Passas bona la festa !
Ses pas countent ?
Adessiàs, bèu jouvent ;
M'en vau, qu'ai pas lou tems.
— Oh ! jour charmant!
Mignota, prend ma man.
Pus tard veiren lou resta;
flammées; — au mois des amours, — elles s'embrassent toujours,
— la nuit comme le jour.
SMl en est ainsi, — vous viendrez à ma maison, — je vous y serai
promise; — s'il en est ainsi, — vous viendrez à ma maison; —
mon père n'est point brutal.
Ma belle enfant, — pour apaiser ma faim, — la table est mise
ici ; — ma belle enfant, — pour apaiser ma faim, — pourquoi atten-
dre demain ?
Vous n'êtes pas content? — Bien le bonjour, beau jeune homme;
— passez bonne la fête ! — Vous n'êtes pas content ? — Adieu
beau jeune homme ; — je m'en vais, car je n'ai pas le temps.
O jour charmant I — Mignonne, prends ma main , — plus tard
284 DIALECTES MODERNES
Oh ! jour charmant!
Mignota, prend ma man
Ëmbé moun cor aimant ! . . .
Eh ! atanlà !
Passa, se vos passa,
Passa jouta las trelhas.
Eh ! atanlà !
Passa, se vos passa,
Très cops sens t'arrestà ! . . .
Louis Roumieux.
^Languedocien, sous-dialecie de Montpellier.)
nous verrons le reste; — ô jour charmant ! —mignonne, prends
ma main — avec mon cœur aimant 1. ...
Eh ! atanlà! — passe, si tu veux passer, — passe sous les treilles.
Ehl atanlà! — passe, si tu veux passer, — trois fois sans t'ar-
rêter.
Louis RouMiEUX-
L'AUTOUNA
PANTAIAGE
Dins la vida, souvent nosta ama es atendria
E pensa à Dieu.
Eren à la sasou de la malancounia,
Après Testieu ;
Lous aubres, despolhats de sa verda parura,
Eroun mouquets;
L^AUTOMNE
RÊVERIE
Dans la vie, souvent notre âme est attendrie — et pense à
Dieu. — Nous étions à la saison de la mélancolie, — après l'été; —
les arbres, dépouillés de leur verte parure, — étaient tristes; -^
l'aUTOUNA 285
Lous raisses dau sourel, esclairant sa ramura,
Venien fresquets.
Las fiolhas sus lou sôu, toumbadas per Tautouna,
S'acoutissien ;
Roussegadas dau vent, dansant la farandouna^
S'enfugissien .
Lou pin armounious disiè sa cansouneta
De long dau rieu,
E lous passerounets, en bâtent de Taleta,
Fasien pieu-pieu.
Déjà la trista nèu davalava à grands flecas,
E soun lencôu
S'espandissiè plan-plan dessus las fiolhas secas :
Tout era dôu !
En vegent aquel glas de Fannada mourenta,
Tremoulissiei ;
Moun cor era mens caud, moun ama mai doulenta :
leu vielhissiei !
C. Gros.
( Languedocien, Montpellier et ses environs.)
les rayons du soleil, éclairant leur feuillage, — tombaient presque
refroidis.
Les feuilles sur le sol, couchées par Tautomne, — se poursui-
vaieni; — roulées par le vent, dansant la farandole, — elles s'en-
fuyaient. — Le pin harmonieux disait sa chanson — le long du
ruisseau, — et les petits oiseaux, en battant de l'aile, — ^ piaulaient.
Déjà la triste neige descendait à larges flocons, — et son lin-
ceul — s'étendait doucement sur les Veuilles sèches: — tout était
deuil. — En voyant ce glas del'année mourante, — je tressaillais;
— mon cœur était moins chaud, — mon âme plus dolente : — je
vieillissais !
Ch. Gros.
BIBLIOGRAPHIE
La Prise de Damiette en 1219. — Relation inédite en provençal, publiée
et commentée par Paul Mbtbr. (Extrait de la fiibliothêquê de VBcoHe des
chartes), In-8% 1877.
Cette relation, qui malheurensement, — car elle a pour l'histoire
de Pexpédiiion qu'elle raconte une importance considérable et que
le savant éditeur fait parfaitement ressortir, — ne nous est parvenue
qu'incomplète, nous était déjà connue par l'extrait qu'en donna, il
y a trois ans, M. Meyer lui-môme dans son Recueil d'ancien» tex-
tes (p. 138). Mais, contrairement à son habitude, il n'en indiqua pas
alors la provenance. Aujourd'hui il nous apprend que le ms. qui
nous a conservé ce précieux fragment appartient à la Bibliothèque
de l'Arsenal, oii il porte depuis peu le n® 5,991 .
Après la description du ms., lequel consiste en un cahier in-fol.
de quatre feuillets doubles et renferme, outre notre fragment, la
tin d'une version provençale, différente de celle que Raynouard*
et Bartsch ^ ont mentionnée, de \a. Lettre duprêtre Jean; la fable de
Peire Cardinal, Una ciutatz fo, et enfin une liste en latin, dont il
existe ailleurs de nombreux exemplaires, des évôchés du. monde
chrétien, M. Paul Meyer donne un aperçu des sources historiques
de l'expédition de Damiette. Vient ensuite la relation provençale,
précédée d'un sommaire des événements antérieurs et de ceux
qu'elle raconte, et suivie d'un précieux commentaire historique,
dans lequel sont utilisées les sources précédemment indiquées, et
particulièrement la relation latine d'un témoin oculaire, le prôtre
a Johannes de Tulbia», qui, à ce qu'il paraît, n'avait pas encore
été signalée. Un glossaire-index, comprenant les noms propres et
quelques autres mots^ termine le volume.
M. Meyer suppose, avec 4;oute vraisemblance, que la partie de
la relation provençale qui fait défaut au commencement formait
bien près de la moitié de l'ouvrage. On en doit d'autant plus re-
gretter la perte qu'avec elle a dû disparaître le nom de l'auteur.
L'ingénieuse sagacité de l'éditeura réparé un autre dommage moins
grave, en restituant au texte, avec un haut degré de probabilité (on
• Lex. roman, V. 606 a.
« Grundriss zur Geschichie der provint,, j). 92*
BtBLtOôRAPfiîK Jgî
pourrait dire neuf fois sur dix, avec certitude), un grand nombre de
mots ou de lettres qu'une souris indiscrète avait fait disjparaitre en
rongeant le parchemin du ms. A peine si, sur près de cent cin-
quante lacunes, il en a laissé sept ou huit sans les remplir.
Je ne sais si d'autres réussiront à combler ces vides. Je l'ai, pour
mon compte, essayé sans succès à plusieurs reprises. Mais, en étu-
diant avec le soin qu'elle réclame la nouvelle publication de M. Paul
Meyer,j'ai trouvé matière à quelques remarques qui ont trait, pour
la plupart, soit à la constitution, soit à l'interprétation du texte, et
je les soumets ici à son jugement.
i. 28. Peut-être vaudrait-il mieux suppléer que devant ^*que de
remplacer de par don.
30. Lors, sujet singulier. M. Meyer rejette Va, que j'aurais gar-
dée. "Voy. lesLeys d'amors^ t. II, p. 216. Notre texte est probable-
ment toulousain; ainsi l'article masc. suj. sing. y est le. Cf. dans
l'inlrod., p. 498, la remarque de M. M. sur l'écriture du ms.
49. Redargar. J^ considère ce mot comme une autre forme de
regardar. Cf. adujar (à Toulouse et ailleurs) = ajudar, deneiar =
nedeiar (net^ar), etc.
103. Doa milia. Cette forme neutre de duo est inconnue de Diez
(qui mentionne pourtant tria), comme de Raynouard et de Roche-
gade. M. Meyer aurait bien fait de la relever dans son glossaire,
149. Istavon, Ne vaudrait-il pas mieux écrire ^ ^stavonf
151 . Il paraît douteux que manesc soit ici le même mot que le manecs
de Raynouard, IV, 150, Vs de ce dernier étant probablement la
flexion du nominatif et ne pouvant, dès lors, se prêter à la raéta-
thèse. J'assimilerais plutôt notre manesc à mânes. (Cf. sirventesc et
sirventes, parentesc et parentes, etc., etc.). A manesc serait ainsi la
même locution que a mânes, qui existe encore, dans le rôle d'ad-
verbe et (suivi de que) dans celui de conjonction, et qui a le même
sens, ou à peu près, que de manes^ à savoir soudainement, sur-le-
champ .
156. Si l'on supprimait le premier g'we de cette ligne et que Pon mît
unpoint après Sanhs (lig. 158), la difficulté signalée dans la note
sur ce passage disparaîtrait.
172 Teula cacha. Gorr. cuecha. Peut-être est-ce une faute d'im-
pression
281. Lo comolumps de .j. ou. M. M. propose de corriger lo
mojols ou .j . ou de colump. Mais aucune correction, à mon avis,
n'est nécessaire. Comolumps peut très-bien s'entendre comme sub-
stantif formé du verbe comx>lar: « Le comble d'un œuf» c'est-à-dire
« autant de sucre qu'un œuf en contiendrait. » On sait combien,
en provonçal, a été productif le suffixe um. Quant au^?, il est ici
288 BIBLIOGRAPHIE
parasite, comme si souvent ailleurs, entre les mêmes lettres m et «.
Ainsi, femp9 = fimus, comps = cornes, etc.
309. Que hr falhiron. Avec la correct, salhiron, le sens dépen-
drait, ce me semble, satisfaisant: < qui volaient vers eux. »
315. Dieus no[l] vole. Ce texte n'offrant aucun exemple de loj pro-
nom neutre, il aurait mieux valu, je crois, sans rien suppléer,
écrire n'o.
336. Il suffirait, pour faire disparaître la difficulté signalée dans
le commentaire, de mettre un point après a pe, surtout si Ton
commençait ensuite un autre alinéa.
366. Aheure. Je vois là deux mots, et non pas un seul qui serait
synonyme de abeurar, comme M. Meyer paraît l'avoir cru. Par
signiOe peut être ici par, à travers, plutôt que 2)our, Ainsi s'expli-
querait Va (préposition), que M. M. propose de corriger e.
375. Le patriarcha. L'article, comme les quatre premières lettres
du substantif, a été restitué par l'éditeur. Mais je crois qu'il eût
mieux valu lui donner la forme féminine et écrife la patriarcha.
Un autre substantif masculin de la première déclinaison, Cali/a,
qui paraît plusieurs fois dans notre texte, y ost toujours accom-
pagné de l'article féminin .
388. Motz s^ en fugiron. Corr. totzf
404. Et ilh que avian gran ren perdut C'est, je pense, un tort de
considérer cette phrase comme incomplète ou corrompue. Elle nous
offre seulement un exemple, bon à noter, d'un tour que le langage
populaire affectionne pour sa vivacité. Voy. Mussafia, die Catala-
nische Version der sieben weisen Meister, p. 96, note sur le v. 1267,
et Cf. Revue, X, 315, 1. 1-6*.
415. A[r]sa8. L'insertion de Tr me paraît inutile, osas pouvant trôs-
bien être le féminin de as ou asse {=as8ns), qui existe encore.
Notre texte offre d'autres exemples de s simple pour ««; ainsi, 1. 473.
corrosatz .
430. De que non sai lors noms. L'e de que, comme le non qui suit,
a été restitué. J'aurais préféré de qui, comme plus correct, que
n'étant réfi^ime indirect (ju'au neutre.
507. Enfrendatz. Ce mot, qui n'est ni dans Raynouard ni dans
Rochegude, manque aussi au glossaire-ind(?x de M. Meyer. Comme
* Un exemple pareil, corrigé à tort par M. Bartsch, peut se voir
dans sa Chrestomathie provençale (2* édit. 337,10). Cf. encore ce passage
de Desclot : « Car be sapiats que, si dos dits fos venguda pus alta la
esquona, e lo rey que no era ben yuarnit, de part a part lo baguera
passât sens tôt si.»
BIBLIOGRAPHIE 289
on ne saurait guère le traduire ici par « garnis de feuillages » , ce
doit être une autre forme, obtenue par la métathèsede IV, de enfon-
dratZf synonyme ou à peu près de esfondraùs. Cf. 1. 180, trez= terz
(tertius), 1. 426, carinelencs = camerlencs .
515. Attenhatz, M. Meyer propose la corr. atdhinatz\ AUmnatz
(exténués) conviendrait mieux au sens et serait bien plus près du
ms. Raynouard n'a que Ja forme savante atentiar; mais ateunar sub-
siste, avec son synonyme atmmr, dans les dialectes modernes.
566. Noc y ac. Faute d'impression pour non ? Un c euphonique
serait ici peu vraisemblable.
589. Lors. Mot suppléé, sauf Ts qui le termine; mais c'est une
forme assez peu admissible dans un texte provençal correct. Fors,
même pour le sens, eût, je crois, mieux valu.
691. Auziron. Mot restitué. Il faudrait auziran. C'est sans doute
une faute d'impression.
1\^. Semanara la senspecatz. Aucune correction n'est proposée
pour ce semanara, qui n'est pas pourtant expliqué dans le glossaire.
Semenara ne conviendrait guère ; mais on pourrait penser à s'en
anara, La, qui suit, serait l'adverbe de lieu.
726. Ejpenra ,j. tarent que sera destruiza quarrataz. Je crois que
ce passage corrompu peut se corriger, au commencement : « e penra
i lo renh. » Quant à « a quarrataz », je ne sais s'il faut maintenir
ces deux mots, en les prenant pour une locution adverbiale signi-
fiant quelque chose comme complètement, ou les changer en e hara-
tatz.
745. Malagutz, J'aurais divisé mal ogutz. Exemple à joindre à ce-
lui de la 1. 453, qui a été relevé au glossaire, de agutz pour estatz,
788. Lengostatz. A Vagost, correction proposée par M. Meyer, je
préférerais l'estatz.he copiste, qui était en train de répéter lengostas,
s'aperçut de son erreur, comme le prouve la substitution de tz à s,
mais il oublia de pointer les trois lettres intérieures qui sont de trop.
P. 543, note 3. Granz olz. P'aute d'impression pour otz (=o8ts),
Camille Ghabaneau.
Die Provenzalische Blumenlese der GhigiaiQ a.-- Ersterund g etreuer Ah-
druck nach dem gegenvaertigen verstummelten Original und der volts-
tœndigen Copie der Riacardiana, besorgt von Edmund Stengel. Mar-
burg,in-4% 1878.
Lems. 2348 (aujourd'hui L. IV. 106) de la bibliothèque Chigi,
désigné par F dans la table de M. Bartsch [Grundriss, p. 28) et
par 0 dans celle de M. Paul Meyer {Derniers Troubadours, p. 11),
renferme, outre un choix copieux des poésies de Bertran do Born
22
290 BIBLIOGRAPHIE
et la biographie développée de ce grand poëte, une anthologie com-
posée d'extraits de pièces d'autres troubadours, avec un petit nom-
bre de pièces entières. C'est cette anthologie que M. Stengel vient
de publier. Le ms., qui est du XIV*' s. et qui peut compter panni
les bons qui nous restent, est actuellement incomplet de dix feuil-
lets. Mais on en possède heureusement une copie exécutée avant
la perte de ces feuillets et à l'aide de laquelle M. Stengel a pu en
combler toutes les lacunes. Cette copie, datée de 1594, appartient
à la bibl. Riccardi, où elle porte le no 2981. Il en existe à Milan une
autre, mais seulement partielle et qui ne suit pas Tordre de l'ori-
ginal.
L'anthologie chigienne nous a conservé un assez grand nombre
de pièces ou de fragments de pièces qui ne se trouvent point ail-
leurs, de trente à quarante environ, et plusieurs, soit de celles-ci,
soit des autres, n'avaient pas encore été publiées. Cette circon-
stance ajoute un prix particulier à la publication de M. Stengel.
Le texte du ms., ou celui de sa copie, là où le premier manque, a
été reproduit tel quel. Quelques corrections sont proposées dans
les notes, où l'éditeur a mentionné aussi les principales variantes
qu'il a pu connaître.
Trois tables, dont l'utilité sera appréciée, complètent la publica-
tion de M. Stengel. La première indique, selon l'ordre du Gnmdriss
de M. Bartsch (pp. 99-203), le contenu du ms. Chigi (anthologie seu-
lement) et du ms. 15211 de notre Bibliothèque nationale* ; les deux
autres présentent distinctement ce môme contenu, selon l'ordre des
matières, avec la concordance, pour le ras. Chigi, de tous les chan-
sonniers ou recueils analogues.
C. C.
Société des anciens textes. — Aiol, chanson de geste publiée d'après l&
ms. unique de Paris, par Jacques Normand et Gaston Ràynaud. —
Paris, Didot, 1877, in- 18.
VAiol, curieux poëme de onze mille vers, a été déjà publié par
M. W. Foerster ( voy. Rev, desL rom., 15 octobre 1876, p. 216).
Cette édition diffère de la précédente en ce qu'elle se présente comme
complète et définitive, avec Introduction et Glossaire, tandis que
celle de M. Foerster ne donne que le texte, en attendant le travail
1 On n'avait pas encore de table de ce ms. M. Suchier en promet une,
qui sera sans doute complète en soi. En attendant, celle de M. St., bien
qu'on ne puisse l'utiliser sans le secours de Bartsch, rendra servio) aux
travailleurs.
BlBLIOaRAPHlB ?9I
d'exégèse annoncé par l'éditeur. Dans leur Introduction (Lxn p. ),
MM. J. Normand et G. Raynaud font la description du ms. (le
n® 25516, Bibl. nat., f. français) qui leur a servi, etanalysent très-
sommairement le poëme, dont ils étudient ensuite la langue et
la versification. Ils en rapprochent les imitations étrangères (Pays-
Bas, Italie, Espagne ) et terminent par une courte appréciation
littéraire. D'après eux, le texte aurait été refondu par un remanieur
auquel on serait redevable de la transformation du vers hendéca-
syllabique, à peu près seul usité dans la première partie, en vers
dodécasyllabique ou alexandrin, le seul employé dans la seconde.
J'avoue que les raisons présentées à Tappui de cette conjecture ne
m'ont pas convaincu. La versification de ce poëme est intéres-
sante. On y remarque l'emploi, de tout temps assez rare dans la
poésie française, du vers décasyliabique à premier hémistiche de
six syllabes. A cette particularité vient s'en ajouter une seconde
déjà signalée: je veux parler de l'alternance de ce même vers et
du vers dodécasyllabique ou alexandrin . Les éditeurs ont cru en
découvrir une autre. Frappés de ce que bon nombre de ces vers
décasyllabiques, qui ont une atone à la septième syllabe, sont faux,
si l'on ne fait pas compter cette même atone de la césure parmi les
quatre syllabes du second hémistiche, ils n'ont pas hésité à ad<
mettre cet enjambement plutôt que de corriger leur texte. D'après
eux, ces vers, dont ils ont dressé une liste qu'ils présentent comme
complète, mais où manquent les v. 831 et 1191, devraient se scan-
der comme les suivants :
Si n'ai apris mes ar — mes à porter (v. 282).
Ja ne venra en te — re n'entre gent (v. 355).
Armes as tu moll boi — nés, molt m'agrée (v. 524).
Car moltavoit grant pie — che, nés senti (v. 627).
Ensamble avoec ces moi — nés demorés (v. 830) .
Cette coupe, il est vrai, a cours chez les Italiens, mais jamais la
versification française, pas plus au Midi qu'au Nord, ne l'a connue
ni pratiquée. Il serait bien extraordinaire que l'auteur d^Aiol eût
imaginé de ne l'employer que dans une quarcmtaine de vers, sur les
onze mille environ dont se compose l'ouvrage entier. Ce sont pro-
bablement de simples distractions de copiste. Le nôCre était cou-
tumier du fait, et ce ne sont pas quarante corrections de plus qui
doivent faire reculer l'éditeur d'un poëme où l'on compte par cen-
taines celles qui sont évidentes et nécessaires. Aussi, chacun de
ces vers se laisse rétablir au moyen de corrections faciles ou as-
surées :
Si n*ai apris mes armes [bien] a porter (cf. v. 1097).
Ga ne venra en tere n'en [auHre gent, etc. ,
292 BIBLIOGRAPHIE
Observons encore qu'à respecter trop scrupuleusement le texte
du manuscrit, on se verrait forcé d'admettre pour certains vers la
césure dite lyrique^ où Tatone avait la valeur d'une syllabe accen-
tuée; par exemple :
Teus m'escarnits ore — dont me vengrai (v. 3085) ;
supposition qui serait aussi admissible que l'autre^ puisque cette
coupe singulière n'était pas étrangère à notre ancienne versifica-
tion. Mais, en réalité, elles doivent être également rejetées toutes
les deux, surtout parce que, employées concurremment avec la
coupe contraire, celle qui ne compte pas l'atone de la césure même
quand le mot suivant commence par une consonne, elles auraient
mis le lecteur dans le plus grand embarras. Aussi ces différentes
coupes sont-elles ou étaient-elles exclusives les unes des autres^
car jamais on ne les rencontre réunies dans les mêmes pièces.
D'un autre côté, les éditeurs sont tellement pleins de leur idée,
qu'ils vont jusqu'à prétendre « que le copiste n'a jamais conunis
d'erreurs que dans les vers où le second hémistiche peut com-
mencer par la dernière syllabe muette du mot terminant le pre-
mier »; affirmation erronée, comme le prouvent ces quelques vers,
choisis exclusivement parmi ceux qui ont une atone au sixième
pied :
Ja ne me tieng mie— a guinlechier (v. 9T7).
Mais il est si ^(ïvres — et desnués (v. 1207).
Onques ne vi home — de vostre aé (2205).
Mais che me va auqwe* — reconfortant (v.2706).
Car il n'estoit ivres — ne estordis (v. 2781).
Lors a pris le makc — - li glous qu'il tint (v. 4001).
On s'étonne un peu de voir des formes très-connues grossir inu-
tilement le Glossaire, qui devrait être principalement réservé à
celles que recommandent leur rareté ou certaines difficultés d'in-
terprétation. Pourquoi, par exemple, y citer arid€U8,amor{îéxn\rïm)^
anel= anneau, ante = tante, owgwesss jamais, etc.; tandis qu'on n'y
voit figurer ni desrée, v. 765; ni our, v. 7098; ni oc='habu%, v. 74245
ni la locution o tel mois, v.7517; ni dispers, v. 8il9;mliegey v. 10208;
ni subicion, v. 10677? V. 1095, g-M'/iome; M. Foerster, qu'ome.Sï réel-
lement le ms. donne qu'home^ il fallait l'indiquer en note, mais cor-
riger g-w 'orne. L'A tombait en cas d'élision. Les exceptions à cette
règle, qui n'est pas contestée, sont très-rares. Y. 2613. « Por voir
les entorchierent gent sarrasine : — Qui navrés en seroit ne poroil
vivre.» Entorchier est traduit au Glossaire par fourbir, La bonne
leçon, garantie par le vers suivant, est celle du ms. et de M. F.:
BIBLIOGRAPHIE 293
entoschierent = intoxicaverunt. L'« devant Je groupe ch aura pu se
confondre avec IV ici, comme dans marchecliei'e p . maschecliere^
V.2700. V. 6282 de mal enartous.Je ne changerais rien à la leçon du
ms.de mal enarcoUy que je lirais arçon=ar8io^ onis, litt. «en ardeur
de mal. » Glossaire : Coraus^estre (v. 7166, 7171) n'est pas exacte-
ment traduit par se montrer, laisser voir ^a pensée. Le sens est in in-
timo corde, Encoisire du v. 6436 est traduit par grossier, Je ne sais
d'après quelles données étymologiques les éditeurs ont adopté ce
sens. Dans tous les cas, l'expression « tètes grossières » laisse à
désirer. Kemus, du v.8349, est mal à. propos traduit par charnus.
Kemus = crmits = crinito8, Revisder (i^^O) signifie «ranimer, récon-
forter», et non «St visiter de nouveau. » Fossier ne veut pas dire
habitant d'une caverne, mais simplement fossoyeur; v. Recueil général
et complet des fabliaux des XIIB et XIV siècles^ par M M. Anatole
de Montaiglon et Gaston Raynaud, t. II, p. 175, v. 143 et 147.
A. B.
Sprachliches aus romœnischen Volksmœrchen von D' Johann Urban
Jarnik. Wien, 1877,31 pag., in-8«
Après des considérations générales sur les rapports de la langue
littéraire avec celle du peuple en Roumanie, l'auteur donne une
longue liste de locutions populaires, méthodiquement classées et
tirées des contes qui ont servi de base à son essai. C'est un tra-
vail fait avec soin et que nous avons lu avec intérêt et profit.
G. G.
Un document inédit sur Laure de Sade, par M. de Bbhlug-Pbrussis.
Aix-en-Provenee, Marius Illy, 1876; in-8% 16 pages (Extrait des Mé-
moires de V Académie d*Avx. )
« La Laure aimée de l'immortel rêveur de Vaucluse était-elle la
sœur ou la femme d'Hugues de Sade? Pétrarque s'éprit-il d'une
idéale jeune fille ou d'une prosaïque matrone? En d'autres termes,
et pour placer la question sur le terrain élevé qui lui convient,
l'amour du poète fut-il pur ou adultère? » Tel est le problème que
M. do Berluc-Perussis a résolu en faveur delà première alternative.
L'abbé de Sade, qui, au siècle dernier, accrédita la seconde, et à
qui il ne déplaisait pas qu'on le supposât descendant de Pétrarque,
ne recula pas devant la falsification des pièces du procès et la sup~
pression du nom de Laure dans le testament de son père.
Le témoignage des premiers biographes du poëte italien fortifiait
déjà beaucoup la thèse de M. de B.-P. Une découverte faite par
lui dans les ms. 776-778 du Gabinet des titres de la Bibliothèque
294 BIBLIOGRÀPHIB
nationale est venue lui donner une sanction de certitude. Ces ms.
forment un nobiliaire de Provence, dressé par l'abbé Dominique
Robert de Briancon, élève et auxiliaire de d'Hozier, sur la commu-
nication des titres des familles intéressées. Déjà, dans VEtcadela
Provence (1693), tome III, p. 21, Robert avait indiqué la généalo-
gie des Sade ; dans les man^uscrits il y revient de nouveaU; et il éta-
blit par le dépouillement des titres, aussi Inen que par un tableau
généalogique, que la Laure du poëte était la sœur et non la femme
d'Hugues de Sade.
Ce n'est pas le seul point que mette en définitive lumière l'inté-
ressante et substantielle brochure de M. de B.-P. 11 en est deux
autres qu'elle a, sinon dévoilés, au moins fait connaître en France.
Des biographes du poëte, Squerciafico notamment, rapportent que
le Pape Jean XXII aurait voulu marier Laure et Pétrarque, et
que celui-ci aurait refusé, disant qu'il ne voulait pas devenir époux
pour ne pas laisser d'être amant. M. de B. P. incline à croire que
les empêchements qui traversèrent cette union étaient autres qu'on
ne le suppose. Il ressort, en effet, d'une Vie * jusqu'ici inédite,
car elle a été imprimée en 1874 seulement par M. Carbone^que
le poëte mourut d'un accident épilep tique, « ce qui donne médica-
lement le droit de supposer que cette maladie était invétérée chez
lui. » D'autre part, l'examen de ses restes, fait la même année, a
démontré qu'il fut atteint d'une claudication, non pas accidentelle,
mais de naissance ^.
C'est probablement dans ces deux: faits, conclut M.de B.-P., qu'il
faut chercher l'explication d'un célibat moins volontaire peut-être
qu'il n'a plu aux chroniqueurs de le supposer.
Alph. Roque-Ferribr.
Almanach niçois pour 1876, par Jules Bsssi. Nice, Giletta; in-12, ym-S8 p.
A eu mi crompera 11 desiri de couor:
Prosperità, bouonour, richessa e longa vida.
De n'eu vendre touplen gardi lou ferme espouor;
A eu refusera farai courre bourrida 1 1
Malgré le titre français adopté par M. Bessi, le quatrain de
« Vita di F. Petrarca, mhhlicata per la prima voUa, Bœuf, à Turin,
1874.
2 Le Ossa di F. Petrarca, studio aniropologico. Pro^erini, à Padoue,
1874. (Jette description anatomique est due à M. le professeur Ganeatrini,
de rUuiversiié de Padoue.
PERIODIQUES 295
souhaits et de menace que l'on vient de lire indique que VAl-
manach niçois est à demi français, à demi niçard de composition.
Les pièces écrites dans ce dernier idiome sont: lo une Epitafa
de Guisol, par J. Ammirati ; 2** une Cansoun erahriagouna; 3° lu
Calomniatour (?) dou casino de Monte-Carlo, satira; 4' l'Abat amou-
rous, comedia; 5© Garihaldi; 6* li Doui Mestressa, comedia; 7o Gatrin,
non signés, mais certainement de M. Bessi*.
L'orthographe de ces pièces est à demi italienne, bien que le
niçard appartienne à la langue d*oc.
A. R.-F.
PERIODIQUES
Zeitschrift fur romanische Philologie. 1. Band. 1877.— Ce
premier volume de la revue qui a pris la place du Jahrhich fiir
romanische Sprache und Literatur renferme des travaux d'un haut
intérêt, dont nous regrettons de ne pouvoir , faute de loisir autant
que de place, rendre à nos lecteurs un compte détaillé. Nous nous
bornerons, pour cette fois, à la reproduction pure et simple de la
table des matières, sauf à mettre en note deux ou trois remarques
sur quelques articles:
A. Tobler. Vermischte Beitrâge zmr Grammatih des Franzosischen^ ,
P . 1 . — F . Scholle, Die Baligantepisode, ein Einschuh in dos ox/or-
der Rolanslied. 26. — T. Braga, 0 Gancioneiro portuguez da VaUcana
e suas relaçôes com outros cancioneiros dos seculos XIII e XIV. 41 ,
179. — W. Victor, Der TJrsprung der Virgilsage, 165. — A Stim-
ming, Die Syntax des Commines. 191, 489. — U.-A. Ganello, il
Vocalismo tonico italiano, 510.
* Les Notices historiques sur le comté de Nice^ qui constituent les deux
tiers de la partie française de VAlmanach de M.Bessi, entêté empruntées
par lui à son Nouveau Guide des étrangers à Nice. Nice, Giletta, 1873,
in-8*. Le lecteur n'a pas été averti de ces emprunts.
3 Le septième des points traités (participes présents à signification
passive, comme couleur voyante) dans cette savante étude a été déjà
élucidé, ici même (IX, 215), par M. Boucherie, dans un article dont M. To-
bler parait n'avoir pas eu connaissance.
296 PERIODIQUES
Texte. — K. Bartsch, Zwei provenzalische Lais. 58. — W.
Foers ter, Catalunisches Streifgedicht zwischen En Bue and seinem Pferd *.
79. -- A. Paz y Melia, Libro de Cetreira y una Profecia de Evan-
geliata» 222. — A. Scheler, li Prière Theophilm. 247. — Th. Aura-
cher, Der Sogennant4>. poitevinische Pseudoturpin ^ . 259 . — A . "Weber,
Zwei ungedntckte Versionen der Theophilusaage . 523.
MiSGELLEN. — 1. Zur Culturgeschichte . — F. Liebrecht, Porta-
giesischer Aherglauhe, Mucharinga. 89.
2. Zur Literaturgeschichfe, — F. Liebrecht., Zu Marie de France,
90. — H. Suchier, Die Quelle des Sermo de Sapientia. 91 — W. Foers-
ter. Zu Chevalier as deus espées. 91. Zu Richurt le hial, 92. —
E. Mail, Noch einmal Marie detCompiègne^ etc. 337. — A. Weber,
2kl den Legenden der « Vie des pères, » 357, — R. Kœhler. U^ber die
Dodici Gonti morali d'Anonimo senese. 365.
3. Zur Handscriften und Bûcherkimde. — E. Stengel, Cod. VaH-
can, no 3207. 93. — K. VollmœlJer, Laberinto amoroso, 94, — E.
Monaci, il Libro reale, 375. — H. Varnhaiîcn, Die Handschr, Erwer-
bungen des Brit. Mus, b^i.Zu Deux Rédactions du rom, des Sept Sages
éd. G.Paris, 555.
4. Handscriftliches. — W. Foerster, Alffranzbsische GesundheiiS'
regeln, 97. Altfranzôsisches Liebeslied. 98. — P. Rajna, Intomo a
due canzoni gemelle. 381 . — E. Stengel, Studien ilber die provenz . Lié"
derhdschn. 1. KopenJiagner Handschrift. 387.
5. Texthritisches. — A. Mussafia, Zu Brun de la Montagne. 98.
— W. Foerster, Zu Quatre Livres des Rois, 1, xxx. 106. Zu altfr,
Uebersetzung der Isidorschen Synonijma^ . 397. — A. Mussafia, ^tim
altfr, Gottfried von Monmouth, 402. — H. Suchier, Zum Dîalogus
anime conquerentis et rationis consolantis. 556. — A. Tobler^ Zum Dia-
logus anime et rationis , 558.
6. GrammaHsches. — E. Stengel, Schtcund von e, i, im Nordw,^^ Ro
Romanischen,\i)^. — G. Grœber, Xo, li, il, i im Altitalienischen, 108.
1 L'habile éditeur de ce curieux texte n'a pas reconnu au v. 22 l'ad-
verbe ich (on trouve aussi hic), si usité dans l'ancien catalan. Y. 5 ix
j'écrirais ahdos en un seul mot. 151, venar '=^vanar (non vantar). Voy.
Raynouard. 171, paliter « fr. pettctter. 211, toZ corr. cal.
2 C'est le texte dont M. Boucherie a publié deux fragments au t. II,
p. 126-132 de la Revue, et dont il a promis une édition que celle de
M. Auracher, reproduction diplomatique des mss., ne le dispense nulle-
ment de nous donner.
^ De la forme nasalisée du pronom neutre cen^ que M. Foerster signale
dans le toxto lorrain auquel cet article est consacré, on peut rapprocher
le moderne çan ( » ça), usité en Saintonge {écoutez çan que iêwm$ dit)
et aussi, à ce qu'il paraît, dans la Suisse romande.
PERIODIQUES 297
7. Etymohgidchea, — H. Rœnsch, Eomanische Etymoîogien, 414.
— N. Gaix, Vocinate dalla fusione di due terni. 421. — H. Suchier,
Franz'ôs. Etymoîogien, 428.— W. Fœrster, Spanisch Enclenqtte, 559.
AUfr. ré« Scheiterhaufen . » 561. Ueher vaincre tmd mangier, 562.
Franzbs, Selon. 564. Franzoa. beau am hélium. 564. — U.-A. Ga-
nello, Perder Verre. 567.
Regensionen und Anzeigen. — H. Schuchardt, Stunkel, Lex ro-
inana UlUnenm. 111. — U.-A. Ganello, Rajna^ le Fonti delV Or-
lando furioso. 125. — L. Lemcke, Braunfels^ Kritiècher Versuch
liber den Romxin Am^adis. 131. — L. Lemke, Société des anciens
textes, 135. — E. Stengel, Andresen^ Maistre Wa^e*s Roman de Rou.
144. — F. Scholle, Laurentius, zur KritiJc der CTuinson de Roland.
— 159. F. Liebrecht, Guastella, Canti popolari. 434. — K. Voll-
moller, Michaelis, Studien zur roman, Wortschopfung , 4fâ. — H.
Bucholtz, Demattio, Morfologia italiana, 446. — A. Morel-Fatio,
Sharhi, el Refranero gênerai espanol. 447. — W. Storck, Braga, An
tologia portugueza. 453. — H. Suchier, la Chanson de Roland ^ he-
rausg. von E. Kolbing. 461. — 0. Ulbrich, Recueil de poésies franc .
des XV* et XVI^s. 462. — 0. Behaghel, Neumann, die Germa-
nische Elemente in der prov . undfranz. Sprache. 466. — 0. Knauer,
ScheleTt Exposé des lois qui régissent la transformation française des
mots latins. 469. — K. Sachs, Beaujean^ Dictionnaire de la langue
française. 474. — E. Stengel, L. Lemcke, R. Kohler, H. Suchier,
A. Tobler, Romania. 476. — H. Schuchardt, Columna lui Traian,
Anul VII. 481 — E. Stengel, Englische Studien. 1877. 1. Heft.
484. — H. Suchier, Michel j Livre des Psaumes^ anc. trad. française.
568. — 0. Ulbrich, Longnon, Étude sur Fr. Villon ^ 572. — O.
Behaghel, Wulf de l'Emploi de l'infinitif. 575. —A. Stimming :
Krûger, Wortslellung in der franz. Prosalitteratur . 577. 0. Ul-
brich, Benoist, de la Syntaxe franc . entre Palsg rave et Vaugelas.
G. G.
Archiv fûr das Stndinm der neneren Sprachen und Liite-
raturen. LYIl. Band. 1877. — P. 1. Ueher den epischen Character
der Sprache Ville- Hardouins, von Adolf Kressner. — Article in-
téressant, où Pon montre que la prose de Villehardouin offre en
abondance les tours, expressions ^i formules habituels aux auteurs
des chansons de geste. — 383. Goethe als Uehersetzer Voltaire' scher
Tragodien, von D' W. Miinch. Gomparaison des traductions de
Mahomet et de Tancrède avec les originaux. — Les autres travaux
compris dans ce volume concernent exclusivement les langues
germaniques. Mais nous avons à signaler, parmi les annonces et
298 PERIODIQUES
comptes rendus^ un article justement élogieux sur les Morceaux
choisis des écrivains français du XVI^ s., de MM, A, Darmesteter et
A. Hatzfeld (p. 99), et, dans les Mélanges, une notice sur George
Sand, signée Hans Herrig, où le grand écrivain est dignement ap-
précié (p. 119). Notons encore, dans le compte rendu des séances
de la Société de Berlin pour l'étuds des langtbes modernes, quelques
observations de M.Wiillenweber sur Vaugelas (p. 88).
G. G.
Archiv fUr das Stadium der neueren Sprachen und Ute-
raturen. LVllI. Band. 1877. — P. 193. Fr. Brinkmann. JStude9
métaphoriques (suite). Le Coq et la Poule. — 267. R. Mahrenholz • £«
Misanthrope de Molière et les jugements de la critique. ^^11 . K. Foth.
Du Sentiment de Corneille sur T essence de la tragédie. — 291. Adolf.
Kressner, le Poëms provençal de l'Enfance de Jésus, Examen des
sources et étude de la langue et de la versification de ce poëme. Il
s'agit du texte que M. Bartsch a publié dans ces DenJemaeUr.
M. Kressner ne paraît pas avoir eu connaissance d'une autre
composition sur le même sujet, dont il reste un fragment d'en-
viron 600 vers et dont M. Paul Meyer a donné un extrait dans le
2me fascicule du Bulletin de la Société des anciens textes français. —
447. Séances de la Société herlinoise pour r étude des languies modernes.
On y remarque plusieurs communications concernant notre his-
toire littéraire (sur Molière, T Académie). — 457. Compte rendu de
Touvrage de M. Hermann Buchholtz, intitulé: Priscœ LaUnitatis
originum libritres.
G. G.
Il Propugnatore. Anno X. Dispense 4a, 5a e 6». — P. 3.
Francesco Labruzzi. Quando nacque Dante Alighieri? L'auteur ex-
pose les raisons qu'on a de douter que ce puisse être, selon l'opi-
nion admise, en mai 1265 ; mais il ne conclut pas en faveur d'une
autre date. — 17. Licurgo Gapelletti. La Novella di Guido CavaU
canti. Etude sur ce poëte, à propos de la nouvelle IX de la 6* jour-
née du Décaméron, qui, d'après M . G. , raconterait un fait réellement
arrivé. — 39. Salvatore Salomone-Marino, Storie popolari in poesia
sidlînna (On). Notes bibliographiques sur plusieurs histoires non
reproduites. Un court glossaire (pp. 49-53) termine la très-inté-
ressante publication de M. Salomone-Marino. — 54 et 281. Garlo
Vassalo. Interpretazmne filologica di molti passi oscuri e controversi
délia Divina Commedia. Saggio di L. G. Blanc, tradotto con aggiunta di
akme osservazioni. Suite et fin. — 90 et 228. Giovanni Ricagni.
PERIODIQUES 299
La FioriUira epka framcese nel medio evo^ e la Chanson de Roland
comparata ixdjpoemi îtaliani che traltano h, rotta di Roncisvalle, —
133. Vincenzo Pagano. Sul Volgare Eloquio e aulla Lingvo italiana.
— 169. LuigiRoberto. Sordello. Commentaire historique, littéraire
et philosophique, du passage célèbre du Purgatoire où Dante in-
troduit Sopdel. — 193. Gherardo Ghirardini. Délia Visûme di
Dante nel Paradiso terrestre. — 334. Ernesto Monaci. Il Canzoniere
Chigianolt, VIII. 305. Suite.. — 414. Luigi Gaiter. E Dialetto
veneto nel secolo di Dante, Examen philologique d'un texte vénitien
du XlVe s. récemment publié (la Crenaca di Eaffaino Caresini,
tradottain volgare veneziano nel secolo XIV,)
G. G.
Rivista di letteratura popolare. Vol. I, fasc. II. «^P. 81.
A. de Gubernatis, Novelline di santo Stefano di Salcinaia.-^ P. 87.
F. Sabatini, Saggio di canti popolari romani (suite). Je renouvelle-
rai les observations que j'ai déjà eu occasion de faire dans mon
compte rendu du premier fascicule : pourquoi ne pas indiquer les
élisions que nécessite la mesure du vers (p. 89, chanson 26, v. 2;
eh. 30, V. 3; ch. 31, v. 2; ch. 35, v. 1., etc...)? P. 90, ch. 33, le
vers 2 est faux. Gomment le rétablir? Gomment scander le vers 6 de
la ch. 37? — P. 97, G. Pitre fAnUchi Usi per la f esta di mezz'Agosto,
in Palermo e in altri luoghi di Sicilia. — P. 108. G. de Puy maigre.
Chansons populaires du pays messin, P. 108 et 109, les deux premiers
vers de chaque couplet ne doivent-ils pas se chanter deux fois ? Ge
qui me le fait supposer, c'est que le 2® vers ne rime pas toujours avec
le 4® et avec le 6«, qui, au contraire, se correspondent toujours pour
la rime. En pareil cjas, les chanteurs ont généralement pour habi-
tude de faire rimer avec lui-même le vers sans rime en le répétant.
P. 108, les deux vers qui terminent le 2« couplet ne doivent-ils
pas le commencer ? G'est du moins la place que leur assignent la
suite du sens et la nécessité de faire rimer entre eux les vers 4 et 6.
Pourquoi ne pas indiquer toujours les syllabes qu'il faut élider pour
rétablir la mesure (c. 1, v. 5; c. 2, v. 6; c. 3, v. 1, 6; c. 4, v. 6,
etc.), et les cas de non-élision (c. 4, v. 1; c. 7. v. 4), les cas où la
diérèse est pratiquée (c. 4, v. 4; c. 9. v. 6), et ceux où elle ne Pest
pas (c. 3, V. 4)? Un Français peut n'avoir pas besoin de ces indi-
cations de détail; mais comment veut-on qu'un étranger s'en tire?
P. 110, c. 2, il fallait noter par une ligne de points la lacune du
3® vers à terminaison féminine. P. 111, on voit des couplets qui ont
tantôt 5 vers, tantôt 6, tantôt 7, tantôt 8, et cela sans aucune obser-
vation de l'éditeur. P. 117. Th. Braga, Litteratura dos conios popu-
300 PERIODIQUES
lares portuguessês. — P. 137. A. G'mna.x\dTe% Sciggio di giuochi e eanU
popolari fanciullescM délie Marche, — P. 145. Yarietà^ — P. 152,
BihîÂografia, — P. 157. Periodici,
A. B.
Giomale di filologia romanza, n^ 1. La Rivista di filoîogia
romanza ayant cessé de paraître en octobre 1876, l'un de ses di-
recteurs, M.Ernest Monaci,a, sur les instances de ses amis, repris
à son compte une publication du même genre, intitulée: GiùmaU di
filologia rorrumza (à Rome, chez Heermann Lœscher ; à Parîs,,che8
Vieweg ) . La Revue des langues romanes est heureuse de pouvoir
souhaiter la bienvenue au nouveau recueil, qui se présente d'ail-
leurs sous les meilleurs auspices, assuré qu'il est dès à présent
de la collaboration de savants tels que MM. Ganello, P. Rajna,
M. Gaix et A. d'Ancona. Voici le sommaire de ce premiernuméro.
— E, Monaci, Awertenza. — U.-A, Canello, Lingua e dialetto. —
P, Rajna, Estratti d'una raccolta di favole. — N. Oaix, sul Pro-
nome. — Varietà : N. Gaix^ Etimologie romanze ; E. Molteni, sul
Libro Reale ; A . d'Ancona, Fra Guittone e il oig. Perrens. — Ras-
segna bibliografica. — Bolletino bibliografico. — Periodici. — No-
tizie .
A. B.
Revistas catalanas. — Lo Gay Saber. N. III (1 de febrer).—
P. 33. F. Maspons y Labres : la Tonada maravellosa{ Qûento po-
pular irlandés ) . Ab lo prétest de donar à coneixer una mostra del
Uibre de legendas y tradicions irlandesas que han coleccionat los
escriptors M. Croker y M. Keightley, fâ Tilustrat Sr. Maspons un
estudi comparatiu que res deixa pera desitjar al mes inteligent en
la materia. — P. 37. Damas Galvet: Maria» Poesia. ^P. 37,
A. Gare ta y Vidal: los Carboners. Poema provensal en XII conte,
per Félix Gras, Gontinùa la traducciô: cant segon. — P. 40. Tom&8
Forteza, mestre en gay saber : lo Claveller. Imitaciô de les cantom
popularsmallorquines. Poesia. — P. 40. Maria de Bell-lloch: Viga-
tans y hoUflers. Prossegueix estanovela. — P. 43. Agnade Valldaura
(pseudônim de la Senyoreta Na Joaquima Santamaria): lo FVtÊfft
de Montcada, Poesia. — P. 43. Enrich Franco : Edipo Rey, 2Va*
ducciô de Sôfocles. Gontinuaciô. — P. 14. F. Pelay Briz: la Pmya
dœ\ Gomedia, etc. Seguiment. — P. 47 : Novas. Entre ellas son di-
gnes d'especial menciô : la que conté lo text y la traducciô catalana
delà bella salutaciô de bon any qu'end ressà en vers als seusamichs,
lo distingit poeta de l^rovensa Francesch Vidal, autor del Tambou^
PERI0DIQUJ9S SOI
rinaire ; y la que parla de Tobertura de la via ferre* qu'uneix Es-
panyaab Fransa.
N. IV (15 de febrer). —P. 49. Manuel Milâ y Fontanals :
Notas sobre la influencia de la literatwra italicma en la catalana. Gon-
sisteix en la versiô catalana fêta per la redacciô del Gay Saler, del
precios treball que ( segons en altra ocasiô diguérem ) tant rich de
datos commodesten son titol, escriguénostre estimât y savi mestre
pera festejar, al estil d'Italia, las bodas del literat siciliâ D'D. Jo-
seph Pitre ab DaFrancîsca Pitrano (de Palermo). — P. 52. Geroi|i
Rossellô, mestre en gày saber: là Cantdel segador. Poesia. — P. 52.
A.Gareta: losCarhoners, etc., de Gras. Gant ters. — P. 54^Frederich
Soler, mestre en gay saber : l'AnelL Poesia. — P. 55. Maria de Bell-
lloch: Vigaiausy hotiflers, Gontinuaciô. — P. 58. Jascinto Labaila: Els
Poetos. Sonet. — P. 58. E. Franco: EdipoRey, Trad* de Sofocles ,
Seguiment. — P. 60. Gonrat Roure: Bevista dramâtica, Lo Contra-
mestre, drama en très actes de D, Frederick Soler. — P. 62. F.-P.
Briz : la Pinya d'or, etc. Gontinuaciô. — P. 64. Novas: Intéressant
es la llista de las 20 obras catalanas qu'ofereix lo Gay Saber à sos
suscriptors .
N. V ( 1 de mars). — P. 62. F. Maspons y Labrôs : Qiientos po-
pulars viennesos, S'ocupa ab fruyt, com sempre, pera la literatura
popular, del opùscul que ha escrit lo D^ Auton Ive ab motiu del
casament de Joan Ive y la senyorieta Lorenzetto. — P. 68. Francesch
Ubach y Yinyeta, mestre en gay saber : Suspirs, Poesia. — P. 69.
A. Careta : los GarbonerSy etc., de Gras. Gomensa lo cant quart. —
P. 70. Margarida Gaymari de Baulô : Veu de Mare. Poesia. — 71 .
Maria de BeW-Woch : Vigatans y botifler s. Continudicià. — P. 72.
Gonstanti Llombart : Amor ab amor se paga. Dolora (Valencià). —
p. 73. Joseph Fiter è Inglés, etc., segueix la traducciô del Estudi
histôrich'criticli sobre'ls poetas valencians dels segles XIII ^ XIV y XV,
per En Rafel Ferrer y Bîgné, tractant de Mossen Jaume Febrer, En
ZHonis G^iot b Guinot, y Mattfres de Bezeys. — P. 75. Agnes Ar-
mengol de Badia : Intima, Poesia dedicada à N'Agna de Yall-
daura. — P. 75. E.Vidal Valenciano : Bibliografia: Dos Llibres nous
( Quadro en prosa d'en Joan Pons y Massaveu, y Perlas catalanas
d'en Artur Masrieray Golomer). P. 76. F.-P. Briz : la Pinya d'or,
Gomedia, etc. Gontinuaciô. — P. 78. Curiositats, Fundaciô del Con-
vent de Jésus, (Barcelona, 1427). Nota antigua que'n fa referencia.
— P. 79. Novas,
N- VI (15 de mars). — P. 81 . F. Maspons y Labrôs: Endevinallas
populars francesas. Notable article que*l Uibre Devinnettes ou énig-
mes populaires de la France, par M. Eugène Rolland, ha proporcio-
Dat à dit Sr. Maspons Tocasiô de demostrar quan intéressant es
SOS PÉRIODIQUES
Festudî que ha fet no sols de la lîteratura popular catalans, si que
també de las d'altres payssos d'Europa. — P. 86. Victor Bala-
guer, mestre en gay saber : Amorosa, Poesia.— P. 86. A. Gareté :
lo» Carhoners, etc., de Gras. Fi del cant quart. — P. 87. Damas
Galvet : TAnadaà Recasem. Poesia. — P. 88. Maria de Bell-lloch :
Vigatans y hotiflers. Seguiment. — P. 91. E. Franco. Edipo Rey.
Trad. de Sôfocles, Gontinuaciô. — P. 92. Francisco Sabatini: Bi-
Uiografiaforana, En ella l'inteligent escriptor italiâ Sr. Sabatini,
director de la Revista di letteratura popolare de Roma, dona à co«
neixer per diversas mostras las inspiradas poesias de son compa-
trici lo difunt artista Praga, que conté un volum titolat « Trcupa-
renze. Fantasma, Ver si di Emilio Praga (Torino, 1878 ). » — P. 93-
F.-P. Briz : la Pinya d'or. Gomedia, etc. Acaba l'acte i*'. — P. 95.
AMba {Qûento hébreu). — P. 95. Novas.
La Renaixensa. N. 3 (15 de febrer). — P. 97. Quatre Paraulasal
Sr. A. E., periodista de Madrid. Replica à algunas apreciacions con-
trarias à Gatalunya, emitidas en lo diari laEpoca del 14 de janer. —
— P. 102. Guillem M. de Brocâ : deU Bens de la dona en lo matri-
moni à Catalunya, y enparticular en la comarca de Tarragona. Estudi
juridich molt intéressant, redactat ab certa precisiô de llenguatge,
que demostran en son autor una exacta concixensa de la Uegislaciô
catalana y de sos origens. — P. 111. Emili Vilanova : A mon amich
R. Falco. Bestias embalsamadas (Diàlechs). Quadro de costums
d'atractivola lectura, per la sua animacio y per la veritat dels ca-
racters que tant be dibuixa. — P. 119. Francesch Matheu : lesFesteê
lldtines à Montpeller. Est article descriu los preparatius pera lo gran
concurs y festa de las literaturas llatmas qu'ensemps tindràn Iloch
proximament en dita ciutat. A ellas, essenthi galanament invitats
los escriptors catalans per nostres germans de Provensa, creyem
no deixarân mos compatricis de correspondrerhi com se merelx.
— P. 122. F. T. A. Associaciô catalanista d'excursions cientificas. Es-
])0sici6 dirigida per aquesta societat al Excm. Sr. Ministre de Fo-
ment, pera que l'Estat subvencionés, com ho ha fet, ab 8,000 pes-
seias, la reparaciô del célèbre monastir de Santa-Maria de Ripoll.
— P. 125. Manuel Milà y Fontanals : Esperansa. Reproduciô de la
hermosa poesia qu'ab aquest titol, lo primer dels escriptors cata-
lans havia ja publicat en esta Revue. — P. 126. Jascinto Verdaguer:
A m>an Deu. Inspirats versos del autor del poema VAtlàntida, —
P. 128. Joaquin M. Bartrina: Povreta! Altre poesia. — P. 130.
Bibliografia. J. Ixart : Quadros en prosa per Joan Pons Massaveu ;
(p. 132) A. Balaguer y Merino ; « Petit Romancero. Choix de vieux
PÉRIODIQUBS 303
chants espagnols traduits et annotés par le Comte de Puymaigre, mem
hre correspondant de l' Académie royale d'histoire de Madrid et de
l'Académie royale des belles-lettres de Barcelone » (p. 133); A. A. P. :
Usi popolari per lafestadi Natale in Sicilia, descritii da Giuseppe Pitre,
Griticas favorables. — P. 134Novas. — A aquest numéro l'accom-
panyan : una copia del quadro al oli del distingit artista D. Joaquim
Vayreda Uis Primeras Calsas, premiat ab una medalla en l'expo-
siciô de Paris de 1871 ; y la continuacio del Llibre de cases assenyo"
Iodes per folleti.
N. 4. (28 de febrer). — P. 137. J. Riera y Bertran : Moûus d'una
tendencia. Go es la de la renaixensa del art à Catalunya à la vegada
que la de sa literatura. — P. 141. J. Narcis Roca : los Pahers y 'Is
primitius Concellers de Barcelona, Encara qu'est autor no ha afegit
nous datos als ja coneguts, ha sabut condensar la materia en pro-
porcions mes Uegibles qu'altres traballs seus de la mateixa natura-
lesa. — P. 149. Lluis Domenech y Montaner : En buscade una argui-
tectura nacionah Notable disquisiciô, per l'estudi que presuposa en son
autor. — P. 161. Antoni Vilanova : Exposiciô de pinturas à Madrid.
I. Gritica de las obras artisticas alli exposadas, comensant per las
d'assumpto religiôs. — P. 165. Thomas Forteza, mestre en gay saber:
Pl(yr d'esperansa. Poesia. — P. 169. Angel Guimerâ, mestre en gay
saber : Joël. Poesia. — P. 171. Pau Bertran y Bros ; A la verge de
Montserrat. — P. 172. Novas, — Ya adjunt à est numéro ademés
del folleti una lamina heliogrâfica, copia de l'estâtua en bronzo que
représenta à Dante, fêta per D. Geroni Sunyol, y que posseheix la
Exma. Diputaciô provincial de Barcelona.
N. 5 (15 de mars). — P. 177. J. Pella y Forgas : Grans exemples :
II. La Renaixensa de Hungria, — Article expositiu del renaixament
politich-literari de dit pays, compendiat en los seguents capitols :
Decadencia y centralisaciô. Maria Teresa. Joseph II, De 1460 à
1 790. — La Renaixensa literaria politica . La revoluciô francesa. De
1790 à 1815. — La segona renaixensa literaria. Kisfaludy. Sandor
Petoefi. — Segona, renaixensa politica. Kossuth y DeaJc. 1 848 y 1 867 ,
— La Actual Constituciô de Austria y Hungria.— P. 199. Francisco
Manel Pau. Impressions de pare. Quadro intim, qu'es distingeix per
sa naturalitat, y si be en algun lloch es un poch difus, lo final es
verdaderament sentit. — P. 209. Antoni Vilanova : Exposiciô de
pinturas à Madrid^ II. Gontinua, ocupantse dels quadros d'assumptos
histôrichs. — P. 214. Damas Galvet. Mallorca cristiana, CantXIV,
Fragments, Ho son del poema inédit qu'esta ultimant est distingit
poeta. — P. 223. Jascinto Torres y Reyatô : lo Plany del rossinyol,
Poesia. — P. 226 Joseph Serra y Gampdelacreu : l'Anelldeprometatge»
304 PERIODIQUES
Poesia. — P. 227. Consistori del Jochs florah de BareéUma. Compo-
sicions pebudas en secretaria fins al 1 3 de mars. — P. 228. Nova»,
Cal esmentar la que dona coneîxensa, de la copa quels Provensals
pensan regalar als Catalans. — Se ha repartit ab est iiûmerOf un
dibuix à la ploma del artista D. Antoni Fabrés, pensionat à Roma
per la Exma. Diputaciô provincial, y un plechdel follet!.
N. 6 (31 de mars). — P. 233. Antoni de BofaruU: la UniUUék
la llengua catalana en Catalwnya, Mallorca y Valencia, Varias son
las observacions que fa l'autor, ajudat de sa reconeguda compe-
tencia, pera probar son tema ; empero nos sembla qu'a las dïfe-
rencias que s'observan en lo català vulgar, segons las encontradas
en que *s parla, podria justament calificarlas de dialectes. De tots
modos, voldriam véurersovint articles tan intéressants com aquest,
en las planas de las revistas catalanas ; voldriam poder aplaudir un
despertament de Taficiô per los estudis filolôgichs, quai ausencîa
nos esplica clarament lo perqué qualsevol catalanista conipetent
se veu exposât à quedar poch menys que sens lectors, si publica
aqui SOS treballs linguislischs. — P. 241. Johan Montserrat y
Archs : la Vinya y sos inimichs, I. Los sôlits coneixements que'i
Sr. Montserrat posseheix en las ciencias naturals, especialment en
la botànica, recomanan vivament l'atenciô dels Catalans y Pro-
vensals envers aquest estudi, quels sera de gran profit, ame-
nassats com se troban a la vegada, de la destrucciô de la vinya per
lo devastador philoxera. — P. 246. Antoni Vilanova: Eaoposiciô de
pintmas à Madrid. III. Tracta de la pintura de género. — P. 250.
Joseph Rodoreda : Una opiniô sobre l'estat de la mûsica à Barceîona.
Utils observacions pera lo progrés del art musical en la capital de
Catalunya. — P. 255. Tomàs Aguilô: Sa Pohila del Veguer,
Poesia. — P. 259. Joseph de Letamendi: Ciencia y art. Poesia que
satisfâ nostre desitj d^anar coneixent las ignoradas compoai-
cions en vers català del D^ Letamendi. — P. 260. J. Sardà: A
Tyndaris (traducciô de Poda XVII del llibre I d'Horaci). —
P. 261. Artur Gallard: Flany. Poesia.— P. 263. R.: Teatre català.
Gritica de l'obra dramâtica d*en Prancesch Ubach y Vinyeta, la
Ma freda, ultimament estrenada. — P. 267. Consistori dels Jocha
florah de Barceîona. Composicions rebudas en secretaria fins lo
30 de mars. — P. 269. Novas. Los suscriptors ban rebut ab est
numéro una copia del inspirât quadro de D" Francisco Masriera
la Esclava, premiat en l'ùltima exposiciô de Madrid.
Barceîona, 31 de mars de 1878.
A. Balaguer y Merino.
CHRONIQUE 805
Société d'Alliance latine. — Le Banquet de l'Alouette
Montpellier, Boehm, 1878; in-8% 32 p.
Recueil des discours et des toasts prononcés au banquet de
VAlouette, le 26 mai 1878, à Montpellier. Gomme textes intéres-
sants, nous signalerons les toasts de MM. Croisiar et Duleix-An-
sermez, écrits, Tun en patois de Saint-Triphon (Vaud, en Suisse),
l'autre en patois d'Aigle (même canton). Nous signalerons aussi,
mais non pas comme un modèle de courtoisie, le début du dis-
cours de M. Mary-Lafon : « Messieurs, j'ai reçu deux invitations
pour assister aux Fêtes latines : l'une de la Société qui a fait
beaucoup de bruit dans les rues (sic), l'autre venant de VAlovstte.
L'alouette étant la première qui chante en montant vers le ciel
et qui annonce la lumière, j'ai préféré son invitation, et me voici, »
Nous devons faire observer à M. Mary-Lafon que les deux invi-
tations n'étaient pas exclusives Pune de l'autre, puisqu'elles éma-
naient de deux sociétés, non pas rivales et encore moins hostiles,
mais simplement distinctes. L'une arbore franchement sa cou-
leur politique, l'autre n'en veut pas avoir; ce qui explique qu'elles
aient agi en pleine indépendance l'une de l'autre, comme l'a très-
justement, «et sans récrimination », constaté M. Xav, de Ricard.
M. Mary-Lafon aurait dû prendre exemple sur lui et ne pas répon-
dre à une politesse par une épigramme d'ailleurs assez faible, et que
rien ne motive.
A. Boucherie.
CHRONIQUE
L'impossibilité où nous serions de condenser dans les quelques
pages ordinairement réservées à la Chronique le Compte rendu du
Concours du Chant du Latin et des diverses séances ou réunions qui
l'ont précédé et suivi, nous oblige à renvoyer le lecteur à la relation
spéciale que la Société fera paraître, avant la fin de l'année, en un.
volume distinct de la Eevue^.Ceite relation contiendra les discours
et les rapports de MM.de Quintana, Mistral, Paul Glaize, de Tour-
toulon, de Lestaubière, Laissac, Léon Mares, Roque-Ferrier, Don-
1 Un prospectus fera prochaineme nt connaître les conditions de sous-
cription.
23
306 CHRONIQUE
nadieu, Antonin Glaize, Lieutaud; lesbrindes elles pièces de poésie
de MM. Aguilô, Llorente, Matheu y rornells, PedrelL de Bornier,
Aubanel.de Berluc-Perussis, Langlade, de Toulouse-Lautrec, Cha-
baneau, Azaïs, Boucherie, Roumieux. Laforgue, Tavan, etc.; le
Chant de la race latine de M. Alecsandri, et de nombreux extraits
des œuvres couronnées, dues, comme on le sait, à MM. Balaguer y
Merino, Bonaparte- Wyse, Constans, Tabbé Paul Guillaume, Mard
y Folguera, Achille Mir, etc. , etc.
La Société se propose de joindre à ces divers documents les let-
tres d'adhésion qui lui ont été adressées àToccasiondu concours-da
Chant du Latin, par les principaux philologues ou romanisants de
l'Espagne, du Portugal, de l'Italie et de la Roumanie, et notamment
par MM . Milâ y Fontanals, Pelay Briz, "Victor Balaguer, Nunez de
Arce, Gastelar, E. Monaci, Ascoh, le prince Ruspoli , le séna-
teur Sabarrini, Tabbé Spéra, le marquis de Mendez Léal, ambassa-
deur de Portugal; Urechia, Hasdeu. Obédénare, Bratiano, Emile
Gostinescu, Michel Bréal, Gaidoz, Picot, etc.
Par exception, nous donnerons seu'ement dans la Revue\9L liste
des prix et des mentions du Chant du Latin:
Une coupe artistique et symbolique
donnée par don albert de quintana y combis,
A M. Alecsandri, à Mircesti (Roumanie), pour le Cantul gintei
latine (le Ghant de la race latine), (langue roumaine).
Un RAMEAU DE LAURIER ICN VERMEIL
DONNÉ PAR LE PaRAGE
A Don Franc. Matheu yFornells, à Barcelone (Espagne), pour
une pièce de poésie catalane : lo Cant del Llati.
Mentions
I. A un anonyme de Tergu-Muresinlui (Transylvanie), pour
une pièce de poésie roumaine : Cantul Latinului (signé 0 Romana
din Transilvama);
II. A un anonyme, à Paris,' pour une pièce française : Chant du
Latin (épigraphe : Suraùm!);
III. A M. Albert Arnavielle, secrétaire de la maintenance de
Languedoc, à Alais (Gard), pour une pièce en dialecte cévenol :
Tahà, cant de raço;
IV . A don Miguel-Antonio Garo, correspondant des Académies
royales de langue et d'hi.stoire de Madrid, membre honoraire de
l'Académie des belles-leitres de Santiago (Ghili), à Santa-Fe-de-
Bogola (Nouvelle-Grenade, — Amérique méridionale), pour une
pièce (le poésie espagnole: el Himno del Latino;
V. A M. Auguste Chasranet^ à la Bachellerie (Dordogne), pour
une pièce do poésie on dialecte périgourdin: lou Chant dau Latin;
VI. A M. Girolamo Donati,à Pérouse (Italie), pour une pièce de
po 'sie italienne : il Canto del Latino;
Vil. A M.Féhcien de Prades, pour une pièce de poésie en
langue romane du XII« siècle : lo Cant del Latin;
VIII. A M. Auguste Fourès, à Gastelnaudary (Aude), pour une
j)ièce de poésie on dialecte du Lauraguais : le Cant del Lan;
IX. A M. Aimé Giron, au Puy-en-Velay, pour une pièce de
poésie française : le Chant des Latins;
CHRONIQUE 307
X. A M. Alexandre Langlade, àLaiisar£çues(Héraiilt), pour une
pièce de poésie languedocienne (sous-dialecte de Montpellier et de
ses environs): lou Cant dau Latino-
XL A M. Gio vannes Mathis, à Gènes (Italie), pour une pièce de
poésie rumonsche (dialecte de la Haute Engadine, canton des Gri-
sons, — Suisse) : VOvel délia Bernina et il cuors délia vitaumauna;
XII. A M. Cesare Paiadini, à Milan (Italie), pour un pièce de
poésie gallo-italienne (dialecte milanais) ; la Leggenda di popol
latin ;
XIH. A M. Ubach y Vinyeta, à Barcelone (Espagne), pour une
pièce de poésie catalane : lo Cant i/el Lati.
Mentions particulières
I. A M. le baron de Meyronnet de St-Marc, à Aix-en-Provence,
pour : la Race latine^ oratorio, suivi du Gfiant des Latins. Les vers
latins sont dus à M. A.-B. Grousillat (de Salon); les vers italiens,
à M. R.-P. Tasso; les vers espagnols et catalans, à des anonymes;
les vers provençaux, à M. J. Gaut, d'Aix-en-Provence; les vers
roumains, à M. Georges Sion, secrétaire général de la Société acadé-
mique roumaine, à Bucarest (Roumanie);
il. A MM. Aimé Giron et Gyrille Fiston, pour les Petits-Fils des
douze Césars, satires françaises-latines (Imprimé);
III. A MM. Charles Gros et Laborde, à Montpellier, pour les pa-
roles et la musique d'une Cansou latina exécutée pendant les Fêtes
latines.
Mentions pour la musique
I. A M. Borel. à Aix-en- Provence, pour la musique de la Race
latine, oratorio de M. le baron de Meyronnet de Saint-Marc ;
II. A M. Marc Burty, à Lyon, pour la musique de la pièce le
Chant des Latins, par M. Aimé Giron (no IX du Concours de
poésie);
III. A Don José Rodoreda, à Barcelone (Espagne), pour la
musique d'un poésie catalane intitulée h Cant del Llati,
*
* *
MM. André, archiviste du département de la Lozère, et Maurice
Faure, tous les deux membres de la Société, ont été récemment
nommés officiers d'académie, par M. le Ministre de l'instruction
publique.
Travaux sur la langue d'oc ancienne et moderne. Publications
CATALANES, PROVENÇALES ET LANGUEDOCIENNES. — Œuvrcs de Mar-
guerite dOyngt, prieure de Poleteins^ publiées d'après le manuscrit
unique de la bibliothèque de Grenoble^ par E. PhilipoR, avec une in-
troduction de M. C. Guigue. Lyon, Scheurinj^; in-S", xxxix-93 pag.
La Vida de S. Amador, texte provençal inédit du XIV^ siècle, pu-
blié diaprés le manuscrit de la Bibliothèque de Marseille^ par V. Lieu-
taud, bibliothécaire de la ville de Marseille. Marseille, Lebon, 1878;
in-80, 23 pages, a\ec un fac-similé.
Le Fieus de Mons. levesque et cùnte al Chastel de Orest. Document
du XIII^ siècle, commenté, annoté et publié "^slt J. Brun-Durand. Va-
lence, 1878; in-8^
30S CHRONIQUE
Heauredon ( Tabbé ) . Études landaises . Essai de philoloffie lan-
daise. Découverte archéologique à Pissos. Études archéologiques de
M. le docteur Léon Sorbets. Pau, Menetière; in-8°, 79 pages.
Alph. Roque-Ferrier. L^R des infinitifs en langue d*oc. Paris,
Maisonneuve; in-S®, 10 pages. ( Extrait de la Rexiv^ des langues ro-
manes. )
Michel. Le Z euphonique et son équivalent, TS douce en provençal et
en français. Toulon, Laurent; in-8', 50 pages.
Gombette-Labourelie (de), Eoman et Patois. Gaillac, Dogourc;
in-80, xvn-152 pages.
Un pomdeflors, A /as^oyascatoZanoa.Barcelona, Vetllada del dia
6 de maig de 1878. Imprenta do la Renaixensa; in-12, 64 pages.
Charmant recueil de poésies catalanes, dues à MM. Bassegoda,
Bertran y Bros, B. Ferrer, Franquesa y Gomis, Arthur Gallard,
Genis y AguiJar, Angel Guimerâ, Marti Folguera, Masriera y Co-
loraer, Francesch Mathèu, Montserrat y Archs, Manel Pau, Ficé y
Campamar, Pons y Massaveu, Rahola, Reventos, Roca y Roca,
Riera y Bertran, Sardâ, Torres y Reyatô et Ubach y Vinyeta.
V. Balaguer. Trajedias. Su autor en verso catalan, Victor Bala-
guer\ Sus traductores en verso castellano, Ruiz Aguilera, Nunez de
Arce, Réfes, Perez Echevarrîa, Barrera, Llorenfe, RosseUô, Biedma,
Sierra y C/iaves. Segundaedicion. Madrid, Fortanet; in-12, 484 pag.
Francesch Matheu. La Cansô de l'espiga, Barcelona, A. Verda-
guer; in-12, 6 paires
Fr. Ubach y Vinyeta. La Ma freda, comedia tragica en très actes y
m vers. Barcelona. Rafel Ribas ; in -8», 80 pages.
Masriera y Golomer. Poesias premiadas en h certamen literari del
centre catalanesch-recreatiu de 1S78. Barcelona, Imprenta de la Re-
naixensa; in-12, 16 pages.
Gayeta Vidal y Valonciano, lo Mon invisible en la literatura ca-
talana y lo Viafjefet al infern per Père Porter. Barcelona^ Estampa
de la Renaixensa; in -8°, 78 pages.
Hommage al beato Raimundo Lullen el sexto centenario de lafanda^
cion del colegio de Miramar. Palraa, Gelabert; gr. in-8°, 172 pages.
Contient de nombreuses poésies en catalan, sur ou en l'honneur
de Raymond LuU
J. Maluquer Viladot, Teatre catalan estudi histôrich-critich, preTniat
ab menciô Jionorifica en los Jochs fiorals de 1876. Barcelona, Estampa
de la Renaixensa: in-12, 62 pages.
Joseph Maria Valls y Vicens, Diseurs llegit en lafesta de repar-
ticiô de prends del centro cafalanesch. Barcelona, Imprenta de la Re-
naixensa; in-12, 16 pages.
Œuvres complètes, languedociennes etfrançaises, de l'abbé Favre, pu^
bliées soîis les auspices de la Société pour l'étude des langues romanes.
Montpellier G. Goulet (tom. P*'); in-8o^ 233 pages.
Édition préparée par MM. Léon Gandin et Alph. Roque-Ferrier;
l'étude sur Favre, sa vie, sa langue et ses poésies (Ir» partie du
tome 1er), sera distribuée avec le dernier volume des Œuvres corn-
plètes.
Melchior X^^rÙxd^.Prumiè Bouquet (1838-1842), Flouretos demoun-
tagno, poésies languedociennes, avec un Avant-Propos de Marins Bour-
relly, et des Notes sur V orthographe et la prononciation languedociennes
( traduction française en regard); ouvrage couronné aux Jeux floraux des
CHRONIQUE 309
Fêtes latines de Montpellier, Montpellier, Imprimerie centrale du
Midi; in-12, 455 pages
P. Gaussen, laFieiro de Chambourigavd, pouèmo coumique en cinq
cants, emh'un avans-prepaus d'Albert Arnavielo. Alais, Brugueirolle;
in-12, iv-55 pages.
Marius Bourrelly, Poesiaprovenzal dedicada, à laAsociadon literaria
de Gerona^ con motivo del certàmen de 1877. Gerona; in-4°, 4 pages
(texte provençal et traduction espagnole).
Bonaparte-Wyse, Très Rambiai prouvençau (la Vilo d Aigo-Morto,
la SoulitudOy Un Deo gratias). Mount-peliè, Empremarié centralo
dôu Miejour; in-8", 25 pages (Extrait de la. Revus des langues ro-
manes. )
Bonan^airte-'W y se, Septentrioun. Antibo. Marchand; in-'^°, 12 p.
Voir le compte rendu de M. Espagne, i?evwe, 15 avril 1878, p. 197.
Bonaparte-Wyse, Magalouno, odoleto dedicado à Mounsegne de
Cahrièro, evesque de Mount-peliè , Isclo de la Magalouno, in-4®, avec
la musique, due à M. Louis Lambert; 12 pages. (Montpellier, Im-
primerie centrale du Midi . )
Camille Laforgue, JL milord Guilhèm-C. Bonaparte-Wyse : la Bou-
miano. Mount-peliè, Empremarié centralo dau Miejour ( Hamelin
fraires); in-4°, 14 pages; avec la musique, due à M. Louis Lambert.
Extrait du présent numéro de la Revue des langues romanes,
Îj Angles à VOupera, oubreto per N,. . , illuslrado per Falip. Carcas-
souno, Pouech; in-8o, 16 pages, figures
A. de Gagnaud, Pèr lou bateja dôu felibrihoun de Sant- Clament.
Ais, Remondet-Aubin; in-8°, 1 feuille.
A. Fourès, le Vincedou à la batesto de pouls. Montpellier, Impri-
merie centrale du Midi; in-8°, 3 pages.
Cette pièce de poésie a paru d'abord dans le no de février de la
Revue des langues romanes.
A. Fourès, le Cap de Voultari à Toulouso, sounet. Gastèl-nou-
d'Arri, Ghavard; in-4», 4 pages.
Louis Desjardins, le Chant du Gaulois, aux Dames félibr esses, sonneL
S. L. N. D. (Montpellier, mai 1878); in-8«, 4 pages.
La quatrième page contient une traduction en langage de Tou-
louse, par M. (iermain Fournier, secrétaire de la maintenance
d'Aquitaine, du sonnet aux dames félibresses.
C. Gros, Magalouna, paraidas de G. Gros, félihre dau Clapas;
musica de BéxdiTà . Montpellier, Boehm; in-4o, 4 pages.
Pièce de poésie lue par l'auteur à Maguelone, lors de la première
réunion du Parage, Je 18 novembre 1877.
Jules Bessi, Notices sur Segurana, héroïne niçoise. Nice, Gilletta;
in-8o, 30 pages.
Contient, p. 29, une pièce de 16 vers, en langage de Nice; elle
est suivie d'une ode en français. Le tout signé : Jules Bessi, et
daté du 15 août 1862.
Babret, Cansou de la baquo de Capestang. Rigaoudoun, paraulos e
musiquo de Babret (Auguste). Béziers, Perdraut, S. D. Une feuille
in-4® à 2 colonnes. /
La vache est l'animal symbolique de Capestang. Voici le refrain
de la chanson :
Garas 1 Garas !
Mounde, la baquo passe,
310 CHRONIQUE
Badas ! Badas !
Mes aoumens fazes plasso.
Dounas ! donnas ! dounas !
Quaouque biel liard oufouasso ;
Balhas ! balhas 1 balhas !
Quant saio de bmasso î î !
Les douze couplets qui accompagnent ce refrain sont parfois
assez risqués En revanche, on ne saurait leur contester une cer-
taine verve rustique. L'auteur peut faire mieux.
B. Artou, Ouhretto prouvençalo . Leis Embarras de MarsihoX^nnta ■
tien de Boileau). Marsiho, Bernascon; in-8o, xiv pages.
Imitation en provençal-marseillais, de la sixième satire de Boi-
leau. L'auteur met en souscription une traduction en vers de la
Joconde de Lafontaine.
Alexandre Plazolles, VOuherturo d'uno mission à Moularés. Cas-
tres, Abeilhou; in-12, 13 pages (au bénéfice des pauvres, 50 cen-
times).
Société d' alliance latine . Le Banquet de l'Alouette. Discours et toasts
de MM. V. Hugo, E. ('astelar, etc. Paris: Sandoz et Fischbacher;
in-80, 82 pages.
La part de la langue d'oc, dans ce recueil, consiste : 1® en un
toast en prose de M. Groisier (St-Tréphon, canton de Vaud, Suisse);
20 un toast en prose de M. Dulox-Ansormez (Aigle, canton de Vaud.
Suisse); 3° un hrin^le en prose provonçaie do M. Félix Gras; 4® un
brinde en vers provençaux {la Patrio), de M. Remy Marcelin:
5o une poésie languedocienne ( la Lauseta)^ due à M. A. Langladc:
6° une poésie languedocienne, ( la Mariano latino), par iM. Auguste
Fourès.
A. de Lamothe, le Proscrit de la Camargue, Paris. Blériot; in-12,
303 pages.
Gontient divers chants et fragments de chants populaires ou re-
ligieux en provençal.
Trou bat, Plume et Pinceau, études de littérature et d'art. Paris,
Liseux; in-16.
Quelques-unes des études de ce volume concernent des auteurs
et des sujets appartenant au midi de la France.
A. R.-F.
Le gérant responsable : Ernest HAMELIN,
*> ♦-
TABLE DES MATIERES
DU CINQUIÈME VOLUME DE LA DEUXIÈME SERIE
DIALKCTES A]SCIE^S
Poëtes lyriques catalans (Mila y Fontanals) 53
L'Evangile selon saint Jean, en provençal du XIIP siècle.
(W. FOERSTER.) 105-157
Extrait d'une traduction catalane de la Légende doi-êe (Cha-
baneau ) 209
DULECTES MODERNIiîS
Études sur l'histoire. de quelques mots romans. (Alart.).. . . 5
Lettres à Grégoire sur les patois de France (suite) . (Gazier). . . 9-237
Enigmes populaires siciliennes. (Di Martino.) 12G
Li'R des infinitifs en langue d'oc (Alph. Roque-Ferrier.) . . . 180
Trois Poésies milanaises de Carlo Porta. (Pietro Preda.) 213
Un Alléluia pascal en Velay. (V. Smith.) 217
Poueisias dioisas de Guste Boueissier. (Jules Saint-Rémy.) . . . . 221
Lou Fech Trinal. (Clair Gleizes. ) ... 27
Béumouno. (Théodore Aubaniîl.) 28
Lou Garda-Mas (fin) . (A. Langlade . ) 29
Lou8 Bords dau Lez . (Lydie de Ricard . ) 84
Le Vincedou (A. Fourès . ) 85
A Trench dauba. (Ubach y Vinyeta.) 87
Lous Fouleits . (A. Chastanet . ) 91
A Juli Gaussinel, après la leqidode soun Abdona. (A. Espagne.). 133
Donec gratus eram^ etc., traduction provençale. (V. Lieutaud.) 134
— — traduction languedocienne. (A. Espagne.). 135
A-n-Anfos Tavan, après uno legido d'Amour e Plour(A. Arna-
vielle) 158
Lous Dous Canards sauvages. (Gabriel Azaïs.) 191
/ Latin dAinerico. (A. de Gagnaud.) . 19(5
Cantul gintei latine. (Alecsandri . ) 202
Lo Cant del Llati. (Fr. Matheu y Fornells. ) 264
A la raço latino. ( F. Mistral.) 266
Galabrun ( Léontine Goirand. ) 270
Luno pleno. i Théodore Aubanel.) • 272
La Boumiano. (Camille Laforgue.) 275
A la Mar latino. ( Lydie de Ricard.) 279
A Mount-peliè. ( À Roux.) 280
Lou Branle de las Trelhas. (Louis Roumieux.) 281
Ij'Avtouna. ( Charles Gros.) 285
BIBLIOGRAPHIE
Le Bréviaire d'amour, de Matfre Ermengaud, publié par la Société
archéologique de Béziers . ( C. Chabaneau .).... 38
De la Poesîa provenzal en Càstilla y en Leon^ par V. Balaguer .
( C- J. T . ) 44
312 TABLE DBS MATIERES
Recueil d~e versions provençales' pour l'enseignement du français en
Provence^ 3« partie, par un professeur. (A. .Espagne.) 45
Counteis e Viorla^, per Aug. Chastanet. ( C. Chabaneau . ) 48
Corrections du texte d'Estienne de Fougères, addenda à l'article
de M. Boucherie. ( W. Foerster . ) 92
Lo Donatz proensals und las Razoa de trobar, publiés par M. Sten-
gel. (C. Chabaneau.) 138.
Septentrioun, pèr W.-C. Bonaparte-Wysc. (A. Espagne.) 197
Catalogue de la bibliothèque de Marseille^ ouvrages relatifs â la
Proi^ence, par M. V. Lieiitaud. (A. Espagne.). 198
Congrès archéologique de France^ XLIII^ session. (Alph. RoQUE-
Ferrier.) 202
Le Seizième Siècle en France, par MM. Darmesteter et Hatzfeld.
( A. Boucherie. ) 202
La Prise de Damiette en 1219, publiée par M. Paul Meyer. (C.
Chabaneau.) 287
Die Provenzalische Blumenlese der Chigiana, publié par M. Edm.
Stengel . (C . Chabaneau . ) 289
Société des Anciens Textes. — Aiol, chanson de geste, publiée
par MM. J. Normand et G. Raynaud. (A. Boucherie.) 290
Sprachliches aus romœnischen Volksmœrchen^ par J.-U. Jarnik.. .
(C. Chabaneau.) \ • 293
Un document inédit sur Laure de Sade, iniv de Berlue- Pérussis.
(A . Roque-Ferrier) 293
Almanach niçois pour 1876, par J. Bessi. (A. Roque-Ferrier.) 295
PÉRIODIQUES. — Romania. (A. Boucherie.) 49-99-203
Archivio glottologico italiano. (A. Boucherie.) 52
La Renaixensa, (Balaguer y Merino) 146-302
Lo Gay Saber. (Id.) 148-300
Romanische Studien, (C . Chabaneau . ) 150
Zeitschnft fur romanische Philologie. (Constans, Chabaneau) 150-295
Journal officiel de la République française. (A Espagne ) 151
Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de VAveyron.
(A . Roque-Ferrier . ) 204
Archivfilr das Studium der neueren Spra^hen und Literaturen.
(C. Chabaneau.) 297-298
Il Propugnatore . (C. Chabaneau. ) 298
Rivista di letteratura popolare . (A. Boucherie.) 299
Giomale difilologia romanza. (A . Boucherie . ) 300
Société d'Alliance latine. — Le Banquet de V Alouette. (A. Bou-
cherie) 305
Chronique 101-153-206-305
Table des matières 311
REVUE
DES
LANGUES ROMANES
MONTPELLIER, IMPRIMERIE CENTRALE DU MIDI
(Hamelin Frères)
REYCE
DES
LANGUES ROMANES
MONTPELLIER, IMPRIMERIE CENTRALE DU MIDI
(Hamelin Frères)
REVUE
DES
LANGUES ROMANES
PUBLIÉE
PAR hfi SOCIÉTÉ
POUR L'ÉTUDE DES LANGUES ROMANES
Deuxième Série
TOME SIXIÈME
(tome XIV DE LA COLLECTION)
MONTPELLIER
U BUREAU DBS PUBLICATIONS
Dli LA SOCIÉTÉ
PARIS
MAISONNEUVE ET (>
URRAIFICS'ËniTEURS
i5. QUAI VOLTAIRE, Î5
REVUE
DBS
LANGUES ROMANES
DIALECTES ANCIENS
CANTIQUE PROVENÇAL SDR LA RÉSURRECTION
Ce cantique, dont je dois la copie à Tobligeance de M. Bou-
cherie, est tiré du ms. fr. 1058 (anc. 7340) de la Bibliothèque
nationale, où il suit immédiatement (folio 176, vo) une ver-
sion du chant bien connu sur sainte Marie Madeleine, sen-
siblement plus rajeunie que celles qui ont servi de base à
l'édition donnée de ce chant par M,« Bory en 1861 ^ A la fin,
on lit: « Le tout^ couppié à l'original de messire Anthoyne
Longi de Roquevayre, pneur de Guiller au diosese d'Aix et
prédicateur au lieu de Mallemort en l'année mil six cens
et seze, et selom som dire, a douse cens ans que le tout fut
composé en se {sic) mesme langage et rime provensale. Fait
par moi Pelluret, vicaire de Mallemort. »
M. Damase Arbaud a publié {Chants populaires de la Prù'
vencBy I, 49) une pièce qui ressemble beaucoup à la nôtre ; non-
seulement le sujet, mais encore la mesure du vers, la compo-
sition de la strophe, le refrain, sont les mêmes. Seulement,
tandis qu'ici les trois vers de chaque strophe riment en-
semble, il n'y a chez M . Damase Arbaud que les deux pre-
miers. Le troisième y est toujours en a, pour rimer avec le
* J'en donnerai moi-môme prochainement une nouvelle édition» pour
laquelle j'utiliserai la copie du ms. 1058.
2 C'est-à-dire le chant sur sainte Madeleine et notre cantique.
6 DIALECTES ANCIENS
refrain. Des deux côtés d'ailleurs, la rime, toujours mascu-
line, se réduit souvent à Tassonance.
Tout porte à croire que notre cantique, sans avoir l'anti-
quité que lui prêtait messire Anthoyne Longi en 1Ô16, datait
déjà, alors, de plusieurs siècles. On peut, sans témérité, en faire
remonter la composition, comme celle de la cantilène sur
sainte Madeleine, jusqu'aux environs de l'an 1300.
Je n'essayerai point d'en rétablir la forme primitive, dont
la copie du vicaire Pelluret s'écarte sans doute assez souvent.
Je me bornerai à quelques corrections, surtout orthographi-
ques, régularisant l'emploi de Vm et de Vn, substituant l'an-
cien 0 au moderne ou^, etc. Les leçons du ms. seront tou-
jours, du reste, indiquées en note.
On remarquera, st. 4, la prosthèse du v dans vogner; st. 16,
la forme va pour o {vo); st. 4, son pour lor; st. 2, 9, 10, 17, li
pour lor (illts); st. 16, siu (sieu) pour soi; st. 19, sias pour etz.
Ces provençalismes ont pu être introduits par les derniers co-
pistes; mais il n'y aurait non plus rien d'impossible à ce qu'ils
remontassent à l'original même. — Je n'ai pas corrigé ceau
(=cel), stance 16, parce qu'on a des exemples anciens de cette
insertion de l'a entre e et /. Tel est peal == pel dans la nou-
velle de PeireGuillem(Bartsch,CAre5^./)ro2;., 261, 6). Fourdau
(st. 11), aujourd'hui dôu = deu, génitif de l'article, cf. Diau,
iauj miau (meum)y etc., dans S te Agnès et ailleurs. Les formes
aquellos,eUos (st. 21), sont déjà dans Blandin de Cornouatlles et
d'autres textes du même temps. C. C.
SABBATO SANCTO PASCH.
Quando cantatur Regina cœli letarcy ail,
AUeluya, alleluya, alleluya,
AUeluya^ !
I. Quand Jésus Christ fon tormentat
Et de la crous desclavellat, .
* Je laisse crous (st. 1,2) parce que cette forme (et de même votAS =
voItZf etc.) se trouve déjà dans la Vie de saint Honorât et autres textes de
Provence de la môme époque. Il est probable que Vou y est diphthongue.
Cf., en provençal moderne, pôu = pot^ tôuti z=:tot, etc. — * En toutes let-
tres; partout ailleurs, en abrégé.
CANTIQUE PROVENÇAL 1
En lo * sépulcre fon pausat.
Alleluja !
II. [Mas] Pons Pilats et Caiphas
Ben fort fasion garda[r] lo* vas,
Que non li fossa * deraubat.
Alleluya !
III. Quand Jésus fon ressuscitât,
Las gardas foron fort troblas;
Dison * qu'en ^ dorment fon raubat.
Alleluya !
IV. Las Marias * en grand tremor
Au sépulcre venon en cors '',
Fer vogne[r] Christ son ^ sauvador.
Alleluya !
V. Auses, Segnors % miracle gran :
De Jésus Christ sias certans
Lo jor *° de Pascas sens engan —
Alleluya ! —
VI. Ressuscitât es verament,
Car Tangip] tôt certanament **
A las Marias i* clarament —
Alleluya! —
VIL Lur a dich et manifestât :
« Jésus Christ es ressuscitât ;
En Galilea ** es annat. »
Alleluya !
VIII. Las très Marias** clarament
An caminat certanament,
Sonvengudas *" tôt" prestament,
Alleluya !
IX. En Jérusalem an trobat ^'
' tou.— 2 lou.— ^ fousse.— * disom.— ^ em.— « Marios.— "^ cours.
» som. — ^ segnours,— '® lou jour — " taut certenament,— *' mariof»
- ^^gcUilee. — '* marios. — *^ vengudos. — ^^ toiU. — ^'^ troubixt.
8 DIALBGTfiS ANCIENS
Los apostols tos ^ estonnas ;
Aqui li an annonciat —
Alleluya! —
X. De Christ lo ^ ressuscitament.
Manifestât li an doussament
Que Tangip] li a dich certament ' —
Alleluya ! —
XI. Que Jésus es ressuscitât,
Dan sépulcre s'es ennanat,
Tôt* aisso dis en veritat.
Allelu ja !
Xn. Los apostols ^ gauch an agut ;
Ambe * Sant Peire sont vengns,
Tos ensems ^ parlant de Jésus.
Alleluya !
XIIL E Sant Peire si lur a dich :
a Anem * veire tost Jésus Christ,
Seguem lo prest, aisso es pron dich. »
Alleluya !
XIV. Magdalena* s'en vent tot*° prest
Dins lo " jardin per lo *^ vezer;
Tocar lo " vou a som plaser ^*.
Alleluya !
XV. Jésus [Christ] prest se reviret ;
Ella *^ ben fort lo *^ regardet.
Si li dis et li commandet : —
Alleluya ! —
XVI. a Maria*', non mi toques pas
Ni pau[c] ni pron *% ben va sachas,
Car au ceau non siu *^ pas monta[t]. •
Alleluya !
1 tous apostoustous, - ^ lou. — -^ certanament— '^ tout.—'^ tous apadoms*
— ^ enbe. — Hous ensens — » anen.— » Magdaleno.— »» tout. — >*'iott.
— *2 lou. — *3 lou, — 14 pleser, - ^^ eMo.— »6 lou. — *^ Mario — " promi.-*
CANTIQUE PROVENÇAL 9
XVII. As Apostols * el a parlât,
Et Sanct Thomas li es arribat
Et U a donat ^ a tos ^ la pas.
Alleluja !
XVIII. « Vejas, Thomas *, lo mieu costat ^,
Veyas mos pes, mas ® mans veyas;
Mescresent estre non vulhas '. »
Alleluya !
XIX. Thomas ^ respond a son * segnor^'*:
« Mon Dieu", vos ^* sias mon Sauvador,
Ressuscitât en grand honor*^. »
Alleluya!
XX. « — [Aprjes, Thomas^*, que m'as tocat*^
Et mas plagas ^^ as maneiat,
Tu m' as cregut en veritat. »
Alleluya !
XXI. « Aquellos que non mi veyran
Et fermament en mi creyran
Benauroses '"^ elles seran *®. »
Alleluya !
XXIL Preguem " lo ^^ paire et lo " fils
Que mande son ^^ sant Esperit
Et nos " meta 2* en Paradis.
Alleluya I
* apostous^ — 2 donnât. — 3 tous,-^ * thoumcts.— ^ lou miou constat. —
6 mes.— '^vonlhas.— ^Thoumas.— ^ som.— ^^segnour.— ** diou.— ^^vons,
— *3/ionoMr. — 1* Thoumas. — '^ toncat. — *6 piagnes, — *^ bensey-
rouses. — i» seram. — i9 pregnen. — *• Ion. — ^i ion. — s» som. —
^^nous, - 2* mette.
DIALECTES MODERNES
.«VWV^i
NOËL LANGUEDOCIEN INÉDIT (?)
Je dois la copie de ce noël à Tobligeance de M. Boucherie, quia
bien voulu le transcrire pour moi du ms. fr. 13173, f^ 205, de la
Bibliothèque nationale.
G. Ghabaneàu.
I. Une joine fillette,
Pregant Dius un mati
Auprès de sa couchette,
Cujet s'esturmenti*,
Quan[t] un juine moussur
Intret dins sa crambette
Per U fa serbiteur*.
II. N'agés pou', li dis, belle,
Cresés me souloment ;
Bous resterés pieucelle
Après l'enfantomen.
lou soui l'embassadour *
Per bous pourta noubelle
Que Diou bous fay l'amour.
IIL Bous ses del pai la fille
Et la reine del cel,
Despei que Diou s'abille
De car dins bostre pel ;
* Le même qiïestrementi.Woy. Raynouardet Sauvages.— 2 Prononçai
serbitur. — ^ Ou, ici, est diphthongue. C'est un affaiblissement de au^s
00 (pa&r, paur, pou).— ^ Ms. embassadeur»
LANGAGE DE ST-MAURICB-DE-l'eXIL 11
Et bous e[s]poutissés *
Lou dragon qu'entourtille '
Lous homes ^ sous lous pés.
IV. Tout lou mondejs'affanne
A bous dressa d'autas;
Lou sant et lou proufane
Courent tous à grand pas,
Per bous ouffrir d'encens,
Corne a la bien aimade
De Dious et de lais * gens •.
NOTES
SUR LE LANGAGE DE SAINT-MAURICE -DE l'eXIL
(Isère)
Ce dialecte n'a jamais été écrit, et il est difficile d'en dé-
terminer rorthographe. Afin de faciliter Tintelligence de la
pièce qui précède, je vais tâcher d'en donner une idée; aupa-
ravant, il est peut-être nécessaire de dire quelques mots du
pays :
Saint-Maurice-de-l'Exil, canton de Roussillon (Isère), est un
petit village dbmposé de trois ou quatre hameaux, formant en-
semble une commune de mille habitants environ. Le village
est à 1,200 mètres du Rhône, entre les stations des Roches et
du Péage ( chemin de fer Paris-Lyon- Méditerranée ) .
^ Espoutir = écraser, propremeat mettre en bouillie {pulSy puUis),
— 2 Ms. entoustUle. — 3 Ms. houmés. — * Pour las. Prononciation du
Quercy, du Rouergue, d'une partie de la Provence, etc., etc. Voy. Ro-
que-Ferrier, des Formes de Vartide en langtie d'oc (Revue, X, 254). —
* Cette pièce est suivie dans le ms., qui est du XVI IP siècle, du fa-
meux noël des Bohémiens (Nautres siam très hooumians, etc.), qui a été
souvent réimprimé, par exemple dans les Variétés religieuses (it$60),
p. 114.
12 DIALBGTBS MODERNES
Les vingt-deux communes du canton, sauf quelques va-
riantes, ont à peu près le même langage. Cependant il y a des
expressions singulières dans quelques villages ; ainsi on dit:
(Tancouiy pour aujourd'hui; vorendré, pour maintenant.
Dans l'arrondissement de Vienne et dans presque tout le
département, on se comprend réciproquement, malgré la diffé-
rence de l'accent et de quelques expressions.
A, Moidieu, canton sud de Vienne, les habitants disent, en
parlant de leur village :
A Moidiy iqui van % mîzon de trou de dèr cueme de sotdoué
( à Moidieu, là où Ton mange des morceaux de viande gros
comme des lampes, calèu ).
A Saint-Maurice, on dirait : A Moidsé, iquiet van i mîjon de
trou de char cueme de choulâ, mais avec un accent très-diffé-
rent .
Aux Roches-de-Condrieu, Tidiome est très-harmonieux ; il
se prête admirablement à la versification, et les expressions
sont douces et agréables ; on dit:
Onte vaïtse? ( Où vas-tu? )
Vetse, fé esquig lié / {Y ois^ y a.i glissé!)
A Saint Maurice :
— Van vétse ?
— VatsCyf écoulai
Prononciation. — Toutes les lettres se prononcent avec
l'accent français, sauf dans les cas suivants :
L'o a deux sons différents :
Le premier est bref dans les verbes de la première conju-
gaison à l'infinitif :
Omo, chantby allô, plàuro, trouva, etc.
Aimer, chanter, aller, pleurer, trouver, etc.
Il indique aussi le participe :
Té chanta j fé omô, j'é plàuro y etc.
La prononciation est longue dans :
Apôtrou, rdtrou, incôre, consona, quoque, etc.
Apôtre, l'autre, encore, consonne, quelque, etc.
L'e sans accent est toujours muet , sauf lorsqu'il est pré-
cédé d'un w. Ainsi on dit : persévérance, au lieu de persévé-
LANGAGE DE ST-MAURICE-DB l'bXIL 13
rance; vierge^ verge, per, au lieu de vierge, verge, pèr; d'ail-
leurs, l'accent indique si Ve est fermé ou ouvert.
OU a deux prononciations : la française d'abord ; l'autre, qu'il
faudrait entendre pour la saisir, indique le pluriel dans l'ar-
ticle lôu (les). C'est encore l'accent qui le détermine.
Il se prononce également dans quelques substantifs :
Loù romsignou, loU roussigndu.
Le rossignol, les rossignols .
Il remplace Ve muet dans l'indicatif des verbes : Je chàntou,
fomou, je bogliou, je travagliou, etc.
UE joue un grand rôle. Il est presque impossible d'en saisir
le son, même en l'entendant: à peine Vu se fait sentir, à peine.
Ve se prononce, ce qui donne un son intermédiaire difficile à
expliquer. Cette diphthongue se rencontre fréquemment; elle
remplace ot le plus souvent. Uiglie se prononce comme feuille,
fille, etc.
Le nom de Mireille ( Muereglie ) offre, comme prononcia-
tion, les trois cas principaux de ce que j'ai dit ci-dessus : Mue^
re, glie; les deux derniers é sont muets.
Les anciens, pour les pronoms; disaient: lou man, lou tan,
lou san, lou noutrou, lou voùtrou, lou gliour.
Ma mère disait : lou miénou, lou tsénou, loù siénou, loti nou-
trou, lou voùtrou, loù gliour ; ce qui se dit encore. Mais, au fé-
minin, elle disait : la mià, la tsa, la sia, etc., et on dit généra-
lement: la miéna, la tséna, la siéna, etc.
Toutes les consonnes se prononcent comme en italien, mais
les diphthongues n'ont qu'un son.
Dans certains de nos verbes, Var de l'infinitif se change
en 0, lequel est prononcé, à peu de chose près, comme Yo du
mot sort : omo, aimer ; chanta, chanter ; allô , aller ; trouva,
trouver; devueno, deviner; ruémô, ruminer.
Dans d'autres il est remplacé tantôt par yé et tantôt par e:
baglié, donner ; dansié, danser ; chassie, chasser ; kssié, laisser ;
beneyé, bénir ; netteyé, nettoyer ; seyé, faucher ; mouché, mou-
cher.
Dans les verbes en i, Vr se supprime également: on dit
figni, finir; vegni, venir; retegni, retenir, etc.
14 DIALECTES MODERNES
Les conjugaisons en oir donnent: vare, voir; apercevre,
apercevoir ; pow^^, pouvoir, etc., etc.
Un mot de prosodie : You et Va s'élident ; ils remplacent Ve
muet du français. La prononciation exige que Ton appuie sur
la syllabe pénultième :
Ex.: Lou Ronou etsin rueban que bian long se dépleyé.
On considère comme muette la dernière syllabe de la pre-
mière personne du pluriel du présent de l'indicatif :
Ex.: Pendant qui se proumenon
Ne venon.
Il en est de même à la troisième personne du pluriel de Tim-
parfait de l'indicatif:
Ex. : Moù magnon groùsseyiovan
Briffovan...
Et dans les cas suivant :
Ma mère, sinta tena
Et plena...
Je vou lou boglion en cent où muela
Ailleurs on suit les règles ordinaires du français.
Maurice Rivière.
MOU DERA COUCON
miGLifi
A MA FIGLIE
Madàma M. F. M.
I per tsuet que se dévertoglie
Quella flotta de soie joglia.
Si moù magnon an z'â la fouoglie,
Per tsuet aran bian travaglia.
Mon père m'ayié dsuet :
— Puetsuet I
Je se content de tsuet,
Car t'ésse éto bian sajou :
Te faré de magnon,
Mignon !
Per tsuet et sans partajou.
T'éré vélaCaro,
Aro
Doù viérou de Bero,
MES DERNIERS COCONS
IDYLLE
A MA FILLE
Madame M. F. M.
C'est pour toi que se dévide — cette jolie flotte de soie. — Si mes
vers ont eu la feuille, — pour toi ils auront bien travaillé!
Mon père m'avait dit : — Petit, — je suis content de toi, —
car tu as été bien sage : — tu feras des vers à soie, -^ mignon! —
pour toi et sans partage.
Tu iras vers la Carré, — à côté — des friches de Béraud, —
16 DIALECTES MODERNES
Per amasso ta fouoglie :
Ampouogne ton grand sa.
Ah ! ca,
Tant pis si te te mouoglie.
Ma mère, sinta fena
Et plena
De bonto : per ma pena
Ina once aile bettuet
Pâ couvo, dsan la pàta,
Adràta,
In ma dsan soù tetuet
Per loù fére épegli ...
— JogU,
Cueme de fleur de gli !
Eran alla proumâre,
Siloupapié greglia,
Baglia
Per la mère Revâre.
Vé netra pipignére
Mouriére,
A toute le pragniére
Je coulôvou loù juet ;
Charja de ma farjuena
Mià pluena,
J'adsuesien derejuet.
pour cueillir ta feuille : — prends ton grand sac. — Ah ! ça, — tant
pis si tu te mouilles *.
Ma mère, sainte femme, — < et pleine — de bonté : pour ma peine,
— une once (de vers à soie) elle mit — dans le chiffon, — adroite-
ment, — couver un mois dans son sein *
Pour les faire éclore. . . — Jolis, — comme des fleurs de lyg, ^— .
ils étaient à la première [mue] -^ sur le papier découpé, — dimné
'- par ma mère *.
Vers notre pépinière — [de] mûriers, — après toutes les siestes*
* Voir les qpte^ à la p. 23.
MOU DBRA COUCON 17
Qu'éran couvar de roùse
Moussoùse :
Per z'èllou iboune choùse.
En arruevan, d'abor.
Plan plan, je gliôu mécliôvou,
Bagliôvou
Fouoglie où miâ, rôuse ou bor.
Vé Glioùre, pueruelo,
Doùlo
Qu'habuete Gnuiecoulo,
J'amassovou de grome ;
I n'en mancove po :
Tepo
Que lou magnon groù Tome
Per fére sa méson ? . . .
— Veson !
Que se bette en préson ! . . .
Apre, vé la Couiratta
Je courrien araché,
Charché
La rustsica mourjatta ;
Et pessan vé le Froche,
Po loche
Je me bettove en morche,
Per allô dérouché
— je dépouillais les brindilles ; chargé de mon petit sac — mi-plein,
— j'apportais [encore] des rejets
Qui étaient couverts de roses — mousseuses ; — pour eux, c'est
une bonne chose. — En arrivant d'abord, — doucement je mé-
langeais, — [et] donnais — feuille au milieu, roses au bord *.
Là-bas, vers le mas de Lioure, — du côté — qu'habite Nicolas,
— je ramassais du chiendent : — il n'en manquait pas 1 — N'est-
ce pas — que le ver à soie l'aime beaucoup
Pour faire sa maison ? — [Joli] ver — qui se met en prison ! . . .
— Après, vers la Couiratte, — je courais arracher, — chercher
— * la mourjatte rustique ^.
Et puis vers les Frâches, — alerte, — je me mettais en marche
18 DIALBCTES MODERNES
In grand fé de briyiére,
Van yiére
Où mià delloù rouché.
Loù z'angardon bian druet,
Admet
J^allovou où boun andruet
Illo vé Ro loù quorre ;
Car per ancabano,
Mèno,
I n'en fa de z'amborre.
Moù magnon groùsseyiôvan,
BriflTôvan,
Gliôu mouron s'allonjôvan,
Cueme igniayé, mou Dsé !
Dossi le z'étagore
Légère,
De pertout s'apondsè !
Alor, i n'en faglié
Baglic
(Per iquian éfouglié
Loû mourié délia plagno) :
Doù grand plan sa per jour,
Toujour
Prâsa aile z'ébaragne.
Si loù rouché, le grise
Larmise,
— pour aller extraire ^ une charge de bruyère — poussée — au
milieu des rochers^.
Les petits échalas alignés, — prestement — j'allais au bon en-
droit — les chercher là-bas vers le Rhône ; — car , pour encaba-
ner, — mes amis, — cela donne de l'embarras *^.
Mes vers à soie grossissaient, — brilîaient^ — et leurs nez s'al-
longeaient. — Gomme il y en avait, mon Dieu ! — Sur les étagères
— légères, — (Je partout il en sortait:
Alors, il en fallait — donner — [ de la feuille ] — ( et pour cela
olîeuiller — les mûriers de la plaine ) ; — <leux grands pleins sacs
par jour, — toujours— prise aux branches basses.
Sur les rochers, les lézards — gris, — à l*abri de la bise, — font
MOU DERA COUCON W
Airôuri délia bise,
Fan bian moins de trafuet
Que loù magnon que briffon,
Et rifflon
La fouoglie à grand gourjuet.
— Bertoula, de Condrié,
Courié
Acheto de mourié
Per n'amasso la fouoglie :
Où me fésié dono
Tourne
LoH migé dsan le bouoglie.
« Dsi ! pitsité chânîglié,
Guenîglié,
Que resseimble inâ fîglié,
Quein tou mâgnon ein sa,
Onte té qui vein béré ?
Révéré,
Itô dsin quô grein sa ? »
Mai non, mon bio savan !
I van,
Meno per loù davan,
En poucission ché Feya :
Se dessio vé la Fon,
Oùfon
Délia derâre leya.
bien moins de bruit — que les vers à soie, à la quatrième mue,*^
mangeant — la feuille avec voracité'.
— Bertholat, de Gondrieu, — courait — acheter des mûriers —
pour en ramasser la feuille : — il me faisait damner, — retourner
les aliments dans les entrailles :
« Dis ! petite chenille, — guenille, — qui ressembles à une fille,
— quand tes vers à soie ont soif, — où vont-ils boire ? — Rivière,
— est-ce dans ce grand seau * ?
Mais non, mon beau savant ! — ils vont, — conduits par les pre-
miers, — en procession chez Feyat, — étancher leur soif vers la
fontaine, — au bout de la dernière allée ^. •
SO DIALECTES MODERNES
Pendant qui se proumenon,
Ne venon
Loù déjassié. Ne prenon
In poù de sarpouluet :
Ne n'en frotton le planche
Suet blanche
Que la char de pouluet.
Point de ûàpou, ampeja .
Lou ja
Ere groù bian mija ;
Gniuet drajeye-, gniuet vache,
Gniuemé point de trouve
Crevo
Que pouyian fére tache.
Pâ, ne plasson aile douce
Le trousse,
Si loù bord le pli groùsse ;
Ne betton per calo
In bouquiet de briyiére
Per pouere
Tegni dsuessuet dsuelo.
Si lé trousse i gropîglion,
S'arpîglion.
Dsé ! cueme i s'éjarmîglion
Pendant qu'ils se promènent, — nous ôtons — leurs détritus. —
Nous prenons — un peu de serpolet, — nous en frottons les plan-
ches, — aussi blanches — que la chair de poulet.
Point de f vers à soie ] flétris, collés. — La litière — était bien
dévorée; — ni musucardines, — ni lèpres, — non plus point de trou-
vés — crevés, — qui pouvaient faire tache *°.
Puis nous plaçons avec précaution — les trousses, — les plus
grosses sur les bords ; — nous mettons pour les caler — un bouquet
de bruyère, — afin de — les tenir deçà, delà.
Sur les trousses, ils grimpent, — s'attachent. — Dieu ! comme
MOU DERA GOUGON 21
En charchan se placié ;
Pessan chocun se range,
S'arange
Per vitou coumancié .
I poson glioù z'attache :
Per tache
Dsin jour, gliou cor se cache
Où zié doù kirioù.
La soie se devertoglie,
Vucroglie
Dsan gliou paluct soujioù.
INVOUCACION
Dsuevuena Mère, ô Sinta Vierge ,
Vous m' éde tdbjour heneyia :
Paro moù magnon délie merje
Doù ra tsôulâ dèlF oùteyia.
Etandâ y outra man puessànta
Si la méson, dsan mon granâ;
Qu'a choque troussa joùgnuessanta
De coucon, n'aye in plan pana.
ils se trémoussent — en cherchant à se placer ; — puis chacun se
range, — s'arrange, — pour commencer bien vite .
Ils posent leurs attaches. — Pour tâche — d'un jour, leur corps
se cache — à l'œil du curieux. — Leur soie se dévide, — tout au-
tour [se place] — dans leur palais soyeux **.
INVOCATION
Divine Mère, ô Sainte Vierge! — vous m'avez toujours béni :
— Préservez mes vers à soie des souris, — des rats de tuile et des
coups de chaleur *2.
Étendez votre main puissante — sur la maison, dans mon grenier;
— qu'à chaque trousse jaunissanLe de cocons — il y en ait à pleins
paniers *'.
I? ■*■
28 DIALECTES MODERNES
OFFRANDA
Enûn, dedsan voutra chapella
Imblaman j'éravous pourto
La troussa chousia la pli bella,
Où pié de voutroù sint z'ôuto.
— Chanto, découcounoùse
Jouyoûse !
Chanto, débouretoùse :
Le grome sont gargniuet,
Le mourjatte sont plene,
Me fene,
De coucon à pignuiet.
N'ampliron lou lancié.
Oùsié
Guéman n'éron dansié .
Chanto, découcounoùse !
Allon, déboureto !
Chanto ! •
Chanto, débouretoùse !...
Mourice Reyare
Dsuejon, 15 jugliot 1877.
OFFRANDE
Enfin, dans votre chapelle, — humblement j*irai vous porter— »
la trousse choisie la plus belle, — au pied de vos saints autels.
Chantez, décoconneuses — joyeuses ! — Chantez, débonr-
reuses: — le chiendent est garni; — les mourjattea sont pleines,
— [Mesdames], de cocon à poignées.
Nous en remplirons un drap ; — dans l'aire, — gaîment, nous
irons danser. — Chantez, décoconneuses 1 — Allons, ôtez la première
bourre [ des cocons]. — Chantez, — chantez, débourreuses l
Maurice Rivière.
Dijon, le 15 juiUet 1877.
MOU DERA COUCON -23
NOTES
^ Lisez: mas de. Tous les noms de liea se disent ainsi: mas de la
Carré, mas de Lioure, etc.
* Au mois de mai, lorsque les feuilles de mûrier commencent à pousser,
les femmes mettent généralement dans leur sein le drap qui contient les
œufs de vers à soie, afin de les faire éclore. Beaucoup vont en pèlerinage
à Saint-Savin, chapelle située sur une crôte au midi du mont Pila.
Cette chapelle, que Ton aperçoit de Saint-Maurice, scintille comme un
diamant aux premiers rayons du soleil levant.
3 Lorsque les vers commencent d*éclore, on les met dans une petite
boîte oblongue. On étend sur eux un papier découpé; avec quelques rejets
de feuille posés sur ce papier, on recueille facilement les vers, qui
viennent manger cette feuille.
^ On prétend que les vers aiment l'odeur de la rose et du serpolet.
5 PlarUago cynops.
^* Erica vulgaris.
7 Les vers à la quatrième mue (briffe) font, en mangeant, un bruit qui
ressemble à la pluie tombant sur des feuilles sèches, ou à des lézards qui
frôlent les plantes desséchées.
8 Idiome de Gondrieu (Rhône).
» Plaisanterie que j'ai entendu faire par mon père à des gens de la
montagne (Rhône, Loire).
10 Maladies qui atteignent les vers à soie.
1^ Le ver réunissant les meilleures conditions de santé fait ?on cocon
en trois jours {Dsan ira jour in bon magnon fa son coucon), prov. local ;
mais un jour suffit pour se cacher.
^2 II est d'usage de mettre les vers sous la protection de la Sainte
Vierge et de lui offrir une trousse garnie de cocons .
*8 Pour encabaner les vers à soie, lorsqu'ils sont mûrs, on confec-
tionne de petits fagots ( trousses), allongés et plats, avec de la bruyère,
du chiendent, de la paille de colza, de la mourjatte ( plantago cynops)\
on se sert de petits échalas pour soutenir les trousses.
UN FRAGMENT DE POEME
EN LANGAGE DE BESSAN
(Hérault)
Kidlome de Bessan (Hérault) ^ appartient à cette catégorie
de dialectes de la langue d'oc que Ton pourrait peut-être appe-
ler illogiques ou irréguliers, parce qu'ils admettent à la foi»
Yo et Ta comme voyelles finales du féminin ^. Le périgourdin',
le limousin* et le dauphinois ^, en représentent la moyenne la
plus ordinaire, c'est-à-dire celle où la première de ces voyelles
termine le singulier; la seconde, le pluriel.
En opposition au dauphinois, au périgourdin et au limousin,
le langage de Bessan réserve Va aux finales féminines du sin-
gulier : irounda, laugeira, poulida, et Yo à celles du pluriel :/a-
dos, causas, femnos. Cette particularité dialectale, non encore
signalée jusqu'ici, constitue le principal intérêt philologique
des fragments du poëme la Granja de las Fados, dû à M. H.
Bousquet, garde d'artillerie en retraite, à Bessan»
Ces fragments en possèdent un autre, qu'il n'est pas inutile
de relever. On sait que le moyen âge avait un mode de vers
très-répandu, celui de douze pieds avec une syllabe supplé-
' Petite ville d'environ deux mille cinq cents âmes, située sur les bords
de l'Hérault, canton d'Agde, arrondissement de Béziers.
^ Divers poëtes, n'admettant pas cette dualité, sont revenus à Tunitâ de
finale, tantôt par l'o et tantôt par l'a. J'aurai roccasion de parler plus lon-
guement de ce détail dans un prochain mémoire.
■» Voyez les Counteis e ViorlaSy par M. Chastanet; Rebeirac, 1877 in-8».
* Voyez la Grammaire Wmotisinc de M. Ghabaneau.
^ Voyez las Noças de Jauselou Roubi, eomédie dauphinoise, publiée par
M. Revillout {RevuCf octobre 1875). On pourrait encore citer certaines por-
tions de Fauvergoat. Voyez, comme exemple, les fragments de Faucon,
rapportés par M. Henry Doniol dans ses Pa^ot^ delabasse Auvergne, leur
grammaire et leur littérature; Montpellier, 1877, in-8o (Série des Publi-
cations spéciales de Iol Société des langues romanes)^ p. 88 à 93.
POEME EN LANGAGE DE BESSAN 25
mentaire et inaccentuée à la césure^ souvent employé dans les
laisses de la Cansos de la Crozada contr els ereges d'Albegés :
Lo filhs del rei de Fransa fo mot be aculhitz
Per son paire e pels autres e volgutz e grazitz,
Ez es vengutz en Fransa de sobre '1 afabitz
E comta al rei son paire cum s'es ben enantitz
En Simos de Montfort ni cum s'es enriquitz .
EM reis no respon mot ni nulha re no ditz*.
« Le fils du roi de France fut à merveille accueilli, — et agréé par
sou père et par les autres. — Et il est venu en France sur son cheval
d*Arabie, — et il conte au roi son père combien s'est mis en pouvoir —
Simon de Montfort et combien il s'est enrichi. — Et le roi ne lui répond
[nul] mot et ne lui dit nulle chose, b
Notre oreille a peine à s'accoutumer aujourd'hui à ce vers.
Aussi le rencontre -t-on très-rarement dans les œuvres écri-
tes du XVr au XIX® siècle. Le seul exemple que nous en
offre la littérature savante ' de la langue d'oc moderne est
' Histoire de la croisade contre les hérétiques albigeois, écrite en vers
provençaux par un poète contemporain, traduite et publiée par M. Fau-
riel; Paris, Imprimerie royale, 1837, in-4o, p. 224, laisse GXLII. Je me
suis servi de cette édition; n'ayant pas sous la main celle, bien meilleure,
de M. Paul Meyer.
2 C'est à dessein que je parle de littérature savante, car les œuvres po-
pulaires, celles où le chant fait encore sentir son influence, ne sont pas
totalement dépourvues de vers semblables.
J'en donnerai pour preuve les extraits suivants de deux pièces qui
paraissaient quelques mois après la communication à la Société des lan-
gues romanes des poèmes de MM. Roux et Bousquet :
Que nosto religiou
Siegue pa plus la caouso de noste (sic) divisiou ;
Servèn lou mémo Dieu, dounc devèn estre frère.
Lous que nous desunissoz^ volou nosto misère...
As Electurs d'Alès et de la campagne. Alais, Martin [1877],
pièce anonyme, 1 feuillet in-4o à 2 col.
*
Faulié veire la peno que prenien li marin :
Abéura li malau coucha sus de coussin:
Alesti soun bèu cocho, sis armuro, si maio,
Pair 3 son cargamen pèr touca Trinquataio,
S'estaca sus la gravo pèr reçaupre li doun
De chasque citouien pourtan sa prouvisioun :
Lou boulangié de pan, lou mounié sa mouture. .
La Pesta d'Arle en 1720, per Hounarat Trinquié(de Bèucaire).
Alais, Trintignan, 1877, in-8o, 14 p.
i^ DIALECTES MODERNES
tout à fait récent. Il appartient à un petit poëme limonsin de
M . Tabbé Joseph Roux, communiqué à la Société des langua
romanes le 6 décembre 1870, et qui a pour sujet la mort de
Gondovald, bâtard de Clotaire , proclamé roi par les grands
de l'Aquitaine en 584, mais qui ne tarda pas à périr à Lug-
dunum Convenarum (Saint-Bertrand-de-Comminges) assassiné,
disent les uns, lapidé, disent les autres, peut-être victime de
deux supplices à la fois * .
Mais, tandis que M. Roux poussait ses innovations, on plu-
tôt ses archaïsmes, jusqu'à remettre en honnenr les laisses
monorimes des vieilles épopées de Tancienne langue, M. Bous-
quet bornait les siences à l'emploi du vers de douze syllabes,
inaccentué à la césure, et à celui de quelques rimes assonan-
cées. Nous avons scrupuleusement respecté ces licences, que
Tcclipse de la poésie méridionale, pendant les trois derniers
siècles, nous a temporairement enlevées ^.
Alph. Roque-Feriubr.
1 Voici quelques vers de la poésie de M. l'abbé Joseph Roux:
Al milan d'un fournol lou temple dispareis :
Lou fuec a tout cnîmat, lou roire emais lou creis ;
Adi, toumbol de marbre atrevadour de reis,
lilHtatuas, aulurK floiiritz coiima un cireis
Quand la prima nouvela nous ramena sas geis.
D(;l bel aubre res i)us ne sobra, rams ni reis,
Miscon l^n Liix^ral, miscan mais cinq ou sieis
Tout fîHcana, tout crolla.
Et se beu et seminja... Ai ! aco fai escor!...
Et lou duc, pie del vi (pn^ li nejalou cor,
Coumanda (jue li arrason lou Sent Gral, hanap d'or,
Qu(i José d'Arimat tn prestet per Tamor,
Christ ! do, lei w'iebrar ta darricira Pascor.. ..
- L'emploi do rassonnanco n'est pas sans exemples pendant les trois
derniers siècles. Ou trouve un noël de Saboly dont tous les quatrains,
sauf le premier, renferment deux vers assonnants, et souvent môme non
rimes. C'est celui qui commence par les vers : Auprès d'aquel estable. il
porte le n<* 48 dans la grande édition de de Séguin : Recueil de noël con^
posés en langue provençale, par Nicolas Saboly, etc. Avignon, Séguin,
1856, in-4v
LA GRANJA DE LAS FADOS (*)
Dins la piano, i' o(^)'n inountfach de la man de rome
Que counten dins sous flancs un quicon de renoum (').
A sas quatre muralhos espessos dedins obra.
Toutes soun encadrados per un gros quart de round* ....
Ras d'aquel endrechou que Marta ie fialava,
Las Fados delà granja espandissiôu souvent
Soun linge bel e fi, e tant blanc qu'esclatava
D'una blancou de nèu e linde couma argent.
Lou vent e lou sourel dessu '1 cop l'assecavou;
La flou des coudouniès ie dounava un perfum (').
Elos, tout en riguent, countentos Testrernavou
En dedins la founsou de sa granja, sans lum(^).
La bugada finida, anavou dins la prada
En dansant, en cantant (*), jouiousos de plasé (^).
Culissiôu tant de flous que sa granja embaumava
E respendiô 'n audou que levava lou se.
Las vielhos dau vilage, un pauquet curiousos,
Espinchavou souvent per saupre que fasiôu.
Mais (®) las fines fadetos s^escoundiôu, trop urousos,
De tras un gros nuage, escut à faire pôu .
Quand un orne, su '1 tard, en courriguent passava,
Davans de la grangeta, el era espaurugat,
E las fuelhos des aures, que lou vent boulegava,
Siblavou mai que mai la pôu à soun constat.
Avansava lou pas en alenant à pena,
Recoumandant à Dieus soun ama, sa fiertat ;
^ Les chiffres entre parenthèses renvoient aux observations des p. 30
et 31.
* Il s'agit d'une construction d'origine romaine, à laquelle attache la
dénomination de Granja de las Fados . Ce titre et quelques détails sur le
linge blanc que les fées étendaient autour de leur grange constituent tout
ce que l'œuvre de M. Bousquet doit à la tradition populaire.
28 DIALECTES MODERNES
E las finos fadeto* risiôu de sa devena*:
L'auriôu C) vourgut emb éios per dansa dins lou prat.
Erou de bounos Fados, e tant pla las ôlhetos
Veniôu per ie countà sas penos, sous amours ;
E toutes aladounc ie dis! ou de sournetos
Que las fasiôu revà las niochs amai lous jours.
Mais, des qu'un pretendut un pauquet trop parlaire,
Veniô dire à soun tour qu'era pla malurous,
Elos, douçamenet, ie fasiôu : « Calignaire,
Vous planés un pau trop e serés pas urous. . . »
Predisiôu Taveni ; sabiôu tene Tagulha
Per broudà (^) un traval de gaubi, de sabé
Tout ço qu'elos fasiôu era pas imitable,
E las jouinos filhetos aviôu bel s'aplicà :
Auriôu C') donnât soun ama à Dieus^ e saique al diable,
Que sous dechs (®) mal aisich (®) deviôu (*®) ie renouncà.
Quaucos fes, una ûou dins lous ers las pourtava,
Per anà (*) al counsel, joust (**) la mar, al sabat !
Se troubavou per tout! Quand un sourciè parlava.
Vite s'avalissiôu de tant qu'era escoutat.
Demouravou sus rochs (®), dins lou bosc, sus una illa,
Lous chaînes e las landos erou ^oun bel saloun.
Quand caliô (*^) proutejà, enfadià(*) una vila,
Erou toujour aqui per coucha lou demoun
Un vespre, de su'l tard, que Taurage mountava,
Passava un cavaliè dins soun màntou plegat;
Soun chaval, alassat, dejoust el tresanava;
Aloungava lou pas de tant qu'era pressât.
Un iglaus Temblausis e la ploja toumbava;
Lou tron ven s'espetà sus Taure qu'es davans.
Su'l cop lou fioc s'en prend e vite que cremava,
Lou rude cavaliè met Tespasa à la man :
* Malechance. Ce mot manque à Honnorai.
POËBŒI EN LANGAGE DE BESSAN 29
Menacava lou tron.Es vous dire quai era:
Era barde gales (*'), sans crento amai sans pôu.
La rota que pourtava, la teniô 'n bandoulieîra,
E sa forta paraula bruhissiô coume un biôu. . . .
Lou caml era ruda e michant; s'enfangava«
Lou pavât era rare, e lous traucs erou grands;
Lous rechs (') erou roumplich ('), e l'Arau* desbourdava ;
L'aiga que courrissiô anava à sous davans.
Mais (^) Tardit cavaliè (**) toujour esperounava
En siblejant un er ou de cassa ou guerriè.
Quand la paura bestiola cargada s'escrancava.
Sas cambos i 'amainavow**, pla lion (**J del rasteliè,
Dins toutes lous tautass^^, lou chaval chauchiava,
E lou barde risiô de lou veire soufri.
Crac ! un cop d'esperou vite recoumpensava
La pena que preniô de lou faire courri ....
Aviô talent, pas mens ; mais Taurage durava,
La ploja destrempavtt lous rochs (®) e lou tarren;
Tout era à Tamagat, e, sans el que siblava,
S'entendiô pas res pus que Taiga ambé lou vent.
A travès la chaineda ***, vei un lum (^) que cremava;
le vo dpech, e las fado5 se pressou de dourbi.
La porta s'avalis; vei lou fioc que flambava:
Es sec de su'l moument ; o (*) taula, pan e vi.
L'auba d'un bel mati dins lou cel espetava,
E lou sourel levât aviô fach de cami.
D'aurage n'i 'aviô pus ; déjà lion, (^*) s'enanava.
Lou cavaliè dourmiè su'l liecb de jaussemi.
Quand una jouina fada, al pel d'or, agachava
Lou gales {^') qu'era aquis davans ela endourmit;
Poutouna de sa bouca soun front que blanquejava,
• L'Hérault.
** Amainà. Honnorat donne seulemeut à ce verbe la signification de
orienter, mettre en assiette, se diriger, baisser les voiles.
*** Honnorat n'enregistre pas ce mot.
30 DIALECTES MODBRNES
E courris s'amagà. Aviô perdut l'esprit !
Lou chaval arnescat era davans la porta,
Que lou bel cavaliè (^*) revava sus soun Hech.
Soun cors era adalit ; sa figura tant forta
Era d'una pallou que fasîô grand despiech.
Aviô lou fioc al cap , quand sa man se jalava:
Quicon lou reteniô couma s'era estacat.
Vouliô (*^) be se leva; soun devé lou sounava,
Mais (^) soun ama cremava del désir esprimat.
Fo 'n esfor e se leva, encantat de las Fados ;
Partis coume Tiglaus .... Despei Tôu pas pus vist.
Mais (®) se dis que, lou vespre, un ôeu d'or, dins las prados,
Lou fo venl près d'elos per saupre s'o (^) pla rist ;
Car lou mati Terbeta es toujour pla perlada
A l'endrech qu'aviôu mes lou liech de jausseml.
E la belaFadeta, toujour enamourada.
Espéra soun retour dins lou pus grand plesl.
H. BOUSQUBT*
OBSERVATIONS
1 • (Observation générale). — Le languedocien de Bessan
ignore complètement le v. Il faut donc prononcer béni, bie-
Ihos, bilage, sovbenf, fialaba^ assecabou, leu se prononce toujours
iou, d'une seule émission de voix. Exceptez cependant le pronom
personnel ieu, où Ye reste e,
2. — L'a latin du verbe habere devient o, comme dans le
Lodévois.
3. — On prononce: renoun, perfun, lun.
4. — La distinction des participes en ant et en ent s^est
conservée àBessan, bien mieux qu'à MontpeUieret àBésiers.
5. — Plasé; le dernier vers du poëme donne plesi, qui est
la forme gallicisée.
6. — Prononcez mes.
7. — L'r ne se fait pas sentir. Prononcez au-idu.
8. — L'r de l'infinitif existe encore à l'état latent. On ne
POfîME EN LANGAGE DE BESSAN 31
trouve pas un seul exemple d'élision dans le poëme de
M. Bousquet.
9. — A Bessan comme à Lodève, à Agde et à Béziers, cer-
tains pluriels se forment au moyen de l'adjonction d'un ch.
Dans les Berses pafoueses de J. Azaïs (Béziers, 1867, 2 vol.
in-12), c'est par un x qu^ils ont été figurés, Exemples: rabex,
brasselex, amix, etc.
Pareil mode de figuration orthographique est encore en
usage dans l'Albigeois. Il y remplace même le ; initial :
Un xoun, loungtemps après, que se trouben à taoulo
Amé soun courounel debengut xénéral,
El même à soun coustat am'un coustume égal,
Fabricat tros à tros sus bint cans de bataillo
D'aylhurs Pibrougnarié, bous rand coumo de brutos,
Amay presque touxoun enxendro de disputes;
Dins las calos souben, d*amixal cabaret
Bous xetas la bouteille amay lou goubelet,
Tout ço qu'es xoust la ma, xuscos à la cadièyro.
Et pey, per l'oste enquiet, ficax à la carrieyro,
Lous èls plenes de sang, manubras de pu bel,
Lous unes dal bastou, lous aoiïtres dal coutel.
lit-on dans une pièce de poésie : VOuberturo (funo mission à
Moularés, par Alexandre Plazolles (Castres, Abeilhou, 1877;
in-12, 13 pages), qui, malgré de trop fréquents gallicismes, ne
manque ni de facilité, ni de bons vers.
10. — Ue se change très-fréquemment en i.
11. — Et Bxkssijioust. Dans le langage de Bessan, lej affecte
le son du ch. Il faut donc prononcer : ckoui, chioust, touchour,
grancha, etc.
12. Prononcez ca-id, cava-iè, ion et vou-iô .
13. — Faut-il dire Gales ou Galoi? Ce dernier terme a com-
munément le sens de joyeux, éveillé, réjoui; mais on l'emploie
quelquefois avec la signification de Gaulois, qui lui est, du
reste, reconnu par Honnorat dans son Dictionnaire provençal.
POUEISIAS DIOISAS DE GUSTÉ BOUEISSIER
LOU
SIÉGÉ DE SOLLIENS
Pouémé en 4 chonts
(Suite)
CHONT II
Lo fotiguo, lo fon conino,
Vingt cops de batous sus Teichino
E lou doublé sus lous gigots,
Soun bien pesont par de bigots.
Ovein dit que lous notreis prieroun ;
Disein ooussi que gomougneroun,
Jusqu'o lo cour de Telveicha.
L'eiveque, ein lous vejont, criée !« Ha!
Vous veto qui ! Quinto nouvelle ?
Oourein toou de bouono toueisello?
—Oh ! mounseigneur, creyou que non > ^
Reipounderoun ein se signent ;
(( Malgré votre belle ourdounnonço,
Nous on opprei certaine donso
Ein nous oppliquont, lous pas reins,
Vingt cops de triquas sus lous reins.
Et vous, otteindu votre titré,
Vous mondoun seulement fas. .. fitré.
— Qui, mi? «l'oiveque répliquée,
a Lou SoUiensou moou sogorec.
Coumprenou per que lou viodasé
Bouoto oquoou meut dins sous longagé :
Voudrio de soun bla mai que voou ;
Mais, moju, n*ourec pas un soou :
POUEISIAS DI0I8Â8 S8
Foon pas li Mssàs iitià jgl^no,
Dovont qUé passô lo àëitiàiio. . .
Onec me dire oonx joooubins,
Courdeîiers et benediôtins,
Jesueiteis, en un tnôut lo raço
De bénéfice et de lo biaço^
Que venein eici proumptoment
Que lous otteindou pocioment.
Volou sooupré, sein tordas gaïré,
Ce que pensoun d'oquello ofiaïré. »
Moussus Aniés se deitochec,
Et vite lous overtissec.
De moineis oyont de sondalas
Sourteroun bientou de leurs sallas,
Per onas, d'un air pastoural,
Ves lou polais épiscoupal.
Esperavoun bé de nouvèllas,
Mais las crejons un paou plus bellas,
Car on lous veyo, nies et bloncs,
S'ottroupas coumo de cuooubloncs.
Quond fugueroun dovont lo pouorto,
L'eivequé horonguec de lo sorte :
(( Bouon oppetit, mous chers omis.
Si l'ovec grond, mofé, tonpis :
Tonpis ei lou moût que foou dire ;
Car, einquei, l'oîi pouo vous prédire
Que preireis, nobleis et bourgeois
Vont tous jeûnas dins lou Diois.
N'ovein rein couontro lo fomino,
Ni viondo, ni bla, ni forino,
0 ce que rocouonto Mounard *,
Que de Solliens vent de mo part.
Vous direi, per toute nouvelle,
Qu'oquello viilo tout cruelle
Veint de nous refusas de pon
Per n J^fl^ssas creban de fon,
Mounard, personnage infliiemt du paya, et margaillier de la paroiase
34 DIALECTES MODBRmfiS
Et d'eitriUas notro miliço.
Mais, lou coumblé de lo moliço,
Las grossas geins d'oquel eindret.
Me mondoun fas foutre tout dret.
Tallo insoulenço vous eitouno :
Oï, mi-même, ein propro persouno,
Me mondoun, oqueloux gouja,
Oqui vount tout lou mounde sa.
Ovont de nein tiras veingenço,
Fosec me sooupré ce que so peinso,
Si pouo, chaque coutnunoouta,
Sus oquoou trait d'iniquita;
Mais ooumein que chacu s'explique.
Sus un toun que sié pothotique :
Père Cournu, vrai courdelier,
Onein, veyein, porlec prumier
Sus lou moût qu'uno tallo ongeonço
Veint de dire o moun excellence .
— Yoou disou, li reipouond Cournu,
Qu'oquoou moût vein d'un pas deingu ;
Et pei qu'eici foou qu'on s'explique,
Un taou peuple ei trop heirétique
Per pas tout de sueito einvouyas
L'ordre de l'excoumunias .
— Très-bien . . . o vous, père Dechasso,
Fosec nous, s'il vous plaît, lo graço,
Coumo siec frère doou doyen.
De nous dire ce que forein.
— Oh ! n'ein forei pas un mystère »,
Réplique lou rêveront père,
(( Car siens de técous si soufPreins
L'ooudaço d'oqueloux pas reins.
Per punis oquello brovado,
Foou fas uno sainte croisade :
Ormas oou plus toou lou Diois,
Per lou onas boutas ein croix .
Un homme qu'on monde fas foutre,
Si dit rein, n'ei qu'un grond jonfoutré ;
Yoou n'ofirmou pas que l'ou siec,
POUBISIAS DIOISAS 35
Mais OYont paon Fou deveindriec. »
Oprès oco se deilibero,
Bt chaou vontee per lo guerro.
L'eivéqué, olors tout rejoait
Qu'o soun goût Toguessoun servit,
Disseo d*08seimblas lo brigado
Et de prêchas uno croisado • .
Lou jous sueivont, de grond moti,
Ooux hobitons qu'ovions poti,
Lou bouon et Teilouquont Dechasso *
Peroourec eimbe tout de graço
Sus Teiôcocita doou pon
Couontro lo rageo de lo fon,
Dins uno pinturo si vivo,
Que foguec venis lo solivo
0 lo boucho d*ou père Omoux *,
Qu'o so jaouto oguec de coulous;
Dessorto que lou vieux goléro,
Qu'omavo tout lo bouono chéro,
Creyo de mingeas un mourcee
D'un groou gigot lo peço oou pec.
L'oouroteur criavo o Toouditoiré :
« Souvenec-vous doou réfectoire,
Dins un teimps vounté, chaque jour,
Lou pon que revenio doou four
Per soun ooudous vous chotouyavo ;
Et de lo brocho que viravo
Lou fumet vous fosio venis
D'un quart de lego de poys.
0 ! temps huroux ! jis de fominas ;
Las bogas semblavoun de tinas.
Et lous moureis eroun si viooux
Qu'oviont lo coulou doou grofiooux.
Notre soi de leins brilliavo,
Embe oppetit Ton deijeinavo;
Si perfeis ero deiréîngea,
Ei que Ton ovio trop mingea.
1 Avocat de village, célèbre par sa h&blerie.
* Gastronome renommé.
36 DIALECTES MODERNES
Ves Dio lou moundé ero odourablé,
Mais enquei n'ei plus cooneissablé :
Siens si maigreis, si deilobras
Que Sigolou * pouo pas tout fas.
Oou cemeintieri lo jueinesso
Pars per einteras lo vieillesso.
Lou Dios ei tout ohuri
Qu'ei sec coumo de popori,
Et lo fenno lo plus goUiardo
N'o pas mai de chair qu'une sardo.
Per sourtis d'oquel embora,
Foou de pon rousse d'ossura.
Courage ! indulgeinço pleniero
O qui portirec per lo guerre.
Vès Solliens Tio beoucop de bla ;
0 mounseigneur qu'oyi# monda
Quaouqueis penitonts per n' oduré,
Lou Solliensou, que Dioou lous curé,
Ont lâcha certaine rsfiisou
Qu'ei trop sâlo per un sermou
Et qu'eici Ton pouo pas redire,
De quintou biaï qu'on vous lo viré ;
Mais eissoyec d'imoginas
Un moût bouon o vous fas domnas ;
Sovec .... frereis, oquel outragé
Duoou se lovas dins lou pilliagé.
L'hounous voou que portée démon
Per lei tuas tout o votre fon ;
Nous aoutreis oourein Tovontagé
De sonctifias lou cornagé. »
Tous tont que soun disoun Amen ;
Pei crient : a Mais qu'ai que sei fosen,
Fosen eici triste figure ;
Per que pas portis tout ovuro ? »
Sus oco vont se counfessas,
Mingeas l'oustio et se coueijas.
Lou lendemon, dès que l'ouroro
* Fossoyeur de Die.
^
V
.JféiÉSBUS DTOISâS 37
Ogueo bouta soun nas defouoro,
Qu'ero Teitiqueto doou jour,
Pecholçup botee doou tombeur.
Coumo quond veirein dins lo piano
De Josàpbiat lo soumpetano
De l'ongé, fosont reveillias
Lous mouorts que soun o sumillas,
Ainsi tous lous Diois se levoun-
Onoquoou ropel, et s'oppelloun
Pei se reindoun ves mounsegneur,
Ëin chontont einsein de bouon cœur :
(( Onein, éfons de las mountagnas,
Lous jous d'eicoueire soun veingus ;
Portein, quitein notras coumpagnas,
Per pichas sus de pasdeingus {bis).
Solliens, dus ooutont que lou ferre,
Ofin que crebessein de fon,
N'o pas vougu beilas de pon
Ooux Diois qu'on ista nein caire.
Courage, fessoueiriers, preneins notreis fessoux,
Morchein (Ws), qu'un son g coya remplisse d'eigairoux
» Tromblo, Solliens, car dins to villo
Introrein dins doux ou treis jous ;
Et, si gno pas assez d'un mille,
Siens presteis o l'ai coure tous [bis).
Rein nous reteindrec per t'obattré ;
Si chayoun notreis vieux Diois,
Lous jueineis sorein de grivois
Que portireins per te coumbattré.
Courage, fessoueiriers, etc.
» Comus couontro oquello gueusayo,
Douono de fouorço o notreis puns,
Si nous ojuas dins lo botayo.
Siens surs de nein brias quaouqueis uns.
Vès nous aoutreis que lo victoire
Ocouré 0 noous maleis occonts ;
3
3^ DIALECTES MODBRMBS
Dins tous lous Solliensoux jeunonts
Ye toun trioumphé et notro gloiro •
Courage, fessoueiriers, etc. »
Lous moris que venion dories
Eintounavoun o plein goousies-:
« Nous entrerons dans la carrière > ,
Et las morias : « Il pleut, bergère. »
On veyo ooussi de villogeois
Chontont : « Rossignolet du bois »;
Et mai fuguessein o lo diéto,
Gueulavoun o roumpré lo têto.
Ainsi, bras dessus bras dessous,
Vés l'eiveque arriveroun tous.
Elou, que dejo s'onuyavo,
Ein lous otteindont deijeinavo ;
Ce que fuguec un chordoueinec
Que tous lous goousiers picoutec.
Oquoou moumeint lo pooupulaço
Oourio vougu tenis so plaço,
Et Lonfré *, tout ein regordont,
Disio : « Quond nein forein ooutont?
Pariou que voueido so dimeyo 2
Ein ochobont so fricossejo
De boudins d'un mori cojou,
Qu'o tua Taoutre jous lou picou.»
Mounsegneur veinguec sus sopouorto
Et trouvée Tormeyo prou fouorto :
lovio bien dous ceints fontossins,
Pas si voulec doous plus mutins
Ni maï d'un air très-redoutablé,
Mais oyont Toppotit dou diable.
Ein teto beoucop d'oouficiers,
0 lo quio lous courdeliers.
Las coumpognas et las brigadas
Eroun divisas per escouadas.
Homme d'un gros appétit.
Dimeyo, demie (pour demi-bouteiJle).
POUBISIAS DIOISAS 39
Mais pereici creyou que foou,
Ovont tout uno invoucocioou
On oquello que dins lo Q-reço
Lo memoiro ovio pep déesso :
Ti que roprouochei lou possa
Ein lou boutont dins lo peinsa,
Mnémousyno, ah \ si vouyas dire .
De noums que poueichein nous fas rire,
Un bien grond plaisis me forias.
Dejo n'o pas fougu te prias
Quond ai vougu, dins quaouquas fablas,
Porlas de cbaousas véritablas
Que s'eroun possa dins un teimps
Bien ogréable, mais bien leins*
Ovuro, coumo sus lo rocho,
Grave lous noums dins mo cobocho
De tous lous Diois que sein poou,
Porterount per Texpeditioou.
Lous hommeis fourmont Tovont-gardo
Choousisseroun lou brave Sardo S
Ofin de coundueire leurs pas
Dins lous coumbats que vont livras .
Oqui ce veyo Buei-mocbino ^
Que mountravo so belle mino;
Orchillet, pourtont soun boraou;
Poyau, Tulaura, Barjomau,
Chioou Teinébla, Julion-counasso,
Que juravo de pas fa graço
Ooux SoUiensoux qu'ottroporîo .
Oprès oquoou grivois venio :
Merle, Boujé, Liaoudou-d'eilèno ;
Jasque Grenier, Picard-sirèno;
Boouria, Gingorec, Blonc-d'ooussou;
Bosset, Landros etBogossou.
Quaouqueis siareis embe leurs dayas,
^ Boiteux.
^ Tous ces noms propres sont ceux des personnages les plus grotesques
le Die.
40 DIALECTES MODERNES
Devion coupas coumo de payas
Lous agocis doous Solliensoux ;
Près d'eloux de jueineis gorçous,
Que Ton vejo pourtont de frondas,
Noun pas eisein, mais eîn douas bondas ;
Sont-Peireis, embe Sont-Morceoux*,
Que devion lanças de collieoux.
Piare Ormond, tenont so ferulo*,
Per lous reunis gesticulo
Ooutont que pouo; mais lous moris
Saoutôun coumo de prevezis :
L'un voou, per livras lo botayo,
Que l'aoutré li garé lo payo
Dessus l'eipoulo. Lous tollieurs
0 viens leurs gronds ciseoux vouleurs,
Et Rula', que lous coumondavo.
Sus so jombo se redressavo.
Lous gnafreiS; que venion oprès, •
Volou dire lous courdouniers,
Que pourtavoun dins uno gaino,
Bien eifila, leur grosso oleino,
Ovion eincaro o lour cousta
Un tronchet bravement bouta,
Et, d'une moniero guerrière,
Lour tiro-pied ein bondoulUero;
Choousisseroun lou vieux Loumbard,
Ofin de pourtas Teitondard.
Boueissilliou, lou vétérinaire,
Et Tolioto, Topouticaire,
Dins lo villo onavoun jitas
De droguas o lous eimpestas.
Lou prumier ovio so seringue
Que li sert quond Tio quaouquo bringo
^ Saint-pierre et Saint-Marcel, deux quartiers de Die qui étaient toa-
jours on querelle, et dont les enfants se battaient souvent entre oux à
coups de fronde.
• Pierre Armand, maître d*<^cjU.'.
^ Tailleur principal du pays, qui avait une jumbe de bois.
POUEISIAS DIOISAS 41
De molato. Lous moneiohaoux,
Tous mountas sus de vieux ohovaoux
Embe treis ou quatre chatraïreis.
Fiers ibrougnas, rudeis mingeaïreis,
Devious lous ojuas, ein omis,
0 seringuas lous ennemis.
Lour.boniero represeintavo
Un ane qu'un d'éloux feravo.
Lous plâtriers embe lous moçous,
Meitreis, monobros, coumpognous,
Tenont lours morteoux et leurs tibias,
Ovion de minas tres-risiblas .
Sus leur eitondard gris et vert,
On veyo chaire d'un cubert
Un homme que se deipochavo .
Coumo si lo chaouso pressa vo ;
Ein bas l'iovio per eicritoou :
Longuissec pas, seisorei toou.
Lous fourniers, plus nies que de di&bleis,
Pourtavoun lours pelas, lours riableis,
Lours gouyards embe lous oehoux,
Per pichas sus lous Solliensoux.
Coumo se cubreroun de gloire,
Foou boutas lours noums dins l'histoire :
L'iovio donne Chovolou, Goma,
Culés, tieni Brelliou, Poula.
On veyo ooussi lous vieux Poleto,
Que biscavo d'être o lo dieto;
Ribaou, Cossia, Ponké, Côueici
Et lou grand père Bolodi.
Dessus lours maooux fouyo lous veire,
Morounas de pouver plus coueire
Ni fouyaças, ni brocedeoux.
Ni ponettas, ni revordeoux.
Mais lo chaouso la plus coumiquo
Ero de veire lo musique :
L'iovio soumpetanas de bois,
Fifre, couornas embe un ooubois,
0 quoou qu'einteindio l'hormounio
D'oquello bello symphounio
42 DIALECTES MODERNES
Disio : Bien ei que per eici
L'on vai sounas lou togoci.
On veguec mai que d'un vill^rge
Fournis d'hommeis d'un grond courage ;
Boutoundort de vès Roumeyer *,
0 l'eiveicha fuguec prumier.
Venio de quittas, noun sein peno,
Sous bois, sous efons et so fenno,
Per portis embe lous Diois.
Oh ! paouro yoou, quintou grivois !
Jomaï jusqu'eici lo noturo
N'ovio fa si fouorto coruro ;
Imaginec-vous un solau
Bien plus large qu'un eissogau.
Ooussi, quond soun muoou s'oboutiavo,
Molgré so chargée lou levavo,
Et, si lou gardo fourestier
Ovio fa soun ooubereitier,
Un bouon jous sur uno sopino
Oouriec vegu so tristo mino ;
Et pourtont, o dire entre nous,
Un ognec n'ero pas plus doux .
Ein.filont lou long de Meirosso *,
Mounta dessus so viello rosso,
Preinguec: Lorouchetto, Sodou,
Embe Tronler et Cournillou.
Quaouqueis houmeis de ves Mouleiras',
De Chatilliou, de las Nouneiras,
*
De Reqoubec, d'Aï, de Mountmoou,
De Chomoloc et de Vossioou,
Veingueroun oussi, fifre ein teto,
Per être d'oquello counqueto,
Que proumetio de lous donnas
De lo gloire et de que dinas.
1 Romeyer, village à trois kilomètres de Die.
< Mérosse, petite rivière du Diois.
^ Molière, Gh&tillon, les Noonières, Rocoubeau, Âix, Montmort, Gha-
maloc, Vassieux, petits villages des environs de Die.
POUEISIAS DIOISAS 43
Pleno de joie et d'esperonço
Millo feis mai que de pitonço,
L'ormeyo otteindio soun deipart
Et disio que se fosio tard.
Voulont ainsi lo satisfaire,
L'eivequé lo teinguec pas gaïre,
Car oou plutoou lo benissec,
Li dounec l'ordre et pei portée.
Des que las troumpétas souneroun,
Aneis et saoumas reguineroun ;
Dins lou noumbré gnoguec beoucop
Que fogueroun pas rein qu'oco :
L'on einteindio quaouquo bouriquo
Segoundas si bien lo musique,
Que Plossou *, si fouort musicien,
N'oourio, mofé, pas fa si bien.
Ein soupiront, toute Tormeyo
Obondounavo uno countreyo
Si richo quond, o mei juillet,
Chacu meissouno o plein pugnet;
Mais olors, mai fugues superbo;
Lo recolto n'ero qu'ein herbo;
Lo frucho ooussi, de soun cousta,
N*éro pas moyuro o meita.
On trou va vo bien dins las runas
De bouchossoux et quaouquas prunas,
Perdigounas et groou domas,
Très bouonas o lous offomas
Ou per lous eimpourtas las barjas.
Mai d'un regrètavo Chomarjas ^,
Oquel aoutre o l'Ormelorio
0 fa sous odiooux per lo vio;
G-noguec plusieurs que ves Pissignas
N'eibroutouneroun pas leurs vignas;
Oquoou d'aqui ves Chomqueira
Laissée soun triooulé soun gora.
1 Musicien de bastringue.
2 Ghamarge, Armélerie, Pissigne, Chanqueira, Floreaux, Comanes, Saint-
'ierre, le Périer, qnartiers de Die et dd la banlieue.
44 DIALECTES MODERNES
Onôn de Ploureoux o Coumano,
On veyo casi plus uno amo .
Sont-Peire, ainsi que lou Perrier,
Fugueroun toou laissa dorier ;
Et Zelo, que soun père exhorte,
Molgré lou terrible Lomouorto,
Oousec, oou pouont de Chondilliou,
Preindre mai d'un eicoutilliou.
Quaoucu, beleou, veindrec me dire :
Moun comorade, volei rire,
Dins lou nombre n'ei pas coumprei
Ce que Mounard ovio counduei ;
Foou donne qu'oquello belle troupo
Volé plus jis mingeas de soupo ?
Si, mais creins lous cops de bâtoux,
Et meipriso lous Solliensoux :
Restée per prudonço o lo villo,
Vounté fuguec pas inutile,
Car priée lou bouon Dioou tout lou jour
Per Tormeyo et per soun retour.
Mais peytout o l'humous guerrière
Vouguec pas restas ein prière,
Embe soun siblet lous seguee,
Et, mofé se lei distinguée.
Ein otteindont fosio soun erané,
Mounta dessus lou bât d'un ané,
Ocota sous soun bonnet rouei,
Courdiont lo pouncho de soun fouei ;
Quond Toguec finie s'eissoja^o
0 fas flic, flac, flac, pei chontavo.
Tout d'un cop soun ané s'eimpouorto
Et reguino de tallo sorte
Que moun Peytout vein coumo un fou«l
Cheire o croumpoloux sus lou couol.
N'ei pas tout : relèvent lo tête,
L'onimal oeusitoou lou jieto
Sus lo croupe, vounté restée
Tont quo lo fooucaïro teinguec ;
P0UBI8IAS DI0Ï8AR 4«
Mais lo bestio, qu'oco g^avo,
De las douas jombas reguinavo,
Si bien que, sein lâchas TestrioGU,
Lou cavalier virée per soou.
Mais reveneins o notro troupo,
Que sus ello ovio paou de poupo.
Lous aneis morchavoun prumiers;
Eroun bien cinquante o paouprès,
Coumptont oqueloux que mountavoun,
Tout coumo oqueloux que pourtavoun .
Perque dires?. . . et perquepas:
Quand eroun ein bas,
L'on veyo jis de differeinço,
D'oluro ni de counteneinco;
Sus lo routo brouncheroun fouort
Et teingueroun toujoiis lou bouort,
Ein morchontla tête ossez basse,
Coumo faï toute oquello raço;
Ou bien lo levavoun ein naou,
Per veire si seintio très-maou
Lou pissa qu'ein chemin trouvavoun,
Et qu'embe un grand plaisis niflavoun.
Oprès venio lous fessoueiriers
Vount on veyo Gustou Boueissier*.
L'eigaïre eimpourtec son eissado
Dins oquello gronde croisade;
D'autreis pourteroun leur fessou,
Leur eiterpo et leur eicoussou,
Per eicoueire une tallo raco.
a
Sus Teiponlo ovion bien lour biaço,
Mais seulement per li boutas
Ce que poueirion escomoutas.
Ofin de lei preindre une bosse,
Dedins Tiovion bouta lo cesse
Vount se trouvavo ein cas oou bouort
Las traças doou froumagé fouort.
Polbés tenio toujous lo têto,
* Auteur de ce poôme
46 DIALECTES MODERNES
Tonifier de fas timblas lo guéto,
Segu de Goougné, de Toueira,
De cri-cri Mourliet, de Coura ;
L*iovio bien eincas Toine Pleno,
Lonfré, Truchou, Vollonoir, Ooubeno,
Donsolounbro, Poivre, Goougnou,
Boyard, Jon Coucourdo, Bonou,
Touzé, Pota, Colliet, Juncheiras,
Jus, Pontreimpo, lous doux Boueideiras,
Bouligou, Foraou, Bajoré,
Embe Ghonas et Goudouré.
Molgré lou trin et las olarmas,
Chonas respeindio quaouquas larmas,
Goussi grossas que de foyoou ;
N'éro pas per ré, soun coueiroou,
Que proumetio toht per soun âge,
Yenio de fas lou grond vouyage ;
Gepeindont ero bien bâtit
Et doou père ovio Toppetit.
Quond elou sooupec lo nouvelle
Et si pénible et si cruelle
0 soun cœur, ero oou Mortouret*,
G foueire per moussus Rousset.
Soun aine, que venio lou quaire,
Ein l'opercevont li criée: « Père,
Ei mouort!!! — Mouort I » répliquée Ghonas;
Et Teicho répétée tout bas:
Mouort !! Gpres, dubront plus lo boucho,
Restée plonta coumo une souche,
Sein poueire levas soun fessou
Gppuya sus un polisson.
G lo fin, relèvent lo faço,
Poussent un soupir dins Tespaço,
Se dissec : a G bien paon laissa
Notre mori qu'ei trepossa ;
Si dins lou paon de bien que laisse
Gno pas de que fas une caisse )> ;
^ Martouret, quartier de la banlieue de Die.
POUBISIAS DIOISAS 47
Et, porlont o moussus Rousset :
« Preitec-me vingt soous, si vou plait. »
Si lou grond Chonas rounguignavo,
Lou bouon Mourliet raccoumpagnavo,
Fosio chorus, car o cri-cri
Venion de preindre soun chobri.
Lo maire ooussi n'oguec pas graço,
On vous lo sonec dessus plaço,
Seins remissioou. L'on duoou peinsas
Tout ce que duooupec se possas
Dins lou cœur d'oquoou paouré diable :
Lou dire, n'ein sioou pas copablé.
Et que dirioou ? Qu'oprës lou vouol,
Cri-cri Mourliet deveinguec fouol ;
Pei que de teimps ein teimps gueulavo,
OUont de lo grongeo o lo cavo :
« 0 ! mo chabro, qu'omavou],tont !
Ti qu'ai pas quitta d'un instont,
Que sias donne deveinguo, pechaïre !
Te veyou plus dedin toun caïre . . .
Oh ! non, te sias pas eiloigna
De mi que t'ai toujous sougna...
O qu'ei fini, poueireiplus vioouré,
Voou devenis sec coumo un lioouré
Ein bu vont plus jis de toun la;
Pourtont, uno bouono eicuela
Forio de bien, et lou courage
Poueirio venisper lou vouyage;
Mais mous regrets soun superflus,
0 ! ma chabro, te yeirei plus ! »
Dorier, coumo oco se protiquo,
Tout lou bogage de lo clique
Ero escourta de fouteirooux
Qu'eincholavoun dessus lous muoous.
L'iovio douze ou trezé choretas
Vount avion bouta de fourchettas,
D'houlas, de peirooux et de plats,
Lou tout preste per fricoutas .
Et lous rouliers que las menavoun
48 DIALECTES MODERNES
Eroun de grivois que pichavoun
Sus Piaré ooussi bien que sus Jon;
Quond ovion leur tovelo ein mon;
Surtout Jon-de-Bri, de Sont-Peiré.
Ero olors que fouyo lou veire
Se bolonças d'eici, d'eilaï,
Coumo tout bouon choretier faï .
Mais lou plus fouort, lou plus terrible,
Et cepeindont assez paisible
Quond lou poussavoun pas o bout,
Ero moun cousi Poyonout.
Tout ein bobilliont, tont morcheroun
Que dins douas houras arriveroun,
Las deints longeas coumo un fessou,
Do vont lou pouont de Sonto-Croux *.
Quaouqueis goulavis de Tormeyo
Tocheyoun de gagnas Tintreyo
Doou couveint, per se fas donnas
De que poueire un paou deijeinas.
Un moine, ein veyont uno escouade,
Se deitochas de lo croisade,
Fuguec tout dret dire oou prieur :
« Péré, tretec-me de monteur
Si ce qu'aï vegu de la pouorto
N'ei pas uno bello cohorte :
Tromblec, car s'ei venoun d'un trin
0 rein laissas eici dedin . »
Lou bouon prieur, qu'oco reveillo,
Li dit, ein se grottont l'ooureillo :
a Vaï dire o notre cueisinier
D'eicoundre tout dins lou cellier ;
Oprès irez caire mon fouorto.
Surtout sororez bien lo pouorto;
Mais, si roncouontrec l'ennemi,
Disei pas que sioou per eici .»
Cependant lo chorpayo orrivo ;
Tout dessueito on li crio : « Qui vivo ? ^
* Sainte-Groix, village des environs de Die, où se trouve un pont sur la
Drôme.
POUEISfAS DIOISAS 49
Siens, dit Tun, quaouqueis moluroux
Que vous demondein o genoux
Lo chorita que Dioou coumondo,
Souloment de pon et de viondo .
Pourtont, coumo ovein bien pati,
Buoourion un pechot cop de vi;
Veloqui ce que nous omeno.
— Quond siée veingus? — Uno vingtaine.
Vingt sorio rein ; mais, per donnas,
Nous faudrio diobloment zeunar ;
Ainsi, frèreis, Dioou vous ossisté»,
Dit lou moine d'un air bien triste.
S'ein oneroun, oqui dessus.
Très fotigas, surtout dejus.
Dins lou couveint se rossureroun.
Dès que Teichino lous vegueroun.
Et dision : « Oqueloux gueusards
On, mofé, Pair de gronds ponsards.
Dioou gardé qu'une tallo troupo
Chaye dessus un plat de soupo ;
L'ovolorion sur, quond lou plat
Sorio de lo grondons d'un prat. »
Mais o Pountaï*, queinto bounbonço,
Quond las deints intreroun ein donso !
Dins un moumeint tout fuguec net,
Sus lo taoulo et sus lou bufet ;
Pei cbeigueroun sus lo voulayo
Ofin de fas gronde ripayo;
Oprès, de lo cavo oou ploncbout,
Fourfouyeroun çasi pertoùt.
Lou fuo, lou choléra, lo pesto,
Laïssoun be quaoucorein de reste;
Mais eloux, dins oquel eindret,
Fogueroun raflo de bidet :
Tout fuguec, dins oquello lutto,
Mingea dins mein d'une minute.
Village qui se trouve entre Die et riaiilans .
50 DIALECTES MODERNES
Et lour oppetit, o lo fin,
Venio de se boutas ein trin.
Oprès de tallas beatillias,
Prenoun tous lours sacs et lours quillias,
Disoun gramocis et s'en vont
Offomas coumo oouporovont.
Pei chonteroun per las compagnas :
« Onein, efons de las mountagnas » ,
Et SoUiens pouvion remorquas,
Que tous lo chontavoun eincas.
(fin DOOU chant 11,
LETTRES A GREGOIRE
SUR LES PATOIS DE FRANCE
{Suite)
Beaumarchais, domaine et hameau situé sur la paroisse des
Chapelles-Bourbon, dans la ci-devant Brie française, mainte-
nant district de Rozoy et département de Seine-et-Marne,
renferme, ainsi que la paroisse dont il dépend, un petit nombre
d'habitants, d'un caractère pacifique, de mœurs douces et pu-
res, pauvres parce qu'ils sont environnés de toutes parts d'un
des plus grands propriétaires de France, M. de Penthièvre.
Une singularité frappante est qu'autant les habitants de la
paroisse des Chapelles sont tranquilles et de bon accord, au-
tant les habitants de Marie, qui n'est qu'à une demi-lieue,
sont turbulents et processifs. Le langage comme les mœurs
de ce canton se ressent de la proximité de la capitale ; s'il
manque d'urbanité, il est exempt de grossièreté. C'est un
vieux français, tel qu'on le trouve dans la bouche du peuple
de Paris, et que tout homme sachant le français peut en-
tendre.
Il règne dans le canton un grand amour pour la Révo-
lution . Ce qui partout me paraît le plus j attacher le peuple
est l'établissement de l'égalité ; il s'en forme une idée plus
juste et plus chère que de la liberté : la première suffit au
maintien de la seconde. L'égalité est l'idole des ignorants,
la liberté est celle des philosophes . La Révolution fait chaque
jour des progrès rapides dans les esprits et dans les choses; la
Constitution pourra et doit être amendée, mais ses bases sont
immortelles. « Sanabiles fecit (Deus) nationes orbis terrarum.»
Cette prière est exaucée : « Constitue, Domine, legislatorem
super eos, ut sciant gentes quoniam homines sunt. d
52 DIALECTES MODERNES
Sully, dans le département du Loiret, district de Gien,
chef-lieu de canton, est peuplé de 2,400 habitants, d'un ca-
ractère paisible et sage et très-patriotes. L'éloge que je viens
de faire d'un village du département de Seine-et-Marne est
aussi celui de la ville de Sully. Les vertus pacifiques et bien-
faisantes de son ci-devant seigneur lui ont conservé les sen-
timents d^amour et de respect dont il a toujours joui. Le curé
y est aussi très-aimé et très-respecté. Cependant hier, 13 mars,
ce bon pasteur étant allé prendre possession de sa nouvelle
succursale, une vingtaine d'habitants, presque tous naariniers,
gens féroces, allèrent lui témoigner leur mécontentement de
ne l'avoir point vu à la grand'messe de l'église paroissiale,
et lui dirent qu'il n'avait qu'à voir, qu'ils en prendraient un
autre. Le curé leur répondit qu'il se partagerait alternati-
vement chaque dimanche, avec son vicaire, entre la paroisse
et la succursale ; il remarque qu'ils n'ont laissé échapper au-
cune mauvaise parole, et il a ri de leur boutade.
J'entends beaucoup les riches parler, dans ce pay^ci, de la
misère du peuple, et le maire, qui est aussi sage que patriote,
n'en remarque pas moins que ce peuple est mieux habillé et
plus gai qu'avant la Révolution. J'ai vu, de l'autre côté de la
Loire, les dommages qu'elle a causés en charriant des quantités
énormes de sable dans la crue de novembre 1790, mais je n'ai
rien vu qui me portât à croire que ce malheur mît personne
dans la soufirance.
Quoique Sully soit éloigné de quarante lieues de Paris, on y
parle le même français qu'aux Chapelles-Bourbon, qui n'en
sont éloignées que de dix lieues.
Je finirai par une observation que je voudrais voir impri-
mée et réimprimée dans les livres que tout le monde lit. Lorsque
je suis venu à Paris, je m'attendais à ne trouver, parmi les
personnes qui ont la réputation de bien parler, aucun accent
marqué, et j'y ai reconnu les accents de toutes les provinces.
On semble ignorer qu'une prononciation vicieuse défigure le
français et lui ôte ses grâces propres. L'accent gascon, que
beaucoup de personnes sont convenues de trouver joli, ne sied
pas mieux à la langue française que l'accent de la capitale au
jargon bayonnais. J'ai remarqué av(H* peino la grande influence
LBTTRE8 A QREaOlRË 53
des prononciations de^ différents départements sur la vraie pro-
nonciation de la langue française. On est maintenant souvent
dans le doute si Ton prononcera un e ouvert, un e fermé ou un
e muet, dans beaucoup 'de mots. J'ai recommandé aux gens de
lettres la cause de la langue qui fait leur gloire. Des altéra-
tions dans sa nature pourraient lui ôter de son unité et de son
élégance. C'est en s'élevant contre les abus d'un pareil genre
et en citant les délits au tribunal du goût que l'on parvient à
les corriger.
Au château de Sully, le 15 mars 1791.
2
{Note de Grégoire: Patois des cy-devant Mâœnnois, Dombes, Bresse)
RÉPONSES AUX DIFFÉRENTES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LA LETTRE
CIRCULAIRE DE M. l'aBBÉ GRÉGOIRE, EN DATE DU 13 AOÛT
1 . — La langue française n'est principalement en usage que
dans nos villes et entre les personnes aisées. Les gens de la
campagne l'entendent, mais ne s'en servent point entre eux.
Ils parlent une espèce de patois, qui est unique dans chaque pa-
roisse.
2. — Il est possible de déterminer l'origine de ce patois.
Selon toute conjecture, c'est un composé des différentes lan-
gues des peuples qui ont successivement asservi ces contrées.
Le fond de ce jargon est un mauvais français, dénaturé dans
son essence et sa prononciation, dans lequel on reconnaît une
multitude de mots latins, ce qui nous rappelle la conquête des
Gaules par les Romains et les temps antérieurs et postérieurs.
3. — Comme ce patois ne paraît dériver d'aucune mère lan-
gue, on n'y voit point non plus de termes radicaux, ou, s'il en
existait, ainsi que des termes composés, ils appartiendraient à
la langue latine ou française.
4. — On y trouve beaucoup de mots latins, comme il a été
dit plus haut.
5. — Il y a affinité, pour ne pas dire identité, avec le fran-
çais ; la différence consiste principalement dans la transposi-
sition des lettres qui composent le mot, dans la substitution
d'une voyelle à une autre, comme dans les mots suivants :
Mocan, au lieu de Mâcon; tarre, au lieu de terre; dans le retran-
4
54 DIALECTES MODERNES
chement ou addition d'une voyelle, comme il suit : le ffma, ta
lieu de feu; le pan, au lieu de pain; le cheneve, au lieu de dh»-
vre^ etc.
6. — D'après ce qui vient d'être expliqué, les noms employés
à désigner les plantes, arts, métiers, etc., ne peuvent avoir
que beaucoup de ressemblance avec ceux de notre langue.
7. — Au moyen de ce que [le patois] participe de deux lan-
gues, il n'est point rare de trouver plusieurs mots pour expri-
mer la même chose.
8. — Il est, à la campagne, d'un usage général.
9. — Le nombre des mots propres à exprimer les idées et
les objets intellectuels est très-resserré, par la raison que, la
vie des gens de la campagne étant purement physique, le
monde idéal ne peut que leur être étranger.
10. — Les termes contraires à la pudeur ne sont pas en
grand nombre, mais ils sont de la dernière crudité. Comme ils
sont de leur nature très-significatifs, il semble qu'ils deyrûent
ouvrir l'esprit au libertinage ; cependant les mœurs ne sont
pas plus dépravées qu'ailleurs.
11. — Les jurements les plus usités se bornent à une demi-
douzaine, et sont à peu près les mêmes que dans ridiome na-
tional.
13. — On trouve quelques locutions assez énergiques, on
plutôt originales; mais elles paraissent tenir plutôt de li
tournure des esprits que de la richesse de la langue.
13. — Les finales sont beaucoup plus communément voyelles
que consonnes.
14. — La prononciation n'est ni gutturale, ni douce, ni fflf-
flante; elle se fait à pleine bouche; elle est plate et fortement
aîcentuée.
15. — L'écriture du patois est parfaitement la même que
pour le français.
16. — Ce patois varie de village à village quant à Tacoent,
la prononciation et aux finales.
17. — On ne le parle point dans les villes.
18. — 11 embrasse toute la partie de la France connue sou
le nom de Maçonnais, Dombes, Bresse, etc.
19. — [Les campagnards] s'énoncent plus volontien an
français que les gens de ville ne parlent patois.
IiETTRBS A GREGOIRE 55
20. — Les instructions se sont toujours faites et se font en-
core en français ; mais il n'y a pas de doute qu'elles fussent,
sinon plus fructueuses, du moins plus à leur portée, si elles se
faisaient en patois.
21. — Il n'existe ni grammaires ni dictionnaires de ce dia-
lecte.
22. — Les églises n'offrent nulle part aucune inscription
en cet idiome.
23. 24, 25. — [Néant.]
26. — Les proverbes sont assez communs, mais ils ne sont
point particuliers à ce dialecte.
27. — Le patois influe sur les mœurs, en ce qu'il fait des
gens de campagne une caste isolée et séparée, qui ne commu-
nique point avec la ville. De là les mœurs sont, à la vérité,
plus austères; mais, d'un autre côté, leur caractère est plus
rude, plus sauvage, et réciproquement cette teinte réfléchit
sur la langue.
28. — Leur idiome est toujours à peu près le même ; mais
la fréquentation des villes leur donne plus de facilité pour
entendre et parler le français.
29. — L'importance religieuse de changer ce patois con-
sisterait en ce que les instructions parochiales [sic] devien-
draient plus faciles et plus intelligibles; l'importance politi-
tique consisterait en ce que les campagnes s'identifleraient
avec les villes.
30. — Les moyens seraient : 1° la composition d'un caté-
chisme national, dans lequel la partie du dogme et de la mo-
rale serait énoncée en termes les plus clairs et les plus sim-
ples. Dans cet ouvrage, qui serait encore un compendium des
bases politiques de notre constitution, seraient détaillées
toutes les qualités qui doivent déterminer les suffrages des
citoyens dans le choix des aspirants aux places et aux di-
gnités;— 2® L'établissement de quelque école gratuite propre
à remplir le but de cet ouvrage, ouverte tous les jours en fa-
veur de la jeunesse, et les dimanches et fêtes, dans l'inter-
valle des offices, spécialement pour les grandes personnes; —
3** L'institution de quelque prime pour exciter l'émulation.
3L — Dans toutes les écoles de campagne^ l'enseignement
56 DIALECTES MODERNES
se fait en français, et presque partout de la même iiiAiiiè(re«
32. — Très peu de villages sont fournis de maître d^école;
on n'en trouve que dans les paroisses considérables on -daiu
lesquelles il existe des fondations à cet effet.
33. — L'enseignement dans ces écoles se borne à lire, écrirei
chiffrer.
34. — Dans les paroisses où les maîtres d'éoole sont, par le
titre de la fondation, à la nomination du curé, les écoles sont
surveillées par lui ou par -son vicaire ; mais hors ce cas, ce qui
est très-rare, ces places sont indépendantes.
35. — Les. curés et vicaires n'ont guère de livres qui puis-
sent convenir à leurs paroissiens.
36. — Les gens de campagne n'ont point le goût de la lecture,
parce qu'à peine savent-ils lire.
37. — Le catéchisme et quelques livres d'église, yoilà les
livres que l'on trouve chez ceux qui peuvent en faire usage.
38. — Leurs préjugés sont nombreux ; ils tiennent extnir
ordinairement à leurs habitudes, leurs coutumes. Ce qu^ilsont
vu faire à leurs auteurs est la règle invariable de leur conduite.
Minutieux, petits, superstitieux dans leur religion; la terreur,
la crainte, font la base de leur dévotion .
39. — Depuis une vingtaine d'années, s'ils ne sont pas plus
éclairés, ils sont au moins plus éveillés. Les mœurs sont plu
dépravées et les principes religieux plus affaiblis.
40. — Les principales causes sont : 1° le vide des jour-
nées de dimanche et des fêtes, les longues veillées d^hiyer;
2« la fréquentation des villes, leur exemple contagieux ; 8* le
retour, le passage des jeunes gens qui sont sortis du sein des
campagnes pour rouler le monde ; 4^ la multiplication des ca-
barets.
4L — Les remèdes, toujours plus aisés à indiquer qu'à
effectuer, seraient : 1° de diminuer, sinon de détruire, les ca-
barets ; 2^ de remplir les intervalles des offices par quelque
exercice intéressant et instructif ; 3° de ûxer les jeunes gens
dans le lieu de leur naissance, etc.
42. — Les effets moraux sont une grande satisfaction : l*de
voir toutes les classes réduites à leur niveau ; 2* de pariicipsr
à l'administration, soit directement, soit indirectement^ p«r
LETTRES A GREGOIRE 57
leurs suflrages. De là un certain ton d'importance, un certain
sentiment d'orgueil et d'amour-propre qui les rend plus exi-
geants, plus spéculatifs, sur la conduite que Ton tient à leur
égard.
[Le reste manque.]
5
[Cy-devant Bourguignon. — Note de Grégoire]
RÉPONSE AUX QUESTIONS DE M. GREGOIRE
Il est impossible de répondre à toutes les questions propo-
sées par M. Grégoire ; on ne peut répondre qu'à quelques-
unes.
1 . — On parle français, et bon français, dans toutes les
villes. On y est plus puriste qu'à Paris, où l'on dit : Je vou-
drais bien que vous aillez [sic] à ...; au lieu qu'en Bourgogne on
dit : Je voudrais bien que vous allassiez. Mais, dans les campa-
gnes, le paysan parle un patois particulier, qui varie d'un lieu
à l'autre, quand il y a quelque distance. On citera que le patois
de Dijon diffère de celui de Beaune, qui à son tour diffère de
celui de Chalon, de la Bresse et du Morvan. Mais c'est tou-
jours le même patois, et Ton peut dire qu'il n'y a radicalement
qu'un seul patois.
2. — L'on ignore pleinement l'origine de ce patois.
3. — Il est impossible de dire s'il a beaucoup de termes ra-
dicaux et beaucoup de termes composés.
4. — On ne connaît pas assez le celtique pour savoir si ce
patois contient des termes dérivés du celte, mais il contient
des termes dérivés du latin et du grec.
5. — Il y a une affinité marquée avec le français, et il est
un français corrompu, mal décliné et plus mal conjugué, et
avec des tours de phrase qui sont grecs ou latins. Par exemple,
on dit : Dimoinche je fions lài polée; c'est-à-dire. Dimanche nous
ferons la polée. (Polée est une réjouissance de table, un ban-
quet proprement dit, qui se fait quand on a terminé quelque
travail important, tel que la fin de battre le grain dans la
grange, et que tout est vanné.) Ce terme polée vient du latin
polenta, employé par Columelle pour signifier un gâteau de
farine d'orge ; et le terme polenta peut venir du grec ttoasiv,
58 LETTRES A GRÉGOIRE
vertere, versare, volvere, qui exprime l'action de pétrir ou le
terme du battement des grains.) On dit encore, pour le dessein
qu'on a de faire quelque chose : A nCot aivis que j feras bein de
dire, etc., ce qui signifie mot à mot : Il nCe$t avis que je ferais
bien de dire, etc.; ce qui se réduit à dire en français : fPai envie
de dire, ce qui s'exprimerait en latin par Est mihianimus dicere.
Les contrées voisines ont leurs dialectes particuliers ; et le
patois bourguignon paraît avoir été propre à la peuplade qui,
de la forêt Hercynienne, est venue occuper la Franche-Comté
et la Bourgogne. Mais dans la lisière de la Champagne le pa-
tois bourguignoD est commun, ainsi que dans la lisière des
autres provinces, et cela a même pénétré plus loin que la li-
sière. Feu M. Grosley a recueilli, dans une des éphémérides
troyennes, un certain nombre de mots employés populaire-
ment à Troyes, et il y en a beaucoup qui sont du patois bour-
guignon; mais la prononciation champenoise est douce et
traînante, celle du bourguignon est serrée et vive.
6. — Ce patois a ses termes propres pour certaines plantes,
certains bois, certaines maladies, et pour les instruments qui
sont propres à la culture qui lui est particulière. Mais, pour
les arts, les métiers, le commerce, ses termes sont presque les
mêmes que ceux de l'idiome national. Dans le droit coutumier,
il y a aussi des termes propres ; il est impossible de donner
la nomenclature propre et exclusive de ce patois.
7. — Un mot ne signifie en général qu'une chose ; cela rend
le patois fort riche.
8. — Ce patois abonde partout.
9. — Il ne manque d'aucun terme pour exprimer ce que Fon
veut, ce que Ton sait, ce que Ton pense, etc.
10. — Il est impossible de répondre à cette question.
11. — Il n'a de jurements que ceux du français.
12. — Il a des termes propres à lui seul ; par exemple, un
guerault, ou guarau, ou garau, c'est-à-dire une pluie à verse
de courte durée.
13. — Les finales sont plus voyelles que consonnes, et elles
se terminent presque toujours en a, quelquefois en o.
14. — La prononciation est vive et finit en élevant la voix;
elle est un peu rude, sans être gutturale ni sifflante, mais bien
prononcée.
DIALBCTPS MODERNES 59
15. — Non [récriture n'est pas autre que celle du français].
16 à 19. — Ce qui précède répond aux questions 16, 17
et 18, et il faut ajouter que tout campagnard entend très-bien
le français et qu'il y en a beaucoup qui le parlent. Ceci est la
réponse à l'article 19.
20. — On n'a jamais prêché en patois, au moins on ne le
croit pas.
21. — On ne connaît ni grammaire ni dictionnaire, si ce
n'est l'espèce de dictionnaire, fort bien fait, de M. de la Mon-
noye, qui se trouve à la suite de ses Noëh.
22. — Non. [On ne trouve pas d'inscriptions en patois.]
23. — Il y a peu d'ouvrages en patois. On vient de citer les
Noèh de la Monnoye ; il y a aussi quelque chose en dialogue
dans le livre in-4® de la Fête des fous de Dijon, ou la Mère folle.
Ainsi ce n'est qu'en poésie et en style léger qu'on a écrit, et
point du tout autrement.
24. 25. — On peut aisément avoir à Dijon les Noëls de la
Monnoye. Pour la Mère folle, on ne la trouve que de rencontre ;
cet ouvrage n'est pas rare.
26. — Il y a quelques proverbes particuliers ; ils sont plus
locaux que tenant à l'idiome.
27. — On ne peut répondre à cette question et presque point
à la suivante, moins encore à la 29® et à la 30*.
31. — L'enseignement se fait en français, et le langage or-
dinaire en patois.
32. — Il y a bien des endroits qui manquent d'écoles.
33. — Le plain-chant, et rien de plus.
34. — Oui [les écoles sont surveillées] quand les ecclésias-
tiques remplissent leur devoir.
35. — Non [ils n'ont pas de livres à prêter].
36. — Es aiment beaucoup les histoires des Vies des saints
et de la Bible; lorsqu'ils ont des livres, ce sont de ceux-là et
rarement des autres.
38. — Ils sont superstitieux et croient aux sorciers.
39. — Depuis plus de vingt ans, le luxe et le libertinage
ayant pénétré partout, les mœurs sont devenues plus dé-
pravées, sans que cependant les principes religieux soient
affaiblis dans la plus grande partie.
40. ^ On vient d'exposer la cause; le remède serait une in-
60 DIALECTES MODERNES
struction de religion solide, pour les corriger et lès guérir delà
superstition.
41, 42. — On trouve des affections produites par rintérét
plutôt que d'autres sentiments. Il ne faut pas s'égarer sur le
patriotisme; il est encore loin. On est tellement habitué à Té-
goïsme .et à l'intérêt personnel, qu'il est bien difficile que d'au-
tres sentiments succèdent promptement. Si les campagnards
étaient menacés de payer plus qu'ils ne payaient, ils réclame-
raient bien vite l'ancien régime.
43. — Oui [les ecclésiastiques et les nobles ont été insultés]
pour certains endroits, et non pour d'autres; cela dépend de
la conduite des ecclésiastiques et des ci-devant nobles, etc.,
etc.
Note de Grégoire : Donné par M. le. curé d'Amay4e-Duc ; paMs
de Bourgogne.
6
MAZILLE, DIOCÈSE Dp] MAÇON, PRÈS CLUNY
28 décembre 1790.
Monsieur,
J'ai l'honneur de répondre à la vôtre, que j'ai reçue depuis
huit jours, relativement aune série de questions ; je ne ré-
ponds, Monsieur, qu'à celles qui regardent ma paroisse, et je
marque seulement les articles qui nous concernent.
1. — L'usage de la langue française est général dans notre
pays ; ils entendent tous le français, et disent, au lieu de Nous
voulons, Je voulons, etc.
2. — De tout temps ils ont parlé de même.
11. — Dans la cx)lère, il y a beaucoup de jurements.
14. — La prononciation est douce.
32. — Il n'y a point de maîtres d'école dans nos villages.
36. — Les gens de la campagne aiment beaucoup la lec-
ture, et, s'ils ne font pas instruire leurs enfants, c'est qu'ils
n'ont point de maîtres d'école. Ceux qui peuvent le faire les
mettent pendant l'hiver dans les villes voisines, mais le nombre
en est petit.
39. — Ils sont plus éclairés depuis vingt ans ; les mœurs
un peu plus dépravées : il faut l'attribuer aux petits cabarets
LETTRES A ORB6K)ltlE 61
de village où Fon donne du vin à tonte [henre] de la nuit, et anx
fêtes baladoires *.
42. — L'intérêt personnel les fait plutôt mouvoir que le pîBt-
triotisme.
43. — Entre eux, lorsqu'ils voient passer un ecclésiastique,
ils disent : «Voyez ce calotin. » Plusieurs disent qu'il n'en fau-
drait laisser aucun, surtout des chanoines et des moines.
C'est tout ce que je puis répondre à vos demandes.
BsRNARDET, curé de Mazille.
II
Dialecte de l'Alsace
On ne doit pas s'attendre à trouver ici de longs détails sur
le dialecte alsacien; leur place ne serait pas dans une Revue
des langues romanes. Ce qui nous décide à publier ces quelques
fragments, c'est leur extrême brièveté d'une part, et, de l'au-
tre, le nom d'Oberlin ^ qui ne peut manquer de leur donner de
rintérét. On verra, en outre, qu'il y est fait mention d'un opus-
cule imprimé relatif auX dialectes de la Lorraine, dialectes
qui n'ont presque rien emprunté aux idiomes germaniques.
Strasbourg, 28 août 1790.
Monsieur,
«
Sensible à l'honneur que vous me faites de m' adresser vos
questions nombreuses sur les patois, je me hâte de vous en-
voyer pour première réponse l'essai que j'ai fait imprimer au-
trefois sur ce langage. Vous y trouverez peut-être d'avance
la solution de quelques-uns de vos problèmes. Pour les autres,
nous tâcherons de vous satisfaire autant que nous pourrons,
M . Stouber, qui me charge de vous présenter ses hommages;
mon frère, auquel je vais envoyer votre feuille et qui sera
' Fêtes de village avec des bals champêtres.
< Il y a deux frères de ce nom: Jérémie- Jacques, i*aut6ur de ces lettres
^1735-1806}, el Jean-Frédéric, celui que Grégoire était ailé voir an Ban-
de-la-Roche (1740-1826.)
62 DIAT.ECTES MODBFNIIS
sensible à Thonneur de votre souvenir, et mon chétif individu.
Vous devez vous souvenir de ce que vous avez vu au Ban-de4a-
Roche; l'application de mon frère et de M. son devancier pour-
ront peut être servir d'exemple à d'autres.
Les deux communions des confessions d'Augsbourg et Hel-
vétique, en Alsace, doivent des remerciements sincères à Fau-
guste Assemblée nationale de ce qu'elle a pourvu à leur sûreté
m
en fixant leur sort. Vous pouvez compter, M., sur la recon-
naissance de l'Université de Strasbourg, qui se fera un deyoir
de soutenir les décrets de la nation. Elle doit lui servir de bou-
levard contre les principes ultramontains. Pour nos ministres,
il faut voir comment faire. La plus grande partie est bien mal
à son aise, jouissant des pensions qui leur ont été fixées il j a
plus de deux siècles, [à une époque] où les denrées étaient à
un sixième et même quelques-unes à un dixième de ce qu^elles
coûtent à présent. Ajoutez qu'il y en a qui, en perdant les
dîmes ou n'étant plus payés par ceux qui les perdent, seraient
réduits à mendier leur pain, à moins qu'il ne soit enjoint aux
districts et départements de leur pouvoir d'un équivalent. Ce
besoin est urgent, et je crois que nos ministres vont faire
leurs représentations à l'Assemblée là-dessus.
M. Rabaut de Saint-Étienne, votre confrère, a bien voulu
se souvenir de moi; je vous prie, M., de l'assurer de mes hom-
mages, de même que M. Gossin.
Je vous embrasse de tout mon cœur,
Oberlin, Prof.
Je recevrai avec reconnaissance les ouvrages précieux que
vous me promettez.
2
Strasbourg, ce 13 novembre 1790.
Monsieur,
Il est temps que j'aie l'honneur de faire réponse aux ques-
tions que vous avez proposées touchant le patois. Je l'aurais
fait plutôt si ce n'était pas une affaire de longue haleine et quia
bien des difficultés, à cause de la manière d'écrire ou d'expri-
mer par l'écriture les différentes nuances de la prononcia-
tion. Vous aurez reçu, il y a quelque temps, V Essai sur le
\
LETTRES A GREGOIRE 63
patois torrain que j'ai publié en 1775*, et que j'ai mis à la poste
à l'adresse de M. le Président de TAssemblée nationale , le
30 août. Vous y aurez vu que j'ai adopté une façon d'écrire
que j'ai crue convenable. J'en ai rendu raison à la page 85 et
suivantes .
J'ai ramassé, pour satisfaire à vos demandes, des renseigne-
ments fournis par mon frère, qui vous prie d'agréer ses hom-
mages, et par les régents des écoles de sa paroisse. J'ai ré-
fléchi moi-même sur quelques articles, de façon que je crois
pouvoir donner d'assez bonnes réponses à la plupart de vos
questions par rapport au patois du Ban-de-la-Roche.Mais, au
moment que je vais rédiger ces réponses, je m'avise d'une
chose : il me semble que le meilleur parti à prendre est de
leur donner la forme d'un petit mémoire qu'on fasse imprimer.
Si l'on met cette méthode partout, on profitera dans toute la
France des renseignements donnés dans chaque province, et
cela mènera à des recherches ultérieures. Les noms du patois
des différents départements, étant inconnus hors les endroits
ou ils sont en usage, seraient sujets à être corrompus et alté-
rés à l'infini. Étant imprimés sous les yeux de chaque rédac-
teur, on sera sûr de leur correction. Enfin, Monsieur, je vais
exécuter mon idée ; si je suis le premier à le faire, j'aurai
donné bon exemple à suivre.
Au reste, il me manque encore quelques nomenclatures pour
lesquelles je vais presser mon frère et ses coopérateurs. Si-
tôt que je les aurai reçues, mon petit mémoire sera mis sons
presse et ne tardera pas à paraître ^.
Si vous approuvez mon idée, vous pourriez inviter les per-
sonnes qui s'occuperont de cet objet dans d'autres départe-
ments à en faire autant . Vous pourrez ensuite travailler avec
plus de sûreté et de précision sur tous ces mémoires.
Vous savez, Monsieur, que j'ai été le rédacteur de Y Aima-
nach d'Alsace, auquel je crois avoir donné une forme utile et
instructive . Ce serait le moment de faire l'almanach des deux
départements du Rhin. Je suppose que quelqu'un de Colmar
^ Strasbourg, in-S*.
< Il parut à Strasbourg eu 1791, sous le titre d'Observations contenant
le patois et les mœurs des gens de la campagne.
61 DIALEOTES MODERNES
éerait tenté de faire celui du Haut-Rhin; mais, au moins, je
ôerais charmé de ne pas voirm'enlever celui de notre départe-
ment du Bas-Rhin, Or, étant memhre du district de Strasbourg,
qui est en contestation avec MM. du directoire du dépajrte-
ment du Bas-Rhin, j'ai à craindre qu'on ne mette des empê-
chements à cette entreprise, comme ces Messieurs en mettent
à tout ce qui tient au nouveau mode de choses. Je pense donc.
Monsieur, que le meilleur moyen serait d'obtenir, ou plutôt
d'être chargé par l'Assemblée nationale de la rédaction de cet
almanach. Ne croyez pas que ce soit une chose peu digne de
nos législateurs; de tel almanachs, faits dans tous les départe-
ments, répandraient la lumière par toute la France et servi-
raient à affermir la Constitution. Je vous abandonne mon idée,
Monsieur; mais, si elle obtient votre sufl&'age, il faudrait vous
occuper sans délai de cet objet, pour que cet almanach paisse
paraître au commencement de l'année. Pour que vous puissiez
en parler pertinemment, je vous offre ci-joint l'almanach de
1789 et le supplément pour 1790.
— Le reste de cette lettre, qui d'ailleurs est tronquée, a trait
à une affaire particulière de nul intérêt.
111
Dialecte wallon
Observations sur le patois du duché de Bouillon, par Aubry, oorô de
Bellevaux et président de l'Assemblée générale du duché souverain
de Bouillon >.
L'idiome du duché de Bouillon est conmiun à tous les habi-
tants des Ardennes et des Pays-Bas, connus sous le nom de
Wallons, parce que leur langage naturel est le wallon ouFan-
cien français, tel à peu près qu'on le parlait lorsque les Francs
et autres peuples du Nord se sont confondus avec les Gaulois,
dont le langage était, à cette époque, un composé de celte et de
latin. C'est pourquoi le patois wallon, en usage dans le duché
de Bouillon et dans les Ardennes, est un assemblage de mots
pour la plupart dérivés du latin, du celte, du tudesque, et
^ Celle pièce est une des plus importantes du recueil de Grégoire ; il
suffira d'y jeter les yeut pour s'en convaincre.
LBTTRBS A aRâeOlRE 65
quelquefois du grec. Il a aussi beaucoup emprunté des lan-
gues vivantes que parlent les peuples dont les armées ont
fait quelque séjour dans les Ardennes, ou avec lesquels les
habitants du pays ont des relations à raison du commerce ou
de la proximité, tels que les Français, les Flamands, les Alle-
mands, les Hollandais, les Italiens, les Espagnols et les An-
glais.
Le patois du duché de Bouillon a beaucoup dégénéré de
Tancien wallon. Depuis une centaine d'années, il a adopté un
grand nombre de mots et d'expressions françaises, principa-
lement dans les conjugaisons des verbes : cela vient de ce que
cette souveraineté, étant limitrophe du royaume de France et
sons sa protection spéciale, y a des relations continuelles.
Le wallon, dans le pays de Liège et dans les provinces bel-
giques, conserve des traces plus marquées de son origine :
on y reconnaît aisément les radicaux des langues mères ; le
flamand et l'allemand fournissent beaucoup de mots, d'expres-
sions et de termes inconnus dans le duché de Bouillon.
En général, ce patois est doux, agréable, sonore, expressif,
abondant, grave et propre à exprimer les grands mouvements
de l'âme, les actions pathétiques et les scènes tragiques. Il est
riche en noms qui expriment les vertus ou les vices, et en ver-
bes qui expriment jusqu'aux dernières nuances du mouve-
ment et des actions corporelles ; mais il a peu de termes pour
exprimer les idées et les objets intellectuels.
11 n'y a point dans le duché de Bouillon de termes contrai-
res à la pudeur ; ceux qu'il a empruntés de l'italien et de l'es-
pagnol ne sont employés que pour exprimer dès idées hon-
nêtes. Dans le pays de Liège, il y a beaucoup d'expressions
basses, viles, bouffonnes et indécentes ; d'où il résulte que le
langage de cette contrée est singulièrement propre au comi-
que. Il y a aussi beaucoup de jurements orduriers et de ter-
mes pour exprimer les mouvements de colère, tandis que dans
le duché de Bouillon il n'y en a aucun. Cela vient probable-
ment de la différence du caractère, des mœurs et de l'instruc-
tion nationale.
On trouve dans le patois wallon une grande partie des ra-
dicaux français, outre un grand nombre de termes et de lo-
Oô DIALECTES MODBRMBS
cutions très-énergiques qui manquent à ce dernier idiome»
Il 7 a dans le corps des mots beaucoup de diphthong^es et
de voyelles réunies ; les finales sont aux trois quarts voyelles,
ce qui rend la prononciation de ce patois facile. Dans le duché
de Bouillon, elle est labiale, sans accent, et souvent harmo-
nieuse ; dans la Belgique et le pays de Liège, elle est un peu
sifflante, gutturale, moins facile et moins agréable; ce qui vient
sans doute du voisinage des Flamands et des Allemands, on
peut être de la prononciation primitive que ces peuples ont
retenue, laquelle est très-dure, si Ton en croit Thistoire. Les
musiciens que Charlemagne amena de Rome dans les Gkiales,
pour y enseigner le chant romain, y trouvèrent les voix si
âpres et si discordes, qu'ils ne purent adoucir la dureté de leurs
accents.
La beauté du patois wallon dépend de la prononciation de
certaines lettres et syllabes. Vu se prononce à la française,
mais plus communément comme Ve muet d'un monosyllabe.
Le; consonne se prononce à peu près comme les Italiens et les
Anglais le prononcent. Le ^ a la même prononciation devant
Va, Vi et Ve. Les lettres ch se prononcent comme les Allemands
prononcent ces lettres, sch, ou comme les Italiens prononcent
ce, ci, de ce mot cecita. Le w se prononce comme les Anglais on
comme la diphthongue ou suivie d'une voyelle, et ne faisant
qu'une syllabe, comme oua; wallon, ouéy wé, oui, Willieme. La
diphthongue oi et / mouillée se prononcent comme le peuple
de Paris les prononce. La dipthongue au se prononce encore,
dans les Pays-Bas, à l'allemande ; ce son peut se rendre par
ces lettres avve. On prononçait autrefois toutes les lettres
finales ; mais la prononciation française à été adoptée, à cet
égard, depuis environ cinquante ans.
On écrit ce patois, depuis plus de cent cinquante ans, aréo
les traits et les caractères français. Dans son origine, on se
servait de caractères runiques, ainsi qu'il paraît par les in-
scriptions des anciennes tombes écrites en wallon, qui sont
assez communes dans les provinces belgiques.
Ce patois varie peu de village à village, mais il varie beau*
coup de ce duché aux Pays-Bas, où l'idiome français a moins
gagné et les langues du Nord beaucoup. Les campagnards
LETTRES A aREGOIRE 67
s'énoncent également en patois et en mauvais français, mais
c'est en cette dernière langue que se prononcent les discours
publics et que s'écrivent les actes obligatoires et judiciaires ;
cet usage est très-ancien.
Il n'existe point, que je sache, de grammaire de cet idiome;
un bénédictin de Metz a donné depuis peu un dictionnaire ro-
man, wallon, celtique et tudesque*, qui se trouve chez M. Tré-
court, imprimeur du département des Ardennes, à Maizières
( sic ), Ce dictionnaire contient une infinité de mots très-ex-
pressifs qui ne sont plus en usage, et qui ne sont point rem-
placés dans l'idiome wallon ni dans l'idiome français ; d'où il
résulte que le patois des Ardennes, en se rapprochant de la
langue française, s'appauvrit visiblement, en rejetant une
quantité de mots et d'expressions très-énergiques, qui ne sont
qu'imparfaitement remplacés par les mots et les termes tirés
du français.
9
On trouve à Liège quelques opéras, des chansons, des pas-
quinades et autres pièces de poésie écrites en wallon liégeois,
et qui ne manquent point de sel; mais l'ouvrage le plus estimé,
écrit dans ce patois, c'est V Histoire héraldique de la noblesse
des Pays-Bas, par Hemricourt; la version française est im-
primée à côté du texte et se vend à Liège. On trouve encore
dans les anciennes abbayes des Pays-Bas quelques manuscrits
wallons.
Il n'est guère probable que le langage des Ardennes puisse
jamais se détruire entièrement, malgré sa grande affinité avec
l'idiome national : il n'y a point dans ce pays de cour, de grands
princes, ni de sociétés littéraires ; les habitants ne s'occupent
que des travaux de la campagne, des arts utiles et du com-
merce ; d'ailleurs, la langue française est trop surchargée de
règles pour que le peuple puisse les observer, quoique l'en-
seignement se fasse dans les écoles en cet idiome, mais sans
uniformité de livres. Ce qui empêchera encore que le wallon
ne périsse entièrement, c'est qu'il a des termes et des expres-
• Dictionnaire romany wallon, celtique et tudesque, pour servir à l'in-
telligence des anciennes loix et contracts, etc., par un religieux bénédictin
de la congrégation de St-Vannes. Bouillon, de rimprimerie de la Société
typographique; 1777, in 4% XII-364 pages. (A. R.-F.)
68 DIALBCTES MODERNES
sions qui plairont toujours par leur énergie et leur brièveté.
Les écoles sont trop négligées dans les Ardennes ; on n^y
apprend guère qu'à lire, écrire et le catéchisme. Les eurés et
les vicaires ne les surveillent point et ne prêtent aucun livre
à leurs paroissieas, à qui il est défendu de lire rËcritare
sainte . Aussi j a t-il peu de campagnards qui ont le goût dcJ
la lecture. Les livres qu'on trouve communément chez eu
sont des Vies des saints, de prières et les Bihliothèques bleuen.
Les Ardennais n'ont point de talent pour la poésie ni pour
Téloquence ; ils ne sont point assez vifs ; leur imagination est
trop froide, quoique d'un caractère très-sensible et porté aux
actions vertueuses. Les Liégeois, néanmoins, ont des disposi-
tions à la poésie badine et erotique .
Les habitants du duché de Bouillon et des environs ont peu
de préjugés. Depuis environ vingt ans, ils ne croient plos aux
revenants, ni aux sorciers, ni aux enchantements ni posses-
sions. Leur croyance sur les miracles et autres histoires mer-
veilleuses se réduit à peu de chose. En général^ leurs opinions
religieuses sont assez pures ; ce qui vient, je crois, de ce que
les curés et les vicaires, au lieu de leur faire des sermons re-
levés, se contentent de leur expliquer dans leui^s prônes le
catéchisme d'une manière simple et proportionnée à leur ca-
pacité et à leur état ; peut-être aussi que les connaissances
gagnent un peu depuis l'établissement des journaux à Booillon.
Au reste, les mœurs sont encore pures dans les campagnes,
et il n'y a pas de grands vices dans les Ardennes ; mais il 7 a
peu de patriotisme, et l'intérêt personnel y joue un grand rAle.
La Révolution française a gagné le duché de Bouillon. Les
habitants ont voulu avoir une Assemblée générale, qui s^est
constituée en Corps législatif, du consentement du prince sou-
verain, qui fait sa résidence à Navare, près d'Évreux, en Nor-
mandie.
Cette Assemblée a adopté les principes de la Constitation
française ; elle en a extrait les décrets qui pouvaient être ap-
pliqués aux convenances du pays. Le régime féodal a été aboli
et les dîmes rendues aux paroisses ; les curés et vicaires n^ont
point été traités généreusement, et les seigneurs ont été dé-
pouillés plus impitoyablement qu'en France : les terrages leur
ont été enlevés sans indemnité, et la plupart des maires et
LETTRES A aRBGOIRE 69
des municipalités ont encore à leur égard de mauvaises fa-
çons, en leur refusant des droits conservés. — Depuis la Ré-
volution, les habitants de ce duché, qui, par caractère, sont
doux et dociles, sont devenus mutins et récalcitrants ; les lois
sont sans vigueur; les municipalités s'attribuent toute espèce
de pouvoir, et Tanarchie croît de jour en jour. Il n'y avait
dans cette souveraineté qu'une force d'opinion, elle est ôtée ;
comment réprimer les abus? Le peuple a besoin d'être contenu
par une autorité qu'il craint, et lui donner trop de pouvoir,
c'est lui ouvrir la porte des désordres. On ne peut dissimuler
que l'Assemblée de Bouillon n'ait été beaucoup trop loin, et
que, en voulant rendre les hommes trop libres, elle n'ait brisé
les liens de rassociation, dont la sûreté et la tranquillité sont
depuis sans cesse exposées aux attentats des méchants et des
ignorants, qu'il sera bien difficile de ramener à l'ordre —
Mais revenons au patois des Ardennes.
LV des infinitifs est retranché dans cet idiome, excepté des
verbes en où\ qui s'écrivent et se prononcent wer. Par exem-
ple, devoir se prononce dewer ; avoir, awer, et ces infinitifs sont
peu en usage. Les mots de ce patois sont souvent raccourcis
par la contraction des syllabes et des lettres; d'autres fois, ils
conservent les lettres que la langue française a retranchées,
comme esté pour étéy estourdi pour étourdi, et ces lettres con-
servées se prononcent.
On joint ci-après un dictionnaire des mots qui s'éloignent
le plus des radicaux français ; ils sont ortographiés {sic) comme
ils se prononcent ; leur signification en français est jointe à
chaque mot. On trouve ensuite les conjugaisons des verbes
être, avoir et aimer, qui suffisent pour donner une idée des ter-
minaisons wallonnes.
Les verbes de ce patois ont moins de temps que ceux de la
langue française et s'emploient souvent l'un pour Tautre .
Il y a des prpverbes en patois sur les ouvrages ruraux et
les pronostics des temps ; en voici quelques-uns :
— Jamouai hounrC houme ne revenni de Roume. — Jamais bon
homme ne revint de Rome.
— Air saint Gervai, samme tes navets, — Sème tes navets à la
Saint-^Gervais.
70 DIALEC5TES MODERNES
— OfC saurot mie spam les pouchekts que (Tttié la /rowie.— On
ne peut mieux sevrer les cochons que de tuer la truie.
— Vinde se pourcai et warde riaur, — Vendre son cochon et
retenir le lard ; c'est-à-dire vouloir tirer le prix et garder U
chose.
— Quand on n'est qu'in chevet, il est aizi dull dMoeramU — -
Quand on n'a qu'un cheveu, a facile {sic) à le démêler.
— Ess vayant quant i n'y est nn à fouaire.^^ Être laborieux
quand il n'y a rien à faire.
— Les ei qui n'ont pon d'argent n'ont ni peure des lanmg. —
Qui n'a pas d'argent ne craint pas les voleurs
— / fouai bon samer tovone quand la cône dou bu goutte. —
C'est le temps de semer les avoines quand il pleut.
— Sans ponne ne vin avone. — Sans peine ne vient avoine.
-^ 1 fautsamé Vsoîe din la poussive et T avone din lagotUire, —
D faut semer le seigle par le beau temps et l'avoine quand il
pleut.
— Quand toutes les pauques sont davri, datent la mouche et la
burbi,--- Quand les pâques sont en avril, malheur aux abeilles
et aux brebis.
— Datent r avone que la Saint-Bartolomie pourmene, — Mal-
heur à l'avoine que la Saint-Barthélemj promène (parce que
le vent peut la secouer).
— Quand la lune est blemwe ou que les cornâtes criant, marque
de pluve. — Qxia.nd la lune est pâle et que les corneilles croas-
sent, signe de pluie.
— Quand les tahans piquant et que les baisses bisant, c'etf
marque de pluve. — Quand les taons piquent et font fuir les
bestiaux, signe de pluie.
— Vent de Loraine amone la pluve din les smoname. — Yent
de Lorraine amène la pluie dans la semaine.
— Fraîches avins, scehe estée; scehes avins, fraiches estée, ^
Lorsque les avents ' sont humides, l'été sera sec ; maie ai les.
avents sont secs, l'été sera humide.
— Jamonai sceheresse h* amone chiresse. ^ Jamais sécheresBe'
ne cause de cherté.
* L66 avenis. parée que TÂvent est toujours en décembre.
LETTRES A GREaOlRB 71
— Bonne p&ute qui fouaittous les jours un m. — Bonne poule
qui pond tous les jours un œuf.
— Quand il plue le jour saint Medaure, on n' rebrule ni les
saures, — Quand il pleut le jour de saint Médard, on ne brûle
pas les terres essartées.
— C*est in bon vaurlet qui le bai tim. — Le beau temps est
un bon serviteur.
— L'slo fouai pu de besouen que cent fneusses. — Le soleil
fait plus d'ouvrage que cent faneuses.
— Qui s' luve matin né manque jamonai de poin, — Qui se
lèvematin ne manquera jamais de pain.
— La fouin est in bon reveîe-matin, — La faim réveille de
grand matin.
— Ess hardi quand on n' risque rin» — Faire le brave quand
il n'y a point de danger.
— Allé a eu de pouïou ; tourné à brule-navet. — Déchoire
(sic) y rendre à rien.
— - Laur gesse ne fouai ni uni V bure al ''boisse, — On ne de-
vient point riche à force de donner.
— Pechi dri la trulle. — Pêcher derrière le filet, vouloir
revenir sur une affaire finie.
— Le bourgeois va devant l'hakin, — L'homme en place doit
passer devant Thomme de rien.
— Ivau mi laichi sa famé moucheuse que d'ii arachi V né. —
IJ faut [sic) mieux laisser sa femme morveuse que de lui arra-
cher le nez.
— Laichi couri la striche su V bichet. — Laisser aller les af-
faires comme elles vont.
— Invau ni la haure poul stranné. — Il ne vaut pas la hart
pour le pendre.
— In vau niplins'en d'aiwe. — Il ne vaut pas une jatte d'eau.
— Aussi aware que f bouc Colan Jancq, qui sotot deux chives
(Tin cô. — Aussi étourdi que le bouc de Nicolas Jacques, qui
saillait deux chèvres à la fois.
— Chèque pais, chèque mode, — Chaque pays a ses usages.
— Chaure fouai chaure. — Qui mange de la viande mange
de l'embonpoint.
— Clore la staule quand le chevau est hors, — Fermer
l'écurie quand le cheval est dehors.
72 DIALECTES MODERNES
— Les vauriens se trouvant toudt, — Les [vauriens] se ren-
contrent toujours.
~ L'herbe qu' f counnoua, mette la sû'f doua. — Mets sur
ton doigt rherbe que tu connais.
— Les Jones famés ont toudi bosse on bosse. — Les jeunes
mariées passent d'une plainte à Tautre.
— Méchante poire quHn meuri ni, — Mauvais fruit qui ne
mûrit pas.
— In fau qu'une burbi rougneuse pou ablavé tou le tropai. —
Une brebis galeuse gâte tout le troupeau.
— Jone chesseu, jone monsieu; vi chesseu, vibribeû. — Jeune
chasseur, jeune seigneur; vieux chasseur, vieux bribeur.
— Dire à ruchai. — Parler sans fin.
— On n'scaurot fouaire dou leu une bonne baisse. — On ne
saurait faire du loup une bonne bête.
( A suivre.)
—-r»
CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC
CHANTS DU PREMIER AGE
V« Série
LES PETITES RONDES
I. — Les Rondes du premier âge prennent place, par suite
de leur caractère tout particulier, à la suite des petits chants,
dont nous avons fait la publication.
Elles ne sont, en effet, à exactement parler, ni un chant, ni
un jeu. C'est intermédiaire ; quelque chose d'une gymnasti-
que de Tesprit et du corps appropriée à Fâge et aux forces
des petits bambins qu'il s'agit d'amuser, et qui ne savent
guère encore ni parler, ni se mouvoir.
Du chant , du mouvement, du bruit , c'est plus qu'il n'en
faut pour cette période du développement physique, qui ne
demande qu'à intéresser quelque peu l'intelligence sans exiger
d'efforts, et à exercer des membres encore faibles et tendres,
sans qu'il y ait de risques à courir.
IL — Elles exigent naturellement peu de place et font peu
de bruit ; elles ressemblent de très-près à ces premiers pas
essayés sur les genoux de la mère, dont nous avons parlé ;
elles peuvent être faites dans une chambre, sur un coin de
tapis, sur le rebord du lit, etc. *.
Elles ne conviennent donc qu'à de tout petits enfants.
Elles forment une transition, parfaitement sensible, entre
la série des chants pour apprendre à agir, premiers exercices
des mouvements du corps, et les danses et rondes des filles et
garçons, où le corps et Tesprit s'en donnent à cœur de joie.
* Le ch. IV dit Vaireto, Vaireta, le palier, le seuil de la porte, limite
que ne dépassent guère, en effet, les petits enfants.
74 DIALECTES MODERNES
III. — Leurs airs, lents et mollement cadencés, se composent
pres'que tous des deux notes qui caractérisent le chant des
berceuses ; le rhythme seul en fait le fond, différant en cela
des grandes rondes^ dont les airs sont vifs, animés, et qui ont
de plus une intei\tion scénique.
Ce sont les mêmes mélodies somnolentes, traînantes, mais
avec une accélération plus marquée du mouvement *.
L'inspiration n'étant ni trop joyeuse, ni trop triste, le
rhythme, par effet tout de moyen terme, de milieu, si Ion peut
parler ainsi, s'y conforme. Il se tient entre la vivacité des
chants de jeu ou de danse et la paresse des berceuses *.
IV. — Comme pour les chants destinés à apprendre, à
agir (IIP série), la cadence finale est généralement plus forte
et marquée par un cri.
C'est une exclamation: hoU! (ch. XIV), pi! (VI), cral
(III), cri! (XIII); ou un mot quelconque, qui n'a aucun rap-
' V. Nen-nèn, !'• série, ch. VIII.
3 En écoutant les coups réguliers frappés sur une enclume, le broUdes
fléaux retombant tour à tour sur le blé, les diverses batteries de tambonr,
et même, sans cet auxiliaire, les pas cadencés d'une troupe bisD disci-
plinôe, Ton éprouve ce sentiment que produisent l'ordre et la réguiaritâ,
et qui remue, agite, entraîne. Les effets du rhythme dans le mouvement
sont tellement incontestables, qu'ils n'ont pas nécessairement besoin da
secours de la mélodie, comme on le voit par les exemples que nous ve-
nons de donner. Quelques sons disposés sans art sous le rapport mélo-
dique, un seul môme, un simple bruit inharmonique, tel que celui pro-
duit par la plupart des instruments de percussion, répété plusieurs foiSt
suivant certaines formes rhythmiques, peuvent produire la plus forte im-
pression. (D. Beaulieu, du Rhythme; Paris, Dentu, s d., in-8», p. 44.)
3 L'homme, dans toutes ses actions, et principalement dans celles qui
sont longtemps répétées, éprouve, pour faciliter ses mouvements, et sou-
vent à son insu, le besoin de les mesurer. Est-il triste, abattu, ils sonl
lents; est-il gai, dispos, ils sont vifs et précipités. Sous l'influenoe des
mômes dispositions, ses paroles ou les sons inarticulés de sa troix sui-
vent une mesure analogue, et deviennent ainsi plus ou moins imifatift
de SCS actions ou de ses sentiments. Dans ce langage, dans celte snile
de mouvements mesurés, le temps que l'homme met à exécuter* ofaaooii
de ces mouvements, à prononcer chaque syllabe ou à proférer chaque son
inarticulé, est un temps rhythmique, e le rhythme n'est que le rapfMrt
qui existe entre plusieurs de ces temps. (D. Beauheu, du Rh\flhmê, p. il.)
^»l
CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 75
port avec le chant : favaràu i haricot (ch. I) ; coucou ! œuf (ch.
II et XXIII), coucoureleti petit œuf (ch. XII); civado! avoine
(X), etc.
Ce dernier est le plus ordinaire. C'est celui que l'on ajoute,
presque toujours, quoiqu'il ne soit pas indiqué.dans toutes nos
versions, à la fln des petits branles de Lileto (ch. I-IV).
C'est un cri que nous avons noté, quand nous l'avons
pu ^
V. — Leur composition est habile. Tout en ne faisant cou-
rir aucun danger à l'enfant, puisqu'il est soutenu par des
personnes âgées qui l'entraînent, le portent presque, elles
demandent de lui, toutefois, un ensemble de mouvements
assez compliqués pour son âge.
Indépendamment du mouvement giratoire, tournoyant, qui
est le principal , et pour lequel il n'a qu'à suivre , il faut
encore que, dans certains cas, passes ou évolutions, il sache
croiser les bras, élever les mains, ployer les genoux, se bais-
sant et se relevant avec rapidité ^.
Elles ont surtout lieu à la fin de ces petites danses '.
Comme les grandes rondes, elles se répètent et se repro-
duisent indéfiniment, jusqu'à épuisement des forces *.
VI. — Ces passes ou évolutions s'augmentent et deviennent
plus nombreuses au fur et à mesure que l'enfant grandit.
!• Tout d'abord, il est soutenu, porté, par des personnes
âgées, la mère, la nourrice, la servante, ou bien par des en-
fants plus forts, ses frères et ses sœurs ordinairement ^.
1 Voir les observations de Kastner, auxquelles nous nous sommes con-
formés Les Voix de Paris. Paris, 1857, in-4o, p. 3-4.
2 Ces mouvements de repos sont marqués: d*abord un pied, puis tout
le corps (v. ch. I); ou encore un pied, l'autre pied, tout le corps (ch IV).
Dans chaque mouvement, on distingue aussi quand l'eufant se baisse
(ch. II, XIX, XXV) et quand il se lève Cch. XV et XVI), et parfois
l'un et rautre (V et X) .
3 Voir ci-dessus, observation IV, les finales, qui marquent fin de
monde.
* Pour la répétition, v. ch. XX.
o Ch. I-V.
76 DIALECTES MODERNES
2* Dans une seconde série, le tournoiement imite certaines
actions : la boulangère qui fait son pain, la cuisinière qui re-
tourne sa poêle, le charcutier qui retourne le boudin, etc. *.
3® Les suivantes se proposent de reproduire en petit les
danses des grandes personnes qu'elles mettent en scène, ron-
des, farondoles, etc. ^.
4** Les mouvements ne tardent pas alors à devenir plus ra-
pides, plus accentués : ce sont des fruits qu'on ramasse, le
pied auquel on s'est fait mal en tombant, le chat qui guette '.
Dans cette dernière, l'intention est scénique et fort mouve-
mentée. Toutefois, le petit enfant n'y prend qu'une part res-
treinte : placé tout au milieu du cercle, il voit la petite ronde
tourner autour de lui, comme autour d'un pivot, s^ agiter, sans
qu'il ait même à se lever.
S"" Les deux dernières sont ce qu'on nomme des branles de
sourtida *.
Ces petits branles sont ceux que font les enfants à la sortie
de l'école, alors que, se tenant par la main et se sentant le
besoin de donner un libre cours à leur joie, ils remplissent la
rue de cris et d'éclats de rire. C'est ce qu'on nomme en lan-
gage vulgaire lou branle de sourtida, branle de sortie. La
gaieté, si naturelle à cet âge, ne trouve pas de meilleur moyen
de se satisfaire, de se manifester, que par cette joie à la fois
bruyante et folle .
Un vieil auteur, aujourdliui fort oublié, en fait une des-
cription charmante, prise sur le vif, description qui doit ÉBÛre
partie tout naturellement de nos observations :
Abets-me jamai bist un nizal d'apparats
Sourti biste d'un trauc ount eron embarrats ?
Quin sisclet, quino joyo, en bezen la campagnol
Diriots que soud labetz en païs de Goucaigno.
Fer acassa la fam, manjon tout lour sadoul.
Et bolon libromen de rastoul en rastoul.
Atal mous escouilhés/ quand l'escolo es finido,
Sounjon à dansa leu le branle de sourtido,
* Gh. Vl-X.
2 Gh. XI-XVIII.
3 Gh. XIX-XXI.
* Gh. XXII-XXIII.
-'"■j
CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 77
Se butOD l'un sus l'autre, et, toulis agafats,
Fan à qui lesprumiés sesiran espoufifats;
L'un es gitat pel sol et l'autre se relebo.
Tantes dessus, dojouts, coumo fa la callebo ;
Et toutis, per sourti, soun autant diligens
Que s'eron, per dintra, moustradits négligens ^
Avez-vous jamais vu une nichée de passereaux — sortir vite du
trou ou ils étaient enfermés ? — Quels cris aigus, quelle joie, en voyant la
campagne l — Vous diriez qu'ils sont alors en pays de Cocagne. — Pour
faire cesser la faim ils mangent tout leur saoul, — et volent librement de
chaume en chaume.
Ainsi mes écoliers, quand l'école est finie,— songent à danser le branle
de la sortie — Us se poussent l'un l'autre, et, se saisissant, — font à qui les
premiertf se seront échappés ; — l'un tombe, l'autre se relève, — tantôt
dessus, tantôt dessous, comme quand on roule, et tous, pour sortir, sont
aussi diligents — qu'ils s'étaient, pour entrer, montrés négligents.
VIL — Ces rondes des tout petits enfants, tout comme celles
des personnes plus âgées, sont dites simplement rodas, rodos^,
rondes. Exemples : la rodo dau Coubent, la ronde du Cou-
vent ; la rodo del Calel, la ronde de la Lampe. On dit aussi
roundo : la roundo de CatarinOy la ronde de Catherine.
Elles prennent quelquefois le nom des grandes danses : la
farandoulo de Trinquatailho, la farandole de Trinquetaille ;
lou branle de Lileto, le branle de Lili ; lou branle de VEireto,
le branle de la Petite Aire ; lou branle de ma Tanto, le branle
de ma Tante ; lou brande dau Cacaraca, le branle du Coq.
Au diminutif, brandety le petit branle : lou brande f de Rose,
le petit branle de Rose ; lou brandet de Paladan, le petit
branle de Paladan, etc.
Chauri, chœur, lat. chorea, ne se dit guère que de la ronde
que font les fées sur l'herbe fleurie, au clair de lune ^.
VIII. — Il va sans dire que ces petites rondes, premiers
essais chorégraphiques de l'enfance, se perpétuent dans Fâge
de Tadolescence.
* Le Mirai moundt, ctc , 1700, p. 36.
2 De roda, rodo, roue. Faire la roda, faire la ronde Jout la roda dau
sourel, sous le cercle tracé par le soleU, la ronde solaire.
Au dim., fa lou roudet, faire le cercle autour d'un enfant, d'un conteur.
' D'où chauriha, tournoyer, faire la ronde.
•=J DIALECTES MODERNES
Celles de la première catégorie (ch. I-V) sont assez vite
abandonnées, parce que Timpatience et la turbulence des
enfants, devenus forts, s'accommodent mal de leur lenteur,
de leur air monotone, de leur peu de mise en scène.
Les rondes qui suivent (ch. VI-XVIII) sont plus longtemps
conservées.
Mais ce sont surtout les dernières (ch. XIX-XXIII) qui
persistent. La raison, c'est que ce sont des jeux, de yrais
jeux, — le Coq, le Chat, le Pied rompu, — qui sont de tous les
âges, ou des exclamations de joie, à la sortie de l'école,
communs à tous les enfants.
IX. — C'est une remarque à faire, cependant, que les rondes
languedociennes sont peu à peu délaissées, et qu'elles font
place aux rondes en langue du nord.
Cette substitution est due surtout à l'influence des écoles pri-
maires, principalement celle des jeunes ôlles. Les maîtresses
ne permettant plus, pendant les heures de récréation, que dçs
rondes françaises, l'habitude a été prise peu à peu et fait
sentir aujourd'hui ses résultats.
Les rondes de cette sorte que l'on répète le plus souvent
sont : le Petit Moulin, les Petits Cousins, etc., et les petites
scènes chantées : le Joli Tambour qui aime la fille du roi; les
Compagnons de la Marjolaine, la Tour, prends garde; Savez-cous
planter les choux ? etc .
X. — Il est résulté de cette habitude deux faits importants ,
dont nous avons à tenir compte pour l'histoire de la langne.
Il y a des tentatives de traduction , tant en languedocien
qu'en français, mais principalement dans ce dernier idiome ^
Il 7 aussi corruption de la langue employée, qu'on tâche
d'accommoder à des formes mixtes ou communes à toutes
deux^.
Et, enfin, des chants où les deux langues vont de pair*.
* Y. ch. IX, note 1 : la traduction des Petits Cousins,
3 V. Chants VI et XXIII.
CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC
79
I. — LOU BRANLE DE LILÉTA
Js^oJt
Lou bran - le de Li - le - ta, Ma tan-ta la sau-
^- F rp iir
me - ta, Lou pè, lou
^
cùou, Au sôu.
Lou branle de Lileta,
Ma tan ta la saumeta:
Lou pè, lou cùou,
Au sôu !
Le branle de la petite Lili.— Le branle de Lili, — ma tante l*â-
nesse: — le pied, le derrière, — à terre !
Ne se dit guère qu'à Montpellier et ses environs, quoiqu'iJ soit plus
connu que les petites chansons suivantes, usitées ailleurs.
I. — Elles se chantent dès que Tenfant peut plus facilement plier les
genoux. On lui fait faire la ronde en le tenant par les deux mains. An
mot : au sôu! tous ceux qui y prennent part s'accroupissent, pour l'en-
gager à en faire autant.
IL — On ajoute quelquefois, en terminant : favarôu; mais ce mot n'est
'à que pour la rime.
Dans d'autres endroits : civado!
II. — BRANLE DE LILLETO
1) Al branle de Lilleto,
Ma tanto Guilhaumeto
S'asséto per lou sôu :
Coucou !
Autre — 1). Au branle de Lilleto ^ — ma tante Guilhaumette
s'assied parterre: — coucou!
Version de Colognac (Gard), citée par M. le pasteur Fesquet. (Revue
des lannues romanes, i. VI, p 104.)
80
DIALECTES MODERNBS
1. — Il serait tenté de comparer, observe-t-il, ce nom de LiUeto c avec
la Lilik qui, selon le Talmud, fut la première femme d'Adam et Fmie
des quatre mères des démons (en hébreu, Lilik, spectre nocturne qui
fait du mal aux enfants). » Nous pensons qu'il n'est pas nôceasaire
d'aller chercher son origine si loin que cela ; comme nous l'avons dit,
Lilkto n'est que le diminutif Lelleto, de Lello, Adèle.
2. — Cette version est plus jolie que la précédente. La saumeto yà^
vient 6rut7/iau7n6to, ainsi que dans les suivantes, Jacouneto et GuUhaum^.
La qualification ma tanto autorise à ne voir dans la version de Mont-
pellier qu'une ironie.
Cette opinion est autorisée par les chants XII et XIII.
III. — AUTBE
Lou branle de Lileto,
Ma tanto Jacouneto
Se vouliô maridà:
Cra ! . . . dins lou sa.
Autre. — Le branle de Lili,— ma tante Jacqueline — voulait
se marier : — crac I . . . dans le sac.
V. recueillie par M. H. Chaussinand, de Ceux (Ardèche).
t. — - Au mot cra ! , on fait sauter l'enfant dans le tablier et on l'y
tient caché.
IV. — LOU BRANLE DE l'EIRETO
aJK^sJzziott
Lou bran-le de l'ei - ret - to, Ma tan - to Guil-hau-
éf=m^.
me - to ; Un pè, l'au-tre pè
'^ii^i'^A
lou cùou, Au séu.
Lou branle de Teireto,
Ma tanto Guilhaumeto:
Un pé,
CHANTS î>OPULAIRBS DU LANGUEDOC 81
L'autre pé,
Lou cùou,
Au sôu !
Bbanle de l'Aire. — Le branle de la petite aire, — ma tante
Guillaumette : — un pied, — l'autre pied, — le derrière, — à terre.
Version nimoise, recueillie et notée par M. Victor de Lamelle.
1. — Eireto, à Montpellier aireta, petite aire, est absolument le palier
de la porte, le repos de l'escalier.
V le Dict, languedocien de Sauvage, v. Aireto.
C'est l'endroit où s'amusent .es tout petits enfants, et quils ne dé-
passent guère. Ce n'est que pliis tard qu'on les laisse aller courir dans la
rue.
V. — LA RODO DAI COUDENT
Roda, roda, dai coubent :
Se toumbant, nous levaren.
A bùoure !
Ronde du Couvent. — La ronde, ronde, du couvent : — si nous
tombons, nous nous relèverons. — A boire!
Version de Saint-André-de-Sangonis (Hérault), communiquée par le
docteur Ch. C; ste.
VI — LA MARIANNE
Rondin,
Picotin,
La Marianne a fait son pain
Pas si gros que son levain.
Pif
Version de Coux, recueillie par M. H. Chaussinand.
1.— Au dernier mot, tous les enfants doivent s'accroupir sans tomber
par terre .
VII. — l'oumeleto
te ^ j' j J'
-^ -p— a m
A - nen cher-cha d'er - be - to, Per fai - re lou - me-
«2
DIALECTES MODERNES
le-to. Vi-ren la, Tour-nen-la, L'ou-me-lo-to Dins lou pla.
Anen chercha d'erbeto,
Per faire Toumeleto.
Viren-la ,
Tournen-la,
L'oumeleto
Dins lou pla.
L'Omelette. — Allons chercher de Therbe — pour faire Tome-
lette. — Virons-la, — tournons-la, — l'omelette — dans le
plat.
De Coiix (Ardèche), communiquée par M. Ghaussinand.
Nllihts). — LAS CRAMALHOS
"^ê
Las cra - ma- Ihos souq sul foc, Re - bi - ro, re-
bi - ro; Las cra -ma-lhossoun su! foc; Re-bi-po Mar-got.
Las cramalhos soun sul foc,
Rebiro, rebiro;
Las cramalhos soun sul foc,
Rebiro Margot.
La Crémaillère. — La crémaillère est sur le fou, — retourne,
retourne ; — la crémaillère est sur le feu, — retourne Margot (dim.
de Marguerite).
Version du D' Guibaud, reo. à Narbonn^.
VIII. — LA PADENO
Las cerbèlos soun sul foc,
Rebiro, Madamo;
CHANTS POPULAIRES DU f.ANÔUEDOC 83
Las cerbèlos soun sul foc,
Rebira-nle-los.
La Poêle. — Les cervelles sont sur le feu, — retoume-les, Ma-
dame; — les cervelles sont sur le feu^ — retourne-les-moi.
Recueillie à Garcassonne, par M. Achille Mir.
IX.
LOU GOUSI
Ma cousino,
Moun cousi,
Viro lou boudi.
Le Cousin. — Ma cousine, — mon cousin, — tourne le boudin.
Version de Goux (Ardèche), communiquée par M. H. Chaussinand .
I . — On chante, à Montpellier, la ronde française :
Cbrid '^^ C7 = 6 o
Mon grand - pè
re, Ma grand*
mè - re, Mon cou - sin, Et vi - re le mou - lin.
LES PETITS COUSIKS
Mon grand-père,
Ma grand'mère.
Mon cousin,
Et vire le moulin.
On en a fait une traduction à peu près languedocienne, qu'on chante
ainsi :
L0U3 COUSIS
Moun gran-pèra,
Ma gran'mèra,
Moun cousi,
Ë vira lou mouli.
84 DIALECTES MODERNES
X. —LA KODO DEL CALEL
Rodo, rodo, loii calel ;
Se tombai!, nous lebaren.
Cibado ! cibado !
Ronde de la Lampe. — Tourne, tourne, la lampe; — si nous tom-
bons, nous nous relèverons. — Avoine ! avoine !
Version due à M"" Mir (de Garcassonne).
1. — Le dernier mot: civado! est le cri.
XI. — LOU COUCOIIRDIÉ
Branle, branle coucourdiè,
La bichieiro, lou bichiè ;
Tan de rosoi coumo de flous:
Madumisèlo, reviras-vous \
Branle de la Gourde. — Branle de la gourde, — la bouteille, le
tlacon; — autant de roses que de fleurs: — Mesdemoiselles, re-
tournez-vous .
Version de M. Chaussinand, de Coux .
1. — On commence le branle autant de fois qu'il y a de petites filles.
A la fin du couplet, l'une d'elles se rotourne en sens inverse des autres;
quand elles se sont toutes tournées, elles se rangent sur deux lignes.
dos à dos, et l'on chante :
— Quant ci d'oaroi, Jacow.uirt
(Din-don-dati, din-don-dan)
— Ei si eis oiiroi^ manquo en quart.
— Ei l'onro de dejunàf
-■ Nou.
— Ei l'ouro de dinà?
— Nou.
— Ei l'ouro de goustàt
— Nou.
— Ei l'ouro de soupà ï
* Var.: Vivo toun quiou. maire Catin.
CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC «5
— Nou,
— Ei Vowro de se coueijà f
— N(m,
— Ei ïomro de travalhàf
— Voué, voué,
— E zou! travalhen, travalhen. . . Pin, parif pin, pan, etc.
Quelle heure est-il, Jacquemart? — (On imite le son des cloches : dtn-
don-dan, dindon-dan,) — C'est six heures moins un quart. — Est-ce
l'heure de déjeuner? — Non. — Est-ce l'heure de dîner? — Non. — Est-
ce l'heure de goûter? —Non. — Est-ce Theure de souper ? —Non.— Est-ce
1 heure de se coucher ? — Non. — Est-ce l'heure de travailler ? — Oui,
oui. — Et, allonsl travaillons, travaillons. .. 1 Pin l panl pin! pan l
Et en môme temps elles se donnent mutuellement de grands coups
de derrière jusqu'à ce qu'elles en aient assez, et le jeu recommence.
XII. — LOU BRANLE DE MA TANTO
aUrJ^ito
Lou bran-ie de ma tan - to, Lou rous-si-gn6u
^jfffr^
can - to. Li gou - be - let Soun pa'n - ca - ro net. CoucoureletI
1) Lou branle de ma tanto,
Lou roussignôu canto.
Li goubelet
Soun pa 'ncaro net.
Coucourelet!
Le Branle de ma Tante.— 1) Lebranle de ma tante,— le rossignol
chante. — Les gobelets — ne sont pas encore nets. — Cou-
courelet !
Écrit et noté d'après M- Marthe Reboul, d'Arles (Bouches-du-Rhône)
XIII. — AUTRE.
Au jardi de ma tanto
Lou roussignôu li chanto,
86
DIALECTES MODERNES
Fai toutounet {bis).
Fai : cri/. . .
Autre. — Au jardin de ma tante, — le rossignol y chante.— 11
fait : t (Us); — il fait : cri I
Recueillie par M. Ghaussinand, à Goux (Ardèche).
XIV . — LA ROUNDO DE CATARINO
Roundo, roundo, Catarino,
Que mamà es à la vigno ;
Pourtarà un auzel
Sur la punto del coutèl.
Hou ! hou !
Ronde de Catherine. — Fais la ronde, Catherine, — car ta mère
est à la vigne ; — elle t'apportera un oiseau — sur la pointe d'un
couteau. ^ Hou ! hou I
Nous devons cette version à Mlle Marie Lamhert, de Bele»tà (Ariége).
1 . — Hou ! est le cri final.
XV. — LOU BRANDET DE ROSO
Lou bran-det de Ro - so, Tant de ro - sos
cou-mo de flous
De tou - to me - no de cou - lous.
Ca - gas - sou - net,
Le - vo - te dre I
Lou brandet de Roso :
Tant de rosos coumo de flous
CHANTS POPULAIRES DU LANaUBOOC
De touto meno de coulous.
Cagassounet,
Levo-te dre !
87
Le Petit Branle de Rosei -
autant de roses que de fleurs
Baisse-toi, — lève-toi droit.
Le petit branle de Rose : — il y a
- de toutes sortes de couleurs. —
Version qui nous a été adressée par M. Albert Âmavielle, d'Âlais
(Gard). Se dit dans tout le pays des basses Gévennes.
1. — Le deuxième vers,
Tant de rosos ooumo de flous,
rappelle le troisième du ch. XI.
Tant de rosoi coumo de fions.
Il se présente très-souvent dans nos chants populaires. C'est un lieu
c mmun.
2. — Cagassounety petit enfant qui se baisse, de cagàf de faire ses be-
soins, se baisser.
XVI. ~ LOU BRANDET DE PALADAN
Lou bran-det de Pa-la-dan, Lou pus nesci es
lou pus grand . La fi - go ra - ta - do, Lou cat l'a man-
ja - do.
Ca-gas-sou-net,
Le - vo - te drel
l)Lou brandet de Paladan,
Lou pus nesci es lou pus grand.
La fige ratado,
Lou cat Ta manjado.
ê
Cagassounet,
Levo-te dre.
Le Petit Branle de Paladan.— 1) Dans le petit branle de Pa-
88
DIALECTES MODERNES
ladan, — celui-là est le plus niais — qui est le plus grand. — La
figue mordue par le rat, — c'est le chat qui Pa mangée. — Baisse-
toi, — lève-toi droit.
Ronde cévenole, recueillie par M. Albert Arnavielle» d*Alais ((ikurd).
XVII. LA FARANDOULO DE TRINQUATALHO
La fa - ran - dou - lo de Trin - qua - tel - ho, Tou-ti li
.wijjJJ'.i'iri;^
gen soun de ca - nal - ho ; La fa - ran - dou-lo de Sant-Aoa-
miè, Tou - ti li gen pis - son au lié.
1) La farandoulo de Trinquatalho,
Touti li gen soun de canalho ;
La farandoulo de San-Roumiè,
Touti li gen pisson au lié.
La Farandole de Trinquetaille. — 1) A la farandole de Trin-
quetaille, — tous ceux qui s'y trouvent sont de la canaille ; — i li
farandole de Saint-Remy, — tous les danseurs pissent au lit.
De M"* Marthe Reboul, d* Arles-sur Rhône.
I. — Moquerie à Tadresse des gens de Trinquetaille et de Saint-Rémy;
se rattache ainsi à la curieuse série de nos chants satiriques.
Nous avons vu un exemple de ces satires de lieu à lieu jusque dam
notre deuxième série, tous Enfants de Mountpeliè (chants pour réyeiUar.)
CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC
S9
XVIII. — LA MARIDADOUNO
Marida me vole aquest' an,
Vole pas 'spera un autre an.
L'annado n'es bouno,
La vole pas 'spera milhouno.
La Fille a marieb. — Je veux me marier cette année, — je ne
veux pas attendre un autre an. — L'année est bonne,— je ne veux
pas l'attendre meilleure.
Version de Colognac (Gard), d'après M. le pasteur Fesquet.
1. — Parodie, pour toutes petites filles, des chants énumératifs,
IV* série.
XIX. — LOU BRANLE DAU CACARACA
A - co*s lou bran - de
Dau ca - ca - ra-
cà ! Las sor - bas tom > bou, Las eau ra - mas - sa.
Aco 's lou brande
Dau Cacaracà !
Las sorbas tombou,
Las eau ramassa
A pougnas, pougnas I
— Cau que las sorbas tombou/
Le Branle du Goqubrigo . — C'est le branle du Goquerico ; — les
cormes tombent, — il faut les ramasser, — à poignées, à poignées!
— Il faut que les cormes tombent I
Version communiquée par M. Henri Bouquet (de Montpellier).
1. — G'est aussi une ronde. Aux mots : à pougnas! on s'arrête —pour
faire semblent de ramasser les cormes ; — puis l'on reprend encore la
ronde, et Ton termine comme dans WhrarUe de lAleta,
90
DIALECTES MODERNES
XIX (bis). — LOU PED, LA MA
W^
Lou ped, lou ped, lou ped; La ma, la ma, la
ma ; B vi - ro - te de ça. Que ti vo - li bai - sa.
Lou ped, lou ped, lou ped;
La ma, la ma, la ma:
E viro-te de ca
Que ti voli baisà.
Le Pied, la Main. — Le pied (fer), — la main (fer): — et tourne-toi
de ce côté, —que je veux l'embrasser.
XX . — LOU PED ROUMPUT
ûueè^J.^ios
Sau - le, Se roum - pe - guè — la cham - bo ; Sau-
k
tè, Se roum-pe - guè — Lou ped. Sau - tè Dins lou bour-bour-
bour, Sau - tè Dins lou bour - di - Ihè.
Sauté,
Se roumpeguè
CHANTS POPULAIRES DU LANGUEDOC 91
La chambo ;
Sauté,
Se roumpeguè
Lou ped.
Sauté
Dins lou bour-bour-bour,
Sauté
Dins lou bourdilhè !
Le Pied rompu.— IJ sauta, — il se rompit —la jambe; — ^il sauta,
— il se rompit le pied. — Il sauta dans le bour (ter), — il sauta
dans le bourbier.
Version de M. fl. Ghaussinand, de Coux (Ardèche).
1) Exercice de saut, à la sortie de l'école. Sorte de cloche-pied qui se
fait en se tenant par la main, en formant une bande.
XXL — LOD CAT
Lou cat es au sôu, Se sou - rel-ha, se sou - rel - ha ;
Lou cat es au sôu, Se sou - rel - ha, dis que plôu.
Lou cat es au sou,
Se sourelha {bis) ;
Lou cat es au sou.
Se sourelha, dis que pl6u«
Le Chat. — Le chat esta terre, — il se soleille (bis); — le chat est
à terre, — il se soleille et dit qu'il pleut.
Version de Montpellier.
1. —On place un tout petit enfant, lou cat, le chat, au milieu d'un cercle,
et l'on fait la ronde autour de lui. Il prend part au jeu, quoiqu'il ne lui
soit pas possible de sauter comme les autres.
IL— Lorsque la ronde est faite par de plus âgés, le chat se lève, le chant
fini, et tâche d'attraper l'un de ses petits camarades, qui prend sa place.
92 DIALECTES MODERNES
XXII. — LA PERDIGOLO
Rodo, rodo,
Perdigolo.
Se ma maire es à Tescolo,
N'ai moun paire à Paris *
Que mi pourtaro de ris.
La Coccinelle. — Tourne, tourne, — coccinelle. — Si ma mère
est à récole, — mon père est à Paris, — qui m'apportera du riz.
Se dit à Colognac (Gard), d*après M. le pasteur Fesquet.
I. ^ La rime semble exiger rollo, roule. Cf. perdigolo et escfAo,
XXIII. — LA RONDE PAPILLONNE
La ronde papillonne,
Mon père est à Vécole,
Ma mère est en prison!
Coucou !
Saucisse ! missou !
Version de M. Fesquet, pasteur, à Colognac, près Lasalle (Gard).
1 . — Les derniers mots seuls sont en languedocien.
Il y a trois cris, au lieu d'un seul: coiicou! saucisso! missou I œaf.
saucisse t saucisson t — mots incohérents, qui n'ont aucun rapport avec
le chant, et ne sont là que comme exclamations et pour la rime.
* Var. de Saint- Martin-de-Londres (Hérault).
Toun paire es en paradis
Que manja un platat de ris.
Trad. — Ton père est on paradis, — qui mange un gros plat de riz.
A. M. et L. L.
MAUCOR
Aviei una maire carida ;
Aviei de fraires, una sor :
Touteis an atroubat la mort
Dins Torra e guerrieira partida !
Encara aviei per passa vida
De riquessias, d'argent e d'or ;
Mais tala es la lei dau pus fort,
Que l'oustalada es avalida.
Mouis amies an pensât mai bel,
E segu de me daissà 'n pena
(Dauben fach memoria s'avena).
Ma miga, de tant bona mena,
Me Tan raubada en plen sourel.
Veses acôs e cales, Cel !
(Languedocien, environs de Montpellier.)
DECOURAGEMENT
PlAT.
J'avais une mère chjérie; — j'avais des frères, une sœur : — tous
ont trouvé la mort — » dans la joute horrible de la guerre !
J'avais encore, pour passer ma vie, — des richesses, de l'argent
et de l'or ; — mais telle est la loi du plus fort, — que la maison
tout entière s'est évanouie.
Mes amis ont cru bien plus beau — et plus sûr de me laisser à la
peine — (du bienfait se perd la mémoire).
Mon amie, de si bonne race, — on me Ta ravie en plein soleil...
Tu vois cela et tu te tais, ô Ciel !
PlAT.
>
I Extrait de Garbeto^ recueil de poésies couronnées le 23 mai 1878»
LOU DIEU VIVENT !
léu, paure orne dôu Nord, aujourd'uei que vous parle,
Que vous plagne toujour, pàuris orne dôu Nord, ^
De Berlin, de Paris, d'Avignoun même, e d'Arle,
Agouloupa de gèu e malaut de maucor !
Entanterin que vautre, à la visto negrasso
De la plueio e di niéu, trouvas triste lou cor,
E sentes dou mistrau Tesperoun e la chasso.
Me souleie à la flamo, e trêve li rai d'or !
A geinoun me veici, plen de gau inefable
(Coume un a hadji » fervent sus soun tros de tapis
Se clinant à Mecca que de liuen ie sourris).
Au soumet trelusènt dou Cap Incoumparable,
Sus un ro perfuma, un verdous prego-diéu,
T'adourant, pèr ma fe, blound Pebus, grand Soulèu !
Guihèn-C. Bonaparte-Wtse
Au Gap d'Aotibo, feb. 19, — 1878.
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.)
LE DIEU VIVANT
Moi, pauvre homme du Nord , qui vous parle aujourd'hui , —
que je vous plains en tout temps, pauvres hommes du Nord, — de
Berlin, de Paris , d'Avignon même et d'Arles, — enveloppés
de gelées et malades de mélancolie 1
Pendant que vous, à la vue noircie — de la pluie et des nuages,
trouvez le cœur triste, — et sentez du mistral l'éperon et le fouet
[de chasse], — je m'ensoleille à la flamme et je hante les rayons
d'or.
A genoux me voici, plein de joie ineffable — (comme un haeffi*^
fervent sur son fragment de tapis — se clinant à Mecca qui lui
sourit de loin),
Au sommet éblouissant du Gap Incomparable 3, ~- sur un rocher
■parfumé, sur un prie-Dieu vert, — t'adorant, par ma foi, blond
Phébus , grand Soleil !
Guillaume-G. Bonaparte- Wtsb.
1 Pèlerin mulsuman. — > Le Gap d'Amibes, que j'ai nommé, qœ je
nomme, et que je nommerai toujours ainsi.
NIÇO
A. DoNO Pabrb-Sallières.
Grando, douço, graciouso e bello entre li bello,
Dins Taire embausema coungreies de poutoun ;
Fiero coume la mar que frusto ti petoun,
Espandisses toun sen au soulèu, que simbello.
Amairis dôu plesi, toun amo lou barbèlo ;
Mai, s'a la danso, au jo, vas coume un fouletoun,
Au fougau dôu malur te veson d'assetoun,
Degaiant ti trésor au pauro que li bèlo.
Lou Printèms, toun esclau eterne, de rai d'or,
De flour e de perfum, te treno uno courouno
Que lèu ta man de rèino en cadun abandonne.
0 Nico, tèsto ardènto ! 0 Nico, noble cor !
DÔU Paradis sus tu lou chale escrèt davalo :
Sèmpre auras de jalouse e jamai de rivale.
L, ROUMIEUX,
Niço, 23 de Febriô de 1878.
(Provençal, sous-dialecte d'Avignon et des bords du Rhône )
NICE
A Madame Fabre-Sallières.
Grande, douce, gracieuse et belle entre les belles, — dans l'air
embaumé tu engendres des baisers ; — fière comme la mer qui
frôle tes pieds mignons, — tu épanouis au soleil ton sein qui l'in-
vite [à venir].
Amante du plaisir, ton âme le convoite ; — mais si, à la danse,
au jeu, tu vas comme un lutin, — au foyer du malheur on te voit
t'asseoir, — prodiguant tes trésors au pauvre qui les désire.
Le Printemps, ton éternel esclave, de rayons d'or, — de fleurs
et de parfums, te tresse une couronne, — que promptement ta main
de reine abandonne à chacun .
0 Nice, tête ardente! 0 Nice, noble cœur I — le charme le plus
pur du Paradis descend sur toi; — tu auras toujours des jalouses
et jamais de rivales. L. Roumigux.
Nice, 23 février 1878.
LA SEMENAIRO DE MILH
< En abrilh
Fai toun milh. >
{Rejn'ouverhi lauragués )
Le gauch de la mannado primo,
Clar-tindent, se ven d'asalbrà,
E del cloutas cap à la cimo,
Lest, on le vei s'escalabrà.
Las cardinos s'esperdigalhoun
Subre Tcapelh des çupressiès,
Pes rais celestials que davalhoun
Junquos sus eules bartassiès.
0 glorio ! Tout s'escarrabilho
Dins Taire fresc e sanetous ;
Demest la cansou que bresilho
L'aucelet, i a 'n bruch de poutous.
0 naturo ! L'armo s' allegro
A mira le regrilhoment
Belestant la Mountagno Negro
Del vert clar de soun vestiment.
LA SEMEUSE DE MAIS
c En avril,— fais ton nuos, »
(Proverbe lauragtuiês.)
La joie de la charmante prime-saison, — a\ec ses clairs tintements,
vient de se répandre dans les arbres, — et du grand trou jusqu'à
la cime, — leste, on la voit monter à l'escalade.
Les chardonnerets se réjouissent en brandissant les ailes — sur
le faîte des cyprès, — par les rayons célestes qui descendent —
jusque sur les hièbles des buissons épais.
0 gloire! tout s'évertue — dans l'air frais et sain; — au milieu
de la chanson que gazouille — l'oiselet, il y a un bruit de baisers.
O nature I Pâme se réjouit — à admirer le renouveau — embel-
lissant la Montagne Noire — du vert clair de son vêtement.
JjA sbmbnairo m wlh 97
Quand tourno la ^asou nouvelQ,
Qu'acouro tant: TabriHi, Tabrilh,
Poulit coumo uno jouvenelo,
Le gazalhà penso à fa Tmilh.
Te, per la piano laaragueso,
Onqt lusis un breselh daurat,
Uno grande e ôero pageso
Cour à travès un camp laurat.
Es bruno, es de la caudo raço
Des belis Morouls cordouans
Qu'apr'aici daisseroun Ihour t;*acp,
Terribles coumo d'ouracans.
Sa cambo n'es pas brico torto,
Un gard negret i oumbrejo V pot ;
Soun se vertelho, mais es forto
E, se se vol marida, pot.
Sara lèu à 'no countournieiro ;
Va, resoulgudo, le ped franc :
Semeno, — porto en bandoulieiro
Un sac emplenat de milh blanc ;
Quand revient la saison nouvelle, — qui donne tant de cœur :
l'avril, l'avril, - joli comn^e une jouvencelle, — le laboureur pense
à faire le maïs .
Tiens, par la plaine lauraguaise, — où luit un réseau doré, —
une grande et fière paysanne — marche à travers un champ la-
bouré.
Elle est brune; elle est de la chaude race — des beaux Maures
cordouans — qui par ici laissèrent leur trace , — terribles comme
des ouragans.
Sa jambe n'est pas du tout tortue, — un duvet un peu noir lui
estompe la lèvre ; — son sein naît, mais elle est forte, — et, si
elle veut se marier» elle le peut.
Elle atteindra bientôt à une contoumière (une des extrémités du
champ); — elle va, résolue, le pied franc: — elle sème, elle porte
en bandoulière — un sac rempli de msûs blanc ;
98 DIALECTBS MODBRNES
I pouso, margo reissugado,
1 pauso junquos à miej bras,
E, de la sieu ma bristoulado,
Semblo fa rajà d'ambre en gras.
Tout en sourrisent, elo sousco
Ah vielh reprouverbi que dits :
c( Blat dins Taigo e milh dins la pousco b ;
Ë, brassejant, durbis les dits.
Ves le Presquelh, dins la boulbeno,
Sens bissautà cap de selhou,
Dempuei boun maiti ja semeno !
Aco's un valent merilhou.
I atrio de vese, espandidos,
Las fuelhos d'un vert metallic,
Larjos lanços souvent brandidos
Per l'autà que se levo, afric.
Dins las milheros pla ramados ,
Quouro se farà mai d'un fais
De crestos tendrps e sucrados
Que les bièus chapoun à bel cais ?
Elle y puise, manche retroussée; — elle y puise jusqu'à nu^tié
bras, — et, de sa main hâlée, — elle semble faire couler deTambie
en grains •
Tout en souriant, elle songe — au vieux proverbe qui dit: —
< Blé dans Teau et maïs dans la poussière»; — et, faisant mouvoir
son bras, eUe ouvre les doigts .
Vers le Fresquel, dans la terre argilo-sablonneuse (bolaire). —
sans omettre aucun sillon, — depuis le grand matin, elle sèmel —
C'est une vaillante petite merveille.
Il lui tarde de voir, étendues, — les feuilles d'un vert métalli-
que, — larges lances souvent brandies — par l'autan qui se lè?e,
ardent .
Dans les maïsières bien ramées, •— quand fera-t-on denombraux
faix — de crêtes (panicules) tendres et sucrées, — que les bcBUfb
bâfrent à belle dent 7
LA SEMBKAIRO DE MILH 99
Sens borgnos, les peds verturouses,
Nouseluts, de sabo couâats,
Pès païsans que n'soun gelouses
Saran sarclais e causselats.
Voulam al punh, cremant las bossos,
Que tourne veni Messidor,
E se granaran las cabossos
En metent barbos de pel d'or.
Qu'ai mens, quand la luno treluco
Le tais nou las vengue péri !
Esperen qu'auran pas la cuco,
Que res nou las farà pouirri ;
PerVendemiari 'mbriaigaire,
Pla maduros s'amassaran
E, sens que se demore gaire,
Apuei se despeloufaran.
Las palhassieiros emplenados
De Ihour estroup rous e triât,
Selho de part, soun desgranados,
E Tmilh es lèu escampilhat.
Sans excroissances, les pieds vigoureux, — noueux, de sève
gonflés, — par les paysans qui en sont jaloux — ils seront sar-
clés et chaussés.
Faucille au poing, brûlant les monticules, — que revienne Messi-
dor, — et ils se couvriront de grains , les épis, — en poussant
des barbes aux poils d'or.
Qu'au moins, quand la lune est dans son plein, — le blaireau
ne vienne pas les abîmer I — Espérons qu'ils n'auront point la ebe-
nille, — que rien ne les fera pourrir.
En Vendémiaire enivreur, — bien mûrs on les cueillera — et,
sans que Ton attende longtemps, — ensuite on les débarrassera
de leur sp^tbe.
Les paillasses remplies — de leur enveloppe jaune et triée, —
les épis gâtés mis de côté, ils sont égrainés, — et le maïs bientôt
éparpillé.
iOO DIALECTES MODERNES
Dins river, se fa d'engranieirqs
De la milhorco qu'a levât
Sous penaches sus las aurieiros ;
E's mainages, tre qu'a nevat
E que coummenço la velhado,
Fan de muscardins de gras viels
Davant uno bravo flambado
De trouisses e mai de tutels.
Cal que la molo de Sidobre,
Tros de qualque roc tremoulant,
Sul milh de Tan, sens relais, obre.
— Que vire, vire, le voulant !
Passado al sedas, la farino
Se vudo al pairol escurat :
Aquelo semblo de nèu fino,
Aiceste un brasiè'mpourpourat ;
Penjo al cremalh : ôuî cousinieiro,
Sarro as genouls le teule fort I
Durant Thiver, on fait des balais — avec [les panicules] — dn
sorgho qui se sont dressées — en panaches au-dessus des orées;—
et les enfants, dès qu'il a neigé
Et que commence la veillée, — font des muBcardm8 ^ de grains
vieux, — devant une bonne flambée — de tiges sèches de maÎB el
de chardons blancs (tout-yeux.)
Il faut que la meule [en granit] de Sidobre, — morceau de quel-'
que roc tremblant, — sur le maïs de Tannée sans relâche travailla.—
Qu'il vire, vire, le volant (meule supérieure) I
Passée au sas, la farine — se vide au chaudron récuré:*— celle-ci
semble de la neige fine, — celui-là un brasier empourpré ;
Le chaudron pend à la crémaillère : holàl cuisinière, — serre aux
genoux la tuile * forte ! — Le milhas ^ bout; que ta cuiller — le re-
mue,/ic-^c, à tout rompre 1
* Grains de mais qui ont éclaté devant la braise et se sont oouTerii
de fécule. Ils sont pareils à des fleurettes aux pétales gras;\ls ébloiilft-
sent d^ blancheur.
* Qui se place contre le chaudron pour garantir du feu.
3 Bouillie de maïs.
\
LA SEMENAIRO DE MILH 101
— Le milhas bulh; que ta culieiro
Le remene, flic-floc, à mort !
Vudat sus la toualho neto,
Sens couquels, fumant, s'espandis :
A taulo ! e de peço en peceto,
Dins un soûl repais s'engoulis.
E la semenairo maurelo
Pel cap se va repasso atal,
(Jelh vieu coumo uno carbounelo,
Plantado, mas suT davantal.
0 la pageso pensasivo,
Al colh pouderous, as peds nuds !
La belo droullasso qu'es divo
Autant que Cibelo ou Venus,
Agust FOURÈS.
Abrilh 1877.
(Languedocien, Castelnaudary et ses environs).
Vidé sur la nappe nette, — sans grumeaux, fumant, il s'étend : —
A table! et de pièce en piécette, — dans un seul repas il est en-
glouti.
Et la semeuse brune — par la tète se repasse tout cela ainsi, —
œil vif comme i::ne escarboucle, — plantée, les mains sur son ta-
blier.
O la paysanne pensive, — au cou puissant, aux pieds nus! — la
belle fille qui est déesse — autant que Cybèle ou Vénus!
Aug. P^OURÈS.
Avril 1877.
<~--i-O^0TC*'j/^ ^
VÉSPRE D'ESTIÉU
AU FBLIBRE TEODOR AUBANEL
Palo coume un maubre,
La luno plan-plan
Davalo dis aubre
Sus lou camin blanc ;
Vers TAlzoun s'adraio
10 dins li sourgènt,
En passant, miraio
Si bano d'argent.
Au founs de la lèio
L'anen vèire ensèn,
E, coume Mirèio,
Belaren Vincent:
Es Touro que Tamo
Se perd dins li niéu,
Kouro ounte Ton amo,
L'ouro ounte Ton viéu.
Tout dor, tout soumiho ;
Mai, dins Taire escur,
Dirias Tarmounio
SOIR D'ETE
AU FÈLIBRE THÉODORE AUBANEL ■
Pâle comme un marbre , — la lune doucettement — descend
des arbres — sur le chemin blanc; — elle se dirige vers l'Alion,
— et, dans les filets d'eau, — en passant, — elle mire — sescOToet
d'argent.
Au fond de l'allée — allons la voir ensemble, — et, comme
Mireille, — nous penserons à Vincent ; — c'est Phenre — où l'âme
se perd dans les nuées, — Theure où Ton aime, — l'heure oà
l'on vit.
Tout dort, tout sommeille; — mais, dans l'air obscurci, ^ Poo
VBSPRE d'bSTIÉU 103
D'estràngi murmur :
Misteriôusi gamo
Tant douco d'ausi.
Voues de lacalamo,
Quau vous fai brusi ?
Milo farfantello,
Milo sounge d'or,
Gisclant dis estello,
Penetron li cor.
Au fres de Teigagno,
Au mié di perfum,
Segren e magagno
Fuson coume un fum.
Mai Fur de la terro
Glisso dins la man :
Deman nous espèro,
Esperen deman;
E tourna sus Tèrbo,
Amigo, vendren
De la niue supèrbo
Béure lou seren.
Leountino Goirand.
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.)
dirait (ouïr) rharmbnie — de murmures étranges ; — mysté-
rieuses gammes, — si douces à entendre ; — voix du silence, —
qui vous fait bruire?
Mille scintillements, — mille rêves d'or, — jaillissant des étoiles,
— pénètrent les cœurs. — A la fraîcheur de la rosée, — au milieu
des parfums, — chagrins et tristesses — disparaissent comme
une fumée.
Mais le bonheur de la terre — glisse dans la main : — demain
nous attend; — attendons demain, — et, de nouveau sur l'herbe,
— amies, nous viendrons — de la nuit splendide — boire lé se-
rein.
Léontine Goirand.
MARIUS*
De- vers li bèlli terro — dôu Miejour espanta,
Lou Nord, a cha cent milo, — bandis, femo, orne, enfant.
Estrasson, pihon, brulon, — volon tout sagata ;
An fam d'or e de terro, -- de soiileiado an fam :
Es là Barbarie que passe — davans lou mounde rouman.
De peu de bèsti fèro — envertouion si las;
Sa como es rouginasso, — soun pitre es tout badant.
Soun bèure es lou sang tèbi — e soun viéure es la car ;
Parlon pas : ourlon, bramon; — soun oumbro porto esfrai:
Es la Barbarie que passe — davans lou mounde rouman.
Lou resson de sa marche — re trais à T ouragan.
Li Latin mort d'estrànsi — n'auson pas regarda ;
MARIUS
Vers les belles plaines du Midi terrifié, — le Nord» par cent
mille, lance femmes, hommes, enfants. — Ils déchirent, ils pil-
lent, ils brûlent, ils veulent tout égorger; — ils ont faim d'oret de
terre, ils ont faim de rayons de soleil :
O'est la Barbarie qui passe devant le monde romain.
De peaux de bêtes sauvages ils enveloppent leurs flancs ; <—
leur chevelure est rousse, leur poitrine toute nue. — Leur bois-
son est le sang tiède, et leur nourriture la chair. — Ils ne parlent
pas, ils rugissent; — leur ombre porte effroi :
C'est la Barbarie qui passe devant le monde romain.
L'écho de leur marche ressemble à Touragan. — I-ies Latins,
morts d'effroi, n'osent pas les regarder;— la vallée est épouvantée
* Marins a obtenu la Cigale d'or offerte par M. de Quintana y OomhJs,
au meilleur poëme sur un sujet tiré de l'histoire des peuples de race latine.
La coumbo es espantado — de lis entendre ourla.
Desempièi vue jour, passon, — passon en desfisant :
Es la Barbarie que passo — davans lou mounde rouman.
Lou proumié jour que passon, — Roumo n'a ressauta ;
Lou segound jour que passon, — fernisson li roucas;
Lou tresen jour que passon, — la terro a tre moula ;
Lou quatren jour que passon, — lou soulèu s' es tapa :
Es la Barbarie que passo — davans lou mounde rouman.
Lou cinquen jour que passon, — Marto a proufetisa ;
Lou sieisen jour que passon, — s'aubouron li sourdat;
Lou seten jour que passon, — demandon lou coumbat ;
Lou vuechen jour que passon, — quau lis arrestara?
Es la Barbarie que passo — davans lou mounde rouman.
Court Tarmado latino — à travès mount e vau ;
Toumbo sus Tosi destrùssi, — rapido coume un lamp.
Alin, de- vers Pourrièro, — li Teutoun soun tança ;
Ourlo lou camp barbare : — quute terrible ourla !
Es la Barbarie que passo -- davans lou mounde rouman.
de les entendre hurler. — Depuis huit jours ils passent, ils
passent, jetant des défis:
C'est la Barbarie qui passe devant le monde romain.
Le premier jour qu'ils passent, Rome en a tressailli; — le
deuxième jour qu'ils passent, les rochers en ont frémi; — le troi-
sième jour qu'ils passent, la terre en a tremblé ; — le quatrième
jour qu'ils passent, le soleil s'est couché :
C'est la Barbarie qui passe devant le monde romain.
Le cinquième jour qu'ils passent, Marthe la prophétesse a
parlé ; — le sixième jour qu'ils passent, les soldats se lèvent ; —
le septième jour qu'ils passent, ils demandent le combat; — le
huitième jour qu'ils passent, qui pourra les retenir ?
C'est la Barbarie qui passe devant le monde romain.
L'armée latine court à travers monts et vaux ; — elle tombe sur
l'armée barbare, rapide comme l*éclair. — En bas, vers Pour-
rières, les Teutons sont acculés; — le camp barbais hurle : quel
terrible hurlement! . . .
C'est la Barbarie qui passe devant le monde romain.
106 DIALECTES M0DBRME8
Sus Pourrièro s*aubouro — lou soulèa fousc, pourpau.
Restountis la troumpeto, — s'abrivon li Rouman.
Très jour e très niue duro — la bataio de Lar . .
Lou sabre latin chaplo, — chaplo que chaplaras !
Es la Barbarie que passo — davans lou mounde rouman.
Marins, sus li roco, — lis a 'scrapouchina
Coume un rasin bèn gounfle — souto un destret sarra.
Que moulounado afrouso — de mort dinslou campas!
La terro assadoulado — vôu plus bèure de sang :
Es la Barbarie que passo — davans lou mounde rouman.
Sourtès de vôsti cauno, — feruno e croupatas :
N'avès pèr vosto vido, — de cadabre a rouiga.
0 terro de Prouvènço, — long ^èms t'en souvendras ;
Aclapères un mounde — qu'aurié tout aclapa.
Es la Barbarie que passo — davans lou mounde rouman.
V. Lbeutaud.
( Provençal, sous-dialecte d*Avignon et des bords du Rhône. }
Sur Fourrières se lève le soleil obscurci et pourpre; — la trom-
pette résonne, les Romains s'élancent. — La bataille de Lar dure
trois jours et trois nuits ; — le sabre latin immole, immole tout :
G*est la Barbarie qui passe devant le monde romain.
Marius, sur les roches, les a broyés effroyablement, — comme on
pressoir serré broie un raisin bien gonflé de suc — Quels af-
freux monceaux de morts sur le champ de bataille I —La terre
rassassiée ne veut plus boire de sang.
C'est la Barbarie qui passe devant le monde romain.
Sortez de vos cavernes, bêtes fauves ot corbeanx : — vous
avez des cadavres à ronger pour toute votre vie. — O terre de
Provence ! longtemps tu t'en souviendras ; — tu dévoras un monde
qui eût tout dévoré:
G^est la Barbarie qui passe devant le monde romain.
V. LlBUTADD.
POULIMNIO *
A LA PELIBRBSSO D*ARENO
gagnareîlo de la joio « la Poulimnio », i Fèsto latino de Mount-peliè
Emé lou mes de junlou printèms s'enanavo,
Leissant coume adessias si perfum li mai pur ;
Gardoun, cascarelet, te trasié si murmur;
Touto la Pradarié, bello, te courounavo ;
Keissame dis aucèu, que ta voues gacinavo,
Fasiè subre toun front Taleto dins Tazur ;
L'aureto plan-planet, dôu mié dis aubre escur,
Pèr noun te treboula, tout-bèu-just alenavo ;
E nautre, pivela dôu chale de ti vers,
Emé tu marchavian sout li castanié verd,
Quand un d'éli subran pren vido, e Poulimnio
Espelis d'un vièi trounc. Divo de Tarmounio,
Candide elo peréu de t'ausi, Beatris,
Se clinavo umblamen davans sa vinceiris.
L. ROUMIEUX.
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.)
POLYMNIE
A LA FÉLIBRESSE d'aKÈNE
qui a gagné la joie de « la Folymiiie»,aax Fêtes latines de Montpellier
Avec le mois de juin le printemps disparaissait, — laissant
pour adieu ses parfums les plus purs ; — le Gardon te jetait ses
joyeux murmures; — toute la Prairie, belle, te couronnait.
L'essaim des oiseaux, que ta voix enchantait, — au-dessus de
ton front déployait ses ailes dans l'azur; — le doux zéphir^ du milieu
des arbres obscurs, — pour ne point te troubler, retenait son haleine;
Et nous, fascinés par le charme de tes vers, — nous marchions
avec toi sous les verts châtaigniers, — lorsque Tun d'eux s'anime
soudain, et Polymnie
Jaillit d'un vieux tronc. La déesse de l'harmonie, — charmée,
elle aussi, de t'entendre, — Béatrix, s'inclinait humblement de-
vant celle qui avait triomphé d'elle. L. Rodmibux.
1 Le 17 juin 1878, dans une promenade à la Prairie d'AIais, où se trou-
vaient quelques félibros, ce sonnet fut composé à propos d*ua cb&taignier
foudroyé, dont le tronc affectait la forme de la Polymnie.
BIBLIOGRAPHIE
Prumié Bonquet (t 838-1 842). Flonretos de moutagno, poésies langiM-
dociennes, par Melchior Barthès, avec un avant-propos de Biariu
Bourrelly, et des notes sur Torthographe et la prononciadoD langue-
dociennes, traduction française en regard. Tome premier. U ontpeUier.
Imprimerie centrale du Midi (Hamelin frères), 1878; iii-t2, 475 psg.
Le tome premier des Flouretos de mountagno a obtenu ane mé-
daille d'argent dans la section poétique du deuxième Gonconn
triennal de la Société des langues romanes, et ce prix était justement
mérité par son auteur, M . Melchior Barthès, qui est, en môme temps
qu'un savant et zélé botaniste, un des plus anciens et des pins
fidèles, disciples de la langue d'oc *.
Ainsi qu'il l'annonce dans sa Préface, où les mots sont ingénieuse-
ment appelés « les fleurs d'une langue », l'auteur eut, en 1838, le
projet de réunir dans un dictionnaire particulier les expressions
les plus caractéristiques du dialecte de Saint-Pons * ; il y renonça
ensuite, car il lui sembla préférable dedisséminer dans ses vers les
matériaux .linguistiques qu'il avait pris la peine de recueillir. G*est
dire par là Tintérèt que les Flouretos présentent pour la pliilologie
et le grand nombre d'expressions locales, de formes véritablement
languedociennes, qu'on y rencontrera.
L'aisance et la facilité du vers, la constante honnêteté de l'in-
spiration, et, dans lepoëme de Louiset, par exemple, des traits et des
descriptions qui rappellent parfois la manière de Jasmin, de Ves-
trepain et des poëtes de la Gascogne, ne seront pas moins goûtés ptr
les simples curieux de poésie.
Tous les genres, la chanson, l'épigramme, la fable, l'ode, l'épltre,
le poëme et le sonnet, sont, du reste, mêlés dans les Floumeùndi
mountagno. On y rencontre même une amusante comédie en cinq
SLCieSf km Plaid^'aire, où M. B. a d'excellents traits de caFactère
1 On trouve deux pièces de lui, remontant h l'année 1841 et adrcfUlgs t
M . Jacques Azaïs, dans le recueil des Berses de ce dernier.
^ La littérature du langage do Saint-Fons est représentée, à llieare
qu'il est, par les Flouretos de mountagno, le (Uossaire botanique fangue^
docien de V arrondissement de Saint-Pons, Montpellier, 1873, in-8* (dû à
M. Barthès, comme les Flouretos), et par deux fragments^ d'un 0dflnede
Guiraut Saquet (XVIII* siècle) sur la famine de 1700, pabMs *p. 15
et 93 du Glossaire bàlaMque .
BIBÎ.IOOR/^PHIK 10?
et un dialogue d'un tour naturel et coulant. Ainsi, lorsque truirguil,
le plaideur, est contraint d'avouer à son ami Nadal qu'il vient de
perdre un nouveau procès :
Nadal: Adiu, Guirguil; ch be 1 fas toujour lapebriuo !
GniBGuiL (à part) : Al diables Timpourtu !
Nadal: Àspla missanto mine.
De qu'as ? semblos malaut.
Guirguil: Merci dal coumpliiDent !
M'atendiô pas à tu dins aqueste moument.
Nadal: Sios tout cambo-virat. . .
Guirguil : O vai! soui pas sans euro,
E n'èi pas brico tort de fa trislo figuro
Nadal (il part): A perdutsoun proucès.
Guirguil : Me veses malcourat,
Soui las d'estre pe] sort toujour endalinairat :
A tout cal uno fi, mêmes à la paoienço ...
Naoal: Couci tout s'es passât an-aquelo audienço?
Guirguil : Parlen de quicoa mai. . . Piôu toujour sus bagnats- . .
Bi perdut moun proucès. . .
Nadal : N'as-ti jamai gagnats ?
Je signalerai ici quelques formes françaises on-simplement «dou-
teuses, relevées au courant de Ja plume, dans Ponvrage deM. B :
P. 32. 1. 6. et p. 154, 1. 1, msi^ forme française. Il vaudrait mieux
dire aital, que Ton trouve p. 86, 1 02 et 356.
P. 32, 1. 10, brandiguen, participe sans < final, ce qui peut donner
matière à confusion avec Pimpératif et la première personne
plurielle du présent de l'indicatif dans certains verbes : direnj/a-
ren; Tancienne langue avait résolu la difficulté en écrivant di-
rem, farem, etc., méthode suivie par M. Cliabaneau dans sa
Gi^ammaire limousine.
P. 60, 1. Tl .douhlen^ triplen; l'infinitif de ces vorbes appartenant à
la classe des infinitifs en a, il faudraitrfoî^&Zan, triplan. Cette faute
se reproduit assez souvent, bien que M. B. écrive en d'autres
endroits toumhan (76) dounan (84) etc.
P. 60, 1. 31 , guèn, forme française ; il faudrait guanow gazan.
P. 94, 1. 18, anpletos, forme française.
P. 100, 1. 5, cracur, forme française, surtout par le suffixe wr. M. B.
la traduit par me/itewr: il faudrait donc mesêmirguiè, que Ton trouve
p.194, 1. 21.
P. 102, 1. 9, sauiurSj forme française ; il faudrait sautaires, ou tplu-
tôt dœnscdres, car l'auteur traduit par dtmsewrs de corde.
P. 112, 1. 26, assigurenço ; il faudrait asHguranço, puisque l'iTTffinrtif
110 BfBLIOGRAFHIE
est en a, et mieux assigurancio , Je lis, p. 144, ouhen^ssencio et reoé-
rencio. Cf. p. i\Sj prounowidat^renounciat.
P. 116, 1. 1, truJceh. Pourquoi l'introduction de ce Jef Trvqueh serait
fort légitime.
P. 118, 1. 14, disparegut. Le verbe avait eût été préférable.
P. 120, 1. 15 anfin. Enfin, ou encore ^naZowew, serait mieux.
P. 134, 1. 27, vouiagCj forme française pour viage,
P. 138, 1. 12, toutafet — — pour «fa/buna
P. 140, 1. \3,gouto8 — — (du moins à Montpellier)
pour degouis.
P. 140, 1. 17, crmen, forme française; il faudrait crosan, puisque le
substantif normal et courant est cros,
P. 142, 1. 3, separado, forme française; desaeparado, separUdo ou pair-
tido vaudrait mieux.
P. 146, 1. 31, touneroAovxTiQ française; la forme languedocienne tron
se lit trois vers plus haut.
P. 148, 1. 22, VU8, forme française ; lisez : vots, ou peut-être wmUf
P. 150, 1. 31, counfienço; fisancio vaudrait mieux.
P. 152, 1. 17, ^ramôfo, forme française. Je trouve le verbe trenunUà,
p. 150.
P. 160, 1. 20, Vatend\ Vespero vaudrait mieux. On le trouve du reste
ailleurs, p. 198, 1. 13, par exemple.
L'orthographe de M. B. atteste un effort sérieux pour revenir aux
habitudes de l'ancienne langue : ainsi, l'emploi du v pour le ft, là
où Pétymologie latine l'exige, le « à la deuxième personne plurielle
du présent de l'indicatif, vouldrez, pescarez ; l'emploi de la forme tu
dans Diu8, arpiu, fiulado, etc.. L'accentuation est souvent trop com-
pliquée, mais ce n'est pas la faute de M. B. : il n'a fait que céder à
une habitude trop générale dans tous les dialectes méridionaux.
Le plaisir que l'on éprouve à lire ce volume nous fait espérer que
le Segoiind Bouquet ne se fera pas attendre longtemps.
Alph. Roque-Fbrrier.
Poésies patoises, par Vernhet père, d'Agen (Aveyron). Rodez, imp.
H. de Broca, 1877; petit in-8% 62 pag.
« A l'âge de soixante-dix ans, M. Vernhet s'est amusé à versifier
» en pur patois de Rodez et de ses environs. » Son petit volume
comprend :
P. 5-23, des Géorgiques, 380 vers. Le Rouergue semble affec-
tionner les géorgiques ; Peyrot, prieur de Pradinas, en avait com-
BIBLIOGRAPHIE 111
posé, et l*abbé Mélac (1841), ancien professeur de seconde au
collège de Rodez, avait laissé en manuscrit une Tradttciion en
vers patois des Géorgiques de Virgile^. — P. 25-33, los Vidssitudos
dé lo hido humènOj 218 vers. — P. 35, Un soubénir dé l'ou/raché del
8 décembre 1876, 6 vers. — P. 31-8, lou Brocouniè prés ^en fie-
grant délit en temps prohibât, 44 vers. — P. 39-43, Sourdes, trèbos
et rébénens, 112 vers. — P. 45-55, un Récuil dé prouverbès, raeximos
Maphorismés, 210 vers. — Le tout suivi, p. 57-9, d'un Petit Vocabu-
laire de quelques mots les plus éloignés du français, contenus daiis ce vo-
lume.
Ces poésies ne sont pas sans défaut, sans qualité non plus.
Venant de Marseille ou d'Avignon, elles ne seraient sans doute
pas remarquées ; mais elles nous arrivent d*un pays bien lent à
prendre part au mouvement littéraire des autres provinces de
langue d'oc: à ce titre surtout, elles méritent d'être signalées. Le
Rouergue tout entier ne suffirait pas à fonder une Escola; du
moins nous ne connaissons que les noms de MM. Brouillet,
Villié pt d'Armagnac, à joindre à celui de M. Vernhet*. Espérons
que le Rouergue tiendra, enfin, à honneur de sortir de son trop
long mutisme.
L'Aveyron produisant peu, sa langue est naturellement peu con-
nue; les traits marquants qui la distinguent, au moins dans le
volume de M. Vernhet, sont : lo le remplacement des a protoniques
par des o : osilo : corémé, olcel, Morgorido, orrenten-nous, popiè, etc. ;
— 2° des 0 toniques par ouo: tricouot, esclouop^ bouosc^ trouop, ohouoj
houome, linouot, etc. ; - 3® rJe an tonique par on : efont; — \* des bl
par^Z; encuraplé,^ miser aplé, etc.: -^ 5o des v par b: bido^ dibendres,
etc ; — 6° des gl par cl : réclat; — 7» des j par ch: couraché, sache,
racho; — 8° la suppression de la nasale dans les finales in, an^oun :
bij moti^ pa, poulou, nenou; — 9^ la chute de g entre deux voyelles :
fouoïrou 20. plêat 25, diet 41 ^foet 28, osséuro 50, aio 19, 53, poat 28,
préario 9, ol séur 16, qui seraient en languedocien /ow^rairoww, pie-
gat, diguetj faguet, asseguro, aigo, pagat, pregario ^, alsegur.
1 Voir Mém. de la Soc. des lettres del'Aveyron, III, 337.
2 Uq poëto anonyme, qui, d'après M. Alph . Roque-Ferrier Revue des
langues romanes, 1878, p. 205), est M. Vesy. bibliothécaire de la ville de
Rodoz, a publié deux Sounets dans les Mém. de la Société de VAveyron,
X, 1868-1873, Rodez, 1874. On a aussi de lui un sonnet,-- signé cette fois,
— dans Un bouquet de campaneto, recueil de sonnets, publié par M. de
Berluc-Perussis en 1876 (Aix, Remondet- Aubin, in-8o).
3 On trouve préario, p. 9, et prèo = prego 20, mais prégatt p. 40.
112 BIBLIOGRAPHIE
L'articifi est également à observer. Voici le tabloaades foonv
employéeb par M. V. :
SiNO. lou. 1'
lo, r
del, de 1'
de lo, de 1*
ol, ô r
ô lo, ô V
Plur. lous et loui,
los et loi
del s. des«<dei
delos
os
L'article, soit masc. soit fém., possède au pluriel une double
forme; mais nous soupçonnons M. Vernhet d'avoir noté ce phéno-
mène d'une manière très-inconséquente; il se pourrait aussi que le
sentiment de ces variations phonétiques fût en train de disparaître.
Nous trouvons l'article pur devant les lettres s, o, u, k, j. t, d, ç
(s\ p, B, F, V, h, R, m: mais en même temps devant certaines de ces
lettres se rencontre l'article mouillé : 1® e. lous entendre 27, fous
èfons'Ti^ 30, 31; los égos 40, et trois autres exemples (2 pour tous,
i pour fos), à côté de d'eîs (lisez deis) éfons 32; — 2' d. losden»î&*
des défaous 45, Zos derrengio 31, et trois autres exemples de los, à
côté de M démouorou 40: — 3" c (s), lous cédas 29, tout seul en re-
gard de hui secours 12. h'i surs 21, dey sious 29, hui soucis 29; — 4* b.
J/)u% bers 26, lous hrahés gens 26, et 12 autres exemples (6 pour hm%
et 6 pour Zos, en face de^ey biels 32; — 5** r. los rahos 16, 19, laus rond
12, à côté du louï rosîns 15, pei rens 12; —? devant x, je n'ai troQTé
qu'un seul exemple, louï nous colrio 10; devant a, i, g, ch, z, je n'en
ai rencontré aucun.
M. Vernhet ^'adressant particulièrement à ses compatriotes de la
campagne, nous lui reprocherons de parler du Pomasao, de la Muao
et de Phihwslo: les gens instruits n'ont que faire de cette mytholo-
gie, et les paysans n'y comprennent rien. Déplus, quand, au lieu
d'écrire en français, un Méridional use de la langue d'oc, c'est sans
doute qu'il l'aime, qu'il la préfère au français, au moins comme in-
strument poétique: son plus grand souci doit donc être de hannir les
mots français, intrus qui. malgré leur désinence méridionale,* paenl
étrangement» leur origine. Parmi ces fâcheux, que M. Vernhet au-
rait sagement fait de mettre à la porte, citons : entiréprênwr 8, *»•
inéno 25. chrisoUdo 25, mèro 25, 26, pèro 26 (on trouve ptOré et moM,
\). 29), histouèretto 27, frèro 27, sur 27 (sœur), junés gens 28 (tandis
quejoubé se rencontn? p. 26). Estieynés 28, vouèlà 38 (voilà), qwmè"
que 47 (quoique), sent 48 (saint), ogricoltwr 50, culdhotv/r 50 (à côté
de cultihairé).
Les fautes d'impression sont très-nomhreuses, et quelques-unes
6IBU0GRAPHI£ 113
rendent difficile Tintelligence du texte; par exemple: l'aionon oper-
tieyro, 13, lisez hï onon o pertieyro; il faut de même corriger Voî bo
30, et roïonon 28: — respecta ton hé 26. lisez tombé; — ooubéTI, lisez
oou bé; — lou set 16, lisez lo set; etc.
Le dictionnaire paraîtra certainement trop court à beaucoup de
lecteurs. Nous y relèverons une erreur. « OkouoSy c'est, cela. »
Okouo = cela, mais ohouos=^ okotiô es = ce est, c'est. M . Vernhet
n'a pas reconnu le verbe qui se trouve dans okouo '5, et il imprime
toujours okouos, quoique partout, dans ses poésies, okouo veuille
dire c«Za (p. 10, 12, etc. j, et okouos cest (p. 7. 12, 26, etc.* ) Le
mol rogas, qui est traduit par enfant pour aider le berger, est à rap-
procher de ViiailiQn ragazzo ; onthouro, quiest traduit par «ûn« déU»^,
se décompose étymologiquement en onthouro, ante horam {c(r. an-
tan, ante annum ) .
Si le dernier parai^iaphe de V Avertissement n*est pas une banale
politesse, M. Vernhet ne nous saura pas mauvais gré d'avoir
ainsi descoiiti ses poésies patoises.
J. Badquier.
Una voués dai vilage, pouesias lengadoucianas, per Ch. Gostb; Mount-
peliè, Martel l'ainat, 1877; in-8«, vni-52 pages.
Dans une préface languedocienne placée en tête de son volume,
M. Goste nous apprend l'origine des pièces qu'il y a réunies :
« Dins restât de medeci, en trepaat de vilage en vilage, lou cami quau-
ques cops es long, e l'esprit, que d*ourdinari es toujour en souciença ..
se met à panlaià; lou craioun sourtis de la pocha, e sui papiè que me-
triàs una ourdounança, escrivès quauques verses, sans avudre trop lou
tems de lous alisà.
» Lous amagàs couma un pecat ; mes, un jour ou l'autre, l'enveja vous
* Le vers suivant (p . 29 ) :
Eq fosquen coumo okouos iomsii n'oun tenro gaïré,
semble nous donner tort; mais il vaut beaucoup mieux lire et écrire okouo.
Gerlainement, dans quelques patois, l'incessante répétition de aco s { aco
es j a lini par souder Vs du verbe au pronom ; mais puisque okouo existe
encore dans TAveyron, ce n'est pas à un écrivain à se laire le protec-
teur d'un barbarisme. — Dans ie vers cité, n'oun est à corriger en noun.
- Dans Gi. Brueys ( Jardin de s musos provençato.^, éd. Mortreuil, II,
p. 75), on trouve ragassei:
Lous Italians amuo la croupe,
Subre que tout d'vn Ragasset.
Partissen en onUiouro
per olcouop orriba. p. 8.
. 114 BIBLîOaHAPHIE
pren de lous fa veire an un amie qae vous proumet, en liguent, d'estn
mut. Lou traite o pas pus lèu virât lous talous que vous dessala, e voetre
sicret es « lou sicret de la sauvia. »
» Moussu l'abat Vinas, curât de Jounquieiras, regretable per «mii'
bouu cor e souq saupre, aget counouissença de mous pichets verses, e me
butet jusqu'à tant que n'aguere manduat quauques us ai Gounoonrs de
Mountpelié: recassere una mentiéu; pus tard, la Soudetat de fiesifti
m'acourdet una medalha per ma peça lou Couns^ de moun paire, >
Uha voués dai vilage se compose donc des deux poésies cou*
ronnées à Montpellier et à Bézlers — cette dernière est surtout re-
quable — , de quelques autres lues à l'Association des médeàm de
r Hérault et d'un certain nombre de pièces de circonstance et de
couplets satiriques. li est écrit en entier dans le sous-dialecte
iodévois, un des plus originaux, sans contredit, delalangued'oc*.
On lit, à la fin à^Una voués dai vilage, une poésie composée en lan-
gage de Montpellier, par M. Ijouis Lambert, l'éditeur, avec M. Mon-
tel, de la collection des Chants populaires du Languedoc que publie b
Rews des langues romanes. Nous avons pensé que l'auteur de ces
vers charmants nous pardonnerait de dévoiler le demi-pseudonyme
sous lequel il les adressa à M. C, afin de le remercier de son hos-
pitalité dans le petit village de Beaulieu :
Au bord de l'Ërau, dins aquela plana
Que mirgalba tant,
Beulioc lou poulit, couma una mieugrana,
Lusis au mit an.
Dins un recantou de la granda plaça
I' a*noustaubenit.
Âqui lou bonur, lou sabé, la graça,
Tout es réunit.
Dins aquel oustau très jours demourère.
Ai I couma aven ris ;
De tant d'amistat qu'aqui reçaguère
Per moun gramecis,
Cada ser dirai : —Lou bon Diéus proutège
L'oustau benurat
i C'est ce dialecte auquel Peyrottes donna, il y a trente ans, quelques
instants de célébrité. Il n'a guère d'autre poète aujourd'hui que M. H.
Brun, autour do diverses pièces imprimées à Lodève de 1875 à 1877.
Qu'il nous soit permis d'émettre un vœu en faveur de la prochaine
publication des poésies inédites de Peyrottes, pieusement conservées dans
sa famille jusqu'à aujourd'hui. Au jugement de ceux qui ont pu les
examiner, elles sont bien supérieures & celles qui ont été mises à jour
en 1840.
BIBLIOGRAPHIE i:5
Qu*abrigue long temps la maire, lou mège
Ë r enfant besiat 1 »
Une édition de luxe des Œuvres choisies du docteur Goste est en
souscription et paraîtra bientôt, sous les auspices de VAssociation
des médecins de VHérault.
Alph. RoQUE-FERRrER,
La Fiôiro de Ghambourigaud, pouemo ceumique en cinq cants, per
Pau Gaussen, emb' un avans-prepaus d'Albert Arnavible. Alais,
Bpugueirolle et Compagnie, 1878; in-12, iv-56 pag.
On ne connaît généralement de M. Gaussen que des œuvres
provençales, oii il a su exprimer avec beaucoup d'éclat et de
coloris les sujets, presque toujours lyriques, de ses inspirations.
Voici qu'à la sollicitation de M. Albert Arnavielle, il vient de
publier un petit poëme comique en cinq chants^ la Fièiro de
Chambourigaud, qu'il composa en 1869 dans son dialecte naturel,
le raiol. Cette oeuvre n'atteste pas un développement poétique
aussi complet que les sonnets imprimés par VArmana prou-
vmçau et la Cigah dor; elle se fait cependant lire avec plaisir du
commencement à la fin.
Nous en détacherons le fragment suivant, où Pauteur parle des
Gévennes en véritable poëte et, il faut le dire aussi, en véritable
enfant du pays:
Oh l salut ! terro sans egaio,
Ount la cansou de la cigalo
Se mèsclo au crid de l'aigle fer l
0 mounts, que d'un trapou d'infèr,
Soumisses l'or à plenos seios,
D'aquel or rous coumo las seios
Rabinados dau reganèl
Qu'Avoust mando de soun fournèl :
Cevenos, quante es lou terraire
Que mai que lou tiéu saupriè plaire 7
Nou, toun parié 's pas counegu !
E vales mai, n'en sièi segu,
Que la grand terro de Prouvenço.
Mai que l'aigo de la Durenço,
Tous rajôus soun lindes e fres;
E de tous auts crestels de grès
Boul'o toujour uno douço auro,
Quand, aval, lou païs de Lauro
Es estoufa dau calimas.
Alph. Hoquk-Ferrier.
-'UVWr
PERIODIQUES
Reirue des Sociétés savantes, \'h série, torn. 111, p. 429. —
Paul Me ver. Rapp'rrt sur des communications de MM. Blanc, Charvti^
Eyglier, de Fleury, Gomart, Luzel, Mireur et Tartière. — Plusieurs
de ces communications, surtout la première et l'a vant-dernière, sont
intéressantes pour la langue et la littérature provençales. M. Meyer
les a accompagnées de savantes observations et y a fait d'impor-
tantes additions. Le premier document est un ordre pour la garde
du château de Vence, daté de 1378, et qui porte naturellement tous
les caractères du dialecte provençal. Au paragr. 3 (p. 421) sietàoïi
probablement être lu siei, (jui est pour si i. Le dialecte provençal ei
aussi quelques variétés de colui du Languedoc insèrent volontiers
un e entre deux i consécutifs, que la prononciation doit réunir en
une soûle syllabe, non-seulement quand ces deux i sont dans le
même mot, mais encore quelquefois, comme ici, quand le second
forme un mot à lui seul. Ainsi ou trouve fréquemment dieia, dieirt^
etc. pour les formes plus anciennes diis, diire (où le second i pro-
vient du c de diocity dic{e}re), dans la Vie de saint Hœiorat, dans If* Sre-
viari d'amor et dans d'autres textes qui paraissent provenir de la
même région *. Les exemples du second cas sont plus rares. Il y
en a deux dans le roman de Flamenca « {jsiei = « * au v. 4299 et
niei=^ ni i au v. 5105), et le Bremari d'ainor, si l'on y regardait de
près, en oôrirait peut-être plusieurs. J*en puis du moins citer un:
quiei=qui i {Gedichte I, p. 188. 1. 3, où M. Mahn a eu le tort de lire
et d'imprimer quici). L'f, dans ces exemples, a dû être introduit
* Dieis est fréquent ddiiis las Rasas de trobar . M. Guessard a lu par-
tout dicis, M. St'..»r>gel y a substitué ditz ou dis. L'éditeur de VÉvangiie de
saint Jean en vieux pro7)ençal (Berlin, 1868) a commis la même faute que
M. Guessard, en imprimant- 18,7) diciseron au lieu de dieiseron, — Exem-
ples analogues: 'ieyre[r=irure. rigre, rid{e)re) dans le Breviariel le Livre
de Seneca, aasieyre, frieyre [friire, frig{e]re}, dans le Breviari également.
C'est probablement de la même manière qu'il faut expliquer les formes en
teis qu'offrent en grand nombre, dans ce dernier ouvrage, les verbes en ir
de la conjugaison inchoative, complieis, partieis, etc., le second i s'étant
développé devant s final, comme il arrive après a, e, o, ou résultant peut-
être de la vocalisation du c transposé de iscit {icsit — iis).
> Le ms. de cet ouvrage-., au v 1121, a diere^ qu*on pourrait, sans tômô-
rilé, corriger dietre plutôt que dire. t
PERIODIQUES m
pouir rendre plus facile la synérèse des deux i, qui, du reçte, a eu
lieu aussi quelquefois sans ce secours. Ainsi, ni y garava ricora
{Troubadours de Béziers,^. 72), «t i aguea podev'iGedichtey 1243,3), oii
niy, siine font respectivement qu'une syllabe.
La finale tar (= lat. arium ou erium) a'est pas, comme M. Meyer
paraît le croire, propre au sud de la Provende. On en remarque de
nombreux exemples dans des textes languedociens, et elle persiste
aujourd'hui, affaiblie en io, dans le Rouergue et le Gévaudan. C'est un
fait que j'ai déjà eu l'occasion de constater. Yoy, Bévue, VII, 439.
C'est sans nécessité que M. Meyer a corrigé deux fois, p. 432,
ca8cim[a] sera. Sero, en provençal moderne, et aussi dans d'autres
dialectes, est masculin : un sero {Mireio, 458 ); lou sero ( Damase
Arbaud, II. 198) ; aquel sero ( Jasmin) ; lou sero (Quercy), etc. Un
autre exemple bien plus ancien que celui du texte de Vence est le
suivant, de Flamenca {y. 3240) : Las maiasqusl seras (= sera se) son
fâchas.
Aux formes estague, estegon, du subjonctif présent de estar, que
M. Meyer relève avec raison, on peut comparer les formes moder-
nes que fugue {qu'il soit), que fague (qu'il fasse). Elles proviennent
toutes d'une propagation abusive de la gutturale du prétérit (estec,
estegrouy etc.) au subjonctif présent.
Les dix commandements de Dieu mis eu quatrains provençauas en 1522
viennent après V Ordre pour la garde du château de Vence. C'est une
pièce sans mérite et où il n'y a guère à signaler, au point de vue
de la langue, que les formes /reTwo (^femina, fenmaj ferma, frema)
et duves{debes), aujourd'hui l'une et l'autre fort usuelles*. A côté
de duve, le provençal et la partie voisine du Languedoc (Nimes, etc.),
nous offrent encore buve{bibo), vendumiat, mumo {même), duja,plugu€
(deplegar), etc. Je trouve a.ussi duve dans le Rouergue et le Velay
{dubou, duvien). Cette dernière forme est dans les Noëls de Cordât
( vers 1630 ). Cf. enubriar dans des textes purement provençaux du
XIV' siècle {Év. de saint Jean, Berlin, 1868, II, 10, etc. ), etpru-
mier "pour premier, forme qui paraît commune à tous les dialectes.
Dans la plupart de ces exemples. Vu est né de Ve sous l'influence
d'une labiale suivante, phénomène que l'on constate souvent aussi
en français.
J'arrive à la communication de beaucoup la plus intéressante
de celles qui font l'objet du rapport de M. Meyer. Elle est de
M. Mireur, archiviste du Var, et consiste en « documents extraits
* Fremo est déjà dans le Ludus sancti Jacobit texte antérieur d'environ
vingt aos.
8
118 PERIODIQUES
des archives communales de Draguignan, qui attestent, dn XT«
au XVI« siècle, une série non interrompue de représentatîonB de
mystères. Le plus ancien de ces témoignages est de 1433, le plus
récent de 1670. » G*est, ajoute M. Meyer, Tune des plus impor-
tantes contributions qui aient été apportées depuis longtemps à
rhistoire du drame religieux dans le midi de la France. Le nombre
des pièces nouvelles, dont la représentation en Provence nous est
ainsi révélée, s'élève à dix-sept; mais plusieurs sont probablement
des pièces françaises et qui furent jouées en français.
 l'occasion de cette communication, M. Meyer a dressé une
double liste où sont énumérés : 1<> les mystères dont il nons reste
tout ou partie ; 2^ ceux dont les titres seuls nous sont connu.
Les premiers sont au nombre de six. J'en ai déjà moi-même men-
tionné ici quatre {Revue, X/ 158). Les deux autres sont le mifaiin
de saint Pons et le mystère des saints Pierre et Paul, tous les deux
de la fin du XVe siècle . Ils sont conservés dans les archives d*uie
commune de l'arrondissement de Briançon, et M* Meyer an-
nonce qu'ils seront prochainement publiés ^. Quant aux mystères
^ Un fragment du Mystère de saint Pons a para depuis dans Pon-
vrage intitulé ; Patois des Alpes cottiennes, par MM. Ghabrand et de Ro-
chas d*Aiglun. — M. Meyer mentionne encore pour mémoire deux linf-
ments d'un ancien mystère catalan ou mayt)rquin qui parait avoir en
pour sujet la conversion de sainte Marie-Magdeleine. Ils ont été tronféi
à Palma, et contiennent environ 150 vers, qu'a publiés D. José-èbrii
Quadrado, dans la Unidad catolica du 5 février 1871. L'écritm^ de ces
fragments est du XIY* siècle. -^ Ajoutons nous-môme deux autres ai}S-
tôres, composés en partie seulement en langue d'oc: Tun reprôsenlé à
Clermont (?) en 1477 (?), et dont M. Doniol, qui nous le fedt oonnallre
( les Patois de la basse Auvergne,^. 73-80), n*indique pas le titre *, l'autn
au Puy en 1518. Voy., sur ce dernier, la préface des JiToëls veUmm de
Gordat, p. xxi, où il est question du a célèbre mystère de Claude Doleioaet
des tirades naïves qu*y débite le paysan dans Tidiome local.i Ce mystère
est sans doute le môme que celui qu'on voit mentionné dans le JDMIoa-
naire des mystères du comte de Douhet ( col. 544), sous le titre suivant:
oc Le Mystère de TédiUcation et dédicace de l'église de Notre"Daaifr4a*
Puy, et translation de rimago qui y est à XXXY personnages, par CUndB
d'Oléson. > Je ne sais si cet ouvrage a élé imprimé ou s'il ozista sen-
* Gaijole, dans li' fragment cité (p. 77), paraît ne pouvoir signifier qsB
cage {yaùiola, gayola et, par métathèse, galoya). — P. 78, hrtMSmas ert,
au propre, le fr. brèmes, espèce de poisson. C'est, d'aiDeurs, ici un jea di
mots, comme carpas qui suit, ce dernier étant rapporté plaisamment à
père.
PERIODIQUES 119
et autres compositions dramatiques que nous ne connaissons plus
que par les mentions qui en ont été faites en divers temps, la liste
de M. Meyer en contient dix-huit. Mais cette liste est incomplète,
car tous les témoignages n'y ont pas été utilisés*. Tels sont ceux
qu'a réunis M. G. Arnaud dans la préface du Lvdus sancH JacoU.
Tels sont encore ceux qui concernent le mystère des Trois
Dorm (Romans, Pentecôte de 1509)^, et celui des miracles de saint
Martial^ qui, d'après Tabbé Legros, cité par Allou {Monuments de
la Haute Vienne^ p. 20), aurait été représenté à Limoges en 1290 et
1302 .
G. G.
lement en manuscrit. Dans tous les cas, M. Tabbé Payrard, le soigneux
éditeur des Noëls de Cordai, s*acquérrait un nouveau titre à notre re-
connaissance en publiant tout au moins le rôle du paysan. — Un autre
mystère français, un peu plus récent que celui de Doléson, est signalé
aussi comme ayant un rôle en langue d'oc: c'est le a joyeux mystère des
Trois-Rois » ( vers 1540 ), par Jean d'Abundance, notaire royal du Pont-
Saint-Esprit, sur lequel on peut voir la notice des frères Parfait (111,47),
reproduite intégralement dans le Dictionnaire des Mystères^ col. 978.
* Une des pièces qui figurent dans les communications de M. Mireur y
a même été omise : c'est le Ver du péché, moralité, par Arlus Gautier (?);
Draguignan, 1613.
2 Le ms. de ce mystère existait encore en 1787, mais la trace en pa-
raît aujourd'hui perdue Voy. Composition, mise en scène et représenta-
lion du mystère des Trois Doms ; Lyon, Perrin, 1848. — Une notice qui
a paru, depuis le rapport de M. Meyer, dans le Bulletin de la Société
d'archéologie de la Drôme, nous révèle encore les représentations sui-
vantes, qui eurent lieu à Die ;
10 La Passion, Jour des Rameaux et Vendredi Saint de 1484;
2" Le Poble coinun, moralité. 1493 ;
30 Une histoire ou moralité dont le titre n*est pas indiqué. 1496, à l'ar-
rivée de l'évêquo ;
4o Mystère du chevalier qui avet doné sa famé au diable. 1541 ;
50 Comédie a faicte par M. Escoffier », dont le titre est inconnu. 1625;
6" Pastourelle, jouée à l'arrivée de l'évoque. 1634.
11 est probable que ces trois dernières pièces, et peut-être aussi la pré-
cédente, étaient en français ; le mystère du Chevalier existe dans cette
langue. — La môme notice mentionne encore, avec le mystère des
Trois Doms, cité plus haut, celui des saints Félix^ Forlunat et AchilléCt
joué à Valence en 1524, et qui l'était déjà de temps immémorial, dans
la môme ville, tous les vingt-cinq ans ou à peu près. Voy. Jules OUivier,
Essais historiques sur la ville de Valence, cité par le comte de Douhet,
Dictionnaire des mystères, col. 1361.
^ Le comte de Douhet mentionne aussi, d'après la môme autorité et
120 PERIODIQUES
Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts d^Pas,
1874-1875. 2« série, tome IV.— P. 8-17. le docteur de Rochas.^;rtl
mr les GoUiberts, A propos des ceux de Tile de MaiUezals et coih
trairement à Topinlon de M. Francisque Michel, M. de R* démon-
tre que des coUibei'ts sont signalés sur des points très-nombreiix et
très-divers de la France du moyen âge. C'est une erreur dfi ks
considérer comme un groupe intermédiaire entre les cagots du Mifi
et les cacous de la Bi'etagne. Les colliberts étaient, dit M. de R.|
une classe de serfs ayant, moyennant certaines redevances, un pea
plus de liberté que ceux-ci.— 18-27, Luchaire, du Mot hcaqyté xhiét
de son emploi dans la composition des noms de Ueu de T Espagne étés
l'Aquitaine antique, — 28-86, Lespy, les Sorcières dans le Séam, curieux
et intéressant travail ; il contient, en appendice, divers textes béar-
nais des XI V«, XVs XVI» et XVII* siècles, tirés des archives dés
Basses-Pyrénéos; et p. 35, un extrait assez considérable des Gbm-
tes Marnés, publiés par M. Alexis Peyret^ près des rives de l'Uru-
guay (Gonception-de l'Uruguay, 1870).— 87-1 14, Soulice,i>oc«iiMrti
pour l'histoire du protestantisme en Béam, Bernard^ haron d'Arroë, etlt
comte de Gramonty 1573. Les pièces justificatives n®» VIII, XetXI,
sont en béarnais. M. S. les a publiées d'après «un manuscrit deit
fin du XVI1« siècle, traitant de Thistoire du calvinisme en Béarn,
et dont il ne nous est malheureusement parvenu qu'une partie.»*
132-134, Picbe, Question sur la cowoade. <« Quand une Basque ac-
couche, dit Spencer, le mari se met au lit et reçoit les félicitations
des amis, tandis que sa femme vaque aux soins du ménage » : telle
est la couvade. M . P . demande si cette coutume, à laquelle on a '
trouvé des équivalents en Asie et parmi les Indiens de l'Amérique^
a existé, comme on Ta dit, dans le Béarn ou dans le pays basque.
— 171-175, V. Lespy, surU Nom des habitants de Pau. M. L. exdnt
los formes palésiens et pauniens, tour à tour proposées* par le OonÊifir
de Vaugelas, et il conseille d'adopter la forme pcilois^ justifiée ptr
celles de daquois^ ossalois, nimois, usitées à l'égard des habitants de
sous les mômes dates, un Miracle du bienheureux gainl Martial : ouds
ici, c'est «I par les bourgeois de Cahors, dans le cimetière et près deli
croix de pierre consacrés audit saint >, que ce mystère aurait été ispfé-
sente. - S il fallait s'en rapporter à M. Aubeitin {Histoire de la loàgm
et de la littérature françaises au moyen âge, p. 434), nous aurions
à signaler à Tulle, dans le courant du XV* siècle, des repr^
de moralités, de mystères, et môme de farces. Mais M. Aobertin iTMt
mépris sur l'origine du leste qu'il cite: c'est un extrait des statuts 4s
l'église de TouU, et non de celle de Tulle.
PERIODIQUES 181
Dax, d'Oâsau et de Nimes.— 200-226, DuDoué, Fragments inédits
d^tm Tncmuscrit de Bordea, intitulé : Observations sur les eaux minérales
de la généralité d'Auch. Ainsi que le remarque M. D., ces observa-
tions ont été en partie fondues par l'auteur dans ses Recherches sur
les maladies chroniques. C'est à Bordeu que l'on attribue la belle et,
ponrrdit-on dire, mystérieuse chanson insérée par M. le docteur Nou-
let. Histoire des patois du midi, Bévue , i*"© série, t. Vil, p. 196 : Pay,
may, rayé et sourines, etc. — 227-232. V. Lespy, les Marionnettes à
Pau {XV IIP siècle). — 223-289, Cerquand, Légendes et récits populaires
du pays basque. Un compte rendu spécial sera prochainement con-
sacré à cette publication. — 320-339, V. Lespy , Bemarques sur la
toponymie du Béam, M. Lespy pense que les suffixes en os, alos^
arros, Bardos, Bidos, e/c, d'un grand nombre de villes et villages,
non-seulement des Basses-Pyrénées, mais encore de plusieurs dé-
partements méridionaux, appartiennent à l'euscare. — 351-404, 544-
580. le docteur de Rochas, les Parias de France et d'Espagne, chres-
tians, cagotSj gahets et cacous, avec un appendice sur les bohémiens du
pays basque. Travail important et qui mérite pleinement les éloges
qui lui ont été adressés. Textes divers en béarnais, pag. 378, 375,
376, 378^ etc. Fragments de chansons populaires pour ou contre les
cagots, 388-389, 400, extraites de F. Michel^ Histoire des radies mau-
dites de France et d'Espagn^e. — 405-529, Rivarès, Pau et les Basses-
Pyrénées pendant la Bévolutiœi,
A. R.-F.
Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de
Pau, 1875-1876, 2e série, t. V.— 47-81, 122-157.— 291-363, le doc-
teur de Rochas, les Parias de France et d'Espagne (suite). M. de R.
rectifie une erreur du Dictionnaire de Littré, qui définit à tort les ca-
gots : « peuplade des Pyrénées affectée d'une sorte de crétinisme »;
textes divers en langue d'oc; p. 49, 68, 69, 71, 72, 77, quelques-uns
d'après M. Francisque Michel; p. 137, 138, 139, d'après M. Paul
Raymond. M. de R. conclut, p. 80, que les cagots n'ont jamais
formé une race, mais une caste, et qu'en quelque province de
France et d'Espagne qu'ils habitent, ils n'ont aucun idiome qui
leur soit particulier. — 183-260, Cerquand, Légendes et récits popu-
laires du pays basque (suite). — 367-384. Rivarès, Pau et les Basses-
Pyrénées pendant la Bévolution(js,\x\iQ),
A. R.-F.
Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de
Pau, 1876-1877, 2* série, t. VI.— 4-116. BXy^s^&y Pau et les Basses-
les PÉRIODIQUBS
Pyrénées pendant la Eévolutwn (fin). — 149-221, l'abbé Maneillon.
Histoire du ifonton^es. ^ 293-308, Paul Raymond, Noihe mt k
famiUe de Jean-Paul deLeseim, Pièces justificatives en béamait;
elles sont d'autant plus précieuses qu'elles appartiennent an
XVIle siècle (années 1601, 1607, 1612, 1619, 1623). — 34M2S,
Luchaire, les Origines linguistiques de FAquitame, Un compte lendB
de cet intéressant travail paraîtra bientôt dans la partie bibliogit-
phique de la Eevue, — 424-429, Documents (fttyer/communiqnés par
M. Raymond. Tous sont en français, sauf un qui ne manque pu
d'intérêt et qui a trait à un procès que Gorisande d'Andoins, omn-
tesse de Gramont, soutenait contre la commune d'Ârthez, dontdle
était dame. « Les bourgeois avaient nommé un syndic : c'était le
sieur de Merican, Je trésorier communal. Mal lui en prit, car il reçut
la visite du chargé d'affaires de la belle comtesse, M. de Poyannei
qui vint lui dire que, s'il se mêlait du procès, il recevrait tant de
coups de bâton qu'il faudrait remporter dans sa maison, lleriean
se le tint pour die et s'empressa d'écrire sur les registres de It
commune qu'il n'osait se mêler de rien et qu'on voulût bien loi
donner un remplaçant. — 450-531. Gerquand, £^6iu2m et rémiÊ
populaires du pays basque (suite).
A. R.-F.
Mémoires de PAcadémie des sciences, agrlcnltiire,
et belles-lettres d'Aix, tome XI. ~ 1-9. Rapport de M, ^dUnftrs
sur l'ouvrage de M, Réguis, lu à l'Académie le 30 janvier 1877. Ce
rapport est une introduction à une noTnenclatare fixmcO''pravmçàU
des plantes qui croissent dans notre région^ par M. Marins RégoiSyda
Meyrargues, qui, avec divers préambules, occupe les pages il i
186 du présent volume. M. Réguis a entre les mains les maté-
riaux très-considérables d'un Dictionnaire franco-provençal d^hitkin
naturelle, A la veille de l'imprimer, il a pensé qu'il le rendrait jto
complet en en publiant l'abrégé, le squelette, selon son ezpresrion,
dans le tome X 1 des Mémoires de l' Académie, et en sollicitant li
collaboration des personnes qui s'intéressent au vocabulaire des
végétaux de la Provence. M. R. a sagement agi, et tout fidt es-
pérer que son appel sera entendu. D'ores et déjà, sa iVbmaMtalMrt
francê-provençale a notablement accru les listes de noms dresséei
par Garidel, Gérard, Laugier de Ghartrouse, etc., ainsi quecelles j^
Ton trouve dans le Calendrier de Faune et de Flore pour leê
dAix, de M. de Fonl-Golombe, et le Catalogue des plantes vâBOh
laires.de MM.de Fonvert et Achintre, publiés, le premier, dans le
tome cinquième, et le deuxième, dans le tome dixième, des M^
m^oires de V Académie, Dans son rapport, M. Acbiatre fiÛtqvelqoBi
tfL. <k.J
PERIODIQUES 128
réserves touchant certaines dénominations acceptées par M.R.^—
22i-*iT[ . Poésiefrançaise et provençale, parM.J,-B. Gaut. Cette der-
nière, en dialecte d' Aix, a pour titre : Aro lei plumon lei lapin; inven-
ciennouvello. C'est un conte humourislique, écrit, comme tout ce qui
sort de la plume de M. G., avec aisance et facilité. — 229-240,
Un épisode du séjour d'Horace Vemet à Rome^ par M. A. de Fonvert ;
anecdote qui fait honneur à l'esprit et au cœur d'Horace Vemet.
M. de F. la tenait du peintre lui-même, dont la famille était d'ori-
gine provençale. — 451-464. Un document inédit sur Laure de Sade,
par M. de Berluc-Perussis . Voyez la. Revue de mai-juin 1878. —
465-480, Un Nosiradamus du XIII^ siècle, par M. Ch. de Ribbe. Cu-
rieux et intéressant mémoire, dans lequel M. de R. donne le texte
d'une prophétie latine qu'il a trouvée sur la couverture d*un cartu-
laire du XIV® siècle, « portant la date de 1353 et contenant un certain
nombre d'actes passés à Aix-en-Provence, par un tabellion del'é*
poque nommé Pascalis (ou Pascal) de Bucot.» Cette prophétie « est
relative aux luttes du Sacerdoce contre l'Empire, et vise directement
le rôle et la destinée des descendants de Charles d'Anjou, comme
instruments delà politique française en Italie.
A. R.-F.
Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne,
t. m, p. 49-74; t. IV, p. 72-88, 137-146. L. Buscon, Recueil des
Proverbes patois usités dans le département de Ta/m-et- Garonne, Collec-
tion intéressante, accompagnée d'observations judicieuses et qui
annoncent un homme d'esprit et de goût. La plupart de ces pro-
verbes, comme on doit s'y attendre, se retrouvent ailleurs et sou-
vent sous la même forme. Le mot rampan n'est pas, comme le croit
M. B. (III, 67), un composé de ram et àQpan-, la forme ancienne
et complète de ce substantif est rampalm, où Ton voit clairement
l'origine de son second élément. Delà, dans la langue moderne,
selon que Tune ou l'autre des deux consonnes finales est tombée,
xcirampau ^X\k rampan. C'est de la même maniéré que l'ancien
jom s'est réduit en tel lieu à jour, en tel autre ( par exemple, à
Montauban même) à^ott». Plus loin (IV, 74) l'adjectif orc? (lis.
orre), orro, est rattaché à sordidus. C'est de horridus qu'il provient.
— A la page 183 de ce même tome IV, je rencontre une étymologie
singulière et tout à fait inattendue. Selon M. le docteur Rattier,
^ Nous ne signalons que les travaux qui relèvent de la compétence
de la Kevue, Mentionnons cependant, à titre d'exception, p. 187-205, une
Cauwrie de voyage, par M. Gaston de Saporta, d'un style excellent.
124 PBRIODTQUBS
« on a souvent tourné autour du véritable sens des mots
d*oc et d*(nL. Pour lui, l'explication la plus plausible làràété'lMdBv
nie par un savant russe qui traduisait ainsi : langue d'oc ou d'oc-
cident, langue d'oil ou d'orient. » Et pourquoi non, puisque,
chacun sait, cadaver = cavo <fota wrmibus, et que, comme Vi
gnent les Leysd'amors, Romaetfemna ne sont respectivement satitt
chose que roizma (rodit mannm, parce qu'on y laisse tout mawt-
gent), et/enestra «nverinada mortz nostra aparelhada?<
G. G;
Bulletin de la Société des âtudes littéraires, actantUk
ques et artistiques du Lot, tom. III, 1876-1877 ^ —P. 57 et
134. L*abbé Hérétié, Fables patoises , — p. 65, 95, 24t. P. lACOm]»
et L. Gombarieu. Documents contenus dans le TE-IGTTUR, On vp-
pelle ainsi, nos lecteurs le savent déjà ^, un registre des archives
municipales de Gahors dans lequel sont conservés de nombreux
documents en langue vulgaire, et entre autres les Oûuiume$de CUbon.
La publication de ces coutumes commence à la page 24i du vo-
lume dont nous rendons compte. J'y remarque, tout au commeir
cément, 1. 21 de la page précitée, un exemple bon à noter, en
raison de la rareté du phénomène, de conditionnel décomposé:
« E si adresar non o volio, tomar s'en io [li] home de Gaorts. • . ■
P. 106. Castela, lou Parpaillol, fàblo, — P. 109. V. LîeutaAd, U
Vida de sont Amador^ texte catalan du XIV» siècle, publié d'après
un ms. de la bibliothèque de Marseille et accompagnée d'une tra-
duction 3. C'est une légende grossière, moins édifiante assurément
que ridicule et repoussante, et qui a dû être traduite du latin, carU en
existe ou en a existé une version languedociennOi imprimée à Tob-
louse vers 1520, comme nous le fait connaître le savant éditeur*. Le
ms. d'où ce texte est tiré renferme en outre de nombreuses piècM
provençales dont M. Lieutaud nous promet une notice détaillée*
P. 16 , 1. 7, suppl. [eran] entre qui eisis. P. 124, 1. 9 du iMU. Exem-
ple remarquable de conditionnel décomposé, avec ranxiliaiie de-
*■ Nous no mentionnons, comme d*habitude, que lesariicleB
la langue d'oc et sa littérature.
« Voy. Revue, XII, 153.
* Uen a été fait un tirage À part: Marseille, LeboQ,et Paris* OelS^
In-80 de 24 p, et fac-similé,
' Plusieurs traits de cette légende sont rapportés par M. A. Menf
{les Libres prêcheurs, p. 101), d'après Jean Herolt, Sermonest dltelpidi.*
cum casibus papalibus et episcopalibus; mais je ne sais si o*esl #i
dor et de sa mère qu'il s'y agit.
péKTODÏQUES ^ I?5
vant le werhe: per que ella nol havia perdre^ ce qu'il faut traduire :
\motif] pour lequel elle ne le perdrait pas, et non, comme Ta fait M. L.:
et elle de son côté n'avait pas permis quHlfût perdu. Même page, 1. 4
<-\û laas, M. L. s'est également mépris surie^rai sens du texte.
Ce n^est pas « quels que fussent ses torts et sa méchanceté à
mon égard», mais « si vile et si mauvaise que je fusse.» — P. 180,
J . Gary, lou Mounumen deis souldats del Lot. - P. 183. A. Hérétié,
Electiou d!un mounumen oy mouhiles del Lot morts penden laguerro de
1870, Poésies qui ont obtenu, la première, une médaille de ver-
meil ; la seconde, une médaille d'argent, au concours ouvert en
1 877 par la Société des Études du Lot. Dans ce même concours,
un prix a été décerné à M. Daymard pour un recueil, de chants po-
pulaires, ce.
Mémoires de r Académie des sciences, belles-lettres et
arts de Glermont-Ferrand, tome XVIi. — 17-30, Rapport sur
les fouilles archéologiques exécutées au sommet du Puy-de-Dôme, avec
un plan» — 41-54. Bouillet, Nouvelles Observations sur la montagne
de Gergovia. On y relève la mention d'un nom de lieu appelé dans
les vieux titres Tiche ou. Quiche, La mutation de g^ en t est, comme
on le sait, fréquente dans les dialectes de la langue d'oc, — 65-116.
621 -681 , l'abbé A . Chaix, Bullaire de l'Auvergne, depuis les origi-
nes de la diplomatique pontificale dans cette province jusqu'à la fin du
XVIII^ siècle.— 117-226, 287, 344-441 , 620, Lamotte, Prodrome de la
Flore du plateau central de la France. Il est regrettable que l'auteur
n'ait pas cru devoir nous dpnner, au moins partiellement, les
noms locaux des plantes qu'il décrit. — 227-284,345-440, Mathieu,
le Puy-de-Dôme, ses ruines. Mercure et les matrones, contient des dé-
tails intéressants sur les traditions qui ont rapport aux fées. —
682-692, Francisque Renaud, les Formules arvemiennes, préambule
du travail de Fauteur.
A. R.-F.
Revue de lingraistiqne et de philologie comparée, tome X.
— 3-33, Charles Schœbel, la Légende du Juif errant. — 169-170, flo-
velacque, Étude sur la limite géographique dé là langue d'oc et dé la
langue d'oil, par MM. deTourtoulon et Bringuier. — 175-185, Edouard
Le Héricher, Philologie iopographique , Légende territoriale de la
France, pour servir à V étude des cartes topographiques, par M. PeifTer.
— 271-287, Alexandre U,dMr&c, dé l'Origine du son aâiiculé.
126 BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DE LA LANGUE Dt)C
(dialectes modernes)
Année 1875
Almanagh (P) dous paysans, 1875. Mont-de-Maman, Okatugêoth»
ln-16, 64 p. 35 c.
Almanagh historique de Provence ; Revue annuelle, par Alexan-
dre Gueidon, 1875. 20» année. Paris, Pion, in-8, 48 p. 1 fr.
Anciens Proverbes basques et gascons, recueillis par Voltoire et
remis au jour par M . Gustave Brunet. Nouv. édit., rev., augmentée
et suivie de notes et renseignements inédits. Baycmn», QmaU,
In-8, 31 p: Tiré à 134 exempl.
A Petrargo. Quauquei rimo inedicho mandado au Gentenàii
cinquen. .. Publié par M. L. de Berluc-Perussis. Aim^ JUsmemâdh
AuUn» In-8, 14 p.
Armagna Gevenôu per lou bel an de Dieu 1875. Segonndo an-
nado. AlaU, Bmgueirolle. In-12, 80 p. 50 c.
Armana prouvençau pèr lou bel an de Dieu 1875, adouba e po-
blica de la man di Felibre. An vint-e-unen dôu felibrige. AvigmomUt
Roumamlle, ln-18, 112 p. 50 c.
Arnaviblle (A). A Nosto-Damo de la Gardo, pèlerinage cevenéu
dau 8 de setembre 1875. AlaiSy Trintignan, In-8, 1 p.
Arnavielle (A.). Per Toulouse, au noum de Dieu, poésie lan-
guedocienne (traduction française en regard). Akm^Mm'iim. In-8,
16 p.
AssABÊ dei joio baiado ei Vinceire dei Jué-Flourau de N.-D. de
Prouvènço de Four-Gauquié, lou 13 de setembre 1871;
quié, Massotm. ln-8, 8 p.
AsTRiÊ (Théopliile) . Les Drames de l'inondation à Toulouse^
riSy Arnaud etLahat In-16, 456 p.
Contient, p. 391 à 399, des extraits de diverses pièces en tangua Mo
sur les inondations.
Atqer. Poésies populaires en langue d'Oc, recueillies par Aimé
Alger. Montpellier, Ricateau, Hamelin et C^ , In-8®, 68 p,
Extr. de la RevfJte des langues romanes, t. VI, liv. de Juillet 1874.
AuBANEL (Teodor). Discours di Jo Flourau tengu dins la vilo ooan-
talo de Fourcauquié, pèr 11 fèsto de Nosto-Damo. de Proufèoçe
BULLETIN BIBLIOGRAPmQUE 127
(14-12-13-14 de setèmbre 1875), avec traduction fraxiçaise en re»
gard. Avignon, Aubcmel» In-8°, 31 p.
Balufpe (Auguste). Bibliographie. Las Vesprados de Clairac,
pèr Gabriel Azaïs. Béziers, ifattncM. In-8o, 32 p.
Barbe (Paul). Picambril, poëme toulousain en quatre chanta.
Précédé d'une lettre provençale de Louis Roumieux. Traduction
française en regard. Toulovse, Bompard. In-8°, 154 p. 3fr.
Bessi (Jules), jpoeto nassional nissart, La Partensa per San-Giouan,
Ganson messa en musico da D. G. (Orfeon Pépin ). Nice, GriUetta.
ln-4% 1 p.
Bessi (Jules), ^oeto nassional nissart. Nissa, canson per lou mes
de mai. Nice, Gilletta, In-4o à 2 col., 1 p.
BiDAL, le Musicien d'Issel. Las Farços, dediados à la populaço.
Se bendoun chez el à Castannaoudarry^ cariéro de Countrosty, In- 12,
24 p. Prex net de! cahié, 30 cent.
Ce cahier, le 8* des Farces de Vidal, est paginé 169 à 192. Il contient :
le Capela imprudent, V Ambition perd les homes, le Playrejur, Anecdo-
tOH comiquos ( en vers ).
Bigot (A.). Li Bourgadieiro (dialecte de Nimes), 6« édit. Nimes,
Chautard. In-12, 300 p. 3 fr. 50.
Blangard (Jules). A. Petrarca!. . . per soun Gentenaira célébra
à la fouan de Vouclusa, lou 18 tgheuyé 1874. Montélimary Cheynet,
in-8, 10 p.
Blangard (Jules). Le Rêve d'une nuit d'hiver, poëme. Hommage
à l'Helvétie pour son hospitalité envers Tarmée française (1870-
1871). Montélimar, Cheynet, in-8, 32 p.
Contient une lettre de Roumanille en provençal . '
Blanghoun, d^Alès, Lou Carnaval etleis Amourous. Alaisy Bru-
(jueirolle, in-4°, 1 p.
Bonaparte- Wyse (William). I Felibre d'Avignoun (chanson) .
Avignon, Gros, ln-8, 3p.
BouAN (lou) Prouvençaou. Armana doou Var, 1875. Toulon^ Cas-
tel, in-16, 16 p.
BouGOiRAN (L). Dictionnaire analogique et 'étymologique des
idiomes méridionaux qui sont parlés depuis Nice jusqu'à Bayonne
et depuis les Pyrénées jusqu'au centre de la France, comprenant
tous les termes vulgaires de la flore et de la faune méridionales, un
grand nombre de citations prises dans les meilleurs auteurs, ainsi
qu'une collection de proverbes locaux tirés de nos moralistes po-
pulaires, l'e livraison, Nîmes, Baldy-Riffard. Gr. in-8 à 2 colonnes,
40 p. Chaque fascicule 1 fr.
128 BULLETIN BIBLIOGRÀPHIQUB
fiouDON (V.)* Lou voalen et rouren, chanson. Avignon, 8$gum,
ln-8, 2 p. , ... :.
BouENO-VoYo. Déclamatien (vers). MaraeiUêy Cayer* InS, 4 p.
BouRRELLY (Marius). Poesia provenzal dédicada à la AsodadOQ
literaria de Gcrona, con motivo del certamen de 1875 (avec la tra-
duction espagnole) . V. Dorca^ s. 1. n. d. Gr. in-8, 4 p.
Galamitat (la) de Garono méso en bersés patouèses pel faonré
dé la magistère. Toulousey Delhoy. In-8**, 8 p. 15c.
Gastela (J.). Gaoussado (vers). Montauhom* Farestié. In-iS, 3 p.
Ghants populaires recueillis dans la vallée d^Ossau, par le comte
de Puymaigre. Nogent-le-Botrou, Gouverneur, ln-8®, 16 p.
Extraits de la Romania.
Ghastanet (Auguste). Lous Bouqueis de la Jano. Pouèmeperi-
gourdi, courounat pel la Societat de laslcngas roumanas, de Moun-
pelher, lou 31 mars 1875 (avec la traduction française}. Périguem^
Dupont, ln-8o, 30 p.
Ghevret (Ed.). La Lazaréîde, ou le Jeu de bataillon. Poème épi-
que, local, enfantin, satirique et tragi-comique, mêlé de mots pa-
tois, avec prologue et épilogue. Marseille^ JDoMcel. In-8*, 16 p.
*»o c .
GiNQuiÈME Gentenaire de la mort de Pétrarque, célébré à Vau-
cluse et à Avignon les 18. 19 et 20 juillet 1874. Fêtes littéraires et
internationales (avec les discours, rapports et poésies des concourt
français et provençaux). Avignon^ RoumaniUe. ln-8o, 294 p. 4 fr.
GoNCOURS philologique et littéraire de la Société pour l'étude des
langues romanes. Année 1875. Séance solennelle da 31 mars.
Mcmtpellier, Imprimerie centrale du Midi. In-8o, 8 p.
GouRTAis (S), membre fundadôr de la Societat per la» UmffOB romtma$
de Montpeller, premi dels Jochs florale de Bessiers. Dolsnras. La Pe-
dregadu y la dotzena d'en Pau XIII, poemas comics. J^n^nk-di-
Mer, Vauteur . In-8o, 1 6 p . 60 c.
Deuxième Gentenaire de Saboly, célébré à Monteux ,( Vauclnse)
le 31 août 1875. Avignon, Seguin. In-8o, 69 p. et portrait. 1 fr. 50«
Récit de la fôte, discours, brindes, liste des lauréats du CScacoars lit-
téraire, liste des souscripteurs, etc. Buste de Saboly.
Durbec ( F. -H.). La Tourré de Babéou. ou la Franco en révo-
lu lien, suivido dé la Guerre émé la Prusso. Dialogue en très par-
tidos, entré Blaid'Allaouch, Tounin d*Aoubagno et François dé
Marseilho. Marseille, les principaux libraires. In- 18, 35 p.
Frizet (M). Li Fueio nouvelle, poésie. MonlpelUm'^ TmjnimÊrii
centrale du Midi» In -8°.
Extrait de la Revue des langues romanes.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE IÎ9
Gaonaud (A. be)^ pseudonyme de M, L. de Berlue- Perussis, Dous
Nouvè latin inedi, de Fourtunat Pin, courouna en At e Mountèu
i Jo flourau de la fèsto de Saboly. Montpellier, Ricateau, Hamelin
etO. In-8o, 15 p.
GAnmER (dom J.-B.). M.-B. Santo Escoulastico ; Avignon, Rou-
manille. In-8o, 12 p.
EsTAMAÏRE (1'), ou 11 Régfé dou mariage (vei'S), par J. L., suivi
de: le Chèvrefeuille (vers), par Alphonse Achardy. Nimes, Chaur-
tardy Catelanf Chambourdon et Ollé, ln-8o, 4 p.
FABRE(Binjamin}. La Partido de casso à la mar, pouëme qu'a ga-
gnât la prumieiro medalho d'argent al councours de nostre Soucie-
tat arqueoulougico, scientifico e litterario. Béziers, Malinas, In-8o,
31 p. 1 fr.
Fabrb (Ferdinand). Barnabe. Paris, Dentu. In-12, 482p. 3 fr. 50.
Ce roman contient une chanson en languedocien.
Fabbb (Hyacinthe). Paoura França. Discourt sur traitât de paix
infâme que la Prussa oh exigeât en nous satchen trayts. Lodève,
Corbière. In-8o, 4 p.
Fabre (Hyacinthe). Mémoire de la campagne des mobilisés
de la première légion de l'Hérault. Souvenir à mes frères d'armes
(vers patois). Lodève^ Corbière. In-8^, 24 p.
Fabrè (Hyacintha). Désespouer d'un cultibatou attaquât day
philocxera (vers) . Lodève^ Tiffy-Jullian In-8o, 7 p.
Fourès (Auguste). La Grouès de l'inoundaciu. Castannavd arri^
Chavard. In-8o, 24 p. Prêts: dèts soiis.
Franc (lou) Prouvençau, almanach de la Provence pour 1876.
l'« année. Draguignan, Laugier. In-16, 144 p. 50 c.
Frayges (Ferdinand), de Nimes. Lou Baptèmod'un rayoou. Lou
Mestre d'cscoulo ous a dit. Baptistou lou Counscrit; scènes comiques.
NimeSj Vauteur, musicien. In-8o, 12 p.
Gaut (J.-B.). Sounet, Souneto e Sounaio, em'uno Sounadîsso
de Frederi Mistral. A-z-Ais, Remondet- Aubin, ln-12, 128 p.
Gadt (J.-B.). Lei Mouro, dramo en très ate e en vers, mescla
de cantadisso. Aix, V* Remondet- Aubin, in-18, 99 p.
Giron (Amat). L'Ami dei buon Dieu, premiè près au Gentenari
de Saboly, en Ate( Vau-cluso). Alais, Brugueirolle, In-8*».
Ëxtr. de ÏArmana de Lengadô.
Gras (Félix). Raport sus li Jo flourau d'At (25 juliet 1875),
avec la traduction française. Avignoun, Maillet» In-8", 16 p.
Grimoéro . La Scienci du paisan douphinois (vers en patois ) ,
par***. Grenoble, Baratier frères et Darddet. In-8o, v-159 p.
130 BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
Gros (Charles). Aou grand poëta Mistral ( simple hommage de
l'auteur): Per dé que parlant pas pus patouès (vers). Mon^Mim
Pujolas. In-4° à 2 col., 1 p .
Gros (Gh.). Ma Grand! 1 1 Cansounétapatouèsa, air : Cframd'mèn
qui connaît la chose; chantée par M. G Uippolyte. MonIpMer,
chez l'auteur^ cours des Casernes, 28. In-4o à 2 col., 1 p.
Gros (Charles). Per lous inoundas ; hymna cantada à la caval-
cada de Mounpéié. Montpellier j Firmin et Cahirou, In-4*, 1 p.
Gros (Charles). 13 na nioch à Palavas, barcarola cantada aoû fes-
tival d'aoû Peyrou. Montpellier, Firmin et Cahirou, In 4o, 1 p.
Gros (Charles). L'Inoundatioun de Toulouza en i875. Au proafit
das inoundas daou Miejour. Montpellier, Firmin et Cahirou, In-8o,
8 p. 25 c.
Cette pièce de poésie a eu un graad nombre d'éditions.
Gros (Charles). L'Inoundatioun de l'Héraou en 1875 (vers). Au
proufit das inoundas daou départamen. Montpellier ^ Firmin et Cahi-
rou, In-8o, 8 p. 25 c.
La troisième édition de ce poëme a été revue et corrigée.
GuisoL (J.). Poesia nissardi offerti ai niieu souscritour. Niee^
Gilletta, in-8o, 8 p.
GuisoL (F). Épitre supliant au gran sitoyen Thiers. Nice, Fmmt.
in-4o, 1 p,
Guisol(F.). Poesia nouveli. Avis impourtant au pople moun
fraire. Una coraision per rire.Épigrama. Nice^ Gilletta, in-f* à 3 col.,
ip.
HouNou à l'agricultuda. Cansou ^Sitoaézsi, Lodève, Corbière. In-4*
à 2 col.. 1 p.
Itinéraire et ordre des cérémonies pour le Pèlerinage diocésain
de Nimes à N.-D.-de-Fourvières et à Paray-le-Monial, 27, 28, 29
et 30 juillet 1875. Nimes, La/are. In.8», 16 p.
Contient à la page 8 un cantique provençal par M. Bard : Cor sacra^
perdouno-nous .
Jardry (A.)) maître de pension à Rochechouart. Pus d'eînueî.
Poésies patoises, comprenant les principaux traits de la vie de
Champalimau, Bounéfan, Burgou, Mouret, etc. Limoges, vewt
Ducourtieux. In-12, 104 p.
Lavergn'E (Bernard), ancien représentant dupeuple. As paysans.
Lou Récensomen dés tsabals. Lous Homes dé la réserbo. Cal un
goubernomen. Albi, Nouguières. In-12, 34 p.
Léotaro (S.). Bulletin bibUographique de la langue d'oc (dia-
BULLETIN BlBLIOGRAPHTQirE 131
lectes modernes), pendant les années 187^> 1873 et 1874. Montpel-
1er, Imprimerie centrale du Midi* In-8, 16 p. 1 fr. 50.
Lespy (V.)» secrétaire général de la préfecture des Basses- Pyrénées
en retraite. Dictons du pays de Béarn. Pau^ Rihaut In-8, zii-297 p.
Tiré à 102 exemplaires.
Libre (lou) de la Grous de Prouvènço. EnAvignoun, Roumanille.
In-16, 160 p., 2fr.
LiEUTAUD (V.)^ bihlioutecàri de laciéutade Marsiho. Brinde pourta
dins lou banquet oufert i felibre pèr la vilo de Mount-pelié, lou
31 de mars 1875. Mount-pelié, Ricateau, Hamelin e Ce, In-8, 8 p.
Maurel (Ant.). Le Mystère de la naissance de N.-3. Jésus-
Christ, pastorale en cinq actes, en vers provençaux, contenant :
Hérode et les Mages, poëme dramatique, par M. lô baron G. de
Flotte. 3« édit., rev. et corr. Marseille, l'auteur, rue du Refuge, 25.
ln-16, 152p.
Menqaud (L.). Pastorale languedocienne; traduction d'A. Lo«
mon, musique de G. Rupès. Paris, A, Leduc, avec accompagne-
ment de piano, 5 fr. — Sans accomp., 1 fr.
Musique vocale.
Mes (lo) de Maria, ossia lo Mes de mai consacrât à Maria Santis-
sima, Gonsiderassion de G. -P., sac. obi. de M. V. Nice, Caisson et
Mignon. In-16, 192 p.
MiR (Achilo). L'Inoundaciu 1 cantdedol. Se bend al proufit das
inoundats. Carcassonne^ Polère. In 4° à 2 col., 1 p.
Mistral (Frédéric). Mireille, poëme provençal, avec la traduction
littéraire en regard; 6« édit , rev., corr. et accomp. de notes et ar-
guments. Paris, Chaipentier. In''12, vin-511 p. 3 fr. 50.
MiTROUN (lou) amourous. Grando lamentatioun per estré débi-
tado din li mazet, per J. L. Nimes, BalJy-Riffard, In-8°, 1 p.
10 c.
MoLiNARi (Pierre), ex-chef d'orchestre de la salle Valentino, Lou
Massacré de la mar fa per leis homes de Tart, ou la Destruction des
peis. Marseille, Samat. In-8*, 8 p. 25 c.
MoNTRAND (Maxime de). Jasmin, poëted'Agen. Étude biographi-
que et littéraire, 2* édit. Paris, Lefort. In-12, 142 p. et grav.
NoELs béarnais et français populaires dans les Pyrénées, avec
accompagnement de piano, par MM. R. Baillot, P. Casimir Jana,
P. Ghabeaux, A. Dariès, E. Durand, J. Durantoy, etc., etc., re-
cueillis et publiés par P. Darricades, directeur de l'École primaire
13S BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
de Pau. Texte et masique. Foua^ les lib, et Tnarchand^ de musique,
2 V. iIl-8^
Nostro-Damo-de-Lumiero. Cantique. Avignon, Aubanel. In-fio,
NouRRY(Paul). Li Niéros. Cançouneto patoiso. Garpentras, Prière.
ln-4o, 2 col . , 1 p .
Pèlerinage à Nostro-Damo-de-Lumiero. Avignon^ Séguin, In -8*
à 2 col . , 4 p .
Petrargo. L'Aura gentil. Soanet CXLII. Traducioun prouven-
çalo de Madame Roso-Anaïs Roumanille (Jo flourau d'Avignonn,
julietl8.4). Avignoun, Seguin. In-8, 4 p.
Papier vergé.
PiGHO (li) Gréba, satiro, par l'auteur du Manovro amourons; ?• éd.
Roger et Laporte. In-8°, 4 p.
PoNCY(Gh.)Souvéni delà Gardo natiounalo. L'Enchouyado (vers;.
Toulouse, Mihière. ln-32, vni p.
Premier Recueil des chants favoris exécutés par les Chanteurs
montagnards béarnais. Bennes, Oberthur, In-8** à 2 coL 8 p.
Recueil de Chansons patoises. (Lous Tirairés. — his Aoureillas
dé Mario. — La Fille de l'escoubillé). Marseille, Gamoin, In-8*, 4 p.
Richard. Las Noças de Jaiiselou Roubi, Comédie dauphinoise
(sous-dialecte de Trièves, 1815 àîl820), publié par M.Gh. Revil-
lout. Montpellier, Imp, centrale du Midi. In-8°, 31 p.
Extrait de la Revue des langues romanes.
RouMiEux (Louis), président de la Soucieta de Sant^an-de-là-Orouê*
La Cansoun de Sant Jan-de-la-Crous. Brinde à Sant Jan-de-la-
Crous. Nîmes, Baldy-Riffard, In-8°, 4 p.
RouMiEUx (L). A Sant Jan-de-la-Crous, chanson, Nirries, Ecu-
mieux. In-S°, 2 p.
RouMiEux (Louis). Belli Santo (vers). Avignon, Aubanel. In-S",
4 pages.
RouMiEux (L). Cansoun nouvialo. Nîmes, Baldy-Riffctrd, ln-8*,
4 pages.
Roux (Joseph), di Tallo. Pey cinquième Centinare di Petrarco
0 Petrarco. Sounet in lingaje neu-rouman limousi, coumo se parlo
0 TuUo. Tulle, Bossoutrot. In-4**, 3 p.
Sans {i\imoT), felibre delà Naveio.^eii telados. Parw, Ulfr, det
Bibliophiles. ln-12,50p.,2fr.
Sermon (Iou) deu curé de Bideren (XVlIIo sèglej, publicat pèr ia
prumère betz. Pau, Ribaut. In-S°, 16 p.
Tiré k 104 exempl.
BULLETIN BIBLIOGRiiLPHIQUE 133
Soirées du Midi. Douze morceaux de chant; paroles languedo-
ciennes deL. Mengaud, paroles françaises de M***, avec accom-
pagnement de piano, par E. Rey. Paris, L. Eacudier. (Musique vo-
cale.) 10 francs.
Triqueti (Henry de), président du Comité de patronage, etc., de
l'Eglise réformée de Paris. — Les Ouvriers selon Dieu et leurs œu-
vres, suite de discours adressés aux jeunes apprentis (17* série :
Jasmin, Les CEuvres de la force. Correspondance. Frédéric-Au-
guste (de Metz). Paris, Fauteur, rue Pigalle, 15. In-18, 141 p.
Une journée du mois de mai à la campagne. Les insectes.
Espoir et Souvenir. Moun idéal. Mon idéal. Poésies, par X
Rodez j Ratery. In-8, 16 p.
Extrait des Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de
TAveyron, t. X.
Vasghaldb. Dictons et Sobriquets populaires dn Vivarais. Mar-
seille. In-8®.
Vaschalde. Anthologie patoise du Vivarais (documents inédits).
Montpellier^ Coulet, In -8°, 48 p.
Tiré à 200 exemplaires.
Vaschalde. Nos pères. Proverbes et maximes populaires du Vi-
varai. Privas. In-8o.
Verdie (M este), ^oè76 ^osco/i. CEuvres complètes. ID® édit. Bor-
deaux, Goudin. In-12, 219 p. et vign. 3 fr.
Idem, 11« édil. Bordeaux^ Lacoste, In-12, 219 p. et vign. 3 fr.
ViLo-Novo D*EsGLAPOUN (lou comte Grestian de), dôufelïbrige.
Lei Jue flourau de Fourcauquié, 13 de setèmbre 1875. Raport sus
lou Gouncours. Montpellier, RicateaUy HamelinetC*. In-8®, 14 p.
LE PARAGE A MAGUELONE
Le Statut félîbrin^ de Forcalquier^, rédigé au commencement de
l'année 1877,par M. de Berluc-Pérussis, disposait qne les séancei
des membres de l*Éco1e des Alpes se tiendraient tous les troit
mois dans un lieu poétique, ou qui rappellerait quelqae soa^enir
provençal. Tel fut le motif qui détermina les sept fondateurs dn
Farage à choisir pour leurs lieux de réunion un même nombre de
points contenus dans le rayon du langafi^e de Montpellier, c'est-à-
dire Tancienne île de Maguelone, le pic 8aint-Loup, les bois de pîni
qui s'étendent en avant de Montferrier, non loin d'une partie de
l'aqueduc de Saint-Clément; la montagne de Saint-Glair, à Cette;
la grotte des Fées ', près de Ganges: le bois de Puéehabon et la
baronnie de Lunel.
Le choix de ces sept lieux de réunion, le rappel dans un sens
plus large, et plus décidément latin surtout, des paroles inseribss
en tête du statut de 1862; l'obligation d'écrire et de remettre et
honneur le dialecte propre de chaque ville du Midi, constituent les
caractères de ce qu'il est permis d'appeler le félibrige langoedii^
cien ; car, il importe de ne pas Toublier, la transformation qu*t
subie la grande association méridionale, le 21 mai 1876, eut ion
1 On dit ordinairement félibresque: me serait -il permis de motivff
une préférence à l'égard de la terminaison normale et courante ea il
ifélibrin], par ce fait que celle en esque est une sorte d'exception dans Is
français et qu'elle est presque toujours prise en raillerie ou à manTtiw
intention {grotesque, pittoresque, burlesque, picaresque) ?
On dit aussi au féminin fMibrenque, que rien ne justifie, attendu que es
terme est le gascouisme ou, plus exactement, le provençalisme die fâh
brenco.
Félibrée, substitué pour la première fois (1877), dans le Jowrnal dé Fat»
calquier et la Revue des langues romanes, à la forme presque baltes
de félibrejade, a engendré à Aix-en- Provence Tacyectif féUln^ên^ ^mu*
dont il serait difficile de prévoir, à l'heure qu*il est, la fortune lingoisti*
que.
2 Voyez Revue, janvier 1877, p. 55.
s La bauma de lai Doumaiselas, que l'on traduit assez impropremsat
par grotte des Demoiselles. Doumaisela est synonyme de fée, en besneonp
d'endroits.
\t
ir
LE PARAGE A MAGUBLONE 13S
point de départ dans la réunion que les félibres du Languedoc tin-
rent à Montpellier le 4 novembre 1875, le jour même où Pécole
de cette ville était fondée sous la présidence de M. Charles Gava-
llier. Le statut de TÉcole ne devait être rédigé que plus tard, le
23 mars 1877; mais l'École elle-même, désignée depuis sous le nom
de Parage^, est la plus ancienne du midi de la France.
Les souvenirs historiques et légendaires qui « auréolent » si bien
le sol de l'ancienne métropole religieuse de Montpellier, l'admirable
situation de son église, placée sur une légère érainence. au centre
d'un paysage à demi montueux, à demi maritime, dont la ville de
Montpellier, la chaîne de la Gardiole, Villeneuve-lez-Maguelone,
les étangs, les premières croupes des Gévennes et le pic Saint-
Loup, Aigues-Mortes et le phare de TEspiguette, constituent les
horizons divers, la saison déjà três-avancée, et, pour ne pas omet-
tre un des principaux attraits du lieu, la gracieuse hospitalité de
M. Fabrége, décidèrent M. Gavallier à tenir la séance d'inaugu-
ration dans la presqu'île magalonàise, le dimanche 18 novembre
1877, à neuf heures du matin.
La réunion devait être favorisée par une de ces merveilleuses
journées que l'été de la Saint-Martin réserve souvent à notre ré-
gion. Elle comptait parmi ses membres : Mgr Roverié de Gabriè-
res, Péloquent évêque de Montpellier, qui avait bien voulu ac-
cepter récemment le titre de mainteneur du Félibrige; MM. W.-
G. Bonaparte-Wyse, arrivé depuis quelques jours de ses terres de
Waterford, en Irlande, pour s'asseoir, selon ses poétiques expres-
sions, « à l'ombre des caryas ^ visionnaires de Maguelone » ; Rou-
manille, qu'il suffit de nommer et que l'on voyait pour la première
fois à MontpeUier depuis que les études romanes y avaient repris
taveur ; Louis Roumieux, l'auteur de \a. Eampelado et de la comé-
die des DosLebre, le plus vif et le plus prime-sautier peut-être des
félibres de la Provence ; l'aimable et érudit président de l'Athénée
de Forcalquier, Léon de Berluc-Perussis, poëte, écrivain et orateur
également autorisé en français comme en provençal ; Auguste
Verdot, l'auteur des vers si connus et si touchants: A Eiguiero;
1 C'est à M. Charles Revilloiit, professeur à la Faculté des lettres et
président de la Société des langues romanes^ lors de soq premier con-
cours triennal de 1875. que ron doit le choix de cette appellation.
* Allusion à l'agréable supercherie littéraire de Moquin-Tandon : le
Cary a Magalonensis, au le Noyer d£ MaguelonSf avec la traduction fran-
çaise en regard, 2* édition; Montpellier, Boehm, 1844; in-l2.
136 LE PARAGE A MAGUELONE
Christian de Villeneuve-Esclapon, d'Aix-en-Provence, et Albert
Arnavieile, d'Alais. La Société archéologique de Béziers y était re-
présentée par un de ses correspondants, M. Camille Tjaforgue, de
Quarante, que le soin d'un des plus riches vignobles de l'Hérault
n*a jamais distrait des recherches historiques et de la poésie»
MM. les abbés Gervais et Rédier, secrétaires de Mgr de Cabri ères;
Sarran, Mie Keittinger, le président Maxime de la Baume, Henri
Delpech, qui venait de terminer dans les archives de Rome et de
Barcelone les recherches nécessaires à la publication de sa belle
et savante monographie de la bataille de Muret ; le docteur Espa-
gne, Antonin Glaize et Boucherie, trois noms qu'il est inutile de
recommander auprès des lecteurs de la Revue\ Cantagrel, prési-
dent, et Alphonse Roque-Ferrier, secrétaire de la Société pour
Vétude des langues romanes; Jules Gaussinel, l'auteur du poëme d'^6-
dona ^, sorte de synthèse épique de Thumanité, dans laquelle tous
ceux qui ont ennobli la condition de Phomme ou en ont charmé les
tristesses, sainte Agnès, sainte Cécile, le Dante, saint François
d'Assise, Raphaël, Mil ton, les saints aussi bien que les poètes,
sont considérés comme les descendants d'un ange que Dieu in-
carna ici-bas pour y remplir une mission de relèvement et de lu-
mière ; Charles Gros, le poëte populaire de Montpellier ; l'abbé
Douais, l'annaliste du conciliabule arien ' tenu à Béziers en 356,
— sous la présidence de Saturnin, d'Arles, Libère étant pape; Con-
stance, empereur, Julien, César, et Numérus, gouverneur de la
Gaule narbonnaise; — Tabbé A. Rouet, à qui la Société archéologique
de Béziers avait, quelques mois auparavant, décerné la plus impor-
tante de ses récompenses historiques pour un travail sur TEcole
juive de Lunel, dans lequel il avait réuni une foule de détails cri-
tiques et bibliographiques sur les médecins et les interprètes de la
Bible et du Talmud, que cette ville possédait aux XIP et XIIP siè-
cles 3; le peintre Edouard Marsal, dont le crayon fécond et spiri-
tuel a si bien rendu les burlesques ou comiques inventions de l'abbé
Favre dans le Siège de Cadaroussa et VlsUmera de Jan-Van-pres^ :
^ Abdona^ poëme en trente-deux chants. Montpellier, Seguin, 1877; in-
12, ix-472 pages. Ce poëme est le développement d'il&dona, histoire d'un
ange, que Tauteur fit paraître en 1873. Montpellier, Grollier, in-S»;
53 pages.
^'L'Eglise des Gaules et le Conciliabule de Béziers, tenu en l'année
356, etc. Paris, Oudin, 1875,in-8o, viu- 107 pages.
^ Etude sur l'Ecole juive de Lunel au moyen âge^ par Tabbé A. Hoûet.
Paris, Viewcg, 1878, in-8o, vn-65 pages, avec un- plan.
^ Obras lengadouoiancts de J.-B. Favre, nouv^ edidoun iUttstrada,
pèr Ed. Marsal (tom. 1). Mountpeliô, Marsal, 1877; in-8% fig. et fao-simiie.
LB PARAGB A MAGUBI4ONE 137
telles étaient les personnes que la ville de Montpellier comptait à la
première assemblée du Parage.
Les lettres d'adhésion adressées par les membres que l'éloigne-
ment, les occupations ou la maladie avaient retenus loin de Mague-
lone, étaient fort nombreuses. MM. Gabriel Azaïs, Junior Sans
et Bonnet, de Béziers; Astruc, Bistagne, Lieutaud et Tavan, de
Marseille : Mir, de Carcassonne ; Descosse et l'abbé Emile Savy,
de Forcalquier; Gleizes, d'Arles; Guillibert et Frizet, d'Aix-en-Pro-
vence; Aubanel, d'Avignon; le docteur A. Roux, de Lunel-Viel;
Légier de Mesteyme,d*Apt; Deloncle, de Toulouse; Barbe, de Bu-
zet ; Albert de Quintana, de Tourtoulon et de Ricard, étaient de
ceux-là. Presque tous cependant avaient envoyé des vers dont la
lecture ne fut pas un des moindres succès de la journée.
En arrivant devant l'église de Maguelon«,le Gapiscol * du Parage
adressa à Mgr. de Cabrières quelques mots en languedocien, où il le
remerciait d'avoir consenti à rehausser de sa présence la première
réunion de l'École de Montpellier :
« En memoria de nostes reires, aven vougut, dit M. Gavallier, planta
lou jardinet dau Parage dins l'illa de Magalouna, sus lou ribairés de la
mar linda ounte se miralha tant ben lou ciel mount-pelieirenc; l'aven
vougut planta à l'assousta de la tremountana, ras d'aquela gleisa roumana
ounte chaca peira re trais un precious souvenir. »
L'évêque de Montpellier répondit à ce compliment par les plus
aimables paroles. Peu d'instants après, la messe était dite par lui
dans l'église de Maguelone 2. Sous l'éclat de la lumière à demi voilée
que leur envoie les fenêtres étroites de la nef, les murs de celle-ci
présentaient tout d'abord à l'œil, avec l'austère et religieuse nudité
qu'on leur a justement conservée, leurs colonnes à chapiteaux dé-
rivés du corinthien, leurs tombes épiscopales et, au fond du chœur,
* Cabiscàu, en languedocien et en provençal, littéralement chef de Véoole.
Le Gapiscol était le doyen d'un chapitre dans quelques provinces {Diction-
naire de l'Académie française^ Lyon, Joseph Duplain, 1777). Il en était à
peu près de même en Espagne. Le Libre dels feyts d'armes de Catalunha
(ch. XXIII, p. 320-327, cité par Henri Delpech (la BalaiUe de Muret; Paris,
Picard, 1878; in-8*,xvi-154 pages), mentionne au nombre de ceux qui, par
leurs contingents, contribuèrent militairement à Texpédition de Majorque
en 1229, « l'abat de Sanct Feliu de Gerona e Tabat de RipoU, el cabisco de
Barcelona. . . e moites altres ecclésiastiques persones »
* Voyez, sur l'intérieur de l'église de Maguelone, Renouvier, Monuments
de quelques diocèses du bas Languedoc; Adolphe Ricard, la Réconciliation
de ;Wagfueione ( 14 juin 1875 j, etc.
138 LE PARâGE a MÂGUEIiONEi
les magnifiques tentures rouges données par M°>* Fabrége lort
de la réconciliation du 14 juin 1875. Ce fut Pimpressioii première
qu'en reçurent toutes les personnes présentes. Selon Pnsage des
basiliques romaines, remis en pratique à Maguelone, parce qaë son
église releva directement du Saint-Siège au moyen âge, réYèqae
officia le visage tourné du côté de l'assistance, composée cette foii
des félibres, de quelques fidèles venus de Villeneuve « et d'une
» petite escouade de douaniers gardes-côtes, image bien modeste de '
» l'appareil militaire dont ces mêmes lieux avaient été témoins daoi
» les siècles passés *. » Le silence de la vieille basilique n'était in-
terrompu que par les mélodies éloignées d'un orgue-harmonium
placé dans l'ancienne tribune des chanoines, et tenu avec une dis-
tinction très-remarquée par M"»» veuve Martin, de Montpellier*.
A dix heures et un quart, à l'issue de la messe, des sièges ftarent
apportés près du mur sud de l'église, en face du soleil levant et
de la mer, et occupés par TËvêque de Montpellier, MM. GavaUier,
Bonaparte-Wyse, Roumanille et les autres membres de la réu-
nion'. La séance littéraire se tint donc, non pas à table, comme on
l'avait fait jusqu'ici dans les autres félibrées, mais en plein air, au
bord d'une allée de pins maritimes, aux émanations aromatiques
et salubres. M. Cavallier lut tout d'abord le statut du Forage, Lei
formules poétiques, presque ternaires, de cette pièce, entièrement
rédigée en languedocien, rappellent, dès le début, l'ancien statut
du Félibrige, tel qu'il fut arrêté en 1862, à la suite des fêtes pro-
vençales d'Apt :
I. Lou Félibrige es establit peramor de garda tou parla rouman, sali-
bertat e sa voia naturala; lou Félibrige es gai, amisladous e firairanao,
pie de simplessia e de franquessia.
Ten ea ferme perpaus lou chale de soun bres nadalenc, de la Fnoçk
e de la terra latina.
SouD vi es la bèutat, soun pan es la bountat, e soun caml li
veritat.
A lou sourel per regalida, tira sa sciençia de Tamour e flsa en DisD n
prima espéra.
' Nous empruntons les lignes guillemetées à une relation de la Hêb
destinée à un journal de Montpellier, et non imprimée.
^ M. Louis Lambert, si connu par ses recherches sur la musique popu-
laire du Midi, avait eu la jiensée fort heureuse de jouer, pendant la ettft-
bration de cet office, quelques-uns des anciens airs historiques du Lsa-
guedoc; une indisposition le retint malheureusement & Montpeliiy
le 18 novembre.
LE PARAGR A MAGUELONE 139
Serva soun odi per ça qu'es odi, aima e recampa ça qu'es amour ^
II. En causa d'aquel prefache per fin qu'es pas soulamentfelibre aquel
que se capita troubaire eque canta, mais tantben lou que sap lou noum
das sants, das princes e das ornes de Prouvença, lou que se sentis grandi
davans l'obra dau Puget ou que tresana au raconte de las batalhas de
Mountcalm, de las vitorias de Sufren e de la mort d'Assàs, aquel que
sus la peira, per lou cant e la parladura, enaura mai que mai lou chale
de sounbres nadalenc, de la França e delà terra latina^;
Lous set Mount-pelieirencs que se rencountreroun de cor lou quatre de
nouvembre mila loch cent setanta-cinq; es à dire Anatoli de Boucherie,
Beneset de Gantagrel, Adèufe d'Espagne, Antounî de Glaize, Louvis de
Lambert, Caries, baroun de Tourtouloun e Anfos de la Rocca, s'acor-
doun per estituir, embé Caries de Gavallier', una escola felibrenca que
sera dicha lou Pavage.
En memoria das set troubaires de Toulousa e de Barcelouna, en me-
moria tant ben das set felibres de Font-Segugna *, lou gouver d'aquela
escola es tengut per un cabîscèu e set maglstres que se renouvelissoun
eleigiblament de très en très ans.
Lou Parage causis, dins Mount-peliè soulet, quaranta-nôu socis, e lou
même noumbre encara dins las parladuras que retrasoun lou milhou sa
lenga naturala. Lous maglstres qu'an lou gouver tersenau soun toujour
de Mount-pelieirencs.
* Le premier statut du Félihrige s'exprimait ainsi :
Art. 1 . Lou Felibrige es establi pèr garda longo-mai à la Prouvènço sa
lengo, sa couleur, sa libertade gàubi, soun ounour naciounau e soun bèu
rèng d'intelligènci ; car, talo qu'es, la Prouvènço ngus agrado. Entenden
pèr Prouvènço lou miejour de la Franco tout en entiè.
Art. 2. Lou Felibrige es gai, amistadous, frairenau, plen de simoiesso e
de franquesso.
Soun vin es la bèuta, soun pan es la bounta, e soun camin la verita.
A lou soulèu pèr regalido, tiro sa sciènci de Tamour, e bouto en Dieu
soun espérance {Armana prôuvençau, de 1863, p. 108).
2 Presque entièrement pris du discours d'Aubanel & Forcalquier (1875).
3 Dans l'onomastique du dialecte de Montpellier et dans celle du proven-
çal, ia préposition de n'a pas de valeur nobiliaire ; elle exprime un rapport
de filiation ou d'habitation. Ainsi, par exemple: Jan de Gounfaroun (Mis-
tral, Isclo d'or, 18), Jan de la Valado (titre des poésies de Victor Bourrelly,
Jan de Fourcada, dans les Amours de Mountpeié , de Rigaud ( Obras,
coumpletas d'Aug. et de G. Rigaud (Montpellier; Virenque, 1845, in-t2,
p.l3),Louviset de Roumiou, dans les Bourgadieiro, de Bigot, etc. On pour-
rait citer, à Montpellier môme, les noms courants et tout à fait réels de
Louis de Seha, Jan de Bousset. Jan de Magots etc.
* Ancien château de plaisance des ducs deGadagne; là se réunirent les
sept premiers felibres : MM. Roumanille. Mistral, Aubanel, Glaup (dont
les poésies ont été publiées dans le recueil Un liame de rasin, Avignon,
Roumanille, 1865; in- 12), Cpousillat, Mathieu et Tavan.
140 LE PARAGE A MAGUELONB
Lous socis dau Parage s atroboua set cops Tan dins l'im ou l'autre de
sous set rôdous d'uniment, que soun, en despart de Moiint-peliè, l*iUt de
Magalouna, lou pioeh de 8ant-Loup, la Bauma de las Doumaiselas. km
pioch de Sant-Glar, à Sela ; la pineda de Mount-ferriè. Ion bos de Feebi-
boun e la barouniè de Lunel. Bevoun lou vi d*un même got à racomiieB-
çament ou à la fenicionn de toutas sas sesilhas.
En mai de sous asempres ourdinaris e cada annada que ' ie plai Ion
socis qu*an lou gouver tersenau podoun dounà de joiaa. Lou gagnaliv
dau pres-mage oau^s la reina de la Court e ten de sa man la flou de per-
venca, que sera dins tout tems la permieira joia dau Parage de Moôiit*
peliè t
III. Estent que la parladura mount-pelieirenca es dara, franrn a
naturala, e que lavoulen mantene à toujour dara, firuica e naturala,d^giii
pot se seire dins lou Parage, se no un a lou ferme perpans d'eaorieufe
mai que mai la parladura de Mount-peliô e de n'aoreisse l'espandîmenl e
la fourtuna. Parieirament degus se pot seire dins la tieira das qn-
ranta-n6u socis causits en fora de Mount-peliè, se nouu eeerieu una par-
ladura que retrague, couma una sorre retrais sa sorre, la parladura du
Parage de Mouot-peliè.
Dieu mantengue longa-mai lou Parage de Mount-peliô I
On voit, par le préambule de ce statut, que la France» et natih
rellement la langue française « gardent dans le Parage un rôle plas
grand que dans les autres écoles du Féliprige. Là, raison en est, à la
fois, et dans ce fait que le Languedoc fut, de toute» les provinces
du Midi, celle où les traditions d'unité linguistique eurent le moini
de force, et surtout dans la remarque, déjà faite aillenra *, que la
culture parallèle et réfléchie de deux langues n'était pas, cottuue
on l'a presque toujours cru, une source de corruption pour Tune
et pour Tautre. Cette double particularité explique qu'un membrB
de la maintenance d'Aquitaine, M. le docteur Louis Folie-Des-
jardins, ait fait agréer les poétiques excuses de son absence par diff
stauces françaises, qu'une regrettable omission empÂcha 9euie de
lire après le statut.
En voici le passage principal :
Seul, le temple est debout; Dieu seul habite id;
Seule, Tombre de Madeleine,
Au souvenir des pleurs versés, anime aiasi
Cette solitude lointaine.
Vous ne pourrez donc pas, Pontifes d'autrefois.
Sur le seuil de ce temple auguste,
1 Ch. de Tourloulon et Octavien Bringuier, Étude sur la UnUié' §éù^
graphique de la langue d'oc et de la langue d^oil, in Archi^ieê 'dm
scientifiques, tom. III de la troisième série, p. 586» >'
LE PARAFE A MAaDElX)NE 141
Mitres, la croise en main, précédés de la croix,
Teinte à jamais du sang du juste.
Recevoir votre saint et zélé successeur
Et lui dire la bienvenue,
Et bénir de vos mains le vénéré pasteur
Et l'élite avec lui venue.
Pour consacrer au pied de cet antique autel
La poétique renaissance
Oe notre vieux parlor, désormais immortel
En Languedoc comme en Provence !
Poètes, mes amis, sur vos fronts inspirés,
Quand le noble évéque-félibre
Aura fait de sa main les signes consacrés,
Votre génie, en son vol libre,
Montera vers les cieiix, planera sur la mer,
Cherchant la bello pécheresse
Qui, par ses pleurs sans fin, son repentir amer
Et par sa pieuse tendresse,
Mérita de Jésus le pardon généreux:
Alors sachez que ma pensée
Se sera vers la mer, se sera vers les cieux,
Avec les vôtres élancée.
La parole fut alors donnée par leCapiscolà M.William-G. Bona-
parte-Wyse, ou plutôt à M. de Villeneuve-Esclapon, car le petit-fils
de Lucien Bonaparte, atteint depuis dix ans d'une aphonie presque
complète, ne pouvait lire lui-même la pièce qu'il avait composée et
qui était spécialement réservée à la séance que le Parage tenait en
son honneur. Cette attention de l'École de Montpellier n'était pas
imméritée, tant s'en faut: nul n'en était plus digne que celui à qui
Ton doit les Parpaiov/n blu, la Cabeladuro d'or, lou Dimenche dôu mes
de mai et tant d'autres œuvres marquées d'un caractère si varié, si
profondément original et vivant. On a dit que la fécondité était in-
séparable du véritable génie. M. Bonaparte-Wyse a justifié cet
axiome par la publication, à partir de Tannée 1868, d'une série non
interrompue de pièces écrites, le plus souvent en provençal^ et en
i Li Parpaioun blu, pouesio prouvençalo, em* un Avans-Prepaus de
F. Mistral. Avignoun, Gros, 1868; in-l2.
Chincho MerlinchOt poëme provençal inédit, de Royer, d'Avignon
(XVIII* siècle). En Bath (Anglo-terro), encô de G. Lewis, libraire-edi-
tour, carrière dicho t Noplhgate street ♦, 12, 1871 (tiré à 27 exemplaires).
Galejado,prouvençalO'ingleso (tour de forço pantagrwlisto), dedieado
à Jôusé Roumaniho, etc. Londres, Alfred Robins, 1873; in-8*.
142 LE PARAGE A MAGUELONB
anglais, parfois ea catalaa, en français et en langue romane. A Pex-
ception de Mistral, la très-grande majorité des félibres d'Aix, d'Avi-
gnon et de Marseille, s'est attachée à suivre les précédents autorisés
par la poétique française; elle n*a pas même essayé de remettre en
Lou Vin di felibre, musico deDau. Avignoun,Rouinanille, 8. D.,in4*
(pièce extraite des Parpaioun Wu).
/ félibre d'Avignoun, Avignon, Gros, 1875; in-8o.
h* Arc de sedo dôu chaîne verd. Tettigopolis, à rEnsigno di Miran, 1876;
in-4».
A Mowisegne Dubreil, archevesquedAvignoun, en souvent dôu bavikmB
benastra de moun enfantoun. Plymouth, Keys and Son, 1876; in-4<>.
Lou Cantico de sanlo Esteîlo, dedica au felibrige, musioo de Dau. Atî-
gnoun. 1876; in-4*>.
La Cabeladuro d*€fr, pouësto prouvençalo. Mount-pelié, Emprimarié cen-
tralo dôii Miejour, 1876; in 8».
Li Vièi. Montpellier, Imprimerie centrale du Midi, 1876; in-4'.
La Cansoun capoiUiero dôu Felibrige, seguido d'un Brind» powrta Um
jour de santo Estello, a-n-Avignoun. Plymoulh, Keys, 1877; in-8».
Sound à Teodor AubaneL Plymouth, Keys, 1877; in-8o.
Un dimenche dôu mes de mai. Mount-pelié, Empremarié ceniralo dés
Miojour, 1877; in-8o.
Lou Viage di très rèi, musico de Dumount. Avignoun, Prévôt, 1878;
in-40.
Très Rambiai prouvençau. Mount-peliè,Bmpremarié centralo dôu Mie-'
jour, 1878; in-8o.
Septentrioun. Antibo, Marchand, 1878; in-8 , etc.
La Famiho de la Coumtesso. Antibo, Marchand, 1878; iQ-8».
Nombre de pièces dr^tachées ont été données par M. Bonaparte- WjfS,
à VArmana prouvençau, à VArmxma de Lengadà, à VAImanatikdMSm'
net, au Prouvençau, à la Revue des langues romanes, etc. Ses .csanss
anglaises, dont voici la liste, se rattachent, par plus d'un côté, à la Pro-
vence et au midi de la France:
Quatrains of Holy Love . Bath, 1864, in-8o (sans nom d'impiimear).
Scattercd Leaves. Plymouth, Keys, 1806; in-8o, 310 pag.
Traduccio inglesa delaai Balada de CikTALUNA 9 de F. Huiz AguSen.
Bath, Chas. Ûlarke, 1868; in-8o.
The Hoe, an ode. Plymoulh, Keys; Jn-8o, 16 pag.
Moans of a moribund, or Sick-bed sonnets, Bath, Clark, 1860; in-Si
(trente-six sonnets).
The Old Fisherman of Long-Rea, Galway, Daly, 1871.
Limerick old Town. Limerick, 1871; in-4o.
Translation of the Triomphe de Pétrarque^ de T. Gauthier. PlypoQfc
Keys, 1874; in-4o. , .
Epistie to Mistral. Plymouth, Keys, in-4o. , ^
Translation of the Pan oôd pbgat ofAûband. Plymoulh» Kiq^jIMs
in-8o (les trois premiers actes seulement).
LE FA RAGE A MAGUBLONE 143
honneur les formes que l'ancienne langue avait le plus complètement
légitimées, le monorime par exemple; M. W. Bonaparte- Wy se, au
contraire, a recherché constamment colles qui n'avaient pas été
introduites dans Je courant littéraire du Félibrige. De là une sorte
de savour particulière, que les œuvres de bien peu de poètes pro-
vençaux pourraient présenter. La pensée, toujours vive, abon-
dante et franche, est enfin, dans l'auteur des Farpaioun blu, aussi
originale que les combinaisons du rhythme et de la versification.
Mais Taction de M. Bonaparte- Wy se ne s'est pas exercée seulement
dans le domaine de la poésie; elle a aussi influé très-souvent et
très-fortement sur l'organisation du Félibrige, sur ses manifestations
extérieures, sa propagande littéraire, s'il est permis d'ainsi parler.
Cette habitude de boire à la même coupe et de prononcer, avant
d'y porter ses lèvres, des vers à la louange d'un homme, d'un fait
ou d'un sentiment particulier, par laquelle ont été si poétique-
ment transformés les banquets méridionaux ; cette habitude, dis-
je, qui, à Avignon, à l'abri des voûtes gothiques de la chapelle des
Templiers , après la Cansoim de la Coupo de Mistral , et les espé-
rances mêlées de craintes qui s'agitent sous ses strophes, donne
à l'institution provençale quelque chose de mystique et de reli-
gieux, c'est à M. Bonaparte- Wyse surtout que l'on doit de l'avoir
vue se répandre et se généraliser. Chose presque complètement
ignorée sur le continent, la coupe d'Avignon, celle que la Société
archéologique de Béziers doit à M. Bistagne (de Marseille), celle
dont parle le statut du Farage, ont leur équivalent en Angleterre * :
* M. Maurice Rivière me fait connaître un usage dauphinois qui, s'il
n'a pas quelque analogie lointaine avec celui qui nous occupe, atteste
au moins ies mœurs patriarcales et les habitudes de confraternité des
paysans de Saint-Maurice-de-l*Exil (Isère) en 1837:
a C'était le jour où l'on pressait; huit à dix personnes rangées en demi-
cercle devant le pressoir attendaient avec impatience que le vin coulât
clair.
» Tout à coup, un vieillard, gai et joyeux, prend le goubio (verre ou
gobelet) en fer-blanc, remplit de vin et, avant de boire, entonne ce
chant :
Je se in gni de chardôunetta Je sais un nid de chardonneret —
Que tout rempli de viôuletta, qui est tout rempli de violettes,— de
De roumanuet toutàTentour: romarin tout à l'entour : — cama-
Mou camaradou, i-t'-a tou tciur. rade, c'est à ton tour.
» Le vieillard vide le verre, le remplit de nouveau, le vide encore, et
reprend, en le passant à son voisin ;
N'é-je po fa in tré d'ounétou, N'ai-je pas fait un trait d'hon-
N'é-je po bian vouido mou vérouT néte [homme], — n'ai-je pas
144 LE PAR AGE A MAGUELONB
Dans les festins d'apparat de la municipalité -de Londres, célle-d
aune coupe qu'on appelle « the Loving Oup «/c'est-à-dire la Oovpt
d'amour, et à laquelle les convives boivent tour à tour en grande
cérémonie. Les plus importantes municipalités d'Angleterre ont
imité celle de Londres. Y a-t-il dans cette coutume, à la fois bri-
tannique et provençale, un souvenir confus des traditions bardî-
ques, de ce Saint-Graal,àla recherche duquel les chevaliers bretons
et français consacrent leurejistence dans les gestes du moyen âge*.'
Lou viquia sans dessi desso : bien vidé mon verre ? — Le voilà
Gamaradou, prend loa goubio. sans dessus dessous: — cama-
rade, prends le verre.
• Et chacun de chanter, de boire et de passer le verre à son camarade
de droite. J'avais huit ans ; je bus et je chantai comme les autres. >
* Les récits populaires sur Arthur et les traditions légendaires qai ont
servi de base aux romans de la Table-Ronde et môme du Saiut-Graai
ne sont pas, comme on le croit communément, le patrimoine exclusif
du pays de Galles, de la Bretagne et de la France de langue d'oil aa
moyen âge; ils ont certains équivalents en Béarn, en Limousin, en Langue-
doc et en Provence. Dans ces deux dernières provinces, c'est par l'histoire
miraculeuse des Saintes-Maries-de-la-Mer que la légende du Saint-Graal
revêt un côté provençal. Selon la tradition arlésienne, les premiers apôtres
de la Gaule suivirent le Rhône jusqu'à Arles, et Joseph d' A rimathie pro-
longea son voyage jusqu'en Angleterre. L'empereur Yalentinien III, re-
connaissant de trois grandes victoires remportées sur les barbares par l'in-
tercession de Si Martin, envoya à Téglise de Brives de riches présente.
Parmi ceux-ci, dit une vieille tradition limousine qui m'est signalée par
par mon confrère et ami M. l'abbé J. Roux, était le vase d*or, omô de
pierreries, que Joseph d'Arimathie avait prêté à Jésus-Christ, le soir de Is
cène, et qui servit à l'institution de l'Eucharistie. Le roi Arthur estconnn
dans presque toutes les parties du Midi; mais son importance mythologi-
que est bien déchue. Un savant, aujourd'hui trop décrié, M. A. du Môge, si-
gnala le premier, je crois, à la page 388 de ses Monuments religieux dê$
Volces Tectosages^ et plus tard dans le tome II ( p. 354) de sa SUUisUquB
des départements pt/r^n^en^ ( Toulouse, 1829), la tradition landaise qui le
concerne: Un jour de fête solennelle, au milieu de la messe, Arius ftit
averti qu'un sanglier était proche de l'église. Rien ne put retenir le mo-
narque, trop amoureux de la chasse ; il saisit un épieu, sortit, et depuis
le Ciel Ta condamné à chasser éternellement et en vain dans les hantes
régions de l'air.
Un récit des Contes et Proverbes populaires recueillis en Armagnac
pur M. Bladé (Paris, Franck. 1867): lou Rey Artus, a confirmé les in-
dications de Du Mége, en les dégageant de quelques embellisseaumls
imaginés par celui-ci. Les prises de chasse d'Artus ne vont pas à grand
profit : Gaho pas, dit M. Bladé, qu'uo mousco cado sept ans. Bnoon
arrive-t-il souvent que ses chiens l'ont mangée avant qu'il ail pu lasUair.
LE PARAFE A MAQUELONE 145
C'est ce qu'il serait difficile de déterminer; qaoi qu'il en soit,
c'est à la félibrée de Ghâteauneuf-du-Pape, qui eut lieu en 1859 ,
la première année de l'arrivée de M. Bonaparte- Wyse en Pro-
vence; c'est, enfin, à la fête de trois jours de Font-Ségugne, que
Mistral a poétiquement appelé « un charme, un paradis sur terre*»,
et qui fut donnée le 30 mai 1867, par l'auteur des Parpaioun hlu, à
trente poètes provençaux ou catalans, parmi lesquels se trouvaient D.
Victor Balaguer,D. Louis Gutchet, D, Ascensiô de Alcantara, que
s'accomplit la transformation si heureuse de nos anciens toasts ^
Le petit château de Font-Segugne vit ainsi, sous l'inspiration
directe du petit-fils du prince Lucien-Bonaparte, le commencement
des félibrées internationales*. Là, pour la première fois, les mets et
les vins furent exclusivement de Provence; là, celui de Château-
neuf-du-Pape reçut de l'auteur des Parpaicnm blu le titre de vin des
félibres,de vin imperiau, rdau e pountejicau, comme a dit Mistral, et
il fut décidé qu'il serait réservé aux réunions annuelles de la nou-
velle association. Là encore et pour la première fois, les murs de
la salle furent ornés d'inscriptions prises dans les vers des trou-
badours et des félibres; à l'occasion de cette fête, M. Bonaparte-
Antérieurement à M. Bladé, un poète béarnais, M. Alexis Peyret, avait
composé la Casse deu rey Arthus ( Bayonne, veuve Xiamaignère, 1851 ).
récit de forme littéraire^ qu'il a réimprimé en 1870, à Conception-de'
l'Uruguay ( Amérique méridionale), dans son recueil de Countes biarnés.
Les allusions des troubadours à des poèmes en ancien provençal sur
Arthur, Erec et Enide, Dovon, Merlin, Tristan et Yseult, etc., sont très-
nombreuses, comme l'on peut s'en assurer en lisant l'essai de catalogue
qu'en a fait Fauriel, au tome III, page 472, de son Histoire de la poésie
provençale. De nos romans de la Table-Ronde, il reste aujourd'hui seu-
lement celui de Jaufre, dans le préambule duquel il est question de
Pierre II d'Aragon, le même qui fut tué à Muret en 1213.
Selon Tabbé Béronie {Dictionnaire du patois du bas Limousin), grial et
grialo désignent encore, en Limousin, un vase, un vaisseau de terre de
figure ronde, qui va toujours s'éiargissant par en haut. Cf. grasal,
grazal et grazas, dans la langue des troubadours, et gresau, dans le pro-
vençal moderne.
1 Dans la préface des Parpaioun blù, pag. xxvm.
^ Au mois d'août suivaut, au banquet où parut pour la première fois
la coupe que les poètes catalans avaient donnée aux félibres provençaux,
en souvenir de leur hospitalité envers M. Balaguer exilé, fut introduite,
probablement à l'instigation de M. Bonaparte- Wyse, l'habitude de boire
à la a coupo d'amour. »
^ Avec Mistral, Roumieux et le savant philologue et romaniste Paul
Meyer, il avait été, en 1865, le premier a renouer, en Catalogne même,
le lien de Tancienne fraternité catalane et provençale.
146 LE PARAa£2 A MAaUELOliCB
Wyse avait fait broder sur une bannière de soie là grande deriie
adoptée depuis par Técole des félibres nimois, ce vers de la Vmm
d^ArU, d*Aubanel :
Luse tout ço qu'es bèu. tout ço qu'es laid s'escounde 1
Bien avant que V Aube provençale Fadoptât « sans reconnaissance
de cause » , comme on l'a dit un peu méchamment, mais fort spiri-
tuellement, il avait noté la coïncidence du nom de la pervenche
{'prow)mca, pervenca, prouvençala), cet emblème de la persévérance et
des amours chastes, avec celle de la Provence, et il avait donné cette
plante comme symbole au félihrige. C'est M. Bonaparte-Wyse
qui voyait dans sainte Estelle *, vierge et martyre, vers Tan 98 de
Tère chrétienne et patronne de Tassociationavignonaise depuis son
institution, Tétoile de bon augure des Mages, celle des princes des
Baux, Tétoile félibrique par excellences. C'est lui qui, acceptantet dé-
veloppant cette th^éorie de VEmpèri dùuBùtâèu^xixxi^ aujourd'lmi, tend
à se confondre avec les idées de confédération latine, suggérait i
Mistral sa devise : Lou soulèu me fat conta. C'est encore lui qui, lors-
que les fameux vers de la Coumtesso devenaient, non en Provence,
mais dans le nord de la France, et surtoutà Paris, où l'ignorance des
choses méridionales est, dans ie plus grand nombre, doublée par Té-
loignement et l'absence de tout contact avec les félibres, le préteile
de chimériques craintes de ^séparatisme, répondsit à celles-ci dans
la pièce : Coume la lisco armaduro lamp^o au soulèu de Dieu, et expli-
quait par la haine de la centralisation l'appel ardent du poète de
Maillane.
Cette action si vive, si continue, n'est pas entretenue seulement
par de fréquentes publications : presque tous les ans, Tauteur dei
Parpaiûun hlu quitte ses domaines de Waterford ou sa maison de
Plymouth, et vient passer quelques mois sur le continent, afin d*ea
connaître les hommes, afin d'étudier directement et par lui-^méme
la poésie qui se dégage des ruines, des accidents du sol, des eauiet
des montagnes. C'est ainsi qu'il a visité une partie de la France, de
l'Espagne et, en 1868Jes bords du Rhin, la Suisse et l'Italie du Nord,
depuis Cologne jusqu'à Venise^ Cette fois, il avait magnifiquement
personnifié, dans le Roumiéu de sa poésie, les inclinations qui rame-
1 Voyez l'histoire de sainte Eutrope de Saintes, à laquelle la sienne m
relie. C'est à tort que l'existence de sainte Estelle a été mise en dente.
^ Quoique ce détail ait peu d'importance, il faut remarquer que la |Miu
sonnification ailée de la Sainte Estelle dans les preiniers numéros da
Dominique^ journal provençal de Nîmes, est imitée de la llthograpfaie'i|lri
est en tète du Canticode Santo Estello de M. Bonaparte-Wyae. -
b
LB PARAGE A MÂOUELÛNlil 147
naient en Provence; car c'était en eifet pour elle, c'était pour la fête
du Parage et pour celle à laquelle la Chanson du Latin donnera lieu,
au mois de mai 1878*, qu'il avait quitté cette terre d'Angleterre où,
comme il le disait si bien, « l'ordre suprême, la haute liberté, avec
la sage paix et le droit, portent toujours la couronne. »
UN OHE : Batènt la lerro emé toun fort bourdoua,
E courrènt lèu, pèr vilo, pèr canîpagno.
Bon pèlerin î cunte vas ?... Ti vistoun
âoun plan de voio e franc de malamagno :
Digo, ountevas?
Lou jcur t'ai vist amount, i galis di mountagno,
0 seguissènt de flume, o frustant de baragno ;
T'ai rescountra la niue au mitan di camin :
Ounte vas ? digo dounc; ounte vas , o bloundm,
O brave barrulaire?
LoD RouMiéo; Te lou dirai, moun orne, francamen :
Vole, m'abrive, à travès oundo e colo,
Goume un veissèu esperouna dôu vent,
Goume l'aucèu que s'abrivo e que volo
Au souleias :
Sens lassige, m'en vau à la terro adourado,
Que tendramen me chalo, e me plais e m'agrado ;
Au paradis plasènt de mountagno e de mar,
Qu'eila se pavounejo entre Durènço e Var,
E qu'âme en calignaire.
L'oME : 0 que sies tu bèn avisa, Roumiéu î
Mai conto dounc, queflamejantoestello,
Que ventoulet perfuma dôu Bon Dieu,
T'a facii araa tant la terro tant belle
De noste amour ?
Que, pèr la vèire, ansindo as de-subran leissado
Ta calanco verdalo is « Tsclo Fourtunado »,
Ounte l'Ordre suprême, ount l'auto Liberta ,
Emé la siavo Pas e lou Dre bèn-astra,
Porton sèmpre la couronne ?
Qu'es dounc l'amorço ( iéu lou sabe, bessai t )
Quête pivello e .te fai tant lingueto;
Que risoulet nous carques mai-que-mai,
Quand venon Pasco, emé li dindouleto ,
Emai li flour?
De segur, quauco vierge o dono subre-bello,
De soun nis escoundu te counvido e t'apello
* Sauf quelques notes, cette relation a été rédigée avant la célébration
des Fêtes latines.
us LE PARâGë â MAaUBLONB
 si bras blanc dubert, que volw, abrama,
Coume lou parpaioun à Tile prefuma,
Pèr béure si poutouno.
Lou RouMién : O, parles bèn, coumpaireamistadous 1
Te parlarai perèu sènso inchaiènco ;
S*ansin m'en vau à toun pais tant dous,
S'ansin m'envole à ma Dono, Prouvèaço,
Cenchoderai,
Es que vese lou lum d'uno grande Idealo,
EsbarlugantOt ardènto, ôudourouso, inmourtalo,
Que se pauso e s'enauro à Taubo, aperalin,
Subre si piano rose e si roucas aurin,
Couflie uno estello di Mage ^. . .
Et Tauteur des Farpaioun hlu terminait en dédiant son poëme aa
Parage, à qui il voulait bienj promettre, dans les vers d'un mandaiit
trop flatteur, un deluhre de glbri (un déluge de gloire).
L'originalité de cette poésie n'aida que mieux à saisir la discrète
et spirituelle émotion des vers suivants, où M. Antonin Glaize, jus-
que-là plus familier du provençal que du languedocien, fit l'éloge
et en même temps la satire du Lez, petite rivière qui coule aux
environs de Montpellier;
Paure Lez ! sies pas fier, nimai grand, nimai long :
Valat par la milat e canau perd lou resta.
Tant ben, quand lou gusàs bèu trop, perd lèu la testa,
Se coufla en un cop d'iol e creva coume un tron.
D'aquel flume estequit e michant, n'i'a per rire,
Pecaire ! Mais pamens, canau couma valat,
Embé tout soun bauchun Taime qu'es pas de dire:
Sufls que sus sous bords, que se vire ou revire,
Dau grau ounte se perd au cros ounte a gisclat,
S'entend que lou parla que mous viels an parlât '. ^
M. de Berluc-Perussis se leva alors et lut un sonnet provençal
qui est un des plus parfaits qu'il ait composés^ . Il avait pour titre
/ Latin d'Americo et était dédié à nn député au Parlement canadien,
M. Louis-H. Frécbette, de Lé vis, que Ton a surnommé le poète
français; quelques-uns ont même été jusqu'à dire, et non sans une
' Le Roumieu dàu Souléu a été reproduit en entier dans le Proutsençau,
n» du 25 novembre 1877.
* Nous avons retrouvé les vers de M. Glaize dans le premier numéro
de l'Alliance latine. Montpellier, Boehm, 1878, p. 54.
3 Ce sonnet a été publié dans la Revue des langues romaneê^ n* dn
15 avril 1878, p. 196.
LB PARAGB A MAGUBLONB T4d
sorte déraison, le grand poète français de T Amérique du Nord K
Après les paroles du statut, Taccueil fait au sonnet de M. de
Berlue, la faveur que rencontra Thommage qu'il y rendait au Ca-
nada, <cce rameau fier et fécond du vieil arbre de France», ne con-
tribua pas peu à af&rmer les sentiments du Parage à Tégard de
ridée latine et de l'avenir qui lui est réservé. La réunion en vit
comme un présage anticipé dans les magnifiques tercets qui termi-
nent le sonnet de M. de Berlue :
* M. Louis-H. Fréchetto est Tauteur du recueil Péle-Méle, fantaisie et
souvenirs poétiques. Montréal, Compagnie d'impression et de publication,
Lovell, 1877; in-12, 274 pages.
Des vers comme ceux que nous allons transcrire ne sont pas faits
pour démentir les appréciations de la critique. Ils sont consacrés à honorer
la mémoire de Papineau, qui, Tespace de quarante années, se constitua
le défenseur des droits du Canada :
Seul de ces temps féconds en dévoûment épique;
Seul de tous ces grands cœurs à la trempe olyiûpique,
Qui défendaient jadis notre droit menacé,
Sur notre âge imprimant sa gigantesqne empreinte,
Il restait là, debout, dans sa majesté sainte.
Gomme un monument du passé !
Les ans n'avaient pas pu courber son front superbe ;
Et, comme un moissonneur appuyé sur sa gerbe
Regarde, fatigué, l'ombre du soir venir.
Calme, il se reposait, laissant, vaincu stoïquc,
Son œil, encor baigné de lueur héroïque,
Plonger serein dans l'avenir.
Aux bruits de notre époque il fermait sa grande âme ;
Et, sourd aux vains projets dont notre orgueil s'enflamme,
Avec ses souvenirs de gloire et de douleurs,
Il vivait seul, laissant ses mains octogénaires.
Qui des forums jadis remuaient les tonnerres,
Vieillir en cultivant des fleurs I
Sa voix, sa grande voix, aux sublimes colères;
Sa voix qui déchaînait sur les flots populaires
Tant de sarcasme amer et d'éclats triomphants;
Sa voix qui, des tyrans déconcertant l'audace.
Quarante ans proclama les droits de noire race,
Enseignait les petits enfants.
Nous n'aurions pas dérogé aux habitudes de la Revue, si la littérature
du Canada n'était malheureusement très-peu connue en France, à l'heure
qu'il est. Nous ne sommes, du reste, que trop coutumiers de pareilles
ignorances.
10
150 LE PARAQE A MAGUELONK
Que fan, de milo lego, e la mar e lî flume,
S'es lou même soulèu que nous largo soun lume.
Se dins la mémo fe li pies bâton d'acord ?
D'enterin que lou sang au viei mounde se verso ^,
Rejougnen nèsti man per dessubre lis erso :
La soulo vesinanço es aquelo di cor.
Après M. de Berluc-Pemssis, M. Camille Laforgue fit entendu
sa Magahunp, pièce écrite dans le languedocien en usage aux n-
virons de Quarante, petite ville située au-dessus de Béziers, non
loin de Tancien étang de Gapestang. On applaudit surtouty dans
cette ode, la strophe où Tauteur dépeint le bouvier qui, insoodeiB
des souvenirs historiques et des vicissitudes du passé, enfonce hardi-
ment le couteau de sa charrue dans le sol où repose depuis loDf-
temps « un peuple de vaillants et de race choisie » :
Sus un sol dezoulat, batut per la tempeslo,
Ount lou flot de la mar s'espandls sens countesto,
Ount range de malur passeget soun flambôUi
Un temple es drech eucaro,e jousila terro humide
Un pople de vaients e de rasso cauzido
Dourmis dins soun toumbèu .
Lou baral a fait plassoà Terbo verdejanto;
Lou bouier, jusqu*as peds de la demoro santo,
Ignourant dal passât de souvenis claufit,
Enfounso dins lou sol lou coutel de Taraire,
E, davant un débris que rend Ûer Tantiquaire,
Susprés, s'arresto estabouzit.
Res noun remembro, vei, la renoumado antiquo
Dal grand port sarrazin; la vielho bazeliquo
Nous dis soulo so qu'ero aquel lioc agradiêu^
Car tout es arrazat : pas un pan de muralho l
Tout es passât arrèu, joust la dent de la dalho,
A part lou bel houstal de Dieu.
Mais, tandis que l^Magahwno de M. Laforgue s'inspirait preiqfai
exclusivement de la ville détruite, celle de M. Gharlefl Gros teoi-
pérait la tristesse de ce souvenir, en le mêlant à la joie det£Uibni
réunis pour la première fois sous Tabri des murailiee gunlee de
lierre de la vieille basilique romane :
Et lou sourelhet, de lous veire, ris :
1 On était alors au plus fort de la guerre entre les Tons Iflil
Russes, qu'un peuple de langue latine, la Roumanie, venait de aÉÎiff
de très-grands désastres devant Plewna. • .• .
LE PARAGB A MAGUELONE 151
disait-il d*eux dans un vers digne d'avoir été écrit par un de ces
troubadours qui, en opposition à la mélancolie des temps de dé-
cadence et de scepticisme, cette ^puissance de vie et d'amour,
cette solitude égoïste de Tâme s'agitant sur elle-même dans le
vide \ firent de la joie l'état naturel de Thomme, et surtout de
celui qui devait trouver :
Dedins tas parets, que l'èure envirouna,
Lous troubaires gais se soun reiiaits,
Belle Magalounal
Soun cor prouvençau de joia frissouna
Et lou sourelhet, de lous veire, ris.
Dedins tas parets, que Tèuro envirouna,
Lous troubaires gais venoun fa soun nis.
Lous roussinholets d'aquella nisada,
Tant lôu espelis, pieutaran vers Dieu :
Pioi, bella mainada.
Prendran soun voular de long de la prada,
Tout en brezilhant un dous rieu-chieu-chieu !
Lous roussinholets d'aquella nizada,
Tant lèu espelis, pieutaran vers Dieu.
Ben lion auziran sa douça harmounla
Goumoula d'unioun, coumoula d'amour,
Per nosta patrîa.
Ravits de soun cant, la nobla familba
S'agrandira plan-plan de jour en jour.
Ben lion auziran sa linda harmounia,
Coumoula d'unioun, conmoula d'amour.
Revendran encar tnetre una couronna
Dessus toun clapàs toumbat per lou tems,
Paura Magalouna I
Jouta lou voulam qu'à-de-re maissouna,
Naùtres couma tus tant ben fenirem ;
Revendrem avans mètre una couronna
Dessus toun clapàs toumbat per lou tems * 1
M. Cavallier donna ensuite la parole à M. A. Roque-Ferrier,
pour la lecture de diverses scènes extraites d'une œuvre dramati-
que en languedocien : VAuhrede la tristessia galoisa, Versentauric.
De toutes les figures historiques de T époque gauloise, Vercin-
* Je n'emprunte ces paroles à M. Henri Martin, Histoire de France^
t. III, p. 379, 4» édition. 1855, que par l'espèce d'â-propos que leur donne
le statut du Parage.
s Cette pièce, reproduite en partie dans le Messager du Midi (no du
24 novembre 1877), en totalité dans le Petit Midi (no du 25 novembre) de
152 LE PARAGB A MAGUBLQNB
gétorix a été la plus maltraitée par les poètes des trois derniers aè-
cles. Presque tous ceux qui se sont emparés d'elle, et le nombre ien
est grand, Tpnt mêlée à des intrigues amoureuses aussi déplacéei,
que celles qui s'agitent autour des héros do ^ancienne Grtcç^
ou de Rome, dans les tragédies des contemporains de Racine et dej
Voltaire K U Arbre de la tristesse gauloise est conçu d'après .nn Ôidn
d'idées contraire. Gombinantles récits des historiens grecs et latins,'
les coutumes^ les superstitions et les formules populaires, pins an-
ciennes qu'on ne croit, de notre pays; mettant enfin à profit» dam
ce qu'elles n'ont pas d'inconciliable avec les témoignages de l'anti-
quité, les traditions et les chants de la Bretagne, M. Roque-Ferrier
a essayé de reconstituer dans un ensemble dramatique les tndti
principaux de la grande lutte qui, un siècle avant Tère chrétiennei
s'engagea entre les Gauk)is (Galois) et les Romains (Boumiem)*.
Son drame commence avec la révolte de Gergovie et se termine à
la mort du fils de Geltil, dans le cachot de la prison Mamertineà
Rome. Il comporte des développements de dialogue hors de pro-
portion avec les habitudes trop écourtées du théâtre actuel et compta
environ cinquante branches ou scènes, dont quelques-nne^ : te
Message de Cesar^ Versentauric e César, lou Counseî de rtÊmmmt, Is
Mort, ne sont pas loin d'être de véritables actes.
Montpellier, a été imprimée à part par M. Gros; Montpellier, Boehm, in-K
4 pages, fig. de Marsal. La notation musicale en est due k M. Ed. B^
rard ; elle est d*uQ caractère très-remarquable.
' Henri Martin lui-môme n*y a pas manqué dans son drame de Ver-
cingétorix; Paris, Fume, 1865, in>8. C'est, du reste, une œuvre flitiaw-
ble à d'autres égards.
s Le mot vulgaire et galiicisé de Roumen {Es un traéal de Bommmh
dit la comparaison populaire), sa forme plus pure et plus littAralra de
Rouman, ne semblent pas exclure celle de RoumieUf raumioat qui, indé-
pendamment de son acception courante de pMerin ou pèkrinê attaU à
Rome, est la qualification que Ton donne à presque toutes les volea ro-
maines du Languedoc et de la Provence: entre Arboras et Montpeyroax,
le chemin qui conduisait autrefois vers le pays des Ruthènea eat di^
nommé costa roumiva par les gens du pays. La ville d'Apt a son oohMIiI
roumieu ( lou Prouvençau^ n"" du 16 septembre 1877; rapport de M. FrM
aux Jeux floraux aptésiens) : f La grande voie romaine de oommnnlaa-
tion entre l'Aquitaine et la Tarracoaaise est devenue plus tard le omhI
roumiu ( chemin romain) des pèlerins de Saint- Jacqu^-de-CiomposteUa»
dit M. de Rochas, les Parias de France et d'Espagne (ButtêM dêlÉ
Société de Pau, 2* série, t. V, p. 71 ). Au delà de Lavénme, près Biontpri*
lier, selon Renaud de Wilback ( Foyope^ dans les dépari, farwiitéê'
Vandenne prov. de Languedoc ; Paris, 1825, in-8*, p 365), c <ln trouve la
LE PARAGE A MAGÙELONB 153
Lou Devoument *, la première des deux branches lues par M. Ro-
que-Ferrier, montrait le héros gaulois rentrant vaincu dans les
murs d'Alesia, le soir de la dernière bataille, et s'offrant aux ar-
mées arvernes pour apaiser, morl ou vivant, la colère de César.
Dans la DesparUda, Vercingétorix, prêt à partir pour le camp ro-
main, écoute les paroles d'adieu de ses compagnons d'armes, qui
désespèrent déjà de la liberté et des franchises gauloises ; il refuse
le sacrifice de ses dévoués, venus en troupes au-devant de lui, afin
de partager sa captivité et sa mort ; celui de son barde, à qui les
désastres de la Gaule ont enlevé la raison, et part sçul pour se
livrer à César ^.
Quelques citations de cette œuvre ne seront peut-être pas inutiles.
Dans la première, les Gaulois exprime*îitle regret de n'avoir pas
plus complètement suivi les conseils de leur jeune chef:
Lom Galoisbs : Orne fort, discoufeire sage, 6 barri de l'osl auvernenc, par
courrl dins lou coumbat, tounarma aviècouma de vêlas: esperavapas
jamai la clamada de Bel ; ieu, la mieuna es flaca, flaca coume l'ajounc
que iou dalhaire a segat.
Vbrsentauric : Ere pas fort, ère pas drue, pioi que lou César t*a toum-
trace de deux voies romaines presque parallèles : Tune vulgairement
appelée chemin de la reine Juliette . . . Cette voie est appelée, dans le
vieux compois, le chemin romieux vieux; l'autre, plus nouvelle, s'appelle
encore lou cami roumiou. » On lit dans un opuscule fort intéressant :
Études historiques sur la viUe de Florensac, par M. Donnadieu (Paris»
Jouaust, 1877, p. 31): « Le çompois de Florensac de 1656 et ceux de plu-
sieurs communes du canton, qui ne doivent être que la copie de compois
plus anciens, constatent l'exislence de deux chemins parallèles de con-
struction romaine. L'un y est désigné sous le nom de chemin romain nou^
veau, vulgairement appelé cami roumieu^ et Tautre sous celui de chemin
romain vieux, ou chemin de la reine Juliette.
]> La tradition est muette à l'égard de l'origine de chemin de la reine
Juliette. »
Voyez également une note de M. Véran, dans une Étude sur les voies
rom de l'arrondis d'Arles ( Congrès archéol . de France , XLlll* session.
Séances tenues à Arles en 1876, p. 495). M. de V. n'admet qu'avec une
grande timidité la signification de romain attribuée au mot roumieu.
*■ M. RoumaniUe publia cette scène, Armana prouvençoM de 1870, p. 99.
* Ces deux branches ont été imprimées dans le ProuycMpau. d'Aix-en-
Provence. n» du 23 décembre 1877, ainsi que lou Trebunal de César, qui
les suit. Elles sont signées du pseudonyme de Clarens.
10*
154 LE PARAGE A MAOUELONE
bat. S'ai pas fautât dins aqueste mounde, ai fautât dins un autrOt o
michanta planeta t'a malastrat.
Loui Galoisbs : Si qu'ères fort e valeut, si qu'ères sage e drue, ai qu'i
mouQ barri e ma gardia bela, moun sauver, moun esper e moun gou-
ver l Se sies toumbat en Aiesi, es que t*ai mancat, es que t'ai pas w-
guit, es qu'ai mespresat tai paraulas; mais aquelei que in'an butât oa
pourtaran pas davans Dis.
Ici ce sont ses dévoués et ensuite son barde, Vérodun, qui !e veu-
lent suivre au camp romain :
Vbrsbntaurig : De qu'es que vos, tus, per veire î
Loni DBvouATs: Aicisoui, flaque d*uo, per te seguir en quante rôdouqne
te menoun.
Vbrsbntaurig : Ni tus, ni degus autre me seguirà.
Loui DBVOUATS: Ah be ara ! moun paire se traguet dins lou fioc que on-
met lou tieu, lou jour que louis enfants de Gergauvia l'agairerounUiit
malament, e tus vos pas que te rende ioi lou même servici? Mè remai^
des pas antau, me fagues pas aquel afrount davans louis oats de nMa
terra mairala. Es lou coumandament d'Ëuse que ieu, toun fraire, pti^
tagetamort.
Vbrsbntaurig : Mai t'ou dise, n'ou vole pas. Se jamai i'aviè un Galoia qua
s'en souvenguesse, mourigue davans que t'ou reprouchà; se jamai M
parlava dins un mitan, vege soun ped s'assecà sus lais estradas dan
mounde I Tenes lou serament que fan davans louis ornes qu'ausisaoïm
ioi moun paraulis gallic I
Loui DBVOUATS : Lou maudigues pas ; recorda-te pus lôu ça que m*or-
denoun lai drechuras auvernas, aquelai leis sautas qu'as pratioat tant
ben couma ieu. Soui tienne per la vida amai per la mort, e m'es derer
de te coumpanejar en tout, d'oun te daissar en quanta dttsfouiiuna qpe
siegue. Per que passariôs l'aiga de la mort sens m'avedre à toua ooui-
tat dedins aquel viage? De ma vida vidanta, revendriei pas d'un cop
coume aquel l
Vbrsbntaurig. Toun devé série de me seguir, e lou miëu es de te dsiasi
A-n-aqueste moument, Veraudun sourtis de la cola dai dévouais :
Vbraudun, k Versentauric : Lo\x leioun es dins la doubu; nounTeir-
jarai, mais, me sarrant d'el, cantarai per Tallegrir, amai siegue triste a
mai que mai triste. Anarai pas en ges de courts, me ferai pas de ges de
reis, per tant d'ounou que ne tiresse, alara qu'ai moun seules dins mmm
prince, moun lum première majoia. Davans ieu caminaran loui tns
dôus lou jour de ta mort; quand la descarrada te vendra prene, me
pendra, ieu atabé. Las ! Las ! rei venturious e manefique, auriei Jamai
pensât aimar un ome mai que tus lou tems que t'ai servit ^.
* Imité de Taliésin, Dédommagement à Urien^ mBardes bretons, poênm
du VI* siècle; trad. par M. de la Villemarqué, p. 433. Ce n'est pas la aenls
imitation que nous pourrions signaler.
LB PARAGE A MAGUELOl^Ë 155
Ybrsbntauric: Amaitus, encara !
Ybraudon : Rebuta touis Auvernes, toun pople, toui f raires, touis amies;
mais me rebutes pas ieu, lou canlaire de tas diadas trehoumfalasi lou
barde de tai batalhas roumivas; as chaplat la cadena dai pesés que
me portoun; as benastrat ma vida de sDun ooumençament à sa feni-
ciouo. E tant ben[adich Veraudun que la mort mema dessapartiriô
pas Veraudun de YersentauricI
YBRSBNTAnRic : No, DO, te vole pas, ni eau que siegue de Gallia. £n-
torna-te dins Gergauvia; ma maire, que lai es encara, te gardera tant
que vieurà !
Ybraudon : O^magistre ! magistrel'plourariô trop, ta maire, la reina blanca
couma Tel!, s* un cop me ie caliô countà tout ça que t'es avenguti
Et cette réflexion douloureuse arrête un moment le roi arverne.
Quelques instants après cependant, il l'envoie à Luctère le Cadur-
que ; et, si celui-ci est vainqueur, il charge le barde de venir le lui
chanter au-devant de la porte de sa prison de Rome.
La dernière communication devait être une traduction proven-
çale du Donec gratus eram» Ce petit chef-d'œuvre de la poésie anti-
que, probablement enlevé par Horace à quelqu'un des lyriques de
la. Grèce, avait été Tobjet d'une sorte de tournoi littéraire entre
M. Lieutaud et M. le docteur Adelphe Espagne. Le savant biblio-
thécaire de la ville de Marseille avait imité le Donec gratus eram en
se servant du dialecte d'Avignon et des bords du Rhône. M. Es-
pagne, au contraire, s'était astreint à le traduire exactement dans
le languedocien des environs de Montpellier. Enfin, tandis que le
premier ne s'écartait pas des règles de la poétique courante, le
second avait introduit dans quelques-unes de ses strophes des as-
sonnances semblables à celles q'uemploient les poëtes catalans :
Quand ère de tus agradat,
Que ges de jouvent préférât
Toun col lis e blanc abrassava,
Mai qu'un rei de Persia troumflave.
La pièce de M. Lieutaud fut seule communiquée. En l'absence
de Fauteur, retenu à Marseille par ses obligations de bibliothécaire,
M. le comte de Yilleneuve-Esclapon voulut bien en donner lecture
aux membres du Parage '.
(A suivre,)
* Les deux pièces de MM. Espagne et Lieutaud ont paru ensemble.
Revue des langues romanes^ n» du 15 mars 1878, p. 134.
4.
DISCOURS
• 1.1 1
PRONONCE PAR M. DE QUINTANA Y COMBI8
le 25 mai 1878
à la séance solennelle du Concours du Chant dn Laftia ....
'..■..,:. il
Mesdames et Messieurs, > •
En un jour de bonheur pour moi, une idée grande at gfiwé
reuse a jailli du fond de mon âme.
L'étincelle électrique la transmit à la yille de MontpeUiiff
TAthènesdu Midi, la terre dusoleilflefojerde Tenthoiuiajpiie,
et ridée a grandi, a parcouru le nionde et elle est allée r^Tofl-
1er des échos sympathiques, endormis malheùreaseméntdèptiilf
de longues années.
Tout ce qui respire autour du lac latin, berceau dé lapàtrifl$
sur les rives de TOrient, horizon de nos rêves; tout oe qi^fil
au delà des mers profondes, aurore d^une civilisatîoii mm^
velle qui nous sourit avec espoir ; tous les pajs qui s^intpiraAi
à la suave mélodie des langues romanes, — langues d^auMN^
qui font battre les cœurs, car elles redisent la gloire du papii.
et feront les liens de l'avenir ; — tout ce qui est latin, eimji^|L
répondu à l'appel de la noble et généreuse ville.
Salut, peuples du midi de l'Europe, si longtemps éprolîMi'
par le malheur ! Salut, peuples de TOrient, d*où noas tfèii^' '
nent chaque matin la lumière qui nous éclaire et la chaleur
qui féconde notre sol, mêlées à vos regrets et à vos craintail
Salut, peuples de l'Occident, qui nous tendez vos bras et toi
espérances comme l'enfant éloigné de son berceau I Saint, A
vous tous qui avez répondu à l'appel et qui venez ai]joiurd^|ni
resserrer les liens de la famille romane! , .
Voyez en moi, le plus humble des poètes, choisi peat-Atn
par la Providence, à cause de sa petitesse même, pour dàulttf
la grandeur de l'idée ; voyez en moi Torgane du sentSmAIF
qui vous inspire. Le rossignol des bois, malgré sa modestia,
chante les harmonies de la nature et la grandeur de Dieu.
Peuples de langue romane ! nous avons quitté, il y a Inaii
des siècles, le foyer paternel comme des enfants prodigned:
le malheur s'est abattu sur nous, au milieu des éclairs d*ilM^
gloire qui éblouissait le monde.
Nous nous sommes acharnés les uns contre les autres,
sans reconnaître le signe de famille.
DISCOURS DE M. DE'QUINTANA Y COMBIS 157
Nous sommes tombés les uns après les autres sous le glaive
cruel du barbare.
Le char de la civilisation nous a broyés toutes les fois que
nous avons faibli sous le poids de nos longues ivresses.
Peuples de langue romane, souvenez-vous! !
Quand la France, la sœur aînée de la race latine, le foyer
lumineux qui a projeté la civilisation moderne sur l'humanité
entière, s'affaissait, les entrailles labourées par la griffe san-
glante de la guerre, nos cœurs se gonflaient de Ig^rmes, nos
bras se levaient vers le ciel, la douleur des regrets assombris-
sait nos âmes.
Peuples de langue romane, retournons au foyer paternel !
Frères, resserrons nos liens !
Les peuples se rallient par le mélange de leurs intérêts,
par la communauté de leurs sentiments, par la fusion de leurs
idées.
Peuples de langue romane , peuples qui avons la foi, rele-
vons-nous par le travail, par la science, par la liberté ! . . .
La tempête lève, comme autrefois, à l'Orient, ses tourbil-
lons de flamme au milieu des nuages sombres, gros de mena-
ces pour l'avenir ; les vents froids et glacés nous envoient tou-
jours leur haleine mortelle.
Race latine, range -toi au seuil de ta demeure, l'olivier de la
paix sur ton front, les armes du travail à la main, la liberté
planant dans ton ciel d'azur'I
Et, tant que tu auras ton soleil brûlant qui féconde nos
germes, et ton vin généreux qui réchauffe nos cœurs, et l'a-
mour de tes femmes qui inspire tes créations sublimes, et la
foi qui les pousse et qui te donne la résignation et la force,
tu seras immortelle, vieille race latine, comme le souffle divin
qui t'a créée pour être le cœur et l'âme du monde !
Et toi, ville de Montpellier; toi qui gardes la semence de
cette idée de paix et d'avenir, toi qui la couves avec amour,
sois immortelle aussi !
Tu la verras éclore, et de ses branches robustes ombrager
le seuil du grand foyer latin.
Et maintemant. Mesdames et Messieurs, couronnez avec
moi les poètes vainqueurs.
Honneur et gloire aux vaincus, qui se sont inspirés du saint
amour de la famille! Et tous ensemble, avec la foi des croyants,
répétons en chœur le chant qui deviendra pour nous tous
l'hymne sacré de la patrie.
¥./
V
CHRONIQUE
Un membre du Conseil de la Société pour Véiude de»
mânes, M. Henri Delpech, vient de publier un travail sur la baUille
de Muret, dont l'importance a été, comme on le sait, dédsiva dtiu
rhistoire du Languedoc. Le travail de M. Delpech a pour titre:
la Bataille de Muret et la tactique de la canalene au XIII^ tiieh
(avec deux plans topographiques. Montpellier, bureau de la Société
pour rétude des langues romanes, 1878; in-8o, 3cvi-155 pages), et
peut, à tous les points de vue, être considéré comme une dei
monographies les mieux étudiées et les plus complètes que pos«
sède lé midi de la France.
il en sera rendu compte dans un des prochains fascicules da
la Revue.
*
Publications catalanes, provençales et LANGUBDOcmmii»
TRAVAUX SUR LA LITTÉRATURE DU MIDI DE LA FrANOB, etC.— Hueflor.
The Troubadours, a history of provençal life and Uteraiure m Ac
middle âges, London, Chattoand Windus; in-8®, 37& pag.
Birsch-Hirschfeld. Ueher dieden provenzalischen Trouoadown du
XII u XIII. Jahrh. hekannten epische Stoffe, EinBeiinw mar LiU-
raturgeschichte des mittelalters , Halle, Niemeyer; in-4o, 92 pag.
Jodisflorals de Barcelona, any xx(ie llur restaurcudô , M DCOGQLXZTin-
Barcelona, estampa de la Renaixensa; in-8o, 236 pag.
Contenant les discours, rapports et pièces couronnées le 5 nui
dernier.
Llihre dor de la modema poesia catalana, [Barcelona], la Re-
naixensa; in-12, 308 pag.
Lo Camestoltes à Barcelona en la segle xvii. Bomansoê pqpuhn
catalans, reproduhits dimpresos contemporàneos é ilustràiB ah notai y
documents inédits, per A. Balaguer y Merino. Barcelona, estampt
de la Renaixensa; in-8o, 27 pag. (Extrait de la RenaixeMat de Bar-
celone.)
Riera y Bertran. Escenas de la vidapagesa. Noveîeku y nanud/cm
varias de costums catalans, Barcelona, imprenta de la Renaixensa:
in-12, 2()7pag.
Marius Girard. Lis Aupiho, poésies et légendes provençoJéej, Ira-
duction française en regard du texte. Avignon, Roumanille; Ptris,
Maisonneuve, 1878, în-12, 511 pag.
Recueil de poésies couronnées au Concours de la SoeiM dm
langibes romanes, le 23 mai 1878.
L auteur prépare en ce moment la Crau, volume en deux parties:
A Voumbrinelh, poésies, et Au souleias, légendes et ballades.
Lou Rire de la Princesse, pèr hu felihre d*Entre-mowU, conlê fii'a
gagna uno mencien d'ounour au Concours dei Fèsto laHno de MamitfdU
(mai 1878). Ais, Remondet-Aubin, 1878; in-8°, 16 pages.
L'auteur met en souscription : lou Reinard prouvençcM^rouÊumeit
douge cant, tira deis escrit de l'agi m^an e de la traditien, em'tmo Mra
de Frederi Mistral.
Cette œuvre, qui n été couronnée au Concours de la Sodéié dm
IcSugues romanes, sera accompagnée d*une traduction flrançaiae.
■«rLlnVjkm^
CHRONIQUE 159
Société archéologique de Béziers. Compte rendu de la séance tenue le
SO mai 1878. Béziers, Granié et Malinas; in-8°, 55 pages.
Contient, p. 42-52, la Velhado, poé&ie languedocienne (Quarante
et ses environs), par iM. Prosper Vidal, qui a obtenu, cette année,
le rameau d'olivier en argent.
De Berlue- Perus sis, le Centenaire de Pétrarque au point de vue bi-
bliographique, Apt, J.-S. Jean; in 8°, 15 pages.
Gh. de Villcneuve-Eschipon, Zo Première Représentation du Pain du
PÉCHÉ {lou Pan dôu pecat), drame provençal en cinq actes et en vers de
Théodore Aubanel. Aix, Remondet- Aubin, 1878; in-8°, 22 pages.
Reproduction d'un article imprimé dans le Messager diu Midi de
Montpellier (n°« des 8 et 9 juin 1878).
Bonaparte-Wyse. LaFamiho de la Coumtesso. Antibo, Marchand;
in-8°.
L. Roum'icux , La Cigalo, cansoun^ musico deBorel, d'après un èrdou
rèi Reinié. Avignon, Lagier-Fornery; in-4o, 4 pages.
Laurans (Aug.). Récits bibliques en verspatois. Ancien et Nouveau
Testament. Agen et tous les libraires de la région; in-8°, vi-221pag.
Guiraud (A.) La Font-Putanellcy ou Jacques Cœur à Montpellier,
pièce en vers français, provençaux et languedociens, représentée à Mont-
pellier le iX novembre 1808. Que Va de ndu, dialogue en vers langue-
dociens; précédés d'une notice, par Antonin Giaize. Montpellier, Ha-
melin frères; in-8°, 88 pages.
Remy (Marcelin)ZotA Bon Tèms^ sirvente provençal, suivi de Ço que
voulèn, chant patriotique {traduction française en regard) .Carpentras.
Pinet, 1878; in-8^ 64 pages.
Louis Astruc. La Leiouno^ à moun ami Louis Roumiéux. A-z-Ais,
Remondet- Aubin, 1878; in-8°, 4 pages.
Geslain. La Littérature contemporaine en province. Portraits bio-
graphiques et littéraires, troisième édition. Paris, Rouveyrc; in-8*,
vii-346 pages.
Cartailhac, L'Age de pierre dans les souvenirs et superstitions popu-
laires. Paris, Reinwald; in-4o, i02 pages, (ig.
Sous le titre Ung bouquetot coelhut hens los Psalmes de David, metutz
en rima bemesa. per Arnaud de Salette en l'aneia mdlxxxiii, un
bibliophile vient de publier (Ubrairie Ribaut, à Pau) les cinquante
premiers psaumes de David, traduits en béarnais, en 1583, par
Arnaud de Salette, fils de Johan de Salette y président de la Crampa
de Contes et Conselhordenary en h pays et sobiranitat de Bearn,
Cet ouvrage, qui fut imprimé à Orthez par Louis Rabier, n'existe
plus aujourd'hui que dans deux ou trois grandes bibliothèques ;
c'est sur l'exemplaire de la Bibliothèque nationale qu'a été lailc la
copie des cinquante premiers psaumes formant le bouquet que
vient de publier la librairie Ribaut. Après les Récits d'histoire sainte
en béarnais et los Psalmes complets, ce volume constitue lo plus
long texte littéraire qui ait été donné en béarnais.
Inutile d'observer qu'à l'époque où Arnaud de Salette traduisait
les psaumes (1583), le béarnais était encore universellement parlé
en Béarn ; c'est donc presque toujours en vrai et pur béarnais que
s'exprime l'auteur
Ung Bouquetot^ tiré à 102 exemplaires, a le même format, le
même papier et les mêmes caractères que les belles publications
de la Société des Bibliophiles du Béarn. Son prix est de 10 francs.
160 ERRATA
L'abondance des matières qui constituent le présent numéro ne
nous permet pas de publier, ce mois-ci, la chroniaue du F'êUbrige
et des associations qui relèvent de lui, la liste des publications
concernant le midi de la France et celle des articles en langue d'oc
imprimés dans les journaux, depuis le mois de mars dernier.
Le prochain fascicule de la Revue réparera ces omissions.
Errata des numéros de février & juin 1878
Poëtsa lyriques catalans. — P. 56, ligne 1, pus, lisez car, — 62, 4,
A. Chartres, 1. A. Chartier, — 63. 19, 6re ^, I. «i. —
67, 21, Don, 1. Dona, — 73, 34, prenga, 1. pendra. —
77, 16. quel^ mon, I. qu*el mon. — 83, 1. 6 de la note,
ne, l. 710.
Donec gratus eram. — P. 135, 1. 17, al sieu, 1. au sieu, — 137, 8,
am, tus, 1. emb tas
Chronique. — P. 156, 1. 10 (trois lettres sont tombées à quelques
exemplaires), lisez: un recueil de poésies françaises*
dont il. . .
Périodiques. — P. 206, 1. 3-4, pounche d'aga>ch (dénomination locale),
sommet d'où l'on découvre au loin. Pointe du gût
serait une traduction plus exacte.
Poueisias dioisas. — P. 221, 1. 1 , dioias, 1. dioisas. — 226, 13,ybiiM0,
\,fomino. — 227, 3, Nounlaou, 1 Mounlaou. — 228, 18,
arrivas, 1. orrivas. — 230, 8, des, 1. de, — 230, 30, om-
hossadeur, 1. ombossodeur. •— 230, 33, nostro, 1. notro.—
231, 24, oteindec-mein^voou revenis, l.oteindec, m'ein voou
revenis. — 232, 25, lou soupo, 1. lo soupo. — 235,13,
lous, 1. lou.
Lettres à Grégoire, — P. 236, 1. 2, en commençant par le bas : OuMmt
1. Grueidon
Cantal gintei latine. — P. 263, 1. 21, B. Alecsandrt, 1. V. Âlbg*
SANDRI.
Lou Branle de las trelhas. — P. 281, 1. 9, t'arresta, 1. t'arresta^.
La Prise de Damiette. — 287, 1. 40 : « Comolumps peut très-bien
s'entendre comme substantif formé du verbe comolar,
lisez : de l'adjectif comol. »
Chronique — P. 306. 1. 29, à un anonyme de Tergu-MuretdnhtiA.à
une anonyme.. . . — 307, 32, dun poésie, 1. d'wné
poésie.
Table des matières. — P. 312, 23, par de Berluc-Pérussia, l. par
M. de Berlue- Perussis.
Supplément aux errata antérieurs : octobre 1877
Un document inédit relatif à la Chronique catalane du roiJacmes 1^.
P. 161, 1. 10, Manuel, i. Mariano.
Le yé?'ant responsable : Ernest Hambun .
DIALECTES ANCIENS
INSCRIPTION PROVENÇALE EN VERS DU XVl*' SIÈCLE
CONSERVÉE
dans Téglise paroissiale du Bar (Alpes-Maritimes )
Cette inscription a été publiée, avec un dessin d'un tableau
très-curieux qu'elle accompagne, dans le n° de février 1851
du Bulletin des Comités historiques. Comme ce recueil est peu
répandu, nos lecteurs nous sauront gré de la reproduire ici.
Nous la ferons précéder d'un extrait de la notice de M.Henrj,
correspondant du ministère à Toulon, à qui la première pu-
blication en est due.
« J'ai l'honneur d'adresser au Comité des arts le dessin au
trait, fort exact, d'un tableau curieux, peint sur bois, existant
dans l'église paroissiale du Bar, commune de l'arrondisse-
ment de Grasse, département du Var (aujourd'hui Alpes-Ma-
ritimes). L'ais sur lequel se trouve cette peinture a 1 mètre
75 centimètres de hauteur, sur une largeur de 85 centi-
mètres. Le dessin ne prend qu'un peu moins du tiers de cette
hauteur; le reste est occupé par une inscription en trente-
trois vers monorimes, tracée en beaux caractères gothiques,
en deux colonnes. Le style de cette inscription et les mots
qui la composent attestent la dégénération la plus complète
de la langue romane en Provence, à l'époque où elle a été
écrite, et ne permettent pas de la faire remonter plus haut
que la première moitié du XVP siècle ....
» Le sujet du tableau est une danse exécutée au son du
galoubet et du tambourin, par des hommes et des femmes. Un
petit diable peint en noir gambade au-dessus de la tête de
tous ceux qui prennent part à cet amusement . La Mort, armée
d'un arc, décoche ses flèches sur les danseurs. Ceux qu'elle
162 DIALECTES ANCIENS
atteint tombent à la renverse, et les diables qai les possè-
dent, figurés par ceux qui gambadent sur leur tête, accoarent
aussitôt à leur bouche pour saisir au passage Tâme dont ils
se sont rendus maîtres. Chacun d'eux place Pâme devenue st
proie dans Tun des bassins de la balance que tient rarchange
saint Michel, laquelle a pour contre-poids, dans Tautre bassin,
le Livre de vie.
De peur que Tacte de la danse ne soit pas assez fort poor
amener la condamnation, un autre démon s'allonge pour pe-
ser sur le bassin où est Tâme, avec une baguette qu^il tient
à la main. Un autre esprit malin s'empare de Fâme reconnue
coupable et la précipite dans la géhenne, figurée par une
gueule de Léviathan, d'où s'élèvent des flammes. »
L'inscription^ publiée dans le Bulletin des Cùmités hùêorir
ques, avec les abréviations de Toriginal, y est accompagnée
d'une traduction, en général assez exacte, et due, comme la
copie du texte lui-même, à M. Senequier (de Grasse). La re-
production de cette traduction serait ici sans utilité; nom
nous bornerons, en conséquence, à transcrire le texte, sauf
à remplacer partout, pour la commodité de la lecture, les
signes abréviatifs de l'original par les lettres qu'ils repré-
sentent, à introduire quelques apostrophes, à modifier par
places la ponctuation du premier éditeur et à faire deux on
trois corrections indispensables.
ce.
0 paures pecadours, haias grant recordansa
Que vous mourres tantost, non hi fassas doutansa.
E vous ballas souvent e menas folla dansa,
E fases autres mais ambe grant seguransa,
5 En vous cargant forment de mortala grevansa,
E non doutas en ren de far grant rebellansa
Al grant rey Jésus Crist que sousten vostra 'stansa I
Longament a 'sperat la vostra melhuransa.
Si vous mourias ensin sens haver reparansa,
10 Sensa doute alcun haurias malahuransa.
Pensas hi ben souvent, non fassas demouransa
INSCRIPTION PROVENÇALE EN VERS 168
De vous levar ben prest de tant granda pesansa ;
Quar si vous entendias la terribla venjansa
Que fara Dieu après la dura separansa
15 De vostra ama* doulent, quant sera en balansa,
Meravilha séria si non sentias tremblansa
En vostre paure cor e mais en vostra pansa.
Haias granda paour, quar cascun jour s'avansa
La fin e vostra mort de mala sabouransa.
20 Si ella vous feria ^ en souta dejssoutansa ^,
Vous tombarias de tout en grant desesperansa,
E pueis vous ballarias en la terribla dansa
Laquai s'apella ben perpétuai cremansa,
En fasent plours e crits e granda blastemansa
25 De Dieu e mai de vous, sens mais baver cessa[n]sa..
Aras tant que vives e hâves la poyssansa,
Fuges tant grant perilh e tant grant trabucansa;
Quar si vous intrares una fes en tal dansa,
Vous en repentires, mas tart sens proufictansa.
80 Pregui Nostre Senhour vous donne tal poyssansa
Que aquistes lo ben que dura sens mancansa,
Qu'en * tout temps lauses Dieu ambe grant alegransa,
Dont lo prince d'enfern haia grant douleansa.
Amen!
* Gorr. armai— * Ms. ferias.— ^ « Par surprise soudaine », du verbe
deyssoptar — assaillir, surprendre (Raynouard, Lex. rom,, V, 240), et
non « par une soudaine cessation des sauts », comme on a traduit dans
le Bulletin. — * Ms- ques*.
DIALECTES MODERNES
NOËL PERIGOURDIN
Ce joli noël, publié ici d'après une copie que je dois à robli-
geance de M. Ribaut de Laugardière, président da ConseS
d'arrondissement de Nontron et auteur de consciencieiues
Recherches historiques sur cet arrondissement, en rappelle deux
du recueil de M. Damase Arbaud : le Premier Miracle^ I, 23,
et la Fuite en Egypte, ibid., 33. Mais la ressemblance ne Tt
pas plus loin que les premiers vers. Le noël périgoordin a, de
plus, une pointe de malice qui manque aux deux cantiques
provençaux :
C. C.
L José, la Sento Vierjo,
Helas ! moun Dî !
José, la Sento Vierjo,
Lôuva sio Dî !
S'en va se permenâ l , .
Jésus ! ave Maria î (
IL Din lur chami rencountren,
Helas ! moun Dî !
Din lur chami rencountren,
Lôuva sio Dî!
Un poumier plé de poumâ.
Jésus ! ave Maria !
IIL — « José, ajâ m'en uno !
Helas ! moun Dî !
José, ayâ m'en uno !
Lôuva sio Dî !
f riiJ lÉin
NOBL PËRIGOURDIN 165
Ayâ m'en uno, siôu plâ *. »
Jésus ! ave Maria !
IV. — « Que lou que v'o graciado,
Helas ! moun Dî !
Que lou que v'o graciado,
Lôuva sio Di !
Vous la venhe ayâ !»
Jésus! ave Maria!
V. La Vierjo se janolho,
Helas 1 moun Dî !
La Vierjo se janolho,
Lôuva sio Dî !
Lou poumier s'ei beissa.
Jésus ! ave Maria !
VI. La Vierjo pren 'no poumo,
Helas ! moun Di !
La Vierjo pren 'no poumo,
Lôuva sio Dî !
Nen pren uno, mai doua.
Jésus ! ave Maria !
VII. José vôu fâ coum 'elo ;
Helas ! moun Dî !
José vôu fà coum 'elo ;
Lôuva sio Dî !
Lou poumier s'ei leva.
Jésus ! ave Maria !
VIII. Din lur chami rencountren,
Helas ! moun Dî !
Din lur chami rencountren,
Lôuva sio Dî !
Ze vers serait trop long, et pareillement le cinquième du neuvième
•let, si Ton conservait l'accentuation normale. Mais il faut pro-
er sioupla, comme un seul mot, en faisant atone Va final, tout en
onservant sa quantité. On a ainsi un vers féminin, comme Test le
corresi)ondant du couplet précédent ( pouma), et dont la syl-
surnuméraire, comme dans ce dernier, rime seule, ou est censée
r. — Siôw (alias siau,) est d'ailleurs l'ancien sius = si vos.
166 DIALECTES MODERNES
Un riusseii a passa.
Jésus I ave Maria !
IX. — « José, passa me Taigo !
Helas ! moun Di I
José, passa me Taigo,
Lôuva sio Dî !
Passa me Taigo, siôu plâ!n
Jésus ! ave Maria !
X. — « Que iou que v'o graoiado,
Hélas ! moun Dî !
Que Iou que v'o graciado,
Lôuva sio Dî !
Vous la yenhe passa ! o
Jésus ! ave Maria !
XL La Yierjo se janolho,
Helas! moun Dî !
La Vierjo se janolho,
Lôuva sio Dî !
Lou riu s'ei partaja.
Jésus ! ave Maria !
Xn. La Sento Vierjo passo,
Helas! moun Dîl
La Sento Vierjo passo,
Lôuva sio Dî !
La passo sel boulât
Jésus ! ave Maria !
XHL José vôu fâ coum' elo ;
Helas ! moun Dî !
José vôu fâ coum' elo ;
Lôuva sio Dî !
Ou ^ s'ei pensa nejâ.
Jésus ! ave Maria!
* Boula (houier, en Saintonge) , c'est mettre les pieds dans ane ornMri
ou une flaque d'eau.
> PronoDcez oou. C'est le proDom el (eu, puis 6u, ailleurs on).
UN SONNET DE RANCHIN
TRADUIT EN PROVENÇAL ET EN LANGUEDOCIEN
9
Les extraits qui suivent sont tirés du Mercure galant de
l'année 1682, mois de juin.
Le texte français, fort mauvais du reste, appartient à Ran-
chin; la traduction provençale est de Tabbé de Cary; l'auteur
de la traduction languedocienne n'est pas indiqué.
Martin.
Pagfi 18. — «On peut voir par là que le Roy n'a point de plus forte
'> passion que devoir la vérité réunir tous ceux que les erreurs de
» Calvin ont séparés de TÉglise. Leur party s'affaiblit fort, et c'est
» là-dessus que M. Ranchin, de Montpellier, a remply les bouts-
» rimez de M. Mignon. Je vous envoyé son sonnet.
SUR LE SOIN QUE PREND LE ROY DE BANNIR l'hÊRÉSIE
DE SON ROYAUME
L'hérésie, autrefois plus superbe qu'un pan,
Est enfin à la chaîne ainsi qu'une guenuche;
Le Grand Louys, malgré les ruses de Satan,
La rend, par ses édits, plus douce que la pluche.
La biche a moins d'ardeur à retrouver son fan
Qu'il n'en a de nous voir ensemble en mesme ruche ;
Quittant, pour le projet qui l'occupe tout Tan,
Celuy d'aller porter ses lois où naît l'autruche.
Revenez, dévoyez, et le Ciel vous est hoc.
Vous aurez l'amitié de Louis sur le troc ;
Voyez que du party toujours quoiqu'un déniche.
L'Église vous appelle, et vous conjure par
Ce champ mal cultivé que vous laissez en friche.
De rentrer dans son sein sans si, sans mais, sans car.
» 11 n'y a rien de plus agréable que le provençal, surtout quand
» c'est une femme qui le parle. Voyez, Madame, si vous l'aimerez
» dans ce sonnet; il est de M. l*abbé de Gary.
SONNET PROVENÇAL SUR LES BOUTS-RIMEZ DE PAN
Faire entendre per tout lou parapatapan,
Si juga d'au lion coumo d'une guenucho.
168 DIALECTES MODËRNBS
Estre amat como un Diou et crench como Satan,
Jusquos 6is bords glassars, donte ven la peluoho ;
Rire de Tenemy^ quand seis explois lou fan
Fondre como un eissame quand soûerte de la ruche;
Combatré hyver, estiou et trionfa tout Tan,
Tenir Taiglo plus bas que noun voelo Tautruche ;
En tout temps, en tout luec, s'y faire dire dlioc;
Aver ço qu'es de drech, senso perto ny troc,
Et ço que moun rey fa, lorsque la pas déniche.
Din lou mounde, atamben eou noun a pa soun par; '
Eou pou mettre quand vou cent provinces en friche,
Parço que sa valeur es l'appuy de son car.
Page 86. — « Onne s'est pas seulement scrvy du provençal pour
» publier les grandeurs du Roy; on a fait aussi un sonnet gascon
» sur.cetie mesme matière. Je vous l'envoyé. Les rimes de^wf et
» de car y sont employées d'autant plus heureusement que
» deux mots signifient^tr et cher en cette langue. »
SOXJNET BOUT-RIMAT EN LINGUO MOUNDINO
A LA GLOaiO DEL RBY
Lou rey, que ran la pas as troupelets de Pan,
Fa bouqua l'enemic milieu qu'une guenucho.
El fa luzi la creux oun regnabe Satan
Et s'abillo de fer may souben que de pluohe.
El n'a qu'eis ennemis que sas bertuts l'y fan.
Coum' uno saïo abeille el sap rampli sa ruche ;
El fa may dins un jour qu'eis autres dins toat Tan,
Et coubo touts deis els pla milieu qu'un autruche. .
El pot tout ço qu'es bel, tout ço qu'el dis es hec;
Pren tout de bouno guerre, e jamai re per treo;
La bertut dins soun cor es coume dins sa niche.
Cap d'autre rey dambel nou pot ana del par,
Lou royaume sens el serio toumbat en friche,
E Louis es del Ciel lou présen lou plus car.
LETTRES A GREGOIRE
SUR LES PATOIS DE FRANCE
{Suite)
DICTIONNAIRE
DU PATOIS DU DUCHE DE BOUILLON
1
Abachi (verbe) — tirer en bas.
Ahané (v.) — mettre des terres en ré-
serve ; faire des publications de
mariage.
Abaouï (v.) — japper.
Abasourdi (v.) — étourdir.
Abaufumé (v.) — enflammer, mettre
en train.
Abôré (v.) — faire entrer dans un
trou.
Abuchi (s*) — heurter du pied contre
quelque chose.
Aoloqué (v.) — mettre sur ou contre,
des blocs.
Aburni (v.) — se dit d'une truie prête
à donner les petits.
Acanosé (v.) — s'encanailler.
Accipé (v.) — prendre, escamoter.
Achauré — étourdi, éventé, léger.
Aclostai — petit enclos pour loger
des agneaux.
Acostaule — qui accueille gracieuse-
ment.
Acosté (v.) — accueillir.
Acrami (v.) — mélanger, confondre.
Acrachi (v.) — engraisser.
Acrepé (v.) — s'arranger autour d'une
table pour manger.
Adolminé (v.) — flatter, caresser,
adoucir.
Advinourde — énigme.
Advenant, à V advenant — à propor-
tion.
Adagni — très-occupé, attaché à
quelque chose.
Adaumé — entamer.
Affiage, affianée — confiance.
Affié — donner parole.
AmstoU — paré, bien arrangé.
AffricoVé — éveillé, gd, leste.
Ajfollé — faire du mal, blesser.
Ajfondré (v.) — enfoncer dans quel-
que chose.
Affûté (v.) — coiffer.
Affutou — coiffure de femme.
Affûté — arrangé, mis en ordre.
Aginci (v.) — s'habiller, se bien ai-
ranger.
Agasse — cors aux pieds ; babillard,
imprudent.
Agrinci (s*) — s'ennuyer,
Agnlin — toison d'agneau.
Agoustante — appétissant.
Agruhi (s') — se tenir près du feu,
se chauffer de près.
Aquë — aiguille, du mota^o italien.
Anale (v.) — embarrasser.
Ahalemin — embarras.
Ahaner (v.) — herser.
Ahéré — étourdi, qui agit précipi-
tamment.
Ahoté (v.) — arrêter, mettre obs-
tacle.
Ahoté — embourbé, chariot qui ne
peut avancer.
Ahûllé (v.) — assommer avec une
massue.
Aherdé (v.) — attaquer, battre^ com-
mencer.
Ahoulé (v. ) — hurler.
Ahinchi (s') — s'habiller.
Ahachire — estropié, infirme, malade.
• On a publié, de 1787 à 1857, plusieurs dictionnaires français-wallons et
wallons-français ; mais on peut être assuré que celui-ci ne manquera pas d'in-
térêt, malgré les fautes nombreuses que présente ce lexique et que nous n'avons
garde de corriger.
170
DIALECTES MODERNES
Ahonchi{v.) — saisir, tenir, battre,
commencer.
Ahuré (v.) — s'ahurer, s'entêter, s'ob-
stiner.
Aï — auïe — oui, certainement, je le
veux bien.
Aïousse — moisson.
Airie — carreau de jardin, certaine
(quantité de gerbes apprêtées pour
être battues de suite.
Airin, courti aux airins ou airies^
jardin potager, du moi arare.
Aitrie — cimetière, du mot atrium.
parvis.
Aiwe — eau.
Aimées — eau de relavure, eau puante
et sale.
Aiwiasse — qui a un goût d'eau.
Akanlé (5') — s'encanailler.
Aeuré, akuré — soigné.
Alachi (v.) — mettre à la laisse.
Alaidir (v.) — délaisser, abandonner.
Alévré — étourdi, éventé.
Aliborium — raisons captieuses, pré-
texte.
Aluké (v.) — regarder quelque chose
avec attention.
Aîosé — pré ou viande qui se couvre
d'une peau de mousse ou de moisis-
sure.
Amadé (v.) — châtrer.
Amadeu — chfUreur.
Ambedeux — tous les deux.
Amaï - embarrassé, en peine.
Amedé (v.) — s'engraisser, profiter,
s'enrichir.
Amanri (v.) — devenir maigre.
Amiaule — aimable.
Amiaulté — amabilité.
Amignoté (v.) — caresser, flatter.
Ami la mouaiyon — au milieu de la
maison.
Amon-^ chez.
Anchoures — coins, aisances, décliar-
ges d'une maison.
Aneine — fumier.
Aneini — tas, amas de fumier.
Anechi (s') — s'étouffer en mangeant.
Anirhi (v.) — salir.
Anichilé — biffé, effacé, réduit à rien.
Anolié — donner les saintes huiles.
Angouchi — pressé, impatient, é-
tburdi.
Angloit — coin de bâtiment.
Aneu, anuit, anute — aigonrà^hm.
Aoustrai ou awistrai — petit da
mois d'août.
Apachi — mettre la msuigeaille dann
la bouche à quelqu'un.
Appiffé (v.) — faire manger avec ex-
cès.
Arainé (v. ) — interroger, parlera qnd-
qu'un.
Armai — rouillé.
Arochi {être) — être arrêté par des
obstacles.
Aroi — tapage, bruit.
Aroïé — mettre la charme dans anc
terre.
Arouté (s') — se mettre en chemin.
Assanne — ensemble.
Asmette (v.) — se dit d*une femelie
prête à donner les petits.
Astoqué (v.) — contenir avec de»
blocs.
Astruqué («') — s'étrangler en man-
geant.
Attriquelé (s') — s'associer.
Askaoaré — étourdi, éventé, volage.
Assottî (faire) — faire des niches, toor-
menter.
Àsgmede — mener les bestiaux an
pâturage
Asquouette — abri contre la plaie.
Attache — épingle.
AtoiLsé — pré où l'herbe est drue.
Atourné — déjà tout formé.
Attoligi — bien traité, caressé, flatté.
Aurdre (v.) — brûler, s'enflammer.
Auque — quelque chose, aliqtdd.
Avan la vie — dans la ville on le
village, en visite.
Aurmougni {s') — se tourmenter, se
dépiter.
Auquette ou jaquette — jupe de
femme.
Avinde (v.) — atteindre, prendre,
toucher en haut.
Avvaré — étourdi, imprudeot.
Avvigi — éveillé, hûrdi, alerte.
B
Bachole — panier dont se servent
les pêcheurs.
Harellfi ou hoi/aichellp — fille.
fiarelefte ou houaichplptte — petite
fille.
Baffre — souftle,t, rou|i.«> df poing.
Basisn ou bassette — espèce de selle
qu'on met sur les chevaoz pour
porter les sacs.
Bauchi —- cloison en planches.
Banne — tombereau en claie ou pa-
nier à mener des charbons.
Barbaugea — saleté, bûches, mirn de
pain.
LETTRES A GRÉGOIRE
171
Battqué (v.) — regarder â travers
quelque cnose.
Banquette — petite vitre.
Batise — lait de beurre.
Bouaide — ouverture de la ruge (sic)
pour sortir les abeilles.
Beraudé (v.) — grimper, monter.
Beraudi — qui aime à grimper.
Bernu — bélier.
Bertatidé (v.) — châtrer, couper mal
les cheveux.
Hertaudi — qui coupe mal les cheveux.
Belhiné (v.) — se plaindre, deman-
der en gémissant.
Belhineu — qui se plaint en laissant
voir ses besoins.
Béhelle — grosse tête, homme grossier.
Biloqué (v.) — se partager en plu-
sieurs bandes pour mieux trouver
à vivre.
Blastagi ( v.) insulter, maltraiter de
paroles.
Blason — mauvais ouvrier.
Blasonné — faire mal l'ouvrage.
Biau — bâton jeté aux poires ou
pommes.
Baïourdai — idem.
Biauce — verrat, châtré.
Binnée — mangeoire des bœufs ou
vaches
Biser (v.) — courir par bonds et par
sauts.
Bique et bouc — hermaphrodite.
Bique ou biquette — chèvre, .
Bolhce — multitude, quantité, grand
nombre
Boquiou — bûcheron, du mot bois.
Bôsi — buisson ou fort d'épines et de
ronces.
Boussai — bouteille à l'huile ou de
pierre.
Boufabal — un gourmand, un md
tappé (sic).
Bouté (v.) — mettre, plasser (sic),
agir, faire.
Bosée — paravent de genêts ou de
paille.
Bore — creux, enfoncement, trou.
Boru — creusé.
Boure — cruche, pot, pinte.
Boudrule — nombril.
Boutique, boicstiqué — agir, remuer,
travailler.
Boutou — étui à épingle.
Bouquet — morceau.
Botard ou botellet — jeunes bœufs
non châtrés.
Bousti (v.) — boiter.
Boustueu — boiteux.
Bovires — terres en réserve pour y
faire pâturer les bêtes de trait.
Bové — garder les bêtes dans les
abanis pendant la nuit, veiller.
Brai — grain germé pour faire la
bière.
Brigossé (v.) — demander des restes
de table.
Brigosses — restes de table, peu de
chose.
Bribé (v.) — mendier.
Bribeu — mendiant.
Brigné — s'élever, paraître sortir en
haut,
Bricollé (v.) — aller et venir de droite
à gauche.
Brlcolli — courailleur, désœuvré.
Bringue — femme sans honneur.
Brondi (v.) — faire retentir sa voix.
Bronqué (v.) — se tenir droit comme
un piquet.
Bronqueu — qui se tient droit.
Bronzé (v.) — enivrer.
Brouchire — qui mange de tout.
Brisac — homme mal mis, dégue-
nillé.
Bourbian — froumillant (sic) en
grande quantité.
Brouet — confitures de poires.
Bruë — bouillon, potage sans pain.
Buée — lessive.
Bué (v.) — faire la lessive.
Buho — vase oblong dans lequel les
faucheurs mettent leur pierre à
aiguiser.
Burdanchi (v.) — faire du bruit.
Burgaigi — remuer les meubles.
Butai — baratte à battre le beurre.
Buti — gardien de bœufs.
Bulsonné (v.) manger des morceaux
de pain.
Burtonné (v.) — gronder, tapager.
Burton — grondeur.
Bursi (v.) — faire peu de chose.
Burhon — vieil arbre creux.
Burheu — sombre, temps couvert.
Cabriollé (v.) — bariolé.
Cabauré — bigarré de différentes
couleurs.
Caire — visage, teint.
Calbostai — petite armoire ou caisse.
Caboré — noircir.
Cabouchi (v.) — taire du bruit.
Caboté — tache de différentes cou-
leurs.
Cafougni (v.) — chiffonner, ramasser
en tas.
Caïaux — joujoux.
172
DIALECTES MODERNES
Ca7'outtê (v.) — aller et venir.
Cavée — chemin creux.
Chaboré — noircir.
Caboulée — potage pour les bestiaux.
Caburté (v.) — dechictô (sic)^ brûlé.
Chahollé — chasser les poules et
autres volailles.
Chame — banc, escabelle à traire les
vaches.
Chamois — petit banc.
Chanré (v.) — chasser les poules.
Chamlé (v.) — éparpiller.
Chardé — édenté.
Chanea — petites planches dont on
couvre les toits.
Chaftire — partie supérieure d'un
champ dépouillé de terre par la
charrue.
Chaspouï, chauspouï (v.) — battre
avec les mains.
Chévée — ravin.
Chévê (v.) — creuser, déchirer.
Cherpé — arracher, tirer.
Chefme — turbulent, méchant.
Cheseau — vieille masure.
Chippoté (v.) — éclabousser.
Choicvé (v.) — balayer.
Chôpé (v.) — gratter.
Chalé — mal mis sur ses jambes.
Champi (v.) — aller ou travailler vite.
Chauhouïe — querelle, batiture (sic).
Chandie — chaude.
Chetourde — ruge {sic, ruche).
Chirou — maigre.
Chippée ou chipette — équipée de
jeuïies gens.
Chipé (v.) — darder de Teau avec
une seringue.
Choqué (v.) — presser, saillir; il se
dit de l'accouplement des volailles.
Chourbé — essuyer.
Chouté (v.) — écouter, prêter atten-
tion.
Chouvé (v.) — balayer, nettoyer.
Chodé (v.) — brûler, du mot chaud.
Chou — pille, mange (en parlant à
un chien).
Chure — suivre.
Chute — suite.
Clamé — crier, du mot clamare,
Clicoté — faire sonner.
Clicotai — petite sonnette.
Ciime — femme sans vigueur, non-
chalante.
Clabot — clochette pendue au cou da
bétail.
Chume — écume.
Co — encore.
Cohaï — ' personne maigre.
Coche — truie châtrée ; item bran-
chages.
Compursonniers — cohéritiers.
Conqu£ts — biens acquis pendant le
mariage.
Cordelle (il est à sa) — à sa disposi-
tion.
Côpon — tison.
Coupion — petit vase de terre.
Courselle — petite cour.
Conhandiné — balancer ensemble.
Conpichi (v.) — dépisser.
Contappé (v.) — se déjeter, jeter
par-ci par-là.
Conpité (v.) — donner des coups de
pied.
Contrainé (v.) — traîner dans les
ordures.
Contrachi (v.) — tirer par les che-
veux ou par les habits.
Conflachi (v.) — coucher, abattre,
renverser par terre.
Conchiné (v.) — parler dur^nent,
insulter.
Crache — graisse.
Crachon — bête grasse ou qa*on m-
graisse.
Cramiette — main de fer.
Cran — gras, dodu.
Crahai —mâche-fer, crasse de fer.
Crameu — gamelle à mettre du laiL
Culot — coin du feu, dernier enluit
ou petit.
Culotti — qui a des culottes.
Cure — soin, paroisse.
Cmtode — étui, bourse.
Cossette — étui à mettre des
épingles.
Crawi (v.) — aller de travers.
Crawieux — tortu, qui a les jambes
torses.
Crauwe — crosse.
Cuvi (v.) — faire peu de chose.
Cuvieu — qui s'amuse à fiûre des
bagatelles.
D
Dadai, dadau — nigaud, noncha-
lant.
Déhalé (v.J — battre, pf^tropier.
Déhalé (v) — débarivi >er, ôter l'em-
barras.
Dank — u:rand merci.
Dauface — enfantin, qui a des ma-
nières puériles.
Délougi (v.) — désoler, rebuter, dé-
goûter.
Dalousé (v.) — plaindre, avoir com-
passion.
LETTRES A GREGOIRE
Damisse — qui veut goûter de tout,
gourmand.
Dus^anrochi — malade pour avoir
fait la débauche.
Dusbi'ingné (v.) — délasser, des-
serrer.
Dusganlé — être déboutonné, avoir
l'estomac découvert.
Dîiswaimé (v.) — perdre ses plumes.
Dustriclé (v.) — séparer, démêler.
Dauré (v.) — s'élancer, agir avec
vivacité.
Daurne — attaqué de vertiges.
Daumai — vertiges.
Devant erso — devant hier.
Deulé, adlé — auprès.
Devantrin — tablier.
Devousé (v.) — tutoyer.
Dia, à dia — tirer à gauche.
173
caresser.
Dodiner ou tostiner —
flatter, choyer.
Dichippe — qui use beaucoup ses
habits.
Dorée — tarte,
Doutance — incertitude
Doïe — doigt de pied
Drané (v.) — briser les reins.
Drané — gui va de travers, qui a les
reins brisés.
Dresse — armoire de cuisine.
Dugeaule — facile à conduire.
Dusdu — tapage, meubles brisés.
Debumé (v.) — charger de saletés,
d'immondices.
Demoné (v.) — gronder, tapager.
Dusgrauwé (v.) — arracher avec les
ongles .
E
Echelée — poignée, brassée, petite
quantité.
Emhw'licoqiié — déranger les idées,
tromper.
Engin (sans mal engin) — sans fraude
ni tromperie.
Ensinne — fumier.
Ensinné — fumer, graisser les terres.
Ensinni — tas de fumier.
Estelles — copeaux de bois.
Ersot — hier.
Enhairgne — maussade, entêté, dur.
Œuron-cou — œuf cuit à la coque.
Erinté (v.) — casser les reins.
F
Faribolle — feible.
Fefe — violent, dur, colère.
Fauquet — manche de faux.
Fauquette — fente aux jupes des
femmes (mot italien fichetti).
Fesses — tringues (sic) de plaiond ou
de parois.
Fi?ié (v.) — trouver, se procurer.
Fiquette [par] — terme qui vient de
1 italien et qui se prononce sans en
connaître la signification obscène.
Feri (v.) frapper.
Flabau — flatteur, amas ou quantité
de neige,
Flabauai (v.)— dire des mensonges
ou des flatteries.
Flabaudé (v.) — touché à droite et à
gauche.
Flaubé (v.)— battre sans ménagement.
FLoubée — rossée, correction.
Flauche — femme qui dit des riens.
Flauché (v.) — dire des riens, des fa-
bles.
Flaucheu — qui dit des fables, des
mensonges,
Flachi (v.) — renverser l'un sur l'au-
tre.
Flahutte — femme flatteuse ou qui
conte des riens.
Flauwe — fable, conte; fade, pares-
seux.
Fortuné (v.) — périr.
Frairie — tour joué à quelqu'un .
Fringuette, frignette — fille élégante,
alerte.
Friolé (v.) — être alerte, joyeux, tres-
saillir.
Friolé, affriolé — être alerte, gai,
leste,
Froumigire — jatte de lait avec du
fromage blanc et du pain.
Friskin [saint)-- tout ce que quel-
^ qu'un possèae.
Fiimelé (v.) — choisir ce qu'il y a de
mieux.
Furdauchi (v) — battre à coups de
gaules.
Furdauchaine — batterie ou événe-
nement fâcheux.
// n'est ni in fi de chneure — il est
entièrement mouillé.
Fougni(w.) — fouiller,
"dépl-acerf"^
Fumiqué (v.) — remuer, déranger,
Frulé (V.) — craindre, être sensible.
Flihou — chose très-légère.
n4
DIALECTES MODERNES
a
Gade — chèvre; croix à soutenir le
bois pour scier.
Gaivé (v.) — lirer en bourse
Gaiouîe — cage, prison.
Galouffé (v.) — manger indécemment.
Gambion — bois courbu {sic) pour
écarter les jambes de derrière à une
bête qu'on a tuée .
Gambi (v.) — écarter les jambes, les
remuer.
Galfadre — vaurien, grand mangeur
Galle (v.) — gratter, brouter l'herbe.
Gerteu — qui a les genoux de tra-
vers.
Geiine — brebis de deux dents.
Giboulée — nuée de grêle ou de neige.
Givée — flotte de bois,
Glayn {à) — à foule, en quantité
Glainé (v.) — répandre par-ci par-là.
Glawerai — nappe d'eau, eaux sta-
gnantes .
Glo — friand, gourmand.
Golippe — femme malpropre et de
réputation équivoque .
Gode — femme sale et vilaine .
Godin — jeune bœuf, aumaille.
Gommée — enflure sous la gorge; vase
d'écorce d'arbre.
Graboui (v.) — chatouiller, gêner,
faire mal.
Grauwé (v.) — puiser dans quelque
chose en pâte.
Grawe — boue gelée et fort rabo-
teuse.
Gi'aie — mince, effilé, élancé.
Grandiveu — orgueilleux , vain, am-
bitieux.
Grevissi (v.) — talonner à la manière
des écrevisses.
Gi'ivo ou grivolé — tacheté, mir-
c^ueté.
Grivou-^vdNVQ. par lequel on entratne
le bois dans les montagnes.
Grigneu — qui est de mauvaise hu-
meur.
Grumer — gruger, broyer avec les
dents .
Guigné (s*) — rechiner, faire la moue.
Gugné — toucher, heurter, coudoyer.
Gùinguin — grande parure.
Guaidées — propos désagréables.
H
Hahai — bruit, criailleries, querelles .
Hachi (v.) — tirer à soi .
Hagaron^ haguette — mauvais cheval.
Hain^ance — haine, animosité.
Haiti — bien portant, sain.
Hailige — semblant, feinte, apparence.
Hana — vase à boire.
Haleoti — mauvais conducteur, qui
fait de mauvaises affaires.
Haleoté (v.) — conduire mal ses affai-
res.
Haleotée — petite charée {sic),
Hare?igé (v.) — quereller.
Harengire — méchante femme .
Hakin — serf, vassal, homme obscur.
Marotte — mauvais cheval.
Haeau — mâle qui n'a qu'un testi-
cule.
Harnauder (v.) — remuer, déranger
les meubles.
Harnichi (v.) — agir, ranger les
meubles .
Maraudé (v.) — crier, faire du bruit.
Maulaque — brigand, vaurien.
Malon — vieux tronc d'arbre laissé
dans un bois.
Mamaule — qui rôde autour des vil-
lages pour voler.
Mandelé (v.) — monder, balayer,
porter le fumier.
Marnai — vieux meuble.
Malbutte — espèce de fuBil à vent
que les enfants font avec du sureau
percé.
Mairde — troupeau de vaches.
Maïné (v.) — répandre, éparpiller.
Maloppai — guenille.
Maloppe - femme mal mise.
Maloqué, harnoqué — remuer, Wre
du bruit.
Maulou — serviette dont les femmes
se coiffent pour se . garantir du
haie.
Malmandé fv.) — parler d'une façon
inintelligiole.
Maloche — femme qui se tient mal.
Maloté — ne pas être ferme.
Manicroche — qui s'arrête partout
Mandiné, dandiné (v.) — oalancer.
Malarme (faire) — faire haro, tomber
dessus.
Merdal — chemin par où les bestiaux
passent.
Maroches — grosses étoupes.
Maskadar — vaurien.
Matrai — le cou.
LETTRES A GREGOIRE
175
Hazée — pas, enjambée.
Haijous — paravent dont se servent
les charbonniers.
Hausse — vente, écriée (sic).
Hausse (avoir) — être pressé .
Helpai — habillement déchiré, per-
sonne mal mise.
Haumelle — torche faite de paille.
Hasi — desséché.
H aimé (v.) — frapper à la tête.
Haimé — marqué au front.
Herdi — gardien des vaches.
Héré (v.) — agacer, exciter.
Héré (se) — se fourrer partout.
Hergai — guenille.
Heyye — amadou.
Hessé (v.) — exciter un chien.
Hcté (v.) — désirer ardemment.
Hurdulé (v.) — faire du bruit avec
des meubles.
Hurduli — qui dérange tout, qui fait
du bruit.
Hinane — fluet, maigre.
HioLé — manger après la veille.
Herchi (v.) — traîner.
Hin — que dites-vous?
Hisse — nabit de toile ou de tirtaine.
Hoclé (v.) tricher au jeu.
Hocleu — tricheur, fraudeur.
Hodaule — importun, fâcheux.
Hodé (y. ) — fatiguer.
Hoki (V.) — béguer {sic).
Hokieu — bègue.
Hollé (v.) — aller et venir.
Holli — à qui tous marchés sont bons.
Horhée — certain espace de temps.
Hoches, hochettes — tas de gazon
mis l'un sur l'autre pour sécher.
Hourballé (v.) — traiter durement.
Houdré — malpropre, couvert d'or-
dures.
Houre — femme de mauvaise vie.
Houhi — gronder.
Houijeux — couvert de poils.
Houijous — crillards (sic?) qui dan-
sent en criant heu-hou.
Fouaire le hou-hou — avoir froid,
être malade.
Houchi — appeler.
Houffé (v.). — parler durement.
HoAai — butte, petite éminence.
Hureu — morfondu de froid, de ma-
ladie ou de misère.
Hugné (v. ) — ramasser du foin en
larges tas.
Hugne — foin ramassé en tas plus
larges que hauts.
Humé — un bouillon de malade
Heurée — touffe de broussailles.
Huri (v.) — avoir des horreurs.
Hosettes — quettes faites en façon du
sas
Hoseli — mal chaussé.
Huvé — qui a une marque à la tête,
bigarré.
I- J
Incomparaule — incomparable.
Ingenii (v.) — chercher dans son
esprit.
lolé (v.) — manger après la veille.
Jus — bas (mettre jus, mettre bas).
Javquette, jaquette — cotte ou jupe.
Joque — juchoir.
K
Kahourde — bouteille de pierre;
veille de fille ou de femme, bal noc-
turne.
Kahu — têtu, obstiné.
Kaïaux — joujoux d'enfants.
Kalenburdaines — balivernes.
Kalenburdiné — dire des balivernes
Karouté (v.) — aller et venir.
Kermesse — fête de village.
Kaure — liard .
Kawet — petit pot de terre avec un
manche .
Kerre — chercher, prendre, em-
porter.
Klabau — criailleur.
Klabot — sonnette de bœuf.
K7'anti (v.) — vaincre, épuiser les
forces de quelqu'un.
Kranti — rendu, épuisé.
kanles — gens méprisables.
Kahi — le crâne, la tête,
Kaï — desséché, dur.
Kaire — couleur du visage.
Kaboré (v.) — noircir.
Kabauré — bigarré.
Kabtirté — brûler les jambes près du
feu.
Kourie — charogne .
K ouaté (v.) — désirer ardemment.
Kouateux — qui désire tout ce qu'il
voit.
176
DIALECTES MODERNBS
Laigne — bois à brûler, copeaux .
Laisse — une volée de cloches.
Laitrie — cimetière.
Landstmane — compatriote.
Lani — tas de bois à brûler.
Laurme — miel.
Laurmian — pleureur.
Lasse — foyer.
Lauvau — là-bas Ubi),
Louppe — lèvre d en bas; {fouaire
la louppe, — faire la moue.)
Liquette — languette.
Lechette — petit morceau à manger.
Liguette — petit morceau en long.
Lohhé (v.) — caresser, flatter.
Lobben — flatteur, patelin.
Lauchené (v.) — battre, mîJtraiter à
coups de bâton.
Laupigne — oiseau de proie.
Loquette — bâton avec une boule en
bas .
Laton — du son.
Loripi — vaurien, traînard.
Limé (v.) — demander sans oeiee.
Lohai — gros morceau
Lotettes — jarretières.
Loigne — niais, diseur de balivefMiL
Loigrieries — sottises, foîies.
Loppin — gros morceau de yitiide.
Losse — ftunéant, débauché.
Lostries — discours trop libres.
Louqué (v.) — regarder.
Loussé — cuiller à pot.
Lonzin — lent, paresseux.
Lonziné (v.) — agir lentemwit.-
Lumé — éclairer.
Lumette — petits copeaux pour
rer.
Lukette — créneau ou petite viln.
Luské (v.) — loucher.
Luskette ^- femme qui hmche.
Luskard — louche.
M
Mal apris — vaurien, sans éduca-
tion
Margoui (v.) — mener mal, mal-
traiter
Mesbrigi — estropié.
Mire ( mettre à ) — mettre à cheptel .
Mesplege — qui a des plaies.
Migneron — ferblantier qui roule les
villages.
Mitan — milieu.
Mou fiasse — molasse, tendre, spon-
gieux.
Mougené — (v.) travailler mal, sans
propreté.
Machuré (v.) — noircir, salir.
Mâcherai — rhume.
Mallette — panetière de berger.
Mangon — cruel; autrefois boucher,
bourreau.
Mangouné (v.) — faire souffrir.
Maradé (v.) — goûter, manger apriSs
midi.
Malignan — méchant, per\'ers.
Malon — bourdoD, grosse mouche,
bourbillon.
Margoui (v.) — maltraiter quelqu'un,
houspiller.
Maria ule — propre à être marié.
Mare (v. ) — donner le cauchemar.
Méhin^ méha — maladie courante.
Meing, poutpris — enclos ou jardin
potager.
Mello —nèfle.
Mellier — néflier.
Mesquine — fille de cuisine.
Mer elle — cailloutage, pierrette.
Merlin — massue en lorme de hadia.
Messie (v ) — ne pas convenir.
Mestumé (v.) — tomber en buta
Messe — ouartz cristallisé; but (mcAj
Messi — ban, garde..
Misce, damisce ^- qui veut goûte do
tout.
Mice — la rate.
Micé (y.) — donner un coup an cnu
de 1 estomac, qui (ait tomber hm
respiration.
Mi — hydromel.
Afzée— jatte de lait avec du pain brisé.
Miraine — aigreur dans le goiiar.
Mistanfiute — homme sans eoub-
tance, vaurien.
Mitte — chatte.
Moliné (v.) — manger à tonte héart»
Molinée — taupinière.
Mouai — méchant, colère.
Mouchon' — lait que donne, mw jmkê
chaque fois qu on la trait.
Mougni — manger.
Mou — (multum) .
Mottée — pommes cuitflB,
Musai — niand.
Musse (v.) — faire entrer dan u
trou, cacher.
Mussot — trou, cachette.
Moucha (v.)^ chasser hé
Mulai — tas de foni«
.J&:^m^
LETTRES Â GREGOIRE
177
N
Nareu — qui se dégoûte facilement.
Je n'ai cure — je ne m'en embarrasse
pas.
Naiveu — batelier, homme d'eau.
Tout à nawette — tout à coup.
Nésa — venez.
Nésingue — nul.
Niau — nichet.
Niche — sale, dégoûtant •
Nichetée — saleté.
Nichereu — sale, vilain, avare.
Nomme? — n'est-ce pas?
Nonettes — épingles.
Nounier — étui à mettre des épin-
gles.
Noureli — terre chargée de genêts,
ou bois de genêts.
Nignée — nichée, bande, troupe.
0
Ogeai — oiseau .
Orson — morceau de pain.
Orire — lisière de bois .
Orve — fleur de farine.
Ouché, ouchate — que j'ai froid !
Ourdon — partie d'un terrain.
Ostant — autant.
Osté ou amon — chez.
Oé dà — mais oui.
Ovri (v.) — travailler.
Ostellerie — auberge.
Ouviette — 'agneau femelle.
Ougeuse — vieille brebis qui n'a point
fait d'agneau.
Oprume. — dans cn' moment seule-
ment.
Ohé — oui.
Oïe, oio — aïe ! vous me faites
mal.
Pachi — enclos
Pachoîi, paisson - gland ée où il y a
des porcs.
Paltée — charge une pelle (air) .
Pallon — bêche.
Papin — bouillie d'enfant.
Parsouniers — cohéritiers.
Parcoure, entrecours — droit de pâ-
turage.
Pardienne — per Deum.
Parmi — à condition.
Pannage — ce qui se paye pour
mettre un cochon à la glandée.
Pfîquis ou batia — pâturage com-
mun.
Patar — sol; une rouelle de pomme.
Paniuté {v.) — passer la nuit sans se
coucher.
Pazai — sentier.
Parti (v.) — partager.
Pastai — bourbier, mortier
Pasturai — pâtre
Passée — pas.
Paurge — amas de fumier.
Pargire — enfoncement où on met le
fumier.
Paume — épis.
Paumé (v.) — venir eu épis.
Parpounot — le dernier des petits.
Pecneri — malheureux, qui ne réusit
en rien.
Pénau, péneu — triste, honteux.
Pequet — genévrier.
Petelles — fiente de brebis, et....
Petrai — petites poires sauvages.
Pestulé - fouler aux pieds.
Pirrée — amas de pierres.
Pipé (v.) — fumer avec une pipe.
Pipeu — fumeur.
Pité (v.) donner des coups de pied.
Pité (v.) — piéter.
Placebo — flatteur, hypocrite.
Plais — audiences où les amendes se
jugent.
Planchi — grenier.
Pailire •— carrière.
Porfis — panaris
Pranglé (v) — se dit des bestiaux
qui se reposent à midi.
Praiigelou — lieu où les bestiaux se
rassemblent pour se reposer.
P va (juive — temps que les bestiaux
se reposent
Ponre — pondre
Pochi — tacher, barbouiller.
Porchi — gardien des porcs.
Potet — petit creux.
Potclle petite armoire au-dessus
de la cheminée.
Piolé (v.) — se plaindre, se lamenter.
Pioleu — qui se plaint.
Posson — vase à boire de la bière.
Pouchelet — petit cochon.
Poutre, pouliche — jeune jument.
Pouyon — jeune poussin.
Proime — proche parent.
178
DIALECTES MODERNEBS
Pougi (v.) — puiser.
Pougm (v.) — poigner.
Prêté (v.) — se faire prêtre.
Pute — colère, méchant, revêche .
Quatre — chercher, amener, ap-
porter.
Quouance — semblant, mine.
Quant et quant — tout à cette
heure.
Rabachi (v.) — abaisser.
Racalagi (v.) — accoster, accueillir.
Radressé (v.) — mettre les grains en
javelles sans râteau.
Rafferé (v.) — enfoncer la charrue
dans un champ.
Rafutté (v.) — battre, rosser.
Ragaidi (v.) — ragaillardir.
Ragousté (v.) — remettre en goût.
Ragouté{y.) — recueillir des gouttes.
Ragroulé (v.) — gronder.
Rageulé (v,) — retirer dans un coin.
Raguinchi (v.) — raccommoder.
Ranané (y.) — herser de nouveau.
Raheurée — vache qui a fait le veau.
Raine — grenouille.
Rins — rameaux pour faire des ba-
lais.
Raudé — grasseyer.
Rallé (v ) — retourner.
Reche ^- dur, âpre, grondeur.
Ragwmette — restant, reliquat.
Rasin — gratin .
Rakalagi — retirer, recevoir quelqu'un
chez soi, dans sa maison .
Rabawé (v.) — réphquer durement,
résister en face.
Raguette — femme hardie, querel-
leuse.
Rechi (v.) — sortir.
Rememhrene — ressemblance.
Ramiche — qui dérange tout.
Ramichi (v.) — déranger, déplacer,
remuer.
Ramon — balai.
Ramouné (v.) — balayer
Rigollé (v ) — glissé.
Rapouaigi (v.) — apaiser.
Rechire — sortie des bestiaux après
raidi.
Rechiré (v.) — mener les bestiaux
aux pâturages après midi.
Rapongni (v ) — rattaqiier, battre de
nouveau.
Ranairé (v.) — rendre du nerf.
Rohi (v.) — tousser en crachant.
Pequée — nichée .
Pouchelé (v.) — truie qui Dut et»
petits.
Q
Quedre (v.) — cueillir.
Querri (y,) — chercher.
Quoïe (eau) — eau dormante.
Queque ce; pas des cô — quelque-
fois. •
R
Rassapiné (v.) — lécher ses lèfni,
les sucer.
Rassonré (v.) — se réunir en bmde.
Ratinde (v.) — attendre.
Ratoumé (v.) — battre, anrdter, lue
retourner.
Ratousé — recouvert d*herbei qui
commencent à croître.
Raule — instrument pour tirer lei
braises
Rawer (v.) — ravoir, reprendre.
Raire — créneau.
Raui (v.) -r arracher, déplanter.
Rébiffé, rabequé (v.) — impoaiDr ■•
lence, répondre durement.
Rebouté (y) — remettre.
Reciné (v.) — manger après Janflle.
Rechanài (v.) - rechauflér.
Rucondoure (v ) — reconduire.
Redeulé (v. ) — nérisser.
Rejoncklé (v.) — remonter vere n
source
Ruskeure (v.) — garantir, sauver, re-
prendre.
Reaardure — regard.
Reîauchi (v.) — relftcher.
Rekedou — tinette.
Religné (v.) — dégeler.
Relain — dégel.
Remontrance — soleil qui oontieBt II
sainte hostie.
Remussé (v.) — se cacher dans n
trou.'
Renauchi (v.) ^> remuer, démger
les meubles.
Renaudé (v.) — vomir.
Reupé (v.) — roter.
Routi — chemin par où les bestÎHi
passent.
Reuskeure (v.) — réchapper.
Rouwaiti (v ) — regarder.
Ragosse (v.) — tige de chou.
Riffler (v.) — dépenser vite.
Ribotte, rtbotage ^- ripaîDe, gm^e
chère.
Ribotté (v.) — faire ripaiUe.
LETTRES A aRBGOIRB
179
Ridé (v.) — ôter le comble.
Rivé (v.) — détacher les feuilles en
glissant la main le long des bran-
ches.
Rouamé (v.) — ruminer.
Rustai — râteau.
Rustellé (v.) — râteler.
Rongeai — racloire.
Rougelé (v.) — passer la racloire sur
la mesure.
Rouvysre — qui oublie facilement*
Rawé (v.) — ronger avec les dents.
Ruspaumé (v.) — rincer.
Sacantes — beaucoup, plusieurs, mul-
titude.
Saigni (v.) — faire le signe de la
croix.
Sabahi ou Sahaie — je serais bien
étonné si . . .
Saye ou Sëai — seau, vase.
Sai (v.) — goûter, essayer.
Sanwridiet — juron sans signification
connue.
SantivauLc — sain, propre à entretenir
la santé.
Saqué — chose de rien. Saqué gens
— gens de rien, méprisables.
Sauves — terres incultes qu'on essarte
pour les brûler; du verbe sauver,
dessécher.
Sawira — os plein de moelle.
Sbaré (v.) — faire peur.
Sbuvé — se dit d'un chariot dont les
essieux sont usés et ne remplissent
plus les moyeux.
Sblavé — éploré, triste, décoloré.
Scraboui (v.) — racler un tison en-
flammé, exciter le feu.
Savemouchi — moucher, cracher,
tousser à la fois.
Schelme — traître, scélérat ( mot alle-
mand ) .
Scalot — aide, valet du pâtre .
Scaloté (v . ) — garder le bétail sous
l'inspection du pâtre.
Scafié (v.) — tirer les fruits de leur
coque, faire prestement une chose.
Scafai — coque dure comme de noix.
Scaflotte — coque mollasse ou gousse.
Serai fi — écaille d'oeuf.
Serai fi — déjà grandelet.
Scornai — éclat, écornure.
Scomé (y.) — écorner, casser, mu-
tiler.
Séraiii — écrin, armoire à mettre le
pain .
Séiai — seau, vase.
Sbavé ^v . ) — épouvanter .
Sbarat — épouvantail .
Sbvougni — émousser la pointe.
Secheron ~ tarte sèche ou mau-
vais pré.
Scoté (V.) — couper les branches.
Selle — chaise.
Soumonre (v.) — annoncer, avertir.
Spani (v . ) — serrer .
Siest — oui, la chose est ainsi .
Skrinie — crinière.
Soque, soquette — tronc ou souche;
S'nasé — camus .
Sto — souche.
Soçon — associé, compagnon .
Sonre — troupeau dp cochons.
Sougne — soin .
Souaû ou soile — seigle.
Selambogne — qui est de travers,
plus haut d'un côté que de l'autre .
Slambvant — soleil couchant.
Sonneux — triste, de mauvaise hu-
meur.
Spalanti (v.) — tenir debout comme
un piquet.
Stempi — idem .
Spande (v.) — répandre.
Spani (v.) — sevrer.
Spivai — armoire à serrer le pain .
Spaté (v.) — écraser.
Spingi (v.) — écouanger le chanvre,
battre.
Spité (v . ) — trépigner, sMmpatienter,
dépiter.
Spitant — qui se fâche facilement.
Spinceron — étincelle de feu, pico-
tement.
Stinche — digue d'étang.
Stinchi (v.) — étancher.
Stalon ou nonci?i — cheval entier.
Stelles — copeaux de bois.
Sfeulles — chaumes
Stiqué — coudoyer, pousser .
Stiquemande — mande dont se ser-
vent les brasseurs.
Stipée — petit espace de temps .
Stochet — chausson de laine .
Stoffet — fromage mou .
Stoupé (v) — boucher.
Stragne, stvag?iive — étranger qui fait
des façons.
Stauré (V.) — répandre.
Strain — paille.
Staineau — bouc châtré.
Stvaufé ou strifé — battre, maltrai-
ter.
Stvie — étrille .
Strû (v.) — étriller.
180
DIALECTES MODBR^fcïS
Strichi (v.) — se redresser, se tenir
droit.
Strime — étrenne.
Strimé (v.) — étrenner.
Strulé (v.) — frotter fort, battre.
Staulai — petite écurie.
Stohai — trochée.
Subhasté (v ) — vendre des héri-
tages au cri public.
Saurmougni (v.) — s'impatienter, se
dépiter.
Sizettes — des ciseaux.
Sîison ou Sugnon — surean.
Sconcire — amas de neige.
Scornifleu — piqueur d'assiettes.
Sauie — reste du fourrage que le
bétail ne mange pas.
Sauye (v.) — ne pas manger tout tt
qui est offert.
Sgrinèi (v.) — se gratter avec aei
habits.
Tachette — petit morceau qui reste
après que le terrain est partagé.
Tatchi (v.) — tacher.
Tahuré (v.) — dire sans fin.
Tabure — femme qui dit sans fin.
Tarouge, tarougi — idem.
Taquin — prompt, colère.
Tartelle — crécelle.
Tartullé (v.) — faire crier la crécelle.
Tassai — tas de gerbes.
Tasticoté (v.) — criailler, tapager.
Taulle — table. S*attaulé (v.) —
s'attabler.
Taullé — petite nappe dont se ser-
vent les paysans.
Taupin — homme lent» massif,
lâciie.
Tantiveux — qui désire tout ce
qu'il voit.
Terminaire — religieux qui prêche
dans un arrondissement.
Tei^mine — terme de payement.
Tachon — blaireau.
Tronce — corps d'un gros arbre.
Tinau — bâton à porter un cuvier;
homme pesant, mal dégourdi.
Tille ou aupi — rugir.
Tifé.; attiffé (v.) — coiffer.
Ttqiiette ou ticlette — toile d'oreil-
ler.
Tutaine — sorte de droguet.
Toauet — homme court et gros.
Totll (v.) — ôter, détruire.
Tostiné (v.) — réchauffer, caresser.
Tounoure — tonnerre, la foudre.
Toqué (v.) — hurler, frapper, dauber.
Toudis — toujours.
Touié{\.) — mettre sens dessus des-
sous.
Touyon — torciioii (au figuré).
Vourtai — petit gâteau, petit pain,
michot.
Toie — toile de paillasse.
Tout à pont — au point précis.
Tout à nawette — tout à coup.
Touzé — tonde.
Toxon — mauvais sujet.
Traque — enceinte iSl'hommes pov
chasser le gibier.
Traqué (v.) — poursuivre le gibier.
Traifeu — pelle à feu {frakeft
ignem).
Trappe — épais, large, dodu.
Travure — grenier à foin, gerbier.
Trikouage — tenaille pour arnkeber
les clous.
Treimpence — patience, modéntioi.
Tremûé (v.) — trémousser.
Tourtou (omnes).
Tursai — tas de serbes aux chimpa.
Triboulé — troubler, remuer, agiter.
Tribolette — petit vase à boire de h
bière.
Tribollé (v.) —- sonner les- doefasi,
carillonner.
Trigaudé (v.) — mêler les boianat.
Trigaudeu — qui mêle les Ixmnoiis.
Trigauderie — mélange de boinont.
Trimar — bruit, fracas
Trimé (v.) — marcher vite.
Trin — bruit, fracas.
Trintrin — chignon, mauvais jooenr
de violon .
Triolé (v.) — aller et venir dans les
champs.
Triot — champ qu'on ensemence ei
menus grains pour la troîaièae
fois.
Tripotté (v.) — faire le ménage.'
Tropai — troupeau.
Trumolé (v.) — passer les nuits n
jeu.
Trugnes, canadaux — pommes de
terre.
Tupin ou topin — vase quelconque.
Tusé (v. ) — pensé, être distrait
Ten/lé (v.) — respirer avec difBooltè.
Taye ou Tanyette — gamelle de
terre.
Tout à hanteté — tout arrangé, ioit
entier.
Taloche — gros morceau de ptin.
LETTRES A GREGOIRE
181
u-v
llche — porte .
Ucld (v.) — ouvrir souvent la porte,
sortir et rentrer.
Ui^aii — homme farouche.
Va chai — gamelle de bois, cercueil.
Vayant — laborieux, aimable.
Vairies — vitres.
Valet — jeune garçon, non marié.
Vaurlet — domestique.
Vaulvi — être en visite.
Vegin — voisin.
Veginé — voisiner.
Vent ion — volet de fenêtre.
Verdin — canne avec un poignard
caché
Vesprée — l'après-midi.
Vigon — bourreau, homme dur, qui
fait souffrir.
Vigouné (v.) — faire souffrir.
Vigne (v.) — vivre.
Vignairies — victuailles.
Viaase — vaurien.
Vinage — assemblée des habitants
d'un village.
Virées — terres sortables qui se par-
tagent entre les habitants d'une
commune chaque fois qu'on les cul-
tive.
Voss — votre.
Voul-ci — le voici.
W
Warbe — haie morte, faite de bois
coupé.
Waien — regain, labour d'automne.
Warokai — bois rond qu'on jette
après des arbres pour abattre des
fruits.
Warandi — cacher, garder, défendre.
Warcolli — bourrelier, sellier.
Wargai — amas d'eaux stagnantes,
bourbier.
Wart — verre, gobelet.
Waurde — garde.
Waurdé (v.) — garder.
Waiti (v.) — regarder.
Warbe — ban, finage, triage.
Walée — pluie d'orage.
Waspe — guêpe.
Wande — femme paresseuse, sale.
Wa7idri — traîner dans la boue, en-
foncer dans l'eau par différents
mouvements.
Wéz — gué, passage d'une rivière.
Winage — droit de bourgeoisie.
Wa!— cri d'étonnement.
Wahai ? — n'est-il pas ainsi ?
Yaitque— quelque chose.
Conjugaison des verbes -w^allons
en usage dans le duché de Bouillon.
VERBES AUXILIAIRES
Être Avoir
In fin. présent
Ess . Awere .
Parfait.
Awere esté. Awere oyeu.
Futur
Dewere e?^. Dewere awere.
Partie» présent
£tre Avoir
Partie, parfait
Esté, Oyeu.
Indic , présent
Estant.
Je su
J'ai
T'est
T'est
Il est
Il est
J'estan
J'en
Veste
V'so
1 son.
Il ont.
182
DIALECTES xMODERNBS
Être Avoir
Imparfait
J'esto J'avo
T'esto T'avo
n esto II avo
J'estin ou j'erin . J*aviii
VesU V^savi
n estin ou il erin.Il avin.
Parfait défini
Je furi J'ori
Te furi T'ori
I furi II ori
Je furin J'orin
Vou furi V'sorin
I furin. Il orin.
Parfait indéfini
J'ai
Test
Il est
J'en
V'savez
Dont
J'avo
T'avo
II avo
J'avin
V savi
n avin
Je serai
Te serott
Il seret
Je seran
V zseré
Il seront
sté
Pus-que-Parfait
sté
Futur
J'aurai
T'auret
Il auret
J'auran
V zauré
Il auran
Futur passé
J'aurai
Tauret
n auret
J'auran
V zauré
H auran
sté
Conditionnel présent
Je seros
Te sero
I sero
Je serin
Vous seri
î serin
J'auros
T'auro
n auro
J'aurin
V zauri
Il aurin
OYU
oyu
oyu
Être Avoir
Second Conditionnel
J'auro
T'auro
Il auro
J'aurin
Vousauri^
n aurin
sté
I
/
= \
oyu
Impératif
So Uge
Qui so Qu'il uge
Soyenge Uchant
Soyenge Uçhi
Qui suringe Qu'il uchenche
Subjonctif présent
Que j' soie
Que t' soie
Qu'il soie
Que j' soyenge
Que v' zsoige
Qui soyenge
Que j'uche
Que touche
Qu'il uche
Que j'usinçe
Que v' zuchi
Qu'il uchinge
Imparfait
Que j' furiche
Que t'furiche
Qu'il furiche
Que j' furiuge
Que v'furige
Qui furinge
Que j'uriche
Que furiche
Qu'il uriche
Que j'uringe
Que y'urige
Qu'il uringe
Parfait
Que j'uche
Que t'uche
Qu'il uche
Que j'uchinge
Que v'uché
Qu'il uchinge
sté
( oyu
Plus-que-Parfait
Que j'uriche
Que furiche
Qu'il uriche
Que j'uringe
Que v'uriche
Qu'il uringe
= /
sté ^ S oyu
Que v'urigel
Qu'ils urinchent*
Verbe Aimer
Indicatif présent Imparfait
J'aime
T'aime
Il aime
J'aiman
V saimé
Il aimant
rahno
T'aimo
II aimo
J'aimin
V* saimi
D aimio
IiBTTRES A GREGOIRE
183
Parfait défini
J'airaa
T'aima
Il aima
J'aimin
V aimi
Il aimin
Futur
J'aimerai
T'aimeret
Il aimeret
J'airaeran
V s'aimeré
Il airaeran
Condit. second
J'auros
T'auro
11 auro
J'aurin
V'sauri
Il aurin
aimé
aimé
Parfait i7idéfini Futur passé
J'aurai
T'auret
Il auret
J'ai
T'est
Il est
J'avans
V savez
Il ont
/
aime
J'auran (
V sauré *,
Il aurant '
aime
Plus-que-Parfait Condit. premier
J'avo
T'avo
Il avo
J'avin
savi
Il avin
(
\
aimé
J'aimeros
T'aimero
Il aimero
J'aimerin
V'zaimi
Ils aimerin,
Impératif
Aime
Qu'il aime
Aimant
Qu'il aimiûge
Subjonct. présent
et imparfait
Que j'aime
Que t'aime
Qu'il aime
Que j'aiminche
Que v'zaimiche
Qu'il aiminche
Parfait
Que j'euche
Que t'uche
Qu'il uche
Que j'uchinge
Que v'zuchige
Qu'il uchinge
Plus-que-Parfait
Que j'uriche
Que t'uriche
Qu'il uriche
Que j'uringe
Que v'zuriche
Qu'il urinche
/
aimé
Infinitif présent
Aimé
Parfait
Awere aimé
Participe présent
Aimant
Les autres temps manquent. Les verbes en were, re, ir, sont presque
tous irréguliers.
Observation. — Les lettres u, g, i et ch, se prononcent à
l'anglaise ; c'est de leur vraie prononciation que dépend la
beauté de Fidiome.
Cet ouvrage ne doit être regardé que comme un aperçu
très-imparfait du vocabulaire wallon. Les mots ne se trouvent
même pas à leur place, et il en manque une grande quantité.
Si j'ai un jour le temps, je perfectionnerai ce petit ouvrage.
A Believaux, 26 février 1792.
UN CONTE DAUPHINOIS
SUR LE LOUP ET LE RENARD
Une version de ce conte, notée à Belesta (Ariége), a été
publiée, dans le numéro d'avril 1873 de la Eevue des langues ro-
manes, par MM. Montel et Lambert, et reproduite par eux dan»
le premier fascicule de leur ouvrage : Littérature populaire du
Languedoc. Petites Compositions populaires; Montpellier, 1873, in-8*.
Notre version, recueillie cà Saint- Maurice -de-l'Exil (Isère), en
diffère seulement par sa conclusion, oii le loup est une seconde
fois victime de la ruse du renard.
Maurice Rivière.
LOU LOUP ET LOU RÉNOR
Où tems van le bétse parlovan, lon^ Loup et lou Rénor
ayant prâ per ansan, lou pruet fa à besso ina târra, pep se-
mé no de trueffe.
Lou Rénor ajié, per mijaglie, la méto dsin vie pouluet
roubo à in poulaglié vésin , et lou Loup in pouot de mier
arpiglia dsan la cuesuena dsin vie chotso.
Présso de vîtou figni gliou oùra, mé que mié de glioù bésse,
i soulevovan le carriche. Gliou boura fumove ; glioù moarron
suovan, et éran rintri per glioù travâ achueno.
Cependant, en bessan, lou Rénor pensove (in Rénor pense
LE LOUP ET LE RENARD
Au temps où les botes parlaient, le Loup et le Renard avaient
ensemble pris à tâche un champ à bêcher, pour planter des pommes
de terre.
Le Renard avait pour pitance la moitié d'un vieux coq dérobé à un
poulailler voisin, et le Loup un pot de miel sournoisement soustrait
dans la cuisine d'un vieux manoir.
Désireux d'achever au plus tôt leur besogne, à qui mieux mieui
(le leurs bêches, ils soulevaient les mottes de terre. Iieur poil fu-
mait; la sueur goutte à goutte descendait sur leurs museaux, rac-
courcis par Tardeur du travail.
Cependant, en bêchant, le Renard pensait (un renard pense tou-
DN CONTE DAUPHINOIS 185
toujour à ruso) où mouyan de glico loù coutso de mier apet-
suessan qu'amplissovan lou tsepin adsi perlou Loup. La cha-
ripa ne charchuet po longtems: où se rapeluet dsuena viéglie
pérola dépouso, per asor, dsan ina clierson pré de glioù
prouvision. Où se couluet en cachetta vé la pérola, et avé ina
piéra où se bettuet à boudeyié .
Lou Loup, tro annourcha, dsuessuet où Rénor, quand où
revenuet: « Que zia-t-é donc, compère? — Mai, repondsuet
quéquet, j'ayin oùbliya de te dsuere qu'itsin batémou qui
sonon, van je se invueto per être lou paran, et j'y courou! »
Lou drôlou reprend lou chamin délia clierso n, et boufe
lou tser doù pouot de mier.
A son retour, lou Loup gli demanduet lou nom dôu motri :
Jesquacouâf repondsuet lou Rénor; et, arapan sa béssa, où
contsuenuyuet son travâ.
In'ura apré, la clioche d'sin vuellajou vésin sounuet, et lou
Renor, reglico per la douceur doù mier, dsi où Loup : « Tsan !
itsincore in batémou van je se invueto. J'é bian de paran; la
séson dsan ma famiglie a éto bian dria ! Lou tems d'allo et de
revegni. Contsuenuye souluet lou travâ; je tocherâ mouyan de
t'adsîre quoque z'où à roùgé. o
jours à ruser) au moyen de s'approprier les rayons de miel appé-
tissants qui remplissaient le pot apporté par le Loup. Le madré ne
chercha pas longtemps : il se souvint d'un vieux chaudron déposé,
par hasard, dans une haie auprès de leurs provisions. 11 se dirigea
en tapinois près du chaudron, et, avec un caillou, il imita le son
d'une cloche que Ton carillonne.
Le Loup, très-occupé à sa besogne, dit au Renard, quand il revint:
« Qu'y a-t-il donc, compère ? — Tiens 1 lui répondit celui-ci, j'avais
oublié de te dire que c'est Un baptême que l'on sonne, où je. suis
invité d'être parrain, et j'y cours I »
Le drôle prend le chemin de la haie et happe le tiers du pot de
miel. A son retour, le Loup lui demanda le nom de l'enfant : Jtis-
qu'au cou! répondit le renard; et, reprenant sa bêche, il continua
son travail.
Une heure après, la cloche d'un village voisin sonna et l^ Renard,
alléché par la douceur du miel, dit au Loup : a Mais c'est encore un
baptême où je suis invité; j'ai beaucoup de parents, et l'année dans
ma famille a été très-fertile ! Le temps d'jller et de revenir. Con-
tinue le travail, je tâcherai de te rapporter quelques os à ronger. »
186 DIALECTPÎS MODERNES
Mons Renor retorne ou tsepin per lou re^abouto. Apre
s^étre bian benésia, où revian oîipré doù Loup, que gli demande
lou nom deir efan : Jesquamiâ I où repondsuet, en gli dsnesan
que la char san z'où ne pouyé po s'adsîre façuelaman diin
guleton !
Lou poùrou Loup dégoutove et barbelove apré lou goùto.
Son compagnon ne poujan resuesto à sa groumandsise, re-
torne alla clierson per nesenéque, pique incore si la péroU,
et revian en couran annoncié où Loup in trâsiémou batémon;
tout en fassan la catamouoche, où gli dsuessuet de z*iaIlo et
se rebette all'oùra,
Lou grouman, en quoque tour de linga, figniâ Ion pouot da
mier, et revian en se glichan le babuene, et en dsuesan que
lou motri s'apelove : Jesquaki!
Lou Loup, délavouro per la sa et meran defam, prépose où
ruso d'allo goùto.
Quéquiet, qu'ajié guiegnia ail' avance ina caboma dsan ina
téta de revou, pré délia târra qui bessovan, suivie lou Loup,
Toùreglie où guet et la coua bossa.
Mons Renard retourne au pot de miel, qu'il attaqua de nouveau.
Sa gourmandise satisfaite, il revint auprès du Loup, qui lui de-
manda le nom du nouveau-né : Jusqu^au milieu! répondit-il, en
lui disant que la viande désossée ne lui avait pas permis de lui
rapporter le moindre relief du fôstin !
Le pauvre Loup suait et attendait avec impatience le moment
du goûter.
Cependant son compagnon , ne pouvant résister à sa gourman-
dise, retourne à la haie sous un prétexte quelconque, frappe de
nouveau sur le chaudron et revient en courant annoncer an Loup
un troisième baptême. Celui-ci, mécontent, accède néanmoins à la
demande du Renard pour y assister et continue sa besogne.
Le gourmand, en quelques tours de langue, acheva le pot do
miel et revint en se léchant les babines, disant que le petit s'ap-
pelait : Jusqu'au fond !
Le Loup, dévoré par la soif et mourant de faim, propoisa an nu6
d'aller manger.
Celui-ci, qui avait visé à l'avance un trou dans une cépée de
chêne, près de la terre qu'ils bêchaient, suivait le Loup, PofSillo
au guet et la queue basse.
UN CONTE DAUPHINOIS 187
Quand lou sire Roùgefeja s'apercevuet délia força de son
compère, où gli couruet dessi per Testourbo; mai lou Rénor
subtsuelaman s'ansoùvuet, doù lo doù pertsi délia téta de re-
vou.
Courajà de pré per lou Loup, mogré qu'oùlPére lâstou, où se
jetuet dsan lou pertsi, mai po suetvîtou que lou Loup courajé-
rou poussuet gli arrapo ina piotta de derrâ.
I façuelou de juger delF embarras de Crocapoula, que, per
touta consoulacion, ayié ina courla d'éga vuenégro dsan se
griffe, et qu'où pourtove à sa gorge, à choque breyuet délia
dent dôu loup, menaçan degli coupo lapatta.
Mon ruso couquin, que sajié suet bian broujé toù loù tour
poussueblou en plagne, se trouvove prâ délia bouna ma-
nière.
Enfin, foù de douleur, i gli vian in' idé... Se redressan avé
éfor et montran sa courla où Loup, gli dsi :
« Avisa, pendant que je bevou,
Te tsuere la raje doù revoù ! »
Lou Loup vouçuet proutesto et.... on devuenelou râstou !
V adresse a toujours pruemo la force, et la^rûsa la bouna /a...
Quand messire Mange-Brebis s'aperçut de la supercherie de
son compère, il courut sur lui pour se venger ; mais le Renard
subitement prit la fuite et se dirigea vers le trou de la cépée.
Serré de près parle Loup, malgré son agilité, il se jeta dans le
trou, mais pas si prestement que le Loup ne lui attrapât une patte
de derrière.
Il est facile de juger de Pembarras de Croque-Poule, qui, pour
toute consolation, avait une gourde d'eau vinaigrée dans ses grififes
et qu'il portait à sa bouche à chaque contraction de la dent du
Loup, menaçant de lui couper la patte.
Mon rusé coquin, qui savait très-bien imaginer tous les tours
possibles en rase campagne, se trouvait pris de la bonne manière.
Enfin, fou de douleur, il lui vint une idée; se redressant avec
effort et montrant sa gourde au Loup, il lui dit ;
« Regarde! pendant que je bois,— tu serres la racine du chêne! »
Le Loup voulut protester, et. ... on devine le reste.
L adresse a toujours primé la force, et la ruse la bonne foi.
UROUS NAUFRAGE
AU PRESIDENT MAX DE LA BAUMO
Èro un bèu jour d'autouno, e soun alen tebés
Butavo sus lou clar - perla premiero fes —
La nau qu'anavo au fiéu de Taigo lindo e puro.
Asseta tôuti dous, siau coume la naturo,
Charravon, Elo em 'Eu, urous coume n'i'a ges.
De-que disien? Noun sai ; belèu rèn ! Es permés
Au bonur de teni mudo sa parladuro :
Chale paradisen sens mistèri noun dure . . .
Rintrèron au castèu que toumbavo la niue.
La barco flame-novo, alor, passé pèr iue :
le sufisiè d'avé pourta la fado bloundo !
Tôuti n'an pas tant fier destin, que van sus roundo —
E la Baumo, de Tange esvali coume un fum,
Dintre si teso en flour a garda lou perfum !
Louis RouMiKUX.
(Provençal. Avignon et les bords du Rhône.)
HEUREUX NAUFRAGE
AU PRKSIDENT MAX DK LA BAUME
C'était un beau jour d'automne, et sa tiède haleine — poussait
sur le lac, pour la première fois, — la nacelle qui allait au courant
de l'eau pure et limpide. — Assis tous les deux, calmes comme la
nature,
Ils devisaient, Elle et Lui, heureux comme personne. . . — Que
disaient-ils ? Je ne sais ; peut-être rien ! Il est permis — au bonheur
de tenir un langage muet : — nul charme de Paradis ne dure
sans mystère!
Ils rentrèrent au château à la nuit tombante. — La barque flam-
bante neuve, alors, s'engloutit : — il lui suffisait d'avoir porté la
blonde fée!
Toutes n'ont pas si fière destinée, qui vont sur l'onde. . . — Et
la Baume*, de l'ange évanoui comme une fumée, — a gardé le pa^
tum dans ses allées fleuries!
Louis RouMiBux.
' Le château de la Haiime, près Uzès.
L'IVER
A UN AMIC
L'iver es revengut tout erissat de glasso ;
Lou soulel e la luno an lous pelses jalats,
Saturno e Jupiter se soun enmantelats,
E Mars, tant frejoulet, tremblo jout sa couirasso.
La terro, de coutou se vei tapa la fasso ;
Lous aubres an sous peds per la frejou pelats.
Dins soun leit hivernenc, lous flumes acalats
An perdut lou poudé de se chanja de plasso.
Que poudriô te manda dins aquelo sazou,
Amie, per n'adoussl la tant grando rigou ?
Moun cor, qu'a soûl de fioc dins toute la nature.
Pendent las loungos neits, plegat sus toun burèu,
Dins toun traval ardent, el sera toun flambèu,
Sera toun refaudis al temps de la frescuro.
C. Laforgue.
(Languedocien, Quarante et ses environs.)
L'HIVER
A UN AMI
L'hiver est revenu tout hérissé de glace; — le soleil et la lune
ont leurs cheveux gelés, — Saturne et Jupiter se sont couverts de
leurs manteaux, — et Mars^ si frileux, tremble sous sa cuirasse.
La terre, de coton se voit couvrir la face ; — les arbres ont leurs
pieds maltraités par la froidure. — Dans leur lit. hivernal, les fleuves
apaisés — ont perdu le pouvoir de se changer de place.
Que pourrais-je t'envoyer dans cette saison, — ami, pour en
adoucir la grande rigueur? — Mon cœur, qui, seul, est de feu dans
toute la nature.
Pendant les longues nuits, ployé sur ton bureau, — dans ton
ardent travail il sera ton flambeau, — il sera ton refuge au temps
de la fraîcheur. G. Laforqub.
A CLEMENT FANOT
MazaptÇofAév (78, TtTTfÇ.
(Anacbeoun)
D'Avignoun grand trignoulejaire!
Que m'enchau ço que dis lou catau, Tufanous,
L'arlèri vueje, lou trufaire ?
léu, iéu, te nome urous, e très fes plus urous
Que bèn de segnour dôu terraire,
Que sebagnon dins V or e que volon courous. . .
Capoulié di trignoulejaire !
Lou languimen nous enmantello !
Tenes, tu, dins la man la poumo de bonur,
Car brûles d'une passioun belle
Que sèmpre te sourris d'eilamount, de l'Azur,
Cou me uno trelusento estello ;
Mai nàutri, tron de goi ! sian priva de toun ur !
Car la cagno nous enmantello I
A CLEMENT FANOT
Nous t'estimoiu henreaia,
ô cigale 1
(ANAOBfioN.)
0 grand carillonneur avignonnais ! — que m'importe ce que dit
le richard, l'orgueilleux, — le fat, le moqueur au cœur vide? -—Moi,
moi, je te nomme heureux, et trois fois plus heureux — que bien des
seigneurs du territoire — qui se baignent dans l'or et qui volent
brillants — ô maître des carillonneurs !
L'ennui nous enveloppe ! — Tu tiens, toi, dans la main la pomme
de bonheur, — car tu brûles d'une belle passion — qui te sourit
toujours d'en- haut, de l'Azur, — comme une étoile ôtincelante; —
mais nous, parbleu I nous sommes privés de ta chance^ — cartel
soucis nous enveloppent.
' Grâce au poëmehéroï-oomique de Roumanille, la Campano mowUâia,
imprimé il y quelques années, tous ceux qui s'intéressent à la poésie pro-
vençale moderne connaissent Clément Fanot.
A CLEMBKT FANOT 191
Semblés, Fanot, uno cigalo !
Quiha dedins ta tourre, entre terro e soulèu
(Un rèi sus soun autour reialo) ;
Fasènt dindatoujour ti trignoun cantarèu,
Escampes un son que regalo
De ti mirau brounzin, noun creba, clarinéu.
0 ! semblés un vôu de cigalo !
Tu, la pas di sàntis andano ! . . .
La cigalo escampiho, eila, de soun oustau,
Sus la branco d'une platane,
De calour dins lou cor, de trelus, de grand gau :
Tu, fas toumba de ti campano
Uno eigagnô de Dieu, un vounvoun celestiau,
Un perfum di sàntis andano !
GuiHEN-C. Bonaparte-Wyse.
Avignoun, febrié 1868.
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.)
Tu semblés, Fanot, une cigale 1 . . . — Dans ta tour, perché en-
tre terre et soleil — (un roi sur une élévation royale); — faisant ré-
sonner joyeusement tes battants harmonieux, — tu éparpilles un
bruit qui réjouit, — de tes miroirs de bronze, entiers, d'ua timbre
clair. — Oui, tu semblés une volée de cigales !
Toi, la paix des allées saintes 1 . . . — La cigale répand, au loin
de son gîte, sur la branche d'un platane, — de la chaleur dans le
cœur, de la lumière, de la grande joie ; — toi, tu laisses tomber de tes
cloches —une rosée divine, un bourdonnement céleste, — un par-
fum des allées saintes!
GuiLLAUME-C. Bonaparte-Wyse.
Avignon, février 1868.
MOUSSU CHASAUD '
Aves be counegut Moussu Chasaud ?
Aurô n'i'a pus de gent couma-t-eu era.
Quand auvio, lou mati, chanta soun jau,
Tant lèu aguessas vist notre orne à terra,
E tant lèu que lou jour era falit,
Tant lèu aguessas vist notre orne au nid.
Au meis d'abrieu, quand venta e jala enquera,
Faurias dit qu'avias vist lou roussignôu,
Notre orne se vitissio à la lèugiera;
E, si li' aguessas dit, vers la fi d'ôut,
Qu'avias vist la rousseta ou la bechada.
Se bilhava d'iver dins la journada.
Quand venio de sa vigna emd un paniè, .
La marmalha autour d'eu s'atroupelava;
E quand quis poulissouns de soun quartiè
Cherchaven à sabei ça que pourtava :
(( Devinas ! disiô-t-eu, ça qu'ei dedins,
N'aures 'na grapa. — Eh be ! qu'ei daus rasins, »
MONSIEUR CHAZAUD
Vous avez bien connu Monsieur Ghazaud? — Aujoud'hui, il n'y a
plus de gens comme lui. — Quand il entendait, le matin, chanter
son coq, — aussitôt vous eussiez vu notre homme à terre. — Et aus-
sitôt que le jour avait décliné, — aussitôt vous eussiez vu notre
homme au nid.
Au mois d'avril, quand il vente et gèle encore, — vous lai au-
riez dit que vous aviez vu le rossignol — notre homme se vôtis-
sait à la légère; — et si vous lui aviez dit, vers la fin d*août, — que
vous aviez vu le rouge-fçorge ou la bécasse, — il s'habillait d'hiver
dans la journée.
Quand il revenait de sa vigne avec un panier, — la marmaille
autour de lui s'attroupait; — et quand ces polissons de son quar-
tier— cherchaient à savoir ce qu'il portait : — « Devinez 1 disait-il|
ce qui est dedans, — vous en aurez une grappe. — Eh bienl ce
sont des raisins »,
■ Dans le périgourdin, la finale féminine du singulier prend, sauf qotA^
ques cas, le son de ïo: hechada, journada — bechadOj journado.Jl en est
de mémo pour certains temps de verbe: bilhava. désira = bUhaoo, dMro*
MOUSSU CHASAUD 193
Disian-t-is tous au cop. « Ah ! quis meinageis,
Disio Moussu Chasaud, jous lur bounet.
N'en saben mai que nous, e lous vilageis
N'en motren à la vila, au jour d*anet. »
E lou boun viei leidounc deicapelava
Soun paniè de rasins e lou boueidava.
Aimava à trabalhà soun pitit be,
Sans se preissà jamai, jamai chaumava.
Soun boursic n'era pas tous lous jours pie,
Ni soun graniè ; perlant jamai junava,
E culio dins soun be, tranquilament,
Sous mounjous, soun blespagna esounfroument.
Prenio, tous lous dimens, Fabit de lana,
Una chamisa blancha e soun chapèu ;
E, couma sa barba avio 'na semana,
Se naya fa rasa per se fa bèu.
E, quand lous de lesei lou rancountraven,
En se donnant lou moût, lou saludaven ,
E li disian: « Boun jour. Moussu Chasaud,
Couma co vai anet ? — Merci, co vira,
Disio-t-eu; brave tems, ni fret, ni chaud,
E bien de la santat qu'un vous désira,
disaient-ils tous à la fois. « Ahl ces enfants, — disait Monsieur
Chazaud, sous leur bonnet, — ils en savent plus que nous, et les
villages — en remontrent à la ville, présentement. » — Et le bon
vieillard alors découvrait — son panier de raisins et le vidait.
Il aimait à travailler son petit bien. — Sans se presser jamais,
jamais il n'était oisif. — Sa petite bourse n'était pas tous les jours
pleine, — ni son grenier; pourtant il ne jeûnait jamais, — et, dans
son bien, tranquillement, il récoltait — ses haricots, son maïs ot
son froment.
Il prenait, chaque dimanche, l'habit de laine, — une chemise
blanche et son chapeau; — et, comme sa barbe avait une semaine,
— il allait se faire raser pour se faire beau. — Et, quand les gens
de loisir le rencontraient, — ils le saluaient en se donnant le mor.,
El lui disaient: « Bonjour, Monsieur Chazaud! — Gomment allez
vous aujourd'hui? -— Merci, ça boulotte, — disait-il ; [ il fait] beau
temps, ni froid, ni chaud, — et beaucoup de santé que je vous
13
194 , DIALECTES MODERNES
^ Eh ! mas ; eh ! mas, dijas, Moussu Chasaud;
Dijas-me, qu'aves-vous? Ses pla malaut :
)) Aves lous eis batuts, la jauta pala;
N'aves pas Ter dau tout d'un omefier.
Fases-m.e veire un pau la lenga ? Ei sala.
Aures-vous bien trapat quauque cop d'er?
Surti dins quel eitat ! quala imprudença !
Un cop d'er, qu'ei meichant, quand un gui pensa! »
E Moussu Chasaud, blanc couma leri,
Disio aleidounc : t Qu'ei pas Timbarras, sente
Quaucaré • — Dévias pas quête matl
Vous leva. — Qu'ei be vrai que m'en repente.
— Couma aves-vous pougut quità lou liet ?
— Gui torne, disio-t-eu, maitout-â^^lret. »
E lou paubre moussur, que fasio pena
A veire, talament era chanjat,
S'entournava, las mas sus sa peitrena.
Mens de mejoura après, era coueijat.
u Fa loung tems, disio-t-eu, que iou zou couava. »
Se plagno, se purjava, e bevio e suava.
désire. — Eh 1 mais ; eh! mais, dites. Monsieur Ghazaud, <— dites*
moi, qu'avez-vous ? Vous devez être malade :
Vous avez les yciix battus, la joue pâle;— vous n'avez pas du loot
l'air d'un homme bien portant. — Faites-moi voir un peu la lan-
gue ? Elle est sale . — Vous aurez certainement pris quelque coup
d'air. — Sortir dans cet état! Quelle imprudence I— Un coapd*air.
c'est mauvais, quand on y pense!. . . »
Et Monsieur Chazaud, blanc ro:nme lis, — disait alors : «Ce n'est
pas l'embarras, je sens — quelque chose. — Vous ne deviei pas de
ce matin — vous lever. — Je m'en repens, cela est bien vrai, —
Comment avez-vous pu quitter le lit ? — J'y retourne, disait-il, f^
tout droit de ce pas. »
Et le pauvre monsieur, qui faisait peine — à voir, tant il était
changé, — s'en retournait, les mains sur sa poitrine. ^ Moins d'une
demi-heure après, il était couché. — « 11 y a longtemps, disait-il,
que je couvais cette maladie. » — 11 se plaignait, il se purgeait; fl
buvait et suait.
MOUSSU CHASAUD 196
Quand avio *u liet goumat -dous jours ou trois,
Trop de tems qu'aurio eitat deirasounable,
Notreis bous paroufiens, jôuneis mai vieis,
Naven per s'eimajà dau paubre diable.
Entraven en prenent tout lur seriou
E lou vesian au liet pus mort que viou.
« Eh be ! Moussu Chasaud, couma co vira?
Eh ! mas, aves tournât prene couleur.
La lenga n'a pus re ; Tei, un s'i mira ;
La peitrena trundis couma un tambour.
Ses garit. » E lou vieilur disio : « Trobe,
Dempeis quauqueis mouments, que iou me dobe. »
Un jour, que Tavian fai entau coueijà,
Un de quis de leaei que lou velhaven,
En Tempeichant de heure e de minjà,
Vesent sous paubreis eis que se barraven,
Disset à sous amis, tant si pau fort : ,
Aurô qu'ei be finit; notre ome ei mort. »
Paubre Moussu Chasaud ! qu'avio la teta
Pausada de coûtât sur lou chabei,
Quand il avait croupi au lit deux ou trois jours, — trop de temps
c'eût été déraisonnable, — nos bons paroissiens, jeunes et vieux,
— allaient s'informer du pauvre diable. — Ils entraient en pre-
nant tout leur sérieux, — et ils le voyaient au lit plus mort
que vif.
« Eh bieni Monsieur Chazaud, comment cela va-t-il? — Eh! mais,
vous avez repris couleur; — la langue n'a plus rien ; vos yeux, on
s'y mire ait. — La poitrine résonne comme un tambour: — vous
êtes guéri. » Et le vieillard leur disait : « Je trouve, — depuis quel-
ques moments, que je me rétablis. >»
Un jour, qu'on l'avait fait coucher ainsi, — un de ces oisifs qui
le veillaient, — en l'empêchant de boire et de manger, — voyant
ses pauvres yeux qui se fermaient, — dit à ses amis, en haussant
tant soit peu la voix : — « A présent, c'est bien fini ; notre homme
est mort. »
Pauvre Monsieur Chazaud ! qui avait la tête — posée de côté sur
196 DIALECTES MODERNES
Quela paraula fola e malôuneta
Lou tuet: Moussu Chasaud drubit pus Tei.
Fuguet lou lendouma pourtat en terra.
Aurô, nU 'a pus de gents couma-t-eu era.
A. Chastanbt.
(Périgourdin, Mussidan et ses environs.)
le chevet, — cette parole inconsidérée et inconvenante — le tua:
Monsieur Chazaud ne rouvrît plus les yeux. — Il fut le lendemaio
porté en terre. — Aujourd'hui, il n'y a plus de gens comme lui.
A. Ghastanet.
LE PINTAIRE
Urous qui pot passa sa vido ame's pintaires I
Milo douces plasés fan à barros dins el;
Dins el tout viro flous, dins el tout jogo d'aires:
Ten toutos sas ergnos pel pel.
I venguets pas donne dire : a Uno vaco t'es morte,
Janet; un rousal blanc t'a rumat le vigne. »
Ni mai : a L'oustal te toumbo e l'aigat se femporto,
— Saras dema sens un diniè. »
El s'en rits. Enroudat d'un eissam de bebeires,
^ L'elh vieu, le pot lusent e le nas cramuesi,
LE BUVEUR
Heureux celui qui peut passer sa vie avec les buveurs I — MiOc
doux plaisirs jouent aux barres en lui; — - en lui tout tourne Jkmn
(trèfles), de lui tout joue des airs: — il tient ses ennuis par les
cheveux.
Ne venez pas lui dire : « Une de tes vaches est morte, — Janot;
une golée blanche a roussi ton vignoble.» — Non plus: « TamaiROn
tombe eit l'inondation remporte, — tu seras domain sans un denlerJ
Lui, s'en rit. Enloaréd'un essaim de buveurs» — l'œil vif, la lèvre
LOU PINTAIRB 197
El canto à plen puetralh, en t'arrasant les veires,
Le boun soûlas e le boun vi.
« E per que, s'a-dits el, se douna tant de peno?
Sapien-va passa dous, mentre que Ttems va dits;
Car, se la mort nous douno un tabut per cousseno,
Per milo ans saren endourmits.
» Anen, bounis efants, que Tbarrilh se desbounde !
Daissen pas esfreja las ansos del plounchoun;
Que passe ! E, quand saurion d'esse à la fi del mounde.
Sens ped branla, beguen toutjoun.
)) Eh be ! qu'un lac de vi nous courgue sus la lengo !
El soûl, del cor de Tome es Tarremountacieu,
Car veirets pas en loc de medeci que tengo
De pus sanitouso poucieu.
» Dounc, Bourtoumieu, al chai! Del vielh ! e que tout soune !
Mai on beu entre amies, mais las ergnos s'en van.
Anen, te ! vudo ras, e qu'aiceste me doune
Bouno santat per tout oungan. »
Ag. Galtier.
(Languedocien, Castelnaudary et ses environs.)
luisante et le nez cramoisi,— lui, chante à pleine poitrine, en rem-
plissant ras les verres. — la joie et le bon vin.
« Et pourquoi, se dit-il, se donner tant de peine?— Sachons la pas-
ser douce pendant que le temps le dit; — car, si la mort nous donne
un cercueil pour coussin, — pour mille ans nous serons endormis .
» Allons, bons enfants, que le baril se débonde! — Ne laissons
pas refroidir les anses du pichet, — qu'il passe ! Et, quand nous
saurions être à la fin du monde, — sans pied branler, buvons
toujours.
» Eh bien ! qu'un lac de vin nous coure sur la langue! — Lui
seul, du cœur de l'homme est la restauration, — car vous ne
verrez nulU part de médecin qui ait — de plus salutaire potion.
» Donc. Barthélémy, au chai! Du vieux! et que tout sonne ! —
Plus on boit ontre amis, plus [vite] les ennuis s'en vont.— Allons»
tiens! vide à pleins bords, et que celui-ci me donne — bonne santé
pour toute l'année. » Aug. Galtier.
i-,.^ —
LESNOUIÈS
Al luscre, les nouiès qu'an mai de cent ans d^age
Sembloun plenis de raive, en tenent desplegat.
Sus le rose e For clar del soulelh amagat,
Le nègre ventalhas à joun de Ihour brancage.
Lhour trounc dreit, que le tems souvent a moussegat,
D'uno peiro ôcado a Tmage aspet salvage.
Que soun belis e forts 1 Servissoun de bournage
A-n-un grait espacioùs e beloment regat.
Dambe un brave ramat de fuelhos roubilhados,
I aura proche d'un mes, quand tourne Sant-Martl,
Que las nouses, pel sol, se soun escampilhados.
Las doublidi, — e pr'aco m'an sapiut agati : —
Vesi demest les brancs tant d'estelos poulidos
Brembant les fruts de Fort de las dos Ësperidos !
Ag. FouRàs.
Caudoroco, le 28 d'outobre 1877.
(Languedocien, Castelnaudary et ses environs).
LES NOYERS
Au crépuscule, les noyers qui ont plus de cent ans d*âge —
semblent pleins de rêve» en tenant déployé, '— sur le rose et Por
clair du soleil caché, — le noir et grand éventail à jour de leor
branchage.
Leur tronc droit, que le temps a souvent mordu, <— d*un pelvan
a le grand aspect sauvage. — Qu'ils sont beaux et forts! Ils
vent de bornage ^ à un guéret spacieux et largement rayé.
Avec une nombreuse quantité de feuilles rouillées, — • il y
près d'un mois, revienne la Sainl-Martin, — que les noix- sur le
sol ont été éparpillées.
Je les oublie» et pourtant elles ont su m* allécher. — Je yélB an
milieu des branches tant d'étoiles jolies — rappelant les fruits du
jardin des deux Hespérides ! Aug. FouBàs.
Gauderoque, 28 octobre 1877.
i
b
BIBLIOGRAPHIE
La Bataille de Muret et la Tactique de la cavalerie au XIIP siècle (avec
deux plans topographiqnes), par Henri Delpbgh. membre résidant de
la Société des langues romanes.— Montpellier, bureau de la Société des
langues romanes; 1878, in 8», XVl-156 pages.
Ce travail, avant d'être livré à l'impression, était à demi connu
des lecteurs montpelliérains. Dans une série de conférences très-
bien accueillies du public, M. Delpech en avait esquissé les prin-
cipaux traits et résumé les conclusions. Dès son apparition, la Ba-
taille de Mu/retsQ trouve donc devant des lecteurs qui sont en état
de Papprécier immédiatement, et n'ont pas besoin qu'on leur expose
longuement le plan de l'auteur et les résultats de ses recherches.
Disons tout de suite que M. Delpech s'est attaché à remplir tout
son cadre, mais qu'il s'est bien gardé d'en sortir pour engager, à
propos du grand événement qui est l'objectif de son travail, une
polémique rétrospective pour ou contre l'un des deux partis en
lutte. Il a voulu faire une œuvre en quelque sorte technique et ré-
soudre un important problème d'histoire et d'art militaire.
Dans une rapide Introduction, il nous place au cœur des événe-
ments, au milieu des deux armées prêtes à en venir aux mains. 11
nous fait connaître en détail les emplacements qu'elles occupent,
la composition de chacune d'elles, les dispositions morales et les
intentions stratégiques des chefs. C'est le sujet des trois premiers
chapitres .
Le récit de la bataille remplit le chapitre IV, le plus important
et le plus étendu. On y remarque l'attaque des Vasco-Aragonais et
leur déroute à la suite du brusque retour offensif des Croisés, la
mort de Pierre II, roi d'Aragon; la résistance désespérée de sa
maynadcj l'immense et hardi mouvement tournant par lequel
Montfort en personne amène son troisième corps sur le flanc droit
de ce corps d'élite, dont il achève ainsi la destruction; l'à-propos
de la manœuvre par laquelle il tient en respect les réserves du
comte de Toulouse et les empêche de venir au secours des cheva-
liers de Pierre II; le massacre des milices toulousaines, étonrdi-
ment revenues à l'attaque sur les derrières des Croisés victorieux .
Les trois derniers chapitres sont consacrés à une étude détaillée
de la Version de la Camo, des Causes de la victoire de Muret et de la
Tactique de la cavalerie au XIIP siècle»
200 BfBLIOGRAPHIB
Des Pièces justificatives, composées en grande partie de textes
transcrits par Fauteur dans les archives de la couronne d'Angoo.
et deux cartes, complètent cette publication ^.
M. Delpech ne s'en est pas tenu à la partie purement techni-
que de son sujet. Il a bien vu et il fait bien voir qa*à côté dei
causes exclusivement militaires qui ont décidé le succès en hwn
des Croisés, il y en a d'autres, les unes religieuses, les autm
politiques, qui ont eu une influence presque égale sur la marche
des événements. Ainsi on s'étonne moins de Taudace, en apiM-
rence insensée, de neuf cents chevaliers français qui vont s'atta-
quer à une armée de quarante-trois mille hommes, quand on voit
leurs escadrons ne s'acheminer vers le champ de bataille qa*aprèi
que Tévèque de Comminges a répété devant chacun d'eux a
promesse formelle « qu'en cas de mort, il leur servirait de cau-
tion devant Dieu pour les délivrer, non-seulement de Fenfèr, maîi
du purgatoire. « De toute façon, et qu'elle qu'en fût llssue, la hi-
taille qui s'engageait était donc une bonne affaire pour ces cbevi-
liers avides et croyants, calculateurs jusque dans leur foi.
Montfort, qui savait si bien tirer parti des dispositions moralei
de ses soldats, se tenait prêt à en faire autant de celles qu'il sup-
posait chez ses adversaires. Il n'ignorait pas, en effet, que lei
Toulousains et les Gascons soutenaient mal le roi d'Aragon, parce
qu'ils voyaient en lui un étranger, presque aussi dangereux poor
eux que les Français du Nord. De leur côté, les Catalans ma^
chaient à contre-cœur contre ces mêmes Français, desquels lei
rapprochaient leur foi religieuse et le souvenir tout récent de k
glorieuse victoire de las Navas^ remportée en commua sur lei
Maure»s d'Espagne, un an auparavant. En cherchant, comme il le
fit, à supprimer dès le début de la bataille le chef de l'armée en-
nemie, il était assuré de détruire du même coup le seul lien qui
pût retenir encore en un faisceau mal joint ces volontés diver*
gentes et ces intérêts contraires.
Jusqu'à quel point eos sourds dissentiments ont-ils influé sur la
catastrophe qui aboutit à la mort du roi Pierre II et à la défaîte de
ses troupes? On ne le sait ni ne le saura probablement jamais. Mali
ce qui paraît certain, c'est que Montfort, parfaitement renseigné pour
tout le reste par ses espions, en fut prévenu ou les devina. Tout,
d'ailleurs, de la manière dont il conduisit les opérations, pnmw
qu'il raisonna d'après l'hypothèse d'un manque d^accord entre les
coalisés. M. Delpech, sans sortir, comme il le déclare expressémenti
du domaine de la simple conjecture, a raison de rapprocher toiittn
ces coïncidences, laissant à de nouvelles et non plus sagaces re-
cherches rheureuse, mais peu probable chance, de trouver des doeo-
BIBLIOGRAPHIE 201
ments qui complètent et confirment cet ensemble de probabilités.
En résumé, Montfort a dû sa victoire, non à la supériorité d'arme-
ment ou d'équipement de ses chevaliers, nia une prétendue supé-
riorité physique de la race du Nord sur celle du Sud, mais à leur
rapidité d'évolutions, à leur habitude de charger en masse sans cé-
der nu vain plaisir de quitter le rang pour montrer leur bravouro
individuelle, enfin et surtout à l'in failli bilité de son coup d'œil, qui
lui faisait voir à l'avance les fautes de ses adversaires et les moyens
de les retourner contre eux aussitôt qu'elles avaient été commises.
C'est ce qu'a démontré M. Delpech, avec une précision qui ne laisse
rien à désirer. Il a été ainsi amené à s'occuper de la tactique de la
cavalerie au XIIP siècle, étude des plus instructives, qui se résume
fort heureusement dans la comparaison qu'il fait de la bataille de
Cocherel, gagnée par du Guesclin sur les Anglais, et de celle de
Muret.
Cet ouvrage, fait avec beaucoup de soin et d'intelligence, consti-
tue une monographie des plus utiles, en ce qu'elle apporte, non des
faits nouveaux, dont la découverte dépend souvent plus du hasard
que de l'inLelligence des chercheurs, mais des explications réelle-
ment neuves. Et dans la circonstance ce n'est pas un mince mérite,
si l'on songe qu'elles rectifient sur un événement aussi important
les opinions jusqu'ici dominantes d'hommes tels que Sismondi,
Michelet et H . Martin.
En finissant, nous devons présenter à l'auteur une observation
dont il sera le meilleur juge. Page 78, il dit que la nouvelle de la
mort de Pierre II « arracha des larmes à Montfort. » Le fait est-il
bien certain, et M. Delpech n'a-t-il pas à son insu forcé la signifi-
cation des témoignages contemporains? En effet, tous ceux qull a
reproduits en note, avec son soin habituel, nous montrent Montfort
plaignant, mais non pas pleurant^ celui qui avait été son suzerain:
«. . . planctum fecit d, Pierre des Vaux de Cernay; « Quant il le visy
le plaint y> y Baudouin d'Avesnes; « non modicum lamentabatw y> ,
Chanoine de Laon. Ce détail a sa valeur, car les larmes ne dépen-
dent guère de notre volonté, tandis qu'il n'en est pas de même de
nos paroles et de nos gestes. Non pas qu'on ne puisse croire à la
sincérité de Montfort, à laquelle, pour ma part, je ne crois pas, car cet
homme, dur et retors, savait au besoin parfaitement jouer la comé-
die; mais, s'il avait réellement versé des larmes, ses historiens, et
principalement ses panégyristes, tous si déférents à l'égard de l'or-
thodoxe Pierre II, n'auraient pas manqué d'en faire honneur à l'un
et à l'autre.
Dois-je signaler encore, pour être complet, quelques menues fau-
Î02 BIBLIOGRAPHIE
tes d'impression? P. 53^ 1. 9, il faut lire ctdei; ibid,, 1. 22, ne faut-il
pas gille, « ruse, tromperie », et non GfUle, nom propre ?
A. B.
Recueil de morceaux choisis envieux français, par Eugène Rittbb, pro-
fesseur à rUaiversité de Genève.— Genève, Bâle, Lyon, H. Georg, II-
braire-éditour, 1878; in-8% vni-116 p.
Opuscule purement scolaire. Il se divise en trois parties d'iné-
gale étendue. La première comprend les plus anciens textes de la
langue française ; la seconde, sous la rubrique Prose, des extraits
du Livre des Rois ^ de Villehardouin, etc.; la troisième est consa-
crée à la poésie. Tous ces textes ne sont pas également propres
à passer sous les yeux des commençants: quelques-uns appar-
tiennent à des dialectes encore peu connus et mal déterminés
(Serments, Saint Léger); d'autres, comme le Livredes Mois, ne sont
pas écrits avec la correction uniforme qu'exige Tinexpérience des
premières études. Cependant, ces réserves faites, on doit reconnafire
que le recueil de M.R été composé avec soin et avec «lOÙt.Le prix
n'en est pas indiqué, mais il est à supposer qu'il est à la portée de
toutes les bourses. A. B.
L'Abbaye de Montmajour, Étude historique d'après les mantéScrUiiU
D. Chanfelon et autres documents inédits, pdiV F, db Marim db Gai-
RANRAis, archiviste auxiliaire des Bouches-du-Rhône. Marseille, 1877;
1 vol.gr. in-8o, 162 pages.
Au milieu de cet admirable pays d'Arles, Ëden de Tarchéologae
et de Tartiste, se dressent, sur la colline de Montmajour, des ruinas
importantes, dont l'histoire complète et authentique restait enfouis
dans la poussière des archives. Il existe de nombreuses notices
sur Montmajour ; un travail d'ensemble était encore à faire. L'ou-
vrage que nous annonçons vient de combler cette lacune. M. de
Marin de Garranrais a condensé en un travail substantiel tons les
faits importants relatifs à l'antique abbaye. Notre cadre ne nous
permet que de signaler cette œuvre pleine d'intérêt, et de sou-
haiter que le jeune érudit à qui elle est due continue à mettre en
lumière, en une série de monographies analogues, les nombreux
points encore obscurs de notre histoire méridionale.
G. J. T.
PERIODIQUES
Romania, 26. — P. 161. Za Légende de Girart de Rotunllon,
P. Meyer. Cette notice comprend une étude bibliographique et his-
torique sur Girard de Roussillon; la yie latine du célèbre comte,
accompagnée de la traduction en français, ou plutôt en bourguignon ,
de la fin du XlIIe siècle; un glossaire qui fait suite au texte bour-
guignon, un commentaire et un appendice intitulé la Translation
du corps de sainte Marie-Madeleifie à Vézelay, P. 179, 1. 37, refaiz
manque au glossaire. Littré ne donne pas d'exemple ancien de ce
mot ainsi employé. P. 183, 1, 10, Perfection, que M. P. M. corrige
en persécution y doit probablement se \\x% persection, qui donnerait le
même sens. P. 185,1. 22, envie envenitné^ faute d'impression pour
envenimée. P. 195,1. 34, s'escepa^ signalé avec raison au glossaire,
est un doublet dialectal de s'a^hopa, P. 222, 1. iO, poserai, faute d'im-
pression pour poterat Ibid., 1. 23, pro divo, faute de lecture pour pro-
clivo. P. 223, 1. 9, s'en lisostenant de .ii. basions, lisez^ comme plus
bas, 1. 34, sens le sosienemeni, Ibid,, 1. 17 et 20, voillasi =s voluisset
paraît étrange. Il faut sans doute lire voilltisi. Ihid, 1. 19, une vir-
gule serait nécessaire après est P. 227, 1. 13, il est probable que le
traducteur aura lu raptando, qui a le même sens que rapi0ru2o, mais
se rapproche plus de l'original reptando, — P. 236. La Sottie en
France f E. Picot. Travail très-soigné et qui paraît complet. ^a^<e.
auteur àefabrasies , n'est pas au glossaire.?. 247 « Les fous n'ob-
tinrent pas la même favt ur dans l'Europe méridionale. Les mys-
tères provençaux que nous possédons n'en offrent pas de traces. »
M. Chabaneau me fait observer que M. P. est dans Terreur. Des
deux seuls mystères provençaux (sur cinq) qui ont été publiés, il
n'y en a qu'un ( Sainte Agnès) où l'on ne trouve pas trace du fou;
dans le second {Ludtts sancii Jacobi), ce personnage, lofol, suit au
contraire l'action d'un bout à l'autre. Peut-être, ajoute M. Chaba-
neau, M. P. considère-t il ce dernier mystère comme traduit ou
imité d'un original français et comme, étranger, par suite, à la dra-
maturgie provençale. — P. 327. Mélanges: 1° Un nouveau texte des
Novas del Papagay (A. Wesselofsky); 2° Svr Lo pronom neutre en pro-
vençal (C. Chabaneau). — P. 332. Comptes rendus ; !• A. Graf»
/ Complementi délia chanson dJSuon de Bordeaux, testi francesi ine>
dite, tratti da un codice délia Biblioteca nazionale dî Torino (G. P. )
2° Auguste Scheler . Deux Rédactions diverse» de la légende de Sainte
Marguerite en vers françaiis, publiées avec variantes d'après des ms.
du XI1I« et du XIV« siècles (P. M.) —P. 342. Périodiques, —
P. 349. Chronique. A. B.
204 PERIODIQUES
Bulletin de la Société des anciens textes français. 1878.
n° 1 . — P. 30. Paul Meyer. Notice du ms. K» i^^ delà Bibliothèque na-
tionale de Madrid. Ce ms., que M. P Meyer est le premier à élu-
dior, date du XIII« siècle et contient au moins sept poèmes, tous
inédits. L'éditeur en donne l'analyse et des extraits. C'est une in-
téressante étude et une heureuse trouvaille. P. 43. v. 8, cesses pour
à ses, et p 48, v. 32 osses pour o ses, sont des épaves de Tortho-
graphe archaïque, qui doublait Vs initiale quand les deux mots for-
maient corps dans la prononciation et dans l'écriture, sans doute
afin (le prévenir le lecteur que cet s, même après radjonction du
mot antécédent, s'articulait comme ç et non comme le z actuel.
C'est ainsi que nous écrivons ressentir et que nous prononçont:
recentir.^i l'on écrivait resentir par s simple, on serait tenté de pro-
noncer rezentir. — P. 60. Paul Meyer, Notesur le ma. de la BibUn
thèque nationale de Paris, Fr, 2039. Cette note complète la précédante,
en môme temps que l'article du Catalogue (T. I.) dee rminutcriU
français A . H.
L'Alliance ia,tirïe. Revue internationale de littérature^ histoire, pkh
losophie, sciences et arts, rédigée par les membres de /'Alouette, soeiéié
d'auteurs français, espagnols, italiens , portugais, roumains, suism
romands et Américains du Sud, (Prix de l'abonnement : 14 fr.)^
Cette revue nouvelle, fondée à Montpellier par M. Xavier de Ri-
card, est à la fois politique, littéraire et historique. Elle ne rentre
donc pas dans le cadre, beaucoup plus restreint, de la inertie dM&m^niei
ro7wa7i€«, laquelle est presque exclusivement philologique.
Mais, comme la publication de textes en langue méridionale crée
entre elle et nous plus d'un point de contact, et aussi pour lui sou-
haiter la bienvenue et la remercier d'avoir reproduit le sommaire de
notre propre Revue (mars-avril 1878), nous donnons la table des
matières du premier numéro paru. Dans ceux qui suivront, nous
choisirons plus particulièrement les parties qui intéressent la philo-
logie et nous en ferons le compte rendu, réservant ainsi noire pu-
blicité toute spéciale pour ce qui est plus particulièrement de notre
compétence.
P. 3. Mauro Macchi, l'Alliance latine. Progamme républicain,
fédéraliste et confédéraUste de la nouvelle revue. — P. 5. Victor
Bîi]igui>r, Juan de Aubusson. Texte et traduction. — P. 8. Xavier
do Uicard, Vidée latine. — P. 17. Anfos Tavan, BresUiage tTala^t-
veto Prose provençale (texte et traduction). — P. 19. Pompeyo
Cronor, Don Quijofe y <hn Juan. Texte espagnol et traduction. —
CHRONIQUE 205
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(lière, la Pratique de la morale. — F^. .'^.8 Robert Hall., la Main et
le Doigt. — P. 42. E. Pouvillon. le Nuage, — P. 46. Olivier le Pata-
rin, le Serment de Bernard Atton. — P. 53. Jousé Mayer. A Vohro^
prose provençale. — P. 56. Gellion Danglar, Rienzi. — P. 68.
Auguste Fourès, le Martyre de Voie. — P. 72. Emile Maison, His-
toire sentimentale du temps des Maures . — P. 76. Les Cenci (traduit
de l'anglais). — P. 84. Gerônimo Forteza, te Casas de huéspedes
(texte et traduction), — P. 102. Pi y Margall, Observadones sobre
el caracter de D. Juan Tenorio (texte et traduction). — P. 119. Jules
Laurens, Notes provençales. — P. 125. (x.-L. Patuzzi, Gronica italiana
(texte et traduction). — P. 129. Juan-B. Ensenat, Oronica espa-
nola (texte et traduction). — P. 150. Bibliographie. — P. 160. An-
tlvologie poétique. Pièces et extraits en français, en italien, en cas-
tillan, on catalan, en roman de Lausanne, en provençal, en haut
et bas lansruedocien. A. B.
CHRONIQUE
La Revue des langues romanes publiera dans ses prochains fasci-
cules las Ordinacions y Bans del comtat d'Empurias, par M. Bala-
i»uer y Merino (X1V« siècle); des Documents sur le langage de
Rodez et le langage de Milhau {duXII^ au XV I^ siècles), réunis par
M Affre. archiviste du département de l'Aveyron; une étude
de M. J. F^auquier sur Quelques Pronoms provençaux; \m recueil
(\'énigmes et un autre de doublets languedociens.^ par M. le pasteur
Fesquet, et en même temps que diverses poésies en langue d'oc et
en catalan, dues à iMM. Aubanel, Gabriel Azaïs, Bonaparte- Wyse,
Caretâ y Vidal, Fourès, Laforgue, l'abbé J, Roux, etc.; le poëme
languedocien des Lacs d'amour, par M. Alexandre Langlade.
Publications concernant l'hi^^toire, la littérature et l'archéologie des
provinces du midi de la France .
Albanès (l'abbé). Pierre d'Aigrefeuille, évêque d'Avignon^ de Va-
bres, de Clermont, d'Uzès et de Mende. Preuves de son épiscopat. Éli-
mination de trois faux évêques d'Avignon. Marseille, Lebon; in-4°,
56 pages.
Allmer et de Terrebasse. Inscriptions antiques et du moyen âge de
Vienne en Dauphiné,. — 1^^ partie. Inscriptions antiques antérieures au
VIIIq siècle, t. iV. Yienne, Girard; in-8o. 552 pages.
Arnaud. Histoire des protestants du Dauphiné aux XF/e, XVII^
et XVIII'' siècles. Valence, Ghenevier; in-8°, de 446 à 532 pages.
BilulVe. Dix Ans de consulat à Béziers, de 1384 à 1394. Etude
d histoire locale. Béziers, Rivii-re; in-8", 72 pages.
206 CHRONIQUE
Barbier rie Montault TMgr.). La Visite de la cathédrale Saint-Ber-
trand de Commingea en 1627. Montpellier, Bureau des Chroniques
ilu Ijanguedoc; in-4", 48 pages.
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dermes établies sur le littoral de la Cello-Ligurie . Paris, Leroux; ia-^.
168 pag., planches.
Barthélémy (de). Les Temps antiques de la Gaule, Paris^ Palmé;
in-8®, 43 pages.
Bastié. Le Languedoc. — l^*^ partie. Description complète du départe-
ment du Tarn, tom. II, séries 16 à 22. Albi, Nouguiès; :n-4*àz col.,
iv-296 pages.
Bémont Simon de Montfort, comte de Leicester. Son gouvernement m
Gascogne (1248-1253). Noiîent-le-Hotrou, Daupeioy; iu-S®, 37 pages.
Borluc- Perussis (de) . Forcalquier et ses souvemrs littéraires Forçai-
quier, Masson; in 8% 18 pa;es.
Berluc-Peru<%sis (do). Un document inédit sur Laure de Sade, Aix,
Marius Illy; in-8'*, 16 pages.
Bernard y^Tabbé). V Église de Lyon et V Immaculée Conception, Essai
théologico-dogm^atique. Ly. n, Pitrat; in-8*. 134 pages.
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Firmin Bol s si n. Le Vivarais et le DaupMné aux Jeux floraux de
Toulouse. Vienne, Savlgné; in-S",,11l pages.
Bonnefoi (l'abbé). La Noble Eglise collégiale de Scdnt-JuUen de
Brioude. Le Puy, Freydier; in -8% 51 pages.
Bonnelye. Saint Antoine de Padoue et son pèlerinage aux grattes de
Brives (diocèse de Tulle). Brives, Verlhac; in -8°. 244 pages
Bo se héron dos Porte.^. Histoire du Parlement de Bordeaux, depm»
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2 vol. in-8o, xxv-lOiO paires.
Bosrodon (de). Nomenclature des monuments et gisements de l'opa-
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pierre taillée et de la pierre polie). Périgueux, Dupont; in-8*,
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fondation jusqu'en 1792. Montauban Forestié; in-8o. 30 pages.
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mistes et paysans périgourdins en 1789. Bordeaux, Lefebvre; in-8«»,
208 piigos.
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quier. For(Mlquier, Masson; in -8". 9 pages.
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CHRONIQUE S07
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in-8o. 48 paorps.
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in-4<*, xxi-605 pages (avec un album in-folio).
Chauliac. Un martyr bordelais sous la Terrev/r, Vie et mort du R.
F. Fannetier, grand-carme du couvent de Bordeaux. Bordeaux^ Feret;
in-8o, vni-334 pages.
Chavernac. Testament de Jacques de la Roque, fondateur de l'hôpital
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Chevalier (Ulysse). Annales de la ville de Romans pendant les guer^
res de religion., de 1549 à 1599. Valence, Ghenevier; in-8o, 111 pages.
Chevalier (\5\y?i^e).FetitArmorialromanais. Vienne, Sa vigne, in-4o.
Combe t. Histoire de la ville d'Uzerche, suivie de documents en partie
inédits touchant le département de la Corrèze. — i* partie: Topographie
du canton. Recherches et notes pour la rédaction d'un dictionnaire
géographique et d'un répertoire archéologique du départem,ent de la
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Goulondres. La Chartreuse de Villeneuve-lez- Avignon , Dessèchement
des étangs de Rochefort et Fujaut. Notices historique et documents.
Alais, in-4o, 106 pages.
Coulondres, Louis VIII à Saint -A ndré ( Villeneuve-lez- A vignon)
et Bermond de Clausonne, treizième abbé du monastère de Saint-André
d'Avignon (1226); Nimes, Clavel-Ballivet; in-S», 40 pages.
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Couget. Chartes inédites des XIII^, XIV^, XVIe et XVIF siècles.
Saint-Martory et Lestelle en Comminges. Saint-Gaudens, Abadie;
in-80, 25 pages.
Danzas, Etudes sur les temps primitifs de Tordre de Saint-Domi-
nique, t. IV. Paris, Oudin; in-8o, 580 pages.
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in-8o, 646 pages.
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in-8'*, 56 pages.
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20« CHRONIQUE
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pages.
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Desbarreaux -Bernard . Le Portefeuille deM.L. -D. JF***^ attrikd
à Germain de la Faille, auteur des Annales de Toulouse. ToQJoose,
Privât; in-4o, 49 pages.
Desbarreaux-Bernard. Étude critique de GuUtaume CbUeiet mr
les oeuvres de Claude de Trellon, poète toulousain. Toulouse, Montau-
bin; in-12, 19 pages.
Devic et Vaissete. A'stotre générale du lAmgued/oc, édUion aeoam-'
pagnée de dissertations et de notes nouvelles^ etc., publiée sous iadi-
reclion de M. Dulauricr. Toiilouse, Privât, tomes XUl et XIV,
in-4o, XLVu-3214 pages.
Drapeyroi). Essai sur le caractère de la lutte de VAquitame stdi
rAustrasie sous les Mérovingiens et les CarolingieM. Paris , Thorin:
in-8o. 109 pages.
Dubuisson . Historiée monasterii S. Severi, in Vaecoma^ Ubri X,
Villeneuve-Marsan, 2 vol. in-8o, 830 pages.
Fayard. Etude historique sur l'ancienne organisation Jùdiciaini$
la ville de Valence. Valence, Chenevier: in-8o, 90 pag^s.
Faydit (Kabbé). Vie de saint Amable. prêtre et curé de Bikm,
réimprimée sur l'exemplaire unique de la Bibliothèque nationale. Rioo,
Nicolo; in-12, 380 pages.
Foncin. De Veteri Carcassonis Civitate, de Pago carecusomunti et i$
Romanis quitus ille peragrabatur . Paris, Gormer-Baillière; în-8*,
35 pages.
Ion lai ne. Mémoires d^ une famille huguenote,victime de la révoetttkm
de l'édit de Nantes, avec une introduction et des notes, par B. Castei,
pisteur Toulouse, Lagarde; in -8°, vin-349 pages.
Fouchier (de;. Un Poitevin en Roussillôn au XV* siècle. Notice mer
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rls, Oudiii; in-8<>. 37 ]>agOi=
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papiers de Franquières et d'autres documents inédits. Paris, Rouq nette;
in-4o. 128 pages.
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Gay (l'abbé). Petite Histoire populaire de Sainte -Aime d'ApL For-'
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in-12, 300 pages. .
Germain . Étude historique sur l'Ecole de droit de Jfofi^fiMUMr (116&-
\1^^), diaprés les documents originaux, avec pièces justificatives. MoDt*
pellier, Boehrn; in-4o, 124 pages.
Germain. Lettre de Manuel de Fiesque concernant les dsmièrts §m*
nées du roi d'Angleterre Edouard II. Montpellier, Martel; in«4*, 93 pa-
ges.
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1459), publié avec une notice explicative, Montpellier, in-4*.
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in-8^ 144 pages.
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CHRONIQUE 209
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Gouazé. La Chambre de l'Édit de Languedoc, Nîmes, Glavel-Balli-
vet ; in-8°, 36 pages.
Grenier- Fajol. Biographie de Charles de Bourdin, pasteur du Mas-
d'Azil^ réfugié en Suisse à la révocation de Védit de Nantes. Montauban ,
Vidallet; in-8^ 211 pages.
Guinodie. Histoire de Lihowme et des autres villes et bourgs de son
arrondissement Tome III et dernier, 2e édition. Libourne, Malleville;
in-8^ 628 pages . ^
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Brignolles. Brignolles, Vian ; in-12, 272 pages.
Hozier (d'). Armoriai général des personnes, domaines^ compagnies,
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Ide ville (d'). Les Châteaux de mon enfance. Auvergne et Bourbonnais.
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tistique. T. IV. Montélimar, Bourron ; in-8o, 374 pages.
Laval. Histoire de la peste d'Arles en Provence, rfe 1720-1721.
Nimes, Gatelan ; in-8**, 48 pages.
Lefort. La Légende de saint Bénézet, constructeur du pont d'Avignon
au XI le siècle; examen historique et critique. Le Mans, 1878, in-4*.
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Lentheric. La Grèce et l'Orient en Provence. Paris. Pion ; in-12,
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rère ; in-12, iv-73 pages.
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14
2 10 CHRONIQUE
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réunis par le docteur J.-F. Payen et conservés à la Bibliothèque naUO'
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to the parliamentary history of his time. London, Longmans; in-^,
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Rivarés. Pau et les Basses-Pyrénées pendant la EévokUionM Ftn.
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à 1790. Ville de Lyon; la charité ou aumône générale, tom. III. JàfifB^
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Rouet (l'abbé A.). Étude sur l'école juive de Lunel au moifmé§€,
Paris, Vieweg; in-8<*, vu- 65 pages (avec un plan).
CHRONIQUE 211
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Saurel. Maritima Avaticorum, ou Recherches sur une ville morte
située dans la commune de Saint-Mitre ( Bouches-dM-Rhône) . Tours,
Bouserez; in-8*, 48 pages.
Saurel. Raolin, ou Aperçu historique sur la république de Marseille
au XlIIe siècle. Marseille, Thomas; in-12.
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Marseille, Barlatier-Feissat. in-1 6, 68 pages.
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muniquée à l'Académie du Gard. Nimes Gatelan; in-8'», 19 pages.
Tamizey de Larroque. Documents inédits sur Gassendi. Paris,
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Tardieu. Grand Dictionnaire biographique du Puy-de-Dôme, avec
une galerie de \Q0 portraits. Moulins, Desrosiers ; gr. in-4o, fîg., fac-
similé, etc.
Tardieu. Grand Dictionnaire historique du Puy-de-Dôme, donnant
l'histoire complète des villes, bourgs, hameaux, paroisses, etc., situés
sur ce territoire. Moulins. Desroziers; grand in-4o, m-384 pages.
Teissier. Biographie de L . Ch. Thiers, avêcat au parlement de Pro-
vence, archiviste de la ville de Marseille ^ Marseille, Librairie marseil-
laise ; in-16, xiii-98 pages.
Tholin. Aperçus généraux sur le régime municipal de la ville d^Agen
au XVI^ siècle. Agen, in-8o, 37 pages.
Tholin. Notes sur les stations, les oppidum, les camps et les refuges
du déparlement du Lot-et-Garonne, Agen, in -8®, 38 pages.
Tholin. Notes sur la chasse dans l'Agenais. Agen, in-40, 36 pages.
Turrel. Etude sur C. de Tournemine, peintre toulonnais, Toulon,
Laurent; in-8o, 85 pages.
Vallentin. Excursions archéologiques dans les Alpes Dauphinoises.
Grenoble, Maisonville ; in-8**, 16 pages.
Yallentin. Essai sur les divinités indigètes du Vocontium, d après les
monuments épigraphiques. Grenoble, Prud'homme-Dauphin ; in-8**,
76 pages.
vaschalde. Établissement de V Imprimerie dans le Vivarais, illustré
de marques typographiques. Vienne, in-8°:37 pages et planches.
Vaschalde. Histoire des poêles du Vivarais, d'après des documients
inédits. Paris, Aubry; in-8**, fascicules 1 à 3. 278 pages.
Vaschalde. Le Tombeau du maréchal d'Omano à Aubenas{Ardèche).
{Documents inédits). Vienne, in-8**.
Vian . Histoire de Montesquieu, sa vie et ses œuvres, d'après des docu-
ments nouveaux et inédits. Paris, Didier ; in-8°, vii-xix-41i pages.
Vincent (l'abbé). Notice historique sur Montmeyran (Drôme), Va-
lence. Céas: in-8°, 55 pages.
Vivie. Histoire de la Tendeur à Bordeavac. Bordeaux, Féret; tom. I*»"
et II, xxin-455-511 pages.
Errata et rectifications du numéro do jniUet-teptamlyra 1878
Notes 9ur le langage de Saint-Matmce-de-rExil, - P. 11, ligne 16,
qui précède, lisez qui suit, — 13, 7, loù rouêfigmm, J.
lou roussignbu, — 14, 6, se dépl^éy 1. si dq»leMe, —
16, 19. pipignére, \. pipigfdere. — 21, ii ,pdiet,\.
pcUuet
Un fragment depoëme en langage de Bessan. — P. 26. i. 12. nmm
l. siennes. — 27, 3. piano, 1. plana, — 27. 31-32, c
laquelle attache la dénomination^ \ . à laquelle «'oltadW
la dénomination, — 28, 16. renouncà, J. renotm^. —
29, 1, menacava, I. menaçava, — 29, 2, cre/Uo. 1. ermlÊ,
— 30, 24, pronence, l. prononce. — 31, 34, reconm^fU
reconnue.
Poueisias dioisas. — P. 34 1. 10, ce que so pemso, 1. ce que pekm.
— 42. 27, Tioumeis, 1. hommeis. — 43, Hb, ogwMm
d'aqui 1 . oquoou d'oqui.
Lettres à Grégoire sur les patois de France, — P. 70, 1. 30, rmmiiWii,
1. smouaines^ — 70, 'èh, jamonai. l.jamotkd. — 71, 10,
même recliQcation . -« 71, 18, uni 1. imi.— 72, l^qu'm,
1 . qui n\
Bibliographie et périodiques. — P 110, 1. 15, tron, l. irou. — 120,
3, des ceux, 1. de ceux, — 121, 12-13, cUos, arroe, 1. Alo»,
Airos.
Bulletin bibliographique de la langue d'oc. — Ajoutez le nom de
l'auteur : S. Lèotard, au bas de la dernière ligne de
la page 133.
Le Parage à Mdguelone. — F. 135, 1. 28, y aioaient^ L y ont.^^ 142,
27, la FamÂho de la coumtessOy 1. Pèr mntfiiwo b
cowmtesso C.-D. Coote. — 143, noté \ 1. 14, «mwm-
maradou. i-f-a tou tour, 1. mon camaradou, imi-a In
tour. — 143. 18, mou verou, I. mon verou. — 146* Utn
courant : le Parage à Maguehme^ 1. le Parage à Jfih
guelone. — 148. 2^, perd, 1. per, — 153, 34, nm. êi
l'arrondis, d'Arles^ I. rom.de f arrondis. d'Arles, — 15l«
35, M. de V, 1. M. F.— 154, 34-35, l'^arai, l.l*»-
jarai. — 155, 28, q'uemphieni, I. qu'emploieiU.
Chnmùiue. — P. 159, 13, laFamihode la coumtesso. 1. Per madame
la coumtesso C, D. CootCy stut soun Ubret, Hiekikreàs
trois chiens\ d'une jument ei de deux oiseatix.
Le gérant responsable: Erneat
Montpellier, Imprimerie centrale du Midi (Hamblim FrAris)
DIALECTES MODERNES
L'BNSBiaNBHBNT
DE LA PHILOLOGIE ROMANE
EN FRANCE
Leçon d'ouverture des Cîonfêrences de philologie romane
faite à la Faculté des lettres de Montpellier^ le 16 novembre 1878
Messieurs,
En me nommant maître de conférences de philologie romane
auprès de la Faculté des lettres de Montpellier, M. le Ministre
de l'instruction publique a moins voulu récompenser mes mo-
destes travaux que fournir aux hommes d'étude de notre ville
qui ont le goût des recherches philologiques l'occasion de tra-
vailler plus utilement, en associant leurs eflPorts à ceux d'un
spécialiste déjà connu de quelques-uns d'entre eux. Je sais
mieux que personne ce qui me manque encore et me manquera
peut-être toujours. Outre que je n'ai pas, comme les savants
professeurs de cette Faculté, l'habitude de la parole publique,
à laquelle mes fonctions antérieures ne m'ont qu'imparfaite-
ment préparé, il me reste à apprendre beaucoup dans ma pro-
pre spécialité, et, ce qui est plus difficile, à apprendre d'eux
le secret d'instruire en intéressant. J'aurai donc besoin de vo-
tre sympathique indulgence, et j'ose y compter, comme vous
pouvez compter sur mon désir de bien faire.
Il n'est pas besoin de longs développements pour justifier
l'introduction de la. philologie romane dans notre haut ensei-
gnement. Il suffit de citer l'exemple de l'Allemagne, et de
15
214 ENSEIGNEMENT DE LA PHILOLOGIE ROMANE
rappeler que, si la France a pris en grande partie riiiitiati?e
de ces études avec Raynouard et Fauriel, ce sont les philo-
logues allemands qui, sous la direction de Diez^ ont maintens
et développé la tradition scientifique née chez nous. Us ont
même pris une telle avance et acquis une telle aatorité| qoe
c'est à leur école que se sont formés nos principaux romani-
sants.
Cette prééminence philologique, TAllemagne la doit à ce
qu'elle a depuis longtemps admis d'une manière définitive, et
non pas seulement toléré comme en France, renséignemeiit
de la philologie romane. Pour arriver à ce résultat, ou du moini
pour en approcher, nous n'avons donc qu'à employer les méineB
moyens, et à les perfectionner si nous pouvons.
Et, d'abord, que fa^ t-il entendre par cette expression de
« philologie romane ? »
Je n'ai pas besoin de vous faire observer que le mot c philo-
logie )) n'a rien d'exclusif, et que, s'il rappelle surtout Tidée
d'études linguistiques, il ne repousse ni l'esthétique ni rhistoire
littéraires. Ce n'est pas sur ce point qu'il peut y avoir de doute,
mais sur l'acception précise du mot a romane. »
Au commencement de ce siècle, il n'y avait pas sealement
erreur ou doute à cet égard, mais ignorance à peu près gêné-
r
raie du mot lui-même.
On n'a pas oublié la mésaventure de Roquefort, qui, sup-
posant à Napoléon autant d'aptitude pour la philologie qiie
pour le métier des arnïes, avait sollicité et obtenu la permis-
sion de lui ofirir un exemplaire de son Ghssaire de la bm/wi
romane, u La langue romane, dit l'Empereur, après avoir ta
le titre, « qu'est-ce que c'est que ça ?» — Sire, répondit Ro-
quefort, c'est la langue que parlaient nos ancêtres. » Ce ren-
seignement resta sans effet sur la curiosité de Napoléon, qid|
tout à ses démêlés avec TÀutriche, — c'était Tannée de la
bataille de Wagram, — avait bien autre chose à &ire qu^à ee
laisser initier aux mérites d'une langue connue seulement de
quelques rares érudits. Après avoir déconcerté le pauvre
Roquefort par de brusques et désobligeantes observations, 3
tourna les talons sans lui en demander davantage. Bt ee Art
peut-être tant pis pour la philologie, qui nous est chère, car
les encouragements du pouvoir, sans action sur les progrès
EN FRANCE 21Ô
de la littérature, qui vit surtout de liberté, en ont au con-
traire une très-efficace sur ceux de la science.
Aujourd'hui nous sommes plus familiarisés avec cette ex-
pression de a langues romanes » qu'on ne l'était au temps de •
Napoléon et que ne l'était Napoléon lui-même. Cependant bien
des personnes en France, et plus particulièrement dans le Midi,
l'appliquent à faux ou lui donnent une signification incomplète ;
car elles pensent qu'on désigne exclusivement par là la langue
ancienne ou moderne de nos provinces méridionales. Et ce doit
être pour elles une espèce d'énigme que de voir créer en même
temps deux chaires difiérentes pour ce qu'elles croient être une
même langue et une même littérature. Mais leur embarras pro-
vient d'une erreur qui, d'ailleurs, date d^loin ets'^st propagée
sous le nom respecté de Raynouard. Si les troubadours don-
naient à leur langue le nom de romane^ les trouvères, leurs
contemporains, en faisaient autant pour la langue du Nord ou
langue d'oïl. Avant eux, ceux qui, écrivant en latin, avaient oc-
casion de mentionner la langue vulgaire, tant celle du Nord que
celle du Midi, ne la désignaient pas autrement que par Tépithète
de romana, réservant celle de latina ^onr la langue de Rome.
Tout au plus j ajoutaient-ils une seconde épithète, celle de
rustica, destinée à rendre plus saisissable la distinction qu'ils
faisaient de la langue romane et de la langue latine. Les sa-
vants ont repris l'ancienne tradition, et, pour eux, philologie
romane et philologie néo-latine sont termes synonymes. On
ne vous demande donc. Messieurs, en vous engageant à vous
conformer à ce qui, pour plusieurs d'entre vous, est un usage
nouveau, que de ne pas désavouer nos ancêtres et d'accepter,
sans restriction de sens, le nom qu'ils donnaient à leur langue.
Ce mot de « roman » , ainsi entendu, est bien plus compré-
hensif, vous le voyez, qu'on ne le supposerait d'abord. Il s'ap-
plique à toutes les langues issues du latin, et embrasse, pour
ne pas sortir de l'Europe, outre la France et une grande par-
tie de la Belgique et de la Suisse, l'Italie, plus le littoral dal-
mate, la péninsule hispanique tout entière, et enfin la Rou-
manie, dont le nom significatif nous rappelle de communes
origines linguistiques et qui est comme l' avant-garde orien-
tale de ce puissant groupe néo-latin.
En donnant à la signification de ce mot toute l'étendue qu'il
216 ENSEIGNEMENT DE hA PHILOLOGIE ROMANE
comporte, le domaine de la philologie romane s^étendrait cur
les langues et les littératures de près de la moitié de TEarope.
C'est ainsi, du reste^ que l'entendent les AilemandB ; et, a
^ nous nous étions bornés à les copier, il n'y aurait eu qa*àcré«r
dans chaque Faculté importante une seule chaire, dite de pU'
lologie romane, laquelle aurait compris tout ce qui a trait aux
deux langues d'oc et d'oïl et à toutes les autres langues
néo-latines. C'aurait été quelque chose d*analogue à ce qui «
eu lieu chez nous pour les chaires de littérature ancienne,
qui, au début, réunissaient la littérature latine et la littératim
grecque, mais que les nécessités de renseignement ont hii
bientôt dédoubler. On a dû confier chacune des deux spéciali-
tés qu'elles représentaient à un professeur distinct, et fondef
dans nos principales villes universitaires, à Nancj, àLjon, à
Montpellier, une chaire de langue et de littérature grecques,
à côté de la chaire de langue et de littérature latines. Ken ait
de même pour la philologie romane, qui offire aux savants,!
ne la considérer pourtant que dans ses deux grandes maniiiBS-
tations françaises, la langue d'oc et la langue d'oïl, autant et
plus de textes que les deux langues anciennes réunies.
La langue d'oïl comprend tout ce qui a été écrit en langue
vulgaire du Nord, depuis les origines jusqu'au XV** siècle.
Elle n'a pas seulement longtemps vécu, elle a aussi beaucoup
produit, et l'on n'a pas encore tout publié. Bien qu^avec ce
qui a été imprimé, sans compter ce que recèlent d^inédit les
parchemins de nos archives et les manuscrits de nos biblio-
thèques, il y a de quoi lasser le chercheur le plus pemévénuit
et le plus expéditif.
Et ce n'est pas tout. A cette même langue d'oïl se rattachent
aussi les langues populaires actuelles ou patois du nord, suc-
cesseurs directs, sinon immédiats, de nos anciens dialectes;
amples matériaux pour une nouvelle et indispensable étude^qii
se greffe naturellement sur la précédente. Car il j a là, dans
ce sous-sol philologique, outre une langue d'une inoompartr
ble valeur scientifique, comme toutes les langues parlées psr
les seuls illettrés, comme tous les faits d'ordre parement nata*
rel, une littérature encore peu étudiée, littérature vraiment
populaire (noëls, contes, chants, proverbes, énigmes, super-
stitions religieuses et médicales), dont l'histoire, sauf pour eoDe
du Midi, est entièrement à faire.
EN FRANCE 217
En rejoignant ainsi les patois de notre temps aux dialectes
d'autrefois, on laisse forcément de côté le français proprement
dit, formé à des degrés divers du mélange des dialectes septen-
trionaux et du dialecte central et dominant de TIle-de-France.
Or c'est précisément cette langue unique et multiforme de
notre pays, devenue plus tard la 'langue classique avec les
grands écrivains du siècle de Louis XIY, qui constitue, de la
Renaissance à la génération présente, le domaine incontesté
et jusqu'à ce jour, sauf de très-rares exceptions, le seul ex-
ploité, de nos professeurs de littérature française. D'où il ré-
sulte que ceux-ci n'auront aucune concurrence à souffrir de
la part d'une chaire voisine de langue d'oïl. Sur ce poirnt donc,
les nécessités scientifiques s'accordent pleinement avec les
habitudes de notre enseignement supérieur et n'exigent de
lui aucun sacrifice.
Ce qui est vrai de la langue d'oïl l'est tout autant de la
langue d'oc. Son ancienne littérature est aussi intéressante que
celle de la langue sœur, quoique représentée par des docu-
ments moins nombreux. Elle a de plus l'avantage de posséder,
depuis la renaissance néo-provençale, une littérature artifi-
cielle par certains côtés, mais très-populaire par d'autres, qui
appelle un rapprochement constant avec les œuvres des trou-
badours.
Si l'on ajoute à cela que les archives méridionales ont été
moins fouillées que celles du Nord, à cause de leur éloignement
de Paris et surtout à cause de la différence de langue, on verra
que, tant au point de vue scientifique qu'au point de vue litté-
raire, la langue d'oc ancienne et moderne présente une aussi
vaste surface que la langue d'oïl, envisagée, comme elle vient
de l'être^ dans son présent et dans son passé.
On comprend qu'à l'étranger un seul professeur puisse être
chargé de la langue d'oc et de la langue d'oïl, puisqu'il s'en-
ferme le plus souvent dans leur passé sans avoir, comme un
professeur français, à les étudier sur le vif, c'est-à-dire dans
leurs patois. En France, au contraire, on ne peut dispenser le
professeur de philologie romane de l'étude des idiomes popu*
laires actuels, héritiers déchus, mais bien vivants, de nos deux
anciennes langues.
Ces études complémentaires des patois ne peuvent, on le
21S ENSEIGNEMENT DE LA PHILOLOGIE ROMANE
devine aisément, être bien faites que surplace, en France même,
dans certaines parties de la France, et par des professevri
avant la pratique de ces idiomes ; car il ne faut pas perdre de
vue que ces professeurs auront à parler devant des auditem
que leur origine rend, pour la plupart, presque aussi compétents
qu'eux-mêmes pour la partie moderne de leur enseignement.
D'un autre côté, à érudition et à intelligence égales, de. deux
savants étudiant une même langue ancienne^ celai qui parie
d'enfance la langue moderne qui en est issue aura de ce chef
une véritable supériorité sur son concurrent. C'est dire assex
que, en réorganisant cet enseignement dans le sens que noiu
venons d'indiquer, on a voulu rendre à la France tons ies
avantages vis-à-vis des étrangers, qui en sont encore à Tunité
de chaire en fait de philologie romane.
Quant à la ville destinée à essayer ce nouveau genre d'en-
seignement, aucune ne pouvait 'convenir mieux que Montpel-
lier. C'est là que s'est fondée, il y a bientôt dix ans, la Sixiiti
des langues romanes, association aujourd'hui nombreuse, com-
posée d'hommes laborieux et d'amateurs éclairés, qui a pour
elle l'opinion locale et a su la gagner aux études philologi-
ques. Je ne crois pas trop sortir de la discrétion que m*impoee
ma qualité de membre de cette Société, en rappelant que
c'est principalement en considération des services rendus p«r
elle que le Conseil académique, et plus récemment le Conseil
général, avaient émis le vœu que l'enseignement de la philo-
logie romane fût organisé dans notre ville. En admettant dans
le cadre de ses publications spéciales ou périodiqueê tout ce
qui a trait à la langue d'oc et à la langue d'oïl, étudiées dans
leurs dialectes anciens et dans leurs dialectes modernes, en
attirant à elle tous les travailleurs isolés qui, soit & Paris,
soit sur un point quelconque de la province, soit à Tétranger
(Espagne, Italie, Allemagne, Suède), s'adonnent aux études
qu'elle représente, elle a créé en faveur de Montpellier un
véritable courant d'opinion publique, qui s'est grossi deTadhé-
sion fréquemment exprimée des romanisants étrangers.
En un mot, elle a contribué, autant que cela a dépendu
d'elle, à en faire un grand centre philologique, en attendant qa*eB
en fasse un grand centre universitaire.
De son côté, par l'intelligente sympathie qu'il n*a cessé de
KN FRANGE 219
témoigner à la Société dont il est le siège, Montpellier a pris
Tavance sur ses compétiteurs possibles et justifié, yis-à*yis
d'eux, la préférence dont il est aujourd'hui l'objet.
Excusez-moi, Messieurs, d'avoir insisté si longuement sur
la nécessité qu'il y avait de créer deux chaires de philologie
romane et sur les avantages que nous pouvons retirer, au point
xle vue de la concurrence scientifique internationale, de cet
élargissement des cadres de notre enseignement supérieur.
J'ai pensé, et vous penserez avec moi, que la meilleure ma-
nière de remercier le gouvernement de son libéralisme et de
ses libéralités était de faire ressortir l'importance de l'ensei-
gnement qu'il vient de créer parmi nous«
Il ne nous reste plus qu'à aborder directement ces études
de philologie romane. Mais auparavant je dois vous faire,
principalement au point de vue français, l'historique de ces
mêmes études, et rappeler les noms et les services de quel-
ques-uns de ceux auxquels elle sont redevables de leurs plus ^
rapides progrès. Après quoi, nous esquisserons à grands traits
l'histoire de la langue d'oil, depuis les origines jusqu'à la Re-
naissance, pour terminer par quelques considérations pratiques
sur le fonctionnement des conférences de philologie romane.
II
A répoque de la Renaissance, l'antiquité grecque, subitement
ressuscitée et devenue, ainsi que la littérature latine, plus
accessible aux lecteurs, grâce à l'imprimerie, avait comme
étouffé notre littérature dialectale et achevé sa ruine, déjà
plus qu'à demi consommée par l'unification de la France et de
sa langue. Nos trouvères, jadis si populaires chez eux et hors
de chez eux, et qui avaient porté l'infiuence de notre langue
jusqu'aux extrémités de l'Europe, tombèrent rapidement dans
l'oubli. Savants et simples lettrés n'eurent plus de curiosité
que pour les ouvrages contemporains, pour ceux qui s'inspi-
raient de l'antiquité et s'écrivaient dans la langue de Paris.
Ce ne fut qu'assez longtemps après, vers la fin du XVI" siècle,
lorsque plusieurs générations de savants se furent àbreu**
vées jusqu'à satiété aux sources rejaillissantes de l'antiquité,
qu'on eut comme un remords d'érudition, et que l'attention —
220 ENSEIGNEMENT DE LA PIIILOLOGIJîi ROMANE
Tattention de quelques-uns — se reporta sur ce qui avait été
notre littérature nationale.
Depuis lors, depuis Claude Fauchet et Estienne Pasqoîer,
notre ancienne langue et notre ancienne littérature ont été
Tobjet d'une sympathique, mais interadttente et parfois m-
perôcielle fréquentation. Les recherches de Du Gange et son
édition de Villehardouin et de Joinville éveillèrent oa «n-*
tretinrent Tattention des savants sur cette partie de mtn
histoire littéraire. Cependant les Bénédictins, qui avec dom
Rivet élevaient en Thonneur de cette même histoire littë-'
raire Tœuvre monumentale à laquelle ils ont laissé leur nom,
ne suivirent pas jusque-là les traces de leur célèbre devan-
cier, et s'en tinrent presque exclusivement à la connaissance
du latin. L'ordre chronologique qui s'imposait à eux les dis-
pensait en effet d'étudier à fond la langue vul^aire^ qui, tar-
divement éclose à la vie littéraire, fut, pendant les premisn
'siècles du moyen âge, réduite aux plus simples éléments dek
végétation philologique. Après eux, les érudits, comme Tabbé
Leheuf, et plus tard. encore les demi-érudits, comme Tabbédak
Rue, qui publièrent quelques-uns de nos anciens textes, n'ap-
portèrent pas dans ce travail l'esprit de suite et la prépan-
tion spéciale qu'exigent, pour être fructueuses, des tentatives
de ce genre. D'autres enfin, comme Lacurne de Sainte-Palaje,
Méon et Barbazan, Roquefort et Rochegude, tout en se bor-
nant au rôle modeste mais utile de lexicographes ou d^éditenn
de textes, firent faire un nouveau pas à l'étude de nos vieu
auteurs.
C'est alors que Raynouard, littérateur doublé d^un philo-
logue, mettant à profit son origine provençale^ concentra tou
ses efforts sur la langue des trouhadours, qui se trouvait étrs
en quelque sorte sa langue natale. Faisant marcher de firent
la grammaire, la lexicographie et l'histoire littéraire du Midi,
et emhrassant dans le cercle de ses recherches tous les testas
imprimés ou manuscrits dont il pouvait obtenir commnnioa-
.tion,il composa des travaux qui sont pour notre ancienne laa-
«
gue méridionale ce que ceux de Du Cange sont poar la langaa
latine du moyen âge.
Mon collègue, M. Chabaneau, vous dira mieux que moi et
avec plus d'autorité ce que la philologie provençale doit à éti
EN FRANCE 22]
homme illustre. La philologie romane, prise dans son en-
semble, lui doit aussi d'avoir, en élargissant la voie devant
lui, facilité à Frédéric Diez la conception et F exécution d^
sa Grammaire comparée des langues romanes.
Raynouard comparait très-souvent, mais non pas toujours
méthodiquement ni d'après les règles de la phonétique, les
formes semblables des différentes langues néo-latines. C'est
Diez qui, le premier, en les groupant et les rapprochant comme
en un immense tableau synoptique, a su en former la base in-
destructible sur laquelle reposent les vrais principes de la
philologie romane. Avec lui, nous sommes sortis des limbes
de Tétymologie conjecturale, piège toujours tendu aux purs
spéculatifs, plus pressés de se laisser aller au vol de leur ima-
gination que de marcher au pas du bon sens et de l'observa-
tion patiente. Grâce à ses découvertes, à sa méthode simple,
ferme, accessible à tous, un esprit ordinaire en remontrerait,
après quelques semaines d'initiation, au savant et pénétrant
Ménage lui-même, qui en était réduit aux expédients de la
divination, à cette époque où les augures de i'étymologie ne
pouvaient guère se regarder sans rire.
Telle est l'utilité de la science. Les résultats péniblement
acquis par des générations de savants forment comme un
patrimoine inaliénable, un zr^/xx èç àet que nous pouvons aug-
menter mais non pas diminuer. Quand un gouvernement agran-
dit le territoire national, contemporains et descendants con-
servent fidèlement le souvenir du service rendu. C'est une
reconnaissance du même genre que nous devons à ceux qui
étendent le domaine de la science, reconnaissance plus désin-
téressée et qu'on témoigne d'autant plus volontiers qu'elle n'im-
plique aucune idée de jalousie ou de revendication interna-
tionale. Honorons donc d'un égal hommage la mémoire de ce€
deux grands philologues, l'un le fondateur, l'autre l'organisa^
teur de la philologie romane ; mais réservons, si nous voulons
être justes, un surcroît de sympathie et d'admiration pour le
second, qui, étranger par sa naissance aux idiomes romans ,
n'a eu que plus de mérite, ayant eu plus de peine à les bien
connaître.
Par Diez, l'Allemagne a possédé plus tôt que la France les
vraies notions de la philologie romane, et, grâce à la constitua
f^
228 ENSEIGNEMENT DE LA PHILOLOGIBS ROMANE
tion particulière de ses universités, plus complètes que In
nôtres, elle a pu conserver longtemps cette avance. Mais It
seience française a fait des efforts sérieux, des efforts counm-
nés de succès, pour reconquérir le terrain perdu et pour m
tenir, non pas encore au delà, mais à côté de la science aOè*
mande. L'honneur d'avoir inauguré ce retour de réroditioi
française vers les saines et nouvelles doctrines revient ei
grande partie à TËcole des chartes, et plus particnlièrement
à ceux qui lui ont donné Texemple par leurs écrits ou par lear
enseignement: à MM. Francisque Michel, Paulin Paiifl, b
rééditeur et Tun des principaux continuateurs de YBisimn
littéraire ; ^eiisMB de Wailly, le définitif éditeur de Joinvilk
et de Villehardouin ; Guessard, P. Meyer, Tactif et éimditpn^-
vençaliste ; A. Brachet, Bonnardot et G. Paris, Fnn des mattra
de la philologie romane. Le système d'études de cette Eoohf
l'aptitude professionnelle de ses élèves à déchiffrer nos vievz
parchemins, lui rendirent plus facile cette évolution et lui firent
comme un monopole de la puhlication de nos anciens textes.
L'École des hautes études, quoique de fondation beaucoup
plus récente, vint à son tour apporter l'appoint de sa solide
organisation scientifique. Elle créa, par l'utilisation simultanée
de spécialités diverses, . par l'enseignement otbI comme par
l'enseignement du livre, une sorte de concurrence philologi-
que dont bénéficièrent les études romanes, en même temps et
au même degré que les études grecques, latines et orientales»
La Société de linguistique, dirigée dans le môme sens et par
les mêmes savants, l'avait précédée dans cette voie, avec une
efficacité moindre cependant, parce qu'elle disposait de res-
sources plus restreintes.
Mais un homme seul, M, Littré^ avec son Dictionnaire ée k
langue française y a fait plus encore que ces associations-ou cet
groupes de travailleurs pour répandre en France le goftt et la
connaissance du vieux français. Initié à la philologie romane
par Génin, comme il l'avait été à la philosophie positive par
Auguste Comte, et dans les deux cas disciple supérieur à
maîtres, il a, par ses puhlications, par l'impartialité de
critiques et surtout par l'autorité de son nom, puissammMt
contribué à relever chez nous le crédit de la philologie ro-
mane.
k
\ ._
EN FRANCE 223
L'Université, de son côté, ne se désintéressait pas de ces
études, qui dépassaient peut-être le cadre forcément restreint
de son enseignement secondaire, mais qui rentraient virtuel-
lement dans son enseignement supérieur, auquel rien de ce
qui touche à la langue nationale ne saurait rester étranger.
Plus d'un, parmi les professeurs de nos Facultés, entretenait
ses auditeurs, ou ses lecteurs, de notre littérature française du
moyen âge, ou même résolvait certains problèmes de philolo-
gie romane. C'est ainsi que M. Egger, infidèle pour un mo-
ment à sa chère littérature grecque, traitait d'une manière dé-
finitive la question des Substantifs verbaux dérivés de V infinitifs
et que le continuateur de Bopp, M. Michel Bréal, descendant
des hauteurs de la philologie comparée sur notre territoire ro-
man, 7 glanait quelques curieuses et heureuses étymologies.
A leur tête, on voyait celui qui fut«i longtemps l'arbitre incon-
testé de notre enseignement supérieur, le vénérable M. Victor
Leclerc. Il ne s'épargnait pas, et l'on sait quelle part il a
prise à la continuation àeV Histoire littéraire. Avant lui, un au-
tre universitaire, Génin, philologue spirituel mais incomplet,
s'était engagé dans ces mêmes études avec un entrain qu'il sa-
vait faire partager à ses lecteurs. On lui doit aussi, en ce qui
concerne la prononciation du vieux français, de véritables
découvertes, dont il faut lui savoir gré, quoiqu'il les ait com-
promises par un esprit de système excessif et des boutades
non justifiées contre la science allemande. En même temps,
à l'Ecole normale supérieure, quelques maîtres de conférences
familiarisaient leurs élèves avec notre ancienne langue, ou
plutôt, pour être plus exact, avec'notre ancienne littérature .
Ce n^étaient là, toutefois, que des exceptions, des efforts in-
dividuels, qui attendaient, qui appelaient une participation plus
constante et collective de l'Université. Enfin, dans ces derniè-
res années, sur l'initiative de MM. Egger et Chassang, prési-
dents successifs du jury d'agrégation de grammaire, l'une de
nos deux anciennes langues, la langue d'oïl, a pris officielle-
ment place sur le programme universitaire. Tous nos candi-
dats à cet ordre d'agrégation sont tenus d'expliquer Joinville
à livre ouvert, au même titre et dans les mêmes conditions
qu'un passage de Thucydide ou de Tite-Live. Grand honneur
pour notre chroniqueur, et bien inattendu pour sa modestie,
224 ENSEIGNEMENT DE LA. PHILOLOGIE ROMANE
paais honneur mérité pour lui comme pour la langue qn^il écri-
rait.
Vous le voyez, Messieurs, si TUniversité est venue d^nnpti
lent aux nouvelles études, elle ne les a pas pour cela sjBtémi-
tiquement négligées, pas plus qu'elle n'a négligé ceux qsd <mt
pu y acquérir quelque notoriété. U est permis d^espërer (je
dis cela sans prétendre engager personne ) qu^on ne s^en tien-
Ura pas là. L'Université de France, toute à son devoir pro-
fessionnel, a bien fait de ne pas sortir tout d*abord de sei
programmes consacrés par une si longue expériencei et fat-
tendre, pour les modifier; le progrès de la science nonrella et
la démonstration de son utilité pédagogique, car elle ne doit
rien sacrifier à la mode, même à la mode scientifique. Maille
moment paraît venu pour elle de prendre une plus large paît
à ce mouvement des esprits. Elle voudra encourager, conso-
lider et diriger l'enseignement de la philologie nationale, non-
seulement par la fondation de chaires nouvelles, mais anoi
par des modifications correspondantes introduites dans le pro-
gramme des examens de licence, en même temps qae dam
celui de l'agrégation.
Il ne faut pas qu'un romanisant français, en nous comparant
à nos voisins d'outre-Rhin, puisse dire de cette science eo
qu'Alfred de Musset disait de la valse :
Et je voudrais, du moins, qu'une duchesse, en Franee,
Sût valser aussi bien qu'un bouvier allemand .
Passe encore d'être battus sur le terrain de la valse. CTeil
affaire aux professeurs. ... de danse. Mais n'est-il pasf&olieu
pour notre bonne réputation universitaire qae nous aojODi
obligés de reconnaître que la philologie romane est plus &-
milière à de simples étudiants des universités de Bonn et de
Marbourg qu'à la plupart de nos licenciés es lettres! Si oe
n'est point une question d'honneur, c'est au moins une ques-
tion d'amour-propre national que les Français connaîssent
aussi bien que les étrangers une science qui a pour base
principale leurs deux anciennes langues et les patois qui en
dérivent.
Ceci, Messieurs, m'amène à parler de nos langues popi-
laires ou patois; car ici encore il y a des malentendus à pré-
venir et des préjugés à dissiper.
EN FRANCE 225
Si nous nous occupons des patois, ce n'est pas pour satis-
faire une vaine curiosité, et encore moins pour leur rendre
leur antique indépendance et leur donner la force de sup-
planter le français, ce qui serait une chimère ou un danger :
mais pour nous aider à mieux comprendre les diverses lan-
gues provinciales de l'ancienne France, et celle qui aujour-
d'hui les résume toutes, la langue française proprement dite,
la langue unique de la France moderne. Botanistes de la
philologie, nous recueillons soigneusement ces fleurs hun>-
bles et vivaces pour notre grand herbier national, avant
qu'elles ne se soient tout à fait flétries. Nous agissons au nom
de la science, et uniquement en vue de la science. Mais qui
nous reprochera de les aimer pour elles-mêmes, quand un peu
de culture populaire ou même artistique leur a donné une
grâce de plus et un renouveau de jeunesse? Qui se plaindra
de ce surcroît de production littéraire ? Supposez disparus
de notre écrin poétique Mireille et l'aveugle de Castelcu-
lié, on voit bien ce qu'y perdrait notre littérature, on se de-
mande ce qu'y gagnerait la langue de Lamartine et de Victqr
Hugo.
Ce n'est pas, toutefois, que la science pure, surveillante un
peu quinteuse des poètes et des littérateurs, voie d'un œil
bien favorable ces tentatives de restauration linguistique.
Elles ont parfois, — il faut bien le reconnaître, — le tort d'in-
troduire dans les patois écrits, souvent rebelles à l'expression
de certaines idées, des formes nouvelles qui, n'ayant aucun
caractère d'authenticité, sont d'avance exclues de tout tra-
vail vraiment philologique. Et ce n'est pas contre le néologisme
seul qu'il faut se tenir en garde: la gramm,aire, lasyntaxe du
patois est aussi exposée à des modifications qui, sous prétexte
de correction, font disparaître ce qui est une originalité dia-
lectale. Ainsi ce que les idiomes populaires gagnent en per-
fection littéraire, ils peuvent le perdre en valeur scientifique, à
moins cependant que les auteurs ne s'enferment scrupuleuse^
ment dans la pure langue populaire.
L'étude des patois néo-latins, je parle de l'étude scienti-
fique, a grandi en même temps et dans la même proportion
que l'étude de nos anciens dialectes. Outre un grand nombre
de glossaires, ouvrages faciles à composer, comme tout ce qui
286 ENSKIGNEMKNT DE LA PHILOLOGIE ROMANE
est du domaine de là compilation, mais indispensables pooree
genre de recherches; outre quelques grammaires toigonn
utiles à consulter, malgré leurs défectuosités, nous avons va
publier, dans ces dernières années, des travaux véritable-
ment scientifiques et à résultats certains. Ainsi, pour ne citer
que les plus importants, en Italie, M. Ascoli a dressé la carte
et rédigé Tinventaire phonographique des patois des Âlpee,
avec une abondance de détails et une exactitude admira-
bles. D'autres ouvrages d'une moindre étendue, mais d'ane
précision égale, et relatifs aux patois romans de la Suisse,
ont paru vers le même temps, dans des revues allemandes.
La Romania de Paris, savant recueil exclusivement consacré,
comme son titre l'indique, à la philologie romane, contient
des études semblables sur nos divers patois, et notaounent sur
ceux de la Lorraine. Le Gouvernement français s* est asaodé
à ces investigations. Deux membres de la Société des btnguet
romanes, MM. 0. Bringuier et Charles de Tourtoulon, ont
été chargés par lui de constater de visu et de auditu la limite
actuelle des patois de langue d'oc et de langue d^oîl, avant
que l'entame, chaque jour plus profonde, du français, ne leur
ait enlevé leurs caractères distinctifs.
Les patois n'ont pas été étudiés seulement dans leur voca-
bulaire ; leur littérature a été et est encore Tobjet de mul-
tiples et persévérantes recherches. Les artistes, écrivains et
musiciens ; les lettrés simplement curieux, mais de curioflîfcë
intelligente, se sont joints aux philologues, et les recueils
ont succédé aux recueils. En Catalogne, Milà y Fontanals et
Pela 7 Briz; en Italie, le commandeur Nigra; en France,
MM. Champfieury, Ratherj, de Puymaigre, Jérôme Bigeand,
celui-ci pour le Poitou et la Saintonge; Damase Arbaud,ponr
la Provence; M. Smith, pour le Forez et le Velay, et ohes
nous, à Montpellier même, MM. Achille Montel et Louis Lam-
bert, et bien d'autres qu'il serait trop long de nommer, ont
publié et continuent de publier ces innombrables productions
de l'imagination populaire. Heureuse émulation qui profite à
la science, et, chose curieuse, qui profite mâme à la science
ethnographique. Ainsi, pour ne citer qu'un fait, qui s^atten-
drait à voir confirmée, par la comparaison de leurs 'chants
populaires, l'affînité de race que Fhistoire nous indique entre
\
EN FRANCE 227
les populations d'origine gauloise qui ont envahi, il y a de
cela je ne sais combien de siècles, Fltalie du nord et les côtes
orientales et occidentales de l'Espagne ? C'est pourtant ce qui
ressort clairement d'un savant travail de M. Nigra sur ce
sujet.
A cette étude se rattache de très-près celle des proverbes et
ces contes. Quant aux proverbes, ces fils du bon sens populaire,
ce n'est pas ici, dans une province voisine du pays qui a pro-
duit le proverbe fait homme, le Silène de Castill,e, le joyeux
Sancho Pança, qu'on a pu les négliger. Depuis de Sauvages,
qui en a inséré un si grand nombre à la fin de son Dictionnaire
languedocien, les observateurs n'ont pas manqué qui ont tenu
à compléter cette moisson déjà riche, et Montpellier y a porté
sa part contributive avec MM. Espagne et Roque-Ferrier. Les
contes populaires, menue littérature de Fenfance, qui peut,
sous la pltime d'un Perrault, faire les délices de l'âge mûr,
ont été recueillis et sont (Commentés avec autant de soin* que
les chansons. En les comparant entre eux, on s'est aperçu que
ces récits, qui semblent l'œuvre personnelle et spontanée de
chaque jeune mère en quête de distractions pour son nour-
risson, étaient le patrimoine commun de plusieurs généra-
tions et remontaient parfois à la plus haute antiquité. Le plus
connu de tous, le conte du Petit Poucet, type de la supério-
rité intellectuelle entée sur la faiblesse physique, ne nous rap-
pelle-t-il pas Ulysse échappant à force de ruses à la voracité
du cyclope Polyphème, l'ogre de Sicile? Une autre version
de ce même conte nous ramène plus loin encore, à la suite de
M. Gaston Paris, jusqu'à la constellation du Chariot, jusqu'à
l'Hermès des hymnes homériques, l'une des plus anciennes
conceptions de la mythologie sidérale des Grecs .
En nous élevant si haut dans l'espace et dans le passé, nous
voilà bien loin de la philologie romane. Mais il ne dépend que
de nous d'y revenir à Tinstant, sans même être obligés d'em-
prunter au héros minuscule des contes populaires ses gigan-
tesques bottes de sept lieues.
III
La philologie romane, en ce qui concerne la France, a pour
base, nous l'avons déjà dit, deux langues d'origine commune
22S ENSEIGNEMENT DE LA PHILOLOGIE ROMANE
et de physionomie distincte, la langue d'oc et la langue d'oïl.
C'est cette dernière que nous allons étudier ensemble.
La langue d'oïl, ou vieux français, remonte plus haut dans
le passé, au moins comme langue écrite, qu'aucune de ses
sœurs néo-latines. Le hasard peut bien y être pour quelque
chose, car c'est le hasard seul qui nous a conservé les Glossai-
res de Cassel et de Reichenau, tous deux antérieurs au IX* siè-
cle ; la Cantiiene de sainte Eulalie et V Homélie sur Jonas, Tune
et l'autre du IX® ou du X« siècle. Mais on peut dire, avec plm
de justesse encore, que ce droit d'aînesse était d^ avance dévolu
à la langue du nord de la France, par cela même que, diffé-
rant plus] que les autres langues romanes de la langue mère,
du latin, elle a dû secouer plus tôt qu'elles le joug de l'ortho-
graphe latine. C'est en vertu de ce principe que les langues
les plus barbares, les plus éloignées du latin (je parle de FËu-
rope occidentale), se sont écrites avant les autres, et que les
langues germaniques ont précédé les langues néo-latines dans
cette voie. Elles ont bien pu emprunter à la langue supérieure,
à la langue de la civilisation et de la religion, au latin, tout ou
partie de son appareil scriptural, mais sans pouvoir, quelque
superstitieuse déférence qu'elles eussent pour elle, s^ accom-
moder de son orthographe ni de ses flexions. De même, parmi
les langues néo-latines, c'est le français, et précisément le fran-
çais du Nord, qui a dû avoir et a eu la priorité sur les autres,
et après lui le français du Midi. Réciproquement on conçoit
tout aussi bien que les idiomes les plus rapprochés de la langue
mère, comme Titalien et l'espagnol, s'en soient écartés plus
tard. Le costume orthographique qulls tenaient d'elle allait à
leur taille et ne gênait pas trop leurs mouvements. Ajoutons
que, si la France d'oïl doit l'avance qu'elle a prise sur les
nations sœurs à ce que ses dialectes différaient davantage du
latin, par contre elle a dû sa supériorité littéraire sur TAUe-
magne; sa voisine, à ce qu'elle était fille de Rome, sa fllle parla
langue et parla culture intellectuelle. Singulière et heureuse
destinée, qui a tiré de deux principes contraires le plus bel
épanouissement littéraire que Ton connaisse, de la chute de
l'Empire romain à la Renaissance.
La langue d'oïl existe à l'état latent jusqu'au IX* siècle
On la seul plus qu'on ne la voit sous la surface troublée du
EN FRANCE 229
bas-latin de F époque mérovingienne. Elle se manifeste à demi,
tantôt par des mots tout nus, si je puis ainsi parler, c'est-à-
dire dépourvus des désinences latines dont on habillait alors
les formes empruntées à la langue vulgaire ; tantôt par les
incorrections syntactiques, flexionnelles et orthographiques,
des écrivains incomplètement lettrés, fautes involontaires que
confessait ingénument le principal historien de cette époque,
Grégoire de Tours, et que nous retrouvons dans les plus an-
ciens manuscrits de ses œuvres.
Cette période de barbarie, la plus intéressante au point
de vue des origines, mais la plus difficile à étudier à cause de
la diversité des phénomènes et de la diversité, sinon plus
grande, du moins plus complexe, des influences de lieu, de
temps et de personnes, nécessiterait à elle seule des recher-
ches toutes spéciales et de longue haleine. C'est vous dire que
nous réserverons ces études pour une autre partie de notre
cours, lorsque nous serons suffisamment familiarisés avec la
langue vulgaire du XIIP siècle et que nous aurons une pleine
connaissance des lois phonétiques qui ont présidé à sa for-
mation.
Mais la moisissure bas-latine se dessécha rapidement au
souffle de la bonne latinité rétablie par Charlemagne. L'éner- .
gique volonté de ce prince, qui pourtant savait tout juste lire
et ne put jamais écrire, arrêta net l'invasion de la langue
vulgaire, mais sans diminuer sa vitalité, en l'augmentant au
contraire ; car cette langue, qui altérait si fortement le latin en
se glissant sous la plume des scribes mérovingiens, se serait
altérée dans une égale proportion si ce compromis eût duré.
Sans doute elle serait parvenue un peu plus tôt aux hon-
neurs de l'écriture, mais sous un déguisement qui l'aurait cer-
tainement déformée ou transformée; tandis que redevenue,
par Fefl'et même de la proscription indirecte qui la frappait,
rinstrument et la propriété exclusive des illettrés, elle n'eut
plus rien à craindre des dédaigneuses, mais dangereuses fa-
miliarités du latin. Elle conserva sa physionomie propre,
ses tendances particulières, sa pureté phonétique, qu'aurait
troublée une plus longue cohabitation orthographique. Et
lorsque, cent ans après, nous la voyons réapparaître dans le
texte des fameux Serments de Strasbourg, transcrits par un
16
230 ENî^BIGWEMENï DE LA PHILOLOGIE ROMANB
copiste du X® siècle, nous pouvons mesurer, malgré les lati-
nismes sporadiques dont ils sont émaillés, la distance qui la
sépare du bas-latin le plus grossier de l'époque mérovin-
gienne.
N'allons pas croire cependant que Charlemagne se préoc-
cupât de faire la guerre aux patois de son temps. Le grand
et tout-puissant centralisateur ne songeait qu'à rétablir la
bonne langue officielle et littéraire, sans renoncer pour 8on
compte à la pratique de sa langue maternelle, l'allemand, ni
à la connaissance de son autre langue quasi-maternelle, le
gallo-romain. C'est du moins ce qu'on peut inférer du témoi-
gnage d'un auteur presque contemporain, qui nous le repré-
sente entouré de ses poëtes gaulois et teutoniques, ieutonids
gallicisque vatibm, et se plaisant à écouter leurs chants.
Ce n'était pas par la poésie seule que la langue vulgaire
manifestait son existence: les nécessités de renseignement
religieux lui avaient valu une reconnaissance semi-offlcielle,
de même qu'autrefois les nécessités administratives en plein
empire romain. Les conciles non-seulement la toléraient, mais
en recommandaient l'emploi aux prêtres qui avaient à parler
devant le commun des ûdèles. Cette recommandation ne se
bornait pas à l'usage purement oral de la langue vulgaire;
on insistait aussi pour que les textes sacrés fussent traduits
par écrit et mis ainsi, d'une manière permanente, à la portée
des personnes médiocrement instruites.
Mais cette langue n'en restait pas moins à l'état de patois,
et ce n'est guère qu'à partir du XII* siècle qu'elle est accep-
tée des lettrés comme une vraie langue, une langue à ortho-
graphe, à règles ûxes ou qui tendaient à devenir telles.
Comme toutes les autres langues, elle naquit à la vie litté-
raire parla poésie, et c'est par la poésie religieuse, non par la
poésie populaire ou héroïque, qu'elle prit place, une place bien
modeste d'abord, à côté du latin. La poésie populaire était cepen-
dant de beaucoup la plus répandue et la plus ancienne; mais
on la confiait à la mémoire plutôt qu'à l'écriture, dont Tusage,
monopolisé par le latin, était peut-être inconnu des auteurs,
simples laïques plus inspirés que lettrés. Peut-être aussi les
latinierSf comme on appelait au moyen âge ceux qui possé-
daient le secret de l'écriture, ne voulaient-ils pas s^abaisaer
EN FRANCE 231
jusqu'à accepter le dépôt de productions littéraires qu'ils de-
vaient regarder comme inférieures et inutiles, puisqu'elles
n'avaient pour elles ni le prestige de la langue, ni F excuse et
le besoin de la propagande religieuse. Cependant cette poésie,
populaire dans les deux sens du mot, avait pénétré dans l'en-
ceinte des cloîtres et sous la voûte des cathédrales. Sa vogue
en faisait un instrument tout trouvé pour les mains pieuse-
ment habiles du clergé. Et, bien que ne lisant, n'écrivant que
le latin, mais poussé par l'intérêt supérieur de la religion, il
voulut, malgré l'énorme distance linguistique qui le séparait
du peuple, communiquer de plus près avec lui et l'intéres-
ser plus directement aux choses du culte. C'est alors que les
Vies des saints furent traduites en langue vulgaire et mises
en vers. On les chantait dans les églises, comme en fait foi
la notation musicale qui accompagne bon nombre d'entre
elles. Sans doute quelques-uns de ces dévots traducteurs, vrais
poètes du terre-à-terre, s'acquittaient de leur tâche en sim-
ples écoliers ; mais d'autres ont trouvé des accents d'une vé-
ritable éloquence et su communiquer même au lecteur moderne
l'émotion qu'ils avaient ressentie à la lecture de la légende
sacrée dont ils se faisaient les interprètes.
Cette contagion poétique se répandit rapidement. Les hé-
ros de la foi, saints et martyrs, eurent ainsi leurs chansons
de geste, écrites longtemps avant, quoique composées long-
temps après celles de Charlemagne et de ses douze pairs.
Alors paraissent la Cantilène de sainte Eulalie, duX« siècle; la
Passion du Christ et celle de saint Léger, à peu près de la même
époque ; la Chanson de saint Alexis, du XP ; tandis que la plus
anciennement écrite de nos chansons de geste, le Roland, ne
Ta été qu'au XIP. Et pourtant elle était autrement populaire
qu'aucune des poésies pieuses que nous venons de citer, cette
Messénienne, cette Marseillaise des Normands, qui la chantaient
déjà à la bataille d'Hastings, dès le milieu du XP siècle.
Du jour où l'habitude de transcrire les chansons de geste
devint générale, la poésie épique changea de caractère. On
la lut davantage, on la chanta moins. La lecture à haute voix
remplaçant le chant, les épopées devinrent des récits et s'al-
longèrent indéfiniment. Elles étaient d'abord exclusivement
laïques, c'est-à-dire composées par et pour des laïques, et
532 ENSEIGNEMENT DE LA PHILOLOGIE ROMANB
s'adressaient à toutes les classes de la société, aux chevaliers
comme aux gens du peuple. Peu à peu, elles furent écrites on
remaniées, sur la demande de quelques grands seigneurs, par
des clercs que leur instruction rendait plus aptes à ce mé-
tier de compositeurs à gages, et souvent pour des dames d'es-
prit curieux et cultivé. On voit tout de suite quelles dorent
être les conséquences de ce double changement d'auditeun
et d'auteurs. Les lettrés d'alors, n'écrivant pas d'inspiration,
comme ceux qui avaient produit les premières, les vraies chan-
sons de geste, n'ayant en vue qu'une certaine classe de la so-
ciété, celle du grand monde laïque, où les daines exerçaient
une prépondérante inûuence, modifièrent profondément les
procédés de composition transmis par leurs devanciers. On
ne vit plus de ces sobres poëmes qui, comme la Chanson de
Roland, ne comptaient guère plus de quatre mille vers; les
plus courts eurent une étendue double. Si les poèmes s'al-
longeaient, le vers se raccourcissait, l'octosjllabique prenant
la place du décasjUabique et de l'alexandrin, La rime chas-
sait l'assonance. On se déshabituait de ces tirades nniasso-
nancées dont le martellement, continu et vigoureux, scan-
dait nettement le rhjthme, en marquait le pas, pour ainsi dire,
et soutenait à la fois l'attention de l'auditeur et la mémoire
du chanteur. Devenus purement narratifs, les nouveaux poë-
mes ne s'accommodèrent plus de ces groupes de vers à finale
monorime qui faisaient de nos anciennes épopées comme de
longs poëmes lyriques aux strophes d'inégale étendue. Les
vers de huit syllabes rimant deux à deux, moins longs et plus
souples que le vers épique, sans césure intérieure qui ralen-
tît leur marche, leur convenaient davantage et se prêtaient
mieux aux développements du récit ou aux vives allures du
dialogue. C'était comme la transition de la poésie à la prose.
En un mot, tout fut accommodé pour la lecture, et plus parti-
culièrement pour la lecture à huis clos, devant un auditoire
médiocrement nombreux.
Là encore on retrouve l'influence monacale. Dans les cloî-
tres, en effet, au moins dans la plupart, on lisait à haute voix,
pendant les repas, d'abord des passages des livres sacrés,
puis des Vies de saints que les auteurs ou les arrangeurs agré-
mentaient de prose rimée, le tout en latin ; puis enfin des 'Vies
EN FRANCE 23^
de saints ou des poésies pieuses en langue vulgaire. Cette ha-
bitude de la lecture à haute voix dut pénétrer en même temps
dans les mille petites cours féodales de Tépoque, et surtout
dans ce que Joinville appelle « la chambre des dames », équi-
valent de notre salon moderne, où elle alternait sans doute
avec les conversations des élégants des deux sexes.
La poésie se féminisa quelque peu, tout en continuant d'exal-
ter la vaillance guerrière. Les hommes d'épée, les chevaliers,
y tenaient toujours le premier rang. Braves autant que leurs
prédécesseurs de Tâge héroïque, mais d'une bravoure souvent
invraisemblable, ils nous font déjà songer, tantôt aux proues-
ses imaginaires du survivant attardé de la chevalerie errante
qu'a immortalisé Cervantes, tantôt aux désastreuses et trop
réelles témérités de Crécy et d'Azincourt. Ils ne se préoccu-
paient plus seulement, comme les paladins des chansons de
geste, de leur honneur de soldat, du devoir féodal, de la foi
chrétienne : à côté, au-dessus même de cet idéal tout militaire,
ils en avaient placé un autre, l'amour. C'était un vrai culte en
l'honneur de la femme, ou plutôt de la dame, de la maîtresse,
domina; culte singulier, mais sérieux dans sa singularité, où la
fidélité en amour était la grande vertu, qu'elle coïncidât ou non
avec la fidélité conjugale.
Cette littérature de cabinet et de salon eut une vogue im-
mense. Elle est représentée par les œuvres les plus correctes
et les mieux écrites du moyen âge. De la fin du XIP à la fin du
XIII • siècle, elle règne sans conteste. Partout on lit, et on ne
lit guère que les i;écits des aventures merveilleuses, des ex-
ploits souvent fabuleux, des amours parfois tragiques des
chevaliers de la Table-Ronde. Le roi Artus, Grauvain, Tristan,
Lancelotdu Lac, enfants de Timagination bretonne naturalisés
Français, ont presque pris la place de Charlemagne, de Roland
et d'Olivier. A la belle Aude, qui meurt en apprenant la glo-
rieuse mais triste fin de son fiancé Roland, à ces femmes pres-
que aussi viriles que leurs maris, ont succédé Yseult la Blonde,
épouse infidèle du roi Marc, mais fidèle amante du beau Tris-
tan; la reine Genièvre, qui oublie pour Lancelot du Lac le roi
Artus lui-même, le type accompli, le demi-dieu de la cheva-
lerie.
C'est Vkge d'or, l'époque classique de notre littérature
231 bnseigki:mbnt de la philologie romanb
médiévale. La langue atteint alors son plus haut degré de per-
fection. Elle est fixée quant aux règles orthographiques, et
sous ce rapport bien supérieure à la langue actuelle. Kaccord
est presque fait entre la prononciation et les signes qui la
reproduisent. Les mots nouveaux, directement empruntés an
latin et non plus seulement façonnés par Torgane et Tanalo-
gie populaires, sont encore conformes aux règles de Faceen-
tuation, mais déjà moins à celles de la dérivation.
Les exceptions en ce sens deviennent alors plus nombreu-
ses. Dès rorigine,sans doute, le rigorisme ecclésiastique, pour
qui le latin était, surtout en ce qui concernait le culte, une
sorte de langue hiératique, en avait imposé plusieurs que
Tusage avait consacrées, en les accompagnant parfois de leon
doublets ou équivalents populaires. Mais, à mesure que la cul-
ture littéraire se développe, les bonnes traditions linguistiques
se perdent, et les emprunts trop directs au latin se moltiplient
pour aboutir, dès le XIV® siècle, avec la langue pédantesque de
Nicole Oresme, non plus seulement à la déviation des lois
de dérivation, mais à la violation de la loi même de Taccent.
Funestes habitudes dont savaient encore se défendre les au-
teurs qui, comme Thistorien Froissard, écrivaient pour le
commun des lecteurs. Heureusement pour nos études, cette
réaction des ultra-latinistes sur notre idiome ne s^exerça avec
toute licence qu'après l'invention de Timprimerie, o^est-à-dire
au moment où finit la période dialectale, où la langue d*oîl de-
vient la langue française.
Mais, du XIP au XIY® siècle, la langue d'oïl se conserve in-
tacte, si ce n'est que, vers la fin, elle ne pratique plus rigou-
reusement son ancienne déclinaison à deux cas. Elle subissait
en cela Tinfinence des illettrés, toujours portés à la simplifi-
cation, influence à laquelle elle échappait d'autre part dans le
développement de son vocabulaire, ainsi que nous yenon» de
le constater; de sorte que, par une apparente contradiction, le
vocabulaire devenait plus savant et la syntaxe plus populaire.
Il en est de même de la littérature, qui se transforme, devient
plus érudite et plus complète; plus complète, en ce qu^elleftit
une plus large part à la prose. Cette évolution, d'ailleurs, n^en*
lève rien aux qualités essentielles de la langue écrite, qui, ten-
dant ainsi à se rapprocher davantage du langage parié, m'en
EN FRANCE 235
reste que plus naturelle dans ses tournures et dans sa syn-
taxe . De même que le vers de huit syllabes, sorte d'intermé-
diaire entre le vers épique et la prose, avait fait à celui-ci une
victorieuse concurrence, de même la prose tendait à revendi-
quer sur tous les deux sa part du domaine commun.
Les œuvres en prose, jusque-là rares et peu lues, faisaient
de plus fréquentes apparitions à mesure que les laïques sen-
taient le besoin de s'instruire et en trouvaient les moyens.
Bornée d'abord aux besoins de la prédication et à la rédaction
en langue vulgaire des documents officiels, la prose, sœur puî-
née de la poésie, en passant par la bouche d'un saint Bernard
et par la plume de Villehardouin et- de Joinville, reconquit
bientôt le terrain qui lui appartenait en propre. Elle dépos-
séda son aînée des droits qu'elle s'était arrogés sur l'his-
toire, avec Wace et Benoît de Saint-More, historiens versifi-
cateurs de l'Angleterre bretonne et normande, et sur la science
même, avec les auteurs des fantastiques Bestiaires. A côté de
ces traités pseudo-savants, rédigés en vers pour la plupart, on
vit paraître, enfin, des œuvres sérieuses et de longue haleine,
telles que le Livre du Trésor y écrit par un Italien dans cette
prose française qu'il préférait à sa propre langue et qu'il pro-
clamait a la parlure la plus délitable » qu'il y eût alors.
La poésie, perdant son côté utile, tendait à devenir ce
qu'elle est de nos jours, l'organe de l'imagination, et non plus,
comme autrefois, la dépositaire de toutes ou presque toutes les
connaissances scientifiques, morales ou historiques, de géné-
rations qui s'instruisaient par l'audition bien plus que par la
lecture oculaire ou isolée.
Telle est, vue d'ensemble et dans ses évolutions essentiiBlles,
l'ancienne langue du nord de la France, ou langue d'oïl. Mais
il ne faudrait pas que, en voyant ainsi groupées dans l'appa-
rente unité d'un cadre commun les phases principales de son
existence passée, on lui attribuât une uniformité qu'elle n'a
jamais eue.
La France n'avait pas alors de centre linguistique ; elle ne
recevait pas, comme aujourd'hui, sa nourriture intellectuelle
d'une seule ville, en qui sont concentrées toutes les forces
du gouvernement, y compris le gouvernement de la langue.
Chaque province, chaque localité, avait son dialecte ou son
236 ENSEIGNEMENT DE LA, PHILOLOGIE ROMANE
sous-dialecte, comme aujourd'hui son patois, idiomes firëres
sans doute et de ressemblance visible^ mais ayant aussi leim
caractères particuliers et leur indépendance, non-senlement
philologique, mais littéraire.
Ils devaient la première aux diverses chancelleries seigneu-
riales, communales, ecclésiastiques, qui, à partir du XIII* ëiè-
cle, écrivaient les actes privés ou publics aussi volontien ei
langue vulgaire qu'en latin ; et la seconde à Tinfluence d«
quelques grandes cours féodales qui attiraient à elles rélitedei
lettrés et des poètes de chaque province. Tous ces grands aei-
gneurs, qui ne sortaient guère de chez eux, avaient plus tôt
fait de chercher sur place des clercs et des trouvères capa-
bles de les louer en prose et en vers, fût- ce aux dépens de
rhistoire, et de leur procurer par leurs écrits d^ agréables et
instructives distractions. Que les œuvres ainsi produites fas-
sent ou non originales, peu leur importait, pourvu que, comp<H
sées ou transcrites dans leur dialecte maternel, elles fussent
immédiatement intelligibles pour eux.
Ainsi subsistèrent un nombre infini de dialectes et de sons-
dialectes, qui tous n'arrivèrent pas à la culture littéraire. La
plupart ont péri avec les témoins les plus authentiques de lenr
existence passée : ces chartes en langue vulgaire, d*oti la cri-
tique moderne sait exhumer en toute certitude la- grammaire
et la phonétique de nos anciennes langues locales. Il en reste
assez toutefois pour qu'on ait pu procéder à une clasfflflea-
tion et les diviser en quelques groupes principaux, corres-
pondant à nos principales provinces, tels que le dialecte nw-
mand, celui de TIle-de-France, le picard, le bourguignon et le
poitevin. Cependant il ne faut pas conclure de cette classift-
cation nécessaire, mais arbitraire et sur certains points prori-
soire, que chacun de ces dialectes pris à part présente la même
homogénéité que les anciens dialectes grecs. Gomme anenn
d'eux n'a été Tobjet d'une longue culture littéraire ni n*a pro-
duit de ces œuvres capitales dont la langue fait loi, leë diasi-'
dences sous-dialectales ont persisté. Les auteurs ont éorit,
les copistes ont transcrit au gré de leurs habitudes d^ortbogra-
phe ou de prononciation, et il en est résulté une variété qù
ne se plie guère aux exigences d'une classification rigouMose.
On devine tout ce que prendrait de temps et entratlierait
EN FRANCE 237
*
de recherches une pareille étude poursuivie dans le. détail.
Aussi nous contenterons-nous, quand nous aurons, dans la
suite de ce cours, à parler des anciens dialectes, d'en relever
les particularités essentielles ou différentielles. Ces esquisses
de monographies dialectales ne seront pas simplement théo-
riques, mais auront toujours pour point de départ les textes
étudiés. Dans l'exposition des lois générales, nous nous en
tiendrons au dialecte dit de TIle-de-France, et nous ne men-
tionnerons les autres qu'autant qu'il sera nécessaire pour
rendre chaque explication plus claire et plus complète .
Puisque j'arrive à la partie didactique de cet enseignement
nouveau, permettez-moi de vous donner encore quelques ren-
seignements sur la manière dont fonctionneront à Montpellier
les conférences de philologie romane.
Je dois vous dire d'abord qu'elles ne seront pas publiques.
Il faudra se faire inscrire pour y être admis. Cette formalité
est destinée à protéger les travailleurs assidus contre le dé-
rangement qu'occasionneraient les entrées et les sorties des
passants amenés par le hasard d'une promenade ou un accès
momentané de curiosité. L'inscription est absolument gratuite.
De plus, elle laisse à ceux qui l'auront prise toute liberté de ne
plus suivre les cours, soit qu'après un certain stage ils s'aper-
çoivent que leurs aptitudes les portent ailleurs, soit que le
temps leur manque, soit pour tout autre motif. Le Ministre
tient, et nous tenons autant que lui, à ce que ces cours soient
pratiques, techniques, comme sont, par exemple, ceux de droit
et de médecine . Le simple curieux ne s'étonnera donc pas trop
si la porte ne s'ouvre pas devant lui. Quant au travailleur qui
tient à ne perdre ni son temps ni sa peine, il sera assuré de trou-
ver un enseignement fait uniquement pour son usage. Plus tard
même, quand une commune assiduité aura créé entre lui et
les autres auditeurs une sorte de familiarité scolaire, il pourra
y prendre une part plus active en acceptant ou en provo-
quant les interrogations du professeur, sans avoir à craindre
de se donner en spectacle à une curiosité indiscrète.
L'exposition théorique, avec démonstration au tableau, al-
ternera, soit d'une conférence à l'autre, soit dans la même
conférence, avec les explications de textes. Les appréciations
238 ENSEIGNEMENT DE LA PHILOLOGIE EU>MA1«B
littéraires et les commentaires historiques formeront le com-
plément, mais non la base, de cet enseignement, qui, au moins
pour cette année, sera purement linguistique.
Vous m'excuserez, Messieurs, d'entrer dans ces détails; mais,
sur ce point pas plus que sur d'autres, il ne doit y avoir de
malentendus entre vous et nous. Je dois vous avertir aussi que
ces études, parfois arides, surtout dans les commencemenii,
avec leurs longues nomenclatures et leurs minutieux prooëdëi
d'analyse chimique appliquée au langage, ne conviennent peut*
être pas à tous les goûts. Mais ce que je ne crains pas d*afib-
mer, c'est que tous ceux d'entre vous qui ont fait, comme on
dit vulgairement, leurs classes, ceux-là surtout qui ont prati-
qué jadis le vers latin (pardon de cette justification indirecte
d'un genre d'exercice qui n'a plus la faveur du public), et qui,
en le pratiquant, ont appris la quantité latine, sont aptes dès
aujourd'hui à s'approprier les découvertes de la philologie
romane .
Ils devront à ces études, outre une facilité plus grande!
lire notre ancienne littérature, outre ce que M. Littré appelle
si justement « une rénovation partielle de l'esprit », une con-
naissance approfondie et définitive de notre idiome actuel, et
les moyens de connaître presque aussi bien Torganisme des
idiomes géographiquement et philologiquement voisins de l'Es-
pagne et de l'Italie. Ils leur devront aussi de devenir plus in-
dulgents pour nos inoffensifs patois, dont ils comprendront
mieux l'utilité scientifique, et de sentir croître ou s'affermir
leur affection pour notre chère et glorieuse langue nationale,
à mesure qu'ils pénétreront plus avant dans son intimité, pour
la langue de Chrestien de Troyes et de Joinville, de Yoltaire
et de. Bossuet, la seule des langues modernes qui ait eu doux
fois l'honneur — au XIIP et au XVIIP siècle — d'être la lin-
gue littéraire universelle de l'Europe.
A. BOUOHKBH.
DE QUELQUES PRONOMS PROVENÇAUX
I -FORMES DIVERSES DU PRONOM PERSONNEL LA: LAS
En provençal comme en français, F article défini sert de
pronom de la troisième personne au complément direct et se
place devant le verbe, excepté à Timpératif positif ^ (Ex. : Je
le vois; ne /e voyez pas; voyez-fe). Dans divers dialectes de
la langue d'oc, le pronom féminin de la troisième personne
change de forme, suivant la place par lui occupée : il reste la,
las, devant le verbe ; — derrière le verbe, il devient /o, los, ou
le, les^. M. C. Chabaneau a traité, dans la Romania, de plu-
sieurs autres pronoms soumis à la même influence .
Auvergnat. — Cantal. « Stindé la flassade... Sarra fô, III, i5; —
Ma parenta, espouza Zô, IV, 6.» (Traduction du livre de Ruth en
patois de Ghalinargues, canton de Murât, par l'abbé J. Laboude-
rie, Mém. delà Soc. des Ant de Fr,^ YI, 1824, p. 94-116.)
Gascon et béarnais.— lo Gers.
La medicho 'scuso qu'alégui,
Qu'aléguey au duc d'Espernoun.
Beséts-Zo, Moussur, jou bou 'n prégui. (P. 76.)
Nou poudéts pas paga las tailles ?
Pagats-Zo«, ses mes countesta. (P. 211).
D'Astros, XVII* s., dans \qs Poésies gasconnes, recueillies et pu-
bliées par F. -T. Paris (Tross, 1869, t. Il) : — « Ouerats hs toutos
duos aqueros hastiousos que salounquejon à la hount. » (Littérature
populaire delà Gascogne, par Cénac-Moncaut. Paris, 1868, p. 228,)
Cénac-Moncaut ne relève le fait ni dans son Dictionnaire
ni dans sa Grammaire.
* En béarnais, dans le département de Tarn-et-Garonne, le pronom
suit l'infinitif ; dans TAriége, il suit le verbe dans une phrase interro-
gative .
2 Dans une variété dialectale^ tout au moins, le pronom masculin de la
troisième personne change de forme lorsqu'il est placé après le verbe :
« Emperairc, vaqui ti servitour, saludo-tèi.. . Ames li fôiibre, amo-lèi
de countunio » (Armana prouvençau, 1861; Mistral, p. 56; ~ Rouma-
nille, p. 75). ~ Devant le verbe, on dirait li et non lèi.
240 DIALECTES MODERNES
2° Basses- Pyrénées, Après un impératif et un infinitif paroxy-
toniques, le pronom se maintient : « Apèro-/a, apèro-/as, que
bouy béde-/a;) ; mais après un imp. et un inf. oxytoniques, il
devient /o, los, à Pau; le, les, à Orthez :« Aperatz-fo, aperatz-fos,
etc. » M. Lespj {Grammaire béarnaise. Pau, 1858, §§ 355,
357, 359) signale le fait, mais il a tort de mettre son ortho-
graphe en contradiction avec la prononciation qu'il signale.
Languedocien. — 1" Ariége.
As pourtat sens' aunou de reliquos sacrados ?
As loB sensé respeit, neit o jour, manejados ?
(Le P. Amilha, Tàblm de la bido del parfet creaUa. Toulouso,
1673, —cité par J. Bauquier. Mélusine.l, 1877, col. 525, 11** str.);
— «Pourtax bite la pu bello raoubo é cargax fo-i.» (Parabole de'
l'Enf. prod. en patois de l'arr. de Pamiers, Mém Soc, Antiq. Fr.^
VI, p. 503, g 22.)
2o Aude. — « Anats querré dé suite sa prumièro raubo, cargats-y
Zo. » (Parab. de TEnf. procl. en patois de Garcassonne, M. S, A.
Fr„ VI, p. 508, g 22.)
Sounos la marcho lauragueso. . .,
Souno- Zo toutjoun fort e mort !
(A. Fourès, du Lauraguais, dans la Lameta de 1878^ p. 213.)
Las cerbélos soun sul foc,
Rebira-me-Zo«.
(Ronde carcassonnaise, R. des Z . i2., 2« S. , VI, 1878, p. 82. )
Dans la Cansou de la Lauseto (Montpellier, 1870), par Mir,
on trouve bien des exemples du pron. pers. fém., mais tou-
jours devant le verbe (pp. 78, 158, 252, 174), de sorte qu'on
ne sait pas si le narbonnais se comporte comme le carcas-
sonnais.
3** Haute- Garonne :
(Philomelo) nou canto pus aro,
Tourno-Zo mètre en joc encaro.
(Goudelin, éd. d'Amsterdam, 1700, p. 7.)
B'ets pla simples, effans, de creiré qu*es cambiado,
Et que se sio tabé per loung-tems coumpouzado :
8eguissets-Zo à Phoustal.
(Le Mirai moundi. Toulouso, 1781, p. 209); — Pourtats proump-
tomèn sa prumièro raoubo et mettets-Zo 'y. (Parab. de l'Enf.
prod., Mém. Soc. Antiq.de Fr., VI, p. 502, §22.)
PRONOMS PROVENÇAUX 241
Uno poumo beléou?. . . Douno-fe-me. (P. 46.)
0 tu ! que l'ambiciou coumo un pousou deboro,
Casso-Zo de toun cor, bite mei-lo deforo. (P. 61.)
Las croulses que beséts. . . . M'abéts dit : PJantats-Zos, (P. 136.)
(Mengaud, Eosos et Pimpanélos, 5» éd. Toulouse, 1877 .)
4° Hérault:
Savé qu'acos moun âmal es estada rebella!
Anfin réçacha-fo, té la porté enoufifranda.
(Peyroltes, deGlermont-rHérault, Pouésiaspatouèzas. Montpellier,
1840, in-8°, p. 102.)
5° Lot:
Goumo un pargan rimât la mio pèl se fronzis,
Agacho-fe de prèp.
(Poésie anonyme du XVII« s., citée par le docteur Noulet, His-
toire des patois aux XVI® e^ XVII« 58., p. 180.)
6° Lot-et-Garonne :
Tenèz-fos (vos poules) dins l'ostalou débat un crumèl.
(Fr. deCortète, XVll* s., cité par Noulet, Histlitt,, etc., p. 145.)
Dans lou Ritchounè de Delbès (2^éd., Agen, 1876), on trouve
les exemples suivants :
Tè, tè, déjà bezi dios tourterellos,
Tè, regardo-Zo« coumo soun bellos. (P. 30.)
Gardo roso d'amour,
Gardo-fo pla, maynado. (P. 11.)
7° Tarn:
Per bous, espousas-Zo sans que digus bous bexo ;
La bous cedi fort pla, car n'ei pas pus enbexo.
(Daubian, le Misantrope travesti, Gastres, 1797, in-8°, p. 81.)
8*^ Tarn -et- Garonne :
Per tout nostre coudèrc tout es aro en gran treble,
Et tu besez qu' yeu mémo, alangourit è feble.
Ne meni (per poude salba-Zos en dacom)
Mas crabos foro tèrro.
(Jean de Valès, de Montech, XVIPs., cité par Noulet, Hist. litt,,
etc., p. 120.)
Provençal. — Hautes- Alpes : « Ana querre sa pu jorio robo et
bita-Zo-li. » (Parab. de TEnf. prod. en patois du Queyras, p. 28 du
Dictionnaire de MM. Gbabrand et de RochaiS d' Ai^lun , Patois des
Alpes Cottiennes. Grenoble, 1877.)
242 DIALECTES MODERNES
11 paraît que le pluriel féminin reste las devant comme der-
rière le verbe : c Le pronom relatif féminin singulier conserve
la forme régulière la, quand il précède le verbe ; il prend la
forme la, quand il le suit. Ainsi, en parlant d'une table, par
exemple, on dira : Fasé-/o^ faites-la, et La faou, je la fais. »
(Chabrand et de Rochas, p. 16).
Aduzé li promptament sa premièro goueso, è bita li lo, (Parab.
de l'Enf. prod. eji patois du Queyras, dans Ladoucette, Topog, des
Hautes- Alpes, p. 618) ; — Adusé vite sa proumiero rooubo é passa
l'y h. (Parab., etc., en patois de Veynes, dans Ladoucette, p. 616 )
Remarque. — L'ancien provençal employait, lui aussi, l'arti-
cle défini comme pronom de la troisième personne ; mais on
ne voit pas, au moins dans le Recueil (Tanciens textes de M. P.
Mejer, que la place du pronom ait influé sur sa forme. Devant
comme derrière le verbe, on trouve toujours la, — L'article
servait aussi quelquefois de pronom démonstratif déterminatif
(en fr., celui, celle, ceux, celles ) :
Dunt estes vos, amis, de eau reion?
Sener, ço dist Girarz, de la Garlon*.,
L'ancien français disait de même :
Richart en son escu ataint,
Si que la lanche en pièces noie.
Mais la Richart ne fu pas molle 2.
Le français actuel serait obligé d'employer (re/tit, celle, ceux,
ce//e5; au contraire, la langue d'oc moderne peut encore se
servir de l'article :
Lous qui nou canton pas anéyt ^.
Nous a taillât prou gian' istorio
Ses counda la de bous medich * .
Dans une variété dialectale, et peut-être aussi dans plusieurs
autres, l'article, ainsi employé comme déterminatif, subit au
féminin un changement, et de la devient lo. En narbonnais,
par exemple, on dit :
1 Girard de RoussiUon, v. 314, dans le Recueil do M. P. Meyer.
-' Richart le Bel, éd. W. Fœrster, v. 1586.
•J b'ezedé, t. II, p. 287 des Poésies gasconnes.
* D'Astros, t. JI, p. 35 des Poésies gasconnes.
PRONOMS PROVENÇAUX 243
Touto flour das camps es passido,. . .
Digo-me dounc ount as culhido
Lo qu'embaumo toun Nadalet * .
En pensado rabit al séjour abitat
Per h que cèrqui ^ .
Amie, saras un jour amé lo que t*espèro ^,
La pus justo coumparasou
Qu'on posque faire d'un ibrougno,
Es lo d'un porc *.
Au pluriel, on trouve las ^ : *
Que de bostro bouco empèrlado
Toumbe uno graciouso paraulo,
Goumo las que disiôts à taulo ^
II. — DE L'ADJECTIF POSSESSIF MA
Le Mirai moundi (Toulouso, 1781, p. 92, 145) nous offre deux
exemples de ma devenu mo dans le locution a Par ma foi » :
Le moundé, per mo fés, es uno drollo cauzo.
Nou farei per mo fés .
Dans Goudelin, on trouve permofé^ mais aussi permafé ''.
Daubian (le Misanthrope travesti. Castres, 1797, 8**, p. 23,
écrit de même :
Permofé qui bous cren?
m.— DU PRONOM DÉMONSTRATIF NEUTRE RÉGIME DIRECT
ÇO, ÇOU, ÇA, CE
En français ancien et moderne, le pronom démonstratif
neutre ce s'emploie comme sujet: Ce sera beau, etc. En pro-
1 Ach. Mir, la Cansou de la Lauseto, p. 14.
« Mir, p. 78.
^ Mir, p. 78. Voir encore p. 82.
^* Mir, p. 18. Voir encore p. 240.
^ M. Gantagrel nous fait remarquer que c'est par suite d'une erreur
typographique qu'on lui a fait dire le contraire dans le passage suivant :
a Celui, celle, etc^ suivis d'un régime indirect ou d'un pronom relatif,
s'expriment par lou, lo, lous, los. » (P. xxuc de la Lauselo de Mir*)
L'article féminin est toujours las»
6 Mir, p. 80.
' Édition d'Amsterdam, 1700, pp. 185, 173.
244 DIA.LECTES MODERNES
vençal ancien, on le trouve comme sujet sous les formes fo,
ça, ce; mais les dialectes modernes Tont généralement aban-
donné; ils ont recours à i'autres pronoms, ou bien ils usent
du verbe tout seul. -tv^. ■
En français, depuis les temps les plusC^Ji^èulés jusqu'au
XVIPs., cea été employé comme régime direct précédant
le verbe, notamment dans les « propositions incidentes où le
sujet est représenté comme portant la parole* :
Ço dist Ghernubles, ma bone éspee ai teinte ^ I
Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l'auras*.
L'emploi de ce n'était pas forcé en pareil cas :
Diex, dist Uichars, mi escuiier,
Gon furent ore pautonnier*.
Le démonstratif ço s'employait comme régime direct, no-
tamment dans le même cas, en ancien provençal, et pouvait
également se supprimer :
Per Deu, ço dist la donne, lai vuel eu traire ^.
Adans, dis nostre Senhor, as fach mos mandamens*.
Plusieurs dialectes de la langue moderne emploient encore
ce pronom régime sous les formes ço, çou, ça, ce, que nous
allons passer en revue.
Généralement, le démonstratif neutre régime n'est pas suivi,
dans ses modifications phonétiques, par le pronom ço que, que
nous appellerons, pour abréger, pronom composé "'.
Ço. — Ço est la forme habituellement employée par les écri-
vains du moyen âge; aujourd'hui, au contraire, elle se rencon-
tre rarement.
* Diez, Gv.des L. R . III. 4Î8.
2 Chanson de Roland.
' Lal'oiitaine.
* Richart k Bel, éd. W. Foersler, v. 4347.
"^ Girard de Roussillon, v. 296, dans le Recueil d'anoietfis textes de
M. P.Mey er.
»' Pierre de Corbiac, Trésor^ v. 141, éd. Sachs.
"' Ço que se traduit en franijais, suivant les cas, par ce qui efe ce que.
Le démoustratif neutre ce est sujet ou régime; le relatif neutre qui Mt
toujours sujet; le relatif neutre que est toujours régime direct. — Ba
PRONOMS PROVENÇAUX 245
P Gard. — Nous en trouvons un exemple signé du nom de
L. Roumieux {Armana prouvençau, 1859, p. 101):
Es un Angles 1 bono pratico 1
Ço dis lou gardo, ai capita.
Ce félibre a plusieurs autres fois employé ço [Armana prou-
vençau, 1860, p. 101; la Rampelado, Avignon, 1868, in-8°,
p. 303) ; mais cette forme n'est employée que dans un rayon
assez restreint du provençal. J'ignore si la forme cho, que je
trouve dans une rayolado ou prétendue rayolado de M. Méric
{lou Marchan d*oli; Nimes, s. d., in-8o, p. 2), a jamais été
employée dans le pays rayol :
Quan tout d'un co^ cho fagué Jan,
Avès vostoboutéyo pléno.
t' Hérault :
N'avèn, ço dis, qu'à l'envesti-
(L'abbé Favre, lou Siège de Cadaroussa, éd. nouv. Avignoun, J.
Roumanille, 1868, p. 63.)
Cet exemple, ainsi qu'on me le fait obligeamment remarquer,
n'est pas recevable ; si je le maintiens, c'est pour avertir à mon
tour le lecteur que Roumanille a roQianié le texte du Siège de
Caderousse. L'abbé Favre a écrit sou dis et non ço dis.
3" Vaucluse:
Je n'ai trouvé qu'un seul exemple de ço employé p^r un
Comtadin :
Que siéu bèfi, ço dis, n*ai pas touca la fiole I
(T. Glaup, p. ^17, Un liame derasin. Avignoun, 1865, petit in-8**.)
Çou. — 1° Aveyron:
Oyei, sou se dis el, entre estré foro cledos.
Rendrai faire corra mous bossions é mos fédos.
(Peyrot, Poésies diverses. En Rouergue, 1774, in-8°, p. 12).
Chez Peyrot, le pronom aomposé est ce que (passim) et ço que
(p. v).
niçard, ce que s'est nasalisé en çen que, comme aquesto en anquesto :
t Tout senche sabès. » ( Gram. niss. de Miceu, p. 80--) Cfr. pour le lorrain
cen, et pour le saintongeais pan, que: W. Foerster, Zeitschrift de Grœber,
1, 397, et G. Ghabaneau, R, des L. R., 2' S., V, 1878, p. 296, n* 3.
17
246 DIALECTES MODERNES
8éra,aow parés; passablomen proubono.
{Poésies patoisesj parVernhet père, d' Agen(Aveyron) ; Rodez, 1877).
D'après l'auteur, ces poésies sont en « pur patois de Rodes
et de ses environs. »
2° Dordogne :
Sou digue riroundèL
{Revue des langues romanes, 2® sér., IV, 1877, p. 236.)
Les dix couplets de la ronde d'où est tiré cet exemple com-
mencent, — quatre par sou digue écrit en deux mots, — six par
soudis écrit en un seul mot. Une semblable inconséquence se
remarque dans la traduction : sou dis est traduit six fois par
ce dit y tandis que sou digue l'est deux fois par ceci dit et
deux fois par (?e dit; — ceci dit^il n'avait sans doute jamais
été employé en français : c'est un solécisme.
3** Cantal : « Sou faguét, 111, 9 ; sou diguét, IV, 5. » (Parab. de
l'Enf. prod. en patois de Ghalinargues, canton de MurAt, par
Tabbé J. Labouderie, Mém. Soc, Antiq, Fr., VI, 1824, p. 94-116.)
Dans ce patois, le pron. comp. est ço que.
4° Gard. — Cévennes :
« S'ou fat; s'ou fazié; dit-il, disait-il. » (Sauvages. DieUcfmirin
languedocien). — (c Aquel moussu sot^-disiè: Tène ma fourtnno...
L'autre se desarmo, Ë sou-fai. . . » {Armagna cevenàu, 1874, p. 28-9,
dans une poésie datée d'Anduze.)
Sou fas : ob ! per quanto resou
Endure talo pougnesou?
(Arnavielle, d'Alais, Rev, des lang. rom,, 2' sér., V, p. 186.)
Dans le cévenol, le pron. comp. est ço que; le pronom si^et
est çou :
«^oM-m'és-avis. » {Arm. cev., 1874, p. 37.)
Nimes :
Haï sou dis un, lou mau est double.
(J. Micbei de Nismes, Embarras de Beaucaire, 3© éd. , p. 6.)
Que siei urous, ^ottdis, de te saouva la vido I
{Une hourhouyado, . . Premieiro Uvrésoun. Nime, 1856, p. 9, et
core pp. 18,20).
Lipo sa raoustacbo et sou-dis : Messieus. . . (P. 26.)
Oou ! bravi jèn.
PRONOMS PROVENÇAUX 247
/SoM-digué Tome charitable,
Aqui' n malaou. (P. 37.)
(A. Bigot, U Bourgadieiro, 3«éd. Nîmes, 1868, 12°.)
5^ Hérault. — Montpellier :
Las fennps soun courao l'on créy,
Fer lous hommes soudis la Léy. (P. 12.)
Sou li dis ello bassomén. (P. 51.)
Anen, souàis, la mort. (P. 164.)
iSow li repliquo Pautre. (P. 202.)
;Sf(?w li fau ieu. (P. 203.)
( Les Folies de Daniel Sage, de Montpellier, éditées par A. des
Mesnils. Montpellier, 1874. La plus ancienne édition connue est
de 1636.)
Es qu' àysso 's pas lou même éndréch
Per oûnte («'ow-dis) soûy véngûda ?
(Aug. Tandon, jPa&^es, etc. 2« éd. Montpellier, 1813, in-8°, p. 14.)
Aimas las rosas, roussignôus,
ÀWdison las gazels persanas.
( 'Na Dulciorella, dans la Lauseta de 1878, p. 81 . — M^e de Ri-
card, qui signe du nom de Dulciorella, est d'origine anglaise. )
Béziers :
Poudriô m'escapâ
Coumo el, sou dis.
( Gabriel Azaïs, Revue des langues romanes, 2« série, V. p. 194).
Saint- Pons :
L'home a fosso estrumens, outisses e machinos :
— Es iéu, s'ou dis, es ieu que lous èi enbentats.
( Melchior Barthés, Glossaire botanique de l'arrondissement de Saint-
Pom. Montpellier, 1873. in -8", p. 264.)
Dans Barthés, le pron. comp. est ce que ( p. 256, 264); —
dans Azaïs, sa que; — à Montpellier, à Lunel-Viel et géné-
ralement dans Tarrondissement de Montpellier, on emploie ce
que ; mais on trouve aussi ça que dans VEstàtut dau Parage
de Montpellier, dans des poésies de Clarens et de C. Gros, de
Montpellier [Lauseta, 1878, pp. 109, 217, 248). Enfin, M.L.-X.
de Ricard, qui du reste traite assez librement une langu e
d'emprunt, emploie indifi^remment coque, ça que, ce que {Lau-
seta, 1878, de la p. 175 à la p. 184) : c'est trop d'un, ço que
étant inconnu à Montpellier; on s'y sert de ce que, mais les
24>i DIALECTES MODERNES
gens illettrés ont paru à M. Alph. Roque-Ferrier avoir une
préférence à Tégard de ça que.
6° Landes :
S'ou respounouc quauqu'un.
{Almanach doua Paysans, 1878, p. 25.)
Dans ce patois, le pron. comp. est ço qui, (P. 25.)
Ça. — On en trouve quelques exemples dans rancieone
langue ; ils ont été relevés par M. C. Chabaneau dans la Ro-
mania, lY, p. 339, n. 4. En voici dans la langue moderne.
1" Aude :
Paure Guillor, «Vidils, ahiôs de tems de reste. (P. 114.)
Un grapaut, l'èl enberinat,
Se couflèt e d'un couac s' afaguèt : Aproubat.I (P, 156).
(A. Mir, la Cansou de la Lauseto, Montpellier, 1876.)
M. Gantagrel, dans la grammaire du dialeete narbonnais-
carcassonnais qui précède la Lauseto, n'a pas noté ce pronomi
d'un emploi cependant très-fréquent dans les poésies de Mir.
Sous le nom de Felihre escalin, c'estrà-dire d'Escales, celnirei
Ta orthographié ou laissé orthographier sa au lieu de t'a:
« Adiu, sa-dits. » {Arm'ana de Lengadô, 1877, p. 42). Dans le
narbonnais et dans le carcassonnais, le pron. comp. est coque
( Gantagrel, p. xxvm de la Lauseto de Mir; Fourès, p. 195 de
VAlmanach de la Lauseta, 1878.)
2° Basses 'Pyrénées :
Ghens boste ayde, qu*èri pergude,
Ça dis-ère, Reyne deii Geû .
(Vincent de Bataille, dans les Cansous béarnaises dsDetpowrm
etoûtes; 3« éd. Pau, 1866, p. 133.)
M. V. Lespy connaît bien cette pièce, puisqu'il Ta publiée
dans sa Grammaire béarnaise (p. 94-7) ; néanmoins, il ne signale
pas notre pronom* Aux §§ 373, 377, il note seulement le pro-
nom composé so qui (ce que).
3" Gers :
Garot, ça m'a dit caucoumet.
James Dominus voUscumy
Ça dits-on, nou mouricdehàme.
PRONOMS PROVENÇAUX 249
(D'Astros, XV11° s., dans les Poésies gasconnes recueillies et
publiées par F. -T.; Paris, i869, t. II, pp. 95, 98). — « Moun hil
s'aon (ligouc lou pay. >» (Parab. de PEnf. prod. Mém. Soc. Antiq. Fr..
VI, p. 501, §31.)
Les exemples abondent dans la Littérature populaire de la
Gascogne (Paris, 1868), par Cénac-Moncaut : « Ça respounouc
la mayrastro, p. 227; ^aou * respounouc, p. 227; ça oudischouc,
p. 236; ça diseouo, p. 246; ça cridec, p. 243; ça pensée, p.
243 ; ç as boutée a crida, p. 234» » Dans son Dictionnaire gas-
con-français (1863, in-8"), Conac-Moncaut écrit : « Sa, pour
cela; Sa dit, dit-il, locution en grand usage. » Malgré le grand
usage de cette locution, il ne la signale pas dans Tespèce de
grammaire qui suit son dictionnaire.
Le pronom comp. est ço que.
4® Gironde: « Ça dissut. » {Œuvres complètes de Meste Verdie,
12e éd.; Bordeaux, 1876, in-16, p. 2.)
* S'aou, çaou = ça ou, c'est-à-dire pa lou, en fr. ce lui \^çau dickouc.
ce lui dit). — En gascon et en béarnais, l'article appuyé sur a et de a
de bonne heure vocalisé son l (de/, deu; ai, au). Appuyé facultativement
sur d'autres mots, il se vocalise de môme. — Le pronom de la 3" pers..
au complément direct, n'a pas d'autre forme que celle de l'article, et
comme celui-ci, au lieu de s*appuyer simplement, il se diphthongue avec
l'impératif singulier, l'infinitif et des mots tels que me, te, se, si, nou,
ande, aco, que, etc. Lespy {Gram. béam., §§ 351-4) a tort de prendre ce
pronom pour a l'article {sic) roman et employé comme pronom d ; lou, -ou
(article) et lou, -ou (pronom) ne doivent pas être séparés l'un de l'autre.
' En gasc. et en béam., un autre pronom, celui de la 3* pers. au com-
plément indir. , a la môme forme que l'art, et le pron. de la 3^ pers. au
complém.dir. ; il subit le même traitement : c'est tou (lui), lous (leur). On
a vu, dans les ex. plus haut cités, ce pronom diphthongue avec ça (çau).
Lespy ( Gram. béarn . , §g 360, 362 ) confond lou, lofAS (lui, leur) ft la fois
avee lou, lous (le, les, art. et pron.), et avec un prétendu pronom eu qui
voudrait dire le. Lou (lui) n'est autre que lour (anc. prov. lor), avec chute
de r final, comme dans pastou, mielhou, cou, etc. ; lous (leur) =. lour s
( anc. prov. lor). Deux remarques sont à faire sur lou, lous ( lui, leur) :
— l*" Dans certains dialectes, ainsi que l'a déjà remarqué Chabaneau
{Romania, IV, 346-7 ; V, 372-3), li (lui) a supplanté Tanclen lor et signifie
à la fois lui et laur^parex. dans les Basses-Âlpes, les Bouches-du-Hhône,
etc. Inversement, en gasc. et en béarn., lor a supplanté Ket signifie à la
fois leur et lui: Gausauon pas lou parla; Sensé lous dise adechats;
Queu poudcuoi-jou respoune?Entax5shè dansa un roundèu. Li (lui) survit
encore dans d'Âslros concurremment avec lou (lui), et parfois se laisse
remplacer par i (ibi), comme cela arrive dans Goudelin, Mengaud, Sage,
250 DIALECTES MODERNES
5^ Haute- Garonne :
Sanou^ comanda la Riqueta. (V. 601.^
Sa dissec dona Sobirana. (V. 517.)
Car sa ditz la Finoy Daissus. (V. 786.)
{Las Ordenamas del libre blanc, Édit. du D' Noulet ; Montpellier.
1878, in-8'*. — L'éd. originale est de 1555.)
A la fi, ça me dissec. (P. 6.)
Héla&î ça dizi jou. (P. 20.)
(Xas 06ro« de Pierre Goudelin ; Amsterdam, 1700.)
A d'autres, ça li bau jou dire.
{Las Obros de P. Goudelin ; Toulouse, 1648, in-4^ p. 8, cité par
Noulet, ki8 Ordenansas del libre hkaïc, s. v. sa,)
Ha 1 «a dizio le misérable.
Ha! aaditz el.
{La Granoul-ratomachio, Toloso, 1664, citée par G. Bninet, ^01.
et Extr. de quelques ouvrages en patois duMiM;i%k^^ in«8^, p. 32, 35.)
Ount bas? Arèsto-te. Mouïso,-ça ly erido.
La bouts .
Grand Diu, ça respoun el.
(Guitard, XYII« s. , cité par Noulet, HisU UU. des pai. aux X¥h
et XVII* ss.^^, 94.)
etc. — 2* Reste à expliquer lous (leur), puisque réguUôremeot le pfoiom
ne devrait pas avoir la marque du pluriel. Le gasc.et le b6tm. se santid
laissé influencer par Tadj.poss. de la 3^ pers. du pluriel, Uhut, lourt (leor,
leurs). Cette marque analogique du pluriel donnée indûment aa pnooo,
comme elle avait déjà été donnée à l'adjectif, a eu pour but de donnarplM
de clarté au langage. Ce phénomène est peut-être ancien ; si la charte da
pays de Soûle, publiée par M. P. Meyer {Homania^^y S67*S12)9 nepiésaw
tait quelques fautes évidentes, on pourrait y trouver la preuve que lor
(pron.) était déjà devenu lors, las, en 1254 (voir la note de M. Meyer, pu 372,
n"* 14). En français trivial on dira de même : « Je leurs ai parié •; onna-
forcera même ce leurs du pronom t/ : « Je leurs y ai parlé. «Dana le petoii
lu Lot-et-Garonne on trouve pareillement : Fazes lous y fa piMço (DeOUt,
p. 112), Lous T parla (Bigal, p. 23), En 1677^ dans les poéstos de la Tm,
de Digne (Basses-Alpes), on trouve lour, leurs (leur),, employé
ment avec li (lui, leur). En alaisien, lus (adjectif pos86s.)-Teat dire
bien leur que leurs;
Quatre garçounés d'àou mémo âge
Pourtavou un drôle de lus tén.
En se ségnan de lus cinq dés*
(D'Hombree, flutt. de la Soc. se. et litt. d'Alais, t. VIII, pp. TO, 81.)
PRONOMS PROVENÇAUX 251
Cal, ça diguèf Janeto.
{Noels nouveaux ; TouXow^Q^ 1707, in-S», p. 10; cités par Noulet,
Ordenansasdel libre hlanCj s. v. «a).
« Chut, ça me dizen, chut, qu*acos permaldizenço. (P. 48.)
Anats boun, çalour fa, sourtissets-me daissiu. (P . 68.)
Coussi, ça me ban dire, establi sous mainatgés? (P. 78.)
Eh! per que, ça bous dits, aquesté aura la palmo? (P. 80.)
{Le Mirai moundi. Toulouso, 1781 .)
Dans Mengaud (Rosos et Pimpanélos, 5® éd.; Toulouse, 1877),
parmi plusieurs autres exemples (p. 33, 46, 56, 135), on peut
citer le suivant (p. 52 ) : « Ça cridec. » — Dans la Haute-
Garonne, le pron. comp. e^i coque.
Dans un arrondissement où Ton parle gascon, ça est égale-
ment usité : c( iSadichec Bertrando; sa mous dichec Bessan. »
(V. Cazos, Massouquets de ASen^-jÇiacA; Saint- Gaudens, 1852,
in-8o, p. 10, 21). A ce que ditTéditeur, les poésies de V. Gazes,
« peuvent être regardées comme un spécimen exact de l'idiome
parlé à St-Béat, à St-Bertrand et dans tout le Comminges »,
assertion qu'on fera bien de n'admettre qu'avec méfiance.
e** Hérault:
Cal parti, ««-dis lou Moussegne.
(Estève Glèizos, d'Azilhanet, Armana de Lengaddy 1876, p. 26.)
7" Limousin: voir Ghabaneau, Gram. lim.y 1, 370.
S*' Lot :
Sa dison lous besis. . . .
Ques aquo que se planch e tusto cado nèch?
(Poésie anonyme du XVIP s., citée par Noulet, Hist. litt. des pa-
tois aux XVI^ et XVII^ ss,, p. 179.)
^^Lot-et-Garonne:
Oh! qualmalhur! sa dit d'uno bois enrumado.
(Jansemin, lou Chalibary, 1825, in-12, p. 11.)
Marcillo, sa disio lou jouyne gouyatet,
Lou bonhur nou ben pas toutjour de la fortuno.
(Rlgal, IfamZfo; Agen, 1870, p. 15.)
Sarro fort, ça me cridabo.
(Lou Ritchounè, par Delbès. î« éd.; A^^en, 1876, p. 234.)
Le pron. comp. est ço que.
252 DIALECTES MODERNES
10° Tam-et-Graronne:
Ça respoundèt Suzoun.
(Gastela, Mous Farinais. Montauban, p. 22).
Sa-ùis à-n-el.
(Arm, de Lengadô, 1876, p. 73, dans une pièce de L.-J.-L. Plit,
datée de Montauban) .
Ce. — M. Chabaneau a cité un ex. du Bremari d'Omar
{Romania, V. p. 234) que M. P. Meyer trouve fort doutenx,
parce que Tun des mss. de Vienne porte «o. Se a été employé
en catalan :
■
E on vas, lop Lobas ?
Se dix Nostre Senyor.
(Formule de conjuration, 1397, publ. par Âlart, iSavue deê L»B,t
2«s., m, p. 11.)
On en trouve quelques ex. dans la langue d*oc moderne:
\^ Gironde:
Bala, se dissut het.
Mais, ce dissury-jou.
( Œuvres complètes de Meste Yerdié. 12® édit.; Bordeaux, 1876,
pp. 173, 179.)
Comme on Ta vu plus baut, Verdie emploie aussi le pro-
nom ça.
2« Hautes-Pyrénées:
Se dits Mario à soun Gouyat !
Hé, Dion 1 moun Hilh, qu'as-tu tronbat?
(Recueil de Noëls choisis, composés autrefois par M.Henri d'An-
dichon ; Bagnères-de-Bigorre, 1876, p. 17.)
Le noël RebeillatS'bous, meynades, dans lequel est prise cette
citation, est, dans l'édition de Bagnères, attribué à d'^Andi-
cbon ; mais G. Brunet (IVot. et Extr. de quelq. ouvrages enpaUm
du Midi, 1840, in-8<», p. 177)lui donne pour auteur un c Gtasoon »,
Gobain, professeur d'écriture et de tenue de livres, et ne seOH
ble pas avoir connaissance de l'attribution de cette pièce à
d'Andichon. Dans le texte cité par G. Brunet, et qoi oIBps
plusieurs variantes, on lit « se dit )> (p. 180), au lien de dilê» ■
PRONOMS PROVENÇAUX 253
3° Hérault:
Un anja «édiguet: Aquel éfan sus terra
Séro del riche haït.
(Peyrottes, de Glermont-rHérault, Pouésiaspatouèzaa; Montpel-
lier, 1840,in-8% p. 4.)
4** Isère :
A PEvêchié se fit pe soixanta personne,
Un dina don le sauce eyron toutet bien bonne ;
Tout eyre fin, ragoût, ruty, patissari;
U semblave, se dion, ceu de Jean de Pari*.
( Épitre en langage vulgaire de Grenoble, sur les réjouissances pour
la naissance du Dauphin, citée par ChampoUion-Figeac, Nouvelles
Èecherches sur les patois de V Isère; Paris, 1809, pag. 134 )
Le pron. comp. est ce que.
' C'est un témoignage à joindre à ceux que MM. Mabille (1855) et
Montaig'lon ( 1867 ) ont rapportés de la popularité du Romant de Jehan
de Paris, témoignages auxquels on peut ajouter les suivants : — Dans la
Relation du voiage de Brème en vers burlesqtÂSS (Leyde, 1677), au
chant 111% un libraire de Brème dénombre les livres français de sa bou- •
tique:
TJne autre p'èce fort jolie
Qui se nornmc Jean de Paris.
Dans ses Œuvres galantes (1665), Cotin parle des | livres de peu de
valeur de sa bibliothèque :
Primo, Jean de PatHs, Roger et Bradamante.
(Ces citations sont extraites du BuUetin du Bibliophile, 1862, pp. 920,
973 ) : — Au mois de décembre 1695, M""» Guyon fut arrêtée et ses
papiers saisis ; « elle ne voulut pas reconnoître des opéras, des pièces de
Molière, et quelques romans, comme Jean de Paris, Richard Sans-Peur,
etc., qu'elle déclara être aux laquais de son fils, lieutenant aux gardes »
{Relation. •. du quiétisme [par Phélipeaux, docteur de Sorbonne], 1732,
p. 154 de la première partie) ; — Carvin aine a fait une parodie de l'o-
péra de Boieldieu ( Jean de Cassis oou Martegue, imitation burlesque de
Jean de Paris.,, en un acte et en vers provençaux; Marseille^ Masvert,
1816, in-8'*) ; — Une des chansons de Déranger porte le titre de Jean de
Paris. Ce Jean de Paris, entiché de la capitale, batailleur, blasé, volup-
tueux el hâbleur, quoique le chansonnier fasse allusion à je ne sais
(|ueHe chronique sur laquelle ne nous donnent aucun renseignemeot ni
}es notes des chansons, ni celles de Ma Biographie (Pwris, Perrotio, 2« éd.,
1858, in-8<>), n'est probablement qu'un souvenir de l'opéra de Boieidieu.
254 DIALECTES MODERNES
50 Landes:
Lou boun Dîu, s'es pensée, sur sous amies que beillo.
{Almanach doua Paysans^ i878, p. 29). Cfr. çou, 6®.
6° Limoudn : voir Chabaneau, Gr, lim. , J, 370.
IV.- D'UN EMPLOI PARTICULIER DU PRONOM
DÉMONSTRATIF NEUTRE ÇO
1^ Ço suivi d'un pronom possessif, d'un adjectif pris sub-
stantivement, ou d'un complément prépositionnel, se traduit
en français par l'article suivi du pronom possessif ou d'un
adjectif pris substantivement, ou bien encore on est obligée de
se servir de l'article et du substantif que sou^entend la langne>
d'oc ; on peut parfois aussi avoir recours à ce qui ou ce qw -f-
un verbe.
Hérault : « Per Sant-Michel ce pus bel »> = pour la Saint-Michel
(29 septembre, on marie) le plus beau (ce qu'il y a de plus beau) ; —
« Ce du per ?tloussu, ce mol per moun col » = ce' qui est duc pour
Monsieur, ce qui est mou pour mon gosier)*; — « Tout ce «eo» » =
tout le sien (tout son bien^ ).
, Lio-t'y dé bounhur dins lou moundé
En perdén ce puspréciaturJ
(Peyrottes, Pouésias, p. 78).
Tarn : « So seou » = le sien ( son bien)* . ,
Gai que tu, paouré Bosc, nous lexiguos ce teêu.
Quant aco sera fax, bous lexireei ce meeu,
Aaissi ce teeu
Aaissi ce bostré.
(Daubian, le Misantrope travesti, pp. 78, 79).
Tarn-et-Garonne : « Tria ço bel d'ambe la peillo » =« trier k
bmu d'avec le chiffon, le rebut*.
' Adelphe. Espagne, Proverbes et Dictons populaires reeuMi» à
ra»; Montpellier, 1874, in-S», pp. 35, 44).
2 Parab. de TEnf. prod. en patois d'Agde, Mém, de la Soc* d&$ JnUq,
de France j VI, p. 510, g 13. Le texte de la parabole esfc gônôralemBOl
traduit par une périphrase; voici les seules versions où il n'en. soit pM
ainsi : « Tout lo delseu (roussillonnais, p. 507); tout le son (Saintes^ P*4tt);
tout aquo siou (Lozère, p. 513). •
^ Proverbe albigeois, Congrès archéologique de France, XLI* M»-,
sion, 1875, p. 367.
* Castela, Motis Farinais; Montauban, p. 38.
PRONOMS PROVENÇAUX 255
2^ Plus souvent, ço se fait accompagner de la préposition de.
Haute-Garonne: « Garats aci code milhou; amago ço de pé-
tas sat * .
Sa bertut, sa faissou moudèsto,
Soun esprit e tout so de siu,
M'an boutât un martel en tésto.
( Gautier, XYII* s., cité par Noulet, Hist, litt, des patois aux XVP
H XVII' siècles, p. 89.)
Quand sent que per sa fauto a perdut ço de siu.
{Le Mirai moundi ; Toulouse ^ 1781, p. 198.)
Gers : .
Que eau paga dab so de noste. (P. 214.)
E eau qu'aquesto capo saute !
Sauto, capo! sauto so d'autel (P. 240.)
(D'Astros,XVIIe s., àdin^le^ Poésies gasconnes, rec. par F. -T., Il ;
— (( Tout (jo-de-men qu'ey ço-de-toun » (Parab. de TEnf. prod., Mém.
Soc. antiq. Fr.^ Vl, p. 501, ^31); — nÇo de bounj) =]e bon (ce qu'il
y a de bon) *.
Basses-Pyrénées : « Que ch.oisissen so de nié houn » =ils choisis-
sent le meilleur ; — « Dap so dous aoûts » = avec le bien des autres
d'autrui^; — « Qu'ey ço de prumé gagnât; ço de mouillât^ que potana
à l'aygue*.
Dans Lespy (§ 384), on trouve ço uni seulement au pos-
sessif, so de me y so de tou, so de sou, so de nouste, so de boste
(mon bien, ton bien, etc.; ou ce qui t'appartient, ce qui est à
toi, etc.).
Catalogne. — Dans le Breviari d'amor catalan (P. Meyer,
Rec, d'anc. textes), on trouve : « Gastar porfe/ vostre » (p. 125,
1. 23), « ço del lur » (p. 125, 1. 26), « en ço del lur veyn »
(p. 126, 1. 49). J«^ En Catalogne, du moins dans le Panades,
le peuple de la campagne dit, en certains cas, axé ou assé
(peut-être aussi so {del Ra fols ou delMiret)],^ pour désigner le
' Goudelin, éd. d'Amsterdam, 1700, pp. 147, 259.
^ Chanson gasconne dans Cénac-Moncaut, Litt. pop. de la Gasc, p. 382.
* Un anonyme, dans les Poésies gasœnnes de J. Larrebat; Bayonne,
1868, p 85.
'» Cansous béarnaises de Despourrins et autes, 3« éd., pp. 198, 201.
•256 DIALECTES MODERNES
domaine de ces propriétaires. D'ailleurs, on lit dans Bemat
Metje: « No li torna so delsieu*. » — Cf. en langue d'oc:
« Per ce qu'es de mei vers, se sount de boueno raço, vo ne
sount ô'aquo ûn^ »; « Quant sera mort, sera aquo sciea
Plus dreyt bordo qu'vng de romieu*. )>
J. Bauquibr.
* Milâ y Fontanals, flewwe ctes I. /l , 2* »., IV, 18T7, p. 207.
- Gros, Recuil de pouesiés prouvençalos ; Marseille, 1763, p. 9.
3 Las Ordenansas del libre &fanc ; *Tolosa, 1555, éd. Noulet. y. 7i7.
LE MOINE '
CHANSON DU VELAY
Une série de chansons populaires est consacrée à berner les
faux galants et leurs téméraires entreprises. Un passager courtise
une batelière et, à ce jeu, perd sa bourse. Un seigneur descend
de cheval pour causer à l'aise avec une bergère, qui lui dérobe sa
monture. A ce groupe de chansons appartient, par le sujet et par
plusieurs détails, celle du Moine^ aujourd'hui d'ailleurs presque
oubliée. La voici telle qu'elle m'a été dite, en septembre 1868, à
Roche-en-Régnier, par Marie Matthieu. Gomme bon nombre de
chansons foréziennes, elle est semée de gallicismes et même de
français. Il est naturel que ce dernier, qui pénètre de plus en plus
dans le langage de la vie ordinaire, prenne dans les chansons une
place pins ou moins grande.
V. Smith.
(Bis.) \
Soun tré zouena fiUa,
Touta tré d'un temps,
OliolaM
Touta tré d'un temps.
(( Una de vous autra — ma mia chijeria. »
Chi na gui la plus grande : — « Eco chera pa ieu. »
Chi n'a gui la secounda : — a Encora moins ieu. »
Chi n'a gui la troisième : — « Eco chera bien ieu. »
LE MOINE
Sont trois jeunes filles, — toutes trois de même âge, — oli, ola!
— toutes trois de même âge.
« Une de vous autres — ma mie sera. »
Si n'a dit la plus grande : — « Celle-là ne sera pas moi . »
Si n*a dit la seconde : — « Encore moins moi. »
Si n'a dit la troisième : — « Celle-là sera bien moi. »
* Nous avons reçu de M. V. S la chanson ci-dessus, qui sort assez de
notre cadre pour que nous la publiions séparément.
A. M., L. L.
•2 La chanteuse dit tantôt OH ola! tantôt Volivola!
258 DIALECTES MODERNES
(( 0 mouena, faux mouena, — encor tiu m'a pa :
» Tsau que tiu me douna — cent étiu que n'a. »
Le mouena fut chimpla, — lou i vai coumpta.
La bella fut fina, — lou vougué coumpta.
« 0 mouena, faux mouena, — aqui manque un lia. »
Per un lia que manqua — i Uibote unsâo.
« 0 mouena, faux mouena, — encor tiu m'a pa :
» Tsau que tiu me douna — ton tsava baya. »
(( 0 mouena, faux mouena, — encor tiu m'a pa :
» Tsau que tiu me douna — la tsella et la brida, — l'es-
perou dora. »
Le mouena fut chimpla, — lou i vai baila.
La bella fut fina, — y vougué mounta.
La bella-z-à courre, — le mouena à trota.
« Arrêtez-vous, belle, — je suis fatigué ! »
(( 0 mouena, faux mouena, — oncor lai schia pa :
» La côte que vedza, — la te tsau mounta ;
» Equela que vedza, — mai que vedza pa,— la tsau dévala.
« 0 moine, faux moine, — encore tu ne m*as pas.
» Faut que tu me donnes — cent écus que n'as *. »
Le moine fut simple, — il les va compter
La belle fut fine, — les voulut compter.
« 0 moine, faux moine, — ici manque un liard. »
Four un liard qui manque, — il lui donne un sou.
« 0 moine, faux moine. — encore tu ne m'as pas:
« Faut que tu me donnes — ton cheval bayard '. »
« 0 moine, faux moine, — encore tu m'as pas.
Faut que tu me donnes — la selle et la bride, — TépeFon
doré.» •
Le moine fut simple, — il les va bailler.
La belle fut fine, — y voulut monter.
La helle-z-à courir, — le moine à trotter.
Arrôtez-vous, belle, — je suis fatigué!
« O moine, faux moine, - encore là tu n'es pas.
' '» La côte que tu vois, — to la faut monter;
» (^elle que tu vois, — aussi (celle) (jue tu vois pas, — la faut
descendre. »
* Il tîst inutile de dire que In n'a pas de valeur négative.
- De couleur variée, pie.
LE MOINE 259
Le mouena s^asseta, — Se bote à ploura.
(( Souiï tré zouena filla,
M'oun bien attrapa,
OU ola !
M'oun bien attrapa ! »
{8is.) I
Le moine s'assied, — se met à pleurer.
« Sont trois jeunes filles, — elles m*ont bien attrapé, oli, ola
elles m*ont bien attrapé.
LA NATURO
Perque te doulentà, ma tant belo aflijado ?
A toutes la naturo a dounat sous soussis :
Lou soulel dins lou ciel de nibous s'escursis,
E sus tçrro la roso es d'espignos cargado.
La perlo, dins la mar, pel Taiguo es acatado ;
L'argent, blanc coumo nèu, mai d'un cop se crassis;
Lou fioc, nègre de fum, emb peno s'enluzis,
E souvent la clartat pel Toumbro es atapado.
L'or n'esclato qu'autant que lou fer l'a batut.
Lou pinsel sus la tèlo enauro la vertut;
Lou cizel fa l'image en travalhant l'ivorio.
Acô's la le coumuno à so qu'a de valou,
La fourtuno fantasco escrazo jou' 1 talou
E pei, d'un tour de roJo, emporto ves la glorio.
C. Laforgue.
(Languedocien, Quarante et ses environs.)
LA NATURE
Pourquoi te plaindre, ma belle affligée ? — La nature a donné son
souci à toutes choses : — dans le ciel, le soleil est obscurci par les
nuages, — et sur la terre la rose est chargée d'épines.
La perle, dans la mer, par l'eau est cachée; — ; l'argent, blanc
comme la neige, plus d'une fois est souillé; — le feti, de la noire
fumée, sort brillant avec peine, — et souvent la clarté est recouverte
d* ombre.
L'or n'éclate qu'autant qne le fer Pa frappé; — le pincean surb
toile exalte la vertu; — le ciseau fait l'image en travaillant Tivoire.
C'est là la loi commune à tout ce qui a prix; — la fortune Sanlu-
que [nous] écrase sous le talon, — et puis, d'un tour de roue,eDe
[nous] emporte vers la gloire.
C. Laporoue.
-Ar-
AT os
Le jouve gous d'arrest, la perpelho satado,
Ajassat coumo un sânx, s'arrajo al soulelh rous,
Qu'enlusis francoment la bèutat aplantado
Joubs le relieu ardit de soun cos verturous.
Sa raubo, d'un blound caud, n'a pas cap de pelado ;
A de pardos ça'n la que, subre soun velous,
Paressoun, à 'ngana Toumbreto festounado
De nibouls qu'un ventot espace pel cel blous.
Se ten, ves auto, al miei de la vielho terrasse,
E se pauso aquîtal de set meses de casso,
Poulsant doucomenet ou fresinant d'amour.
a
La sieu femelo, ountes? — Sul cop levât, s'estiro,
Badalho, raugno un pauc, ves le pourtalh se viro
E la cerco des uels en se lupant le mour.
Ag. FOURÈS.
(Languedocien. Oasteinaudary et ses environs.)
ATHOS
Le jeune chien d'arrêt, Ja paupière mi-close, — couché de son
long comme un sphinx, — se chauffe aux rayons du soleil roux, —
qui illumine franchement la beauté fixée — sous le relief hardi de
son corps vigoureux.
Sa robe, d*un blond chaud, n'a pas une cicatrice ; — elle a des
taches çà et là qui, sur son velours, — paraissent, à vous tromper,
la fine ombre festonnée — des nues qu'un zéphyr disperse par le
ciel pur.
Il se tient, vers autan, au milieu de la vieille terrasse, — et se
repose là de sept mois de chasse, — respirant tout doucement ou
frémissant d'amour.
Sa femelle, oii est-elle? Sur-le-champ levé, il s'étire, — il bâille,
grogne un peu, vers le portail se tourne, — et la cherche des yeux
en se léchant le museau.
Aug. FOURÊS.
18
LOU CALIGNAIRE
A VITOU LiaUTAUD
Biblioutecàri de la ciéuta de Marsiho
Se dreisson au soulèu li ciprès de la piano,
De milo flour se bordon li camin ;
Ëilaliû,
Vese la serpentino andano
Di ramudo e verdi platano,
Que me meno lèu-lèu, franc de marritpegin,
A Maiano.
Beisarai lou front blanc e lise, dins un moumeu,
De la bèuta que ma passioun flourido
A chausido ! . . .
E soun paire, sènso desden,
Me festara graciousamen
Emé devin famous, emé de regalido,
Certamen 1
L'AMOUREUX
A VICTOR LIEUTAUD
Bibliothécaire de lu ville de Marseille
Au soleil se dressent les cyprès de la plaine, — les chemins sont
bordés de mille fleurs ; — au loin, — je vois l'allée serpentine —
des platanes ombreux et verts, — qui me mène rapidement, —
délivré de toute mélancolie mauvaise, — à Maillane.
Je baiserai le front blanc et lisse, dans un moment, — de la
beauté que ma passion fleurie — a préférée ! . . . — et son père, sans
dédain, — me fêtera gracieusement — avec des vins excellents,
avec des reyalides, — j'en suis certain !
LOU CALIGNAIRE 263
E tout souletem' elo, oh ! sarai uno aureto
Que douçamen boufo sus uno flour;
E r amour,
De soun amo de ûheto
(Coume dôu boutoun la roseto),
S'escarrabihara, sourrisènt de baudour,
Boulegueto.
Parlarai de Tamour, tant de tèms presounié,
Sènso paraulo, au bèu mitan di flamo
De moun amo . . .
Mai, vuèi, coume uno pradarié,
Souto li raioun printanié,
Béurai lou grand bonur, bagna dins la calamo
Tout entié !
Guihèn-C. Bonaparte- Wyse.
(Provençal, Avignon et les bords du Bhône)
Et tout seul avec elle, oh ! je serai une petite brise — qui souffle
doucement sur une fleur; — et l'Amour, — de son âme de jeune
fille — (comme du boulon la petite rose), — s'éveillera, souriant
d'allégresse, — sémillante.
Je parlerai de l'amour, si longtemps prisonnier, — san^^. parole,
au beau milieu des flammes — démon âme. . . — Mais, aujourd'hui,
comme une prairie — sous les rayons du printemps, — je boi-
rai le grand bonheur, baigné dans le calme — tout entier!
Guillaume-C. Bonaparte -Wyse.
SA MAIRE L'ES VENGUT CERCA
Sans parents à très ans, peeaire 1
Un enfant bèu coume un amour,
Tant e mai sounava sa maire
E se planissiè nioch e jour.
Jocs de touta mena, amusages,
Souens, caressas, res ie fasiè :
Lou paure mesquin sentissié
Qu'acôs era de souens à gages.
Or sa maire, un souer que plourava,
Dau cementeri Tausiguet
Joutla terra que Tatapava,
E tout soun cor trefouliguet .
Couma una flécha, sa priera
Monta tout drech au Paradis. —
Oh ! la fe jamai désespéra ! —
Prega Nostre-Segne e ie dis :
SA MERE EST VENUE LE CHERCHER
Sans parents à trois ans, hélas! — un enfant, beau comme
un amour, — tout le temps appelait sa mère — et se plaignait nait
et jour.
Jeux de toute sorte, amusements, — soins, caresses, rien n*y
faisait: — le pauvre petit sentait bien — que c'étaient là des sdns
à gages.
Or sa mère, un soir qu'il pleurait, — du cimetière vint à l'eih
tendre — sous la terre qui la recouvrait; -^tout son ccenr en
tressaillit.
Comme une flèche, sa prière — monte tout droit au Paradis. —
Oh ! la foi ne désespère jamais ! — Elle prie Notre-8eignenr et Im
dit:
SA MAIRE l'es VENGUT CERCA 265
a Nostre-Segne, laissas, de graça,
Laissàs-me 'n moument reveni
Vers moun enfant, car ieu soui lassa
De Tausi toujour se plani. »
E tant ela prega e tant ploura;
Que lou bon Dieu la laissa anà :
Aviè Tordre de s'entournà
Quand lou gai ie cantariè Toura.
Se levet de soun jas de ploumb ;
Sous pesés un pauie pesavoun,
Mais, basta ! seguet léu amount.
Lous chis de garda ie japavoun.
Quand arrivet à soun oustau,
— Oh ! l'on auriè dich que voulava ! -
De la porta a pas fach qu'un saut
Au brès ounte l'enfant plourava.
Sus soun se tout desalenat
Vite lou prend, lou poutouneja,
Ë pioi douçament lou neteja
Ë penchina soun peu bloucat.
« Notre Seigneur, ah! laissez -moi, de grâce, — laissez-moi un
moment revenir — vers mon enfant, car je suis lasse — de l'ouïr
toujours se plaindre. »
Et tant elle prie et tant elle pleure, — que le bon Dieu la laisse
aller: — elle avait ordre de retourner — quand le coq lui chante-
rait l'heure.
Elle se leva de sa couche de plomb ; — ses pieds lui pesaient un
peu, — mais, baste! elle fut bientôt là-haut. — Les chiens de garde
lui aboyaient.
Quand elle arriva à sa maison, — oh ! l'on aurait dit qu'elle vo-
lait! — De la porte elle n'a fait qu'un saut — au berceau où l'enfant
pleurait.
Sur son sein qui bat à peine — vite elle le prend, le couvre de
baisers, — et puis doucement le nettoie — et peigne ses cheveux
bouclés.
266 DIALECTES MODBRNiîlS
Lou paure manit à sa maire
Risiè, pie de countentament,
E la nioch finiguet, pecaire !
Cresien estre au coumencament.
Quand lou gai cantet embé Tauba,
La maire, qu'ausis lou signau,
Se rapelant Tordre d'en naut,
Deven touta palla e se sauba .
Desempioi, passât miecha-nioch,
L'enfant se fasiè pus entendre,
E degus ie pot res coumprendre :
La morta veniè chaca nioch.
Un mati, lou brès, michant signe !
Seguet siau. — Vite i' an courrit.
D'ounte ven que chacun se signe ?
— Per lou Ciel Fange era partit. —
L'ai vist : dins la mort embé graça
Risiè, l'enfant, tout emblancat !
E disien autour, à voués bassa:
— Sa maire l'es vengut cercà !
J. Gaussinel.
(Languedocien, Montpellier et ses environs.)
Le pauvre petit à sa mère — souriait plein de contentement, —
et la nuit se passa, hélas ! — ils croyaient qu'elle était à son com-
mencement.
Quand à l'aube le coq chanta, — la mère, qui entend le signal,
— se rappelant l'ordre d*en haut, — devient toute pâle et se sauve.
Depuis, après minuit, — l'enfant ne se faisait plus entendre. —
Et nul n*y pouvait rien comprendre: — la morte venait chaque nuit.
Un matin, le berceau, mauvais signe! — fut silencieux. Vite
on y a couru. — D'où vient que chacun se signe (fait le signe de la
croix) ? — Pour le Ciel l'ange était parti.
Je l'ai vu : dans la mort avec grâce — il soufiait l'enfant, tout
de blanc vêtu ; — et l'on disait autour, à voix basse : — Sa mère est
venue le chercher ! J. Gaussinel.
A PREPAOS
DE LA MORT DI DOUS CRI-CRI
De Madamisello Ernestino de Bornier
La mort avido, que desplego
Si brego
Au grand cat-fèr, au leiounas
Negras,
E que fai a chut » is alauveto
Au bèu mitan de si tiro-lireto,
A pica de soun dardaioun
Feroun .
Li cri-cri de la chatouneto
Braveto;
E Tic-de-Mai e Brounzaflour
Soun toumba 'ila d'ount flouris ges de flour !
A PROPOS
DE LA MORT DES DEUX GRILLONS
de Mademoiselle Ernestine de Bornier
La mort avide, qui étale — ses mâchoires — au grand chat sau-
vage, au lion fort — [et] noir, — et qui fait taire les alouettes, —
au beau milieu de leurs claires chansonnettes, ^
A piqué de son dard — cruel — les grillons de la jeune fille —
si aimable ; — et Tic-de-Mai et Bronzaflor* ^ sont tombés là où ne
fleurit nulle fleur l
' Noms de deux grillons qui appartenaient à Mademoiselle Ernestine
de Bornier.
or,<î DIALECTKï^ MODERNES
Mai, iéu, s'ère la chatouneto
Braveto
Que vèn de perdre si cri-cri
Poulit,
Mort, mort, ai las ! de ianguitôri,
E 'ila jasent, descansouna, desflôri,
Fariéu lèu-lèu, lèu-lèu fariéu,
Boudiéu !
(Pèr coumplaire à ma fantaslo
De fiho),
Un fin sépulcre pèr li cors
Aièr vivent, mai mort, encuei, bèn mort ! . .
Te, de roso dos petalo
Pourpalo ! . . .
Âgouloupen, dins si mantèu
Tant bèu,
Misto taio e cuisso grasseto
Qu'alegramen trepavo sus Terbeto.
E pèr li dous cercueî, veici
Eici
Dos côuquiho lisqueto e lindo
Dis Indo,
Que se clauson, i goufoun fin,
Coume, ma fe! de pichounetescrin.
Mais moi, si j'étais la jeune fille -. si aimable — qui orient de
perdre ses grillons — jolis, — morts^ morts, hélas I de nostalgie,—
et là gisant, sans chansons, sans entrain,
Je ferais vite, vite je ferais, — certes ! — (pour complaire à ma
fantaisie — de jeune fille), — un fin sépulcre pour les corps,— hier
vivants, mais aujourd'hui morts, bien morts 1. . .
Tiens, [je vois] deux pétales de roses — pourprées. — Rnvelop-
pons dans leur manteau — si beau — taille'mince et cnisse dodna
— qui allègrement sautillaient sur Therbette.
Et, pour cercueil, voici, — ici, — deux coquilles lisses et nettM
— des Indes, — qui se ferment, aux gonds fins, — oomme,
foi ! de tout petits écrins.
LA MORT DI DOUS CRT-CRl 26?
Parai, aquesto raro e richo
Pouticho
Fara, pichoto, un toumbèu clar
E car,
Uûo chasseto galantouno
Pèr recata 'quéli biero bessouno ?
E, tu, Taubouraras après^
Esprès,
Sus un raioua de ta chambreto
Proupeto,
Coume autri-fes lou grand Trajan \
Qu'an enterra sus soun pilié d'aram?
Ansindo, rapelant li folo
Bestiolo
Que te fasien, la niue, lou jour,
Sa cour,
E qu'ispiravon dinstoun amo
Lou fres di prado e la douço calamo,
Ansindo, dins toun cor d'enfant,
Gravant
Que ço que ris, que ço qu'encanto
E canto,
Dedins la vido e dins la mort
A dre toujour à toui lis estrambord !
N'est-ce pas, cette rare et riche — potiche — fera, jeune fille,
un tombeau clair — et précieux, — une petite châsse charmante —
pour enfermer ces deux bières jumelles ?
Et toi, tu rélèveras après, — exprès, — sur un rayon de ta cham-
brette — proprette, — comme jadis le grand Trajan, — qu'on en-
terra sur son pilier d'airain !
Ainsi, rappelant les folles — petites bêtes —qui te faisaient, la
nuit, le jour, — leur cour, — et qui inspiraient dans ton âme —
la fraîcheur des prairies et la douce tranquillité^
Ainsi, dans ton cœur d'enfant — gravant — que ce qui rit, que
ce qui enchante — et chante, — dans la vie et dans la mort, — a
toujours droit à tous les enthousiasmes !
* L'empereur Trajan, dont les cendres furent déposées dans une urne,
au sommet de sa colonne, à Rome.
270 DIALECTES MODERNES
MANDADIS
A MADAMISELLO ERNESTINO DE BORNIER
Sourreto de Berto *, Ernestino !
Ta mino,
Ta voues, toun cor (lauroun cantant ! )
Me fan,
léu, grand dévot de Santo-Estello,
Piéuta dedins la lengo subre-bello.
GuiHÈN-C. Bonaparte- Wysb.
(Provençal, Avignon et les bords du Rhône.)
ENVOI
A MADEMOISELLE ERNËSTINE DE BORNIËR
Sœur de Berthe, Ernestine, — ta mine — ta voix, ton cœur
(source chantante I), — me font, — moi, grand dévot de Sainte-Es-
telle, — chanter dans la langue belle par-dessus tout I
6uiLLAUME-C. Bonaparte- Wyse .
1 L'héroïn e du drame célèbre du vicomte Henri de Boraier, la FUe de
Roland, représenté à Montpellier, à l'occasion des Fêtes latines.
»<»<M»<
GONDOVAL '
(484)
Briva adounch couma anueg era una bouna vila.
Gondoval n'a mestier, Gondoval Tassetja. . . lia,
Barrada entre sous murs, fizansouza, inmoubila
(Tentar Dieus es pechat), s'en fai grana de bila :
« Auria be tort » , sou dig, « de noun estar tranquila,
)) Quar un Patrou m'aponha, e soun bratz n'en val mila :
)) Sent Marti TEspanhol ! »
Sent Marti TEspanhol, que, d'en premier rebel,
Lou pople escoupetet; mas pueis, vengut fedel,
Li bastit una egleija, am dedins soun toumbel ;
Toumbel de marbre e d'or, requist e subre-bel,
Esclardat nueg e journ de manb e manb flambel,
GONDOVAL
Brive, alors comme aujourd'hui, était une ville importante. —
Gondoval en a besoin, Gondoval Tassiége; elle — enfermée dans
ses murailles, immobile et confiante — (tenter Dieu, c'est péché),
ne s'en fait point de bile: — « J'aurais bien tort, dit-elle, de ne pas
me tenir en paix, — car un Patron me veille, et son bras en vaut
mille : — saint Martin PEspagnol! »
Saint Martin l'Espagnol, que, d'abord rebelle, — le peuple déca-
pita; mais ensuite, devenu croyant, — il lui bâtit une église dans la-
quelle était son tombeau; — tombeau de marbre et d'or, élégant
et magnifique, — nuit et jour éclairé par maint et maint cierge, —
* « Ce Gondoval, fils naturel de CJotaire !•', fut reniée par son père, 89 re-
tira en Italie, près de l'ennuque Narsès, et le suivit à Gonstantinople. Le
duc Boson lui persuada de revenir en Gaule. Il débarqua à Marseille. Sou-
tenu par Mummol, patrice de Bourgogne, et par Desiderius, il marcha
vers le Limousin et s'arrêta à Brive, où il fut élevé sur le pavois; mais
bientôt ses partisans le trahirent. Il se réfugia dans les murs de St-Ber-
trand-de-Comniinges, fut assiégé par Gontran et périt assassiné. » (Malte-
Brun, la France illustrée, art. Corréze, p. 11.)
272 DIALECTES MODERNES
Oun, souven, Libéral, pastour d'aquest troupel,
Pretja per que lou Duc porte alhours soun drapel.
Ou, se vol s'atemar, reste sus lou carrel,
El, emais soun armada!
El emais soun armada an brandit lour ligoussa:
» S^abuzon, coumbatem ! . . . Ardit! à la rescoussa ! ... »
Lou pus char que lavita, e la vita tan doassa,
Res ne pot resistir al demoun que lous poussa ;
E lou sang de pertout fuma, brumetja, moussa ;
E lou fueg, qu'an boutât, s'escampa e se trémoussa;
E Tan auve la charn dins la flamada rouBsa
Brutgir e criquetar couma del bois de broussa
Al mitan d'un fournel.
Al mitan d'un fournel Tegleija dispareis ;
Lou fueg a tout cremat, lou reire emais lou oreis.
Adi, toumbel de marbre, atrevadour de reis,
Estatuas, autars flouritz couma un cireis
Quan la prima nouvela nous ramena sas gels !
Del bel aubre res pus ne sobra, rams ni reis, . .
E miscan Libéral, miscan mais cinq ou sieis,
Tout escana, tout crolla !
où souvent Libéral, pasteur de ce troupeau, — prie Dieu pour qm
le duc porte ailleurs son étendard, -« ou, s'il veut s'obstiner, imIb
sur la place, — lui et son armée I
Lui et son armée ont brandi leur épée : « — Us s'amusent, oon -
battons ! Gouiage ! — à la rescousse !» — Ce qui est plus prédsni
que la vie, et la vie si douce, — rien ne peut résister an démon qd
les emporte. — Et le sang partout fume, mousse, frémît ; ^ et te
feu qu'on a" mis s'étend et s'agite ; — et l'on entend la ehair, diH
la flamme rouge, — bruir et crier comme du bois de bm^^éra*—
au milieu d'un brasier.
Au milieu d'un brasier, Téglise disparait; — le fen a touteOD-
sumé : Païeul et Tenfant. — Adieu! tombeau de marbre, nnds^
vous des rois, — statues, autels fleuris comme un cerisier, —
lorsque le nouveau printemps nous ramène ses joies 1 «^ Da M
arbre, plus rien ne reste, ni les rameaux, ni les racines; «-et, wtf
Libéral, sauf cinq ou six, — tout périt, tout croule I
GOMDOVAL 273
Tout escana, tout croUa, e Briva es arrouinada!
Gondoval es urous, qu'a fach bouna journada :
« Prou ! » dig, a se chai pausar. La lucha es termenada. o
Ë, couma la nueg cocha, e qu'es bêla lunada,
Vol que, per tout soun ost, touta la serenada,
La dinada coumense, una tala dinada
Que jamais la parieira enlueg se sia dounada.
Ë se beu; e se mipja !
Ë se beu^ e se minja!. . . Al mais que n'en chab !.. Or
Gondoval, pie del vi que li neja lou cor,
Coumanda que li arrazon lou Sent-Grial, hanap d'or
Que Josep d'Arimat te prestet, per l'amor,
Crist ! de lei celebrar ta darrieira a Pascor » ;
Apueis, Valentinian, piousemperador,
Lou mandet al martire per guarnir soun trésor.
Es el dins lous Roumans que lous Douge d'Armor
Chercharan per tout carre.
Chercharan per tout carre ; e qu'anueg serv de veire
Al bastard Gondoval, afourtunat venceire.
Mas, Libéral se leva! Auria chaugut lou veire !
Devans lou rei Herode tal se quilhava Peire :
Tout périt, tout croule, et Brive est une ruine ! — Gondoval est
content; il a fait une bonne journée. — « Assez! dit-il; il faut se
reposer. La lutte est finie. » — Et, comme la nuit vient et qu'il fait
belle lune, — il veut que, par tout le camp, toute la soirée, — la
dînée commence, une dînée telle — que jamais la pareille ne se soit
vue nulle part. — Et Ton mange et Ton boit!
Et Ton boit et l'on mange c'est à qui boira davantage !.. Or
— Gondoval, gorgé du vin qui lui noie le cœur, — commande de
lui emplir jusqu'au bord le Saint-Graal, hanap d'or, — que Joseph
d'Arimathie te prêta, afin, — ô Christ! d'y célébrer ta dernière
Pâque ; — puis Valentinien , pieux empereur , — l'envoya au
martyre pour garnir son trésor. — C'est ce vase que, dans les
Romans, les Douze de Bretagne — chercheront par tout pays!
Chercheront par tout pays, et qui sert de coupe aujourd'hui —
au bâtard Gondoval, fortuné vainqueur. — Mps Libéral se lève!
11 aurait fallu le voir! — Devant le roi Hérode, tel se dressait
274 DIALECTES MODERNES
(( Bourlaire de crestias ! Sacrelétge bevoire !
» Gondoval! Gondoval! cre-me, quesoui de creîre:
)) N'estrenaras jamais lou trone de toun reire:
» Toumbaras avans pauc ! »
— « Toumbarai avans pauc ?. , . Repapias, Libéral?
» Pas pus tard que demâ, segoun Fuz patrial,
» Moun armada présenta, a la facia del cial,
» Vole, vole recebre lou bateme reial! . • .
)) Barous, e vous, soudartz, e tu pople leial,
)) Siajatz prestes trastoutz à moun premier senhal !
» E tu, Pestre orgulhous, que me parlas aital,
» Mouriras d'ira e d'ounta ! »
Mourira d'ira e d'ounta, el puleu, el qu*espera
Una renja de journs de mais en mais prouspera;
El que rêvera pauc so que tan se rêvera;
El que s'auza eniurar a Fanap d'or !.. La terra.
D'un soulelh darrieirol s'oundrava apena enquera;
Gondoval, lou frount naut e la teguda fiera,
Arriba acoumpanjiat de sous homes de guerra.
Par esser saludat, noun pus duc tal couma era,
Mas rei, rei del Miejourn !
Pierre: « Brûleur de chrétiens! sacrilège buveur! — Gondoval!
» Gondoval ! crois-moi, je mérite d'être cru ; — tu ne t'assidns
» jamais sur le trône de ton ancêtre. — Tu tomberas avant peol
— « Je tomberai avant peu ? — Tu radotes, Libéral I — Pas plus
» tard que demain» suivant Tus de nos pères, — mon armée pré-
» sente, à la face du ciel, — je veux, je veux recevoir le royri
>i baptême! — Barons, et vous, soldats, et vous, peuple loyal. —
>) soyez tous prêts, à mon premier signal! — Et toi, prêtre orgueii-
» leux, qui me parles ainsi^ — tu mourras de dépit et de honte!»
Il mourra de honte et de dépit, lui plutôt, lui qui espère — ane
suite de jours de plus en plus prospère, — lui qui respecte peu ce
qui tant se respecte, — lui qui ose s'enivrer dans le hanap d*or1...
La terre — d'un soleil d'automne se parait encore à peine; —
Gondoval, le front haut et la démarche fière, — arrive accompagné
de ses hommes de guerre, — pour s'entendre saluer, non plas dne
comme il l'était, — mais roi, roi du Midi !
G ON DO VAL 275
Oc, rei, rei del Miejourn, en despieg de Gontran !
E Boson, e Deidier, e Mummol, e Bertram,
Sus ung pabelhou Tausson, d'aprep Fuzatge franch,
Pueis fan lou tourn dels murs... L*ost argiula. , . Subran,
Lou triounfaire brouncha e palis. . : « Dieus es gran ! »
Boumbouina Libéral, que seguia 'n souspiran ;
)) Dieus es gran emais juste !»
Dieus es gran emais juste, e venja Tinnoucensa ;
Dieus trebla qu vol perdre, e lou bisest coumensa...
As mancat, Ballomer; gara la penidensa!..
Gontran (Foura, qu'espiava, es a sa counvenensa)
Redola d'en-amount ambe una armada inmensa,
Acota Gondoval e devans se lou gensa î
Deimentre, la traizou s'acoumplis ou se pensa ...
Oh ! Cumenge ! Cumenge !.. Aqui, soûl, sens defensa,
Liurat per sous barons, countr'el d'entelegensa,
Périt de mala mort !
Josep Rous.
XVI de Bélier mdcgclxxvi.
(Limousin . )
Oui, roi, roi du Midi, en dépit de Gontran! — Et Boson, et
Didier, et Bertram, et Mummol, — le haussent sur un pavois,
selon la coutume franque, — puis font le tour des remparts
L'armée hurle de joie. Soudain — le triomphateur bronche et
pâlit « Dieu est grand », — murmure Libéral, qui suivait en
soupirant, — « Dieu est grand et juste! »
Dieu est grand et juste, et il venge l'innocence ! — Dieu trouble
qui il veut perdre, efr le désastre commeuce. . . — Tu as fait le mal,
Ballomer, gare le châtiment! — Gontran (l'heure, qu'il épiait, lui
semblant propice ), — descend de par là-haut avec une nombreuse
armée, — atteint Gondoval et le balaye devant lui ! — En atten-
dant, la trahison s'accomplit ou se médite, . . — Oh! Commingesl
Gommiiiges !... Là, seul, sans défense, — livré par ses barons, qui
sont d'intelligence contre lui, — il périt de maie mort!
Joseph Roux.
BIBLIOGRAPHIE
Sorbonne- — Réilnion des insUtnteiirs. — L'enseignement dn fraa-
çais dans les Écoles primaires, par M. Michel Bréal (de l'InsUtat).
{Revue polUique et lUléraire, n* du 5 octobre 1878.)
M. Michel Bréal a, pendant TExposition, fiait aux institaitean
réunis à Paris une conférence sur l'enseignement du firançaii
dans les écoles primaires. Ceux qui Pavaient entendu, en 1875,4
Montpellier, savaient bien qu'il était tout dévoué aux études que
représente la Revue, mais ils n'espéraient pas qu'il leur accorde-
raitf trois ans après, en pleine Sorbonne, un témoignage aussi
solennel de sa haute sympathie. A côté d'une autorité de cet ordre,
que valent les railleries à répétition, — s'il est permis de parier
ainsi, — dont les réunions parisiennes de la Cigale ont dernière-
ment fourni la matière à quelques écrivains de la grande ou de la
petite presse ^ ? Heureusement, à Paris, môme parmi les journa-
listes, tout le monde ne juge pas comme M: Jules Glaretie.
Si l'espace le permettait, il y aurait lieu de reproduire toute It
conférence. M. Bréal a été clair^ précis, intéressant, plein d'esprit
même, dans une leçon d'une heure sur la grammaire, en touchant
aux points les plus dogmatiques. Il veut qu'on associe renDiot i
l'enseignement du maître; qu'au lieu d'insister, avec une logique
aussi savante que fastidieuse, sur la définition du substantif, on
lui en demande des exemples dès qu'il en aura une brève et suf-
fisante notion. La réponse ne se fera pas attendre. Bientôt toute li
classe s'y mettra ; « vous aurez de la peine à arrêter le torreût. »
La libre orthographe, surtout celle des mots composés et des
noms de nombre, trouve en lui un apôtre ferveùt et convaincu. Déjà
l'Académie, dans son récent dictionnaire, est entrée dans cette
voie ; de façon qu'en philologie on ne pourra bientôt plus distlii-*
guer un savant de celui qui ne l'est pas, qu'au mal que le premier
se donne pour ne pas en avoir l'air. On a dit la môme chose des
femmes honnêtes ^.
' Vo'irV Événement à\i\Z octobre 1878.
^ Sardou, la Famille Benoiton. act. il, se. V.
BIBLIOGRAPHIE 27 7
Enseigner aux enfants non moins les choses que* les mots ; choisir
les sujets de composition parmi les objets de la vie réelle; ne pas
abuser de l'analyse logique; à mesure que l'enfant se développe,
iui montrer la dérivation et l*histoire des mois, les exceptions,
les métamorphoses : considérer avant tout le français comme une
langue vivante, non comme une langue morte; apprendre la gram-
maire par la langue et non la langue par la grammaire : tels sont
la plupart des points développés par M. Bréal.
Il tient le plus grand compte des proverbes et en cite quelques-
uns, extraits du véritable Sancho Pança, livre d'or, dont il avoue faire
sa lecture fréquente et où ces sentences sont classées en séries,
méthodiques. « Un des avantages de ces proverbes, dit-il, est défaire
» passer devant les écoliers des fragments de la vieille langue et de
» pouvoir encore servir ainsi de leçon au français. » Du vieux fran-
çais aux patois, dont il se déclare l'ami, la transition est si natu-
relle, qu'on nous pardonnera de ne Tavoir pas négligée.
Ici il faudrait tout citer. « A l'aide du patois, nos habitants du
» Béarn communiquent avec l'Espagne ; ceux de Montpellier s'en-
» tendent avec les Catalans, ceux de la Provence avec les Italiens.
» . .. Dans nos dialectes méridionaux, que de mots intéressants !
» Le soi7\ en provençal, c'est vespre, la vesprenada; du mot latin,
» vesper. Et ces suffixes, que nous envions quelquefois à l'italien,
» ils existent dans le Midi : une petite heure se dit una oureta;
» une vie de malheur, una vidassa de misèri. Ce sont les suffixes
» ettOj accio, de l'italien. »
Les instituteurs doivent recueillir les airs populaires et les faire
chanter par les élèves, en y adaptant, quand il le faut, des pa-
roles nouvelles. La jolie romance de Chateaubriand :
Combien j'ai douce souvenance
a été mise en musique sur un air languedocien.
« C'est toujours une chose dangereuse d'apprendre à l'enfant
>» à mépriser ce qu'il doit à la maison paternelle. (Applaudisse-
» ments.)
» C'est une chose dangereuse aussi, dans la vie intellectuelle des
>» nations comme dans celle des individus, de provoquer des solu-
» tions de continuité; quand elles se produisent, c'est toujours un
» malheur. Si à des enfants qui ont parlé patois jusqu'à l'âge de
» douze ans, vous défendez subitement ce langage, si vous traitez
» le patois comme un paria, l'esprit de l'enfant deviendra incer-
» tain, et il n'est pas sûr qu'il puisse remplacer ce que vous l'obli-
» gez à abandonner >.
19
278 BlBLIOaUAPHIE
» Je ne demande pas que vous enseigniez le patois à l'école. »
Pourquoi pas, comme étude de grammaire comparée et ponrap*
prendre à mieux écrire même en français? M. Miehel Bréal ne
dit-il pas lui-même :« Ces patois sont une source de* rénovation
» pour la langue ; beaucoup des écrivains qui ont parlé le français
» avec le plus de saveur avaient parlé patois dans leur jea-
» nesse; pensez aux charmants romans berrichons de M^^e 8and>f
Les dialectes de langue d'oc, qui sont de véritables langues gram-
maticales et régulières, peuvent mieux encore que les dialectes
d'oil infuser au français littéraire cette jeunesse nouvelle. « Vous
» continuez Tœuvrede nos grands monarques, de nos grands mi-
» nistres, de Richelieu; vous continuez l'œuvre de la Convention;
» vous êtes les représentants de Tunité * française en ce qu'elle a
» de meilleur ; mais cette œuvre d'assimilation est aujourd'hui as-
» sez avancée pour qu'on puisse faire grâce à ce qui reste de diver-
» sites provinciales. Laissez donc les patois vivre à côté de Técole*
» L*administration, le journalisme, le service militaire, les feront
n assez vite disparaître Trop de variété produit la di-
» vision et la faiblesse, mais trop d'unité appauvrit la vie et em-
n pêche le renouvellement Là où la chose est
» possible, je voudrais voir Técole s'appuyer sur les originalités
» natives Gela introduirait quelques dififôrences entre
» les écoles des diverses régions ; mais je ne crois pas que nom
» devions avoir des écoles uniformes comme les gares de chemin
» de fer, qui, tout le long de nos voies ferrées, présentent toij^onrs
» le même aspect, et dont le modèle, toujours le môme, a été ex-
» pédié de Paris ». (Applaudissements.)
Et ailleurs :
«... Question très- difficile, parce qu'on y a mêlé des élénients
» étrangers à l'éducation. L'esprit de parti s'en est emparé ; la po-
» litique, la mauvaise politique, peut tout gâter; elle peut embrouQ-
» 1er les choses les plus claires Quelques personnes parais-
» sent craindre que l'existence des patois ne soit un péril pour
» l'unité française ; je croirai cela quand on m'aura iait voir que,
» dans nos récents malheurs, les provinces qui ne pariaient pu
» français se sont montrées devant l'ennemi moins ftrançaises que
>» les autres » ( Applaudissements ).
Voilà de nobles paroles, que les romanisants de Montpellier au-
raient, eux aussi, applaudies, et jusqu'à se briser les mains. Ne
croirait -on pas entendre Mistral, disant à Montpellier en 1875:
« Li meiour soudard^ cresès-lou, sounpas aquéU que ooRftNi
» e que hrainon après avé begu : es aqiLéli que plouron en quiiant
BIBLIOGRAPHIE 279
» omtau * )>;— ou Roumieux, s'adressant à la dernière réunion de la
Cigale :
Vivo, vivo la BYanço ! e tousièms fugue flôril
Cântan en prouvençau : mai, fier d*èslre Francés,
Sabèn de la patrio, amado coumo res,
Amira li grandeur e saluda li glôri î
E, quandl 'erre estrangiô menace lou païs,
Nôsti lieu sabon proun la iengo naciounalo
Pôr dire: « Auvergne, à moi! ce sont les ennemis! »
E toumba rede mort, estrifa pèr li balo.
En 1873, dans une brochure intitulée: Quelques Mots sur Vin-
struction publique en France ^, M. Bréal avait déjà dit :
a Introduisez le français tout en respectant le dialecte natal. Si
» l'Alsace nous est et reste attachée de cœur, c'est, entre autres
» causes, parce que nous n'avons jamais essayé de lui enlever son
o langage — On a remarqué que les seules bonnes poésies que
.' la France ait produites pendant la guerre de 1870-1871 sont en
» provençal, en breton ou en allemand. »
A. Espagne.
Las Baladas fêtas per Francesch PelayBriz. — Barceiona, Joan
RoG\ Y Becs. 1878. 126 pag. in-S».
Gonegut es ja en la literatura catalana lo nom de D. Francesch
Pelay Briz, per haver figurât en tolas sas mes notables manifes-
lacions, d'uns quants anys ençà, y per haver sigut proclamât en
bon nombre decertâmens, ahont foren premiadas las composicions
de tant célébrât y popular autor.
Avuy aumenta, ab sa incansable activitat, lo caudal de las obras
que acreditan la vida de nostra literatura, ab lo volum de Baladas
dîilt indicat. Vinty una ne conté, y en totas es de notar aquell cert
ayre catalanesch que sap imprimir en totas sas composicions lo
liorejat autor, tant en la tria del llenguatje de bona lley, com en los
giros y tirât de la frase, inspirats generalment en la literatura po-
pular de que ell mateix ha sigut lo principal propagador ab la publi-
oaciô de sos volums de Cansons de la terra, aplech de cants popu-
lars acompanyats de llurcorresponent tonada.
D'entre las baladas de que 'ns ocupém, n' hi ha: de molt diferent
mérit, tant per l'assumpto com per la manera de desenrotUarlo.
Aixis es que si algunas d'ellas ofereixen lo repetit qtiadro de la
nina seduhida y la venjansa que 'n pren l'enganyat aymador, altres
* Le Concours philologique et littéraire de Vannée 1875.
2 Paris, Hachette, 1873.
280 PERIODIQUES
sorprenen per la novetat del fons, com l'Espasa de la mort (frag-
ment del poema que ab lo titol de Orimtada esta esciivint l^n-
tor), lo quai reuneix també una cntonaciô magnifica, Mara vélia
y la Mal casada, hermosas alegorias; la Dampnada, qûadro de fim-
tasiadantesca fet ab gran art, y hs Très Nuvols, de molt sentiment.
Âltres n' hi ha de assumpto tradicional com A Icut porta» éd
cel y Lampeja, que's distingeixen per sa perfecta exçcucîô, en
especial la segona que respira tendresa, y esta perfectissîmament
versificada. També es notabla la titolado Mala Espina, per son ayre
de romans popular molt ben trobat.
Si à aqueixas qualitats intrinsecas s' afegeix que Tobra esta pD-
blicada ab véritable luxo y que va acompanyada d'un retiato dd
autor en fotografia, quedara justiûcada TimportaDcia que al prin-
cipi li hem senyalat.
A. AULÉSTIA y PUOAN.
Lo Fia Ermonôk loûrain, 1879, patouè et français, pè Ghan Heariii.
Treûhieume ônâye. Strasbourg, Fischbach, 1879; m-12, 96 pag.
M,, le docteur Frédéric Estre nous envoie VErmonèh Mnas,
parvenu aujourd'hui à sa troisième année, et qui constitue pour
les dialectes de la Lorraine une imitation souvent heureuse de VÂr-
mana prouvençau. Certaines pièces, notamment la premièrei quelque
intérêt qu'elle présente, sont peut-être un peu trop longues pour
un almanach. M. Estre aime à reproduire, dans ce petit livre, les
contes et les superstitions populaires qu'il recueille autour de M.
C'est là une excellente entreprise, qui peut fournir d'utiles renseî-
gnements pour une étude d'histoire, de philologie et même d'eth-
nographie comparées.
A. £.
PÉRIODIQUES
Bulletin de la Société des anciens textes, 1877, n« 3. —
P. 85, Notice du ma, 179 Us de la Bibl. de Genève. Ce ms. est do
XV« siècle. M. Ritter a enrichi cette notice d'extraits nombreux el
étendus, et l'a complétée par la publication intégrale des pièces sui-
vantes : 1^ Oy s'anmit dou menestrier qui avoit nom Orpheuê qui Jwt
querre s amie enanfert; 2° les Dix Souhaiz; 3** les Menuz âottAoÛF. Une
courte chanson tirée d'un chansonnier du XVI« siècle, de la UM.
PERIODIQUES 2^1
d'Utrecht, et transcrite par M.Gaston Raynaud, termine ce numéro.
A.B.
Archiv fur das Studium der Neueren Sprachen, LIX.
band. — P. 33. Adolf Kressner, Saint Nicolas in der tradition und
in der mittelalterlichen Dichtung. — P. 273. Voelkel, die Kunst des
Vortrags, Analyse de l'ouvrage de M. B. Legouvé, VArt de la lec-
ture. — P. 289. Docteur Scheffler. Molière - Studien. Il n'est ques-
tion dans ce premier article que des rapports de Molière avec sa fa-
mille. — 301. Ad. Kressner, zu Raoul de Houdenc^s Meraugis de
Portlesguez. Y aLTidintes tirées d'un ms. de Berlin qui contient deux
fragments de cepoëme, publié en 1869 par M. Michelant. — 377.
Docteur 0. Kares, die Unterweisung inder franzosischen und englis-
chen Aussprache . — 403. H. liiicking, die Reinen Vocale des Fran-
zosischen nack Malvin-Cazal. Travail très- soigné.
G. G.
Bulletin de la Société départementale d'archéologie et
de statistique de la Drôme, tora. XII. — P. 62-72. A. Lacroix.
Peintres et Poètes. Ce travail renferme une notice sur le félibre-
peintre Pierre- Antoine-Barthélémy Ghalvet, mortàNyons le23juin
1877, et quelques' extraits de ses poésies. — P. 73-96. BruuTDurand.
Ayso so es lefieus de mons. levesque et conte al chastel de Crest. Docu^
ment du XIII* siècle . Getie pièce, en langage dauphinois, est une
sorte de parcellaire ou d'état dans lequel sont indiqués les limites
du fief d'un évèque-comte'de Valence et de Die dans le territoire
de Grest. Elle est tirée des archives delà Drôme (fonds de l'évêché
de Die ) et peut, selon M. B.-D., être placée entre les années 1277-
1281. Publication faite avec soin, et qui atteste une grande connais-
sance de la topographie locale.
A. R.-F.
Le Messager agricole, paraissant à Montpellier,' n° du 10 sep-
tembre 1877. — P. 319-327. Camille Stiegler, le Juge des Vendanges,
intéressante étude sur une des anciennes juridictions populaires
de Montpellier. M. St. cite, p. 327, quelques vers languedociens de
Sage, où se trouve une allusion aux Juges de Vendémiaires,
A. R.-F.
Lo Gay Saber, N. VII (1 d'abril.) — P. 97 Anénim : Es horaja
de fer una Academia catalanaf Expressiô d'un bon desitj que, Dèu
vulla, sia prompte un fet. — P. 99. Frederich Soler, mestre en gay
saber : Cansô del siti. Poesia. — P. 99. Antoni Gareta y Vidal : los
Carboners, poema provensal en XII cants^'per Félix Grras, Gant cin-
qaé — p. 103. P.- A. Penya : Un sermô de Cuaresma. Poesia. —
282 PERIODIQUES
P. 104. Maria de Bell-Uoch : Vigatans y botiflers. Gontinuaciô d'esU
no vêla. — P. 106. B : Una cansô de la terra: la l'erseffuida. Test y
musica de la cansô catalana, quai versiô provensal, lo genide Mû-
tral sapigué trasformar en la preciosa Magàli. P. 106. B.: BSbik-
grafiaforana, S'ocupa de las segùents obretas : Victor Balagner,
«delà Poesia provenzal en Castilla y en Léon, » etc.; Alphonse Hoqne-
Ferrîer, « Un rectteil de poésies rumonsches », etc., y cccfe l'Idée laim
dans quelques poésies en langue d*oc . en espagnol et en catalan; A.
Larsen, ç la Vie et les Œuvres deP, Chr.Ab^emaen »; Giovanni Siâ-
liano, « rindovinelh ( el Buscapié ) de Michèle Cervantes » — P. 108.
F. -P. Briz, mestre en gay saber: la Pinya cTor, cfmtedHa, ete.
Gontinuaciô. — P. 110. A. de Y.:Zo Mal donat (Ll^enda ^fiandem
de H. Bertout). — P. 111 : Novas, Consistori dels Jochs florale de Bar-
celona. — Centro Gracieuse, (Gertamens )
A. Balaouer y Merino.
La Renaixensa. N. 7. (15 abril). — P. 273. Anônîm : la Aea-
demia catalana. Intéressant article de ben tallada ploma qne respon
à altre del Gay Saber sobre aquest tema. — P. 277. Isidro Reven-
tôs : Catalanisme. Valenta defensa de nostre justîssini amori h
provincia que'ns ha vist naixer, contra las afirmacions dels centra-
lisadors. — P. 231. J. Marti y Folguera: Notas sobre Varigenyfor*
maciô de las municipalitats, Consideracions atinadas sobre sa hiato-
ria. — P. 285. Antoni Yilanova : Ea^osidô de pinturae à MaérU.
lY. Parla de la Secciô de retratos y paissatge. — P. 2J89. Fiancesdi
Ricmar: la Novela en lo renaiœement. Ciontinuaciô d'articles anterion
sobre lo mateix tema de historia literaria. — P. 294. Frederich Bolq^,
mestre en gay soler : la Mort dels cristians. — P. 299. J. Franqnesay
Gomis : Caminada. — P. 301. Joan Pons y Massaveu : Mieteri dedûbt
(3 poesias). — P. 802. Francisco de P. Marferrer. JBihUogrqfia : Cri-
tica de la obra Eicardo Wagner, ensayo biogràfico-criHco par D, Joa-
quin Marsillach, con un prblogo epistolar del Z> Z>. José de LekammA»
— P. 304. Certamens literari y musical promoguts per la Sodeiai de Ow-
guas romànicas; adiciô à son programa. — P. 306. Comeleiori êd»
Jochs florals de Barcelona . Llista de composicions . Novae. Devem
notar la que' s refereix à la publicaciô en esta Revista de laimpoituit
monografia Poè'^ lyriques catalans, per D. Manuel Milày Fontanab.
— Acompanya à aquest minero una copia heliogràficà de la Ver$ê
Mare, escultura de J. Samsô, y un quadern del Libre de €omi
nyalades .
A. Balagueb y Meriho.
,•'■*
LE PARAGE A MAGUELONE
{Suite)
Telle fut, dans ses traits essentiels, la séance du 18 novembre
à Maguelone. Le charme et Toriginalité d'une réunion tenue en
plein air et en plein soleil, le matin d'une sereine journée d'automne,
durent être bien grands, si l'on en juge par les relations publiées
dans les journaux qui entretiennent leurs lecteurs du Félibrige*.
Et la raison en est simple : la poésie contemporaine ne dédaigne
pas, comme sa devancière des XVIV et XVIII* siècles, le soleil
et les champs, elle s'en inspire volontiers ; mais elle est restée
pourtant par bien des côtés une œuvre d'académie, de huis-clos
et de salon. Sa sœur de Provence, plus jeune et plus vivante, pui-
sant plus largement qu'elle aux sentiments légitimes et natifs de
rhomme, s'est maintenue plus complètement en harmonie avec
le monde extérieur. Nous ignorons comment Mireille a été com-
posée; mais, en la lisant, on ne peut s'empêcher de supposer que
ses strophes furent écrites aux abris ensoleillés des rangées de
cyprès qui entourent Maillane. De même pourrait-on dire de cer-
taines parties de Calendal^ malgré la différence foncière du sujet ;
de môme de la Farandoulo de Mathieu, des Sounjarello de Rou-
manille.On s'explique, dès lors, l'impression que la félibrée du
1 8 novembre a exercée sur des esprits que leurs habitudes poéti-
ques prédisposaient si bien à l'éprouver. La poésie de la lumière
et du ciel, des ruines, des étangs et de la mer, éclairait et com-
plétait celle de la pensée, de l'expression et du rhythme. L'une
constituait le cadre naturel de l'autre, et leur accord eut ce jour-là
quelque chose de si spontané, qu'il parut aux yeux des plus difficiles
justifier la dénomination de « reine et de première des féUbrées »,
donnée depuis à la séance de Maguelone.
En attendant l'heure du repas, on se dispersa çà et là, afin d'exa-
miner les jardins de M. Fabrége, le petit oratoire gothique, situé en
avant de l'église; la porte à linteau de marbre, oii se lit l'inscription
latine du chanoine Bernard de Tréviers, et enfin l'extérieur de
l'église elle-même. Les visiteurs ne furent pas sans admirer aussi
' Voyez le Journal de Forcalquier du 25 novembre 18T7, lou Prouven-
çati d'Aix du môme jour, le Messager du Midi du 24, etc.
2S1 LE PARAGB A MAGUELONB
des plantations do vignos faitos au milieu des sables de la plage et
bravant irapunémenl, du moins jusqu'ici, les ravages du fléau qui
anéantit autour de nous toute production viticole. « Heureux pro-
priétaire, qui possède Maguelone et triomphe du phylloxéra*!»
Le banquet eut lieu dans une salle ordinairement destinée toi
vendangeurs du domaine, et décorée avec le meilleur goût parles
soins de M. Charles Gros. MM. Bonaparte- Wyse et RoumaniUe
avaient été placés, le premier à la droite, le deuxième à la gaaebe
de révêque de Montpellier ; M. Fabrége était à la gauche dn ot-
piscol du Pcvrage, M. de Berlue- Perussis à sa droite. On s'entre-
tint tour à tour du rôle de la cité magalonaise au moyen âge, de
félibrige et de poésie provençale, des Gaulois de l'Asie mineure
et de la persistance de leur langue après T époque où écrivait 8|int
Jérôme^, de la publication des gloses romanes d'un ritnei maga*
louais ', proposée par Mgr de Cabrières à quelques membres de
la Société, et, entre autres particularités philologiques, des formes
mouillées de l'article et des pronoms dans l'idiome de Forcalqnier,
où M. de Berluc-Perussis avait, de concert avec M. l'abbé EmOe
Savy, remarqué que la mutation de. Vs en i ne s'exerçait pas de-
vant le c, le p, le t et le q, constatation presque semblable à celle
qui est due à M. Cantagrel à propos du sous-dialecte narbonnais^
Au dessert, M. Gavallier prit la parole et s'exprima dans ces
termes :
« Mounsegne, cars e 'specials amies, quand, de la cinu la pus ntnili
de nostra manefica passejada dan Peirou, jitan un cop d*ioi dan eooitift
dau marin, vesen au fin founs de Tourizoun, entre la mar que s'espandb
coume un large riban d'azur, una granda cousirucioun separada de 11
terra ferma per un autre riban argentat : acô's la catedrala de Mngai^pnM.
' Relation destinée à un journal de Montpellier, et non imprimée.
2 Cette persistance du gaulois de TAsie mineure a été eontestée, mùk
seulement d'une manière spécieuse, par M . Perret, dans un trayail im-
primé par la Revue celtique (l, 179): delà Disparition de laUmçutgÊik'
loise en Galatie.
< Les gloses des rituels du midi de la France furent géndralement ré-
digées en roman jusqu'à la fin du XV 1° siècle.
'* Deux sentiments sont en présence touchant les formes inonilléee dfli
dialectes méridionaux, celui de M. Â. Roque-Ferrier (Aemia dêg fflnjHMr
romanes, 11° série, I. 125), qui croit qu'elles s'exercent ou plutôt qaléHai
se sont exercées devant toutes les consonnes initiales, ainêi que eefel m
lieu dans le provençal d'Avignon et dans celui de Marseille, et oeloi
do MM. Cantagrel ' Noieft sur l'orthographe et la prononetaiitm Utngm
dociennes {dialecte narbonnais-carcassonnais), in la Cansou delateiiMto.
LE PARAGK A MAGUKLONP] 28o
» De Tantica cieutat resta pas mai que la vielha gleisa: lou picou abou-
sounaire a escampilhat deçai délai las peiras das mounumenls qu'espe-
ligueroun à Tassousta de soun oumbra.
» Lou tems, aquel grand sagataire, n'a embrisal toutes lous vestiges e
lous a counfounduts emé la sabla dau rivairel, que lou flus e lou feflus
de ia mar mescla e remescla à chaca minuta.
» Trouvàs-ti pas aqui, coume ieu , un ensegnament , que nous deu
servi de liçou ?
» Ça que vesen à Magalouna, ou vesen pertout, e, se voulen que lou
Parage visque e se mantengue, fau Testabli sus una terra esprouvada,
ie dounà per contre-fort las grandas estituciouns dau passât, las estitu -
cioiins que soûlas an surviscut à toutas las rouïnas.
» Oubliden pas que noste vi es la bèutat, noste pan la bountat . noste
» cami la verilat ; qu'aven lou sourel per regalida, que tiran nosta sciencia
» de l'amour, eque Dieu es noslra prima espéra. »
Le capiscol du Parage donnait ensuite, comme un exemple poé-
tique de cette nécessité, quatre colonnes qi>'il avait remarquées
dans le jardin de M. de Mesteyme, et que le temps était parvenu à.
recouvrir d'une verdoyante végétation de lierre. Croyez- vous, ajou-
tait-il, que si Ton voulait abattre ces colonnes, le lierre qui s'y at-
tache pourrait à lui seul maintenir ses festons et les dresser vers le
soleil? M. Gavallier eut ensuite un mot aimable pour chacun des
membres présents. Évoquant le souvenir de la Maguelone suppliante
de Gariel. cette touchante prière qui ne put émouvoir l'inflexibi-
lité de RicheHeu et de Louis Xlll *, il loua M. Fabrége d'avoir
par Achille Mir (Montpellier, 1876, in-12), de.lierluc-Perussis et Savy, qui
exceptent, au contraire, les consonnes fortes. Cette diversité d'avis sem-
blera plus apparente que réelle, si Ton veut bien remarquer que l'usage
des formes mouillées est général ou partiel en raison directe de l'in-
fluence plus ou moins [grande du français. Le fait de l'exception duc,
du p, du q et du i, classe le forcalquiérois et le narbonnais dans la caté-
gorie des dialectes à demi contaminés. Geiui de Montpellier, plus affecté,
ne change guère Vs en i qu'e devant Y s ou le p: loui segnouSj laicendras,
mai sahatas, et encore dans une partie restreinte de la population de
cette ville. Le maintien de Vs devant les consonnes fortes a été, du reste,
remarqué do bonne heure : on le trouve signalé au XV!!»^ siècle dans la
Dovctrino crestiano meso en rimos, per poude éslre cantado sur dihérses
ayres, etc. Toulouse, Gouloumiés, 1641, in-16.
» Rééditée, il y a quelques années, avec une étude préliminaire, par
M. Louis Lacour de ia Pijardière, archiviste de l'Hérault, sous le pseu-
donyme de A. Devars (Collection des Cent Quinze de la" Société des bi-
bliophiles languedociens Montpellier, Coulet, libraire-éditeur).
286 LE PARAGB A^MAGUELONE
« dépensé sans compter une hémhie * de pièces d*or à faire revivre
Ja sévère beauté de la vieille basilique. » Un peu plus loin , il rappe-
lait avec esprit que M. Tabbé Roiiet avait écrit l'histoire de l'école
rabbinique de Lunel ^, « ça qu'es mai que poulit per an capekui. »
T/Ëvêque de Montpellier, MM. Bonaparte, de Berluc-PenisBis, La-
forgue, de Villeneuve, Roumanille, ArnavielJe,Verdotet RonmieaXi
ne furent pas oubliés.
M. Gavallier termina son brinde de la manière suivante :
« Gouma souvenoncia de nostra premieira sesiha, m'aoriô fleudi grand gmi
d'oufi*ir en cadun de vautres una floureta acampada sus lou terradoa «h
Magalouna; malurousament lasasou 's trop avansada e las flous dau jar-
dinet que venen de plantar an pas encara espelit.
» Acô vendra, se Dieus ou vôu. En espérant, vous perpause de fbnniar
un bouquet de tout ça que s es dicb d'aimable e de poulit dins aquesta jooi^
nada, d'oufrl lou premier eisemplari à Mounsegne de Gabrieiras, per Un
gramassià dau trelus qu'a dounat ioi au Parage en venguent Ion oonn-
firmar, e de distribuï lo^s autres, en memoria d'aquesta festa tant siava
aici, qu'aurian pas doute das trebouleris que se passoun en^quicon mai.
Après avoir prononcé ces paroles, qui furent viyemeDt applau-
dies, M. Gavallier lut le toast que Mistral lui avait adressé 'de Mail-
I
* Ancienne mesure de capacité autrefois usitée dans le département.
Les Tables de comparaison entre les anciens poids et mesures du dépar-
tement de VHérault et les nouveaux poids et mesures, de Port aîné
(Montpellier, an XIII, in-8o). donnent à l'hémine de Poussan une valenr
de 20,44 litres.
2 Un an après la séance de Maguelono, M. l'abbé Roiiet a complélé
son premier ouvrage par une Étiuie supplémentaire sur VÈcfAe juhôe de
Lunel au moyen âge (Paris, Vieweg, 1878; in-8o, 38 pages). 11 y a ulilied
les renseignements réunis par M. le D' Lucien Leclerc, dans son HUMre
de la médecine arabe (1876), les découvertes de M. Nei]d>auer dans les
bibliothèques de France, d'Italie et d'Espagne, et enfin les indications
classées par M. Renan dans un mémoire qui fait partie du tomeXXVIIde
V Histoire littéraire de la France, p. 431-734. M. l'abbé Roûet, qui pré-
pare un travail de biographie et de traduction, sur le troubadour Fèlqnet,
de Lunel, a naturellement remarqué la curieuse mention qu'on pofiia
juif, connu sous le nom d'Abraham, fils d'Isaac, de Béziers, fiiit de son
contemporain dans le poëme de VÉpée flamboyante :
a Où sont les merveilles de la science et de la poésie juives ? Hier, on
les trouvait en provençal et en latin. Dans la poésie de Folquet et de sei
collègues, tu recueilleras la manne ; de la bouche de Cardinal, du tnSde
et du nard.»
Mais peut-être M. Renan, qui a le premier cité ce passage, a-i-U iden-
tifié trop légèrement le Folquet d'Abraham avec le troubadour de LoneL
La mention de la manne peut faire songer à la douceur des poésiSB de Foi-*
quet de Toulouse
LE PARAUB A MAGUELONE 287
lane. C'était un souvenir à la mémoire de Moquin-Tandon, en même
temps qu'un jugement sobre et finement exprimé sur le Carya ma-
galonmsis, « aquelo galejado esperitalo, mounte reviéu tant ben
l.i Magalouno souloumbrouso de Tage mejan *. » M. Cantagrel, par-
lant au nom des sept maîtres du Parage^ porta ensuite la santé
de Tèvèque de Montpellier. Son toast, excellemment pensé et rendu,
^ Moquin-Tandon faisait partie du groupe de personnes qui renouèrent
à Montpellier, avant la fondation de la Société des langues romanes, la tra-
dition historique et môme philologique de la langue natale. En outre du
Carya magalonensis, qui eut deux éditions et qui trompa la sagacité de
Ray noua rd lui-même. Moquin-Tandon composa, tantôt sous son propre
nom, tantôt sous le pseudonyme de Fredol de Magalounay des poésies lan.
guedociennes qu'il serait intéressant de recueillir et de rééditer avec le
Carya . On les trouverait presque toutes à la suite des Proverbes patois de
M. Jules Duval (tome V des Mém. de la Soc. des let. de l'Aveyron), dans
le Gay Saber d'Aix en-Provence, le recueil li Prouvençalo, publié par Rou-
manilleen 1852; la collection des premiers Armanaprouvençau et lesiVowt;^
de Saboly e ditroubairemouderne (Avignon, Aubanel, S. D.), etc. Plus que
Moquin-Tandon, M. Germain a, par les textes qu il a reproduits ou publiés
dans ce vaste ensemble de monographies exactes, patientes et sûres, qui
tait de lui la meilleure autorité en histoire méridionale, le droit d'être con-
sidéré comme le piincipal initiateur des lettres romanes à Montpellier.
Près de lui il faut placer M. Desmazes, qui fut en 1840, et de concert
avec MM. Alicot, Paulin Blanc, Grasset , Pégat, de Saint-Paul), etc.,
l'éditeur de la Chronique latine, romane et française, que Ton dé-
signe sous le nom de Petit ThalamfAS; Massot-Reynier, Téditeur des
Coutumes (catalanes) de Perpignan ; Eugène Thomas, à qui Ton doit
la publication d'un Comput ecclésiastique en vers du XIIl* siècle,
un Vocabulaire des mots romans- languedociens dérivant directement
du grec (Montpellier, 1843) et une Notice sur les langues qui ont été
parlées dans la province du Languedoc; Renouvier et Adolphe Ricard,
dont la monographie des Maîtres de pierre et autres artistes gothi-
ques de Montpellier, contient des textes fort intéressants pour Thistoiro
de la langue des XIV° et XV« siècles, et un Glossaire des termes d'art
romans H latins; J. Gastelnau, qui a mis à jour, dans les Mémoires de la
Société archéologique, une Charte de Van 1209, en roman, contenant aban-
don par un seigneur de Panât de ses prétentions sur le prieuré et les
terres de l'église de MarcUlac, etc. A ce groupe se rattachèrent quelquefois
le poëte F.-R. Martin, qui, en 1827, imprima, en tête de ses Loisirs d'un
Languedocien, un Sssai historique sur le langage vulgaire des habitants
de Montpellier, suivi d'extraits d'anciens troubadours et d'un vocabu-
laire ; Charles de Belleval, l'auteur du Nomendateur b&taniqw langue-
docien (Montpellier, 1840), et môme, à quelques égards, Pierquin, dit de
de Gembloux, avec son Histoire des patois {\SiO) et divers opuscules d'un
mérite assez contestable. Martin compléta son essai philologique de 1827,
28S . LE PARAGE A MAGUBLONB
était écrit dans le langage de cette ville. Celui de M. fionaparte-
Wyse devait être et fut un des plus remarqués de la fête. Le sou-
venir de Pierre de Provence et de ses amours avec la belle Magoe-
lone, les traverses que les deux amants eurent à snbir avant d'être
réunis, enfin l'origine magalonaise de cette douce et ravissante in-
spiration, <rs 'élevant comme une Aphrodite, plus pure que celle des
Grecs, de la mer étincelante des traditions antiques * », furent rap-
ea donnant pour la première fois, en 1839, une part trôs-considérable des
pièces inédites de l'abbé. Favre. La partie littéraire et pôôiîque a été re-
présentée par M . Frédéric Roque-Ferrier, dans une IMire mr la poàm
provençale ( Revue du Midi, année 1843 ), et tout réoemment par 7>vt
Cansos en plana lengua romana, la Fée des Pyrénées et los Aqb» de
l'Umanitat. La transition du groupe de la Société archéologique à celui de
la Société des langues romanes s'opéra par l'histoire de Jaome le Cm^
quérant (1863-1867), de M. Gh. de Tourtoulon ; V Essai sur l'histoire de (a
littérature catalane et les Or igines étymologiques de Vidiome catalan, que
M. Cambouliù publia tout d'abord >dans le recueil de V Académie de
Montpellier; divers travaux inédits de M. l'abbé Léon Vlnas, tirés des
archives de Gignac et anU>rieurs à ceux qui figurent dans la Retmedêi
langues romanes, et enfin par les poésies languedociennes de Guirakleiiiï
(mort lo 23 octobre 1869), qui parait avoir étudié d'une nmniôre toute phi-
lologique l'idiome de Montpellier.
^ C'est probablement une allusion au rôle de la belle Maguelone dans
Tastronomie populaire delà Provence et du Languedoc. [La conjonctiOD
de Vénus avec Saturne représente, selon le dire des p&tres et des gensde
la campagne, la belle Maguelone que poursuit. Pierre de Provence. Leur
réunion et leur mariage ont lieu tous les sept ans. Â ces noces sont con-
viées les autres étoiles : Jan de Milan (Sirius), las Ensignes ( Orioa et
la ceinture d'Orion ; [oui Très Reis^ aux environs de Montpellier) et te
Poussinieira {les Pléiades). La Poitssinieira^ plus matiniôre que tontes
les autres, partit la première et prit le chemin haut; les Ens^fnes, qui
sont trois jeunes filles hardies, passèrent un peu plus bas et ne tardèrent
pas à la rejoindre. Jan de Milan, qui était endormi, prit un chemin de
traverse en se levant, et courut après les jeunes filles; pour les arrMer, il
leur lança son bâlon, ce qui lait que le faus margue est appelé aussi km
bastou^de Jan de Milan. Lou Panard, une autre étoile, était aussi confié;
mais comme il est boiteux il reste constamment en arrière. M. Mistral a dit (if-
manaprout)ençau,\S12f 39], quelques mots de ces légendes astronooiiqueSv
qui devraient déjà posséder leur historien. ;Aujourd'hui encore, nulle hiÂùs
du moyen âge n'a conservé plus de renom et de lecteurs que le roman dn
chanoine magalonais, Bernard de Tréviers, et nulle ne le mérite mifloi
qu'elle, par «je ne sais quelle grâce et quelle suavité toute parUculidre de
ton et de manière», a dit Fauriel. A ses heures de récréation, pendantqnH
étudiait le droit à Montpellier, Pétrarque c polit et donna des grftoes nou-
velles B, selon Gariel ( Idée de la viUe de MontpelUert p. 113, 2* partie).
LE PARAUB A MAGUBLONE 289
pelés par M. Bonaparte- Wyse, afin de symboliser l'union future
du Parage de Montpellier et du Florége * d'Avignon :
Mounsegne, Madamo, Messies, entanterin que vàutri levas lou veire
simpatique e brindas amistadousamen is ami qu'avès couneigu, i cause
pratice» qu'avès à cor, regarde, iéu, dins lou grand passa neblous, qu'es
pamens clar coume l'azur à la visto dôu troubaire, e vole, pèr ma fisto,
brinda soulemnamen à la farfantello pouético que ve.se apeiralin, s'aubou-
rant coume uno Afroudito pus casto que la di Gré, de la mar belugue-
janto di bélli tradicioun antico. De peu d'or s'anellon autour de sis es-
palo d'evôri, rousèoco es sa caro, e velaqui que vai faire arrambage
sus l'isclo soulitàrj, mounte aqueste moumen même cacalejan, e velaqui
que vai founda aquesto vilo trelusènto dôu mejan agc que, maire de voste
Mount-peliô bon ama {mater pulchra, fUia pulchrior), es, ai las ! franc uno
gleiso soulelo, esvalido, emé si mounumen, coume Teigagno au grand
soulèu.
Brinde doune, Mounsegne, Madamo e Messies, à la memôri douce
d'aquelo farfantello legendàri, que, morto, es pamens sèmpre vivento
dins li scuvenènci de vosti pople e de vôsti pouëto, — à la memôri de la
bello foundadris de Magalouno, à l'amado e l'amourouso de Pèire de
Prouvènço. Que sa Vido tendrinello, après tant d'auvàri pèr ia terro
pèr la mar, pèr Taire, e finalamen soun unioun emé Pèire de Prouvènço
nous siegue lou simbèu de la councôrdi intime que déura toujour èslre
entre l'escolo mount-pelierenco, acampado vuei, pèr la proumiero fes,
ï^outo de tant urous auspici, lou long dôu ribelrés de Magalouno, e lou
lelibrige capoulié d'Avignoun, que noun cesse de galeja e de canta, à
l'oumbrino sacrado de Nosto-Damo di Dom, de Nosto-Damo di Dom que
;-e dis fieramen de Prouvènço ! ' • .
Bevo, 0 Parage, à la memôri de la bello Magalouno!
Parlant au nom du Parage et de la Société pour l'étude des lan-
gue^ romanes, M . A. Roque-Ferrier porta de la manière suivante la
santé du poète des Parpaioun Mu et de la Caheladuro d'or:
Mounsegne, Madamo e Messies, emai l'estatut dôu Parage fague en
tôuti li membre de nosto escolo un devé grand de pratica la parladuro
à cet ouvrage, que la littérature populaire de plusieurs nations s*est ap-
propriée, lorsque la double poésie des troubadours et des trouvères con-
stituait le patrimoine commun où venaient s'enrichir presque toutes les
langues européennes. On a des imitations en grec moderne de Pierre de
Provence dans l'Histoire aimberios et de Margarona, que M. "Wagner a
publiée en 1874, d'après le manuscrit de la Bibliothèque impériale de
Vienne. M. G. Meyer a encore fait paraître à Prague, en 1876: Imberios
und Margarona, ein mittelgriechisches Gedich Gedicht, etc.
1 Si tant est qu'il ait jamais existé, le Florieje était, suivant Nostra-
damus, une académie provençale qui florissait à l'époque de Pétrarque,
près de l'abbaye du Thoronet .
290 LE PARAGE A MAUUELONE
mount-pelierenco e de n'acreisse respandimen e la fourtuno, brindani
aro à Guihèn Bonaparte- Wyse dins aquelo parladuro d'Avignoua qne sis
obro souleto mantendrien à toujour, se pèr quauque malastre impoo^
sible, s'atroubavo plus sus li terro de Franco de bouco prouveDçalo i la
saupre parla.
Longo-mai, Mounsegne, Madame e Messies, auRoumiéu de Dcetésou-
lèu, à la majouralo cigalo d'Irlando!
A ce moment-là/ les membres du Parage furent agréablement
surpris par la visite inattendue de MM. Jules Michel et V. Smith,
de Saint-Étienne. Celui-ci, à qui Pon doit des recherches et de«
recueils de poésie populaire française et forézienne destinés à
devenir classiques par la rigoureuse exactitude de leurs détails,
la passion méthodique et savante avec laquelle les origines et les
variantes en ont été notées, était venu depuis un mois demander
au climat de Montpellier le rétablissement de sa santé ^. M. Michel
y était amené par la suite des recherches qui lui ont permis de
compléter les découvertes de M. Aurês, de Nihies, touchant la
valeur des pieds grec et romain et l'identification du pied de Char-
lemagne avec le pied gaulois ^ . Quelques instants après leur ar-
rivée, l'évêque de Montpellier prenait la parole pour répondre au
toast de M. Cantagrel et aux paroles du capiscol du Parage, Dans
une improvisation pleine de grâce et de traits émus et charmés,
l'éloquent prélat s'excusa de ne pas savoir encore parler assez
correctement le provençal littéraire et d'être ainsi contraint de s'ex-
primer en français . Il dit son affection pour le langage qu'il awt
^ Presque tous les travaux de M V. Smiih ont paru dans la Kùman\a,
C'est pendant son séjour à Montpellier qu'il a bien voulu préparer et don-
ner à la ï{e\)ue des langues romanes un Alléluia paschcU du Veiay et lu
chansou populaire du Faux Moine.
- « Partant de ces principes.... qu'il fallait tenir grand compte de l'es-
prit do superstition qui, durant toute Tantiquité, a présidé à l'emploi des
nombres.... M. Aurès s*est avisé d'interroger les monuments eux-m6meS|
et, après en avoir levé les mesures principales et même les plus minimes
détails... il est arrivé, non-seulement à démontrer que les dires des poé*
tes, de Végèce et de Gensorin, étaient justifiés, c est-à-dire que les nom-
bres carrés étaient employés avec une prédilection marquée, mais qu'à
défaut de nombres carrés, les nombres impairs, appelés nombres mâles
étaient autant que possible préférés aux nombres femelles, c'est-à-dire
pairs, et qu'enfin il était toujours facile, à l'aide de mesures rigoureuse-
menl prises, sur un édifice quelconque, d'arriver à la connaissance de
'unité de mesure qui y[avait été employée et de ses subdivisions.
» Le Parthénon, les temples de la Sicile et de Paestum, la Maison
Carrée de Nimes et une foule d'autres, ont passé sous le compas et ont
LE PARAGHi A MAGUBLONB 291
appris tout enfant au village de Gabrières, pour cet idiome que
les ouvriers de la Renaissance méridionale pouvaient voir aujour-
d'hui étudié et enseigné jusque dans les Universités de Finlande,
à régal du français et de l'italien ; avec une simplicité et un esprit
d'à-propos bien rares, il vanta le rajeunissement de sentiment et
d'inspiration qu'il valait à notre Midi; louant ensuite le Félibrige
de chercher, comme l'avait toujours fait le maître qui était assis à
ses côtés, comme le faisait le poëte provençal de l'Irlande, ses
inspirations dans les plus hauts sentiments de l'âme, il le remercia
d'avoir pensé que la poésie devait poursuivre, elle aussi, une re-
cherche idéale, et de s'être constamment « souvenu que Jésusr
Christ, le divin Sauveur des hommes, avait été en même temps le
premier et le plus divin des poètes *. »
Lorsque le prélat eut cessé de parler, M. Gavaïlier donna la
parole à M. de Berluc-Pérussis :
Si le rôle de M. Bonaparte-Wyse a été, pendant deux ou trois
ans, capital dans le Félibrige, celui de M. Berluc-Perussis ne l'a
pas élé moins en 1874. Président de la Société littéraire d'Apt ou de
V Athénée de Forcalquier, membre de ï Académie d'Aix ou l'un des
cinquante du Félibrige, M. de Berlue a toujours été de ceux qui ont
été soumis à l'esprit investigateur de M. Aurès; et, dans des mémoires
forcément hérissés de chififres il a démontré la valeur des pieds grec
et romain avec une sûreté d'analyse qui peut défier les plus incrédules,
à la condition que ces incrédules seront en état de comprendre et de
suivre cette analyse délicate .
» Un des résultats les plus remarquables et les plus rigoureux des re-
cherches de M. Auras, c*est l'identification du pied de Charlemague, dit
pied de roi, avec le pied gaulois primitif. Ainsi nous savons aujourd'hui ,
grâce à M. Aurès, que (Jlharlemagne n'a fait que prescrire l'emploi du
pied usité de toute antiquité sur le soi gaulois, en écartant de l'usage- le
pied romain, que la conquête avait prétendu imposer aux Gaulois vain-
cus.» (B\de Saulcy, les Travaux métrologiques de M. ÂurèSy in Polybi-
blion, 2- série, VI, 377, octobre 1877.)
' « Me siei entancha, disait le prélat dans une lettre provençale écrite à
M. Arnavielle, de signa lou papié que m'avès manda, dins la pôu qu'a-
guessias quauque remord e que moun noum manquesse sus la listo de
vôstis ami.
» Save gaire parla la lengo franceso, gaire la latine, que pamens es la
miéuno; mai me souvene emé bonur di quàuqui mot prouvençau qu'ai
après dins moun paure vilage de Cabrièro, quand jougave tout pichot pro-
che de moun paire e de ma maire, e siei urous encaro do poudé coum-
prene libélli cause que fasès, téuti lis an, emprima dins voste Armana.»
(Lettre publiée dans les Tablettes d'Alais et reproduite par VUnion na-
tionale de Montpellier, n»du 24 novembre 1877. )
292 LE PARAGE A MAUUKLONJB
le patriotisme persévérant du sol natal et qui consacrent à l'étudier
dans son histoire, dans sa langue, dans son passé littéraire, ar-
chéologique et scientifique, tout ce qui leur a été départi d'intel-
ligence et de loisir. Représentant de deux vieilles familles dont on
retrouve plus d'une fois le nom dans les annales de la Provence,
il la connaît» depuis les monuments qui ont fait son orgueil juft-
qu'à la culture de la soie qui Ta enrichie, jusqu'aux origines de son
idiome ^ contesté, auquel il a le premier donné conscience de ce
que ridée latine ou romane pouvait rendre en action et en Vita-
lité littéraire. La trente-troisième session du Congrès archéologi-
que de France, tenue à Aix en 1866, dut à sa fraternelle collabora-
tion avec M. Charles de Ribbe la majeure partie de son snccès.
Le sixième centenaire de Pétrarque lui donna, en 1874, un moment
d'existence internationale, qu'il soutint dignement. L'initiatiTe
de cette solennité lui appartenait ; il en fut à la fois rinspirateor,
et, de concert avec M. Hipp. Guillibert, le principal ouvrier: poor
la première fois, depuis que des Concours littéraires ont lieu dans
le Midi, c'est-à-dire depuis la période médiévale, Titalien^ le ca-
talan et l'espagnol, furent, ainsi que le provençal et le français,
mis sur le pied d'une parfaite égalité. Le Comité aixois compléta
cette grande pensée par la nomination des présidents de la fête:
MM. Conti, de l'Académie de la Crusca, pour l'Italie; Mézières,
de l'Académie françaises, pour la France, et de Quintaaa, prési-
dent des Jeux floraux de Barcelone, pour l'Espagne. Tous les trois
assistèrent, avec M. Nigra, aux assises de Pétrarque. Le FéUbrige,
un moment hésitant, fut ramené ou conquis, et le succès de la so-
lennité d'Avignon la fit considérer comme la première fête litté-
raire où les peuples néo-latins se soient rencontrés ensemble et
aient repris la conscience de leur fraternité linguistique».
Poète, on lui doit la reviviscence du sonnet en Provence et la
faveur qu'il a su y conquérir parmi les félibres eux-mêmes.. Cette
forme, à la fois si délicate et si difficile, n'a pas de secret pour M.de
Berluc-Perussis; il sait en surmonter les écueils. Ce n'est même pas
trop exagérer que d'attribuer à quelques-uns de ses essais en ce
^ Nous empruntons quelques détails à une étude biographique et UUé •
raire sur M. de Beriuc-Perussis publiée par M. Charles Boy, dans la Iteoitf
du Lyonnais.
Depuis lors, M. de Berluc-Pérussis a largement contribué au snoeès
des Jeux floraux de Notre-Dame de Provence en 1875 et de Sainte-Anne
d*Apt eu 1877. M. Cavallier a écrit la relation de ceux-ci dansson opuscule:
les Fêtes du couronnement de sainte Anne, des 9 et 10 septembre 1877,
et les Jeux floraux aptësiens. Montpellier, Grolliér, 1877, in-8o, 48 pag.
LE PARAGE A MAGUBLONB 293
genre la valeur un peu ironique que Despréaux donnait au véri-
table sonnet ; soit que, dans celui qu^il a emprunté et dédié à
M. Jules de Gères, il renouvelle la doctrine qu'enseignèrent Pytha-
gore et les druides gaulois, que plus tard Origène introduisit dans la
philosophie chrétienne, mais compliqua en même temps d'étranges
erreurs ; soit qu'il exprime en vieux français des regrets de sé-
paration, il est toujours égal à lui-même, également à étudier dans
ridée et dans la forme. Et, en effet, odyssée des âmes dont on
trouvait autrefois la figure symbolique dans les stations du livre
des Nombres, joies littéraires et rustiques, tristesses du temps passé,
langue de Ronsard, langue de Musset ou de Mistral, questions de
droit naturel ou archéologie provençale, lui sont également aisées,
familières et accessibles *. Orateur, M. de Berlue n'a pas de moin-
dres qualités : sa langue, souple, fine et persuasive, à l'éloquence
légèrement italienne, reste partout claire et élevée ; elle est comme
lo vêtement naturel d'une pensée sûre d'elle, alors même qu'elle
semble réserver une meilleure compétence que la sienne 2. Faire un
' On nous permettra de citer le Sonnet treuvé dans ung viel livre :
Vous partez, mie, et poinct n*aaez pleuré !
Ma coulpe feust vous trop aymer peust estre.
Femme ne veult serviteur, ains ung maistre :
Fol et meschant m'eussiez, crois-ie, adouiô.
Ores, allez, chier esprit égaré : ,
Fouillez la ville et par tout le champestre;
A Montfaulcon, les corbeaux veulx repaistre,
Si treuuez cœur oncque au mien comparé.
Quand reviendrez, portes, las ! seront closes,
Et foulerez la maulve au lieu de roses :
Le poure amant soubz Therbe gésira.
Lors, pryez Dieu, l'âme en pleurs espanchée,
Et lost, cuidé-ie, ez cieulx reuerdira
La fleur qu'ici vous mesme aurez f au Ichée.
2 Nous avons essayé de classer ici quelques-uns des opuscules publiés
par M. de Berlue, ou contenant des pièces de lui; mais il va sans dire
i^ue cette liste est en très-grande partie incomplète :
Du Mouvement littéraire en Provence. Forcalquier, 1855, in-8».
Bibliographie provençale. Les Chansons du Carrateyron. Aix, 1855,
in-l2.
L'Abeilho prouvençalo de 1858 per uno ribambello de rimaires, eme une
prefaço de J.-T. Hory. Marsilho, Peraond, 1858, in-1?.
Éloge de Boniface, avocat au Parlement de Provence, Aix, lliy, 1860,in-8*\
20
294 LE PARâGë A MAGUELONES
tel portrait de Thôte du Farage, c'est dire d'avance qu'en expli-
quant les diverses acceptions de ce mot^ « qui contient tonte Ii
fleur de la vieille France », le président de l'Athénée de ForcalqniBr
maintint la félibrée de Maguelone à la hauteur où Tarait ôleréela
langage de Mgr de Gabrières :
Mounsegne, Madama, cars e valènts Paragiés, m'ausso, par béom, ùa
noum de! sôt Priéus des Aupens, ei sèt Magistres déa Paràgi. L'BmNi-
reta dei voulountous s'en vèn saluda TEscora dei saberus.
Es que, ou pouas croire, eissublien pas, sus nouostes autnraSy aqaAn
camin màgi dôu Narbounés que, dempièi douai mila ans, religa loBAspi
de Prouvènça amé vouostes plans. Tambèn, encuei, l'ai davaia & la lèita.
par vouai veni jougne en esta grand felibrôia e vous arribo. Ion OMiordi-
beri e lei mans tendues.
Avès bèn e patrialamen fa, messers e amis, de sourti de la poussa des
tôms meians aquéu mot tant significatiôu de Paràgi^ e subre-tenk lei no-
bles cavas qu'arrepresenta, e quejamai, que qu'avôngue, saran parduB
- dins nouosta bônama e doulèntapatria.
Tout Tounour, touta la flour de nouosta vièia França ei dins aqnés
mot, dins aqueles cavas.
E couma n'en sarié pa 'nsinta, vous ou demande, d'abord que km Fi-
ràgi, valènt-à-dire la Parieta es la frucha prumiôra de l'Ëvangèli YBs-ti
pas lou divin presicaire qu'aparleguè les omes davans soun Diéa, lei fléA
davans soun paire, les chivaliés davans soun rèi, e perôu les pouêtas var-
tadiés davans la glôri? E de bada nous agon degaia aquela meravihonsa
parieta crestiana, en en fènt TEg alita, es ela qu*a congreia tout ça qu'es
fier e bèu dins nouosta istôri.
Sabès-ti rèn de mai amirablB; dias, qu'aquéu Frano-Par&gi de nonoslas
coustumas, quand Teinat de l'oustau garantissié à cadun de soi flraires sa
Notice sur la vie et les œuvres de Gtistave Rambot. Aix, Uly, 1860, ia-8*.
Rapport au Congrès des Académies (Extrait de l'Annuaire de l'/iufW
des provinces ). Forcalquier, 1862, in-8°.
Discours de réception à V Académie d*Aix. Marseille, 1865, in-8«.
Recherches biographiques sur Pierre Aréod, Aix, lUy, 1868, in-8*.
L'Enquête et la Représentation agricoles. Aix, 1866, in-8*>.
Le Drainage et Vlrrigation. Aix, 1866, in-8».
La Crise agricole en Provence. Aix, 1866, in-8o.
Discours de clôture du Congrès scientifique d'Aiw. Aix, 1867, iQ»8«.
La Question séricicoie, Aix, 1867, in-8o.
Rapport sur les travaux de V Académie d'Aix. Aix, 1867, inr8*.
François /" à Avignon. Apt, 1869, in-8».
Biographie de Fortuné Pin. Nice, Gauthier, 1870, in-8«».
A la mémoire de Fortuné Pin, poésies par MM. de Flotte^ A, de Gagnami,
J.-B. Gaut, Mistral, A. Real, etc. Nice, Gauthier, 1870, in-8".
Du Sonnet et des SonnetUstes aptésiens. Apt, 1872, in-8«.
hB PARâGB à MâGUBLONB 295
part sèmpre franca e pariera, e qu*eles proumetien en retour à l'einat de
li ôsse fidôus e de Tajua dins sei maramagnas ?
Dins la valerousa encounlrada de Lourrenna, que ploureu couma una
sorre rauba, aquela usança freirenala èra enca mai pretouoanta. Aqui,
les chivaliés se partissien en sièis Par agi vou parentèla, que s'arregar-
davon couma sièis famihas, e lou qu'apartenié à-n-una liera èra censa pa-
rent, es ueis de la lèi messina, de toutes aquélei de la liera.
Mai lou triounfle soubeiran d'aquela nauta idèia fougue din» l'establi-
men dôu Paràgi majeur, vouro'dire dei douge Pars de b'rança que favou
lou counsêu de famiha de. nouosta nacien.
E tant aquéu mot de Paràgi counvenié en tout ça qu'ei grand e bèu,
que n'en venguèron lou mounde à nouma Paràgi, couma dirias terraire
commun, touta larga encounlrada, e que, même sus l'empèri de Taiga, lei
mariniés empachèron dôu même noum un grand vaste de mar.
E bèn, messers e amis, acô bèu, ac6 tant aut, vaqui que lou ressus-
cites .
Au centre de la terra d'0> dins la ciéuta subre-sabènta, anès estabii un
mevouioun d'omes requists, nouostes eioats dins la sciènci, e noui van
parmettre de pareja am'eles, e couma les chivaliés lourrens, de fa ensèn
qu'una soureta famiha
E couma autan les pars de França semoundien au parlament de Paris
de capeus de rosas par sa benvenguda, ansinta nautres esperen perôu
vouosta Baillée des roseSy ça es lei tlours plenas d*agradança de vouosta
pouësia.
Les Almanadis littéraires. Aix, 1874, in-8o.
Vint Sonnet prouvençau tira de VAlmanach du Sonnet, 1874, em* uno
letro-prefàci (de Vidal ). En la vièio capital© de la Prouvenço, 1874, in-8o.
Dous Nouv^' latin inedi de Fourtuna Pin, couronna en At e Montèu,
i Jo flourau de la fèsto de Saboly, e revira pèr A. de Gagnaud. Montpel-
lier, Imprimerie centrale du Midf, 1875, in-8o.
Un bouquet de campaneto^ pèr T. Aubanel, G. Azais, W. Bonaparte-
Wyse, BonfUon, M. e V Bourrelly, P. dis Ebrido, la felibresso dôu Cau-
loun, A. Fourès, M. Frizet, A. de Gagnaudy Dom Gamier, J,-B. Gauty etc.
Aix, Remondet-Aubin, 1876, in-8*.
Cant di Fourcauqueiren à Nosto-Damo de Prouvenço, mtAsico de Dési-
rât G.... Ais~de-Prouvênço, Remondel-Aubin, 1876, in-4o.
Forcalquier et ses souvenirs littéraires. Forc&lqmQV, Masson, 1876, in-8o.
Un document inédit sur Laure de Sade. Aix, Illy, 1876, in-8o.
Mgr Terris, évéque-nommé de Fréjuset de Toulon. Aix, Illy, 1876, in-l6.
Académie d'Aix. Rapport sur les prix de vertu, lu en séance publique de
l'Académie. Aix, Illy, 1876, in-8o,
UAubo, sounet tira de la Revisto di lengoroumano. Mount-pelié, Es-
quicharié centrale dôu Miejour, 1877, in-8».
Le Battage à vapeur. Forcalquier, Masson, 1877, in-12.
Le Centenaire de Pétrarque au point de vue bibliographique, Apt, J.-S.
Jean, 1877, in-8«.
296 LE PARAGE A MAGUBL0NE5
D'enterin, iôu mesquin, dins esta journa tant couroua, dins la Uagà-
rouna que cantè lou Petrarca, vèno. des paragls aupens, tnertaila
bouona salut e à Tamigueta des Paragiês leogadoucians, & sonn obn
cavaleirousa, e à soun cap tant bèn nouma, lou CSarles Cavallier '.
Plusieurs toats furent prononcés après que M. de Berluo-Pô-
russis eut cessé de parler. Celui de M. Albert Arnavielle, écrit
dans le langage d'Alais, la ville qui, après Avignon et Montpellier,
entretient le foyer littéraire le plus actif, était adressé à -Mgr de
Gabrières, SLuParage et à ses membres. M. Houcherie, prenant texte
de quelques vers empruntés au poëme de OctUrênd, qu'il vernit
de découvrir à Paris, et dont il devait entretenir la Société deê te-
gues romanes quelques jours après, but à Mistral et à Roumanille:
M. Henri Delpech, à l'alliance des lettres françaises et provençalfit;
M. Fabrége, à de prochaines réunions sur le sol où il avait été
heureux de prêter territoire à la félibrée du 18 novembre. Le tout
de M . Louis Roumieux traduisit, dans un langage ômn, naturel et
facile, les sentiments du Parage à Tégard de son président. Con-
fondant en un mélancolique retour sur lui-môme et sur l'école de
Nimes, presque disparue quelques mois après sa fondation, le
témoignage de la reconnaissance de tous, le poôte de la Bampt-
lado et des Dos Lebre rappela, sur la fin de son toast, et l'un des
opuscules les plus intéressants qui soient sortis de la plume de
M. Cavallier^, et les recherches hagiographiques qui, de bonne
heure, firent de ce dernier le correspondant et l'ami du Père La-
cordaire :
Mounsegne, Madamo e Messies, cabiscôu de resodo de Nimes, que —
perqué noun lou dire, ai ! las? — es quasimen esvalido dins li néA^lo dén
matin, m*es un plesi, autant coume un devé, de brinda à moun eouoflradre
Malherbe à Aix. Aix, 1878, in-8».
Rapport sur le Concours ouvert par V Athénée de Foroalquier en Ckmh
neur de Gassendi. Forcalquier. 1878, in-8».
M. de Berlue a publié, en collaboration avec M. C!h. de Ribbe, les deux
volumes du Congrès scientifique de France, Aix, 1867, in-8*; avec
MM. Bonafous et Bory, le tome premier des Mémoires de la SoMié kUto-
rique de Provence, Aix, 1867; avec M. Guillibert, la Fête féctiloire ai Jn-
temationale de Pétrarque, Aix, 1875. Il a fondé VAlmanoeh du Sound
(1874-1877) et y a collaboré activement. Nombre de ses poésies ont para
dans VÀrmaria prouvençau et dans la Revue des langues romanes»
* Ce toast est écrit en langage des environs de Forcalquier ; il a été pa-
bUé en entior par loi Prouvençau d'Aix, no du 25 novembre 1877.
^ Les Plantes carnivores de M. Hooker. Observations préssniéss à U
Société d'horticulture et dhistoire naturelle de l'HéraUtt, Ifontpdlier,
1 875, in-8o.
LE PARAGE A MAGUELONB 297
de Tescolo mount-pelierenco, d'aquelo escolo que, ]ou vesès, tout-bèu-just
à sa primoaubo, trelusis déjà d*uno tant vivo esplendour ! Beve à
l'ami Carie Gavallier, au valent atrencaire d'aquéu jardinet caressa dôu
soulèu, benesi de l'eigagnau, que vous apiei tant flnamen retra 1... A
Tagiougrafe distingui, à lantii di jardin, que couneis tant bèn la vido e li
vertu di sant, aquôli flour celestialo, que lou noum e li perfufti di flou-
reto de la terro*.
Gouneissès tôuti ço que dis Gavallier d*aquéli plante carnivoro que,
fort urousamen pèr nautre, figuron pas au mitan de la taulo ; car aurien
vougu seguramen prene sa part d'aqueste superbe festin.
Beve à Tarai , au courrespoundènt dôu Paire Lacourdaril
Au noble cor que, dins si paraulo amistadouso, a saupu entremescla
un mot agradiéu pèr tôuti li can taire qu'an iuei lou chale de bresiheja
subre lou ribeirés pouëli de Magalouno.
a Chasque aucèu trovo soun nis bèu i>,s'escridavo, i'a 'n moument, en
remembrant ma devise felibrenco.
Urous, milo fes urous, lis auceloun que l'auro de la malamagno foro-
bandis jamai de soun nis ! Longo-mai donne li piéutaire dôu Parage fa-
gon ausi si gai refrin à l'entour d'aqueste rode tant galantamen pimpa,
tant richamen reviscoula, doumaci soun gênerons prouprietàri M. Fa-
brege, en quau, tout en passante pèr acaba, siéu fier de rendre tambèn l'ou-
màgi que s'amerito I
M. le docteur Espagne, toastant en languedocien, s'exprima de la
manière suivante:
Mounsegne, Madama, cars e specials amies, volepourtar un brinde que
Tassoustarés, m'ou assegure, dau turt coural de vostes goubelets.
Beve au Felibrige, que nous manda ioi lous diamants lous pus lindes de
sa couronna.
Estima, lou Felibrige, que dins las parladuras d'Avignoun, de Tou-
lousa ou de Mount-peliè, se pot, couma dins la de Paris, proudure de
caps-d'obra qu*ameritoun de vieure. Antau chaca cantounel espelîs una
floura e una frucha que vendrien pas tant ben dedins un autre rôdou; e
se vôu, à tems passât ou à tems d'ara, remembrar ou bouta sus lou can-
deliè tout ça que pot alucà l'amour dau sôu pairoulau, es per empusà mai
que mai Tamour de la patrîa granda.
Adounc, braves amies, brinden ensemble, au Felibrige que reviscoula,
esclaira e manten tout ça qu'es bon, tout ça qu'es bèu, tout ça qu'a drech
de lusir e de trelusir au sourel.
Au Felibrige longa-mai !
Les brindes se multiplièrent alors à l'envi : M. Antonin Glaize
buta M. Fabrége, « ce fidèle de Tarchéologie et de l'histoire romane,
qui a si bien su retrouver et conserver lespierres de Maguelone »;
* M. Gavallier est un des collaborateurs autorisés des Annales de la
Société dliorticulture ei d'histoire naturelle de l'HératiU,
298 LE PARAGB À MAGUELONfiS
au nom duFélibrige de Provence, M. Roumanille toasta à Mgr de
Gabrîères, « lou dous e valent successour dis evesque de Magir
louno, que, mestre, vèn à Tescolo dôu Parage ; oonour Bapreme
pèr lis ami de la lengo di reire e de soun renaisBe miradoos»;
au nom de M. Hippolyte Guillibert, d'Aix, M. de Villeneirre lut
les vers suivants, où l'auteur a su s'approprier aussi naturelle-
ment que l'avait déjà fait M. Roumieux la forme allègre et ipiil-
tuelle, mais presque inconnue jusqu'à eux, dans le provençal n»-
derne, du triolet français :
I sèt magistre dôu Parage
Mande mi sentimen courau;
Tenon sesiho d'aut Parage,
Li sèt magistre dôu Parage ;
Tambèn m'agradarié lou viage
A Magalouna de TErau I
I sèt magistre dôu Parage
Mande mi sentimen courau.
L'ama cabiscèu Gavaliô,
Âgués en gau ma souvenenço !
Se lauso en Âis, à Mount-pelié,
L*ama cabiscôu Gavalié ;
Es ben rantico chivalié
Dôu Lengado, de la Prouvènçol
L'ama cabiscôu Gavalié
Âgués en gau ma souvenenço !
Les envois de MM. Achille Mir, de Garcassonne (un Noëllm-
guedocien)', Roux, de Lunel- Viel {As setmttgistrea dau Parage }; Lu-
rès, de Villeneuve -lez- Béziers ( il 2 Parage), Charles Des€0S8e»de
Forcalquier(^n7i(26 i iroubaire acampa au Pa/rage dé Moymi^^USj^t^
rent ensuite communiqués ou mentionnés, soit par le Gapiseol dn
Parage, soit par le Secrétaire de la Société des langue$ romoniv. Ge
dernier lut, en outre, les vers suivants de M, Louis Astruc^oa
des plus jeunes et des plus féconds poètes de la pléiade qui se
groupe à Marseille sous le nom de Société desfêUbrei d$ laMèr:
A ço qu'enauro nôsti creire,
A nosto antioo liberta,
A nosto naciounalita,
Au rèi En Jaume, au rei En Peire,
Un premié veire
Vole turta I
Is ami de cor dôu [Parage,
T majourau de Lengadô,
A touli li fraire que d'O
...j -j^
LE PAR AGE A MAGUBLONE 299
Sabon atrenca soun lengag^,
Un segound viage
Yuege mouDgot^l
Parmi les pièces de poésie adressées au Parage, à propos de sa
séance d'inauguration, il s'en trouvait une qui attestait une fois de
plus l'attrait qu'éprouvent bien des poètes pour la régularité et la
logique des formes grammaticales du dialecte de Montpellier. Déjà,
au milieu du XYII® siècle, l'auteur de ['Embarras de lafieiro de
Beaucairej M^ichel de Nimes, fait parler un Montpelliérain dans
son idiome naturel. Quatre-vingts ans plus tard, le Père Martin, le
poëte le moins connu du Languedoc au X Ville siècle et le plus di-
gne de l'être après Favre, adresse de Béziers à l'abbé Plomet une
traduction d'une ode d'Horace en montpelliérain. Pierquin de Gem-
bloux l'adopte aussi pour sdiLouisa et ses jFVwefos, œuvres de bi-
zarre, mais parfois aussi de gracieuse poésie; Eusèbe de Salles dé-
laisse le lauraguais dans quelques pages de ses « Rimes patoises» ;
on a de Balthazar Floret,rAgathois, une romance montpelliéraine,
imprimée dans sa Bourrido; enfin on ignore généralement que
M. Félix Gras eut, en 1871^ l'idée d'employer dans ses Carbouniéy
au détriment du provençal, l'idiome que le Parage s'efforce de re-
mettre en honneur 2. Le sonnet qui suit, de M. Charles Deloncle, le
* Voici le toast à la mémoire de Fabbé Favre, qu'aurait porté le véné-
rable et savant M. Gabriel Azaïs, si une indisposition ne l'avait retenu
à Béziers le 18 novembre:
Porte un brinde al galoi magistre
Que per, aqueste tems d*auristre^
Fariô rire même un ministre,
Amb soun sermou de Moussu Sistre I
La découverte faite quelques mois auparavant, par le Conservateur de la
bibliothèque de Montpellier, M. Léon Gaudin, d'une Pastorale inédite de
Favro sur la naissance de J.-G. , donnait presque à ce quatrain un intérêt
d'actualité.
^ Il va sans dire que tous ces textes laissent fréquemment à désirer.
Celui de Michel se trouve p. 16-17 de l'édition d'Amsterdam (Daniel
Pain, 1700, in-12), et nul ne Ta remarqué jusqu'ici. La traduction du Père
Martin a été imprimée à MontpeUier en 1729, par Martel, in-12, 4 pages.
M. A. Roque-B'errier l'a signalée pour la première fois à la Société des
langues romanes ( séance du 14 mars 1877 ), d'après un exemplaire très-
probablement unique, que M. Miravait bien voulu lui communiquer.
Pierquin de Gembloux fit paraître en 1846 (Paris, Barrois, in-12) ses Flu-
retas, et en 1850 (Montpellier) Louisa. Les Poésies, théâtre, sonnets, poésies
diverses et rimes patoises d*Busèbe de Salles, appartiennent à Tannée 1865
(Paris, Pagnerre, in-12). La Bourrido agatenco est de 1866.
300 LE PARA.GE A MAGUELONB
poëte du Quercy, est un nouvel exemple de l'influence que le lan-
gage de Montpellier exerce en dehors de ses limites naturelles *:
Aiilan, en lai, ben lion, dau tems sourne e feroas
Dai Sarrasins que Garle, emb soun bras pouderous,
Martelejava à mort, lUa de Magalouna.
Touta espoutida aviès pamens una courouna.
De Rouma ères la filha e, chacun à soun tour,
Loui Papas, dins toun grau, trasien sa resplendour;
Touis evesques, liountlau, Meza, Fredol, Yerdala,
Soastavoun mai que mai ta vielha catedrala .
Toui rais soun escantits, toun caire esdesoundrat ;
Soûl, de long de la mar, un noum es demourat.
Mais angan, m*esavis, ta gloria reviscola,
Pioi qu'un evesque, un sant, de soun traval sacrât
S'es despartit e ven, eme un biais d'amistat,
Dai sabens dau Parage adurre aissi l'eacola 1
Les poètes récitèrent alors quelques-unes de leurs pièces. Sur la
demanda de Tévèque de Montpellier, Roumanille fit entendre denx
de ses chefs-d*œuvre : la Vaco de la Véuso et la Chaio ctouglo; Roa-
mieux dit lou Maset, que toutes les félibrées de Pravence et de
Languedoc connaissent, et ensuite des stances inédites à la Qgak,
M. Charles Gros débita Magalouna, qu'il avait communiquée i la
séance littéraire du matin. Mais, selon la formule populaire lanf^ue-
docienne, qui veut que «les longues, paroles raccourcissent le jour'»,
les moments s'étaient rapidement écoulés à la lecture on à l^di-
tion des poésies et des brindes qui viennent d'être rappelés. H était
bien près de trois heures lorsque le banquet se termina. Quelques
pièces restaient à lire encore, diverses résolutions devaient être
prises touchant le Concours du CJumt du Latin et la part queTéODle
de Montpellier devait y avoir. M. de Berlue proposa d'ajourner le
tout à une deuxième réunion, qui serait tenue à Montpellier le soir
même ; il proposa ensuite de visiter une dernière fois, sous la di-
rection de M. Fabrége, l'égUse de Maguelone, ce qui lût accepté.
M. A.Roque-Ferrier prit alors la parole et s'exprima delà manière
suivante, « afin que le nom des absents fût rappelé aux fêtes de la
famille, comme leur place y avait été réservée 3»:
^ Ce sonnet a été publié dans le Messager du Midi de Montpellier, de
24 novembre 1877, et ensuite dans le Messager de' Toidaum. U a étf. de
plus, imprimé par M. Charles Deloncle à la fin de son opuscule sur k
Maintenance (V Aquitaine à Toulouse; Toulouse, Douladoure. 1877* in-11,
42 pages.
2 Paraulas longas fan toui jours courts.
3 Relation destinée à un journal de Montpellier, et non impriméa.
LE PAR AGE A MAGDBLONE 301
 Mir de Garcassouna, Aubanel d^Avignoun,
A Lambert, à Pau Glaize, à Vitor Aragoun',
A Laurés, e sus tout Caries de Tourtouloun;
A Lieutaud e Tavan, que restoun dins Marselha ;
A Langlade, la meravelha
De noste terradou ; à Gabriel Azaïs,
Moun mestre e moun amie ; au doutou Cazalis ;
Au coulounel Fourcand, Tarma tant valentousa ;
A Delouncle, que dins Toulousa
Ënaura e^fai fleuri la lenga quercinousa l
Amai que siegoun pas emé nautrei de cors,
Noste souvenî val ver eles
E se i'agrada à sempre fort * !
i\l . Fabrége dirigea dans tous ses détails la visite de l'infé-
rieur de Péglise. Nul n'avait plus de droit que lui à faire connaître
au Parage les transformations de la métropole du diocèse, et sur-
tout l'état déplorable où elle se trouvait avant qu'il en entreprit
la restauration. Ainsi que Ta dit M. Adolphe Ricard, pour rendre
i au pays, à l'art, à l'histoire, non moins qu'à la religion, cemo-'
»» nument d'une grâce austère et d'une largeur de'lignes saisissante,
» il a fallu que le nouveau propriétaire de Maguelone réunît à
» une rare et précieuse générosité une persistance, un amour de la
)) science, un dévouement, dont on ne saurait lui être trop recon-
» naissant. Le sanctuaire, la nef, les contre -forts, le monument en
»> entier, ont été déblayés, réparés et soutenus avec une rare in-
« telligence et au prix de sacrifices énormes ^. » C'est avec le savoir
d'un élève de l'École des chartes et la plus constante affabilité que
M. Frédéric Fabrége montra aux hôtes du Parage l'église, dont
il écrit en ce moment la savante monographie, les tombes d' évo-
ques, le maître-autel consacré par Alexandre III, et actuellement
orné, pour rester en conformité archéologique des Statuts de 1331,
d'une croix, de quatre chandeliers de style roman et de deux fia-
belles ou éventails de paon ; les limites de l'abside primitive, celle
de la nef mérovingienne, celle de l'église réparée et agrandie par
^ On doit à M. Aragon une étude sur les poésies languedociennes de
Cabanis (1785-1862), insérée dans le tome V (p. 537-565; du recueil de
V Académie des sciences et lettres de Montpellier: Un poète cévenol, à pro-
pos de V idiome languedocien. Laurent Cabanis.
- Ce toast a été inséré daus la République et le Messager du Midi, de
Montpellier (no du 24 novembre 1877). Il a été, quelques jours après,
reproduit par un journal de Carcassonne dont le titre nous échappe.
^ La Réconciliation de ^fo^fM^/onc (14 juin 1875), par Adolphe Ricard
Montpelher, Martel, 1876, in-40, p. 2.
302 LE PÂRAGB A MAGUELONB
l'évêque Arnaud, au milieu du XI« siècle; la vaste tribane des chir
noines, où sont réunis des débris de sculpture romaine et do
moyen âge, le beau sarcophage en marbre à rinceaux, les diverseï
tombes que Ton s'accorde à rapporter à l'époque mérovingieiuie,
enfin celle que le vulgaire désigne sous le nom de Umibeau de h
belle MagiLelone, et qui renferme, à ce que l'on croit, les restes du
cardinal Raymond de Ganillac, parent de Clément VI, ou peut-être
même ceux d'un des évoques du XVI* siècle.
Cette seconde visite conduisit une partie des membres du Pangê
sur le toit de Téglise, sorte de terrasse pavée de larges dalles^ oà
rœil, environné de tous les côtés par un paysage dont il est dif-
ficile d'oublier la sévère et particulière grandeur, plonge, an levant,
dans un immense horizon de mer, pour revenir ensuite vers lejKrt
sarrasiinj à demi comblé^ chercher les contours supposés de l'an-
cienne Maguelone, à l'époque où, suivant le poète, « les papes je-
taient leur splendeur dans ses graus » remplis de barques et de
navires ; où Urbain II, de retour du Concile oh îl avait fidt décider
la première croisade, bénissait, sans distinction d'aucune sorts,
les habitants de Tîle, donnant l'absolution plénière aux vivants, au
trépassés et à tous ceux qui se feraient par la suite ensevelir à
l'abri de ses murs. Mais ces souvenirs, à la fois si multiples et si
grands, ne firent {diversion qu'un moment aux préoccupations
littéraires et philologiques. A propos d'une traduction que M. B<H
naparte-Wyse voulait entreprendre eji provençal du petit roman
retouché par Pétrarque lors de son séjour à Montprïlier, M. de
Berluc-Perussis dit comment il avait été conduit à retrouver dans
les manuscrits de la Bibliothèque nationale la preuve que Lame
n'avait pas été la femme de Hugues de Sade, mais sa sœur, décon-
couverte qui relève moralement l'amour du poëte italien. M. Bon-
cherie cita quelques particularités de passion vraie et délicate qnfl
avait rencontrées dans le poëme de Galerend, et ses citatioicis ame-
nèrent M. de Berlue à expliquer ce qu'avaient été les conrs d'amovr
et combien étaient étranges et forcées les interprétations qu'eDes
avaient fait naître depuis la fin de la période médiévale. Parmi
ceux que le féUbrige avait seul le don de préoccuper, tout cala cé-
dait la place à cette sorte de symbolisme qui, aux sept tronba-
dours de Toulouse et de Barcelone, a emprunté les sept rayons
de l'étoile du Félibrige, les sept lieux félibrins du Parag^ ses sept
membres fondateurs et le nombre exactement semblable de ledrs
séances aiyiuelles. De là à penser qu'en souvenir de la félibrée
du 18 novembre et de la visite de Mgr de Cabrièresiûne messe
devait être dite tous les sept ans par un évèque félibre, dans la-
vieille église de Maguelone, il n'y avait pas loin. Au milieu de ces
CHRONIQUE 303
entretiens, des explications que M. Fabrége multipliait avec sa
bonne grâce et sa science habituelles, l'heure du départ vint à son-
ner. Ainsi prit fin cette journée, que M^Cavallier avait eu raison
de dire « talament siava que degus aguet pas doute un moumenet
das trebouleris que se passavoun en quicon mai. » N'était-ce pas
beaucoup d'avoir, par notre temps de divisions et de querelles in-
cessantes, vécu quelques heures en une sorte de sphère idéale et
de n'y avoir point séparé du présent, quelque contestable qu'il soit,
Tavenir qui doit le suivre et le passé qui Ta préparé ?
{A suim^e.)
CHRONIQUE
Le contraste qui existait depuis si longtemps entre les Universités
d'outre- Rhin, presque toutes pourvues de chaires de philologie ro-
mane, et les Facultés des lettres françaises*, où l'enseignement de
nos idiomes ne brillait guère que par son absence, suggéra, en 1875,
à la suite du concours de la Société, la première demande d'une
création de chaires de langue d'oc et de langue d'oil dans chaque
Faculté des lettres, et plus particulièrement dans celles d'Aix, de
Montpellier et de Toulouse, trois villes que leurs traditions littéraires
et scientifiques désignaient tout d'abord. La Société prit l'initiative
de ces demandes et les adressa, par voie de pétition, à l'Assemblée
nationale, où elles furent favorablement accueillies.Des pétitions iden-
tiques avaient été, en outre, envoyées d'Aix, d'Avignon, de Toulouse,
de Béziers.de Marseille et de Perpignan. La cause de Montpellier
était plaidée à Paris même par MM, Egger, Michel Bréal et Gaston
Paris. Aussi, lorsque Mx Waddington, alors ministre de l'instruc-
tion publique, reçut, lors de son passage à Montpellier en 1876, le
bureau de la Société des langues romanes, lui promit-il de demander
à la Chambre la fondation d'une chaire de ce genre dans l'un des
grands centres du Midi. Depuis un an environ, une partie des la-
cunes de notre enseignement philologique a été comblée par la
nomination de MM. Joret, Glédat et Luchaire, à Aix, Lyon et Bor-
deaux. Montpellier, le plus tardivement pourvu, n'a pas été le moins
favorisé. Un cours de langue romane vient d'y être confié à M. Ca-
mille Chabaneau, et des conférences de philologie romane à M. Bou-
cherie, vice-président de la Société, dont la ]eçon d'ouverture est
publiée en tête de ce fascicule. Presque en même temps qu'eux,
M. Marcel Devic était nommé maître de conférences de langue et
de littérature arabes. On doit au nouveau titulaire des traductions
^ Exceptons toutefois les cours de MM. Gaston Paris, Paul Meyer et
A. Darmesteter au Collège de France, à l'Ecole des chartes, à celle des
Hautes Etudes et à la Faculté des Lettres de Paris.
304 CHRONIQUE
du roman à^Antar et du Livre des merveUleSy ainsi que divers tra-
vaux se rattachant à la philologie romane, entre autres un glossaire
des termes français empruntés aux langues orientales. Ce glos-
saire forme un des compléments du DicHonnaire de M. Littré.
Un (quatrième cours, celui-ci de géographie, a été enfin créé et
confié a M. Cons.
Dans le choix que vient de faire M. le Ministre de l'instruction
publique, il nous sera permis de voir comme une promesse en
faveur de la création à Monipellier d'une sorte de succursale du
Collège de France, ou tout au moins de chaires de sanscrit, de
philologie germanique et de roumain. Si le souvenir des anciennes
écoles juives du Languedoc et le rôle de plus en plus considérable
de l'Algérie justifient de toute manière un cours de langue et de
littérature arabes, Tétude de groupes aussi importants que le sans-
crit, les langues germaniques et le roumain^ ne saurait être mise en
doute au point de vue de rétablissement d'un centre philologique à
Montpellier.
Tous ceux qui ont suivi dans la Revus les nombreux et compé-
tents travaux de MM. Chabaneau et Boucherie s'associeront à la
satisfaction produite par une nomination si également justifiée des
deux côtés, et aux réflexions qu'elle inspire a la Romania, dans sa
livraison d'octobre 1878 :
« Nous apprenons avec grand plaisir qu'on vient enfin d'adjoin-
dre à la Faculté des lettres de Montpellier deux conférences de
langue et de littérature du moyen âge, consacrées, l'une au midi,
Pautre au nord de la France. Les deux maîtres de conférence
étaient naturellement désignés : M. Chabaneau est nommé maître
de conférence pour la langue d'oc, M . Boucherie pour la langue
d'oil. L'institution nouvelle des maîtres de conférence est encore
d'un caraclère mal défini et d'une utilité scientifiaue, sinon pratique,
du moins assez vague. 11 dépend absolument oe ceux à qui sont
dévolues ces fonctions de leur donner plus ou moins de sérieux ou
d'importance. Si elles sont remplies avec une vraie intelligence des
besoins et des ressources de notre enseignement supérieur, elles
peuvent certainement contribuer beaucoup à l'acheminer vers la
réforme dont il a tant besoin. Nous ne pouvons qu'applaudir au
choix du sujet des nouvelles conférences, au choix des Facultés et
au choix des titulaires. 11 y a à Montpellier, plus que dans aucune
autre ville de France, un terrain préparé pour recevoir la bonne se-
mence. Nous sommes surs que MM. Chabaneau et Boucherie sau-
ront la répandre avec art et Tarroseravec persévérance. D'ici à peu
d'années, on commencera, sans aucun aoute, à recueillir le fruit
de leurs peines. Ce n'est qu'en formant aux bonnes méthodes de
jeunes travailleurs^ en leur faisant connaître à la fois toutes les dif-
ficultés et tous les auxiliaires du travail scientifiaue, en leur incul-
quant l'horreur des banalités superficielles, le mépris du dilettan-
tisme et l'amour de la vérité, autant sous son nom d'impartialité
que sous son nom d'exactitude, qu'on préparera en France, dans
le domaine de la philologie romane comme dans tous les autres,
l'avènement d'une renaissance que nous ne verrons peut-être pas,
mais que sous aurons du moins appelée de tous nos vœux et aidée
de tous nos efforts, d
La première livraison (in-8o, 256 pages) du tome II à\x Dicthn-
naire des idiomes romans du midi de la Fra/nCe^ par M . Gabriel Azaïs
CHRONIQUE 305
( série des publications spéciales de la Société), a paru il y a quel-
ques mois; le complément de ce volume est sous presse et sera
prochainement distribué .
Quelques personnes avaient conservé le vague souvenir d'un
jeune homme qui fut un moment le secrétaire du regretté Cam-
bouliù. et qui, par une triste coïncidence; s'éteignit six jours avant
lui, le 23 octobre l869.Diogène Guiraldenc, tel était son nom, s'était
de bonne heure essayé à la poésie; de bonne heure aussi, il avait
songé à faire imprimer le recueil relativement considérable de ses
vers français et languedociens. Mais ce projet, dont il avait été
le seul à conserver le secret, n'eut aucune suite. Pauvre et isolé,
Guiraldenc ne put jamais le r.ialiser ; son nom serait presque abso-
lument ignoré aujourd'hui, si ses manuscrits n'étaient tombés en-
tre les mains de M. Barthélémy Martin, de Montpellier, (juiabîen
voulu en faire hommage à la Société des langues romanes et l'auto-
riser à en publier la partie languedocienne. Quelques pièces de
celles-ci : la Blanda^ la Masca et la Glonousa^ ne seraient pas dé-
savouées par les meilleurs ouvriers de la renaissance actuelle. En
en décidant l'impression, la Société a demandé à M. Lais sac, maire
de la ville de Montpellier, et à MM. les membres du Conseil mu-
nicipal, une concession au cimetière Saint- Lazare, afin d'y dé-
poser les restes du pauvre poète, qu'allait atteindre bientôt la pres-
cription décennale. Cette translation a eu lieu le 4 décembre, à la
sjito du vote favorable du Conseil municipal et d'une souscription
ouverte chez le trésorier de la Société, par les amis de Guiraldenc.
Ce nous est un devoir de remercier ici M. Laissac et MM. les
membres* du Conseil municipal de leur intelligente et sympathique
adhésion.
♦ ♦
Lou Pan dôu pecaU représenté à Montpellier le soir de l'avant-
dernière journée des fêtes latines, a été le point de départ d'une
nouvelle reviviscence du théâtre méridional. Cette œuvre de pro-
fonde passion et de splendide poésie a obtenu une seconde fois à
Alais le succès qui l'avait accueillie à Montpellier. Un autre drame,
emprunté aux souvenirs des luttes religieuses entre les protestants
et les catholiques des Cévennes, a été joué dans la même ville le
29 septembre dernier. Il a pour titre la Camisardo, et il est formé
de quatre actes écrits en vers provençaux. Nous ne le connaissons
encore que par ce que l'auteur en a publié dans le Prouvençau d'Aix
et par les analyses des journaux de la région. C'en est assez cepen-
dant pour reconnaître que l'auteur, M. Paul Gaussen, a su éviter
les côtés blessants de son œuvre et qu'il n'a pas évoqué, pour les
envenimer, comme le font trop souvent les poètes ordinaires, le
souvenir irritant des persécutions religieuses. L'éclat, la passion
et le coloris de ses premières œuvres se retrouvent fortifiées et
agrandies dans la ŒmisGrdo. Tout ce qui y fournit matière à déve-
loppement lyrique est digne de grand éloge. Il y a surtoutdans cer-
tains détails une grâce et une fleur de poésie qui montrent que
l'auteur est appelé à réussir dans le drame poétique et^déal dont
Shakespeare a donné de si parfaits modèles.
D'un autre côté, la troupe qui avait représenté à Montpellier,
30o CHRONIQUE
devant les hôtes des Fêtes latines, le Trésor de Substandon^ y jouait
le 17 novembre une seconde œuvre dramatique languedocienne de
l'abbé Favre, V Opéra cPAubaia *.Un nouveau succès a été la récom-
pense de cette initiative excellente. La troupe montpeliiéraine ap-
prend en ce moment un vaudeville en prose de M. Charles Gros :
hu Bal dan Parassol, qui parait appelé à un véritable snccès de
gaieté.
Les progrès réalisés ont été, comme on le voit, assez rapides
depuis le drame des Mouro de M. Gaut, représenté à Forcalquier
pendant les fêtes de Notre-Dame de Provence. Il est à souhaiter
que ces commencements s'affermissent et se continuent, de ma-
nière à doter le midi de la France d'un théâtre original, sérieuse-
ment étudié, et digne, en un mot^ de celui que la Catalogne a su
se donner.
Ce ne sont pas les œuvres qui risquent de lui faire dé&ut.
M: Gaussen doit faire jouer bientôt un drame de Bouland, et
M. Roumieux prépare pour le théâtre son histoire de Jarj aille en
paradis et en enfer. C'est la verve d'Aristophane qui nous revient
avec son inépuisable invention, sa merveilleuse gaieté et la dé-
cence que le comique d'Athènes connut trop rarement. M. Rou-
mieux travaille aussi slvl Jujamen dôufilere, dont il fut un moment
question pour les Fêtes latines de Montpellier.
♦
Notre collaborateur, M. J. Bauquier, prépare une Bibliographie de
la littérature de la langue d'oc de Pannée 1847, date de la première
publication de Roumanille, à Tannée 1877, et il serait très-recon-
naissant à toutes les personnes ( auteurs, éditeurs ou simples
curieux) qui voudraient bien lui fournir des renseignements bi-
bliographiques sur des ouvrages méridionaux, et surtout sur des
productions locales ou volantes. Le dépôt légal se fait avec une
irrégularité telle, que l'on ne peut espérer être complet en dépouil-
lant le seul Journal de la librairie. C'est cette insuffisance qm mo-
tive et justifie l'appel adressé aujourd'hui à nos lecteurs.
Les communications doivent être transmises à M, J. Bauquier,
rue des Bernardins, 42, à Paris.
• *
On n'ignore pas combien sont rares les localités oii s*est main-
tenu l'usage de prêcher dans l'idiome local. A ce point de vue
surtout, il nous paraît utile de mentionner le passage suivant
d'un mandement de l'évoque de Fréjus et de Toulon, en date du
24 juin dernier :
« 11 est un point cependant auquel tous les évêques ne sont
pas en situation de toucher, mais que ne saurait négliger un évê-
que provençal : l'emploi de la langue populaire dans renseigne-
ment du catéchisme. Ce serait une grancte erreur de croire que
dans l'Église, et lorsqu'il annonce la sainte parole, le prêtre doit à
sa dignité de n'employer que la langue nationale. Ainsi ne le
pensait pas le Concile de Trente, qui recommandait, au contraire,
1 Nous ne devons pas oublier une comédie provençale : Un pin fa* n
pin, de M. Peise, jouée avec succès, au mois de février dernier, sur le
théâtre de Toulon.
CHRONIQUE 307
de rendre la doctrine sacrée plus accessible en la présentant dans
le dialecte du peuple : Prœcipit sancta synodus, ut si opua ait et com-
mode Jieri poterit, sacra eloquia et salutis monita vemaculâ linguâ ex-
planent. Nous avons, dans notre pays des troubadours, d'autant plus
de raison de préférer les conseils de la Sainte Eglise
que notre dialecte n'est pas un patois méprisable, mais une vraie
langue, riche, souple, expressive autant qu'une autre, plus ipiagée
peut-être et à coup sûr plus populaire; le plus grand nombre de
nos enfants, quand ils sont affranchis des exigences réglementaires
de l'école, n'en parlent point d'autre, et presque partout c'est elle
encore qui transmet et qui consacre les traditions de la famille.
Ne craignez donc pas, Messieurs, dans les catéchismes des parois-
ses, d'instruire et d'interroger en provençal; vous aurez, — et c'est
une expérience que votre évêque ne rougit pas, tant s'en faut,
d'invoquer, — vous aurez là une pierre de touche infaillible, qui
vous permettra de savoir si vous avez été compris. »
• *
Nous sommes en retard pour annoncer aux lecteurs de la Bévue
que, dans sa séance du 27 juillet i877, V Académie des inscriptions et
belles-lettres a entendu la lecture d'un rapport de M. Longpérier
sur les récompenses décernées par la Commission des antiquités
de France. Trois médailles ont été attribuées à MM. Demay, Bros-
selard et Peigné- Delacourt. Les deux premières mentions honora-
bles ont été accordées à M. Chabaneau, pour sa Grammaire limou-
sine, et à M.Bion de Maria vagne, pour son Histoire de la cathédrale
de Rodez,
* *
La librairie Dorregaray, à Madrid, met en souscription YHistoria
politica y literaria de los Trovadores, par M . Victor Balaguer. L'œu-
vre de l'illustre poëte et historien catalan ne formera pas moins de
six volumes in-8o et sera terminée dans un court délai. Elle se
compose d'environ trois cents biographies, où le troubadour est pré-
senté sous son .double aspect littéraire et poUtique et étudié dans
ses diverses œuvres. Celles-ci, ou tout au moins les principales,
viennent ensuite, accompagnées d'une traduction littérale en es-
pagnol.
* «
Dans sa séance du 28 juin, M. Gaston Paris a fait connaître à
V Académie des inscriptions et belles -lettres les décisions de la Com-
mission des antiquités de la France sur le Concours de l'année
1878. Quatre médailles et six mentions honorables ont été décer-
nées. Une de ces dernières a été attribuée à M. Luchaire, pour
ses Origines linguistiques de T Aquitaine.
Au commencement de cette année, le roi Humbert a fondé deux
prix annuels de dix mille francs. Le premier est destiné au meil-
leur travail ou à la plus importante découverte scientifique; l'autre,
à la meilleure œuvre littéraire ou philologique. L'Académie desLyncées
est chargée de prononcer sur le mérite des œuvres envoyées. Les
seuls Italiens seront admis à concourir.
308 CHRONIQUE
♦ ♦
Fête a Quarante. — Quarante a eu, le 12 mai dernier, sous
rinspiration de M. Camille Laforgue, sa petite et très-remarquable
fête romane, donnée au bénéfice de la Société philharmonique
Saint-Jean, alors en voie de reconstitution. Deux œuvres d'une
verve et d'un caractère tout à fait populaire : loua Set Pecach ca-
pitals de las fennos, Je J. Laurès, et lou Lutri de Lader, de Mir, en
ont formé le principal attrait. Cette dernière a été débitée par
M. Prax, d'Alzonne. Diverses pièces, Vlhrougnariè, Tems passât
aîné tems d'aro, la Fourmigo e lou Gril, de Mir; 2a MalauUè de la
Ugnoy de Laurès, figuraient sur le programme languedocien delà
journée. Trois poésies inédites, fou Tracassât dePolkos, par Laurès,
la Velhado et las Oulivasotts, de Prosper Vidal, ont été récitées en-
suite par leurs auteurs. Le premier des poèmes de. M. Vidal de-
vait, quelques jours après, recevoir le rameau d'olivier de la Société
archéologique de Béziers. Le deuxième faisait partie des œuvres que
le jury de la Société des langues romanes a récompensées au moyen
d'une médaille d'argent, lors des fêtes latines de cette année.
* *
L'Aube pbovençâle a tenu, le 23 juin, à Marseille, sous la prési-
dence de M. Lieutaud, une séance littéraire et poétique.
Elle vientjde prendre l'initiative d'un Concours provençal, dont
voici les sujets et les prix :
Une églantine d*or à une poésie provençale snr un sujet tiré de
l'histoire de la Provence ou de Tune de ses villes ;
Un bouton de rose en argent à une pièce de prose sur un sujet
historique, littéraire ou scientifique;
Une médaille en argent à une pièce de prose provençale sur
un sujet satirique emprunté aux mœurs de la Provence.
Les manuscrits doivent être adressés, avant le 1®' avril 1879, à
M. J. Monné, secrétaire de VAuhe, à Marseille.
FÉLiBRiGE. La réunion générale de la maintenance de Provence
a été tenue le 3 mars, à Marseille, sous la présidence de M. Au-
banel . Parmi les membres nommés, nous remarquons Mgr Du-
breuil. archevêque d'Avignon; M. F. Peise, le directeur du Fra/nc
Prouvmçaou, almanach paraissant à Draguignan, et M. Chailan,
l'auteur du poëme des Ermitan de Sant-Jan benurous.
L'Assemblée décida, en principe, la formation des trois écoles
de Nice, de Toulon et d'Apt, en chargant le bureau des détails
d'organisation.
Le secrétaire, M. de Villeneuve, lut ensuite un rapport oui lui
avait été adressé par M. de Berluc-Perussis sur le Concours d'Apt.
Le restant de. la journée appartint à la poésie.
La réunion de la maintenance de Languedoc, aussi bien que
celle de la maintenance d'Aquitaine, n'a pas eu lieu. Quant à l'As-
semblée générale de la Sainte-Estelle, elle a été, comme on sait,
tenue à Montpellier le dimanche 26 mai. On en trouvera la relation
dans le Compte rendu des Fêtes latines.
Le Florége d'Avignon. Les prix du Concours de 1878 ont été
décernés le 18 août à St-Rémy, sous la présidence de M. Marins
Girard, l'auteur du recueil de poésie lis Aupiko, La Société des km-'
gués romanes s'était associée à ce Concours par le don de quatre
médailles, deux d'argent et deux de bronze ; M. Aul>anel, par une
GHRON IQUË 3Û9
une médaille de vermeil; M. G. Laforgue, par une médaille d'ar-
gent. Le Félihrige éks Alpes avait offert à son tour une seconde mé-
daille de vermeil. Les pièces provençales à traduire en français
étaient : pour la prose, un fragment du discours de Roumanille aux
fêtes de Reboul, eni876; pour la poésie, louViage, d'Aubanel.
Les jeunes gens de moins de seize ans étaient les seuls admis à
concourir. Voici les noms des lauréats de 1879 ;
Lou ViAGE (traduction en prose) : m. verm., Henri Brun, de Vai-
son;m.d'arg.,Louis Bonnet, de Saint-Rémy; m. de br,,Paul Brun,
de Frigolet; ment. : Latil, Pezière et Waton.
Lou ViAGE (trad. en vers) : m. verm. , Napoléon François, d'Avi-
gnon ; m. d'arg. , Albert Daumet, de Toulouse; m. d'arg., Joseph
Bouvet, d'Avignon ; m. de br., Léon Talop, de Privas; ment., Fro-
ment.
Jan Reboul: m. verm., Benoît Mazeau, d'Uzès ; m. d'arg., Louis
Noyer, de Sorgues ; méd. d'arg., Alph. Suc, d'Avignon ; m. de br.,
Justin Julien, de l'Isle; ment.: Abrial, Véron et Reynier.
Le discours d'ouverture a été prononcé par M. Marins Girard,
qui aurait dû ne pas y renouveler le système, depuis longtemps
abandonné, de Raynouard: une langue romane succédant au latin,
ot pendant plusieurs siècles commune à tous les peuples de l'Oc-
cident, avant l'existence de l'italien, du provençal, dp l'espagnol et
du français. Le rapport de M. Mouzin n'est pas non plus sans lais-
ser quelque prise à la critique linguistique.il faut, du reste, féliciter
iVi. Girard et M. Mouzin, mais surtout ce dernier, d'une idée excel-
lente et qui ne peut donner que de bons résultats : la traduction
en provençal moderne d'une pièce en vieux provençal. Cette inno-
vation sera mise en pratique Tan prochain.
M . Marius Girard a eu raison de faire remarquer, à la fin de son
discours, que la pensée première des Concours du Florége était due
au frère Savinien et à sa remarquable méthode d'enseignement du
français par le provençal.
Société des Félibres de la Mer. a Marseille. — Dans les premiers
jours d'avril, elle a tenu à la villa Charmerette, sous la présidence de
xM. Ghailan, une réunion où des poésies inédites ont été communi-
quées. On a remarqué parmi celles-ci li Reire de Tavan et Far-
paiolo de Lieutaud. M. Chailan a ouvert la félibrée par d'heureuses
paroles de bienvenue et de remerciement. Le Frouvençau d'Aixlcs
a publiées dans son n» du 14 avril.
Athénée de Forgalquier et Félibrige des Alpes, année 1877. —
La deuxième séance semestrielle tenue en 1877, par les deux So-
ciétés réunies, a eu lieu le 4 novembre. Nous remarquons, parmi les
communications françaises, quelques chapitres d'une étude ethno-
graphique de M. Charles Descosse sur les Origines de la race pro-
vençale, et une autre étude de M. Jules Terris sur la Vie dômes-
liquedans les Basses- Alpes, au XVII* siècle. La partie provençale
lie la séance consistait en un rapport en prose de M.Pabbé Savy,
président du Félibrige des Alpes; Fantai, par M™« Lazarine Daniel;
iin petit poiime sur la légende bas-alpine de Sain t-Eucher, par un
anonyme, et deux sonnets dus à MM. Gaut et Vidal.
Athénée de Forgalquier et Félibrige des Alpes, année 1878. —
Le banquet annuel des deux Sociétés réunissait, le 10 mars, de nom-
breux adhérents. M. de Berlue -Perussis, récemment placé à la tête
de VAcadémie d'Aix, avait prié VAthénée de lui donner un succes-
21
310 CHRONIQUE
seur. Le nouvel élu est M. Eugène Plauchud, qui a lu pendant le
banquet un conte en dialecte alpin. D'autres pièces provençales ont
été communiquées ou adressées par MM. Milon, Verdot, Astruc,
etc.
Le Concours que l'Athénée avait ouvertà propos de la restauration
de la maison natale de Gassendi, par les soins de la Société fran-
çaise d'archéologie^ a conduit à la fin du mois de juin dernier M. Léon
Palustre^ directeur de cette association^ et un assez grand nombre
de ses membres, dans l'arrondissement de Forcalquier. En sa qua-
lité d'inspecteur divisionnaire, M. de Berluc-Perussis les a reçus
au château de Porchères et leur a offert une dianée archéologique,
renouvelée de celle que les consuls de Forcalquier offrirent, en lo33,
au grand président de Provence. Vaisselle d'étain, menu et toasts,
tout était en style du XVI» siècle. Voici le spirituel début du brinde
de M. de Berlue :
« Messires et chiers confrères, cependant que s'en vienct la science
peregrine planter le coultre es terres vierges denos Aulps, poinct ne
faillirai ie au debvoir qui m'incombe de salluer en leur advenue ses
desfricheurs trez vaillants.
» Gestuy iour, messires^ sera escript en majeures lettres es mé-
moriaux de nostre comté et patrie de Fourcaulquerois, et n'oublie-
rons mye prendre, pour marquer iceluy, pierre la mieulx blanche
des Graux de ce présenct lieu.Feust aultres fois moult illustre nostre
souverain Estât, duquel les princes le doctèrent de monumens trez
Erecieulx, et senblablement de non moins precieulses chartes et li-
ertez. Mais, du depuis s'estant trouvée la dicte contrée abandon-
née et descheue dUcelle gloyre, s'en vinrent frustes et branlants les
édifices susditctz comme pareillement nos franchises. Ung homme
et génie trez excellent [M. de Gaumont] se renconstra en nos iours,
lequel, meu d'affection pour les reliefs et reUcles des tems escoulez,
funda ceste moult sçavante et curieuse Gompaignie, laquelle en
chacune province de ce païs de France, visite,' descript, engarde et
par mainctes foys repare les œvres les mieulx plaisantes de nos
prédécesseurs et devanciers. »
Les fêtes de Gassendi, comme les a nommées le Jowmal des
BasseS'AlpeSy ont été à demi archéologiques et à demi provençales,
surtout à Forcalquier, où MM. Pabbé Savy, Gaut, Auguste Verdot
et Ch. Descosse, ont lu diverses poésies publiées dans les colonnes
du Jovmal de Forcalquier, le moniteur exact et compétent du mou-
vement littéraire bas-alpin
La deuxième séance semestrielle de V Athénée et àMFélihrige a eu
lieu le 1®'' novembre. MM. Verdot et l'abbé Savy ont communiqué des
poésies provençales inédites ; MM. Descosse, Plauchud et Pelloux,
des mémoires concernant l'histoire, Tarchéologie locale etThistoire
naturelle. M. Tabbé Savy a résumé en prose provençale les ivdL-
vaux du JP.éZ^6n^e ûfes -4 Zpea pendant Tannée qui vient ae s*écouler.
Une poésie inédite, la Chavam>y de feu Amédée Martin, a été lue
par M. Descosse. Il a été lu, enfin, un travail de M.Georçes Gar-
nier sur l'origine du sonnet ; ce dernier en ferait presque honneur
aux troubadours, contrairement à Topinion générale, qui y voit une
forme de poésie sicilienne ou toscane.
Société des Félibrbs du Gardon, a Alais. — Cette Ecole semble
subir une sorte de temps d'arrêt. Elle a discontinué ses réunions
CHRONIQUE 311
depuis quelques mois, et sa publication ordinaire, VArmana de
Lengadb, ne paraîtra pas cette année.
Elle avait pris sous son patronage, au commencement de 1878,
une quinzaine de jeunes gens choisis dans les écoles communa-
les d'Alais, et elle avait chargé un de ses plus jeunes membres,
M. Aristide Brun, de les diriger dans Tétude de la langue d'oc et de
son orthojîraphe. Cet essai, fort louable, n'a pas eu de suite.
L'activité Httéraire des félibres d'Alais n'a pas été, du reste, ra-
lentie; W^* Goirand, MM. Gaussen, Gharvet, Paul Félix, Bastidon,
etc., continuent à représenter dignement les deux poésies lan-
guedocienne et provençale dans cette ville.
Un seul nom leur manque, celui du plus ardent et du plus en-
thousiaste, Albert Arnavielle, que les exigences du service des che-
mins de fer, auquel il appartient, ont conduit dans le Morvan, à
Cercy-la-Tour (Nièvre). La ville de Nevers a eu^ même, au mois
d'août dernier, sa petite félibrée nivérnaise, organisée par le poétef
des Cants de lAubo, de concert avec quelques Cévenols, que Pa-
mour des montagnes natales et de leur langage avait réunis autour
de lui.
Société archéologique de Bêziers. — Le Concours de 187S a
donné les résultats suivants :
Mémoires historiques et monographies. — Couronne de laurier en
argent, M. l'abbé Font, pour son Histoire de Vahbaye de Saint- Mi-
chel-de-Cuxa ; médaille de vermeil, M. Maurice Fabre père, pour
les monographies de Gabrières, Péret, Adissan, etc.; médaille d'ar-
gent, M. Alibert, pour ses Recherches historiques sur la baronnie de
Roque-Courbe ; mentions honorables: MM. Pommier et l'abbé Mar-
tin Seré.
Poésie néo-romane. — Rameau d'obvier en argent, M. Prosper
Vidal, pour la Veîhado; médaille d'argent, M. l'abbé Joseph Roux,
pour Christofle Couloumb^ lou Malurous^ Ad una margarita; médaille
d'argent, M. Ernest Ghalamel, pour En quet en lou bounur; médaille
de bronze : le frère Théobald, pour la Petouso ; meniions honora-
bles, MM. Louis Gleize et Paul Gourdon.
La Cigale. — Deux de ses réunions ont présenté un grand in-
térêt : la première, le 9 février; la deuxième, le 3 avril suivant.
Dans la première, qui relève plutôt du Compte rendu des fêtes la-
tines que de cette Chronique, M. de Quintana affirma ses vieilles
sympathies pour la France et les espérances que lui inspirait la
fête du Chant du Latin; dans la seconde, M. de Tourtoulon lut des
fragments du Garda-Mas, de Langlade, dont la Revus des langue
romanes venait d'achever la publication.
Le peu d'espace dont nous disposons aujourd'hui ne nous per-
met pas de parler comme nous le voudrions de la fête que l'Asso-
ciation méridionale de Paris donna à MM. Aubanel, Roumieux,
Arnavielle, Gras, Goirand, Charles Gros, Marsal,etc.,le 24 octobre,
dans les salons de l'hôtel Continental. M. Bardoux, ministre de
l'instruction publique, en avait accepté la présidence.
L'importance de cette réunion a été grande, et les paroles qui
y ont été prononcées de part et d'autre ont fait l'objet de maints
comptes rendus. M . P. Arène a porté un toast à Aubanel, qui est,
a-t-il dit avec raison, « non-seulement un des premiers féhbres,
mais encore un des plus grands poètes de la France. » M. Saint-
312 CHRONIQUE
René Taillandier développa, dans une longue conférence, ce
thème trop exclusif et de plus en plus condamné par les dernières
œuvres du Félihrige^ que la poésie provençale doit être consacrée
à exprimer les sentiments rustiques, les souvenirs de la famille et
du foyer. M. Aubanel montra, enfin, que le Félibrige n'est que la
suite de trois siècles de poésie méridionale, souvent obscure et con-
testée, mais non sans gloire, lorsqu'elle rencontrait sur son chemin
Belaud de la Bélaudière et Saboly. Le Félibrige, en tant que litté-
rature, est une rénovation et non une création :
« Nosto escolo^ pèr nous ôucupa de ço que nous es vesin, da-
valo en drecho rego de Tescolo marsiheso de 1840. l'avié tambèn
alor uno boulegadisso literàri, forço vivènto e brusènto. Lou Bowa-
haisso de Desanat, li cansoun de Gelu e li conte de Bellot, èron
lou grand regôli e lou meiour passo-tèmsde tout bon Prouvençau.
Roumaniho, Grousihat e la majo part dis encian felibre, an em-
premi sipremié vers dins li papié d'aquéu tèms adeja Huen, csiéu
segur que s'èron eici, renegarien pas aquelo vièio counfralernita. >
On ne peut dire mieux ni plus juste, et il est sage de ne pas re
nier ses origines, quelque sjrand que Ton soitdevenu.il faut néan
moins reconnaître que le Félibrige doit à des premiers initiateurs-
MM. Aubanel, Mistral et Roumanille, un esprit nouveau, à demi
mystique, à demi poétique, une sorte de souffle très-divin^ pour par-
ler comme Horace, qui a toujours manqué à la pléiade marseillaise
et qui, parmi les littératures que le XIXe siècle a vues éclore, con-
stitue la forte et caractéristique originalité de la renaissance pro-
vençale.
La fin du discours de M. Aubanel renfermait cette protestation
que, dans le Félibrige, « c'était l'âme qu'il fallait voir, et que cette âme
était à la France. » Tel fut le thème de quelques strophes admira-
bles lues par M. de Bornier :
Que te reste-t-il donc, à toi ? Dans notre temps,
A-t-on déshérité tes fils, ô Poésie?
Et ne sont-ils donc rien que des roseaux chantants ?
Non, non! ils ont leur part dans la grande œuvre à faire.
L'art est le souffle araent du vaisseau remorqueur;
Chanter, c'est travailler, quand le chant est sévère,
Quand il sert la patrie en lui haussant le cœur !
Poètes, en ces jours pleins de mâle esj[>éranoe.
Dieu nous réserve, à nous, une gloire ici-bas :
C'est d'aimer, de servir, de soutenir la France,
Dans ses enfantements comme dans ses combats !
Tout ce qui n'est pas fait pour elle est éphémère;
Ceux qui la railleraient, frivoles ou jaloux.
Ressemblent à l'enfanl qui rirait de sa mère :
Le rire peut tuer. — Parricide, à genoux !
Au cours de cette fête, M. Bardoux remit à MM. Aubanel, Gras
et Paul Arène, les palmes d'officier d'académie.
11 a été parlé plus haut du toast de M. Roumieux. Celui de
M. Gras introduisit dans la fête une note politique qu'il eût été
sage d'en écarter.
CHRONIQUE 313
Académie dbs Jeux floraux. — Toulouse ouvre ses portes au
Félihrige. Dans sa séance du 14 juin, l'Académie toulousaine a
nommé Mistral maître es jeux floraux.
* «
Publications catalanes, languedociennes et gasconnes, travaux
DE philologie, etc. — Achille Luchaire : Etudes sur les. idiomes pyré-
néens de la région française. Paris, Maisonneuve, in-8o, xn-373 pages.
Le Breviari damor de Matfre Ermengaud, suivi de sa Lettre à sa
sœur , publié par la Société archéologique, scientifiqvbe et littéraire de
Béziers. Introduction et Glossaire par Gabriel Azaïs. Paris, Wieweg,
tom. II (S'^ livraison, p. 381-572).
Recueil de versions provençales pour V enseignement du français en
Provence. Deuxième partie. Avignon, Aubanei.in-1 2, xii-i72-100 p.
xMarl , Privilèges et titres relatifs aux franchises , institutions et pro-
priétés communales de Roussillon et de Cerdagne, depuis le Xp siècle
jusqu'à l'an 1660, recueillis et publiés par B. Alart, I^ partie. Perpi-
gnan, Latrobe. in-4**, 352 pages.
(3ardona ( Enrico ), deU Antica Letteratura catalana : Studi, se-
giiltl dal Testo e délia Vita di Giacomo /, tolta délia cronaca catalana
di Ramon Muntaner. Napoli, Furchheim, in- 12. 240 pages.
Lespy et Raymond . Un baron béarnais au XV"" siècle, textes en lan-
gue vulgaire, traduits et publiés par V. Lospy et X. Raymond. Pau,
Ribaut. 2 vol. iii-8°, xxvi-228 pages.
t^oucherie, Faculté des lettres de Montpellier . V Enseignement de la
philologie romane, leçon d'ouverture prononcéepar A .Boucberie, Mont-
pellier, Imprimerie centrale du Midi, in-8°, 30 pages. (Extrait de la
Revue des langues romanes . )
Verdaguei' . la Atlantida, poema que obtingué 'l premi de la Exc"^
Dlputaciô provincial de Barcelona, en los Jocs Florals rfe 1877,a6 la
traducciô castellana per Melcior de Palau. Barcelona, Jaume Jepûs,
in-8", 348 p.
Pelay Briz, las Baladas fêtas per Francesch Pelay Briz. Barce-
lona. Roca y Bros. 10-8°, 128 pages.
Mistral, lis Isclo d'or, recuei de pouësio diversoy em^uno prefàci biou-
qrafico de C autour, escricho pèr éit-mème (3« édiiionj revue et corrigée} .
Avignon. Roumanille, 1878, in 12, 530 pages.
Louis Houmienx, la Jarjaiado^ pouèmo erouï-coumique de Louis Rou-
II deux {deNimes), emé traducioun franceso. Jarjaio au Paradis, — Jar-
jaio au Purgatbri, — Jarjaio à Vlnfèr^ — Jarjaio sus terro. Ilustracioun
(l'Edouard Mar.sal. iaris. Maisonneuve et G©. Mount-pelié, Marsal.
in-8o, xiï-185 pages *.
Caretà y Vidal. Brosta, aplech de q'uentos, escenas de costumSj tra-
dicions,novela8 y fantasias. Barcelona, Roca y Bros, in-1 2, 244 pages.
Francesch Matheu : lo Reliquiari. Morta-Spleen-Primavera. Bar-
celona, Verdaguer, in-12, 152 pages.
No'éls latins, français et provençaux; , extraits des recueils deSaboly,
* En nltendant le compte rendu qui doit être consacré à la JarjailUide,
nous croyons utile de prévenir le lecteur que la quatrième partie du
poome . Jarjaio sus terro, a été rédigée postérieurement aux Fêtes la-
tines. C'est également après coup que le manuscrit primitif a été modifié
à la troisième page de Jarjaio à l'infêr.
S14 CHRONIQUE
Roche, etc., avec les anciens noëls les plus populaires en Provence. Mar-
seille, Chauffard, in-8o à 2 col., 46 pages.
A . Fourès : le Coumpousitou, Mount-pelhè, Estampario centralo
del Mièchjoun, iii-8°, 17 pages. (Cette brochure n'est pas dans le
commerce.)
Dubuisson : Historiœ monasterii S, Seoeriy in Vascoma, Uhri X.
Villeneuve-Marsan, 2 vol. in-8% 830 pages. (Cet ouvrage contient
à la fin du second volume un glossaire gascon. )
t Galendari català del any 1 879, escrit per las mes rmutats autors ca-
alanSj mallorquins y valencians, y colecdonat per F .-P. Briz y F.
Matheu. Barcelona, Roca y Bros, in-12, 128 pages.
Armana prouvençau pèr lou bel an de Dieu 1879, adouba e publica
de la mandifelibre. Avignoun, Roumanille, in-12, 112 pages.
Aubanel. Lunoplenoj Montpellier, Imprimerie centrale du Midi,
in-8o, 4 pages. (Extrait de la Revue des langues romaTieSy no de juillet-
septembre 1878.)
Aubanel. Brinde de Teodor Aubanel, sendi de Prouvènço, à la tau^
lejado parisenco de la Qigalo. Avignoun, Aubanel, in-8®, 17 pages.
Aubanel. Brinde de Théodore Aubanel au banquet parisien de la
Cigale, traduit du provençal. VaLTis, Arnous de Rivière, in-4®, 4 pag.
Louis Roumieux. Fèsto de la Cigalo . Brinde de Louis Roumieux
( au banquet de l'hôtel Continental ). Paris. Arnous de Rivière, in-4",
4 pages.
Bourrelly ( Marius). Poesia provenzal dedieada à la asociadonU-
teraria de Gerona, con motivo del certàmen de 1878. Gerona, in-4^,
4 pages.
Chronique bordelaise de Gaufreteau (publiée parM.J. Delpit, pour
la Société des bibliophiles de Guyenne). Bordeaux, Gounouilhou, 1876-
1878, 2 vol. in-4o, xv-335-478 pages.
Contient, pages 253-284 du tome II, des vers latins, français et
gascons, composés ou réunis par Jean de Gaufreteau.
Bladé. Trois Contes populaires recueillis à Lectoure, traduction firan-
çaise et texte gascon. Bordeaux, Lefebvre, in-8o, 76 pages.
Rivière . Mou dera coucon, poésie dauphinoise, précédée de quelques
notes sur le langage de Saint- Maurice-de-V Exil, et suivie cPun conte po-
pulaire sur le Renard. Montpellier, Imprimerie centrale du Midi,
in-8°, 24 pages. ( Extrait de la Revue des langues romanes, 1878. )
Reboul. Bibliographie des ouvrages écrits en patois du midi de la
France et des travaux de la langue romano-provençale. Paris, in-8**.
Ch. Gros. L'Aoutotma de la vida, VOumbra de Charles Martel,
hu Gant daou Latin. Montpellier, Navas et Waré, in-8**, 16 pag.
Fi ter é Inglés. Invasiô dels Alarbs en la Cerdmyay reconquista
d^aquesta comarca per los Cristians. Barcelona, estampa de la Re-
naixensa, in-8o, 30 pag.
Aulestia y PiiosiU. Barcelona, ressewyaAwftîrwîa. Barcelona, Texidô
y Parera, in-12, 84 pag.
A. R.-F.
Le Gérant responsable : Ernest HAMELiNe
TABLE DES MATIÈRES
DU SIXIÈME VOLUME DE LA DEUXIÈME SERIE
DIALECTES ANCIENS
Cantique provençal sur la Résurrection (Ohabaneau) 5
Inscription provençale en vers du XVP siècle (Chabaneau). . 161
DIALECTES MODERNES
Noël languedocien inédit (Chabaneau) 10
Notes sur 1« langage de Saint-Maurice-de-l'Exil (Isère) Mou
dera Coucon. Idiglie (Rivière) 11
Un fragment de poëme en langage de Bessan (Hérault) (Alph.
Hoque-Ferrier) • 24
Poueisias dioisas de Ghisté Boueissier (suite) (Jules Saint-
Rêmy) 32
Lettres à Grégoire sur les patois de France (suite) (Gazier). . 51-169
Chants populaii'es du Languedoc (suite) (Montel et Lambert) 73
Noël périgourdin (Chabaneau) 1 64
Un sonnet de Rancliin traduit en provençal et en langTiedocien
(Martin) 167
Un conte dauphinois sur le Loup et le Renard (Rivière). ... 184
L'Enseignement de la philologie romane en France (Bou-
cherie) 213
De Quelques Pronoms provençaux (J. Bauquier) 239
Le Moine, chanson du Velay (V. Smith) 257
Maucor (Piat) . 93
Lou Diéii civènt (Bonaparte- Wyse) 94
Nli^o (L. Koumieux) 95
La Semenairo de milh (A. FouRÈs) 96
Vèspre d'estiéu (Léontine Goirand) 102
Marins (V. Lieutaud) 1 04
Paallmnlo (L. RoUMiEUX) 107
{ Irons Naufrage (L. RoUMiKUX) 1 88
L'Icer (C. Laforgue) 189
A Clément Fanot (Bon APARTE- Wyse) 1 90
Moussu Chasaud (A. Chastanet) 192
Le Pintaire (A. Galtier) 1 96
Les Nouiès (A. FouRÈs) 198
La Naturo (C. Laforgue) 260
Afos (A. FouRÈs) 261
Lou Calignaire (Bon APARTE- Wyse) 262
Sa maire l'es vengut cercà (Gaussinel) 264
A prepaus de la mort di dous cri-cri de Madamisello de Bomier
(Bonaparte-Wyse) 267
Gondoval (l'abbé Joseph Roux) 271
BIBLIOGRAPHIE
Pru'iniê Bouquet (1838-1842). i^Zowretoa de mountagno, par Mel-
chior Barthès (Alph . Roque-Fbrbier) 108